‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 72 sur 105 · CHAMILLART · texte numérisé non relu

CHAMILLART

Maison de campagne de Cbatniiiart.

M. le chanceirer m’a écrit une lettre fort gracieuse sur la nomination de mon fils à l’intendance de Caen. Elle est ci-jointe :

Monsieur, j’ai une véritable joie que vous veniez ici remplir vos fonctions de conseiller d’état. Ce me sera un très-grand plaisir de vous voir au conseil et de vous avoir tous les jours avec moi. Je n’ai pas moins de joie que M. votre fds doive remplir votre place d’intendant. Je ne doute pas qu’il ne s’acquitte de tous ses devoirs avec la satisfaction du public; je le souhaite très-ardemment et je suis sAr qu’il ne vous laissera rien à désirer là-dessus.

Je suis, Monsieur, votre très-affectionné serviteur,

l’UNTCH.VtlTRAIN

Le 7 septemlrre, M. de la V^rillière m’a envoyé la commission d’intendant de Caen pour mon fils avec un compliment.

J’avois obtenu |jermissiüii d’aller prendre les eaux de Bagnoles, mais je ne m’en suis pas servi.

Le a 6 septembre, M. Cbamillart m’a mandé que, puisque mon fils avoit profité des instructions que je lui avois données pour remplir dignement le caractère d’intendant, et que ma personne n’étoit plus nécessaire en Normandie, je pouvois quitter ce pays quand il me

plairoil.

Le 6 décembre, l’abbé de la Luzerne, ordre de Prémontré, proche de Granville, m’a envoyé un acte capitulaire de sa communauté, par lequel il me rend participant de ses prières et de la meilleure part à ses bonnes œuvres. — {Vi<l. l’acte et la lettre.)

Le j’ai donné à M. le chancelier le banc que j’avois à Saint-

Roch. Mon père en avoit acquis la concession, de l'œuvre, moyennant six cents tant de livres. Les marguilliers de Saint-Roch m’avoient offert de me rembourser les 6oo** que mon père avoit payées à la fabrique pour la concession de ce banc; mais j’ai préféré d’en faire un présent à M. le chanceber, n’ayant pas dessein d’occuper la mai.son de la rue de Richelieu à laquelle ce banc étoit attaché.

Au mois de fé>Ticr 1707, j’ai proposé à M. de la Vrillière d’établir dans la ville de Saint-Lô une maison de refuge pour les filles tombées dans le désordre. Plusieurs dames offroient de contribuer à cet établissement, mais il n’a pas eu lieu.

Le 20 août, j’ai écrit une lettre à M. Chamillart, par laquelle je lui ai demandé pour mon fils l'intendance de Lyon, vacante par la promotion de Guyet à la charge d’intendant des finances. — [Vid. la lettre.)

Le 2 9 septembre , j’ai écrit à M. Cbamillart pour obtenir du roi la charge de bailli d’Orléans , vacante par la mort de M. le marquis de Sourdis, en faveur de M. d’Avaray, son beau-frère. M. Chamillart m’a mandé que le roi l’avoit donnée à M. d’Antin.

Le 1707, le roi a accordé à ma tiès-humble prière le

prieuré d’Entrelin à M. l’abbé Petit, mon neveu, sur la démission de M. l’abbé Baudouin. Ce bénéfice a passé depuis sur la tète de M. l’abbé Lormande, précepteur des princesses d’Orléans, à la réserve de 4oo'* de pension que M. l’abbé Petit payoit à M. Baudouin, dont la mort, arrivée le 2 décembre 1716,2 éteint cette pension.

Le 17 mars 1708, j’ai acheté, conjointement avec ipadame Foucault, une grande maison sise rue Neuve-Saint-Paul , de M. de Jassaud de la Lande et de M. Stoppa, capitaine aux gardes suisses, auxquels elle apparlenolt, à cause des dames de Charny leurs épouses, moyennant 75,000'^ et 1,600” de pot de vin à M. Stoppa.

Madame Foucault avoit une moitié dans une maison rue des Prêtres, l’autre moitié appartenant audit sieur de la Lande, la totalité estimée 100,000”; nous avons cédé notre moitié audit sieur de la Lande pour le payement de la moitié de la maison de la rue Neuve- Saint-Paul; et, comme il ne lui étoit dû, pour sa part dans ladite maison, que 87,600”, il nous a passé un contrat de constitution de 1 2, 5 00” de principal, qu’il a depuis remboursé.

Le 3 avril, M. le chevalier de Cliarny nous a fait signifier un retrait lignager * qui n’a pas eu de suite.

Le 29 septembre 1708, M. Desinaretz m’a envoyé une lettre anonyme de plaintes contre mon fils, pour y faire telle attention quelle pourroit mériter.

Le 9 juin, le roi paroissant très-content des services de M. Chamillart, ayant travaillé avec lui le matin, qui étoit un dimanche, lui envoya M. le duc de Beauvilliers lui annoncer qu’il pouvoit se retirer, ne pouvant plus se servir de lui dans la charge de secrétaire d’état de la guerre, dont l’agrément a été donné sur le champ à M. Voisin, conseiller d’état. Le roi a donné 60,000 •• de pension à jM. Chamillart, dont madame Chamillart aura 2 4,ooo*^après sa mort, et M. de Cagny son fils 6,000*^. Le roi n’a point voulu le voir depuis, et a permis à son fils de traiter d’un régiment et de la charge de grand maréchal des logis dont est pourvu M. de Cavoie. Le caractère de ministre ne se perd point, mais M. Chamillart, n’allant plus à la cour, n’en fait point les fonctions, non plus que de la charge de grand trésorier de l’ordre du Saint-Esprit.

Le 3 I juin précédent, M. Chamillart m’avoit écrit une lettre pour me prier de lui faire prêter ioo,ooo** des 4o,ooo écus d’argent comptant que M. de Ragaru“ avoit laissés. — [Vid. la lettre.)

11 m’écrivit le 7 une seconde lettre pour lui faire prêter 20,000*^ par M. Hénault. — [Vid. la lettre.)

J’ai commencé à faire réparer la maison de la rue Neuve-Saint- Paul, où j’ai fait construire un escalier et une entrée à neuf; les réparations et augmentations ont été achevées en 1710, et le tout a coûté

' On sait que le rclrail lignager élait un droit accordé aux parents de ceux qui avaient vendu un héritage propre, de le retirer sur l'acquéreur en lui rem-

boursant le prix et les lojaux coûts.

' René de Ragaru ou de Ragareu, seigneur de Belle-Assise, maître des requêtes; Magny avait épousé sa fille.

