DES RÉJOUISSANCES FAITES A CAEN
PAR M. FOrCAOl.T, ton 4>ill«r (IVttt. intfodint d« Uuk SormabilV.
POUIV LA NAfSSANCK DE MO.NSEtGNEUR LE DUC DE BRETAGM-;,
LE DIMARCHE 6 dCII.lET 170A.
La France a toujours été regardée comme la nation du monde la plus affectionnée à ses rois; mais, si ce tendre amour des sujets pour leur souverain n’a jamais plus constamment paru que sous le règne de Loüis le Grand, on peut dire au.ssl que nul autre prince ne l’a mieux mérité par de plus solides vertus, par son amour pour les
' On appelait vicomtés, en Normandie, (les tribunaux de première instance qui connaissaient des causes civiles entre roturiers, et dont les jugements ressortissaient devant les baillis.
' Le tarif était un droit qui fut d'abord particulier à Alençon, et en vertu duquel cette ville remplaçait la taille im|>osée k ses habitants, par un tarif d'octroi frap-
pant sur les marchandises qui y entraient pour être consommées ou vendues.
* C'est le G juillet. (Voy.la relation qui suit.)
* Le duc de Bretagne, bis aîné du duc et de la duchesse de Bourgogne, naquit à Versailles le a5 juin 1704, et mourut le i3 avril 1705, sans avoir été nommé.
358 MÉMÜIUES
peuples, par une plus longue suite de victoires et par un règne plus heureux, cjuoique plus long que celui d’aucun de ses prédécesseurs. L’ardeur des peuples à faire paroître leur zèle ne se voit pas seulement dans les occasions dont les grands succès peuvent procurer leur repos, elle semble plus vive dans les avantages personnels du prince et de sa famille; elle n’attend point alors des ordres exprès poiu éclater; elle les prévient, elle court au-devant, et l’autorité du magistrat est plus nécessaire pour donner des bornes aux réjouissances publiques que pour les exciter. C’est ce qu’on a vu à la naissance de tous nos augustes princes; celui que le ciel vient d’accorder à nos vœux comble la France d’une joie d’autant plus grande qu’elle n’avoit point vu jusques ici aucun de ses rois jouir d’un pareil bonheur. Il vient tous les jours de nouvelles relations des fêtes de Paris, mais, quelque magnifîques qu’elles soient, je ne sais si elles l’emportent sur celle que donna, dimanche sixième juillet, M. Foucault, conseiller d’état et intendant de cette généralité : le bon goût de cet illustre magistrat pour les beaux-arts est connu de toute la France et de tous les savans de l’Europe , et son zèle pour le service et la gloire du roi lui a mérité plus d’une fols les louanges et les manques de la satisfaction de ce grand prince, dont la sagesse dans le choix de ses ministres est une de ses plus excellentes qualités, et fait le plus juste fondement de l’éloge de ceux qu’il honore de ses emplois.
