AFFAIRES DE LA RÉGALE
Le tS février 1679, j'ai mandé à M. de Châteauneuf que M. l’évêque de Pamiers avoit fait distribuer aux curés de son diocèse des copies latines et françoises d’un bref du pape concernant la régale.
Le 3 mai 1679, j’ai reçu un arrêt du conseil pour faire saisir les revenus de l’évêque de Pamiers, et ai proposé de les employer aux dépenses et charges ordinaires et réglées de l’évêché , et d'appliquer le reste à la subsistance des nouveaux convertis du diocèse.
Le i3 août 1679, le roi ayant eu avis que le cardinal Portocarrero , passant en France, avoit vu l’évêquc de Pamiers, je mandai à M. de Châteauneuf, qui m'avoit écrit pour en savoir la vérité, que ce cardinal, ayant été visité par M. Caulet, neveu de l’évêque, lui avoit offert sa bourse et d’acquitter ponctuellement les lettres de change qu’il tireroit sur lui, ayant appris que les revenus de son évêché avoient été saisis.
Le même jour, j’ai reçu ordre de faire saisir les revenus du chapitre de Pamiers, et d’établir pour séquestre le sieur Anceau, receveur des tailles de l’élection de Comminges.
M.l’évéque de Pamiers ayant rendu plusieurs ordonnances au sujet
* Le morceau qui suit u'offre paa le caractère morcelé du reste des mémoires.
C'est probablement le brouillon d’un travail que Foucault envoya au duc de Beau-
vîUiers.qui lui avait demandé des reuseignements sur cette affaire. (Voy. plus loin« auK mémoires, la lettre de Foucault au duc de Beauvillierst du i" mai 1694.)
MKMOIRES
We la régale, le prlcinenl de Paris en a reçu l'appel cumnic d'ahiis. interjeté par le procureur général, de ces ordonnances.
I.e 30 septembre ibyg.j'ai envoyé à M. de CliÂteauneuf une copie des inrormations que j’avois fait faire contre un curé et deux vicaires du diocèse de Pamiers, accusés d'avoir dit dans leurs prônes que les pourvus on régale étoient excommuniés, cl d'avoir été dans les maisons de leurs paroissiens leur défendre d'administrer des vivres a ceux qui levoient des dîmes pour lesdits pourvus en régale.
.\u mois de février 1680, M. l’évêque de Pamiers a rendu une ordonnance d'excommunication contre les pourvus en régale dans le diocèse de Pamiers, et ensuite une autre par laquelle il ordonne des jeûnes, des processions et des prières pour apaiser la colère de Dieu sur son diocèse. Il y a du venin dans les motifs de cette ordonnance, que j’ai envoyée à M. de Châteauneuf.
Le 38 mars 1C80, j’ai envoyé à M. de Cbàleauneuf copie de l’ordonnance d’excommunication donnée par M. l'évèque de Pamiers contre le sieur Patarin, pourvu en régale du doyenné dans l'église de Pamiers.
Le 4 avril, M. l'évèque de Pamiers est monté en chaire dans .sa cathédrale, revêtu de ses habits pontificaux, et a renouvelé et publié lui-méme les excommunications qu’il avoit déjà fulminées contre les pourvus en régale, leurs fermiers, sous-fermiei-s, procureurs et autres, au nombre desquels il a ajouté les commissaires et exécuteurs des ordres de Sa Majesté et de ceux que j'ai donnés en conséquence. Pai écrit à M. l’archevêque de Toulouse pour lever celte excommunication, de quoi j’ai rendu compte à M. de Châteauneuf, et lui ai marqué qu'il étoit bien nécessaire que le roi prévint par d’autres voies les suites que la résistance opiniâtre que ledit sieur évêque témoigne publiquement à ses ordres pouvoit produire.
Le . . avril, j’ai reçu ordre du roi de faire arrêter le sieur Laborde, promoteur de l’évéclié de Pamiers; mais il se tenoit caché.
Le i"mai 1680, j’ai reçu deux arrêts du parlement de Paris qui reçoivent le procureur général appelant comme d’abus des ordon-
nances d’excomirmnicalion rendues par M. l’évèque de Pamlers contre les pourvus en régale et contre les commissaires exécuteurs des ordres du roi, et les lui al fait signilicr.
Le 8 mal 1680, j’ai mandé à M. de Châteauneuf qu ayant conféré avec M. l’archevêque de Toulouse sur les moyens d’empécher les mauvaises suites que pourroient produire les excommunications (jue M. l’évêque de Pamlers alloit tous les jours publiant lui-même dans les paroisses, même les plus éloignées, de son diocèse, nous étions convenus que ledit sieur archevêque lèverolt nommément par une ordonnance toutes les excommunications dans lesquelles les personnes sont manjuées, comme le sieur Patarin et autres, et qu’à l’égard de celles prononcées indéfiniment contre les fermiers et autres qui donnent assistance aux pourvus en régale, il les lèveroit en général et nommeroil des confesseurs auxquels pourroient s’adresser ceux à qui ledit sieur évêque en auroit refusé; à quoi j’ai ajouté à M. de Châteauneuf que, pour rassurer les peuples et lever le scrupule qtie ces excommunications pouvoient avoir jeté dans les esprits, j’estimois à propos que ledit sieur archevêque allât lui-même à Pamiers et qu’il en réitérât la levée.
Au mois de mai 1 680, j’ai reçu ordre de faire sortir de la ville de Pamiers les Ursulines que M. l’évèque de Pamiers y avoit établies.