MEMOIHKS

Il a été cnlérinc dans les fondemens de mon escalier une plaque de cuivre dans une boîte de plomb avec l'inscription suivante :

« Cette maison, bâtie en i 547» a été réédiliée en partie en i 709 «par Nicolas-Joseph Foucault, marquis de Magny, conseiller d’état, • et Marie de Jassaud , son épouse. ->

En travaillant aux tranchées du jardin de ma maison de la rue Neuve- Saint-Paul, on a trouvé 99 boulets de grès piqué et 3 de fer avec a grenades, savoir : 2 5 de grès de 1 6 pouces de diamètre et du poids de 182 livres; i5 de 12 pouces de diamètre et de 112 livres de poids; 20 de 11 pouces et du poids de 90 livres; 29 de 10 pouces et du poids de 60 livres. Les 3 boulets de fer sont de 1 2 pouces de diamètre et du poids de 3 00 livres chacun. Les 2 grenades ont 3 pouces de diamètre.

Il y a apparence que ces boulets servoient à charger les bombardes, et que ce jardin éloit le parc d’artillerie de rbôlel de Saint-Paul, maison de plaisance des rois jusques à Henri II. — {Vid. la chronique de Louis XI.)

J’ai reçu une lettre de remerciement de l’université de Besançon, datée du 2 4 mars 1711, du gain du procès (|u’elie avoit au conseil contre le parlement de Besançon.

J’ai été nommé par M. le chancelier de Pontcbarlrain pour signer le contrat du clergé, ce qui a été fait dans la salle du conseil à Versailles, le 1 3 juillet 1711 '.

Au mois de juillet 1711, j’ai fait un voyage h Courcelles, où j'ai passé quinze jours avec M. Chamillart.

Le 24 décembre, le P. Le Tellier, confesseur du roi, m’a mandé que le roi avoit accordé à M. l’abbé Lormande le prieuré d’Entrelin, ordre de Grandmont, siu' la démission pure et simple de M. l’abbé

' L'e5Btml>léc du clergé avait eu au- parlent de la aignaturc du contrat du dience de congé du roi, à Marly, le clergé à Versailles le lendemain, ta juillet. Ni Dangeau ni la gazette ne

Petit de Villeneuve, mon neveu. Ce prieuré ctoit charge de 4oo** de pension envers M. Baudouin, mais, comme il ne les pOuvoit porter, M. Lormande l’a rachetée moyennant 1,200".

Le 10 octobre. Madame, belle-sœur du roi, m’ayant demandé é Sa Majesté pour être chef de son conseil, elle l'a agréé et j’en ai fait depuis ce temps les fonctions.

M. le chancelier de Pontchartraln m’écrivit le 1 1 octobre que le roi lui avoit fait plusieurs questions sur mon sujet, et qu'il avoit assuré Sa Majesté que S. A. R. ne jjouvolt faire un meilleur choix; qu’il l’avoit chargé de me dire qu’il l’approuvoit.

Le sieur Pynart, chanoine de la catliédrale de Blois, a fait assigner mes sœurs et moi au Châtelet, pour être condamnés à lui restituer le prix de la charge de trésorier de France à Poitiers, dont est mort revêtu M. Croullé, ami intime de mon père, qu’il avoit fait légataire universel de ses meubles et acquêts, dont cette chaîne faisoit prtie. Ledit Pynart prétendoit que l’intention dudit sieur Croullé étoit de lui laisser cette charge, et qu’il l’avoit déclaré à mon père en mourant. Le testament est de 1672. Les parens se sont mis en possession des propres sans réclamer contre le testament, et quarante ans après ledit Pynart s’avise, dans la seule vue de fatiguer par un procès une famille à qui il avoit obligation; aussi a-t-il été débouté de sa demande par sentence du Châtelet, confirmée par arrêt du parlement. Il avoit envoyé à M. le chancelier de Pontchartrain un mémoire rempli de faussetés, qui me le renvoya, accompagné d’une lettre très-honnête.

Le I O janvier, j’ai reçu une lettre du R. P. Benoist, provincial des Carmes d’Aquitaine, par laquelle il me mande qu’il a été arrêté dans leur chapitre qu’il seroit dit et célébré tous les jours une messe dans l’église pour demander à Dieu la prolongation de mes jours, et

une des morts à perpétuité apres mou décès, en reconnoissance de l’église et cloîtres que je leur ai fait construire à Montauban.

Le 1" septembre 1716, Louis XIV, roi de France, est mort à Versailles. J’y ai passé, auprès de S. A. R. Madame, les huit jours précédant son décès, cette princesse ayant été plus touchée de sa maladie et de sa mort que personne de la cour, quoiqu’elle ait eu moins de sujet de se louer de son amitié que de son estime," car il ne pouvoit pas s’empêcher de l’estimer. Elle avoit aussi de grands sujets de se plaindre de madame de Maintenon , ce qui ne l’a pas empêchée de lui aller rendre visite à Saint-Cyr, où elle s’est retirée la veille de la mort du roi.

M. le duc d’Orléans alla le 2 septembre au parlement, où il fut déclaré régent du royaume par le testament du roi. M. le duc du Maine, fils de madame de Montesp.’'.n , avoit été chargé de la surintendance de l’éducation du roi et de sa garde, en sorte que le commandement sur la Maison du roi lui étoit donné par ce testament, dont le parlement avoit été fait dépositaire; mais M. le duc d’Orléans représenta au parlement que , le commandement sur toutes les troupes lui appartenant, celles de la Maison eu faisant partie, il devoit les commander comme les autres; ce qui lui a été accordé, M. le duc du Maine ayant demandé d’être déchargé de la garde.

Le roi ayant été tenir son lit de justice, la régence accordée è M. le duc d’Orléans y a été confirmée.

M. le duc d’Orléans a déclaré au parlement qu’il établiroit des conseils pour les affaires ecclésiastiques , pour la guerre , les finances, les affaires étrangères, celles de marine et du dedans du royaume.

S. A. R. Madame a demandé une place pour moi dans l’un de ces conseils, mais il est survenu une difficulté qui l’a empêché de m’en donner une, MM. Rouillé et des Forts, conseillers d’état, n’ayant pas voulu céder la préséance àM. le marquis d’Effiat, qui est comme eux

DE MCO I. AS-JOSEPH FOUCAULT. .'i7'/

du conseil de finance; M. le duc d’Orléans, pour terminer la contes talion, a donné des lettres de vice-président à M. d’Efiial.

Le 3 juillet 1716, j’ai vendu à M. le duc de Parme les suites de médailles de grand, moyen et petit bronze *, moyennant 1 8,ooo** qu m'ont été payées par M. le comte Pighetti, son envoyé. Le na’î envoyé du vin d’Italie qu’il a accompagné d’une lettre fort gracieuse

Au mois de septembre 1 7 1 6, M. Cbamillart a perdu son fils unique, qui s’étoit acquis une estime universelle par ses bonnes qualités. Je lui en ai fait mes complimens.

