‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 23 sur 105 · MP' MOIRES · texte numérisé non relu

MP' MOIRES

Le 3 mars, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil', qui fait défenses aux seigneurs de la R. P. R. d’admettre à l’exercice de ladite religion, dans leurs maisons ou chAteaux, aucunes personnes qu’ils n’aient fait leur domicile pendant un an dans l’étendue de leurs justices.

Le lo mars, j'ai reçu ordre de me transporter dans l’abbaye de Pontaull, pour y rétablir l’ordre.

Par l’édit du mois d’août i 669 et la déclaration du 1 4 juillet 1682, il est défendu aux religionnaires de sortir du royaume sans permission. Le 10 mars iCS.*), M. de Croissy m’a envoyé une lettre de cachet, pour observer les gentilshommes et empêcher qu’ils n’y contreviennent.

Le i5 mars, j’ai proposé à M. de Croissy d’obtenir du roi la pension de 1,200**, que Sa Majesté accorde à toutes les maisons de nouvelles catholiques, à celle de Caen*, fondée par madame la marquise de Saint-Chaumont’, qui lui a donné 1 0,000**, non suIBsans pour cet établissement.

Le roi avoit réservé, par sa déclaration donnée sur mon avis, cinq temples pour tout le Béarn; les religionnaires demandèrent qu’ils fussent agrandis, étant trop serrés pour les contenir tous; c’étoit l’avis de M. de Croissy, mais je m’y suis opposé, et ils n’ont point été augmentés.

,\u mois de mars j 685, il a été établi un vice-sénéchal en Béarn, sur ma représentation. J’ai proposé le sieur Palaiseau, gentilhomme, pour remplir [la place].

Le 5 avril, j’ai écrit à M. de Harlay, archevêque de Paris, que les quinze temples du Béarn condamnés ont été démolis, que des cinq qui restent j’en ai fait interdire deux pour des contraventions aux

' Cet arrôt du conseil est du 5 février i685. (Isauibert, Ane. lois franç. t. XIX, p. 490.)

’ C’est Pau qu’il faut lire. Celte erreur de lieu prouve que les Mémoires ne furent

écrits que dans la vieillesse de l'auteur.

’ Suzanne Charlotte de Grammont, mariée à Henri Mitte, marquis de Saint- Chaumont, était tante du duc de Grammont, gouverneur de Béarn.

édits, que j’espcrois que les trois restans auroient bientôt la même destinée; que cependant j’ai fait faire une mission par des jésuites dans une petite ville du diocèse de Lescar, qui a produit plus de trois cents conversions; que le moyen d'achever l’ouvrage des conversions étoit d’obliger tous les ministres des temples interdits de s’éloigner au moins de dix lieues du Béarn, attendu qu’il n’a que onze lieues de long sur sept à huit lieues de large. Je lui ai écrit en faveur de l’abbé d’iVrboucave *.

Le 5 avril, j’ai écrit au P. de la Chaise en faveur de l’abbé d’Arboucave, neveu de M. l’évèque de Tarbes, et lui ai rendu témoignage du zèle et des soins qu’il avoil pris pour les conversions. Mon témoignage et ma recommandation lui a valu l’évècbé de Dax.

Le 5 avril, j’ai mandé à M. Pussort que, depuis mon retour en Béarn, il s’y est converti cent cinquante-trois chefs de famille, qui, avec leurs enfans, composent plus [de] huit cents âmes.

Le 5 avril i 685, j’ai mandé â M. le chancelier qu’une des principales raisons que les religionnaires opposoient aux missionnaires est que le roi permettoit que l’on fît encore profession de la R. P. R. dans son royaume, ce rpii marquoit la nécessité de leur ôter les cinq temples qui leur resloient en Béarn, ce qui , joint aux missions et aux gratiUcations, achèveroit sans doute, dans peu, l’ouvrage des conversions; qu’il y avoit déjà ceux de Jurançon autrefois à Pau et celui d’Ossau interdits, qu’il y avoit <les preuves de contravention aux édits dans les trois autres; que, depuis deux mois que j'étois de retour dans la province, il s’étoit converti onze cents personnes y compris les enfans, qu’il y avoit beaucoup de gentilshommes ébranlés et qui seroient déterminés par des pensions.

