CI. INTRODUCTION
bord les ordres demandés'; mais il dut les accorder très-peu de temps après, car il résulte de deux témoignages directs® qu’à la fin de juillet les opérations do l’armée de Boufflers Otaient terminées en Béarn, et qu’elles continuèrent dans les généralités de Bordeaux, de Montauban et de l^oitiers, où elles étaient accomplies à la fin de la première quinzaine de septembre.
cela près. Foucault rend-il un compte exact de la manière dont les choses se passèrent.^ N’influa-t-il sur les consciences que par l’intimidation seulement et par la crainte des dépenses qu’entraînait le logement des soldats, sans souflrir qu’il se commît aucune espèce de violence? Parvint-il à maintenir parmi les gens de guerre le bon ordre dont il s’était vanté à Louvois? C’est ce qu’il est difficile de vérifier aujourd’hui d’une manière absolue; mais tout d’abord nous pouvons constater que les plaintes dont il s’était rendu responsable à l’avance ne manquèrent pas; elles furent portées devant le parlement de Pau, mais une dépêche de Louvois^ nous apprend que le roi blâma le premier président de les avoir écoutées et lui défendit d’en recevoir de semblables à l’avenir.
Des témoignages contemporains accusent Foucault d’avoir autorisé les violences ou tout au moins de ne les avoir pas empêchées. Le plus considérable par le caractère de son auteur et par la source d’où il tenait ses renseignements est celui du chancelier d’Aguesseau , écrivant la Vie de son père, qui était intendant de Languedoc en i685. «C’est par l’auto-
' Dépêche à Foucault . du a mai i685, p. 5io.
' Dépêche de Louvois k Boulllen, du ■3i juillet i685, citée dans Rulhière, Eclaircissements, 1. 1 , p. agh agC; et Jouraal de Dangeau, à la date du i6 septembre
i685. Selon Foucault, BoulBers aurait encore été en Béarn le 37 août; il y a probablement une erreur de date.
’ Dépêche à Foucault , du 1 6 septembre i685 , p. 5i4-
INTRODUCTION. eu
« ritédu roi même, dit-il, que les troupes marchèrent précédées • de la crainte et de la terreur qu elles répandoient partout. * Et il ajoute : a Je ne nommerai point ici l'intendant qui , par « une distinction peu honorable pour lui, fut chargé de faire « le premier essai d’une méthode si nouvelle pour la conversion « des hérétiques. 11 étoit des amis de mon père et des miens, «homme d’un esprit doux, aimable dans la société, orné de n plusieurs connoissances, et ayant du goût pour les lettres «comme pour ceux qui les cultivent; mais, soit par un déu vouement trop ordinaire aux intendans pour les ordres de la «cour, soit parce qu’il croyoit, comme bien d’autres, qu’il « ne restoit plus dans le parti protestant qu’une opiniâtreté « qu'il falloit vaincre ou plutôt écraser par le poids de l’auto- « rité, il eut le malheur de donner au reste du royaume un « exemple qui n’y fut que trop suivi, et dont le succès surpassa « d’abord les espérances mêmes de ceux qui le faisoient agir; «il n’eut besoin que de montrer les troupes, en déclarant « que le roi ne vouloit plus souffrir qu’une seule religion « dans ses états, et l’hérésie parut tomber à ses pieds. Les ah- « jurations ne se faisoient plus une à une; des corps et des com- « munautés entières se convertissoient par délibération et par «des résultats de leurs assemblées, tant la crainte avoit fait «d’impression sur les esprits, ou plutôt, comme l’événement « l’a bien fait voir, tant ils comptoient peu tenir ce qu’ils pro- « mettoieiit avec tant de facilité. C’étoit dans une province voi- « sine du Languedoc que se passoit un événement si extraor- « dinaire*. »
Ce passage, si réservé et si mesuré, désigne clairement Foucault et le Béarn, et c’est ainsi que Rulhièrel’a entendu. Mais cet historien ajoute une allégation encore plus grave: «Tout
' Œuvres du chancelier d' Aguesseau, in-4*, t. XIll, p. 5i.
cm INTRODUCTION.