Le 26 novembre 1716, M. le duc d’Orléans, régent, m’a nommé conseiller d’état ordinaire sur la démission volontaire de M. de Bâville, intendant de Languedoc; et M. de Courson, intendant de Bordeaux, son (Iis, a été nommé à ma place. J’élois le premier montant à la place d’ordinaire.

Nicolas-Joseph Foucault, mon pelit-J^ls*, a été mis au collège des Jésuites le . . décembre 1716, avec un {>réfel et un valet de chambre, et a été mis en septième.

M. le chancelier Voisin étant mort le 1" février 1717, MM. les conseillers d’état en corps ont été lui jeter de l’eau bénite, le 3 février, ainsi qu’il s’est pratiqué en semblables occasions. Ils s’assemblèrent chez M. de Marillac, doyen, à quatre heures après midi.

Le 1 8 mai 1717, le feu a pris à la maison de M. d’Avaray, à Soleure , à quatre heures après minuit. Elle a été consumée , et tout ce qui étoit dedans réduit en cendres en deux heures , n’y ayant eu que les personnes sauvées, la plupart des domestiques par les fenêtres, e beaucoup ont sauté dans les fossés; un secrétaire et le chef de cul

' On appelle ainsi, dans le langage usuel de la numismatique, les médailles romaines impériales en bronze , de grand , de moyen et de petit module.

* Ce petit-ûls de Foucault mourut i 1737, conseiller au parlement de Par (Voy. La Chesnaye- Desbols, à l'arlici.

Foucault.)

sine fort blessés. C’étoit une maison de bois, desséchée par le feu du temps des précédens ambassadeurs, et surtout pendant quatre jours que M. dWvaray avoil donné à manger ù quatre cents personnes. La ville de Soleure a couru grand risque. M. d’Avaray fit venir du canon du château pour abattre la maison voisine de la sienne et qui cornmiiniquoil à celles de la ville. Tous les papiers ont été brûlés. J'avois prêté à M. d’Avaray plusieurs volumes manuscrits, reliés en maroquin, concernant les affaires des cantons, qui ont eu le même sort'.

' Les Mémoires renferment la lettre suivante de madame d'Avaray é son frère, relativement à l'incendie de Soleure :

• A SoUort , et to M>î 1719.

a II nous vient d'arriver, mon clior frère,

• un cruel accUIcnl. Le feu a pris è la mai-

■ son que nous occupions, et en moîna de t deux heures Ta consumée et réduite en

■ ccudreâ, sans que nous ayons pu sauver

• que nos personnes. La plus grande par,^e «de nos domestiques se sont Muvés par

• des échelles, et beaucoup ont sauté dans

• les fossés. Nous avons un secrétaire et un

■ chef de cuisine fort blessés, cl Ton ne sait « pas encore ce qui arrivera du dernier.

• Le feu a commencé à prendre è quatre

• heures du malin; s'il avoil pris deux

• heures plus tôt, personne ne s'en seroil « sauvé. On ne peut découvrir la cause de « cet embrasement , et ce qui parolt de plus

• vraisemblable, c'est que quelque poutre

• qui donnoil auprès des cheminées aura « commencé à brûler le jour de la fête ou

• nous avions trois ccni.s personnes à man- « ger, cl où par conséquent le feu des cui*

• aines et autres lieux avoil été plus grand

• qu'à l'ordinaire, et que le feu s'est con>

• servé jusques au moment qu'il a paru, «qui éloit avant-hier malin. Toute notre

• vaisselle d'argent sans exception, tous

• DOS meubles, linges, balloric, etc. a été

• consumé ssns qu'on y ait pu apporter

■ aucun remède. La crainte d'une pareille

■ aventure nous tenoit dans une inquié* I lude continuelle par la construction de

■ la maison qui étoit faite de bois, de la

■ cave jusques au grenier, eld'uo bois sec

■ comme des allumettes. Nous faisions clia*

■ que jour faire une visite exacte partout I quand tout le monde éloit couché, et, si I toutes les précautions qu'on peut pren- I dre dans de pareils cas pouvoicnl cm|>4*

I cher le feu , nous pouvions espérer nous I en sauver, mais notre niauvaisc fortune I l'a emporté sur toute la prudence hii*

I maine. La ville a couru grand risque, et ic'cstcequia donné le plus d'inquiétude à

> M. d'Avaray ; et sans le cauon qu'il ht amener et pointer contre le coin d’un I corps de logis et qui rabattit , le feu alioit communiquer aux écuries et de U à la moitié de la ville. Le couvent des G)r> d^iers qui tient à la maison a beaucoup souffert, et lo feu y a pris trois fois; enfin à force de secours et de travail il est hors de péril. On est occupé à présent à chercher dans les ruines ce qui pourra rester de vaisselle d'argent. Le feu est encore si ardent dans ces décombres, malgré toute l'eau qu'on y jette, qu'on a peine à y travailler. Tout ce qu'on trouve de

J'ai été annoncer ce malheur à M. le duc d'Orléans, qui m’en parut fort touché. Il me dit que c’éloit l’affaire du roi et qu’il pourvoiroit à l’indemnité de M. d’Avaray. Cette indemnité a été négociée pendant hien du temps, ayant sollicité M. le maréchal d’Huxelles, chef du conseil des affaires étrangères, de presser M. le régent, comme je faisois tous les jours de ma p«rt, de régler et ordonner cette indemnité. Enfin je trouvai le moment de décision. S. A. H. me demanda à quoi pouvoit hien monter la perte qu’avoit faite M. d’Avaray. Je lui dis qu’il en avoit envoyé le mémoire et quelle passoit i5o,ooo^. Il

« vaisselle est non-seulement fondu , mais

• bridé et en petits morceaux tous dis*

• persés dans les ruines, en sorte que si « nous sauvons la naoiiié du poids c^esl t beaucoup. Toute la secrétairerie cl par

• conséquent tous les papiers sont brûlés.