Les cinq derniers temples ont été démolis par arrêt du parlement de Pau.

Le 1 I avril i685, j'ai demandé à M. le chancelier une déclaration interprétative de celle du 3i janvier i68a, qui veut que les enfans

' Bernard d'Abadie d'Arboucare

bâtards soient élevés à la religion catholique, en ce qu'elle porte la clause de quelque âge qu’ils soient, plusieurs olTiciers du parlement croyant, sur le fondement de cette disposition, qu’un bâtard de vingtcinq ans, qui a toujours fait profession de la R. P. R., en doit faire abjuration ; mais qu’il y avoit tout lieu de juger, par les motifs de cette déclaration, que cette disposition ne s'étend pas aux bâtards qui avoient atteint l’âge de quatorze ans lorsque la déclaration a été donnée; en effet, les motifs sont de pourvoir à l’éducation des enfans bâtards, comme il a été pourvu à celle des enfans exposés. J'estimerois donc qu’il faudroit donner une nouvelle déclaration, portant que les bâtards qui auroient passé quatorze ans lorsqu'elle a été donnée seront obligés de choisir, devant les juges des lieux, la religion qu’ils entendroient professer.

Je lui ai mandé par la même lettre que le parlement avoit, le jour précédent, décrété prise de corps contre le ministre de Garlin, qui est un des cinq exercices réservés en Béarn, pour plusieurs contraventions aux édits et déclarations ; qu’il n’en restoit plus que deux que j’espérois devoir être bientôt interdits sur de pareilles contraventions; apres quoi les conversions iront vite, ayant remarqué que leur nombre augmente à proportion que celui des exercices de la R. P. R. a diminué.

Le 12 avril, M. de Croissy m’a envoyé deux arrêts; le premier, qui défend aux habitans des villes et communautés de Béarn et de Navarre de faire aucune députation hors du pays sans m'en avoir fait counoitre les raisons et le besoin et avoir eu mon consentement.

Le i8 avril i685, j’ai demandé â M. de Louvois des ordres en blanc pour faire loger une ou plusieurs compagnies dans les villes remplies de religionnaires, étant certain que la seule approche des troupes produira un grand nombre de convenions; que je tiendrai si bien la main à ce que les soldats ne fassent aucune violence , que je me rendrai responsable des plaintes qu’il en pourroit recevoir. 11 est à observer que le roi n’avoit pas envoyé des troupes en Béarn par rapport aux affaires de la religion, mais pour former le camp que

Sa Majesté avoit résolu d’établir sur la frontière d'Espagne. M. de Louvois m’ayant envoyé plusieurs ordres en blanc, il s’est converti six cents personnes dans cinq villes ou bourgs, sur le simple avis que les compagnies étoient en marche.

Le roi a fait envoyer à tous les intendans des ordres d’envoyer à MM. les secrétaires d’étal un mémoire de tous les collèges qui sont dans leur département.

Jai reçu un arrêt du conseil, du 3o avril, portant injonction aux ministres et proposans qui se trouveront dans les lieux où l’exercice public de là R. P. R. aura cessé à l'occasion des procès mus pour raison des contraventions aux édits et déclarations du roi, [qu’ils] seront tenus de s’en éloigner au moins de trois beues. Cet arrêt m’a été envoyé par M. de Croissy.

Pai été commis par arrêt du conseil, au mois d’avril i685, pour procéder à la vérification et récolement des inventaires des titres et chartes de la chambre des comptes de Navarre, en présence de deux officiers de la chambre.

J’ai fait établir à Pau un séminaire pour y former des ecclésiastiques aux ministères de la religion.

Les temples de Bellac et de Saint-Gladie ont été les derniers démolis.