« ce que peut imaginer la licence du soldat fut exercé en Béarn « contre les calvinistes. On attribue à cet intendant d’avoir per- » fectionné plus d’un genre de torture*. ■ Rulhière a emprunté cette accusation à un livre contemporain des événements, l'Histoire de l’édit de Nantes, qui fut publié en i6g5 par Élie Benoît, pasteur réfugié à Delft. Mais cet ouvrage, plein de renseignements curieux, s’esl fait l’écho passionné de toutes les colères des réfugiés, et on en a suspecté l’exactitude^. Les actes les plus odieux y sont décrits en détail et attribués aux convertisseurs du Béarn en i685, et l’on déclare expressément que les troupes a exerçoient ces cruautés non-seulement par la «permission, mais par l’ordre exprès de Foucault, qui leur « enseignoit même des moyens nouveaux de mettre à bout la • plus ferme patience^. » Comme nous n’avons aucun moyen de contrôler ces dénonciations, nous nous abstiendrons de les répéter ici , et nous renverrons nos lecteurs à l’ouvrage cité **, en faisant seulement remarquer qu’un livre écrit par un émigré , sous le coup des persécutions, a nécessairement exagéré les faits, et qu’il est inutile et invraisemblable d’attribuer à l’invention personnelle de Foucault des tourments que les soldats livrés à eux-mêmes n’étaient que trop capables d’imaginer.
Au commencement de septembre. Foucault croyait avoir converti les vingt deux mille religionnaires que comptait le Béarn. « Il y en a eu beaucoup, disait-il qui, à l’approche des « gens de guerre, ont abjuré sans les avoir vus. La distribution « d’argent en a aussi beaucoup attiré à l’Église. Le Béarnois a
’ Êclcûrciuements , 1. 1, p. 391.
' Le P. Lclong, mentionnant ce livre dans sa Bibliothèque hislorique, n* 61 85. dit qu'il rsl • écrit avec beaucoup d'aigreur
• et peu de Tidélilé, et que des protestans
• même s'en sont plaints. •
' Histoire de l'édit de Neuites; k Délit, chez Adrien Béman, i6g5, io>4*. t. III, 3* partie (5* vol.) , p. 833.
* juillet i685,p. ia5.
cuti
« l esprit léger, et Ton peut dire qu’avec la même facilité que la « reine Jeanne les avoit pervertis ils sont revenus à la religion « de leurs pères. » Cependant les conversions ne s’accomplirent pas si facilement partout; à Ortliez par exemple, il fallut employer les gens de guerre. « Quelques familles opiniâtres a voient « résolu de ne point changer, quelque chose qui arrivât. » Un gentilhomme qui était à leur tête fut envoyé à la Bastille.
Foucault s’occupait personnellement de convertir les ministres et les gentilshommes, et il obtenait quelquefois en ce genre des résultats frappants et dramatiques'. Il blâmait nettement la permission de sortir du royaume et de vendre leurs biens accordée aux ministres^ Un faux honneur, scion lui, leur faisait préférer ce parti ; ils se seraient convertis si , sans pouvoir émigrer ni réaliser leur fortune, ils avaient été obligés de s’éloigner du lieu de leur exercice^. Il ne se plaignait pas moins du peu de concours qu’il trouvait dans le clergé. Les évêques de Lescars et de Tarbes s’étaient absentés pendant qu’on faisait « les missions » dans leurs diocèses Les curés du Béarn étaient ignorants et souvent de mauvaises mœurs; il aurait fallu faire parcourir le Béarn pardes missions extraordinaires, et les meilleurs prédicateurs n’y auraient pas été trop bons pour tenir la place des ministres, « qui prêcboient bien. » En attendant, on mit entre les mains des nouveaux convertis autant de bons ouvrages qu’on put, l'Exposition de la doctrine de l’Eglise catholique de Bossuet, le Catéchisme historique de Fleury, et des livres de prières en français®.
Foucault blâma aussi très-hautement qu’on eût conservé des
' Voyez la conversion du sieur d'Audrehon, Mémoires, juillet i685, p. lai.
