CLXV
« connoisse combien il est de conséquence de ne point assister « à de pareilles assemblées et de ne pas souffrir qu’il s’en fasse «dans sa communauté'. »
En vertu de ce principe, Foucault proposa d’envoyer une compagnie de cavalerie dans les bourgs de Pouzauges et de Moncoutant, dont les habitants, « anciens catholiques, n’a- « voient fait aucun mouvement pour empêcher les assemblées « des nouveaux convertis, n’en avoient donné aucun avis et n’a- « voient voulu en administrer aucuns témoins'^. »
Le procès de l’assemblée de Pouzauges fut entamé par Foucault, assisté des officiers du présidial de Fontenay-le-Comtc. «Les prisonniers, dit-il, demandent grâce et promettent de « vivre en bons catholiques, mais c’est pour avoir la vie. » Louvois était du même avis® ; « Sa Majesté, dit-il, ne veut point que
• l’on ait égard aux témoignages de repentir. . . Elle désire que,
« sans‘les écouter, vous leur fassiez leur procès. » Le prédicant . fut pendu, deux autres condamnés aux galères, et un quatrième banni à perpétuité. Louvois trouva ce jugement trop doux, et prétendit que le roi avait été « surpris de voir que tous les com-
• plices de ce crime n’aient pas été condamnés à mort, suivant «l’article 5 de la déclaration [du i" juillet 1686], et partlcu- « lièrement que l’on en ait condamné un à un bannissement B perpétuel hors du royaume, puisque c’est donner aux mauvais « convertis ce qu’ils désirent que de leur permettre de sortir**. » Mais Foucault ne crut pas que ce fût par oixlre du roi qu’on
' Dépêches de Louvois à Foucault, des 9 cl 1 1 féviier 1687, p. 53/j.
* Ces rigueurs ne sont pas les seules qu’on ait déployées contre Moncoutant; On en peut voir l'origine dans les dépêches de Louvois à Foucault, des i3 et a6 décembre i685, p. 634. 5a5, et la conti-
nuation dans deux dépêches de Pontchor- Irain, des i5 février et a4 juin 170a, Correspowlance ailministr. sous Louis XIV, I. IV, p. 607 et 5i6.
’ Mémoires, février 1687, p. 176, et dépêche de Louvois du i4 février, p. 535.
‘ Dépêche du 4 mars 1687, p. 535.
ciAvi INTRODLCTION.
l’eût taxé de trop de douceur; il déclare que c’est «de son
• propre fonds» que Louvois a tiré ce reproche'. Pour se disculper, il écrivit à Louvois que rien de tout cela ne serait arrivé si l’on avait intercepté à la poste les lettres pastorales des ministres émigrés, qui entretenaient le zèle protestant des nouveaux convertis. Déjà depuis un an il avait proposé cet expédient; mais Louvois lui répondit» que le roi ne voulait pas que,
• sous quelque prétexte que ce fût, le dépôt sacré de la poste «fût violé,» déj>6l, ajoute Foucault, «beaucoup plus sacré
• pour Louvois que celui de la religion*. »
Déjà, vers la fin de 1686, les rigueurs s’étaient relâchées, sauf la poursuite des assemblées sur laquelle on ne faiblit pas; il en fut de même à la fin de 1687, et le roi envoya aux commandants et intendants des provinces l’ordre secret de ne plus se mêler des conversions et de laisser agir les curés et les missionnaires pour en achever l’ouvrage. A l'occasion de ce relâchement, qui lui paraissait de nature à tout compromettre , Foucault ne put s’empêcher d’envoyer à son père un mémoire destiné à l’archevêque de Paris, M. de Harlay, où il critique ce qu’on fait et indique ce qu’on devrait faire. 11 demande expressément qu’on en revienne «aux voies, non pas de force
• et de violence, mais de contrainte un peu plus que morale. • Nous n’avons pas besoin d’analyser cette pièce, qui est comprise aux Mémoires*. On voit, à la persistance avec laquelle Foucault insiste sur la saisie des lettres des ministres émigrés, quelle importance il attachait à cette question. Ce mémoire ne fut pas remis à l’archevêque de Paris; Foucault père le jugea trop dangereux, à cause du blâme qu’il jetait sur la conduite des ministres, et il donna conseil à son fils de «ne s’avancer en
‘ M/motr», p. 175. — ’ Dépêche da 37 avril 1686, p. 617, etitf^iiioim, février 1687, p. 176. — * Fin 1687, p. 310 et »uiv.