Le 8 juin 1 680, j’ai fait signifier à M. l’évêque de Pamlers et publier deux arrêts du parlement de Paris, dont l’un ordonne la suj)pression du libelle ‘ qu’il a fait pul)lier contre le droit de régale, et l’autre qui reçoit M. le procureur général appelant comme d’abus de son ordonnance d’excommunication contre les pourvus en régale. Nonobstant lesquelles significations faites le 8 juin, ledit sieur évêque a excommunié, le 17, huit pourvus en régale pour avoir pris posses-
* I/arré! du pariement est du 3 avril 1680 de la cour de parlement contre
un libelle intitulé Traité de la Régale. Du 3 avril i080. Paris, François Muguet, 1680: in-4*). Le titre exact du t libelle • est ; Traité Je la Régale , imprimé par ordre
de M. l'évêque de Pamiers; in- 1 a . Cologne (Toulouse), 1680 (P. Lelong, Bibl. htsior, n* 7621). Le parlement de Paris connaissait seul des affaires relatives à la régale, en vertu de l’ordonnance d’avril 1667, tit. XV, art, ig.
sion de leurs bénéfices, et un de leurs fermiers pour s’êire mis en possession des fruits.
Le parlement a reçu le procureur général appelant comme d'abus des dernières ordonnances de M. f évêque de Paraiers, au commencement d’août 1680; ce prélat est tombé dangereusement malade et est mort le [7 août].
Le ai août 1680, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que, quoiqu’il y eût lieu de croire que la mort de M. l’évèque de Pamiers rendroit le repos au diocèse qu’il laisse vacant, et mettroit les pourvus en régale dans la jouissance paisible de leurs bénéfices, cependant j’avois été informé que le sieur d’Aubarède, soi-disant archidiacre et vicaire général le siège vacant, quoique le roi ait nommé le sieur Paucet à l’arcbidiaconé comme vacant en régale, étoit monté en chaire dans l’église du Camp' le 1 8 août, et avoit renouvelé les excommunications fulminées par le défunt évêque, quoique le i3 dudit mois on lui eût signiiié le dernier arrêt qui reçoit le procureur général appelant comme d'abus; é quoi j’ai ajouté que cette entreprise faite par un ecclésiastique sans autorité ni caractère légitime méritoit d’étre réprimée; que M. l’arcbevêquc avoit estimé qu’il suffisolt d’en faire dresser procès-verbal par le sieur de Malenfant , mon subdélégué à Pamiers, lequel j’ai envoyé à M. de ChAteaiinenf; que je croyois nécessaire que le parlement décrétât contre ce prétendu vicaire général et fit informer des faits contenus en ce procès-verbal pour arrêter le cours des entreprises de ce prétendu vicaire général et des chanoines qui l’ont élu; mais que le remède le plus efficace étoit de donner promptement à cette église un évêque dont la pureté de la doctrine et l’autorité légitime pût rétablir le repos dans les consciences et faire rentrer chacun dans le devoir, ledit d’Âubarède et ceux de sa cabale ayant mis en pratique toutes sortes d’illusions pour abuser le peuple par des miracles supposés, et ayant prêché qu’il ne falloit pas prier pour l’âme du défunt, mais finvoquer comme un saint; et, en ell'et, la populace se jeta sur le corps et le dépouilla de ses vête- ' Notre-Dauie*<iu-Camp, à Pamiers.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, mens, qui furent déchirés et emportés comme des reliques, ayant même jeté des pierres aux régalisles. Tai écrit aux officiers des lieux de réprimer ces emportemens et d’en empêcher les suites. J’ai aussi écrit à M. l’archevêque qu’il étoit bien à propos d’envoyer à Pamiers, avec caractère et pouvoir pour contenir les esprits révoltés. J’ai encore mandé que je me rendrois à Pamiers, si ces désordres continuoient , pour y apporter les remèdes convenables.
Le sieur d’Aubarède ayant continué de renouveler les excommunications données par le défunt évêque, et les curés du diocèse chassant scandaleusement de leurs églises les fermiers de l’évêché et du chapitre, et les empêchant d’exploiter leurs fermes, j’en ai donné avis à la cour, et M. de Chûteauneuf m’a envoyé, le 3a août, un ordre du roi qui relègue le P. d’Aubarède à Gei^eau’, et me mande de prendre des mesures, avec M. l’archevêque de Toulouse, pour l’élection d’un vicaire général à Pamiers.
M’étant transporté dans la ville de Pamiers, j’ai trouvé les esprits préoccupés que le roi ahandonnoit les droits de régale, depuis que les anciens chanoines ont fait courir des copies d’un prétendu bref du I 7 juillet i68o, par lequel le pape mande à M. l’évêque de Pamiers que Sa Majesté envoie à Rome M. le cardinal d’Estrées pour lui faire connoitre ses senti mens sur le fait de la régale, et l'exhorte à persévérer dans la défense des droits de son église , lui promettant toute sorte de protection. J’ai envoyé à M. de Châteauneuf une copie de ce bref, et lui ai mandé que le P. d’Aubarède étoit parti pour Gergeau deux jours après que l’ordre de sa relégation lui a été envoyé.