* Ibid. p. laa.
’ Il s’en convertit en effet un certain
nombre. (Voy. Mémoires, année i€85 et passim. )
* Mémoires, i6 aoilt i685, p. ta 6.
* Ibid, février 1 685 , p. i a3.
INTRODUCTION
ministres pour baptiser les enfants des religionnaires, la présence de ces hommes constituant, selon lui, un obstacle aux conversions. 11 réclama plusieurs fois en ce sens; mais le gouvernement maintint la mesure, à cause d’un scrupule religieux du roi, de qui « la conscience ne pouvoit souffrir qu’un enfant i baptisé à l’église par un prêtre fût rendu à ses parents pour « être élevé à la R. P. R » Malgré les réclamations de Foucault, la cour lui renvoya un arrêt du conseil en ce sens; « mais, dit- " il, je n’ai pas jugé à propos de l’exécuter^. »
Cette désobéissance fut probablement ignorée du roi et ne l’empêcha pas de prendre plaisir aux lettres de l’intendant qui racontaient les progrès de la conversion dans le Béarn. Foucault envoya à la cour un mémoire^ intitulé Relation des conversions faites en Béarn, dans lequel, dit Rulhière, qui l’a vu aux archives du Louvre, il «no parle ni de violences ni de dra- " gonnades. On n’y entrevoit pas qu’il y ait eu un seul soldat <1 dans le Béarn. La conversion générale paroît produite par un « effet de la grâce divine. Il ne s’agit que d’annoncer les inten- «tions du roi; que d’instruire des gens qui s’empressent à « demander d’être instruits. . . Tous courent aux églises catho- « liques pour chanter le Te Deam, et l’on solemnise cette heu- « reu.se réunion par des feux de joie, au bruit du canon et aux «acclamations unanimes de Vive le roiM ■ Louvois félicita plusieurs fois Foucault de ses succès, et le P. La Chaise lui écrivit, le i" juillet 1 685, que le roi prenait plaisir à lire ses rela- « tions, et même que Sa Majesté les gardoit\ » Louvois écrivait, le 3o août suivant, à M. de Boufflers : « MM. les intendans me
' Mémoire, J 5 juin 1 685, p. i ao.
’ lUi. juillet i685, p. laô.
’ Dépêche de Louvois à Foucault, du 6 juillet i685, p. 5i i.
' Rulhière, £claircûfamM<«, 1. 1. p. 39a
Ce mémoire de Foucault a été cherché sans succès aut Archives de l'Empire, qui ont reçu les pièces oontenues autrefois aux archives du Louvre.
* Mémoirei, p. lai.
INTRODUCTION
• paraissent attachés à procurer la même chose que ce qui s’est
• passé en Béarn , de quoi, sans miracle, ils ne viendront point
• à bout'. >
Ces rapides succès firent illusion à la cour, en lui donnant à penser qu’il ne restait plus de protestants en France. On peut croire qu’ils contribuèrent à la détermination qui fit, dans le mois d’octobre suivant, révoquer complètement l'édit de Nantes.
Les états de Béarn, pour remercier Foucault d’avoir purgé leur pays de l’hérésie, firent frapper en son honneur une médailledont la légende portaitees mots : Religio resütuta in Benearnia publicis civitatum deUberationibas , tandis que le revers représentait les députés des villes qui venaient signer leur abjuration sur l’autel®. La ville de Fau fit de grandes réjouissances avec TeDeum, feu d’artifice et harangue solennelle à l’intendant par un nouveau converti Quant à Louis XIV, il ne se contenta pas de le féliciter par une lettre directe dont l’original est annexé aux Mémoires; il voulait, pour le récompenser, le nommer intendant en Languedoc à la place de d’Aguesseau, qui se retirait devant les persécutions"; mais le chancelier Le Tellier fit changer cette destination. Ce fut Bâville, intendant à Foitiers, qui passa en Languedoc, et Foucault fut nommé à Foitiers, en remplacement de Bâville.
