CLXX
INTRODUCTION, prérogative d’exhorter la noblesse huguenote à changer de religion', et pour demander à Louvois de continuer à entretenir des missionnaires en 1689. C’est alors que des circonstances dont nous avons parlé plus haut le portèrent à demander son changement de l’intendance de Poitiers à celle de Caen.
A Caen, Foucault trouva les choses à peu près dans l’état où il les laissaiten Poitou, saufquelcs religionnaires étaient moins nombreux en basse Normandie que dans cette dernière province. La besogne des conversions et de la surveillance des nouveaux convertis y fut toujours la même. On y rencontre quelques épisodes intéressants, comme celui de mademoiselle de Brasnay, que l’influence de sa mère faisait toujours retomber dans le calvinisme, mais qui, une fois qu’elle y fut soustraite, finit, de son plein gré, même un peu malgré Foucault, par se faire carmélite’. Mais toutes les femmes n’olTraient pas la môme prise à la conversion : en lyoS, les filles de CoUeville, ancien conseiller au parlement de Rouen, religionnaire zélé, passèrent par-dessus les murs du couvent des Ursulines de Caen, où on les instruisait; « le roi a jugé à propos de faire «mettre le père dans le château de Caen jusqu’à ce qu’il ait » représenté ses filles *. »
La répression des assemblées occupa Foucault à Caen comme à Poitiers; seulement elles étaient moins considérables en basse Normandie. Quatre cents personnes étaient le maximum des assistants à celles qui se tinrent du côté d’Athis et de Condé-sur-Noireau et qu’il eut à poursuivre en mars 1689. Le jour de Noël 1690, ilsurprit une assemblée de seize personnes dans une maison particulière; il en fit arrêter six. Le cas était trop peu grave pour l’application rigoureuse des édits qui pu-
' Mémoirei, norenibre i6&8, p. îSg — * lUd. fin de 1690, p. 371. — ’ Ibid. p. 354.
INTRODUCTION
nissaicnt de mort ceux qui seraient « surpris faisant des assem- M blées ou quelque exercice de la I\. P. R » Aussi proposa-t-il de les juger aux termes de l’ordonnance, « attendu la consén quence, »• mais de faire commuer leur peine. C’est ce qui fut fait. Un homme et quatre femmes lurent condamnés à être pendus; mais on fit seulement raser et mettre au couvent les femmes et l’homme fut envoyé aux galères. Cependant, selon Foucault, cet homme «qui avoit prêté .sa maison, entonnoit a les psaumes et li.soit les prières, méritoil d’être pendu quand « le roi auroit fait grêce aux autres. » Une aventure toute pareille arriva un an plus tard. Foucault eut à juger une assemblée qui s’était tenue dans une maison particulière à Tinchebray; il condamna le maître de la maison à mort. La peine fut commuée, contre son avis, en celle des galères perpétuelles*.
La guerre renaissant en 1689 rendit l’espérance aux religionnaires. Ils pensaient que le prince d’Orange allait les délivrer et les venger, et Foucault eut à faire le procès à un homme qui avait écrit une lettre en ce sens^. Ce fut bien pis en 1692, après la bataille de la Hougue et l’incendie des vaisseaux échoués qui s’ensuivit. Depuis ce moment, les religionnaires de basse Normandie « moulroient de la mauvaise volonté par leurs dis- « cours et par leurs actions. » Foucault reçut du contrôleur général Pontchartrain l’ordre de les surveiller. Mais il fut en même temps obligé de contenir les catholiques de Caen, qui voulaient les brûler dans leurs maisons, persuadés que le dé- .sastreux incendie des vaisseaux n’était arrivé que « par l’intel- « ligence des religionnaires avec les Hollandois et le prince « d’Orange. » En cette occasion, il se montra actif et énergique :
' Déclaration du i" juillet 1686, ar> licle 5.
’ iV^moiivi, décembre 1G91, p. 279.
' Ibid. niar.« 1O89, |>. a49-
INTRODUCTION, il accourut en toute hâte de la Hougue à Caen pour prévenir ces violences; ses ordres sévères sulTirent à les empêcher, tandis qu’il faisait venir près de lui les principaux religion naires pour les tranquilliser et les assurer de la protection du roi
En 1693, il constata une des grandes diflicultés auxquelles la révocation de l’édit de Nantes devait donner lieu : c’est que, les nouveaux convertis ne pratiquant pas exactement les exercices de la religion catholique, les curés refusaient de les marier, et alors ils se faisaient entre eux des promesses de mariage sur la foi desquelles ils vivaient ensemble. « 11 en arrivera, dit » Foucault, que ces mariages seront déclarés clandestins. C’est « un désordre auquel on n’a point pourvu » Ce désordre fut en effet très-grand, et on n’y poui'vut qu’un siècle plus tard, par l’édit de tolérance du 19 novembre 1787, dont l’objet principal fut de rendre l’état civil aux protestants •’. Nous avons vu aussi une autre conséquence de la révocation : c’est qu’il fut impossible d’établir la juridiction consulaire à Caen, en 1694, par suite de la désertion des marchands, dont la plupart étaient rcligionnaires.
