‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 22 sur 105 · IU · texte numérisé non relu

IU

M. le chancelier m’ayant particulièrement recommandé de réformer les abus qui se commettoient dans le parlement de Pau, dans la distribution de la justice, et d’empêcher les injustices et la corruption , je lui ai rendu compte de tout ce que j’y ai remarqué. Il a renvoyé mes lettres à M. Pussort', pour en faire rapport au roi; et comme j’avois mandé à M. le chancelier que M. de Cazaux, procureur général, avoit enlevé la femme d’un avocat, qu’il tenoit chez lui , sans que les plaintes du mari aient pu l’obliger à la lui rendre, ma lettre a été au roi par M. Pussort. Le roi et M. le chancelier étoient d’avis de lui enjoindre de se défaire de sa charge, et ce pendant interdit; mais M. Pussort représenta que cet avis lui paroissoit trop fort, que, dans un pays éloigné comme le Béarn, il falloit tâcher de ramener les esprits par des menaces avant que de frapper le coup. On revint

aux opinions et il passa à l’avis de M. Pussort, et l’arrêt

Le i" juin 1 684, j’ai écrit à M. le chancelier que, quoique par le règlement du a 8 février i68a il soit porté que les informations et autres pièces secrètes des procès criminels seront portées au greffe du parlement , je n’ai pu obliger jusqu’à présent M. le procureur général à y satisfaire ; qu’il refuse d’y remettre les informations qui lui sont envoyées par les procureurs du roi des parsans*, qui sont des

' Henry Pussort, mort en 1697, doyen du conseil d'élat et conseiller au conseil royal des linances, èuit, dit Saint-Simon,

• frère de la mère de M. Colbert , et le die-

• lalcur de toute celle puissanle famille. ■

’ Cantons deBèarn.NousdcYonsà l'obligeance d'un savant distingué, M. Bascle de Lagrète, conseiller à la cour impériale de Pau et correspondant du ministère de l'instruction pubUque et des cultes, de curicus renseignements sur ce sujet trèspeu connu. Nous les reproduisons ici :

■ Les historiens de Béarn ne se sont

• pas donné la peine d'expliquer le mot

• depursnns, et les auteurs étrangers, en « recberchant son origine, sont tombés

• dans d'étranges bévues. Ainsi Davily,

■ dans son Histoire des peuples du monde,

• a dit , en parlant des Béarnais , que t ce

• peuple descend des Persans, el qu'il

• reste encore des capitaines qu'ils ap-

• pellent Persans. >

■ Le mot panan, en béarnais parsaa,

• dérive du latin pan. Le Béarn était an.

■ cicnnement divisé en parsans ou cantons.

• Celte division était civile, financière,

• militaire , et le nombre des [larsans va-

• riait selon la division.

• 1* Les parsans civils étaient au nombre

■ de treise. Chacun avait un procureur du

• panan chargé d'informer d'oflicc ou à la

• réquisition des parties et de remettre les

officiers établis au nombre de treize dans le Béarn, divisé en autant de cantons, pour faire les informations, et qui sont obligés de les envoyer au procureur général pour être décrétées, sous prétexte qu’avant l’ordonnance de 1667 et le règlement de 168a il étoit de l’usage de les garder au parquet et d'y donner des conclusions sans ordonnance de soit montré, quoique ce règlement déroge à tous usages contraires, de sorte qu’il est au pouvoir du procureur général, homme très-peu appliqué aux fonctions de sa charge et auprès duquel les soUicitations sont toutes-puissantes. Je l’ai exhorté plusieurs fois, sans me commettre avec lui, de se conformer à ce règlement, et, comme je vois qu’il ne tient compte de mes remontrances, j’en ai donné avis a M. le chancelier, afin qu’il l’oblige à exécuter ce règlement. Ces procureurs du roi des parsans n’envoient ordinairement que les informations où il y a des parties instigantes, et tirent souvent de l’argent de celles qu’ils font d’office sans partie civile et qu’ils suppriment.

