‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 70 sur 105 · CHAMILLART · texte numérisé non relu

CHAMILLART

Le sieur de Sequeville, capitaine dans le régiment de cavalerie d’Aubigné, ayant poursuivi ivre im soldat jusques dans ma maison et manqué de respect à ma fenune, a été cassé le lo septembre 1 708.

Toute l’année 1 708 s’est passée en basse Normandie à lever des milices et à les équiper. M. de Montcault a été chargé de les dresser, et y a très-hien réussi.

M. le marquis de Gratot avoit fait une compagnie de gentilshommes auz dépens de la province, mais il a plus songé à son intérêt et à un intérêt sordide qu’au soulagement de la province; cela a été avéré, et la compagnie n’a pas subsisté.

Les ennemis se sont promenés le long de nos côtes et ont brûlé quelques mauvaises maisons sans entreprendre de descente.

On a levé un régiment pour M. le comte de Tlioriguy, fils de M. de Matignon. J'ai pris beaucoup de soins pour le rendre beau.

M. de Beuvron m’a mandé qu’il a levé neuf régimens de milices en haute Normandie; c’est M. d'Igulville', brigadier, qui en prenoit .soin.

M. de Matignon avoit compté sur mille gentilsbommes complets.

On a envoyé cent invalides sur nos côtes.

J’ai jugé plus à propos de faire payer, par les paroisses qui doivent fournir des recrues aux officiers du régiment de Thorigny, Go** par chaque homme, que de les obliger de donner un homme; ce qui a été exécuté.

J’ai empêché qu’on ne levât un nouveau régiment de milices dont M. de Matignon vouloit faire colonel M. de Montaigu, gentilhomme qui n’a point servi.

Les deux compagnies de jeunes gentilshommes que le roi avoit créées, et M. de Matignon, formées dans la généralité de Caen pour la défense des côtes, en septembre lyoS, ont été licenciées. M. d’Aigremont avoit dressé ces deux compagnies avec beaucoup de soin; elles faisoient l’exercice comme celles des mousquetaires et étoient très-bien disciplinées.

La petite flotte qui portoit des vins, des eaux-de-vie, des agrès et autres choses à Brest, escortée par deux frégates commandées par le sieur de Touronne, ayant été poursuivie par des vaisseaux anglois, elle se relira dans fanse de Saint-Jean-le-Tbomas, près le mont Saint- Michel, où les ennemis vinrent la brûler. Les olllciers de la côte ne se donnèrent aucun mouvement pour secourir cette flotte.

Il y a eu un ordre du roi pour casser tous les oDîciers des régi-

' Nicolaj do Lesdo de U Rivierre d'Igul- « par brerel du a8 janvier i -joS. Il riisida

ville. aOn le créa inapccteur général de «dans cette province juaqu'à aa mort, le

• l'infanterie pour la Normandie par corn- • a6 octobre 1 7 1 5. > [Chronologie kùlorique tmiMiou du i5 juin 170a. et brigadier mitiuùre, par Pinard, I. Vlll, p. 119.)

mens des côtes qui sont gentilshommes, et de les faire servir dans l’arrière-ban, aussi bien que ceux qui ont des enfans dans le service, quoique par les règlemens de l’arrière-ban ces derniers en soient exempts.

La compagnie de cent gentilshommes qu’avoit levée M. de Gratot a donné de la jalousie à M. de Canisy, qui a demandé à M. de Matignon qu’il en commandât la moitié; à quoi M. de Gratot n’a pas voulu consentir, et M. de Matignon a proposé à M. de Canisy de lever une pareille compagnie dans son département, ce qu’il a refusé etn’étoit pas même possible attendu la grande dépense.

Le rôle des taxes sur la noblesse, qui doivent servir de fonds pour mettre sur pied cette compagnie de cent gentilshommes, étoit d’abord de 1 8,000” sur les deux généralités de Caen et d’Alençon. M. d’Angervilliers, intendant d’Alençon, m’a mandé qu’il n’étoit pas juste que les bailliages d’Alençon et de Falaise payassent autant que ceux de Caen et de Coutances, et qu’il offroil le tiers pour la contribution de son département, qui ne fournit que vingt-cinq gentilshommes.

M. de Matignon a réformé quarante gentilshommes de la compagnie de M. de Gratot, qui m’en a fait ses doléances.

M. de Gratot, lorsque la compagnie de gentilshommes a été cassée, a pris les meilleurs chevaux pour faire une recrue à la compagnie de cavalerie de son fils, et a gardé les selles et les équipages des autres.

M. de Montcault a fait imprimer à Caen un règlement pour l’infanterie de basse Normandie, qui regarde les évolutions et la discipline des régimens.

Le . . . novembre lyoS, ma troisième fille* a fait profession à

Ayant- fait mettre en 170a les filles du sieur de Colleville, conseiller du parlement de Rouen, opiniâtre religionnaire, dans le couvent des Ursulines de Caen, elles ont trouvé moyen d’escalader les

' Voy. plus haut, page 347,

murailles. Le roi a jugé à propos de faire mettre le père dans le château de Caen pour y rester jusques à ce qu’il ait représenté ses filles*.