• Nous sommes , à Tbeure qu'il eal , dans « une maison de campagne qu'on nous a

• prêtée aussi bien que tout cc qu'il nous

• faut pour vivre, ne nous étant pas resté

■ une cuillère ni une serviette. Nous avons

■ seulement sauvé quelques morceaux de

• Qieublcs qu'on a jetés parles fenêtres et

• qui sont tout rompus et gâtés, et de tous

• les meubles que vous noua avez vu ache-

• ter et emporter il ne nous reste que le lit

• de velours et quatre pièces de U tapisse-

• sérié de M. de Deauvilliers. Nous avions « fait faire un dais de >elours avec des ga*

• ions d'or, des portières, rideaux de fené*

• très, et meublé tout un grand apparie* « ment; on n'en a pu rien sauver que ce

• que je vous marque, avec le lit oii je cou*

• che. Enfin le malheur est complet Je « vous prie seulement, mon cher frère, de

• ne vous en point chagriner. J'ai essujé

• de plus grands malheurs, et je me sens

• assez de force pour supporter même

• celui-ci. M. d’Avaray n'est point sorti de

• son sang-froiefet n'a point quitté pendant

• qué le feu a duré, non pas pour sauver « ce qui lui appartenoit , car il étoil iiiipos-

• sible, mais pour empêcher que le mal- « lieur ne devint encore plus grand en

■ brûlant la ville. U se porte. Dieu merci,

• fort bien ; pour moi , je .suis un peu abat-

• tue, mais cependant pleine de courage.

■ Je vous invite è on prendre de votre cûté, «cl de vous consoler comme nous d'un «mal sans remède et auquel nous n'avons

• contribué en rien.

• Madame a fait l'honneur d'écrire à « M. d'Avaray en faveur de madame de

■ Reding, fille de madame de Kastevaux. H

• n'avoit pas attendu celle recommnndn-

• tion pour lui offrir tout ce qui dèprndoit

■ de lui. Elle est ici cliex la tante de défunt

• son mari qui en a tous les soins imagt-

• nables, et à cet égard madame sa mère « peut être |>ersuadée que rien ne lui man-

■ quera. Quant à la charge de chancelier «de Turgovie qu'avotl M. de Reding, dès

• le moment qu'on a appris sa mort, sa

• famille a demandé sa charge pour le

• frère du défunt. M. d'Avaray y a joint

• ses solUcilaüons, et, par les réponses que

• la plus grande partie des cantons ont

■ déjà faites, il y a grande apparence qu'elle

• sera conservée à sa famille. Quant à l'as* « «urance d'une pension en faveur de sa

m’en parut étonné, mais je ne lui donnai pas le temps de se persuader qu’elle ne niontoit pas à cette somme. Je continuai en l’assurant que M. d’Avaray n’étoit pas capable d’en imposer à S. A. R. surtout dans une affaire où il s’agissoit d’un intérêt pécuniaire, et que j’étois assuré qu'il auroit plutôt diminué sa perte qu’il ne l’auroit enflée, ce que je lui dis avec action, et enfin il me dit : • Eh bien! puis-

• qu’il a perdu la valeur de i 5o,ooo**, il est juste qu’il soit indemnisé ■ de toute sa perte; je lui accorde 1 5o,ooo**. ■ Je lui demandai s’il trouveroit bon que j’allasse porter cet ordre à M. le maréchal d’Huxclles; il me répondit qu’il le vouloit bien, et sur-le-champ j'allai trouver M. le maréchal , auquel je fis connoitre les intentions de S. A. R. 11 me parut surpris des i5o,ooo'', et me dit que l’avis de tout le conseil avoit été de ne donner que 100,000**. Je le ptiai de ne se point opposer à la justice que M. le régent rendoit à M. d'Avaray, qui avoit en effet perdu la valeur de i5o,ooo**; il me promit de le faire. M. Péquet, secrétaire du conseil des affaires étrangères, et qui y a tout crédit, me parut aussi surpris que M. le maréchal d'Huxelles des 1 5o,ooo**; mais, comme il est de mes amis, il me promit d’expédier incessamment l’ordre pour ne pas donner le temps é un changement; mais il survint une difficulté qui étoit de savoir si ce ptayemenl seroit fait à Paris ou à Soleure. Il n’y avoit pas lieu d’espérer de toucher de l’argent k Paris, mais seulement d’avoir des assignations et peut-être des billets d’état sur lesquels il y avoit plus de moitié à perdre, et c’étoit des fonds qui auroient été réduits à peu de chose et dont le payement auroit été porte h des temps infinis. Je trouvai,

«veuve par celui qui aura sa charge, il

• scroil un peu Un) de s*en aviser, puisque

• la chose est accordée par le plus grand

• nombre cl que Ton ny peut plus appor-

• ter de condition; d'ailleurs les appointe*

• mens en sont très-petits, et il ne m'a pas «paru, dans les conversations que j’ai eu

• avec madame de Reding, qu'elle songeoit

• en nulle Façon k demander une pension «à M. son beaU'frère. Voilà, mon cher

• Frère , tout ce que je puis vous dire sur

• ce Fait. Vous Ferex Fortgrand plaisirà mon

• [mari] d'assurer madame de Rastevaux «qu'il aura grande atlenlion à la recom- « mandatioD de Madame et à la sienne en « particulier, et qu'il rendra en tonies oc*

• casions à madame safîllctous les services ■ qui dépendront de lui.

• Je vous embrasse , mon cher Frère, de « tout mon cœur. >

le soir, M. le duc d'Orléans cbes Madame, que je suppliai de le remercier de la gracieuse justice qu’il venoit de rendre à M. d'Avaray, ce quelle Gt de la meilleure grâce du monde. EnGn je suppliai M. le régent de permettre à M. d'Avaray de prendre sur les fonds qui sont à Soleure son indemnité, ce qu'il avoit proposé par une de ses lettres. Il voulut en conférer avec Law' et nous faire passer par ses mains, mais j’insistai à demander l’assignation sur les fonds de Soleure, attendu la nécessité de pourvoir incessamment à cette Indemnité, [ajoutant que] M. d’Avaray n’est pas en état de pouvoir subsister à Soleure, s’il n’y étoit pourvu, et que personne ne se plaindroit et même ne souCfriroit de cette distraction d’emploi du fonds qui est à Soleure. EnGn il me l’accorda. Nouvelle dilGctilté survint sur le change. M. Péquet vouloit bien expédier la permission à M. d’Avaray de prendre du fonds à Soleure, mais il vouloit y joindre une ordonnance pour faire remplacer ce fonds, et, comme le roi avoit déjà payé le change de celui qui étoit à Soleure, il auroit fallu que le roi l’eût payé une seconde fois en permettant à M. d’Avaray de prendre son argent à Soleure sans en payer le change, ce qui m’obligea d’en parler de nouveau à M. le régent, qui se rendit à mes instances, et consentit que M. d’Avaray ne payât point de change. J’allai le dire sur-lc-cbamp à M. le maréchal et à M. Péquet; celui-ci, pour me faire plaisir, me dit que M. le maréchal n’avoit qu'à prendre l’ordre de M. le régent, et que, sans faire de remontrances, il l’expcdieroit, ce qui fut exécuté. M. le maréchal parla, dès le jour même, à M. le régent, et l’ordre fut expédié le même jour et envoyé le lendemain à M. d’Avaray, qui a, par ce moyen, touché en argent comptant plus de a5,ooo écus plus qu’il n’espéroit, le change montant à près de 37,000**, sans compter ce qu’il auroit perdu si son indemnité avoit été assignée sur des fonds de Paris. Cest ainsi que Gnit heureusement cette malheureuse affaire. M. et M"*® d’Avaray m’ont paru très-reconnoissans des soins que j’ai pris pour la faire réussir. La vérité est que le succès en est dû aux jointures dont j’ai su profiter.