Foucault partit pour le Poitou, précédé de régiments de dragons que, suivant une dépêche de Louvois*, Sa Majesté y faisait marcher • pour y être employés à porter les religion-
' Dépéclie publiée par Ruibiète, £cIoir.
custmeuls, l. I, p. 3o3.
' Elogt it ou>r. cité, p. isg.
‘ Vo^. la aobalaoce «le cette harangue , Hutoin d» Tidit de Nanlts, 1. 111, 3* partie (t. V),p. Mo.
‘ Vie de M. d'Agueaaeau, daiu 1rs Œuvra complila du chanctlier tf Ajauueau , t. XIll. p. bti.
' Dépêche à Foucault, du i5 août i6Sb, p. 5 11.
INTRODUCTION
« naire.s à se faire instruire. » A son arrivée à Poitiere, le 7 septembre, une grande partie des conversions était déjà opérée par son prédécesseur. Foucault n’eut qu’à compléter l’œuvre. Tous les réformés do Cliâtellerault se convertirent d’un coup par délibération de leur consistoire; mais ce fut la seule ville du Poitou (jui prit ce parti d’ensemble. Les gentilshommes de Luçon, au nonibre d’une centaine, résistèrent, et Foucault n’en put emporter que dix-huit *. Louvois, qui à cette époque lui écrit coup sur coup, lui recommande surtout la conversion de la noblesse'^, que Sa Majesté u souhaite encore plus que celle « du peuple. » Le roi veut qu’on use avec Ijcaucoup de modération de la permission accordée de loger des gens de guerre chez les gentilshommes; «Sa Majesté ne veut point absolu- « ment que l’on loge chez ceux qui sont d’une qualité distin- «guëe, non plus que ceux qui sont dans le service ou qui y '< ont des enfants, à moins qu’ils ne fussent convaincus d’avoir U retiré des meubles des religion naires, auquel cas ils doivent « être regardés comme déchus de leurs privilèges. « Quand il ’ne reste plus qu’un très-petit nombre de religionnaires opiniâtres dans un endroit, il est inutile de les charger de logements excessifs*; mieux vaut faire semblant de n’y avoir pas d’attention. On les réduira plus tard, en les mortifiant dans l’imposition des tailles ou dans les logements des troupes qui passeront par étapes, et, .s’ils son t gen tilshommes, en les i nq uiétant sur leurs titres de noblesse. Louvois recommande aussi à Foucault «de
‘ .Mémoires, p. lag, i3o.
’ Dép^üclics <iu 1 3 septembre et surtout du a octobre i685, p. 5ia, 5i5.
* Dans une dëpécbe du i6 octobre ib85 (p. biy), Foucault est répiiniandé pour avoir logé une compagnie cl demie de dragons, à Poitiers, chez une femme
seule. Il est vrai (|uc, dans les Mémoires {p. I il6) , Foucault accuse I.ouvois d'avoir ordonné des violences semblables. Le duc de Noailles, qui commandait en Languedoc, mil dans quelques logements jusqu'à cent hommes à la fois. (Huibicre, Eclaircissenienis , t. I, p. 3i6.)
INTRODUCTION
« ménageries gros marchands, de manière qu’ils ne soient point * portés à cesser leur commerce ni à quitter leur demeure*. ■
Enfin, au mois d’octobre 1 685, l’édit de Nantes fut expressément révoqué. Foucault reçut fédit révocatoire accompagné d’une instruction du roi et d’une dépêche de l.ouvois, statuant sur plusieurs points d’exécution et décidant que les ministres, auxquels le nouvel édit accordait la permission de se retirer, ne pourraient ni disposer de leurs immeubles'*, ni emmener avec eux leurs enfants âgés de plus de sept ans, et que dorénavant il y aurait lieu de supprimer les ministres qu’on avait établis pour les baptêmes et les mariages, lesquels devraient se faire à f église catholique.