La fête commença par un Te Demi chanté en musique dans la principale église de cette ville; M. l’évêque de Bayeux, dont le zèle pour la gloire du roi égale la piété, en ût la cérémonie; les divers ordres de la ville s’y rendirent avec les omemens qui les distinguent; la musique répondit à ce qu’on attendoit de l’habileté de celui qui la conduit. Cette action de piété finie, le peuple fut attiré à la porte de M. Foucault par une décoration magnifique de la face do son hôtel; les armes de France, de Dauphiné, de Bourgogne et de Bretagne, ornées de festons et de couronnes de fleurs; une infinité de lanternes chargées de fleurs de lys et d’hermines formoient jusques au toit un ordre d’architecture très-régulier et très-agréable; deux
fontaines de vin , qui sortoient de deux masques, coulèrent le reste du jour; elles firent mettre aux fenêtres les personnes de la ville les plus considérables, qui se divertirent longtemps des cris de joie du peuple et de son empressement à profiter de cette largesse. Ce divertissement conduisit insensiblement jusques à l’bcure du souper. Quatre grandes tables servies magnifiquement dans la salle d’audience superbement parée reçurent en très-grand nombre toutes les dames de distinction de la ville et des environs, qui s’étoienl rendues à Caen pour prendre part è ces réjouissances; les cavaliers les servirent, et madame Foucault, accoutumée depuis longtemps à ordonner ces sortes de fêtes, fit parfaitement bien les honneurs de celle-ci. Tout ce que la province si abondante fournit par elle-même et par son commerce dans les pays étrangers, soit de liqueurs, soit de fruits, tout, dis-je, parut avec profusion dans ce repas; mais la nuit qui s'ap proeboit, ayant renouvelé l'empressement qu’on avoit de jouir du plaisir des illuminations que la préparation de la face du logis promettoit, fit lever de table assez promptement, et toute la compagnie marcha vers le Heu où le feu étoit préparé. Je ne dirai point ici en quel état paiurent les dames, on juge assez qu’elles n’avoient rien oublié de tout ce que l’ajustement peut contribuer au bon air et à la beauté; croyons favorablement que leur unique dessein n’étoit que d’omer la fête; ce fut un spectacle très-agréable de les voir marcher à pied, invitées par le beau temps, entre deux haies du peuple que quelques gardes contenoient dans le devoir, où le retenoit encore davantage le respect qu’il a pour M. Foucault, qui les accompagnoit avec toute la noblesse.
Caen est situé dans un vallon sur le bord de la rivière d’Ome, entre deux grandes prairies qu’on diroit avoir été dressées au niveau; deux faubourgs s'étendent au-dessus de la ville. Sur les deux coteaux qui terminent ces prairies, d'un côté, la maison des RR. PP. jésuites et l'abbaye royale de Saint-Etienne, avec plusieurs tours de diverses paroisses; de l’autre, un long faubourg et plusieurs villages presque contigus, avec leurs clochers, forment une perspective charmante dont
la vue est terminée par une belle maison de campagne et quelques bois en éloignement. A l’entrée de cette prairie est un boulevard sur lequel est bâti un gros pavillon très-propre; ce boulevard est planté de quatre rangs d’arbres, qui font un trè.s-beau berceau; un grand canal est au-dessous; au bout de ce canal, sur le bord de la rivière, règne un cours de quatre rangs d’arbres plantés par les soins de M. Foucault dès son arrivée à Caen. Ce fut ce beau lieu qu’il choisit pour y dresser un feu d’artifice, comme propre à contenir tout le peuple et à recevoir l’appareil du spectacle qu’il vouloit donner; trente-cinq pièces de canon amenées de plusieurs endroits éloignés furent placées dans le jardin des RR. PP. jésuites; à l’opposite, le régiment de la ville, commandé par M. de Monts, son colonel, fut mis en ordre de bataille, le feu au milieu; la nuit fut la plus favorable du monde par un nuage qui couvrit toujours la lune. Une décharge de l’artillerie, très-bien servie, et du régiment de Monts, qui y répondit de même, avertit le peuple que le spectacle alloit commencer. On vit naître en même temps une illumination charmante à perte de vue sur les deux bords de la prairie; il parut dans le jardin des RR. PP. jésuites un parterre de lumières d’un ordre admirable, un cordon de feu distingué d’espace en espace par de petits obélisques, un amphithéâtre de différentes figures compassées avec symétrie ; tout cela terminé par l’illumination de leurs chambres et par une espèce de couronne <pie formoit la ceinture de leur église et la pointe de leur clocher. La tour de la paroisse Saint-Etienne éclairée en pyramide; celle de l’abbaye du meme nom, disposée d’une autre figure, d’où partoient de temps en temps des fusées; le monastère de la Visitation illuminé dans toutes ses faces; le bois des pères capucins pareillement éclairé et qui servoit comme de fond à tous ces objets : cet amas de lumières durant toute la nuit fut un spectacle des plus magnifiques. De l’autre côté de la prairie, sur le bord de la rivière, plusieurs feux disposés h divers étages avec ceux du faubourg de Vaucelles partagèrent l’attention de l’assemblée. Un grand nombre de boîtes qui s’y tiroient de temps en temps sembloient le vouloir disputer par le ton-