Après quelques années passées dans le sialu cfiio, le gouvernement recommença, en 1698, à s’occuper des protestants. Foucault reçut, en octobre, l’ordre de désarmer les nouveaux convertis, à la réserve des gentilshommes. Le i3 décembre suivant parut une déclaration du roi qui reprit de nouveau la question. Rulhière prétend que cet édit, inspiré par le cardinal de Noailles, avait pour but de mettre un terme aux persécutions'*. En effet, sauf la confirmation des peines portées contre les assemblées et contre l’exercice de la R. P. R. il ne
' Mémoires, p. ag3.
* Ibid, avril i6g.3, p. agS.
^ Voy. Rulhière , Eclaircissements, pasiim.
‘ Ibid. t. II, p. 8a.
INTRODUCTION
contenait aucune mesure coercitive pour forcer les nouveaux convertis à pratiquer la religion catholique. On les obligeait seulement, • par des condamnations d’amendes, même par de « plus grandes peines, suivant l’exigence des cas', » à faire baptiser leurs enfants à l’église et à les envoyer au catéchisme. Cependant l’apparition de cet édit ne fut pas sans effrayer les nouveaux convertis : « des esprits inquiets semèrent des bruits « que le roi les contraindroit enffn de fréquenter les églises et a les sacremens. » Un mercier de Caen vendit « toute sa boutique « et ses meubles, jusques à son lit, » pour passer dans les pays étrangers. Foucault le lit arrêter, et s’entendit avec l’évêque de Bayeux afin de rassurer les autres et de » pratiquer les moyens « convenables pour les attirer à l’Eglise par les voies les plus « douces »
Quelques jours après la déclaration du i3 décembre, une autre déclaration , datée du a 9 fit un pas de plus dans la même voie. Nous avons vu plus haut que les biens des fugitifs, d’abord confisqués, avaient été rendus, par un édit de décembre 1689, à leurs héritiers regnicoles. L’édit du 29 décembre 1698 rouvrit les portes de la France aux fugitifs, ainsi qu’à leurs enfants émigrés ou nés à l’étranger, qui voudraient faire abjuration dans les six mois, et leur promit, sous cette condition, la restitution de leurs biens. Foucault écrivit au secrétaire d’état, Cbâteauneuf, pour se plaindre que cette ordonnance, quoique juste en apparence, «produit un grand inconvénient O par rapport à la religion, la plupart de ceux à qui le roi ac- « corde ces biens étant aussi calvinistes que ceux qui les ont « abandonnés. » 11 demandait qu’au moins on fit une enquête à cet égard, ou mieux encore, qu’on laissât les biens en éco-
' Art. loet ta. Isambert, AnciVnnrr lois ’ A/^/noïrer, janvier 1699, p. 337.
françaises, t. XX, p. 3i4. * Isambert, t. XX, p. 3aa.
nomat pendant un an ayant de les rendre aux nouveaux héritiers, pour s’assurer d’ici là de la sincérité de leur conversion *. Il ne paraît pas qu’on ait eu égard à ces observations. En attendant, les religionnaires ne voulurent pas se soumettre à l’obligation qui leur était imposée par la déclaration du 1 3 décembre précédent, d’envoyer leurs enfants aux instructions religieuses. Foucault mit un des récalcitrants en prison, et lit prendre plusieurs enfants pour les envoyer aux séminaires des nouveaux catholiques^.