J’ai envoyé en même temps à M. de Châteauneuf un procès-verbal de l’état du diocèse que j’ai fait sur les lieux, et ai proposé d’éloigner le P. Rech , ancien chanoine , qui prétendoit avoir été élu vicaire général conjointement avec le P. d’Aubarède, qui pourroit continuer d’excommunier les pourvus en régale, comme aussi le sieur Charlas%
' Jargeau. le diocèse de Comminges, d'abord insti*
’ Antoine Charlas, né vers i63o, dans tuteur des enlànts du président Cauiet, à
MK MOI R ES
prêtre séculier demeurant à Pamiers, qui a travaillé à toutes les ordonnances, lettres et écrits qui ont paru sous le nom dudit sieur évêque, et qui étoit pour lors l’unique conseil des anciens chanoines; qu’il y avoit aussi le nomme Gaiulé, vicaire perpétuel de Notre-Daraedu-Camp, qui s’est ouvertement déclaré le persécuteur des pourvus en régale, qu’il seroit encore très à propos d’éloigner du diocèse de Pamiers; qu’il faudroit de plus enjoindre à tous les régalisles de se rendre à Pamiers pour y servir assidûment et avec édification leurs bénéfices, étant en plus grand nombre que les anciens chanoines.
J’ai trouvé parmi les papiers du P. d’Aubarède un mémoire en fonue de journal de ce qui s’est passé au sujet de la régale depuis le 1 2 janvier 1 68o jusqu’au dernier jour de juillet. Il y est fait mention de deux évêques que M. l’archevêque de Toulouse assure être MM. de Rieux et de Lectoure, étant les seuls évêques qui fussent à Toulouse le jour marqué dans ledit journal.
J’ai encore mandé qu'il y avoit à Toulouse un chanoine d’Alby, nommé Ferrier, chez qui se sont toujours assemblés et s'assembloient journellement les gens de la cabale pour prendre les résolutions de ce qu’ils avoient à faire; que c’étoit un homme savant, mais factieux, auquel M. l’archevêque d’Alby n’a voulu donner aucun emploi, connoissant son esprit; qu’il étoit encore à propos de l’éloigner; que j’avois découvert l’imprimeur qui a imprimé à Toulouse le traité de la régale qui a paru sous le nom de M, de Pamiers, et que, si le roi désiroit être informé par quel ordre et comment cette impression a été faite, il n’y auroit qu’à ordonner à M. le procureur général du parlement de Paris d’en faire informer, et j’ai proposé le sieur d’Héricourt pour faire l’information.
Toulouse, puis placé, par son frère l'évêque, comme supérieur des séminaires du diocèse de Pamiers. Il parait avoir été l'àmc de la résistance à la régale. Kn 1 679 , il publia un livre, Causa regaltw penitus explicata, qui fui condamné au feu par arrêt du parlement de Toulouse. A la mort de
Cnulei, le chapitre s’adjoignit Clinrias; mais, Foucault ayant voulu s’emparer de sa personne , il se cacha et s’enfuit à Rome , où il mourut en 1 698 , après avoir employé le reste de sa vie à écrire contre le gallicanisme et en laveur des doctrines ultramontaines.
J’ai prié aussi M. de Châteauneuf d’écrire à M. l’archevêque de Toulouse d’agir avec un peu de fermeté dans cette affaire et d’appuyer les pourvus en régale de sou autorité.
J’ai écrit à la cour que , les choses n’étant pas disposées à Pamiei s à élire un chanoine jwurvu en régale pour vicaire général, M. l’archevêque de Toulouse devoil commettre un ecclésiastique du diocèse de Toulouse pour faire cette fonction à Pamiers jusqu’à ce que la contestation fût réglée; mais que, quoiqu’il eût rendu cette ordonnance, il ra’avoit mandé, depuis deux jours, qu’ayant reçu avis que l’aifairc de la régale s’accommodoit à Rome, il n’avoit pas cru devoir envoyer un vicaire général à Pamiers jusqu’à ce qu’il eût reçu de nouveaux ordres du roi; sur quoi j’ai représenté que ces marques de crainte et ces ménagemens faisoient prendre cœur aux anciens chanoines et les rendoicnt plus hardis à faire de nouvelles entreprises contre les pourvus en régale et contre les droits du roi , d’autant plus qu’un des principaux points de l’instruction qui m’avoit été envoyée et que j’avois communiquée audit sieur archevêque étoit qu’en cas [que les] anciens chanoines refusassent d’appeler les régalistes pour élire un vicaire général , il étoit du devoir de M. l’archevêque d’en nommer un , le pouvoir de le faire lui étant donné par le concile de Trente ;qu’alnsi son ordonnance dont j’ai envoyé la copie étoit canonique et régulière, ayant été donnée après trois sommations faites de la part du sieur Le Juge, chanoine pourvu par le roi, aux anciens chanoines de s’assembler.
Le i8 septembre 1680, j’ai mandé à la cour que j’avois surpris depuis trois jours un paquet renfermant une lettre de Rome qu’un marchand de Toulouse, nommé Gazes, envoyoit à Pamiers au sieur Charlas, qui étoit le conseil du défunt évêque, et continuoit de l'être des chanoines réguliers. Cette lettre étoit en forme d’instruction de ce qu’il y avoit à répondre à la lettre que messieurs du clergé avoient écrite au roi, lors de la dernière assemblée. 11 y étoit aussi parlé des prétendus miracles faits par ledit défunt évêque, dont un ecclésiastique du diocèse de Saint-Pons, le sieur Rauchy, est venu faire
6li MÉMOIRES
enquête à Pamiers. Celui qui a écrit cette lettre de Rome se nomme Dorai, archiprètre de la ville d’Acqs en Foix, et avoit été envoyé à Rome par le défunt évêque pour agir dans les affaires qu’il y a toujours eues, et particulièrement dans celle de la régale. J’ai donné ordre qu’on interceptât toutes les lettres qui seraient adressées audit Charlas, qu’il serait à propos d’éloigner de Pamiers.