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, nerre de leurs décharges à la douce illumination du coteau opposé, et obligeoient de tourner la vue. La compagnie de M. Foucault, ou se promenant sur le boulevard, sous un berceau de lumières dont les arbres étoient chaînés, ou assise sur des sièges préparés, jouissolt sans embarras et sans confusion de la beauté de ces divers spectacles. Le bruit des tambours, le son des trompettes et de divers autres instrumens, le carillon continuel de toutes les cloches de la ville, au milieu d'une nuit des plus paisibles, se mêlant avec les acclamations du peuple, avoient en même temps quelque chose de terrible et d’agréable. Une infinité de fusées s'élançant en l’air firent tourner tous les yeux du côté qu’elles partirent; il n'est point d’imagination qui puisse se peindre l’elTct que firent ces fusées, soit par leurs étoiles brillantes, soit par leurs pluies de feu sur l’enfoncement d’un ciel obscur, au milieu des deux coteaux aussi éclairés que nous l’avons dit; et quelque bien exécuté que fût tout cet appareil, on peut dire que le choix du lieu a fait la plus grande partie de sa beauté et du succès. L’eau dont ces prairies sont bordées, d’un côté par la rivière, de l’autre par le grand canal, augmentoit le spectacle par les feux qui s’y représentoient une infinité de fois, et sembloient s’y multiplier en cent différentes manières. Enfin le feu d’artifice commença, ün grand carré formoit en sa décoration une espèce de ville; quatre pyramides aux angles, une plus élevée au milieu, avoient un soleil pour amortisse* ment. C’est le symbole de la gloire et de la grandeur de notre invincible monarque; ce soleil dominant sur les autres sembloit leur communiquer ses lumières et s’imprimer en eux. C’est ainsi que Louis le Grand répand sur nos augustes princes, ses enfans, les rayons de cette sagesse qui fait la gloire de son règne, produit les grands succès de tous scs desseins, est le bonheur de ses peuples et leur promet une longue suite de règnes heureux dans des successeurs élevés par un roi le plus savant de tous les rois en l’art de régner. Les armes de ces grands princes, accompagnées de trophées, environnoient l’édifice; les gerbes de fusées qui en partirent, l’éclat des boites, les roues de feu, en un mot toutes les différentes manières dont l’artiGcc fait agir
ce terrible élément, tout répondit aux désirs de l’illustre magistrat qui donnoit cette fête et aux souhaits de l’assemblée. Deux nouvelles décharges de l’artillerie et du régiment de Caen succédèrent à l’effet du feu d’artifice.
La fête sembloit être terminée par là, le peuple songeoit déjà à se retirer, quand tout à coup des fanfares et le sou martial de divers instrumens l’arrêtèrent encore et lui annoncèrent un nouveau divertissement. On vit s’avancer sur le canal une barque voguante avec fierté portant pavillon hollandois; plusieurs chaloupes partagées en trois escadres marchèrent à elle en ordre de bataille; elles porloient pavillon françois et espagnol; les équipages, galamment habillés de différentes livrées, à la faveur des flambeaux représentèrent un combat naval qui, de tous ces divers spectacles, fut un de ceux qui divertit davantage; ils attaquèrent le grand vaisseau durant plus d’une heure à coups de pétards et de fusées; ce petit combat parut vif et animé, et il contrefit si bien l’horreur des véritables, que, quoiqu’on fût per- .suadé qu'il n’y avoit rien à craindre, on ne pouvoit pas quelquefois .s’empêcher de trembler pour eux; on vint à l’abordage et la grande barque fut enlevée.
La fin de ces divertissemens pour le peuple fut le commencement d’un nouveau pour les personnes de qualité; elles se rendirent dans le pavillon du boulevard pour y danser jusques au jour. Mademoiselle de Croymare fit parfaitement les honneurs du bal. C’est ainsi que cette fête fut terminée.