Les voies de douceur convenues entre Foucault et l’évêque de Bayeux étaient des conférences qui eurent lieu en décembre 1700, dans l’église Saint- Jean de Caen; l’intendant les ouvrit par un discours qui est joint aux Mémoires^ et dans lequel il engage les réformés à abjurer leurs erreurs, en leur montrant les conversions opérées dans le reste de la France, la volonté bien arrêtée du roi et l’impuissance des gouvernements étrangers à les secourir. Les nouveaux convertis avaient la permission de soumettre leurs doutes à un ecclésiastique chargé de les éclairer. Mais des discussions s’ensuivirent; ceux qui portèrent la parole ne le firent point, suivant Foucault, « dans « l’esprit de chercher la vérité; » ils curent recours « à des sub- « tilités de l’école pour faire perdre de vue le véritable état de O la question ; » ils s’arrêtèrent « à des minuties qui ne vont « point à l’essence de la religion et qui ne peuvent frapper que « des esprits foibles. » Aussi se crut-il obligé, le 6 janvier 1701, de mettre un terme aux discussions par un discours, également joint aux Mémoires^, dans lequel il ne craignit pas d’aborder les questions théologiques. Les conférences furent changées en simples instructions, après lesquelles les nouveaux
’ Mémoires, a4 avril 1C99, p. Sag.
’ Ihid. p. 33 1 .
IMKODL’CTION.
conveilià eurent seulement la permission de proposer leurs doutes en particulier.
Passé celle épofpie, il n’est plus question des religionnaires dans les Mémoires de Foucault.
Nous voici au terme de cette longue analy.se. Nous avons cru (ju’il était utile de présenter, réunis en ordre systématique, les laits dispersés au hasard de l'ordre chronologique dans les documents que nous publions. Essayons de les résumer ici en quelques mots qui caractérisent les intendances successives de Foucault. A Monlauban, il fut l’iiomme de Colbert et porta l’ordre dans la police et dans les finances de cette généralité vaste cl médiocrement atteinte jusqu'à lui par l’action du pouvoir central ; il y |)rit part à l’importante affaire de la régale. A Pau, il continua d’abord le même genre d’action et travailla à réformer le parlement de Béarn; mais bientôt l’influence de Louvois, qui s’élail déjà fait sentir dans les dernières années do l’intendance de Montauban, l’emporta tout à fait, et Foucault ne s’occupa plus que des conversions; celte affaire remplit les intendances de Pau et de Poitiers. Elle ne fabsorbe plus exclusivement dans finlcndancc de Caen , et il y reprend le train ordinaire de fadministration. Mais la main de Colbert ne se faisait plus sentir, et Foucault ne fut qu'un instrument passif des expédients financiers qui, à partir de 1690, marquent la fin du règne de Louis XIV. La guerre toucha les côtes de la basse Normandie, et les Mémoires nous font assister au grand désastre de la Hougue. Enfin Foucault vieillit; les dernières années de ses Mémoires s’en ressentent et perdent progressivement de leur intérêt. Mais dans la partie la plus vivante, de 167/1 ^ environ, ils nous ont donné un spectacle
qu’offrent trop rarement les histoires générales et les mé-
INTRODUCTION
moires de cour; ils nous ont montré en relief et au premier plan les choses telles qu’elles se passaient dans la vie ordinaire des provinces et dans le contact immédiat du gouvernement et de l’administration avec le pays. C’est là ce qui leur communique un intérêt si vif et ce qui en fait un monument unique parmi les documents qui éclairent l’histoire du règne de Louis XIV.
DE
iNICOLAS-JOSEPH FOUCAULT.
DE
Nicolas Foucault, mon bisaïeul, naquit à Poissy en Tannée i55o. 11 décéda à Paris le mai 162G, est inhumé en Tégllse de Saint- Germain-le-Vieil, où il a fondé un obit. On doit dire des vigiles le jour de la Toussaint, et une grande messe le jour des Morts.
Il a eu deux femmes. De la première, nommée Charlotte Charpentier, est issu un bis nommé Claude, qui naquit à Poissy en i58o, et décéda à Paris le 21 septembre i65i, et est aussi inhumé à Saint- Germain-le-Vieil.
De son second mariage, avec Elisabeth Alain, sont issus deux bis, Nicolas et Noël, et plusieurs biles, la dernière desquelles est Elisabeth, religieuse à Maubuisson, où elle est décédée le i3 septembre
De Claude et de Louise Brodier, veuve de Thierry Mignot, sont issus trois enfants: un bis, nommé Joseph, et deux filles, Elisabeth et Geneviève; le mariage de Claude est du 3o mai 1607; sa femme est morte le i4 septembre 1617, inhumée à Saint-Germain.
Joseph est né le vendredi 2 juin 1 6i 2 , et baptisé en Téglise Saint-
Gcrmain-le-Vieil par M. de Mesnil, conseiller au Parlement cl cure Je ladite paroisse.
Mon père aimoit tendrement Louise Mignot , sa sueur, lille du premier lit de Louise Brodier sa mère, qui, suivant ce qu’il en dit dans les mémoires de sa vie, étoit une lille accomplie on beauté et en inéritc.