INTRODUCTION
«rien, pour n’être garant de rien en chose à nuire, • et de se borner à exécuter les ordres qu’on lui enverrait*.
Foucault ne renonça pourtant pas à faire parvenir son avis à la cour. Dans le courant de i688, il écrivit à Louvois qu’il avait • remarqué avec regi-et que les religionnaires du Poitou ne « se sont presque tous convertis que par les dragons et par la «prison, et que les nouveaux convertis n’ont paru faire leur « devoir de religion que parla crainte du châtiment. . . qu’il ne « lalloit point se relâcher; que ce qu’ils faisoient par contrainte « toumeroit dans la suite en habitude; ce qui est certain, « ajoute-t-il, c’est qu'aucun nouveau converti n’a été forcé de « s’approcher des sacremens par prison ni par logement de « dragons*. » En effet, le gouvernement entrait de plus en plus dans la voie de la douceur. Après avoir commencé par fermer les yeux sur l’émigration, il allait plus loin, et faisait ouvertement embarquer les religionnaires qui ne voulaient pas se convertir. Foucault l’atteste : « on en a embarqué un grand nombre « à la Rochelle, où ils ont été reçus par leurs frères avec des « acclamations extraordinaires. » Mais il n’approuve pas que le gouvernement ait pris ce parti, « quia dépeuplé les provinces*. «
Défense avait été faite* aux nouveaux convertis de faire les fonctions de maîtres d’école jusqu’en 1 688. Le 1 4 janvier 1688, une nouvelle dépêche de Louvois prescrivit à Foucault de ne laisser rentrer dans ces fonctions que ceux qui en seraient dignes, et d’exhorter les évêques à n’accorder d'autorisation qu’en connaissance de cause*.
* Voy, aui Mémoires* p. a i5, celte re* marquable lettre du 5 janvier i688«
* Mémoires» avril 1688. p. aaa.
* Jbid. septembre 1688, p. a36. L'expulsion des opiniâtres fut conlinucc; on en trouve des traces jusqu’en 1700, dans
la Correspondance admin. soas Louis XI W , I. IV, p. 4i3, 457-
* Dépêche de Louvois 4 Foucault, du 6 mars 1 687, p. 535.
‘ \oy..\fémoires» i4janv. 1688. p. ait), et la dé|>èche de Louvois, p. 538.
CLWIII
INTRODUCTION
Les biens des consistoires protestants et ceux des religiounaircs émigrés donnèrent lieu aussi, en 1688, à une correspondance de Foucault et à des actes du gouvernement qui ne sont pas exposés dans les Mémoires sans quelque confusion , à cause d’une erreur de date qui s’y est glissée'. Nous allons tâcher de rétablir ici les faits dans leur ordre exact. Deux édits des 1 5 janvier 1 683 et 2 1 août 1 684 * avaient réuni aux hôpitaux la plus grande partie des biens des consistoires. Foucault reçut, dans le courant de 1 687^, l’ordre « de s’aboucher avec les
• évêques de Poitiers, de la Rochelle et de Luçon, pour conférer
• de l’usage qu’on pourroit faire des revenus des biens saisis ■ sur les rcligionnaires fugitifs, • et aussi de ce qui restait des biens des consistoires. Des mémoires qu’ils envoyèrent résulta une déclaration du roi, de janvier i688\ réunissant ces biens au domaine et en appliquant les revenus à entretenir des maîtres et maîtresses d’écoles gratuits pour les lieux où on le jugerait à propos, et des établissements religieux • pour l’avan- « tage des nouveaux convertis. • En exécution de cet édit, Foucaultsaisit par ordre du roi les biens des religionnaires fugitifs®. Mais il les trouva grevés d’une infinité de saisies et d’oppositions, tant de créanciers légitimes que de créanciers simulés qui voulaient en faire passer le produit aux émigrés. Foucault fut d’avis de renvoyer ces affaires devant la justice ordinaire, et de ne pas se laisser aller, comme on le faisait, à rendre les biens des pères aux enfants, qui en envoyaient les revenus à l’étranger. Cependant cette fois encore il ne fut pas écouté. Un édit de décembre 1 689, attribué par Rulliière au désir de con-
* \oj. le lexte des Mémoires, p. 334.
noie 1 .
* Isaml>ert, Anciennes lois françaises, t. XIX, p. 4 13 et 435.
* El non pas au nmis de mai iG8S, comme il l'a écrit par erreur.