M. l’archevèquc de Toulouse ayant commis le sieur Fortassin pour vicaire général â Pamiers, j’ai reçu des ordres de la cour, par un courrier exprès qui me l’a amené à Pamiers où j’étois, pour le mettre en possession de cet emploi, ce que j’ai fait nonobstant la déclaration du P. Coudol, ancien chanoine, â la signification de l’ordonnance de M. l’archevêque de Toulouse, qu’il en étoit appelant au pape, ce qui m’a obligé de faire signifier ce matin' au P. Coudol l’ordre du roi pour l'envoyer à Saumur. 11 est parti deux heures après. C'est ce que j'ai mandé à M. de Châteauneuf par le retour de son courrier, le 26 septembre 1680.
Le même jour, j’ai écrit à la cour que je n’oubliois rien pour engager les anciens chanoines à venir faire le service avec les pourvus en régale, qu’il y en avoit trois fort ébranlés et sur lesquels je pouvois presque compter, mais que les autres étoient fort opiniâtres, nonobstant l’exemple du P. Coudol et celui du P. Rech que j’ai fait arrêter à mon arrivée à Pamiers et qui est présentement en chemin de la ville d’Acqs.
J'ai fait chercher l’imprimeur du traité de la régale , aussi bien que le sieur Rauchy.
J’ai mandé à la cour qu’au moyen des ordres du roi que j’ai fait exécuter, il y aura peu à appréhender dans la suite de la mauvaise volonté de ceux qui sont opposés au droit de régale, les deux chapitres ayant entièrement changé de face, et les chanoines qui les composent reconnoissant l’autorité de M. l’archevêque de Toulouse et le pouvoir de son vicaire général, le siège vacant à Pamiers; qu’il ne resloit plus qu’à éloigner les PP. Gavaret et Bartholomé, dont les
^ Foucault extrait sans doute cette phrase de sa lettre à M. de Châteauneuf.
bénéGces ont été inipélrés en régale et qui sont les restes des débris du chapitre de la catliédrale, ces deux religieux étant les seuls qui occupent présentement la maison où le défunt évêque avoit établi son chapitre et le faisoit vivre en communauté , ce qui étoit d’autant plus nécessaire que, quoique lesdits Gavaretet Bartholomé ne soient plus du corps du chapitre, ils ne laissent pas de le représenter dans leur parti et pourroient même agir en qualité de vicaires généraux, comme a fait le P. d’Âubarède, quoique dépossédé; qu'il y avoit aussi un prêtre séculier, nommé Grattecap, ancien promoteur, qu’il seroit dangereux de laisser dans le diocèse, étant fort attaché à ces deux réformés; que M. l’archevêque m’avoit fait de grandes plaintes contre le sieur Cazeneufve, professeur de théologie dans l’université de Toulouse, qui est un des conseils des anciens chanoines, et que l’on prétend avoir travaillé, avec le sieur Ferrier, aux mémoires et lettres qui ont paru sous le nom dudit sieur évêque; il seroit aussi à propos de le reléguer;
Qu’il y a aux environs de Pamiers, dans le lieu de Sabure, le sieur abbé Caulet, frère dudit défunt évêque, qui assistoit les réformés de sa bourse, et auquel il seroit bien nécessaire d’envoyer un ordre pour se retirer dans la ville de Montclar, près Montauban, dont il est le prieur, n’ayant aucun bénéfice ni autres biens dans le diocèse de Pamiers.
M. le juge mage de Pamiers m’a envoyé, le ai octobre 1680, un exprès me donner avis que le P. Cerles', l’un des trois réformés qui restent de l’ancien chapitre de Pamiers, a fait afficher aux portes des églises de Pamiers une ordonnance par laquelle il défendoit aux ecclésiastiques et aux peuples du diocèse de reconnoître le vicaire général envoyé par M. l’archevêque. J’ai rempli du nom de Cerles une lettre de cachet pour l’éloigner du diocèse, mais que’ je croyois nécessaire de le faire arrêter en cas qu’il parût, car il s’étoit tenu caché pendant le séjour que j’ai fait à Pamiers, aussi bien que Cbarlas
' Jean Certes, né à Aubin, au diocèse 1res que Foucault intercale dons son ré-
de Rodex, en i634,niorten >691. cit, et c'est ce qui couse ces fautes de
’ Ce sont toujours des extraits do let- rédaction.
ftO MÉMOIRES
qui travaille toujours daus un lieu retiré à dresser les actes du parti; y ayant des curés dans les montagnes qui leur donnent retraite, ils peuvent passer en un quart d’heure en Espagne.
Le provincial des frères prêcheurs m’a écrit qu’il avoit envoyé à Ramiers pour faire sortir le prieur et les religieux du couvent que cet ordre y a, qui refusoient de reconnoître le sieur Fortassin pour vicaire général, et qu’il y en a envoyé d’autres en leur place, ce qui produira un bon clfct dans le diocèse.