11 ne faut pas oublier que toute la ville entra dans le même dessein de monsieur Foucault; elle voulut aussi marquer son zèle et son amour pour son prince, dans une conjoncture qui doit remplir de joie tous les vrais François. Les bourgeois avoient allumé des feux dans les rues et illuminé leurs maisons. Tous les clochers de la ville, sans en excepter aucun, étoient de même éclairés en différentes figures. Celui de l’abbaye de la Trinité qui domine la ville , dont les feux étoient agréablement disposés par les soins de madame de Tessé, son abbesse, sœur du maréchal du même nom, en faisoit le couronnement.
Cet assemblage de pyramides de feu, opposé au lieu de la scène du divertissement, offrit au retour un nouveau spectacle. Ce grand corps de lumières qui éclairoit de loin fit paroître la ville toute en feu; on se promena dans les rues à la faveur de tant d’illuminations qui conduisirent jusqu’au jour*.
Au mois de juillet 1 704, M. Chamillart a obtenu la dispense d’âge en faveur de M. de Villeneuve, mon neveu, pour la charge de con-
' Il ne jeni pas sans intéril de comparer celle relation avec celle qui est contenue dans le Journal d'un bourgeois de Caen ;
•1 Le 6 juillet 1704. M. Foucault, in- «tendant à Caen, voulut marquer la joie
• qu’il avoit de la naissance de monseigneur ale duc de Bretagne, premier fd> sorti de « monseigneur le duc de Bourgogne et de . son épouse madame de Savoie. On donna « des ordres dans toutes les paroisses et « couvens de la ville de sonner toutes les
• cloches à huit heures du soir, au signal «que l'on donna au beirrni do l'hôtel de
• ville, et on alluma dans toutes les tours
• des églises et couvens de ladite ville des «illuminations .sur les di.x heures, et on
• ordonna que les bourgeois feroient des
• feux devant leurs portes cl des illumi- « nations à leurs fenêtres, ce qui fut exé- « culé. M. l’intendant fit couler deux pièces « de vin pour ceux qui en voulurent pren- « dre. Il donna un repas magnifique et un < bal, et sur les onze heures du soir il alla «au pavillon de la foire pour voir tirer,
• pendant environ une heure, un magni- - fique feu d’artifice qui étoit dans la prai-
• rie sur un théâtre. Les bourgeois du
• dclachemcnl dtoient .sous les armes , «proche le feu d’artifice, qui firent trois
• décharges au sondes tambours, et dans
« le même temps on fit un combat de plu-
• sieurs jeunes gens quiéloient dans douze
• nacelles conduites par des matelots, les-
• quels jeunes gens sc jetoient une grêle
• de petites fusées, et en allaquèrcnl une « autre grande qui perdit la victoire. Ce
• combat étoit sous les fenêtres dudit pa-
• villon de la foire, dans la rivière. C’étoit «une fort jolie chose à voir : tout étoit
■ rempli d’illuminations et des lantcrne.s
• de la ville qui sc pendent en hiver dans
• les rues, et pendant ce lemps-1à on tiroit « incessamment le canon au château. Les
• PP. jésuites se distinguèrent beaucoup «dans cette occasion; tout leur jardin étoit
• rempli de feux d’artifice et de lampc.s « par étages. Ils avoient en outre quinze
• pièces de canon qui liroient conlinuelle- «ment. Il y arriva un grand malheur : le «nommé Montcoc, passementier, demeu- « rant rue des Quais , paroisse Saint-Pierre .
■ dans les maisons de la Charité, dans le
• temps qu’il meltoil le fou à un des ca-
■ nons, un jeune homme qui étoit ivre
• mit le feu à un autre canon qui étoit « derrière lui et dont le bout lui donnoit «dans le ventre, qui ne manqua pas, en
• tirant, de lui envoyer les entrailles en
• l’air cl le tua sur la place.
« Toute la ville étoit dans la prairie et « sur le boulevard , jusqu’à une heure après
seillerde la cour des aides, vacante par la mort de son père'. Il n’avoit que vingt-deux ans et demi.