M. le chancelier m’a envoyé, le dernier juin i684, un arrêt du conseil qui oblige le procureur général du parlement de remettre au greife les infonnations qu’il retenoit, avec une lettre qui l’acconipagnoit. Je lui ai fait .signifier l'arrêt et remis la lettre, et sur-le-champ il a fait venir le greffier au parquet pour dresser im inventaire desdites informations, qui se sont trouvées en grand nombre, pour les en tirer et s’en charger.

J'ai écrit une autre lettre à .M. le chancelier, le 8 juin i684, que

■ inrormations au paricmaut. Leurs .sièges

• étaient à Sauveslrv, Moneio, O)oron«

• Aspe. Salies, Ossau, Monlaner, Sauve-

• terre, Pau, Viebilh, Orthez, Nay el Na- « varrenL

« 3* Le nombre des parsans pour 1a

• liiuncc était de six , savoir : Viebilh , Or- « ibci et Sauveterre , Oloron , Pau el Navar-

• reiu. Chaque parsan financier avait un

■ receveur de tailles, qui percevait les de- > mers de la donation faite au roi.

■ 5* Les parsans militaires étaient au

• nombre de trente. Us foomissaient clia- « cun une coinpagnic de mihcc. Ces trente

• compagnies étaient commandées par au-

• tant de capitaines, qu^on appelait capi « taines des panons. La réunion de cr*i « compagnies formait le régiment des « Ifondes héamaises, fort de trois bataillons

• de dix compagnies chacun; savoir: celui

• de Morlanne, celui d’OrtliCz et celui i d’Oloron. »

le plus grand obstacle que je trouvois aux inouvemens que je me donnois, pour étaldir une bonne discipline dans le parlement, venoit de M. le procureur général, qui entretient le désordre dans le palais, où il ne venoit que pour troubler les bureaux dans la visite des procès, passant continuellement d'une chambre à l’autre sans y être appelé, et seulement pour distraire les juges en leur tenant des discours frivoles et leur donnant du tabac, ou pour solliciter des affaires dans lesquelles ses parens ou ses amis ont intérêt; que je lui avois plusieurs fois remontre qu’il ne doit entrer dans les bureaux que pour voir si les juges sont assidus à leurs charges, lorsqu’il a des remontrances à faire ou lorsqu’il y est mandé; mais tous mes avis ont été inutiles; qu'il abandonnoit la poursuite des affaires criminelles où il n'y a point de partie, laissoit des années entières des accusés dans les prisons sans instruire leur procès; qu'il avoit un clerc de la religion prétendue réformée dont il n'a jamais voulu se défaire, quelques instances qu'on lui ait faites, et qu'il continuoit de mener une vie scandaleuse avec la fille d'un avocat.

J’ai aussi mandé à M. le chancelier qu’il se présentoit beaucoup d’affaires, concernant les contraventions aux édits et règlemens faits au sujet de la religion prétendue réformée, pour lesquelles les parties se pourvoient devant moi; mais que, comme je n’avols aucune commission pour connoître de cette nature d’affaires, dont la connoissance avoit été renvoyée, par arrêt du conseil du i5 février i 670, à défunt de M. le comte de Guiche, lors gouverneur du Béarn, et à M. d’Aguesseau, qui en étoit intendant , pour lesjuger conjointement, je le suppliois de me marquer la conduite que je devois tenir à cet égard avec M. le duc de Grammont, qui a succédé à M. le comte de Guiebe et qui a nommé ici un subdélégué pour connoître des affaires de la religion.

Le 17 juin i684. M. le chancelier m’a envoyé la copie d’une [lettre] qu’il écrivoit è M. de Cazaux, par laquelle il lui mandoitque, s'il ne satisfait au règlement concernant la remise des informations au greffe, il sera interdit; que, s’il ne met hors de chez lui son clerc

DE iMCOLAS-JOSEPH FOUCAULT.

religionnaire et n’en prenne un calholi(jue, clans vingt-cjuatre heures du jour de la réception de cette lettre qu’il m’adresse pour la lui remettre, Sa Majesté le destituera de sa charge. M. le chancelier ajoute qu’il a appris qu’il laisse des années entières des prisonniers dans les prisons sans faire aucune diligence pour terminer leurs procès, ce qui a fort déplu à Sa Majesté; qu’il voit l’intérêt qu’il a de changer de conduite.