Quoique je fusse parti pour me rendre à Montpellier, suivant les ordres de la cour, pour travailler à une ordonnance de règlement pour les tailles réelles, les ordres pour les affaires de Pamiers m’y ont été adressés, ayant pris des mesures pour recevoir promptement les lettres de la cour. J'ai mandé qu’on arrêtât le nommé Pech, accusé d’avoir imprimé le traité de M. de Pamiers sur la régale. U a été en effet arrêté, et lui ayant fait prêter interrogatoire, il a absolument nié que ce fût lui. Il a seulement avoué qu'il étoit imprimeur ordinaire de M. de Pamiers, que c’est à lui que s’adressa celui qui fit imprimer â Agen l’acte en forme de lettre que ledit sieur évêque écrivit à M. l’archevêque de Toulouse , ainsi qu’il paroit par le journal tiouvé dans les papiers du P. d'Auharède. J’ai cherché moi-même, dans tous les endroits de son imprimerie et de sa boutique, des caractères, du papier ou d’autres choses qui pussent servir à .sa conviction, mais je n’ai rien trouvé. J’ai chargé le promoteur de l’archevêché de chercher des témoins et des indices qui puissent nous découvrir si c’e.st Pech qui a imprimé les actes et mémoires qui ont paru sous le nom de M. de Pamiers. Pour le marchand qui servoit d'entrepôt au commerce de Charias avec Dorât, qui étoit à Rome, on a trouvé, en examinant de nouveau la suscription effacée de la lettre lie Rome qui lui étoit adressée, qu'il se nomme Veisses et non pas Gazes. J’ai envoyé chez lui pour l’arrêter, mais il étoit absent de la ville. J'ai laissé des ordres pour s’en saisir et pour l’obliger à découvrir ses correspondances et à nous donner la clef de ses chiffres.
Le 6 novembre 1680, j’ai fait signifier à madame de Mirepoix, au
sieur Caulet, prieur de Montclar, et aux PP. Bartholomé, Gavaret et à Grattecap, les ordres de leur relégalion; à quoi ils ont obéi.
M. de Châteauneuf m’ayant mandé de lui faire savoir ce que c’étoit que le nommé Guigues, secrétaire de feu M. de Pamiers, je lui ai écrit qu’il étoit hors du diocèse et qu’on ignoroit ce qu’il étoit devenu, mais que, pendant quinze jours que j’ai passés à Pamiers, où je me suis informé de tous les agens et correspondans de l’évèque, je n’ai trouvé ce Guigues dans aucun mémoire.
Le sieur Fortassin m’ayant mandé que le P. Rousse confessoit toutes les personnes de son voisinage qui sont dans la cabale des réformés, j’ai proposé à la cour de le faire sortir du diocèse, aussi bien que cinq curés qui sont les plus opiniâtres à ne point reconnoître le sieur Fortassin pour grand vicaire général, et qui retiennent dans le parti du P. Cerles un grand nombre de curés du diocèse qui parolssoient disposés à l’abandonner. Ils se nomment : Paignon , curé de Siguier; Augé, curé d’Axiat; Albaignac, curé de Rabat; Estèbe, curé de Montaillou de Prades, etDombès, curé de Bonnac.
Le P. Cerles a continué de rendre des ordonnances, et le sieur Fortassin de les casser.
Le i3 novembre 1 680, j’ai demandé permission d’aller à Paris, et ai proposé à M. de Châteauneuf de s’adresser, en mon absence, au sieur de Malenfant, juge mage de Pamiers, pour les affaires de la régale, lui répondant de son exactitude, de sa fidélité et de son zèle pour le service du roi.
Le 1 4 novembre 1 680, j’ai proposé à M. de Châteauneuf les sieurs Destail, lieutenant particulier au présidial de Pamiers, pour premier consul; Martin Bourgeois, pour second; Dalliot, marchand, pour le troisième, et Las Cazes, procureur, pour le quatrième et dernier; ayant jugé à propos, dans la conjoncture des affaires de la régale, de choisir des personnes sûres et hors de soupçon de cabale, pour remplir les chaires municipales de la ville de Pamiers.
Je lui mande encore que j’ai appris que le nommé Guigues s'est retiré en Provence.
Le sieur Gavaret ayant été surpris alTichant une ordonnance du r. CerJes, il demeure d’accord, par l’interrogatoire que je lui ai fait prêter, qu’il a fait une faute; mais il n’a jamais voulu me déclarer les complices de sa faute et de la cabale, ni me dire qui a imprimé l’or- |
donnance qu’il a affichée. |
A l’égard de Pech, M. l’archevêque de Toulouse m’a mandé qu’il ne pouvoit avoir de preuves qu’il eût imprimé pour M. de Pamiers, et qu’il étolt fort protégé à Toulouse.
Il a paru dans ce temps un bref du pape, à Pamiers et à Toulouse, au bas duquel est une lettre pastorale du P.Ccrles , ce qui a donné lieu au parlement de Toulouse de rendre un arrêt portant défenses aux i
évêques de son ressort de recevoir aucun bref de Rome qu’il ne soit accompagné de lettres patentes du roi; [il] a décrété prise de corps contre Cerles et Gavaret , et ordonné qu’à la requête du procureur général il serolt puldié monitoire pour découvrir ceux qui ont affiché ce bref. C’est ce que j’ai mandé à la cour le 20 novembre 1680.
M. de Châteauneuf m’a mandé, le. . novembre 1680, que le roi n’avoit pas jugé à propos, dans la conjoncture des affaires de Pamiers, que je quittasse la province.
Le 27 novembre 1680, j’ai envoyé à M. de Châteauneuf le mémoire du chapitre de Pamiers, par lequel il demande que, la plus grande partie des canonicats et des prébendes étant remplie par des pourvus en régale, il soit mis fin à l’économat; que leurs raisons me paroissoient bonnes.
J’avois reçu ordre d’adresser ceux de la cour pour les reiégations à M. le marquis de Mirepoix‘, gouverneur du pays de Foix, mais il m’a prié de les adresser à M. le juge mage de Pamiers; mais le roi a désiré qu’il se chargeât de les faire exécuter.