' Le manuscril porte Lass, suivant la prononciation écossabe de ce nom.

Le 5 décembre 1717, M. BaudoiÙD, conseiller de la grande chambre, mou cousin germain, est décédé à Albys'. — [Vid. le mémoire.)

Le a 8 janvier 1718, M. le régent a ôté les sceaux à M. d’Aguesseau et les a donnés à M. d’Argenson, lieutenant de police, avec le détail des Gnauces, à la place de M. le duc de Noaillcs. M. d’Aguasseau a eu ordre de se retirer dans sa terre de Fresne. Je lui ai fait mon compliment le 6 février 1718.

Le a février’, les ambassadeurs des princes étrangers ayant été

’ La piece suivante, relative à la mort de M. Baudouin, est annexée aux Mémoires.

« k Alby», U i *7*7'

« Monsieur,

« Pénétré de la plus vive douleur, je

■ prends la libellé de vous informer de « la perte que nous venons de faire dans t ce iiiotnent de mon pauvre oncle. l\ avoit

• eu deux ou trois attaques, mais peu cou-

■ sidérables et de peu de durée, d'un mal

• de poitrine qu'il ne cro^roit qu'un rhu- «mati-sme. Ses douleurs lui ont repris sur

• les deux heures du malin plus vivement « et sans relâche. Il avoit pris dès avant- « hier la résolution de s'en aller aujour- « d’hui à Paris, et il avoit fait partir ce c matin tout son bagage avec madame Par- < mentier, son mari y étant allé hier après « midi pour avertir M. Helvétius. Comme

• H s'babilloit sur les neuf heures et demie «du malin pour uionlcr en carrosse,!) lui

■ a pris une foiblessc tlont il est mort entre

■ nos bras , presque dans un instant. Ju- « gex, monsieur, de l'excès de ma douleur

• et de l’embarras où je me trouve ne sa- « chant que faire. J'aurois grand besoin

• de votre secours pour décider de toutes

• choses. Je crois qu'il seroit à propos que

• vouscussiexia bonté d'envoyerquelqu'un

• au logis, à la réception de la présente,

• pour faire tout fermer et vous remettre

■ les clefs de rappertement de mon pauvre

• onde après qu'on y aura enfermé tout ce « qu'on a emporté à Paris , entre autres sa «vaisselle d'argent, d’autant plus que la « Parmentier et son mari sont actuellement

• à Paris, où j’envoie le carrosse. M. le

• vicaire écrit à M. le prieur qui est à Paris

■ â cause de la mort de son père , pours'en

• revenir, vu que Ton croit qu’il a ses de^ « uiéres volontés.

• Je ne sais de que) côté me tourner.

« Honorez-moi, je vous en conjure, d'un

• mot de ré(K>nse et de vos bons avis.

• Trouvez bon que j'assure ici ina-

■ dame Foucault de mes très-humbles res-

• pects.

«J'ai rhoniicur d être très-res[)eclucU‘ «sement. Monsieur, votre très-humble et

• très-obéissant serviteur.

• De LA Baosse. •

• Cette date est faussa; c'est le a8 février que la fête eut lieu, comme l'élablil le Journal de Dangeau.à la date (t. XVII, p. a53).

DE NICOLAS-JOSEPH FOLCAljLT. 383

invités par madame la duchesse de Berry à une fête qu’elle donnoit au palais d’Orléans d’une manière qu’ils prétendirent ne leur pas convenir, ils n’y vinrent point. Mon fils fut au concert et crut pouvoir être du souper comme introducteur*. Madame de Berry le trouva mauvais, sur le rapport qui lui en fut fait par M. de Saumery, premier maître d’hôtel, qui s’acquitta de sa commission avec peu de ménagement. Mon fils ne garda pas aussi le respect qu’il devoit à la princesse et fut envoyé à la Bastille, où il a resté [dix jours]. M. le

duc d’Orléans me fit l’honneur ( duchesse de Berry et Madame.

' Les Mémoires conliconent le document suivant, qui tend h Justifier Mogny dans sa prétention d'étre admis au souper de la duchesse de Berry. Cette pièce n*esi pas écrite de la main de Foucault.

« I* Madame la duchease de Berry a eu

• la bonté de dire à M. de Magny do venir tà son concert; or, tous ceux qui étoient « admis au concert devant y souper, il a

• eu lieu de croire que l'un étoit la suite «de faiitre, quoiqu'il ne fût pas sur la «liste donnée à M. do Saumery.

• a* Étant introducteur des ambassa- « deurs auprès d’elle comme auprès du

■ roi, et par conséquent oflicier de sa

■ maison comme de celle du roi, il auroil

■ cru pouvoir et même devoir en cette qua- «lité rester à souper chez elle, ainsi que

■ les autres officiers de sa maison, sans

■ être nommé , le jour d'une fête aussi pu- « blique.

■ 3* Au fond , il n'y est resté que pour le

• bien du service , parce qu'il s'y est cru né-

■ cessaire pour faire entrer les étrangers de «distinction et empêcher en même temps

• que sous ce préleitc il ne s'y glissai des

• inconnus et gens peu convenables, eu «fortc qu'il alla plusieurs fois lui-méme à

l’entrer dans ma peine, madame la

• la barrière où il avoil, de concert avec « M. le marquis de la Bocbefoucault, mis « un homme qui connoissoit les étrangers

• et qui lui rendoit compte de ceux qui se « présentoient. Il n'a eu en vue que le bon « ordre , la dignité de madame la duchesse «de Berry et la satisfaction des étrangers;

• enfin il en a agi chez elle comme il en « auroit agi chez le roi.

« 4* Il est en droit et en possession par

• sa charge de manger aux sacres , cou- « ronnemens des rois , dans la même salle «où mange le roi cl à la mémo table où < sont assis les ambassadeurs, et l'on peut

• remarquer qu'à toutes les fêtes et céré-

• nionies les plus authentiques il a sa place

• marquée sur le banc des ambassacleun.

EXTRAIT DU 5.ACRB DE LOUI5 XIV k REIMS,

LE 7 JUIN i654.