L’arrêt me fut envoyé, portant qu’il remettioit au greffe des procès criminels qu’il retenoit depuis longtemps sans en poursuivre l’instruction, qu’il congédieroit son secrétaire; mais M. le chancelier y ajouta une lettre, comme je l’avois seulement proposé, qui le meuaçoit de le faire punir sévèrement si, dans le mois, il ne se défaisoit de cette fille. Sa Majesté ayant fort à cœur l’amendement ou le chAtiment de cet officier.

Il arriva dans ce temps un fait singulier à l’occasion de la fille d’un avocat. M. l’évcque de Lescar, homme aussi extraordinaire que le pi'ocureur général, tantôt vivoit en intelligence avec lui et tantôt ils étoient brouillés. M. de Lescar me vint trouver un jour pour me faire part d’un dessein qu’il avoit , et me demander mon avis sur son exécution. 11 me dit qu’il y avoit [longtemps?] que sa conscience lui reprochoit sa condescendance pour le procureur général, sur la vie scandaleuse qu’il menoit, n’ayant pu l’obliger A mettre hors de chez lui la fille d’un avocat qu’il enlretenoit; qu'il étoit résolu, avant que d’en venir aux monitions canoniques, d’avoir recours au parlement, et de demander l’assemblée des chambres pour se disculper envers la compagnie, s’il étoit obligé d’agir par les voies canoniques. Je crus donc devoir profiter de la conjoncture de leur hrouillerie poiu- le bien de la justice et de l’ordre, et approuvai la résolution de M. de Lescar, en lui disant qu’il ne pouvoit trop tôt la mettre à exécution.

Les chambres s’étant assemblées deux jours après, M. de Lescar adressa la parole, moi présent, à M. de Cazaux, et, autant peut-être pour le mortifier que pour le corriger, lui fit un narré de tous les désordres de sa vie, et conclut par supplier la compagnie de trouver

ik

bon qu’en cas que M. de Cazaux ne rendit pas celte fille à son père, il se servît des voies canoniques dont l’Église se sert contre les adultères publics.

M. de Cazaux, après avoir entendu patiemment et paisiblement M, de Lescar, se leva en pied, et, après l’avoir remercié des égards qu’il avoit eus pour lui et de ses prudens et charitables avis, il lui promettoit de renvoyer cette fille à son père, pourvu qu’il s’engageât par serment, devant la compagnie, de ne la point prendre pour lui.

Cette réponse excita l’indignation des graves magistrats et la risée de la jeunesse. Ainsi finit cette scène à Pau, mais elle eut |du retentis- .sement] à la cour, car, l’ayant mandé à M. le chancelier, il en fil rire le roi, mais en même temps il y eut un ordre expédié, portant que M. de Cazaux viendroit rendre compte au roi de ses actions.

Cet ordre a produit un grand bien dans le parlement, où chacun s’est observé. Le changement que j’ai remarqué dans la conduite des officiers a répondu à mon attente.

Le iS juin, j’ai mandé à M. le chancelier que la décence des habits s’observoit présentement dans le parlement de Pau, et que la discipline s’y rétablissoit.

Le sieur de Brossé, avocat général, ayant refusé de se charger, ■siu- le registre du greffier, des informations et procès criminels, suivant l’ordonnance de 1670, sous prétexte que cela ne se pratiquoit point à Pau, j’en ai averti M. le chancelier le 22 juin.

Le 2 3 juin, M. Pussort m’a écrit qu’il étoit persuadé que l’on devoit à mes soins et à ma bonne, conduite l’esprit de réformation que commençoient de prendre les officiers du parlement de Pau, et de ce qu’ils se relâchoient de l’opiniâtreté qu’ils avoient toujours témoignée pour conserver leurs anciens usages, quoique vicieux; que, sur le rapport qu’il avoit fait au roi de mes lettres que M. le chancelier lui avoit renvoyées, il y avoit eu des ordres expédiés contre M. de Cazaux; que M. le chancelier lui avoit marqué être fort .satisfait de ma manière d’agir.