Le 3o mai i685, M. de Croissy m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend aux ministres des temples interdits et [aux] proposans de se tenir plus près de six lieues desdits endroits. Cet arrêt est nommément rendu pour le Béarn.

M. de Croissy ayant proposé d’envoyer en Béarn des ministres pour baptiser les enfans de ce qui reste de religionnaires, je lui ai mandé que, dans la disposition présente d’une conversion générale dans très-peu de temps, ce seroit exposer ceux qui chancèlent et endurcir les opiniâtres que de leur envoyer un ministre, qui rassureroit les premiers et conlirmeroit les autres dans leur opiniâtreté ; que dans ma dernière tournée j’avois converti cinq mille âmes, et qu’avant le i5 de juin il s’en convertiroit pour le moins autant, en

sorte que j’cspérois que dans deux mois l’ouvrage des conversions seroil achevé dans le Béarn. La reine Jeanne donna une ordonnance ecclésiastique portant défense aux prêtres et aux moines de baptiser les enfans.

Au mois de mai, il a été écrit une lettre anonyme à M. le chancelier, remplie d’invectives contre moi, et surtout on m’y taxoil de prendre des présens. Il m’a renvoyé cette lettre avec des témoignages d’estime pour moi et de satisfaction de ma conduite.

Le i5 juin, M. de Croissy m’a mandé que le roi n’avoit pas approuvé que les baptêmes des enfans des prétendus réformés se fissent par les curés, parce que sa conscience ne pouvoit souffrir qu’un enfant baptisé à l’église par un prêtre fût rendu à ses parens pour y être élevé à la R. P. R., et m’a envoyé un arrêt qui me permet de choisir un ou deux ministres pour faire faire lesdits baptêmes dans la maison de ville , en présence du juge ou consul du lieu.

Il ajoute , par le dernier article de sa lettre , qu’il m’a proposé au roi pour l’ambassade de Constantinople , mais que Sa Majesté a jugé que ma présence étoit nécessaire en Béarn pour y achever ce que j’y avois si bien commencé.

Le 1 6 juin, il m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend de recevoir des libraires de la R. P. R.

J’ai fait faire l’abjuration du calvinisme au sieur Goulard, ministre d’Oloron, dans la cathédrale de la ville, en présence de M. l’évêque et de plus de huit mille personnes de l’une et de l’autre religion. Il leur a rendu un si bon compte des motifs de sa conversion, que plu- .sieurs rcligionnaires, touchés des vérités que les ministres avoient toujours pris grand soin de leur cacher et qu’il leur a nettement et fidèlement exposées, se sont convertis avec lui, et la plus grande partie des autres m’ont promis de se faire instruire, après leur avoir fait entendre que l’intention du roi n’étoit pas qu’ib embrassassent la reUgion romaine sans la connoître, mais bien qu’ils en examinassent sans prévention les dogmes et les principes.

La plus grande partie des habitans de la R. P. R. d’Oloron se sont

convertis depuis la conversion de leur ministre, et les autres se font instruire. C’est ce que j’écris à M. de Croissy, et que M. de Cazaux apporloit tous les obstacles qu’il pouvoit , au.ssi bien que sa femme , rcligionnaire , aux conversions.

Le I" juillet i685, le P. de la (ihaise m’a mandé que le roi prenoit plaisir à lire mes relations et mes lettres concernant les conversions du Béarn, et même que Sa Majesté les gardoit.

J’ai mandé à M. de Croissy, le i a juillet, qu’il y avoit à présent seize mille âmes convertis dans le Béarn, et que ce qui restoit siiivroit bientôt.

Le I 4 , je lui ai mandé que les babilans de la B. P. H. de Pau s’étoient convertis par délibération dont je lui ai envoyé l’acte; que nous avions jugé au parlement les ministres de Pau qui avoient contrevenu aux édits, et qu’ils avoient été condamnés an bannis.sement du ressort du parlement pour cinq ans.