Le provincial des jacobins avoit changé tous les religieux du cou- j
’ Gasiun Jcan-Baptislc de Lévis et de de Foix, d'Onexan et d’Andorre, dont il Loinagnc, marquis de Mirepoix, maré- prêta scnnerit le 37 janvier 1678, mourut
chai de la foi , sénéchal de Carcassonne et le 6 mai i G87. de Béziers, gouverneur des pays et comtés
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, vent de Pamicrs, sur la lettre que je lui avois écrite; mais, le prieur qu’il avoit nommé à la place de celui qui étoit suspect n’ayant pas mieux fait son devoir que son prédécesseur, je lui ai mandé par un exprès à Brives, où il faisoit sa visite, de venir à Toulouse pour y choisir dans le couvent qui y est établi, ou dans un autre, un prieur qui soit approuvé par M. l’archevêque de Toulouse, pour l’envoyer à Pamiers; à quoi j’ai ajouté, suivant les ordres de la cour, qu’il eût grande attention à la doctrine qui s’enseigne par les professeurs de philosophie dans le couvent de Pamiers.
Le 28 novembre 1680, j’ai écrit à la cour que le dernier bref du pape et la lettre pastorale du P. Cerles ont fort enflé le courage des curés dont j’avois proposé la relégation , et avoient fait revenir du côté de ce prétendu vicaire général la plupart de ceux qui s’étoient soumis aux ordonnances du sieur Fortassin; que M. de Mirepoix avoit fait arrêter quelques-uns de ces curés, mais que je croyois à propos que le parlement de Paris commit le juge mage de Pamiers pour faire le procès aux plus mutins d’entre eux, particulièrement contre ceux qui prêchent ouvertement contre le droit de régale et qui cherchent à émouvoir les peuples.
Le 5 décembre 1 680, j’ai mandé à la cour que, M. le marquis de Mirepoix ayant fait arrêter, de son autorité privée, un curé et un vicaire du diocèse de Pamiers, cela avoit produit un mauvais effet, la plupart des autres curés regardant cette capture comme une violence et étant sur le point d’abandonner leurs cures; sur quoi j’ai représenté que ces sortes d’emprisonnemens de curés, faits sans ordre du roi , dans un pays de montagnes et dans la conjoncture présente où le bref du pape vient d’être rendu public dans toutes les paroisses, pouvoient avoir des suites fâcheuses; que j’estimois qu’il falloit y aller avec un pteu plus de circonspection, et tâcher, comme on avoit fait dans le commencement, de prendre ces curés par les voies de la douceur et des promesses qui en avoient fait revenir un grand nombre qui avoient reconnu le sieur Fortassin pour vicaire général; mais qu’enfin le remède le plus eCBcace contre tous ces désordres
éloit d’envoyer promptement un évêque à l’amiers', tout ce qu'on pourra faire jusqu à ce qu'il y en ait un, parla seule force de l'autorité séculière, ne pouvant servir qu’à aigrir les esprits dans une matière où les peuples croient leurs consciences intéressées à se conduire par les mouvemens de leurs curés et ne reconnoitre d’autre supérieur ecclésiastique que celui auquel leurs pasteurs sont soumis; et, quoiqu’il paroisse à propos de se saisir du P. Cerles, il faut néanmoins prendre garde qu’il ne sera pas plutôt arrêté qu’il paroitra un autre vicaire général, déjà élu par avance par les anciens chanoines, qui ont depuis longtemps prévu le cas de leur détention ou de leur relégation, et qui se sont substitué les uns aux autres le vicariat général, et à leur défaut aux curés de leur cabale, en sorte que, le successeur du P. Cerles se trouvant curé, il engagera tous les autres à s’unir plus étroitement à lui, et par ce moyen le vicariat général se perpétuera dans la cabale.
Le . . décembre i 680 , j'ai reçu deux arrêts du parlement de Paris avec une instruction pour leur exécution. Le premier ordonne que les chanoines de Pamiers s'assembleront pour nommer un vicaire général, et cette instruction porte que je prendrai des précautions pour empêcher le chapitre de s’assembler à l’clTet d’élire un vicaire général, afin que, faute de s’èlre assemblés, le droit de faire cette nomination soit dévolu à M. l'archevêque de Toulouse. Le second arrêt commet le juge mage de Pamiers pour informer de la publication et affiche du dernier bref du pape.
A l’égard du premier arrêt, j’ai reçu ordre de le faire signifier au chapitre, et, faute par les chanoines de vouloir s’assembler, et sur le désistement du sieur Fortassin, l’instruction de la cour porte que M. l’archevêque de Toulouse nommera M. l’évêque de Léon’, nommé par le roi à l'évêché de Pamiers, pour vicaire général; sur quoi j’ai représenté qu’il étoit bien nécessaire que ledit sieur évêque de Léon
' Cüsme Bo^cr, évéqiie de Lr»mbc2, * Pierre Le Neboiu de la Brosse, évêque nommé au siège de Pamiers le 6 septembre de SaiDl-Pül‘de*Léon.
1680. avait refusé.
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, vint incessament à Pamiers , parce que , jus(pi’au temps de son arrivée , Je diocèse demeurera sans vicaire général, et il pourroit survenir des affaires sujettes à inconvénient par ce défaut.
Il a été tiré une lettre de change de 6,000^ sur Jean, banquier de Toulouse, au profit de défunt M. l’évèque de Pamiers; elle a été envoyée à Paris.