Depuis ce temps les états et le parlement ont offert de recevoir l’or-

doDnance de 1667, sur ce que je leur ai plusieurs fois représenté que c’éloit leur intérêt, parce qu’ils en exécutoient déjà une partie au moyen des déclarations particulières qu’on leur avoit envoyées, portant abrogation de plusieurs de leurs usages, et quêtant, par ce moyen, obligés de la recevoir par parcelles, ils auroient plus tôt fait et feroient mieux leur cour de la recevoir en son entier; que c’étoit même le moyen d’obtenir de Sa Majesté-des modilicalions convenables à la situation du pays et à l’état des justiciables.

Le a a juin i684i j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement de Pau refusoit d'enregistrer le cahier des états, suivant la coutume, |>aice que le nouveau syndic refusoit d’y faire enregistrer l’acte de sa nomination et de prêter le serment au ptarlement, n'y ayant point de règlement qui l’y oblige; que, comme je voyois que ces prétentions respectives alloicnt donner lieu à des députations, je m’étois chargé, du consentement des parties, de lui proposer d’écrire au procureur général du prlement et au syndic des états de me remettre les titres de leurs prétentions, pour en dresser procès-verbal et [le] lui envoyer avec mon avis.

Le a3 juin iG84, M. le chancelier m’a mandé de tenir la main à l'exécution des arrêts qui condamnent à l'amende les sergens qui s’ingèrent de signiûer des arrêts, même du conseil, sans être scellés; que les hoquetons servans près les intendans ne doivent pas non plu.s le faire; qu’outre la règle, l’honneur du sceau y est intéressé.

Le 18 juin i684, j’ai mandé à M. le chancelier que, les babitan.s du Béarn de la religion prétendue réformée étant exclus de toutes charges et emplois, ceux qui n’élèvent pas leurs enfans aux armes et au commerce les font étudier en droit, et les envoient à Pau pour y être reçus avocats et en faire la fonction, en sorte que, d’environ deux cents avocats qui composent le barreau de ce parlement, il y en avoit au moins cent cinquante de la religion prétendue réformée, et même c’étoient les plus employés, et que, comme il s’en presentoit tous les jours pour être reçus, j’avois empêché qu’ils ne l’aient été jusqu’à ce que je fusse informé des intentions du roi sur ce sujet; qu'il

srmbloil convenable que les avocats catholiques fussent plus forts, au moins (In tiers en nombre, que ceux de la religion prétendue réformée; que j’attcndrois sur cela ses ordres, et que cependant je continuerois de faire surseoir à la réception de ceux qui se présenteroient .

Par la même lettre, je lui ai mandé que la déclaration concernant la décence des habits des magistrats s’observoit exactement dans le parlement de Pau, et que le bon ordre s'y ctablissoit insensiblement.

Ma femme e.st accouchée à quatre heures et demie du soir, à Pau, dans le château, le ao juin, d'une lille qui a été nommée Henriette, fille est née dans le lit où est ne le roi Henri IV. Elle a été élevée

dans son herceau, que madame de petite-fdle. de sa nourrice,

nous avoit prêté. Elle a été tenue sur les fonts par deux pauvres.

An mois de juin, la charge de premier président de Rouen ayant vaqué par la mort de M. Pellot, mon père a désiré que je la demandasse, mais elle a été donnée à M. de Ris.

Ee G juillet, j’ai envoyé à M. Le Pelletier le procès-verbal que \1. de Ris et moi avons fait de la rivière de Garonne jusqu’à son embouchure dans le canal de communication des mers. La plus grande affaire étoit depuis Agen jusqu’à l'embouchure dudit canal, le lit de ladite rivière étant fort plat et fort large dans toute cette étendue, et changeant toutes les années de lit, ce qui étoit difficile à guérir; car, depuis Agen jusqu’à Langon, les eaux des rivières de l’Aveyron, du Tarn, de la Baise, du Lot, et de plusieurs autres petites rivières et ruisseaux qui se jettent dans la Garonne, depuis et même au-dessus de Moissac, la grossissent et la rendent navigable dans les plus basses eaux.