Le i8 août, j’ai écrit à M. le chancelier de Ponlchartrain et à M. Chamillart pour leur faire agréer le mariage de mon fils.
Le 2 0 août, j’ai envoyé à M. Berryer une procuration pour le mariage de mon fils’'.
Au mois de septembre i 704, j’ai lait établir dans le collège des Jésuites de Caen une chaire de mathématique et d'hydrographie pour l’instruction des jeunes gens qui prennent le parti de la mer.
J’ai été commis par arrêt du conseil du i yo4 , pour
faire le département des tailles de la généralité de Rouen, après la mort de M. d’Herbigny, maître des requêtes, intendant de ladite généralité. M. de Lamoignon de Courson a été successeur de M. d’Herbigny; j’ai fait ce département dans tout le mois de novembre, dont j’ai gardé les mémoires qui contiennent l’état de celte généralité en 1704* Mon fils m’a accompagné dans ce département.
Guillaume, mon second fils, ayant désiré servir sur mer ets’éprouver auparavant par quelque long voyage, il s’est embarqué à la Rochelle.
Mon second fils est mort dans les Indes cette année.
[Au mois de janvier], M. Chamillart a demandé au roi l’agrément de la charge de président de la cour des aides en faveur de mon neveu [M. Petit de Villeneuve] , à ma très-humble prière. Elle lui a coûté 160,000'*, étant de nouvelle création. Le roi a pris sa charge de conseiller de la cour des aides pour partie du payement, pour 80,000".
Sur la fin de janvier 1706, M. le chancelier de Ponlchartrain m’a
• minuit. Le sieur Renouf, doyen du Saint-
• Sépulcre, a fait la relation abrégée de
• cette fête en soixante-quatre vers qui ont
• été imprimés. •
' Foucault se trompe ; M. de Villeneuve le père ne mourut qu’en mars 1706 (voy.
ci-après , p. 366 ) ; mais sans doute il s’élait retiré pour faire place à son fils.
’ Nicolas-Joseph Foucault, marquis de Magny, épousa Cathcrine-Ilenriclte de Ragareu , iillc de René de Ragareu , maître des requêtes.
DE NICOLASJOSEPIl FOUCAULT.
envoyé les lettres patentes de l'établissement d’une Académie de belles-lettres à Caen. — (Fid. les lettres, les statuts et mémoires.)
J’ai obtenu du roi l’établissement d’une chaire d’hydrographie et de mathématique à Caen, dans le collège des Jésuites. Elle a été ouverte, le 26 mars 1706, par le P. deVitry', suivant le programme ci-joint* :
• L’ouverture de la classe d’hydrographie et de mathématique, > nouvellement fondée par Louis le Grand dans le collège royal de
• la Compagnie de Jésus de la célèbre Université de Caen, se fera
• jeudi, 26' de mars de l’année lyoà. Le professeur royal d’hydro-
• graphie et de mathématique prononcera dans le même collège un
• discours françois sur les avantages de ce nouvel établissement, à
• trois heures apres midi.
« Ou commencera à enseigner l’hydrographie et les mathéma-
• tiques dès le vendredi suivant, 27 mars. On dictera et on cxpli-
• quera les traités en françois, suivant l’intention de Sa Majesté. Les
• leçons se feront à deux heures précises après midi pendant le
• Carême et jusques aux vacances, et à une heure et demie depuis
• la Saint-Denis jusques au Carême. •
Le 25 mars 1706, j’ai reçu une lettre du R. P. Tambourin, générai des jé.suitcs, par laquelle il me remercie de la fondation d’une chaire de mathématique que j’ai procurée au collège des Jésukes de Caen. Je lui ai fait réponse.
Au mois de mars 1706, le roi a créé par un édit toutes les commissions dans l’artillerie en titres d’offices. M. Chamillart m’a envoyé les ordres pour Caen.
Au mois de mars 1 705, il est arrivé un grand embrasement dans le bourg de Thorigny*, le tiers des maisons ayant été entièrement brûlées.