La dernière clause de l’édit révocatoire jeta beaucoup <le confusion et de trouble dans l’afl'aire des conversions. Elle portait expressément que, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de les éclairer, les réformés qui n’avaient pas abjuré pourraient vivre tranquilles sans être troublés ni empêchés sous prétexte de religion , à condition de ne faire aucune manifestation de leur culte. Les religionnaires espérèrent que cette clause allait faire cesser la pereécution, et les nouveaux convertis, auxquels les «opiniâtres» reprochaient leur peu de courage, cessèrent d’aller à la messe. Foucault demanda à Louvois qu’on l’autorisât à faire le procès, «comme à des perturbateurs du repos « public, • à ceux qui interprétaient ainsi l’édit et semaient des discours contraires à son esprit^. Louvois lui répondit que c’était inutile, «puisqu’il n’y avoit qu’à donner des logemeiis
' Dépêche de Louvois à Foucault, du i4 septembre i685, p. 5 14- Le a i octobre suivant, il faisait la même recornman* Jaiioii à Marillac, intendant à Rouen.
(Rulbière* fc/aircmementi, 1. 1, p. 33a.) ' Au comniencemenl de 1687. le.t biens
des ministres qui étaient sortis en i()85. avec la permission du roi, furent saisis et leurs revenus cooâsqu^. (Voj. dépêche de Louvois à Foucviult, du 37 janvier 1687.
* Mémoires, lin d'octobre i685. p. i37-
rxviii
INTRODUCTION
« à ceux qui ne se voudroient pas convertir, pour les détromper « en peu de temps'. > Revenant, quelques jours plus tard*, sur le même sujet, à l’occasion de religion n aires qui, sous prétexte du dernier article de l’édit, avaient eu l’insolence d’apporter des requêtes à Foucault, Louvois lui expédia copie d’une instruction qu’il avait envoyée, «par ordre de Sa Majesté,» au duc de Noailles, commandant en Languedoc pour le duc du Maine, gouverneur de cette province. 11 faut, disait-il, dans les commencements, avoir plus de sévérité et mettre plus de gens de guerre chez les religionnaires, • pour les mieux détromper de « la fausse idée qu’ils ont prise de l’édit. > Il est bon cependant de se défier des dénonciateurs, et «d’essayer d’empêcher que « le zèle trop ardent de quelques ecclésiastiques , ou l'aversion
• que les provinciaux ont les uns contre les autres, ne les portent « à exagérer ou à donner des avis entièrement faux. » Mieux vaut fermer les yeux en beaucoup de cas et ne punir que les scandales publics. A l’égard de la noblesse, le logement ne doit être que le dernier moyen. Il faut essayer auparavant de la prendre en détail, de l’inquiéter sur ses titres, sur les violences qu’elle pourra avoir commises, etc. «En un mot. Sa Majesté désire
• que l’on essaye par tous moyens de leur persuader qu’ils ne
• doivent attendre aucun repos ni douceur chez eux, tant « qu’ils demeureront dans une religion qui déplaît à Sa .Vla-
• jesté; et on doit leur faire entendre que ceux qui voudront
• avoir la sotte gloire d’y demeurer des derniers pourront en-
• core recevoir des traitemens plus fâcheux s’ils s’opiniâtrent « à y rester*. «
^ hépéche à Foucault, du 8 norembre
’ Dépêche du 3o novembre i685, p. 5a I .
* Dépêche de LouvoU au duc de Noailles, du 6 novembre i685, p. 5aa.
Rulhière, ^2atfeûi. t. l,p. 344» cite tine antre dépêche de Louvois au duc de
INTRODUCTION
Vers le même temps, Foucault fit'un discours auxreligionnaires du haut Poitou. Nous ne dirons rien de cette curieuse pièce qui s’explique assez par elle-même et qu’on trouvera tout entière aux Mémoires'. Son auteur remarque seulement qui) en résulta peu de conversions.