Le 6 juillet i684. M. le chancelier m’a mandé que, depuis que je suis en Béarn, on commence à s’apercevoir que les choses qui regardent la ju.stice y prennent un bon chemin, par ma patience et mon application; cependant qu’il recevoit des lettres des gens du roi, par lesquelles ils se plaignent que je ne les traite pas avec assea d’hon-

nèleté et que je me déclare contre eux; que je dois éviter de me commettre personnellement avec eux, et que je me contente, après leur avoir fait connoitre honnêtement leurs défauts, de l’avertir s’ils ne se corrigent pas, et qu’il y sera incessamment pourvu.

J’ai répondu à M. le chancelier, le i6 juillet, que j’ai, suivant la règle qu’il m’a prescrite, évité de me commettre personnellement avec les officiers du parlement, lorsque je leur ai représenté ce qui étoit de leur devoir; que j’ai commencé par les officiers du parquet, parce que j’ai reconnu que le mauvais exenqde qu’ils donnoient étoit en partie cause du peu de discipline qui s’observoit dans la compagnie; mais ces officiers souffrent impatiemment et prennent à injure qu’on relève leurs manquemens. Je l’ai fait avec tout le ménagement, et, si j’avois manqué de civilité pour eux, ils ne vicndroient pas manger, comme ils font très-souvent, chez moi, par où l’on peut juger du caractère des esprits du pays.

A l’égard du sieur de Cazaux, il m’avoit mandé que le roi a été informé de sa vie scandaleuse; qu’il entretenoit une lillc depuis longtemps au vu de toute la province, quoiqu’il ait fait en dernier lieu ses pàques, qui sont les seules qu’il ait faites depuis vingt ans; que le roi lui avoit ordonné de me mander que si, dans tout le mois do juillet. Sa Majesté n’apprenoil qu’il ait quitté cette fille, non-seulement il l’abandonncroit à son évêque, pour procéder contre lui par les censures prescrites par les canons, mais encore que Sa .Majesté le fera punir sévèrement; qu’afin qu’il ne puisse prétendre cause d’ignorance des intentions du roi, qu’il faut que je lui fasse voir cette lettre; que j’aie à l’informer de ce que ledit sieur de Cazaux aura fait, afin qu’il en rende compte au roi. Sa Majesté ayant fort à coeur l’amendement ou le châtiment de cet officier.

C’est l’évêque de Lcscar qui a donné cet avis à M. le chancelier.

J’ai fait voir cette lettre à M. de Cazaux, et il m’a promis de rompre tout commerce avec cette fille, de la renvoyer chez son père ou de la mettre dans un couvent; c’est ce que j’ai mandé à M. le chancelier.

Le 9 juillet i684, j’ai reçu une ordonnance du roi avec une lettre

de M. de Courlenvaux, pour faire sortir des troupes tous les Espagnols qui s’y trouvent enrôlés, et empêcher qu’il n’y en soit admis à l’avenir, et ai envoyé celte ordonnance aux comniandans des garnisons de Navarrenx et de Saint-Jean-Pied-de-Port.