Les religionnaires d'Orthez ont envoyé un courrier au roi pour savoir si les intentions de Sa Majesté étoient d'abolir absolument l’exercice de la B. P. R. dans le Béarn. J’ai prié M. de Croissy de ne nous point envoyer de ministres pour baptiser les enfans nés dans la R. P. R. et de nous renvoyer M. de Lescar, avec des missionnaires, pour instruire les nouveaux convertis, aussi bien qu’à MM. les évêques d’Oloron et de Dax. Il faut même une mission extraordinaire qui parcoure tout le Béarn , et les meilleurs prédicateurs n’y sont pas trop bons pour tenir la place de leurs ministres, qui prècboient bien. Tous les curés du Béarn sont ignorans et souvent de mauvaises mœurs; qu’il falloit encore établir des vicaires. J’ai proposé de mettre le député d’Orthez à la Bastille.

Il y a eu trois mille huit cents religionnaires d'Orthez qui se sont convertis, de quatre mille qu’il y avoit; ce qui m’a obligé de mander à MM. les ministres qu’ils pouvoieut assurer le roi de la conversion totale du Béarn, de vingt-deux mille qu’il y avoit n’en restant pas mille; que les gentilshommes commençoienl à se détacher.

Le sieur d'Audrehon, ministre de Lembeye, m’étant venu voir, me

dit qui! senloit de grands mouvemens dans son cœur pour embrasser la religion catliolique, mais qu’il avoit encore besoin d’un mois pour prendre sa résolution; sur quoi, l’ayant fait entrer dans la chapelle du château de Pau, où M. l’évôque d’Oloron recevoît l’abjuration d’un ancien avocat de Pau et où il y avoit beaucoup de monde, je lui demandai s’il ne sentoit rien dans son cœur qui le sollicitât , à la vue de son véritable pasteur, de s’aller jeter entre ses bras. Il m’avoua qu’il se sentoit ému, et dans le moment je le pris par le bras et le conduisis vers l’autel, où il se mit à genoux devant M. l’évèque, qui lui donna l’absolution. Cette action fut d’une grande édification.

J’ai proposé de rechercher la noblesse des gentilshommes opiniâtres religionnaires; mais M. de Crolssy a mis le trouble dans les consciences des nouveaux convertis en m’envoyant un arrêt du conseil qui établit un ministre pour baptiser les enfans des religionnaires, la province étant à la veille d’en être entièrement purgée; que ces enfans doivent être portés à l’église; que c’est renouveler l’exercice de la R. P. R. en Béarn*.

fl [a] encore été fait une chose contraire au bien de la religion, ayant été permis au sieur de la Placette, ministre de la ville de Nay, de sortir du royaume avec sa famille et de vendre ses biens, la plupart des ministres aimant mieux, par le principe d’un faux honneur, sortir du royaume, lorsqu’ils en ont la permission , que d’y demeurer. Ils se convertiroient s’ils éloient obligés de s’éloigner du lieu de leur exercice sans sortir du royaume et sans pouvoir vendre leurs biens. En effet, il s’en étoit converti six depuis deux mois, qui auroient passé en Hollande et en Angleterre, s’ils en avoient pu obtenir la permission. La femme et les enfans du sieur de la Placette étoient disposés à se convertir lorsque cette permission leur a été donnée.

Les nouveaux convertis ont demandé le livre deM.de Meaux, De

r Exposition de la doctrine de C Eglise catholique; j’ai mandé qu’on en fît venir.

’ (tédaclioD évidetnment empruntée é une lettre.

Au mois de février*, M. Cramoisy, libraire, m’a envoyé, par ordre de M. de Louvois, cinq mille cent dix volumes de l'Exposition de la doctrine de l’Eglise, de M. de Meaux; du Catéchisme historique de M. l’abbé Fleury; de l'Explication des parties de l’ofBce et des cérémonies de la messe, et des Courtes prières et ordinaire de la messe, pour distribuer aux nouveaux convertis.

Le i8 juillet, j’ai mandé au roi l’état des conversions de la province. — Vid. la lettre au registre des lettres de 1 685.