Se conformant aux ordres qu’il avait reçus d’examiner les titres de la noblesse religion na ire, Foucault taxa d’ofiice à la taille vingt-six « prétendus gentilshommes » d’un seul coiip '^. Us réclamèrent si fort, que leurs plaintes parvinrent jusqu’au roi. Ils prétendaient que, « sans avoir examiné leurs titres ni même « les avoir fait assigner pour les représenter, » l’intendanl les avait mis brusquement à l’imposition de la taille. Louvois lui écrivit à ce sujet en termes fort durs^. Foucault s’empressa de se justifier etd’euvoyerun mémoire pour servir de réponse aux placets qu’on avait présentés au roi Le résultat fut qu’on mit en prison les deux « plus séditieux » d’entre ceux qui les avaient présentés, «pour les punir de la supposition qu’ils « avoient faite par leurs placets *. «
Le roi ayant décidé que les parlements poursuivraient les relaps, c’est-à-dire les nouveaux convertis qui, en danger de .mort, l’efuseraient les sacrements de l’Eglise, Foucault fit remarquer à Louvois qu’on ferait mieux de le charger de ces pour- .suites, qui avaient été exercées auparavant par M. dé Bâville, « ces exemples n’étant utiles qu’autant qu’ils sont prompts, et • le Poitou étant fort éloigné de Paris ®. » La commission qu’il
Noailies, du 5 novembre, qui disait les mêmes clioses en termes difTércnts.
' Mémoires, a novembre i685, p. iSg et suiv, Compares ce discours k ceux que firent à Rouen le marquis de Beuvron et l'intendant Marillac, dans Floquet, Hi$loin duparlem. de Norm. t. VI, p. 147.
* Mémoires, p. i38.
’ Dépêche du 8 novembre i685, p. 5ig.
* Mémoires. i5 novembre i685, p. i4fi.
* Dépêche de Louvois à Foucault, du aa novembre i685, p. 5a4-
‘ Mémoires, novembre i685, p. 147.
r.Lx INTRODUCTION.
demandait lui fut sans doute accordée, car, à quelques mois
de là, le 9 avril i686, il raconte avoir jugé au présidial de
Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d’une
femme qui, après avoir abjuré depuis trois mois, avait refusé
les sacrements avant de mourir, malgré les instances de son
curé
Cependant le bas Poitou comptait encore une certaine quantité de gentilshommes qui ne se convertissaient pas, malgré les espérances que Foucault en avait données^. Louvois patienta d’abord, et ordonna à l’intendant de prendre cette noblesse en détail, en l’attaquant dans ses titres, a L’intention de « Sa Majesté est de suivre cette voie-là pendant un mois, au- « paravant que d’en prendre de plus dures • Mais la patience lui échappa avant que le mois fût écoulé, et, le 17 novembre, il écrivait à Foucault: «Le roi m’a commandé de vous faire « savoir que son intention est que les dragons du régiment « d’Asfeld, qui sont chez les gentilshommes de la R. P. R. du « bas Poitou, y demeurent jusqu’à ce qu’ils se soient convertis,
« et qu’au lieu d’y vivre avec le bon ordre qu’ils ont fait jus- » qu’à présent, l’on leur laisse faire le plus de désordre qu’il se " pourra, pour punir cette noblesse de sa désobéissance*. » Les* ordres se succèdent alors avec une extrême vivacité, pour faire saisir et administrer les biens des émigrés de manière à ce qu’ils n’en pussent tirer aucun revenu, faire raser leurs maisons après quatre mois d’absence, mettre en prison ceux qui
' Mémoires, p. i55. Celle pratique <te traîner les cadavres des relaps sur la claie ne fut abolie que treize ans plus tard, au moment où la rigueur des poursuites se relâcha. (Voyez à cet égard une circulaire de Ponlcliarlrain aux intendants, du 5 juin 169g, dans Depping, Corres-
pondance adminislrative tous Louis XIV, t. IV. p. 43a.)
' Dépêches de Louvois à Foucault, des a a septembre et 10 octobre i685, p. 5i5, 5i6.
' Dépêche du a8 octobre i685, p. 5 18.
* P.5ai.