' Le Journal d'un bourgeois de Caen, du i4 octobre 1704, nomme ie P. Mnhoudeau comme a^ant rempli celte chaire en 1700 cl 1706.
’ Ce programme esl une gronde afûche
imprimée é Cacii , chez A. CaveHier, imprimeur ordinaire du roi et de rUniversUé.
* Suivant le Journal d'un bourgeois de Caen (p. 79, 100), cet événement aurait eu lieu le 1* septembre 1704*
3bb
MEMOlRKî)
Le. . . mars i yoS, M. de Villeneuve, conseiller en la cour des aides, mon beau-frère, est mort, laissant cinq enfans, trois garçons et deux iille.s.
Le 3 août, j’ai jugé au présidial de Caen le procès criminel instruit contre les fraudeurs du quart-bouillon il y en a eu trois condamnés aux galères et le procès continué au sieur de la Houssaye, directeur des fermes de Caen.
J’ai fait accorder aux taillables de la généralité de Caen 3o,ooo*^ de diminution sur les tailles de l’année.
Au mois d’octobre lyoS, j'ai été commis pour faire le département des tailles dans la généralité de Rouen, M. de Courson, qui a succédé à M. d’Herbigny, n’y étant pas encore arrivé. M. Chamillart m’a envoyé une ordonnance de 3,ooo** pour ce voyage.
Le 3o décembre lyoS, il a fait un ouragan universel dans le royaume qui a fait beaucoup de désordre dans les provinces*.
Au mois de janvier, le roi a établi deux loteries royales.
Le roi a demandé aux villes des sommes, par forme de don gratuit, pour être conlirmées dans leurs privilèges. J’ai envoyé à M. Cbamillart l’état de ce qu’il pouvoit tirer des villes de la généralité de Caen, montant à 45,000**.
Le 12 février 1706, il m’a été dédié une thèse d’hydrographie et de matliématique, soutenue au collège des Jésuites de Caen par André Pignot de Laulnay et Jean Molet, sous le P. de V’itry, professeur de cette école.
Le 22 février, j’ai reçu un ordre pour faire conduire dans le château de Caen le sieur de Saint-Jean, lieutenant général de Thorigny, pour avoir fait enfermer un huissier qui lui demandoit le payement
' Droit perçu en basse Normamlie sur ie sei blanc, qu’ou nommait tel de 6oar7/oA parce qu*on l’obtenait en faisant bouillir de l'eau de mer dans des cliaudières. On
disait (fiiart-boaiUon parce que ce droit était égal au quart du prix du sel.
* Voves, pour les détails, le Journal d’un bourgeois de Caen, à la date.
de ses augmentations de gages et tenu des mauvais discours. C’est sur mon avis.
Au mois de mars 1706, je proposai à M. le chancelier de Pontchartrain M. d’Hautesserre , procureur général de la cour des aides de Montauban, [pour la charge de premier président de la cour des aides de Montauhan*] vacante par la mort de M. d’Aussonne; mais il m’a mandé que, sur le témoignage que cette compagnie et M. Le Gendre, intendant de Montauban, ont rendu en faveur de M. Le Franc de Caix, le roi lui avoit donné l’agrément de cette chaîne. Sa lettre est du 5 avril 1706.
Le 18 janvier 1706, M. de la Vrillière m’a écrit une lettre pour faire chanter le Te Deum pour la prise de Nice®.
Le 4 mai , reçu une pareille lettre pour la victoire remportée en Italie, près de Calcinato’.