A M. Foucautt, concilier en mei coneeUs, maître des requêtes ordinaires de mon bétel et commisftaire départi pour l'exécution de mes ordres en Béarn.

Monsieur Foucault , j’ai été bien aise d’apprendre, par votre lettre du 1 8 juillet, le bon effet qu’ont produit vos soins et votre application à tout ce qui pouvoit procurer la conversion de mes sujets de la religion prétendue réformée dans toute l’étendue de ma province de Bcam, et vous ne devez pas douter que ce service ne me soit d’autant plus agréable que le succès en est très-avantageux à notre religion et d’un fort bon exemple pour les autres provinces de mon ropume. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait. Monsieur Foucault, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le a* jour d’août i685.

LOUIS

COLBERT*

J’ai écrit à M. le chancelier, le a a juillet, que le sieur de Saint- Pau, ministre converti, qui a beaucoup de talent pour le barreau, désireroit se faire recevoir avocat, aussi bien que le sieur Goulard, ministre d’Oloron; qu’ils lui demandoient une dispense du temps d'étude. M. le chancelier m’a envoyé ces dispenses. L'exemple de ces deux ministres et la grâce que le roi leur a faite en a fait revenir trois autres à l’Eglise.

' L'indication du mois cal erronée. faut lire juillet , août ou septembre

Les grandes conversions n'avaient pas ’ Colbert de Croissy, frère du grand

encore commencé en février i685. Il Colbert.

Li! a6 juillet, M. de Croissy m'a donné avis que le roi avoil donne ordre d’arrêter le sieur Dusseau, député des religionnaires du Béarn, et m’a envoyé six lettres de cacliet pour reléguer les gentilshommes que je jugerois à propos.

M. de Mesplées, évêque de Lescar, bien loin de m’aider et de prendre part à l’ouvTage des conversions de son diocèse, n’a rien oublié pour les éloigner. Il avoit écrit de Paris aux gentilshommes les plus considérables du parti d’entrer dans quelque accommodement, et leur avoit ollcrt de ménager en leur faveur, dans l’assemblée du clergé, un relâchement sur les points (|ui leur font peine, et ils avoient si bien pris conliancc sur cette prome.ssc, qu’ils vouloient attendre la réponse de M. de Lescar, avant de se déterminer; de sorte que, pour réparer le mal, je fus obligé d’assembler au ch&teau de Pau tous les cbefs des principales familles de la R. P. R. de Pau, et de leur faire entendre qu’il n’y avoit point de tempérament à espérer sur les articles de notre créance; qu’un concile général avoit décidé tous les points contentieux et établi les véritables dogmes que l’on devoit suivre; que le clergé de France ne pouvoit donner atteinte à ses .saintes décisions; que le roi même, comme protecteur de la religion, emploieroit son autorité pour les faire observer. Je leur lis, sur ce sujet , un di.scours auquel la plus grande partie parut se rendre, et quoiqu’ils eussent tous résolu, avant l’assemblée, de ne s’engager a aucune réponse positive qu’ils n’eussent reçu celle de M. de Lescar, néanmoins ils inc prièrent de leur accorder un quart d’heure pour délibérer sur ce que je leur avois proposé; ce que leur ayant permis, je les laissai en liberté de délibérer sur la résolution qu’ils avoient .à prendre et me retirai. Leur délibération ne dura qu’un quart d'heure et aboutit à me demander un mois de temps pour .s’in.struire. Je retranchai la moitié du terme, et nous [nous] séparâmes tous contens.

Ifs n’attendirent pas que le terme fût expiré, et ils se convertirent tous par une délibération unanime dans laquelle ils reconnurent (jue leurs pères n’avoient pas eu de motif légitime pour se séparer

de ia communion de l’Eglise romaine. J’envoyai au roi leur délibération.

Nota. Voir l’édit de révocation de celui de Nantes, et surtout le dernier article.