INTRODUCTION, ont vendu leur fourrage pour éviter d’entretenir les troupes, et, en général, ceux qui n’ont plus de quoi les nourrir; envoyer les plus opiniâtres dans des châteaux forts, etc.*
En janvier 1686, Foucault regardait tout le Poitou comme converti^, à l’exception de cinq ou six cents fugitifs et prisonniers. Il ne s’agissait plus que de maintenir les conversions. Pour forcer les réunis d’aller à la messe, on aurait été en droit de punir de l’amende ceux qui négligeaient de s’y rendre, en s’autorisant de l’exemple de la reine Jeanne, qui avait envoyé en prison les catholiques quand ils faisaient leur devoir; mais Foucault manda à Louvois qu’il valait mieux « se servir du t ministère des dragons, » et le roi approuva ce procédé^. Foucault réclama aussi contre les prédicateurs qu’on avait pris parmi les Pères de l’Oratoire pour les envoyer dans la province; ils avaient la prétention de ne prêcher que dans les villes et refusaient d’aller dans les bourgs et villages. « La vie « scandaleuse des curés dans plusieurs paroisses » offrait encore un obstacle considérable à la sincérité des conversions, et Foucault obtint des ordres pour envoyer trois d’entre eux dans le séminaire de Richelieu
Cependant la conversion n’empêchait pas l’émigration. Le 19 février 1686, Louvois avait écrit à Foucault qu’il serait à propos de prendre des mesures dès le printemps pour empêcher la désertion des nouveaux convertis ; « mais, ajoutait-il, Sa Ma-
' Voy. les dépéclicA de Louvois à Foucault des deux derniers mois de i685.
* L'aflaire des conversions semblait si bien terminée, que, le 37 avril i68(3 (p. 537), Louvois témoignait , de la part du roi, un véritable étonnement que deux gentilshommes habitant à la campagne, dans le diocèse de Luçon , ne fussent pas
encore convertis. Il recommandait à Foucault < de tenir la main à ce que cela • finisse au plus tôt. >
* Mémoires, p. iba. Dépêche de Louvois à Foucault, du 6 mars 1686, p. 536; les Mémoires (p. i55) datent mal à propos cette dépêche du 10 mars.
* Mémoires, féwicr i686.p. 163.
INTRODUCTION
«jesté croit qu’il vaudroit mieux en laisser passer qiielques- « uns que d’établir une contrainte qui ruincroit entièrement « le commerce » Le 3 mars suivant Seignelay revint sur le même sujet, cl donna des ordres précis à Foucault pour qu’il envoyât sur les côtes des hommes de confiance qui pussent empêcher les embarquements.
L’année se passa ainsi avec assez de calme, sans qu’on pressât trop vivement les nouveaux convertis de s’approcher des sacrements, de peur de profanation^. Foucault remarque que la maladie du roi avait refroidi le zèle des nouveaux convertis, mais que la nouvelle de sa guérison l’a réchauffé 11 trouve aussi que l’on prenait des voies sûres pour convertir les gentilshommes en leur donnant des pensions, en plaçant leurs enfants, et en mettant les opiniâtres à la taille®.
Le 1 8 octobre 1 686, Louvois écrivit à Foucault® que le comte de Tessé avait proposé au roi une ordonnance pour mettre des inspecteurs à la porte des églises, afin de s’assurer si les nouveaux convertis allaient à la messe et aux catéchismes; mais que Sa Majesté ne l’avait pas approuvé, et quelle « ne désire pas que «l’on fasse rien qui sente l’inquisition ni qui puisse augmenter «l’aversion que les nouveaux convertis ont pour notre reli- * gion. » Le seul parti à suivre est de punir très-sévèrement ceux qui causent des scandales publics, de prendre les autres par la douceur et d’obliger les enfants à aller aux catéchismes.
Le 8 décembre suivant, une instruction secrète du roi’ confirma, en la développant, la lettre précédente. Il paraît que l’idée du comte de Tessé n’était pas restée partout à l’état de
’ Mémoires, p i54.
^ Ibid. i8 juillet i686, p. i58.
* Ibid. l'Juin i6S6, p. ib-j. Cependant le roi n'était pas guéri, puisqu'il subit < la
• grande opération • à la fin de l'année.
* Ibid. 3i octobre et fin de 1686, p. 161, 171.
