DISCOURS FAIT AUX GENTILSHOMMES DE LA H. P. R. DU HAUT POITOU
LE 2 NOVEHBKE |68I),
A POITIEaS, DAES LA CHAMBRE DE L'ADDIEECE DO PRÉSIDIAL
Il n’y a personne parmi vous qui ne connoisse l’importance du sujet qui vous a fait assembler ici, et qui ne soit pleinement convaincu que vous pouvez aujourd’hui rendre au roi le plus grand service que vous ayez été et que vous serez en état de lui rendre de votre vie. Vous
savez en quels tenues ce grand prince a exprime le violent désir qu’il avoit de voir tout son royaume réuni sous une même communion; et si son zèle l’a porté à dire qu’il donneroit volontiers un de ses bras pour la conversion de ses sujets, ne serez-vous pas persuadés que l’acquisition à l’Eglise romaine de tout ce qu’il y a de gentilshommes ici lui seroit, sans comparaison, plus agréable que ne l’ont été toutes les conquêtes que ce même bras toujours victorieux a fait depuis quinze années? Seroit-il possible, messieurs, que ces démonstrations d’une amour toute paternelle et véritablement dignes du petit-fils de saint Louis n’excitassent aucun mouvement de reconnoissance dans vos cœurs, mais d’une reconnoissance qui répondit à la nature et à la grandeur de l’obligation?
Car, enfin , c’est une illusion qui ne peut venir que d’une préoccupation aveugle, de vouloir distinguer les obligations de la conscience d’avec l’obéissance qui est due au roi , dans une occasion où ces deux devoirs sont inséparables, puisque Sa Majesté agit uniquement pour l’intérêt de la religion. Faites, s’il vous plaît, réflexion que vos ancêtres ont témoigné autant d’attachement à l'Église romaine que vous avez depuis montré d’aversion pour elle. Sachez que c’est en reconnoissancc de cet attachement que le Saint-Siège a permis à la noblesse de posséder des dîmes, qui sont le partage des ecclésiastiques et que nous pouvons dire, en passant, n’avoir jamais été celui de vos ministres, qui , dans l’invasion générale des biens de l’Eglise , ont, par un effet de la Providence divine, respecté le patrimoine des véritables pasteurs de Jésus-Christ. Or peut-on dire que l’Eglise romaine fût pour lors dans d’autres sentimens que ceux où elle est aujourd’hui? vos pères n’étoient-ils pas lors catholiques romains ? C’est donc le malheur du siècle passé qui les a ravis à l’Eglise; il faut que le bonheur de celui-ci répare leur perte, et que votre conversion mette le comble à la félicité du plus glorieux règne qui ait été depuis l'établissement de la monarchie françoise.
Le roi , comme prince très-chrétien , comme fils aîné de l’Eglise, est protecteur de la religion , et, dans cette qualité, obligé à en conserver
la pureté dans son royaume et à détruire toutes les sectes qui y sont opposées; c’est à quoi il travaille heureusement depuis la fin de la guerre qu’il a si glorieusement terminée contre les ennemis de l’Etat, et dans laquelle il paroît visiblement que Dieu a favorisé ses armes pour le mettre en état de combattre l’hérésie, car c’est, dorénavant, de ce titre que nous devons qualifier votre religion depuis l’édit qui en a entièrement aboli l’exercice en France.
Vous ne devez pas vous plaindre des moyens dont le roi s’est servi pour l’anéantir. 11 faut poser pour fondement que votre religion étoit seulement tolérée et non pas approuvée en France; ainsi l’exercice a pu en être interdit; que l’édit de Nantes avoit été extorqué plutôt qu’accordé, joint qu’il n’éloit que provisionnel, et par conséquent sujet à être révoqué. Si l’on a eu recours aux gens de guerre pour exciter les conversions, ib n’ont été employés que contre ceux qui ont refusé de se faire instruire des véritables sentimensde l’Eglise romaine; mais, au fond, il étoit nécessaire que [le roi] s’en servît comme du seul moyen capable de combattre les préventions de la naissance et d’une longue habitude dans une religion commode, indépendante et qui flatte les sens. Les empereui*s chrétiens ont fait revenir à l’Eglise les hérétiques par des voies beaucoup plus rudes dans les premiers siècles de l’Eglise; mais que diriez-vous si l’on suivoit, à votre égard , les mêmes voies qui ont été pratiquées contre les catholiques lors de la naissance de votre religion, si l’on vous traitoit comme l’Espagne traite ceux qui se sont sépares de l’Église catholique P et n’appréhendez-vous point d’irriter, par votre opiniâtreté , un prince également pieux et puissant qui peut regarder sa puissance absolue comme un moyen que Dieu lui a donné pour faire régner la véritable religion dans son royaume, qui sait beaucoup mieux se faire obéir que les princes dans les états desquels l’inquisition est établie, et qui, ne voulant rien que de juste, est en possession de ne trouver aucune résistance à tout ce qu’il entreprend ?