■ Le Roi se mil à une table élevée sur

■ une plate-forme proche la cheminée sous « un riche dais, etc,

« Les pairs ecclésiastiques se mirent à

• une table à droite du roi, éloignée de

■ quatre ou cinq pas de celle de Sa Majesté.

• MM. les ambassadeurs eurent une

• table à droite, au-dessous de celle des

MKMOmES

M. de la Vrillière m'écrivit qu’il éloil bien fâché d’avoir été obligé d’expédier l’ordre pour sa détention, et je reçus sur cet accident des complinicns de tous mes amis.

Le jeudi 3 février L

Si J’avois pu sortir hier, Monsieur, j’aurois été vous témoigner la peine que l’amitié qui est entre nous m’a fait sentir quand j’ai été obbgé de signer l’ordre que monseigneur le duc d’Orléans a donné contre M. votre iils. Ce sont de ces corvées auxquelles gens conune moi sont souvent exposés sans pouvoir s’en défendre. Je me, flatte que vous en êtes bien persuadé dans cette occasion, étant toujours. Monsieur, plus parfaitement k vous que je ne puis vous le dire.

LA VRILLIERE.

Réponsê à la Ultra de M. tU la Vrillière, quil m'a écrite U 3 mars i7i8, au sujet de T araire peur laquelle mon fils a été mis à la Bastille.

Du i malt i7i8>

J’ai été si persuadé. Monsieur, que vous auriez la bonté de me plaindre dans l’occasion de ce qui vient d’arriver à mon fds, que j’allai hier matin chez vous dans la confiance de trouver dans l’amitié dont vous m’honorez depuis si longtemps la consolation dont j’avois besoin. Votre lettre. Monsieur, que je trouvai à mon retour chez moi , m’a fait voir que je ne m’étois pas trompé et a fort adouci mes peines. Ce que

■ pain ecclétiasliques, à laquelle M. le

• chancelier mangpea et le cutnle de Brulon, « introducteur de* ambassadeur*. Le chan* fcelier sc plaça au-^lessous de* ambassa'

• deurs. 11 avait prétendu être assis avant

■ l'ambassadeur de Savoie, mais il fut placé

• au dessous de lui. Us étoienl à table en

• cet ordre : le nonce éloit d’un côté,

• l’ambassadeur de Portugal éloit de l'au- « tre, l'ambassadeur de Veui.se et celui de

• Savoie étoieiit placés de même. Le cban> c celier et l'introducteur des ambassadeurs « éloient placés Tis-à-vis l'un de l’autre. »

' Bien que la lettre de M. de la VriU Hère soit autographe dans le manuscrit, la date n'en est pas moins inexacte, et c'est sans doute ce qui a fait commettre à Foucault des inexactitudes analogues.

C'est le 3 mars que M. de la Vrillière a voulu dire. Le Journal de Dangeau (t. XVII, p. a57) constate que Mognj fut mis le a mars à la Bastille. Foucault, dans le brouillon de la réponse qu'il ût à laVril- Hère, iudique cette lettre cooime étant du 3 mars. (Vo)ex ci-dessus , et la note a de la page 3Rï.)

M. le régent m’a fait l’honnenr de me dire que l’on imputoit à mon fils m’a paru si éloigné de toute vraisemblance, que j’ai pris la liberté de dire à S. A. R. que, s’il avoit été capable d’une pareille extravagance, c’étoit aux Petites-Maisons et non à la Bastille qu’il auroil fallu l’envoyer. J’espère, Monsieur, que vous voudrez bien l’honorer de votre protection pour abréger le temps de sa prison. Je vous en supplie très-luimblement, et d’ètre bien persuadé de ma vive recon- Doissance et du très-parfait respect avec lequel, je suis. Monsieur, votre, etc.

Le 3 mars 1718, mon fils a reçu un ordre du roi de se rendre à la Bastille pour avoir manqué de respect à madame la duchesse de Berry. Je l’y ai conduit moi-même. On lui a fait tenir des discours hors de vraisemblance a M. de Saumery, dans le bal que madame de Berry a donné au Luxembourg la nuit du lundi gras.

Le 3, j’ai été au Palais-Royal, où je me suis présenté à M. le duc d’Orléans, et, ayant supplié S. A. R. de vouloir bien me marquer les sujets de la disgrâce de mon fils, il m’a dit qu’il avoit manqué de respect d’une manière outrée à madame la duchesse de Berry; à quoi j’ai répondu que j'étois fort soulagé d’apprendre le sujet de la colère de madame de Berry, ce que l’on avoit fait dire â mon fils étant contre toute vraisemblance, et que, si S. A. R. l’avoit cru coupable d’un pareil oubli, il falloit l’envoyer aux Petites-Maisons et non pas à la Bastille. Il m’a dit qu’il me plaignoit fort, ainsi que faisoient S. A. R. Madame et madame de Berry. J’ai été ensuite chez Madame et ensuite chez madame de Berry, qui m’ont dit la même chose.

Mon fils a demeuré à la Bastille jusques au i a mars, qu’ayant été chez M. le duc d’Orléans pour recevoir des ordres sur le sujet de mon fils, il m'a dit qu’il alloit donner ordre à M. de la Vrillière d’expédier l’ordre pour le faire sortir de la Bastille, ce qui a été fait sur-le-champ, et qu’il avoit différé de le faire jusques à ce qu’il m’eût vu , pour me dire que madame de Berry exigeoit qu’il ne fît point chez le roi les fonctions de sa charge, ne pouvant pas les faire chez elle, et qu’il

pouvoit aller passer un mois à la campagne, après lequel madame de Berry pourroit s’adoucir. S. A. R. a bien voulu même que mon Gis lui fît la révérence, et lui a dit, lorsqu’il s’est présenté devant lui, qu’il étoit persuadé qu’il n’avoit pas eu mauvaise volonté.

Tai été ensuite chez Madame, qui lui a fait une correction sage et alîectueuse. Elle m’a dit, après qu’il a été sorti, que madame de Berry ne souhaitoit pas de le voir, sa vue ne pouvant que lui faire peine , et confusion à mon Gis, mais qu’elle serait bien aise de me voir. J’ai été lui rendre mes devoirs, qu’elle a reçus très-gracieusement, en me répétant ce quelle m’avoit dit à ma première visite, quelle me plaignoit fort.

Je suis convenu avec M. le duc d'Orléans que mon Gis se déferait [de] sa charge dans quelque temps, mais que cela se ferait de manière que le public ne pût pas croire que ce fût par ordre.