* Isanibert, t. XX, p. 54-
* 3/^mo(rei, jannicr i68d, p. 317.
INTRODUCTION
jurer les troubles qu’on redoutait au comiuenceinent de la guerre, rendit les biens des fugitifs à leurs plus proches héritiers regnicoles, à condition qu’ils ne pourraient les aliéner pendant cinq ans'. Mais Foucault ne se tint pas pour battu; dix ans plus tard^ il réclamait encore contre la facilité avec laquelle on transmettait les biens des fugitifs à leurs enfants.
La cour ne se départit de son système de relâchement que lorsqu’il s’agit des assemblées au désert. En février 1688^, il s'en fit plusieurs dans le haut Poitou, aux environs de Salnt- Maixent. Les protestants s’y montraient fort exaltés, et provoquèrent l’autorité en avertissant eux-mêmes Foucault, par a un billet non signé,» des assemblées qu’ils allaient tenir. P’autc de ministres réguliers, qu’ils appelaient de l’étranger, ils avaient pour prédicant un jeune homme de quinze ans, nommé Magnan, qui leur lisait des psaumes et des sermons. Foucault, ayant pris avec lui .ses domestiques et une compagnie de dragons, tomba sur une de ces assemblées, à Grandry. Elle se tenait dans un pré entouré d’un ruisseau et d’une haie, et des hommes armés en gardaient la barrière. Ils voulurent résister et firent feu sur un détachement de dragons qui s’avançait pour les reconnaître. Foucault pénétra aussitôt avec ses dragons et fit tirer sur les révoltés. Il y en eut sept ou huit de tués ou blessés, et le reste mit bas les armes. On fit une quarantaine de prisonniers, dont six furent pendus, trente et un allèrent aux galères, et deux femmes furent condamnées au fouet. Quant au jeune homme qui avait prêché, on le fil enfermer dans un séminaire pour y être châtié et élevé dans la religion catholique.
Cette prompte répression valut à Foucault les félicitations
‘ isambert, f. XX, p. 96; RuiliÜTa, ’ Aftmofrïi, avril 1699, p. Sag.
Iklairxlisements . t. 11, p. »58. * Ibid. p. a 18.
iNTRODCCTlON.
de Louvois : « Le roi, écrit le ministre, a approuvé la diligence «avec laquelle vous vous êtes porté sur les lieux, et que, s’il « arrive encore que l’on puisse tomber sur de pareilles assem-
• blées, l'on ordonne aux dragons de tuer la plus grande partie
• des religion naires qu’ils pourront joindre, sans épargner les «femmes, afin que cela les puisse intimider, et empêcher « d’autres de retomber en semblable faute. » Le roi veut aussi , toujours selon Louvois, qu’on mette une ou deux compagnies de dragons à subsister pendant un mois, • en pure perte, • dans les paroisses où les assemblées ont eu lieu, afin « de faire con- « noitre aux peuples l’intérêt qu’ils ont non-seulement de ne « se pas trouver à de pareilles assemblées, mais encore d’em- « pêcher qu’aucun d’eux n’y assiste, ou, s’ils ne le peuvent pas «faire, d’en déclarer les coupables et de les arrêter'. »
Les assemblées se tenaient sur les confins du Poitou, de l’Angoumois et de la Saintonge, dans l’espérance que l’action administrative serait moins prompte et moins efficace sur la frontière de trois généralités. Pour remédier à cet inconvénient, Louvois donna un commandement spécial en ces lieux à M. de Saint-Frémont, lieutenant-colonel des dragons de la reine, afin « d’essayer de tomber sur les assemblées qui s’y pourroieut «faire". »
A la fin de iG88, il ne paraît plus d’assemblées; le calme était rentré dans la province, et s’y maintenait par la terrible réputation de l’intendant". Foucault ne s’occupa plus de la question religieuse que pour disputer à l’évêque de Poitiers 1a
' Dépcclie de Louvois à Foucault, du i" mars iô88, p. SSg; Mémoires, p. 319.
* Dépêche de Louvois à Foucault, du 36 mars 1G88. p. 54o.
* Celle réputation est alleslée par Foucault lui-mémo. qui raconte par deux fols
[Sfémoires, fin iG85 et novembre 1688, p. i48, 3 38) que ic bruit coumi, à Paris, que les roligioonaircs l'avaient assassiné. Aujourd'hui même, le souvenir de Foucault et de sa terrible admiiiialratioo n'est pas éleint en Poitou.