C’est, messieurs, avec beaucoup de peine que je me vois obligé de vous faire entrevoir les malheurs qui vous menacent et que nous
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vous conjurons tous de vouloir détourner. Votre religion n’a point d’assez profondes racines pour résister aux secousses et aux agitations qu’on lui donne. Ne voyez-vous pas clairement que c’est l’esprit de Dieu qui souffle et qui forme les orages qui l’ont mise par terre? Si vous étiez dans le vaisseau des élus, il résisteroit aux tempêtes, et tant de milliers d’ftmes qui sont revenues au port feraient encore profession de votre prétendue réforme.
Nous venons d’apprendre, par une relation de ce qui s'est passé tout nouvellement en Languedoc, que cent soixante mille âmes viennent d’y abjurer tout nouvellement leurs erreurs, que toute la nobles.se et quinze ministres ont pris le même parti.
Qu’attendez-vous donc, messieurs, après cette défection générale de votre parti, après ce nombre innombrable de conversions, pour revenir à nous? Il y a de la témérité de se vouloir défendre lorsqu’on n’est plus en état de le faire et que la déroute est universelle. N’eslil pas temps enfin que vous vous déterminiez à suivre un exemple que vous n’avez pas voulu donner? celui de M. le marquis de Vérac, dont la vertu est au-dessus de l’envie et dont le rai vient de reconnoître le mérite et récompenser le zèle et les services, n’est-il pas capable de vous toucher? Vous ne trouverez point dans la suite une porte aussi honorable que celle qu’on vous ouvre présentement pour sortir de votre engagement et pour rentrer dans l’Eglise, et vous vous repentirez dans peu d’avoir sacrifié vos biens et votre repos à un faux honneur qui vous attirera de véritables disgrâces.
Les gcntilshonmies du bas Poitou qui, à la réserve de quelquesuns qui ont pris le bon parti, avoient paru si unis dans leur opiniâtreté lors de l’assemblée qui s’est tenue à Luçon, se détachent tous les jours et sont obligés d'avouer qu’une vaine honte les avoit retenus.
Quelle gloire seroit-ce pour vous de prendre , avant sortir d’ici , une généreuse résolution de vous convertir, par une prudente et authentique délibération! Mais à quel danger vous exposez-vous si vous vous séparez dans des sentimens qui irritent les puissances du ciel et de la terre contre vous et qui attirent leur courroux sur vos per-
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, sonnes et sur vos familles? Si ce malheur vous arrive , chacun déplorera votre endurcissement, mais vous uo serez plaints de personne. Faites réflexion à l’état où vous êtes et profitez du dernier avertissement que le roi vous donne par ma bouche. Que s’il vous reste quelque doute sur les véritables sentimens de l’Eglise romaine que vos ministres vous ont déguisés jusqu’à présent, vous avez, dans cette ville, M. l’évèque de Poitiers, qui n’a pas moins de lumières et de connoissances pour vous conduire dans la voie du salut qu’il témoigne de zèle et de passion de vous y voir rentrer.
Au reste, messieurs, j’apprends que plusieurs personnes toujours disposées à se laisser tromper par les fausses apparences, et qui sont des interprètes suspects de l’édit qui révoque celui de Nantes, expliquent malicieusement et étendent, contre l’esprit de la loi, une clause que le roi a eu la bonté d’y faire insérer pour la sûreté de ceux de voire religion et pour le bien du commerce, et prétendent en tirer cette conséquence, que Sa Majesté les laisse en liberté de conscience, dans le temps qu’elle la leur ôte formellement en ordonnant la démolition de tout ce qui reste de temples en France et quelle en bannit tous les ministres ; c’est sur ces points essentiels de l’édit que ces aveuglés commentateurs devroicut ouvrir les yeux et attacher leùrs pensées, et je ne doute pas, messieurs, que, plus éclairés et de meilleure foi qu’eux , vous n’y ayez fait de plus justes et de plus solides réflexions.
Le a novembre, l’ainée' de mes filles mourut à Poitiers delà petite vérole; elle avoit nom Angélique, Elle étoit née le a5 février 1681.