La nommée Marie Bucaille a été condamnée en i 700, par arrêt du parlement de Rouen, à avoir la langue percée et au bannissement perpétuel, pour sacrilèges et débauches avec un P. Saulnier, cordelier, que sa fuite mit à couvert des peines qu’il méritoit. Cette fille avoit longtemps abusé le public par de prétendues révélations, tantôt contrefaisant la possédée et tantôt l'illuminée, mais toujours vivant dans une débauche avérée avec le P. Saulnier. Elle fut renvoyée à Valognes poiu' l’exécution du premier chef de l’arrêt; mais l’exécuteur gagné ne lui perça point la langue, et elle demeura à Cherboiu'g au lieu d'exécuter son ban. Elle y contrefaisoit la béate et y semoit une mauvaise doctrine, ayant même des sectateurs. Cherbourg est le lieu où le cas de conscience a pris naissance. Sur l’avis que j’en ai donné à la cour, elle a été mise aux ûllcs de la Charité de Caen

Au mois de janvier i7o4i M. le chancelier de Pontchartrain a fait recevoir mon fils maître des requêtes au parlement, sans examen.

Au mois d’avril 1 704 , j’ai fait im voyage à Paris.

Le 2 avril 1 704. le roi m’a accordé des lettres de conseiller d’état du semestre de juillet*; la mort de M. de Harlay de Bonneuil a fait vaquer une place d'ordinaire dans le conseil, qui a été remplie par M. [Chauvelin], conseiller d’état de semestre*. Le 7 avril, j’ai prêté le serment entre les mains de M. le chancelier.

' Voy. Floquet, Histoire du parlement de Normandie, U\l , p. 169.

‘ Sur Thisloire de Marie Bucaille et du P. Sauluier, voy. Floquet, ouvr. cit. t. V, p. y3i.

’ Les conseillers de semestre étaient distincts des conseillers ordinaires , et ne devaient le service que pendant six mois

par an. (Voy. Chéruel , Histoire de l'administration monarch. en France, 1. 1, p. 349-) * t M. de Harlay, qui a été plénipoten-

• tiairc à la paix de Ryswick , mourut la

• nuit à Paris ; il éioit conseiller d'élol ■ ordinaire. Le roi fait monter en in place

• d'ordinaire M. Chauvelin , qui étoit le plus

• ancien des conseillers d'état de semestre.

Le i5 mai, le présidial de Caen, l’Académie et l’üniversité m’ont fait leurs complimcns sur ma promotion à la place de conseiller d’état. Je leur ai fait les rcmerciemens ci-joints.

A r.Académie.

L’honneur que vous m’avez fait de me nommer protecteirr de votre Académie vous engage de prendre part à mon élévation. Je serois cependant moins sensible à la grâce que le roi vient de me faire, si elle ne me donnoit en meme temps l’espérance de procurer des avantages à votre compagnie et de rendre mon zèle utile au service des personnes qui la composent. Ce zèle commence d’avoir son elfêt par la protection dont M. le chancelier veut bien honorer votre corps. Il lui accordera des lettres pour son établi.s.sement, les plus avantageuses qu’aucune autre académie ait obtenues. Je suis persuadé, Messieurs, que vous répondrez par vos ou>Tages à l’idée qu’il a conçue de la délicatesse et de la solidité de vos esprits. Cette prévention, quelque juste et fondée quelle soit, mérite que vous n’oubliiez rien pour la .soutenir et pour lui en marquer votre reconnoissance.

Au Présidial.

Je reçois. Messieurs, vos félicitations avec reconnoissance; mais j’avoue qu’elles me feroient encore beaucoup plus de plaisir, si la place qui vous engage de me les faire me mettoit plus en état de vous procurer les sotdagemens dont vous avez besoin. Tenez-moi compte au moins de ma bonne volonté , et attendons tous d’un meilleur temps les effets de l’amour que le roi a pour ses sujets et du désir extrême que j’ai de vous rendre mes services.

<cl donne à M. Foucault, intendant à «Caen, la place de conseiller d'état de • semestre. • {Jounal de Dangeau, a avril i-o4.>

« M. Foucault, ajoute Saint-Simon dans « se.s notes sur le Journal de Dangeau , s’est

< fait un nom dans la république des lettres

■ par le goût fin et cher de sa curiosité

■ en médailles cl en antiquités de toutes «sortes, qu'il rechercha dès sa jeunesse. «C'étoil un fort honnête homme, et qui « ne fui pas heureux en son lils. »

A la Vicomté *.

Vous me faites justice, Messieurs, de prendre part à ce qui me regarde, vos intérêts m’étant en recommandation particulière. Je voudrois bien vous en pouvoir convaincre par des effets, ayant pour le corps, pour le chef et pour chaque officier en particidicr de votre compagnie, toute l’estime et la considération que vous méritez.

Au mois de juin 1704, j’ai fait établir le tarif® dans la ville de Bayeux, qui auparavant payoitla taille.

Le 7 juillet* 1704, j’ai fait une fête à Caen pour la naissance de M. le duc de Bretagne*. — [Vid. la Relation.)

Page 1