Au mois de mai, il arriva une affaire entre M. l’évôque de Bayeux et le recteur de l’Université de Caen. Celui-ci prétend avoir le pas sur l’évéque dans toutes les assemblées de l’Université. Un religieux bénédictin soutint une thèse; le recteur me vint prier de savoir l’heure que M. de Bayeux viendroit à l’acte, afin d’en prendre une autre. M. de Bayeux, qui cherchoit depuis longtemps une occasion favorable de prendre place au-dessus du recteur, crut l’avoir trouvée, et, quoiqu’il m’eût marqué l’heure à laquelle il viendroit, il avoit envoyé une personne pour favertir quand le recteur seroit arrivé, se tenant prêt à marcher. En eü’ct, il arriva dans le temps que le recteur ne l’attendoit pas et vint à lui brusquement pour le faire sortir de sa place. Le recteur se leva en faisant des protestations de la voie de fait dont usoit M. de Bayeux, qui s’emporta contre lui, en le traitant de petit pédant, quoique le recteur lui parlât respectueusement. Celui-ci quitta
' Nous roslituons ainsi cepassoge, parce que M. d Ilautcsserre était depuis longtemps procureur général {voy. p. g J et a « 7) , et que , d'un autre côté . l'ahbé d'Aussonno et Jacques Le Franc, seigneur deCaix, occupèrent, l’un après l'au’re, la première
présidence. (Voy. la table de la Gazette de F rance, et La Chenaye-Desbois , VI, p. 63o.)
* Prise le 4 janvier par le maréchal de Bcrwick.
’ Bataille de Galcinato gagnée, le ig avril, par le duc de Vendôme.
la salle et se retira. Le religieux qui soutenoit l’acte fut si effrayé qu’il abandonna la thèse. M. de Bayeux l’envoya inutilement chercher, et, voyant qu’il ne venoit point, il ordonna à un jeune moine de monter sur le banc. Le moine dit à M. de Bayeux qu’il n’étoit qu’en troisième, et tout ce désordre finit en risée. Il y eut des plaintes réciproques portées à la Cour, mais on n’en parla au roi sur ma narration que pour le divertir, et Sa Majesté ne jugea pas à propos de régler le pas entre l’évêque et le recteur, celui-ci en étant constamment en possession dans les autres universités du royaume'.
Au mois de mai 1 706, j’ai jugé au présidial de Coutances le procès fait à des faux-.sauniers du Havre-de-Lessay, qui ont assassiné trois commis du quart-bouillon. Trois ont été rompus vifs et les autres [condamnés] en d’autres peines, suivant les preuves.
Au mois de mai 1706, j’ai fait accorder 4o,ooo*^ de diminution sur les impositions aux paroisses de la généralité de Caen qui ont le plus souffert d’un ouragan qui y est arrivé cette année.
Au mois de mai 1 706, il a été fait au roi, par le nommé Pinson, une proposition de dessécher les marais de la basse Normandie, de rendre les passages des grand et petit Vey sans péril et de construire un port à la Hougue. Cette proposition avoit été déjà faite, il y a plusieurs années, par M. le maréchal de Bellefonds, qui avoit obtenu un arrêt du conseil qui lui adjugeoit la propriété du tiers desdits
‘ Le Journal d'un boui^eois de Caen parle aussi de cette aiïaire, à la date du iQ mai 1706; il ajoute que l'évôquc de Bayeux poussa la rancune jusqu'à condamner par un mandement exprès plusieurs propositions extraites de cette thèse et d'autres passées dans la meme abbaye des bénédictins de Saint-Étienne de Caen.
La pièce suivante, relative à cette scène, est annexée aux Mémoires :
«V«re»tUe»f le 6 mai 1706.
t Monsieur,
• Je vous envoie la lettre que le recteur
«de l'Université de Caen m'a écrite, avec
• la conclusion des docteurs et professeurs ■ au sujet de ce qui s’est passé à une thèse «entre M. l’évêque de Bayeux et ce rec- « teur, afin que vous preniez la peine de
• vous instruire de la vérité et me mander « ce que vous en aurez appris.
« Je suis,
« Monsieur,
« Votre très-humble et très-aflectionné « serviteur,
• La Vnii.LiÊRE
• M. Foocadlt. >
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, marais pour les frais du dessèchement; mais, sur la représentation des habitans de plusieurs paroisses qui s’opposèrent à ce dessèchement, M. de Morangis fut commis pour dresser procès-verbal des dires et contestations des parties, et envoyer le tout avec son avis au conseil, qiu fut de laisser les choses en l’état qu’elles étoient.