Mon Gis, ayant été rappelé de l'intendance de Caen en 1706', est venu servir au conseil, où il a fait avec succès le rapport de plusieurs affaires; mais, s’étant dégoûté de ce travail et croyant qu’une charge dans la maison du roi seroit plus convenable à son inclination, il a vendu sa charge do maître des requêtes et m’engagea à demander pour lui au rai l'agrément de la charge d’introducteur des ambassadeurs dont étoit pourvu M. le baron de Breteuil. Le roi, auquel madame de Maintenon avoit donné de mauvaises impressions de l'esprit de mon Gis, parce qu’il avoit condamné aux galères le nommé Le Mercier, commissaire de marine , pour vois et malversations dans son emploi, me marqua qu’il appréhendoit que mon Gis ne remplit pas bien les devoirs de cette charge, ayant reçu des plaintes de sa conduite; et sur les représentations un peu vives que je Gs à Sa Majesté que mon Gis ne s’étoit peut-être attiré les mauvais offices qu’on lui avoit rendus auprès de Sa Majesté que pour avoir trop bien fait son devoir, et le roi ayant connu que j’étois vivement touché de ce refus, il me dit qu'il verroit, et, étant entré au conseil, il dit à M. de Pont-

' Encore une erreur de dite. C'est en tendince de Caen. (Voyez notre inlroscplembre 1709 que Megey perdit fin- duetion.)

chartrain que je lui avois demande cet agrément, mais qu'il n'avoit pas voulu me le refuser absolument pour ne me pas mortiQcr, mais qu’il le chargeoit de me dire que je lui ferois plaisir de ne pas insister à lui demander cet agrément. Mon fds est demeuré sans charge jusques à la mort du roi, et peu de temps après son décès il a repris les erremens du traité qu'il avoit fait avec M. de Breteuil, moyennant aôo.ooo'’, et en a obtenu l’agrément de M. le duc d’Orléans, régent; mais, ayant voulu étendre les droits de cette charge plus qu’il ne lui appartenoit chez madame la duchesse de Berry, il s’échappa en discours peu respecteux qui lui attirèrent un ordre de se rendre à la Bastille, où je le conduisis moi-méme. Il y demeura pendant [dix jours], et n’en fut pas plutôt sorti qu’il fut accusé d’ètre entré dans une conspiration contre M. le duc d’Orléans, formée par le prince de Cellamare, ambassadeur d’Espagne; mais il ne s’est point trouvé de preuves contre lui. Cependant, comme il avoit donné de l’argent et un cheval à l’ahbé Brigault', convaincu d’avoir été dépositaire des actes de la conspiration, M. de Magny, qui d’ailleurs étoit lié depuis beaucoup d’années d’amitié et en commerce de plaisir avec M. Brigault, appréhendoit d’ètre remis à la Bastille et prit le parti de se tenir caché à Paris, où appréhendant enfin que le lieu de sa retraite ne fût découvert, il crut qu’il n’y auroit pas de sûreté pour lui dans le royaume, et passa en Italie , d’où il a passé dans les Pays-Bas et depuis en Espagne, où il étoit encore au mois de juillet 1730.

[Dans] la crainte que j’ai eue qu’étant sorti du royaume sans permission du roi, sa charge ne fût confisquée, je me suis adressé à S. A. R. Madame pour en demander le don pour moi à monseigneur le duc d'Orléans, ce qu’il m’a accordé et a voulu que j’en traitasse avec M. Raymond’, ce que j’ai fait moyennant aao,ooo*^; mais je n’ai

' Sur le rèle de l'abbé Brigault et de Magny lai-méme dam la compiration de Cellamare, voy. Mémoira de iM*“ de Slaal, dam 1a G>Uectk>D Miebaud, 3' série, t. X. p. 710-713; et Mémoiret de Saini-

Sime», dans l'édition in-ia donnée par M. Cliéruel, t. X, p. b, et t. XI, p. 53.

' >M. Foncault, comeiller d'état et • chef du conseB de Madame , a obtenu la « permission de vendre la charge d’intro-

pas voulu profiter du prix de cette charge, et j’ai demandé qu’il fût employé à payer les créanciers de mon fils et que le surplus fût employé au remplacement des deniers dotaux de madame de Magny, ce qui a été ordonné par un arrêt du conseil'. Le prix de cette charge a été jiayé par M. Raymond en billets de banque.

Depuis ce temps , mon fils a séjourné pendant plusieurs mois à Rome et a passé en Espagne.

Le curé de Saint-Victor près Orléans ayant été accusé d’avoir écrit une lettre à M. le régent au nom de M. l’évêque d’Orléans, par laquelle il l’exhortoit de finir l’aifaire de la Constitution en obligeant M. le cardinal de Noailles et ses adbérens de la recevoir purement et sim-

« ducleur des ambassadeurs qu’a M de Ma-

• gny, son fils, qui est en fuite.* {Joutnat de Dangeau, i4 décembre 1718.)

* L’arrêt du conseil qui autorise la vente de la cliargc est annexé aux ^fémo^res. Kn voici les termes :

1 Le Boi ayant eu lieu d'étre peu salis> «fait de la conduite du sieur de Magny

• dans l’exercice de la charge de conduc- ■ tetir des ambassadeurs dont Sa Majesté

• l'avoil pourvu, clic lui auroit ordonné,

• dès le commencement de l'année der-

• nicre, de s’en déinellrc cl permis d*en

• tirer récompense, depuis lequel temps

• dix mois s’étant écoutés sans qu’l) se soit « mis en devoir d'y obéir, rimportanec de « celte charge auroit dès lors porté Sa Ma- «jesté à donner les ordres nécessaires au «bien de son service, si la considciatioii «de ceux du sieur Foucault, son père,

• conseiller ordinaire en son conseil d'élal, «n’avoit pas suspendu sur cela ses résolu- « Lions; mais elle auroit depuis été infor-

• tnée que ledit sieur de Magny, oubliant

• l'obligation du serment qu’il a prêté en

• entrant dans celte charge, est sorti de son « royaume depuis plus de six mois tans

■ St permission , et auroit par conséquent

• encouru les peines portées par ses ordon* « nances, suivant lesquelles sadilc charge «seroil devenue vacante et impétrable; « et quoique Sa Majesté fût en droit d'en «disposer pleinement et sans aucune ré-

• compense, elle a bien voulu néanmoins,

• par un nouvel cfîct de sa bonté, en con-

■ server le prix à sa famille ci k ses créan* « ciers , et pour cet effet auroit permis «audit sieur Foucault de traiter de ladite « charge avec le sieur Raymond , auquel Sa « Majesté en auroit accordé l'agrément; et

• Sa Majesté voulant expliquer sur cela ses « intentions :

• Sa Majesté étant en son conseil , de l'avis «de M. le duc d’Orléans, régent, agréant