M. de Torcy m’a envoyé, au mois de juillet, un arrêt du conseil portant l’établissement d’un ministre pour baptiser les enfans de la R. P. R., mais je n’ai pas jugé à propos de l’exécuter.

Depuis le 3 2 février que j’ai été de retour de Paris à Pau, jusques au mois d’août, il s’est converti plus de quinze mille âmes. Il y en a eu beaucoup qui, à l’approche des gens de guerre, ont abjuré sans les avoir vus. La distribution d'argent en a aussi beaucoup attiré à l’Église. Le Béarnois a l’esprit léger, et l’on peut dire qu’avec la meme facilité que la reine Jeanne les avoit pervertis ils sont revenus k la religion de leurs pères.

La ville d’Ortbez a été la dernière à se convertir. J’y ai envoyé des gens de guerre qui les ont réduits. Ils in’avoient demandé quinze jours pour se faire instruire, mais c’étoit pour attendre le retour d’un courrier qu’ils avoient envoyé à la cour pour demander la liberté défaire l’exercice de leur religion. Ce terme expiré, ils me demandèrent encore huit jours pour donner le temps à leur courrier d’arriver. Je leur refusai, et, de quatre mille religionnaires qu’il y avoit à Orthez, il .s’en convertit deux mille avant l’arrivée des troupes, en sorte que, pendant le séjour que j’y fis avec des missionnaires, ils se convertirent tous, k la réserve de vingt familles opiniâtres et qui avoient résolu, quelque chose qui arrivât, de ne point changer. Ils avoient à leur tête un gentilhomme nommé Brasselaye, qui étoit aussi allé à la cour et qui a été mis à la Bastille.

De vingt-deux mille religionnaires qu’il y avoit en Béarn, il s’en est converti vingt et un mille ju.sques â la fin de juillet i685.

Le 3 août, j’ai mandé à M. le chancelier que le parlement a rendu depuis huit jours un arrêt contre le nommé Jean Pedelabat, du lieu de Garlin, convaincu d’avoir sollicité publiquement et en particulier les religionnaires à demeurer fermes dans leur religion, pour raison

de quoi il a été condamné au bannissement hors du royaume poiuvingt ans et en 600 d’amende. Six jours après son arrêt rendu, il m’a fait dire qu’il vouloit se convertir; ce qu’il lit hier avec toute sa famille. Sa conversion, celle de sa femme et d’un nombre d’enfans, mérite tout ce cpie j’ai demandé à M. le chancelier.

Le 5 août, j’ai envoyé à M. Le Pelletier le jugement tpie j’ai rendu avec les officiers du sénéchal de Tarbes contre des écoliers qui ont assassiné un employé aux fermes du roi. Il y en a eu deux condamnés à être pendus et exécutés par effigie.

La vie scandaleuse du sieur de Cazaux, l'opiniâtreté de sa femme et de la dame de Bas, femme du doyen du parlement de Pau, dans le calvinisme, ont retenu beaucoup de personnes.

J’ai fait donner la charge de procureur du roi en la vice-sénéchaussée de Béarn au sieur Goulard , ministre converti d’Oloron.

M. de Croissy m’a envoyé, le 16 août, des ordres du roi en blanc pour reléguer les gentilshommes opiniâtres. J’avois fait assembler la veille une partie de la noblesse de la R. P. R. pour leur faire entendre les intentions du roi. Il y eut une douzaine de gentilshommes qui se convertirent; les autres demandèrent quinze jours pour se faire instruire. Je lui ai renouvelé mes remontrances sur la permission donnée aux ministres de sortir du royaume et de vendre leurs biens.

J’ai mandé, le 16 août, à M. de Louvois que des gentilshommes delà R. P. R. de Béarn se convertissoient en nombre; que M. de Bouffiers avoit été témoin du retour à l’Eglise de douze, à la tête desquels était le comte de Viala, l’un des plus qualifiés gentilshommes de la province. Plusieurs ont demandé quinze jours pour s’instniire, en sorte que je ne serai point en obligation des ordres de relégation que M. de Croissy m’a envoyés, l’instruction et la patience devant couronner l’ouvrage. Je lui al envoyé un mémoire des grâces que plusieurs de ces gentilshommes demandent. 11 est à remarquer que MM. les évêques de Lescar et de Tarbes ont été absens de leurs diocèses pendant tout le temps des missions.