Marie Métezeaii, ma mère, lille de (ilément Métezcaii, intendant des bâtimens du roi, inventeur de la digue de la Rocbclle, et de Jeanne Maillard, est née le lo janvier iCai, et baptisée dans la paroisse de Saint-Paul.
Le 6 février i64 i , mon père a épousé ma mère; elle est décédée le 4 novembre 1670, après avoir eu huit enfans.
Claude Foucault, mon aïeul, a été pourvu, en i6i3, de la charge de grand maréchal féodal de l’abbaye de Saint-Denis', dont il avoit traité avec Isaac Mabault, par M. l'abbé de l.orrainc, abbé de Saint- Denis. Cet office est un fief héréditaire auquel .sont attribués plusieurs droits. Il assiste a la procession et au service le jour de Saint-Denis, et tient de la main gauche un côté de la cbappc de l'abbé, et de la droite un bâton orné de diamans. Il avoit autrefois un pain et demi par jour, six-vingts boisseaux d’avoine par an, trois ebopines de vin, mesure de Saint-Denis, par jour, et plusieurs autres rétributions; mais, par non-usage pendant les guerres, ces droits se sont perdus, et les abbés et religieux s'en sont emparés.
Claude Foucault, mon aïeul, ayant résigné cet oflice entre les mains de M. le prince de Conti , abbé de Saint-Denis, lors prisonnier à Vincennes*, en faveur de Joseph Foucault, mon père, en i65o.
* V. Du Cange, v* }faresrallus abbatis,
' Amiami de Bourbon .prince de G)n(i .
second fils d'Henri de Bourlxm. prince de Condé, avait été destiné, dans »n jeunesse, a i'eiat ecclésiastique, et eut, en i64a. ics ablwyes de Sdinl*l>enis. deCluny.de Léfins et de Molémc. .\prèa la mort de son piTC. en 1646, il renonça à IVgUso, prit
|wrl aux guerres de la Fronde, cl devint généralissime de l'année opposée à relie que le prince de Gmdé, son frère oiné, commandait |>our la reine et Ma/arin. Ils se réunirent ensuite ronUc le canlinai, et liireiil arrêtés au Palais Buyal avec le duc de Longueville, leur beau-frère, et emprisonnés à Vincennes, puis à Mnreoussis cl
M. le prince de Conli lui en a accordé des provisions et y a ajouté la survivance en ma faveur. J’y ai été reçu le i 4 juillet i 65 1 .
Mon père a vendu cet olBce à M. l’abbé Faure, le 17 novembre
Il a été supprimé lors de l’uiiion de la manse abbatiale de l’abbayc de Saint-Denis à la maison de Saint-Cyr*.
Le 1 7 novembre 1 64 1 , ma mère est accouchée de son premier enfant, qui fut une fille, nommée Claude, neuf mois huit jours après que mon père l’eut épousée.
Le 8 janvier 1 643, je suis venu au monde sur les quatre heures du matin, jour auquel il fit des vents extraordinaires. Ma mère fut en travail pendant trois heures. J’ai été baptisé à Saint-Eustache le 1 2 janvier, et ai eu pour parrain Claude Foucault, mon grand-père, et pour marraine Poncette Maillard, femme de M. Resneau, tante de ma mère. J’ai été nommé Nicolas. — Vid. le mémoire écrit de la main de M. Polard, le registre de mon père et autres mémoires.
J’ai eu trois nourrices et deux fois la petite vérole; la deuxième, à dix-huit mois, fort violente. J’étois d’une complexion fort délicate.
J’ai appris à lire, avant sept ans, du sieur Tessier, prêtre de Saint- Eustache, et ensuite du sieur Chenu, prébendier de Saint-GermainfAuxerrois, qui avoit enseigné la philosophie à mon père, lequel m’enseigna aussi à écrire et la grammaire.
Le 2 2 août i646, ma mère est accouchée d’une fille, nommée Marie Elisabeth. Elle mourut malheureusement quelques jours après par la faute de sa nourrice, et a été enterrée dans l’église de Verrières.
Le 4 mai 1 648 , ma mère est accouchée d’une fille, qui fut nommée
AU H)vrc-de*Grâce. Ils sortirent de cette dernière prison le i3 février i65i. Le prince de Conti ne se démit de ses Abbayes qu’en i65/i.
' Voy. Hift. de la maison royale de Saint- Cyr, j>ar Tli. Lavallée. Paris, Fume, 1 853 , p. io6 à 109.