Cette proposition ayant été renouvelée, en 1710, par quelques gentilshommes propriétaires d’un canton desdits marais, M. Guynet, lors intendant, [a été] commis pour examiner de nouveau l’état des lieux; il a donné son avis pour faire le dessèchement, ce qui a été exécuté, et l’on a trouvé que céloit l’avantage du public et des j>osscsseurs desdits marais.
Le 3o juin 1706, M. de Pontchartrain m’a mandé que les nouvelles d’Angleterre assurent une descente que l’armée navale des ennemis, qui est à l’ile de Wight, doit faire en France, dont il donne aussi avis à M. de Matignon; qu’il étoit persuadé que nous n’oublierons rien pour nous y opposer.
Le 9 juillet, M. Berryer a loué, pour lui et pour moi, la maison de madame de Furstemherg, rue de Grenelle au faubourg Saint-Germain.
M. l’évêque de Bayeux s’étant plaint au roi que le sieur de Grimonville, principal du collège de Bayeux, avoit fait représenter par ses écoliers une pièce de théâtre qui a scandalisé toute la ville par des traits de satire contre des personnes les plus qualifiées de la ville, Sa Majesté l’a interdit de ses fonctions de principal jusques à nouvel ordre, sur mon avis. L’ordonnance est du la juillet 1706.
Ayant donné avis à M. de Pontchartrain de la vie scandaleuse que menoit M. de Montgommery dans sa terre de Chanteloup, prèsCoutances, dont il fait une retraite de bohémiens, le roi a jugé à propos de le faire mettre à la Bastille. Le présidial de Poitiers* avoit fait rouer des bohémiens qui déclarèrent que M. de Montgommery retiroit chez lui les chevaux et les meubles qu’ils voloient, et il lui auroit fait son procès, si je n’avois prié M. de Pontchartrain d’obtenir du roi qu’il fût mis en prison.
Lisez Coul.tnces, ou quelque autre présidial de la généralité de Caen.
M. (le Matignon, évêque de Lisieux, a demandé au roi qu’il fût Introduit des religieux réformés de Saint-Benoît dans son abbaye de Lessay, où les anciens vivoient licencieusement. Le roi l’a refusé, n’étant pas bien prévenu pour les réformés, qu’il étoit persuadé aimer le procès.
Le 8 août 1706, j’ai écrit une lettre à M. Chamillart, par laquelle je l’ai supplié de demander au roi que mon fils vînt prendre ma place d’intendant, y ayant trente-deux ans que je fais cette fonction dans quatre provinces et ma santé s’en trouvant fort altérée. Je l’ai prié , pendant que je suis dans les remèdes, de trouver bon que mon fils lui rende compte des affaires du département, ce qu’il a fait.
M. Chamillart m’a mandé, au commencement du mois d’août 1 706, que le roi avoit agréé mon retour au conseil et que mon fils me succédât à l’intendance de Caen. Je lui en ai fait mes remerciemens patina lettre du « 9 août.
J'ai donné à mon fils les instructions qui lui étoient nécessaires pendant six semaines que j’ai resté avec lui à Caen. 11 n’a tenu qu’à lui d’en profiter, mais Dieu n’a pas permis qu’il me donnât cette satisfaction.
J’ai donné avis de cette grâce à M. le chancelier et à tous MM. les ministres et secrétaires d’état.
Le 1 8 août, le roi a agréé la très-humble supplication que je lui ai faite, par le canal de M. Chamillart, d’accorder l’intendance de Caen à mon fils. M. Chamillart me l’a mandé par sa lettre du 1 6 août i 706 qui est ci-jointe :
Ce 16 août 1706.
Le roi vient, Monsieur, de vous accorder la permission de revenir, et à M. votre fils l’intendance de Caen. Je ne suis pas moins sensible que vous le serez aux grâces que Sa Majesté vous a faites, lorsque vous les apprendrez. Songez à rétablir votre santé, et venez ensuite jouir des fruits de vos travaux à Paris ou à Lestang'.
Je suis. Monsieur, très-absolument à vous,