’ Annexée aux Mémoires, p. 161.
cLxm
INTRODUCTION
projet, car « Sa Majesté ne juge pas à propos que Tou continue
• à mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour con-
* noîlre ceux des nouveaux convertis qui les fréquentent ou « non. I* On doit s’attacher à empêcher les assemblées et à poursuivre les ministres qui se seraient glissés dans les provinces, punirseulement ceux qui font ostentation de résistance et laisser les autres tranquilles. Le roi renonce à empêcher l’émigration et ordonne de retirer les gardes-côtes et de laisser sortir ceux qui voudront s’en aller, mais sans les informer de la liberté qu’on leur laisse à cet égard. Il est même à désirer que les plus entêtés sortent; seulement on saisira les biens de ceux qui s’en' vont. On veillera aussi sur la conduite des ecclésiastiques envers les nouveaux convertis ; on les empêchera de les effrayer par des menaces ' et de divulguer l’avereion qu’ils trouvent chez eux pour les sacrements ; on se défiera des rapports auxquels le zèle des curés et des missionnaires peut les emporter, et l’on signalera les curés ignorants ou de mauvaises mœurs.
Foucault trouva cette instruction * très-bonne en elle-même; » mais il pensait que, «comme il ne faut pas compter quelle « demeure secrète, elle porte les caractères d’un relâchement « très-préjudiciable aux affaires de la religion^. »
Le peu de religionnaires de la province qui n’avaient ni voulu se convertir ni pu gagner les pays étrangers étaient en prison à Poitiers. Sur les ordres de Louvois, on envoya les hommes dans des châteaux forts et les femmes dans des couvents.
Au commencement de 1687, on cessa de garder les côtes, et, comme Foucault l’avait prévu, il en résulta parmi les nouveaux
’ Voyez une dépêche de Louvois, du 8 décembre 1 686, p. 53 1 , où il réprimande Foucault d'avoir envoyé des dragons k la réquisition de deux curés qui menaçaient les nouveaux convertis de leurs paroisses ;
les deux prêtres furent relégués dans des couvents.
* Mémoires, 8 décembre i686, p. i6i.
Le 1 4 août suivant (jVémoires.p. i8i), Foucault écrivit à Louvois dans le même sens.
convertis un refroidissement pour les exercices do la religion catholique. Ils reprirent courage jusqu’au point de tenter de se réunir dans des lieux isolés, pour entendre soit des ministres rentrés clandestinement, soit des prédicants improvisés, souvent de simples ouvriers que l’inspiration individuelle suscitait au milieu d’eux'. C’est le commencement de ce qu’on a nommé les assemblées au désert. La première eut lieu près du bourg de Pouzauges; elle était presque entièrement composée de cardeurs de laine, métier dans lequel, comme le remarque Foucault'^, le calvinisme avait commencé en France. Louvois ordonna immédiatement à l’intendant d’en faire un châtiment si sévère que l’exemple en retînt les autres, de faire raser les maisons où ces assemblées se seraient tenues, et d’empécher ■ la continuation d’un désordre qui obligeroil Sa Majesté d’en-
• voyer tant de troupes dans le pays, que les peuples en seroient «entièrement ruinés*.» Mais Foucault fit observer à Louvois que la déclaration de juillet 1 686 portait bien la peine de mort contre ceux qui auraient fait partie des assemblées, mais non la démolition des maisons, et qu’il n’était pas permis aux juges d’ajouter des peines à celles qui étaient édictées par les lois, «au-dessus desquelles, remarque-t-il, M. de Louvois ne faisoit « pas scrupule de se mettre*. • Cette réclamation avait pour cause un arrêt du conseil qui avait commis Foucault pour connaître de toutes les alTaires de religion. On lui donna aussi l’ordre «d’accabler de troupes les lieux dont les habitans avoient «assisté aux assemblées,» et do «charger extraordinairement
• les communautés on villes tout entières, afin que chacun
' Dépêche de Louvois k Foucault, du * Mémoim, p. 175. \oy. l'arlide 5 de décembre 1686, p. 53a. la déclaration du i” juillet 1686, dans
‘ Mémoires, février 1687, p. 174» Isamberl, Anciennes lois françaises , I. XX,
* Dépêches des a4 et a5 janvier 1687, p. 5. p 533.