Le i8 août, j’ai mandé à M. l’archevêque de Paris qu’il étoit bien nécessaire de donner des pensions aux ministres convertis, et d’empêcher ceux qui ne le sont pas de sortir du royaume.

M. de Croissy s’est plaint de ce que j’avois écrit à M. l’archevêque de Paris et au P. de la Chaise sur le sujet de la permission aux ministres de sortir du royaume; mais je me suis justifié en lui mandant que je m’adressois toujours directement à lui; qu’il étoit le premier informé par mes lettres de ce qui se passoit; qu’il est vrai que je leur avois communiqué ma peine sur ce sujet, mais du temps après lui avoir écrit, et que M. Dalon, premier président, ne manquoit point tous les ordinaires de leur écrire.

Le 27 août, il s’est converti quatre-vingt-dix-sept femmes dans la petite ville de Salies. Je fis aussi plusieurs conversions d’hommes en présence de M. le marquis de Boufllers.

II restoit trois à quatre cents personnes à convertir lorsque je suis parti du Béarn. J’ai converti avant mon départ le sieur Damigrand , ministre sans contredit le plus considéré de la province par son éloquence et par sa capacité. Il avoit quatre-vingt-cinq ans, et il prêchoit avec la même vigueur qu’il faisoit à quarante. 11 y avoit cinquante ans qu’il faisoit la fonction de ministre, et il y avoit longtemps que je iravaillois à le ramener à l’Église. Il me vint trouver le matin du 26 août i68Ô, avec son gendre, pour faire son abjuration. J’ai mandé à M. Le Pelletier, le jour même, qu’il étoit bien important de lui accorder une bonne pension. Il a rendu raison des motifs de sa conversion devant plusieurs gentilshommes qui m’avoient demandé quinze jours pour se faire instruire.

J’ai proposé au P. de la Chaise et à M. Le Pelletier de demander au roi un fonds pour bâtir une nouvelle église à Pau, soit^ l’invocation de saint Louis, qui serviroit de monument perpétuel à la piété du roi et à son zèle pour la religion. Le roi Louis XIll avoit donné 6,000** aux religionnaires de Pau, en 1620, pour acheter une place pour bâtir un temple, en leur ôtant l’église paroissiale, qui est la chapelle du château, que la reine Jeanne leur avoit donnée, l’an-

cienne n’étanl pas assez grande pour contenir tous les anciens et nouveaux catholiques, en août i685.

J’ai été nommé intendant de Poitou dans le mois d’août de cette année; le roi m’avoit nommé intendant en Languedoc, mais M. le chancelier Le Tellicr fit changer cette destination. Je suis arrivé à Poitiers le 7 septembre.

Ln grand nombre de gentilshommes sont venus, la veille de mon flépart de Pau, se convertir en ma présence.

Le sieur Vidal, avocat à Pau, porta la parole pour les autres religiunnaires qui se réunirent à la communion catholique.

Le sieur de Sault, gentilhomme de Béarn, de la R. P. R., a été mi.<> à la Ba.stille j)our mauvais discours, sur mon avis.

Il ^ a eu vingt-deux mille conversions en Béarn.

J’ai engagé le parlement à recevoir l'ordonnance de 1 667, que le roi leur envoyoit par parties.

Le roi ayant, par arrêt du conseil du 28 septembre i688‘, réuni à son domaine le puits d’eau salée situé dans la paroisse de Seize , en basse Navarre, avec défenses aux bahitans du pays de se servir du sel d’Espagne, quelques séditieux ont fait courir le bruit que le roi vouloit établir la gabelle dans la Navarre, et ont excité une sédition qui a été apaisée par remprisonnement de deux de ces séditieux, auxquels j’ai proposé de faire le procès. J’ai fait le procès à ces séditieux, dont deux ont été pendus et deux condamnés aux galères perpétuelles.