Le 20 juillet 1 68/i , j’ai mandé à M. le chancelier que, m’étant particulièrement appliqué, depuis que je suis dans la province, à insinuer au parlement l’intérêt qu’il avoit, aussi hien que les justiciables, à recevoir l’ordonnance de 16Ü7, j’y avois enfin réussi, nonobstant la grande résistance que j'ai trouvée dans les esprits, prévenus que cette ordonnance ne pouvoit être exécutée dans leur ressort sans avilir et ruiner entièrement leurs charges; que le parlement avoit pris une délibération depuis trois jours, par laquelle ils ont résolu de s’y soumettre et de supplier Sa Majesté d’agréer seulement que les articles qui sont d’impossible exécution dans le Béarn et dans la Navarre, è cause de la pauvreté de ces pays, en soient retranchés; mais qu’étant nécessaire que les états se joignent au parlement pour faire la même demande, et comme ils doivent s'assembler au commencement du mois de septembre, je prendrai ce temps pour les disposer à faire cette démarche, après laquelle je croyois qu’il étoit de la justice et de la bonté du roi de permettre au parlement et aux états de nommer des députés des deux corps, pour examiner en quoi consistent ces articles d’impossible exécution, d’autant plus que les intérêts du parlement et ceux des peuples peuvent être différens et même opposés. Je pourrois assister aux conférences qui se tiendront à cet effet, pour lâcher de concilier les esprits et leur faire sentir leurs véritables intérêts.

J’ai écrit à M. le chancelier, le q3 juillet i684, que le sieur de Sales, conseiller au parlement de Pau, ayant été volé d’une somme de 3,5oo*^ par de jeunes gens qui ont forcé sa maison de nuit, l’un d’eux a été condamné à être rompu vif; mais, comme il avoit accusé un de ses complices qui est d'une des plus considérables familles de la ville, les parens ont suborné un capucin qu’ils lui ont fait donner pour l’assister à la mort, et font engagé à décharger ce jeune homme

pour sauver Thonneur d’une famille, quoiqu’il l’eût accusé à la confrontation, devant et après la question; et, pour empêcher que l’arrêt ne fût mis h exécution , ces mêmes parens ont fait absenter les jurais qui sont obligés par le devoir de leur charge de faire préparer tout ce qui est nécessaire pour l’exécution des criminels condamnés, et de donner main-forte; en sorte qu’à neuf heures du soir rien n’éloit prêt pour cette exécution, et, sur l’avis que j’en reçus, je me rendis au palais , où je trouvai les juges assemblés et qui étoient sur le point de donner un arrêt pour faire recevoir la rétractation du condamné et le renvoyer dans les prisons, ce qui leudoit à faire évader le condamné, et m’obligea d’envoyer chercher les jurats et de leur ordonner de tenir toutes choses prêtes pour l’exécution, qui fut faite à dix heures du soir.

J'ai mandé ce que dessus à M. le chancelier, et lui ai marqué la nécessité qu’il y avoit d’établir une compagnie de prévôt des maréchaux pour tenir la main aux exécutions.

M. le chancelier m’a mandé, le 3i juillet, que le roi y feroit considération, et il a été depuis établi un prévôt des maréchaux à Pau.

Par la même lettre du a 3 juillet, j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement m’avoit prié de lui représenter que, quoique dans tous les parlemens du royaume les officiers qui servent pendant les vacations ont des gages affectés à ce service, néanmoins il n’y a point eu de fonds fait pour la chambre des vacations du parlement de Pau.

Le 3o juillet i684, j’ai écrit à M. le chancelier, pour lui repré- •senter que, le mauvais état de la santé de mon père ne lui permettant pas de vaquer à ses affaires, et, ayant un grand intérêt de prendre des mesures et des précautions pour en empêcher le dépéri.ssement, je le suppliois d’ohtenir du roi la permission que je fisse un voyage à Paris; que ce voyage ne seroit pas même inutile pour les intérêts du roi et ceux de la province; que je n’y séjournerois que detix mois dans un temps de vacations, pendant lequel toutes les affaires publiques demeurent en suspends; que ce voyage me mettra en état de lui rendre un compte plus exact de l’état du Béarn et de la Navarre

(jue je ne pourrais faire par mes lettres; que je ne partirois point que les états, qui doivent s’assembler au i" septembre, n’aient arrêté de demander l’ordonnance de 1667.