Le 10 ^éceinbre 1680, je me suis rendu à Pamiers, où ayant vu le sieur Paucet, qui est à la tête du chapitre et qui est fort intelligent, je lui ai fait voir l’arrêt du parlement de Paris qui ordonne que le chapitre s’assemblera pour nommer un vicaire général ; et sur ce qu’il m’a représenté qu’il étoil difficile que le chapitre pût faire une nomination valable, y ayant trois chanoines anciens et légitimement pourvus qui sont abscns, et qu’il est de l’ordre d’appeler, j’ai été bien aise qu’il m’ait opposé cette raison, qui est très-valable, et je lui ai marqué que, cela étant, les chanoines présens pouvoient se disj>enser de procéder à cette nomination, nonobstant la signification qui leur seroit faite de cet arrêt , et que je me chargeois de rendre compte à Sa Majesté des raisons qui les empèchoient de l'exécuter; qu’ils n’avoient qu’à demeurer dans le silence; en suite de quoi je leur ai fait signifier ledit arrêt, de sorte que, sans que le chapitre soit informé que l’intention du roi n’est pas qu’il nomme un vicaire général, le droit de le faire sera dévolu à M. l’archevêque, qui, après la huitaine expirée, nommera M. de Léon.
Ce projet a réussi , nonobstant les avis de quelques chanoines qui croyoient que c’étoit faire préjudice au droit de la régale et à ceux qui sont pourvus en vertu de ce droit, de ne pas exécuter l’arrêt du parlement, et les choses se sont passées sans bruit et sans qu’on ait pénétré les intentions de la cour.
Je me suis ensuite rendu à Toulouse, où j’ai trouvé M. l’archevêque malade de la fièvre, et nous sommes convenus que, pour rendre valable l’ordonnance de nomination de M. de Léon, M. le juge mage de Pamiers, qui a fait signifier, le 10 décembre, à la requête de M. le procureur général, l’arrêt du parlement au chapitre, retireroit, le 1 9,
mf'moires
du secrétaire dudit chapitre, un certificat portant que les chanoines n’avoient fait aucune nomination, en exécution dudit arrêt, en suite de quoi M. l'archevêque nomnieroit, le a a, M. l’évêque de Léon. J’ai mandé à la cour que je ne croyois pas que l’on pût trouver rien à dire ù cette procédure, et que M. l’archevêque pourroit seulement commettre un ecclésiastique pour pourvoir aux besoins pressons du diocèse de Pamiers, en cas que M. de Léon ne puisse v^ir inces- ' samment à Pamiers; que, lorsque M. farchevêque aura rendu son ordonnance de nomination et qu’elle aura été publiée, M. le juge mage mettra è exécution farrêt qui ordonne qu’il sera par lui informé de la publication et affiche du dernier bref du pape.
A quoi j’ai ajouté qu’il ne s’étoit rien passé de particulier à Pamiers pendant le séjour que j’ai fait à Pamiers*, les curés opposés à la régale étant toujoui'S unis au P. Cerles, dont je ne voyois qu’un évêque qui les pût détacher.
L’expédition des affaires ordinaires du diocèse de Pamiers a été sursise à Rome pendant quelque temps, depuis la mort de M. de Pamiers.
Le roi a donné aux jésuites de Pamiers la chaire de philosophie qu’avoient les jacobins. J’ai proposé de faire donner 5oo** de pension au professeur, savoir : 3oo** par les états de Foix et aoo** par le roi. J’en ai écrit au P. de la Chaise.
Ayant eu avis que le nommé LaBuquette, garçon imprimeur, que l’on prétend avoir aidé à Pcch à imprimer le traité de la régale, s’étoit retiré à Bordeaux, chez le nommé Lacour, imprimeur, j’ai écrit, le i 8 décembre 1 680 , à M . de Ris, et lui ai envoyé un mémoire des faits sur lesquels il falloit l’interroger. On prétend qu’il pouvoit donner beaucoup de lumière sur cette affaire. Je l’ai mandé à M. de Châteauneuf, qui m’a envoyé un ordre du roi pour la nomination des consuls de Pamiers.
Je lui ai aussi écrit que le couvent des jacobins de Pamiers étoit composé de religieux très-affectionnés au service du roi et soumis aux ordres de M. l’archevêque.
' U veut dire à Toulouse.
Le a6 décembre, j’ai mandé à M. de Cliâtcauneiif que les arrêts du parlement ont été exécutés, et que M. rarclicvèque a nommé M. l’évêque de Léon pour faire les fonctions de vicaire général, ce qui s’est fait sans aucune opposition de la part du vicaire général de la cabale.
M. l’archevêque m’a mandé qu’il avoit reçu ordre du roi de nommer un vicaire général à Pamiers à la place de M. l’évêque de Léon.
Il y a eu de la jalousie entre M. le marquis de Mirepoix et \f. le juge mage de Pamiers, sur l’adresse et l’exécution des ordres du roi au sujet de la régale; j’ai écrit à M. de Cbâteauneuf pour les engager à agir de concert, étant tous deux fort xélés pour les intérêts du roi, mais que le juge mage méritoit une protection particulière, ayant depuis un an abandonné les fonctions de sa charge pour vaquer aux affaires de la régale et fait de grandes dépenses, ce qui mérite que le roi y ait égard.
On a mandé è Nf. de Cbâteauneuf et à moi que quelques curés du pays de Foix avoient donné trente-six pistoles à une personne qu’on ne nomme point, pour n’ùtre point inquiétés pendant uu mois au sujet des affaires de la régale. J’ai mandé à M. de Mirepoix et à d’autres personnes sur les lieux de tâcher de découvrir la vérité de ce fait.