Le 4 septembre, le roi a rendu un airêt poitant que tous seigneurs, gentilshommes ou autres personnes de la R. P. R. ayant hautes justices, pleins liefs de haubert ou simples fiefs, ne pourront dorénavant, en conséquence des articles 7' et 8' de l’édit de Nantes, continuer de faire l’exercice de ladite religion dans leurs châteaux ou maisons, si lesdites justices ou fiefs n’ont été érigés avant ledit édit et ne se trouvent encore possédés sans interruption par les descen-

' Oalc fausse, puisquVn Foucault n'i^uii plus en Beara; c'est probablemeni

it385 qu’il faut lire.

dans en ligne directe ou collatérale de ceux qui en jouissoient dans le temps dudit édit.

Je suis arrivé à Poitiers le 7 septembre , et y ai trouvé M. de Bâville qui m’attendoit et qui m'a donné toutes les instructions des affaires du Poitou. M. de Bâville logcoit dans la maison de Pinet, receveiu* général , condamné à être pendu par M. Rouillé du Coudray, mais il la fit donner par le roi au séminaire de Poitiers. J’en ai loué une appartenant à M. Barentin , conseiller au parlement.

M. de Vaubourg, qui avoit passé par Poitiers pour aller en Béarn, est aussi revenu sur ses pas. Je lui ai donné toutes les lumières que j’avois de l’état du Béarn.

Lorsque je suis arrivé en Poitou, il y avoit encore quatre-vingts familles de religionnaires à Poitiers, et cent soixante à Cbâtellerault. J’ai mandé à M. de Louvois que je ferois tout ce que je pourrois pour les convertir par délibération des consistoires.

Le 16 septembre, j’ai mandé à M. de Louvois qu’il ne restoit pas cent familles de la R. P. R. dans le haut Poitou; qu’il s’en est converti un grand nombre dans le bas pays depuis mon arrivée; qu’il y avoit deux cent cinquante familles religionnaires dans la ville dePouzauges, dont le temple a été démoli depuis un mois; que ces familles ont été presque toutes converties, à quoi ont beaucoup contribué les soins de M. le marquis de Toucheprés, qui en est seigneur, qui a même voulu que l’on mit des dragons chez ses métayers.

J’ai reçu un arrêt du conseil du 1 5 septembre , portant défenses à tous chinurgiens et apothicaires faisant profession de la R. P. R. de faire aucun exercice de leur art par eux ou par personnes interposées , à peine de i ,000 d’amende.

Au mois de septembre, j’ai engagé les religionnaires de Châtellerault à prendre une délibération pour se réunir à l’Église romaine. C’est la seule ville de Poitou qui ait pris ce parti.

Les sieurs de Nancla, lieutenant-colonel du régiment de Sainte- Maure, et Tbévenin, capitaine dans le même régiment, ont pris la résolution de se convertir, et j’ai mandé à M. de Louvois qu’ils

demandoient la permission d'aller en Saintonge, d’où ils sont, pour tâcher d’engager leurs familles à changer avec eux, et qu’il falloit causer leur congé de la nécessité d’aller vaquer à leurs afifaircs.

Au mois d’octobre 1 685, j’ai fait assembler à Luçon tous les gentilshommes de la R. P. R. au nombre de plus de cent, auxquels je fis une exhortation pour les obliger à se convertir; mais je n’en pus gagner que dix-huit. Ils s’étoient assemblés la veille dans une prairie, où ils se promirent les uns aux autres de ne point changer de religion , et, pour s’engager encore davantage, ils signèrent tous une requête au roi qui fut dressée sur-le-champ, et élurent des députés pour la porter.

Dans ce même mois, l’édit de Nantes a été révoqué.

M. de Louvois m’a envoyé copie de cet édit, le i6 octobre i685, avec une lettre qui explique de quelle manière il doit être exécuté.

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