Ce congé m’a été accordé, et, m’étant rendu à Paris vers la fin du mois d’août, je me suis rendu à Fontainebleau, où la cour étoit, et ayant demandé au roi une audience particulière, pour lui rendre compte de l’état des alTaires du Béarn , il me l’a accordée pour le lendemain. Il n’étoit pas encore l’iieurc qu'il m’avoit donnée qu’il demanda si j’étois arrivé, et, étant entré dans son cabinet, il me dit d’abord que j’avois affaire à des esprits bien difficiles à gouverner. Je lui répondis qu’ils éloient fort soumis, que la mémoire d’Henri IV leur éloit précieuse, et que J’osois dire à Sa Majesté que leur vénération et leur amour qu’ils avoient pour ce grand roi avoient passé en la personne de son petit-fils. Le roi m’interrompit et me dit qu’ils avoient raison de l’aimer, car il avoit aussi beaucoup d’affection pour eux. Je demandai au roi la permission de les en assurer de sa part, étant certain que cotte marque de bonté pour eux augmenteroit encore leur ïéle pour son service, et me rendroit de plus en plus facile l’exécution (le scs ordres, ce que le roi me permit très-affectueusement; à quoi j’ajoutai qu’avec des manières douces et de la raison on les persuadoit, mais que la rigueur étoit un grand obstacle au succès des affaires qu’on avoit à traiter avec eux. Le roi reprit que c’est par cette conduite qu’il‘ avoit révolté les Béarnois, mais qu’il s’attendoit que ma prudence et mes manières, opposées à la sienne, répareroient le mal (ju’il avoit fait. Je lui rendis compte ensuite des afiaires de la religion du Béarn et du plan que j’avois fait pour faciliter la conversion des rcligionnaires. Je lui montrai la carte que j’avois fait faire du Béarn, avec la .situation des villes et bourgs où il y avoit des temples; je lui fis voir qu’il y en avoit un trop grand nonribre et qu’ils étoient trop proches les uns des autres, qu’il suffirait d'en laisser cinq , et j’affectai de ne laisser subsister que les temples, justement au

' Le roi désigne évidemment du Bois-Baiklei , prédécesseur de FoucaiiU dans l'in' teudamee du Béarn.

nombre de cinq, dans lesquels les ministres étoient tombés dans des contraventions qui emportoient la peine de la démolition du temple, dont la connoissance étoit renvoyée au parlement, en sorte que, par ce moyen, il ne devoit plus rester de temples en Béarn. Le roi approuva donc le retranchement des temples et la réduction à cinq.

Je dis aussi à Sa Majesté que j’avois engagé le parlement à recevoir l’ordonnance de 1667, et que je m’élois chargé d’assurer Sa Majesté qu’il lui donneroit cette marque de sa soumission; qu’il la supplioit seulement d’avoir égard à ses remontrances sur quelques articles qui ne pouvoient pas convenir é la province, ni s’accommoder à scs us et coutumes.

Le roi me témoigna une grande satisfaction des mesures que je prcnois pour la conversion des religionnaires, ne doutant point qu’elles n’eussent le succès qu’il en attendoit;

Qu’il me savoit gré d’avoir engagé le parlement à recevoir l’ordonnance de 1 667, et qu’il me feroit e.xpédier tous les édits, déclarations et arrêts du conseil dont je pourrois avoir besoin pour l’exécution de tout ce que je lui avois proposé; que je n’avois qu’à remettre à M. le chancelier mes mémoires, et qu’il lui diroit de me donner incessamment mes expéditions, pour mettre à lin des projets si utiles au bien de la religion et à la justice. Cette audience dura une heure et demie, et, ayant fait appeler les ministres, il leur fit le récit de tout ce que je lui avois dit, et leur parla de moi plus avantageusement que je ne méritois. Il recommanda à M. le chancelier de m’expédier, mais il voulut communiquer mes mémoires à MM. Le Pelletier, contrôleur général des finances, pour les impositions et les dépenses des états, de Croissy, que les affaires de la religion regardent aussi bien que le règlement des états, et M. Pussort, pour la réception de l’ordonnance.

Ces messieurs examinèrent donc mes mémoires, m’entendirent plusieurs fois pendant cinq mois et me retinrent à Paris; et, au commencement de février 1 685, j’en partis chargé des édits et arrêts que j’avois demandés, après avoir pris congé du roi, qui me renouvela les

assurances de ia satisfaction qu’il avoit de mon application aux affaires du Béarn, par rapport à son service et au bien de la religion.