Le P. Ccrlcs a fait imprimer et afficher des ordonnances aux portes de la ville de Pamiers et à Toulouse, plus hardies, et que l’on peut dire encore plus insolentes, que les précédentes. M. le juge mage a fait une procédure contre le curé de Bonnac, qui alloit débitant ces ordonnances chez les curés du diocèse. J’ai mandé à la cour que cela méritoit bien que le parlement de Paris lui Ht faire le procès comme à un perturbateur du repos public. M. l’archevêque a fait aussi arrêter l’afficheur de ces ordonnances à Toulouse, que j’ai ordonné qu’on amenât à Montauban où il sera plus sûrement qu’à Toulouse , où la cabale, qui y est très-forte, trouve toujours des moyens de faire donner des avis par ses émissaires dans les prisons, et de leur faire parler par des gens qui les encouragent à ne rien déclarer de leurs secrets.
Vi MÉMOIRES
On ne trouve point de preuve contre Pech, imprimeur, que l’on prétend avoir imprimé le traité de la régale, et M. de Ris m’a mandé que son garçon n’a point paru à Bordeaux.
J’ai mis en liberté le nommé Vaisselié, que M. l’archevêque avoit fait arrêter, l’ayant soupçonné d’avoir affiché à Toulouse la dernière ordonnance du P. Cerles, ayant vérifié que ledit Vaisselié n’étoit arrivé à Toulouse que le i 8 janvier 1681.
I.c parlement de Toulouse a rendu un arrêt contre le P. Cerles, et, quoique le précédent n’ait pas empêché que son ordonnance n'ait été affichée àToidouse en plein jour, cet arrêt ne laissera pas de produire un bon effet.
Pendant que j’étois à Montpellier, travaillant au règlement des tailles réelles, j’ai eu quelques avis que les ordonnances du P. Cerles pourroient bien avoir été imprimées à Avignon , aussi bien que les autres pièces contre la régale, et que le vice-légat favorisoit cette impression, ce qui m’a obligé d’en parler à M. Morand, intendant de Provence, qui étoit à Montpellier, pour tâcher d’éclaircir ce .soupçon et de surprendre fimprimeur et ceux qui le mettent en besogne.
Pendant que j’étois à Montpellier, j’ai reçu avis, par une lettre du 8 mars 1681, qu’il avoit encore paru à Toulouse un nouveau bref (lu pape et qu’il y avoit été affiché.
Le ig mars 1681, j’ai reçu, à une journée de Montpellier, deux lettres de M. de Cbâteauneuf, fiine adressante au sieur Ragot , archidiacre. d’Aleth , et fautre pour moi , qui m’ordonne de faire saisir les papiers dudit Ragot, qui concerneront la régale. J’ai commis une personne intelligente pour le faire.
Le 3 5 mars, j’ai reçu un ordre de la cour qui relègue le sieur Ragot à Morlaix. Il ne s’est trouvé aucun papier chez lui qui concerne la régale, mais seulement des mémoires des principales actions de défunt M. l’évèque d’Aleth', dont ledit sieur Ragot écrivit la vie.
' Nicolas Pavillon, évêque d'Alelh, le formulaire et résisté à rétablissement mort en 1 677, à l’à^e de quatre-vingts ans. de la régule dans son diocèse.
11 avait, comme Giulet, refusé de signer
Le même jour, j’ai mandé à M. de Châteauneuf que je ne doutois point qu’il ne fut informé que le parlement de Toulouse fait le procès au P. Cerles et qu’il sera bientôt en état d’être jugé. On est persuadé qu’il paroîtra encore quelque chose de nouveau de la part dudit Cerles avant les fêtes de Pâques, et j’ai donné ordre, en passant à Toidouse, qu’on tâchât de surprendre quelqu’un de ces porteurs de paquets qui renferment les imprimés des brefs et d’ordonnances, car pour lors on ne les affichoit plus.
Dans ce temps il a été présenté au pape une supplique par le P. Cerles ; c’est une pièce bien hardie et pleine de suppositions.
Le 1 7 avril 1 68 1 , j’ai mandé à M. de Châteauneuf que le parlement de Toulouse avoit jugé le P. Cerles le 1 6, et l’avoit condamné à avoir la tête tranchée. Cet arrêt fera un grand éclat dans la province et contiendra dans le devoir les gens de la cabale. Cet arrêt a été exécuté par effigie dans la grande place de Toulouse, avec un grand appareil et un concours extraordinaire de peuple. Cette exécution sera réitérée à Pamiers et dans les principaux lieux du diocèse où ses ordonnances ont été affichées.
J’ai appris que cet arrêt et son exécution réitérée a ramené beaucoup de ciu'és à la soumission aux ordres de M. l’archevêque. L’arrêt de mort contre Cerles a été exécuté à Pamiers*; mais, les gens de la cabale ayant fait évader l’exécuteur, qui s’étoit venu cacher 4 Moutauhan, je l’ai fait prendre et conduire à Pamiers, où le juge mage de Pamiers l’obligera à faire le devoir de sa charge.
Le G août 1 68 1, j’ai envoyé à M. de Châteauneuf une copie de l’acte de protestation que le P. Cerles, nommé par M. de Pamiers, a fait afficher aux portes des évêques assemblés à Toulouse pour nommer les députés qui doivent assister à l’assemblée générale du clergé, contre ces deux assemblées provinciale et générale.
Le parlement de Bordeaux a jugé le procès du vicomte de Vaillac .
' Exécuté par effigie. (Voy. notre introduction.)