• et autorisant les conventions qui seront « faites entre ledit sieur Foucault et ledit

• sieur Raymond , a ordonné et ordonne

• qu’en vertu du présent arrêt, et sans « qu'il soit besoin d’autre titre , toutes pro-

• visions seront expédiées en faveur dudit

• sieur Raymond de ladite charge de con* « ducleur des ambassadeurs , en rapportant « une quittance de la consignation qui sera « par lui faite CS mainsdu sieur Laideguive,

pieinent et sans modification ni restriction, et employé même dans cette lettre des termes menaçans, le roi a commis M. de Macliault, lieutenant de police, pour instruire le procès à ce curé , à la requête de M. Moreau, procureur de Sa Majesté au Châtelet, et des commissaires du conseil pour le juger à la chambre de l'Arsenal, savoir ; quatre conseillers d’état, M. de Caumartin président, et neuf maîtres des requêtes pour le juger. M. de Machault a instruit le procès et a entendu quatre experts qui ont jugé la lettre écrite de la main du curé. Leurs dépositions ont été contextes; mais, ce curé ayant prétendu que son écriture avoit été imitée et qu’il avoit des témoins qui découvriroient l’auteur de cette fausseté, il a été reçu à la preuve de ses faits justificatifs, par jugement en dernier ressort, le 2 septembre 1718'.

«notaire au Châtelet de Pari», que Sa

• Majesté a pour ce commis, de la somme «qui sera convenue entre ledit sieur Fou-

■ cault et ledit sieur Bajmond , pour ladite « somme être employée par ledit sieur

• Laideguivc, en présence et de l'avb du- « dit sieur Foucault, savoir, en premier lieu « et par préférence , au payement de ce qui

• reste dû par ledit sieur de Magny du prix «de ladite charge, puis au payement des

• créanciers qui lui ont prélé leurs dooiors « pour le payement de partie dudit prix, « et le surplus au payement de ses autres

■ créanciers, si aucuns y a, et des reprisea « et conventions de la dame de Magny, son « épouse , é tous lesquels créanciers ledit «sieur Raymond sera cl demeurera su*

• brogé pour plus grande sûreté de son

• acquisition. »

Cetarrél n'est pas daté, mais leJournal de Dangeau, du lo mars 1719, place ce jour-là l’agrément accordé à Raymond pour la charge de Magny; il on ûxe le prix à a5o,ooott,au lieu de aao, 000 indiquées

par Foucault. Voyez, dans l’addition de Saint-Simon à la même date, un portrait peu flatté de Raymond. Ce fut Law qui fournil à Raymond l’argent nécessaire pour cette acquisition. {Journal de Otin> geaa, 9 et 1 1 juin 1719-)

' Les Mémoires ont conservé la lettre de convocation adressée à Foucault pour la séance du a septembre.

• Si «Mt 171$.

• Monsieur,

« Monsieur de Caumartin m’a ordonné

• de vous avertir qu’il y aura , vendredi «prochain a septembre, assemblée à la ■ chambre de l'Arsenal , et qu'il s’y rcr\dra « à sept heures prëci.ses du matin. Prenez « la peine de voua y trouver en robe et

• bonnet.

^ Je suis avec respect, Monsieur, votre

• Irés-hunible et trés-obéissant scnilcur.

« Delarobllb,

«M. Foocsutt,ooD«ciU«r4‘éUt onliaaire,

«ni« Neove-Saint-Pjial.»

Le curé de Saint-Victor étant mort à la Bastille, M. le régent a donné des lettres de grâce au sieur Massault qui avoil déclaré être auteur de la lettre en question, qui ont été entérinées à la chambre de l’Arsenal le a 5 avril 1719*.

M. Ferrand, maître des requêtes et du conseil de la marine , ayant été nommé conseiller d’état , auroit bien souhaité conserver sa place dans le conseil de la marine, qui lui produisoit 1 0,000 d’appointemens, M. le comte de Toulouse, amiral de France, le désirant extrêmement et monseigneur le duc d’Orléans, régent, [ayant] marqué qu’il le désiroit; mais M. Le Pelletier, doyen du conseil, m’étant venu voir pour me dire que IMM. les conseillers d’état étoient résolus de faire des remontrances à M. le régent, et que M. Ferrand sera regardé de mauvais œil dans le conseil s’il ne renonce au conseil de marine où il faudroit qu’il prit séance après M. de Coëtlogon, je me suis chargé de voir M. Ferrand et de lui faire connoître les dispositions de MM. ses confrères; ce qu’ayant fait, il m’a dit qu’il iroit trouver M. le comte de Toulouse et le prieroit de lui permettre de satisfaire MM. .ses confrères et de se mettre en état de vivre agréablement avec eux; c’est ce qu’il [a] exécuté, et a fait agréer sa résolution à M. le comte de Toulouse. Il est venu me le dire, et j’en ai rendu compte à M. le doyen, qui en a informé MM. nos confrères. Cest ainsi qu’a

' Foucault comtnel probablement une légère erreur de date; c'est le 38 avril qu'eut lieu cet entérinement , ainsi que le prouve la lettre de convocation insérée aux Mémoires :

«C« )6 avril 1719.

< Monsieur,

< Monsieur de Caumartin m'ordonne de « vous avertir qu'il y aura assemblée à la

• chambre de l'Arsenal, vendredi prochain

• a8 du présent mois , huit heures précises

• du matin. Prenez la peine de vous y

• trouver en robe et bonnet.

• M. le président sera en place à huit

• heures précises.

«Je suis avec respect,

< Monsieur,

* Votre très-humble et tres-obiéssant « serviteur,

« Delardkli.e ,

> baU>iar CMutil. •

< M. Foucault , cooseülerd'ëtat ordiDaire ,

• nie Neave-Saint-Panl.a

lini cet incident, arrivé le i4 novembre 17 19; MM. de Saint-Contest et de la Houssaye lui en avoient donné l’exemple.

Le 4 décembre, le mariage de la fille ainée de madame d’Avaray, ma sœur, a été célébré dans la chapelle de ma maison, par la permission de M. le cardinal de Noaillcs, archevêque de Paris, et avec dispense à cause du temps de l’Avent, avec M. le baron de Boille, gentilhomme du Béarn. Comme on n'avoit pas de preuve qu’il eût été baptisé, le baptême a été renouvelé sous condition par M. le curé de .Saint-Paul. Le mariage a été consommé chez moi. Ma nièce avoit fait vœu de chasteté , et l’on a été obligé d’envoyer à Rome pour l’cn faire relever. Ce mariage a été fait chez moi par l’absence de M. d’Avaray, ambassadeur en Suisse.

APPENDICE

CORRESPONDANCE MINISTÉRIELLE

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