J'ai reçu permission d’aller à Paris par une lettre de cachet du 7 août 1 684- J’ai été de retour à Pau le aa février iG85.

Par la déclaration du a i août 1 684 , le roi a uni les biens des consistoires de la R. P. R. aux hôpitaux, ce qui a été d’un grand secours pour la subsistance des pauvres.

Le mardi 17 septembre i684, Thérèse, ma seconde fille, est décédée à Pau, et a été inhumée dans l’église de Saint-Martin; le parlement assista en corps à ses funérailles, ayant à sa tête M. le président de Gassion, et a conduit le deuil.

M. du Bois avoit rendu un si grand nombre de mauvaises ordonnances , et particulièrement sur les déclarations que les communautés doivent donner des biens nobles qu’elles possèdent, que les états s’en sont plaints au roi et ont demandé que je procédasse à une nouvelle vérification de ce qu’il a fait, pour épargner aux communautés les frais des poursuites au conseil, sur l’appel de ses ordonnances. M. Le Pelletier m’a renvoyé leur requête pour avoir mon avis, mais je n’ai pas cru devoir me charger de ce travail.

Il y avoit plus de cent cinquante avocats de la religion prétendue réformée au parlement de Pau, qui n’ont point pris de licence. J'ai mandé à M. le chancelier que j’avois empêché que le parlement continuât d’en recevoir jusqu’à nouvel ordre du roi, et qu’il étoit bon que le nombre des avocats catholiques excédât au moins d'un tiers celui des religionnaires.

J'ai fait rendre un arrêt du conseil portant défenses de recevoir aucuns avocats au parlement, de la religion prétendue réformée.

J’ai fait aussi révoquer le subdélégué que M. le duc de Grammont avoit nommé en Béarn, les gouverneurs n’en devant point avoir.

En 1684, j’avois 3o, 000” sur le clergé du diocèse de Cahors, et a 0,000^ à la caisse des emprunts.

Le 3o janvier, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend la bassette.

Le 3o janvier i685, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil portant que les ministres seront employés dans les rôles des tailles à proportion de leurs biens.

Le 2 a février i685, j’ai été de retour de Paris à Pau.

Le 2 2 féwier i686, j’arrivai à Pau, où tous les corps me ténmignèrent à l’envi la joie qu’ils avoient de mou retour. Il n’y eut que ceux sur qui les réformes dévoient tomber dans le parlement et dans les états, qui, dans le fond de leur âme, m’auroient autant aimé à Paris qu’à Pau, mais ils n’en témoignèrent rien au dehors.

Je portai au parlement, deux jours après mon arrivée, les édits et déclarations concernant les affaires de la religion, dont je lui avois fait renvoyer la connoissance , et, après qu’ils eurent été registres et publiés, je fis, sans perte de temps, signifier aux consistoires des temples proscrits l’arrêt qui en ordonne la démolition dans le mois, ce qui a été exécuté avec soumission, quoiqu’ils en soient très-consternés, ce que je mandai à M. le chancelier par ma lettre du 5 mars 1 685.

Je fis attaquer, après la démolition de ces quinze temples, les cinq restans par le procureur général, pour contravention aux édits et arrêts du conseil. Leur procès fut bientôt fait, et les arrêts qui en ordonnèrent la démolition furent [exécutés] sans perdre de temps, en sorte qu’en moins de six semaines il ne resta pas un temple dans tout le Béarn. Leur démolition engagea les ministres de sortir de la province, et, par leur désertion, ces faux pasteurs me laissèrent le champ libre aux conversions.

Le 2 2 février, M. Le Pelletier m’a mandé que le roi n’approuvoit pas la députation, faite par l’abrégé des états de Béarn , de la personne de M. l’évêque de Lescar pour un fait fort léger, et que je lui fisse entendre qu’il eût à ne point partir pour la cour.

Page 1