LE MARQUIS D’AMBRES A COLBERT
Monsieur,'
Je crois être obligé de vous faire savoir, conjointement avec M. l’intendant, qui ne manque pas sans doute de vous en écrire, que Ton envoie la plus gi-ande partie des troupes dans cette généralité, ce qui semble n’etre pas de trop bon exemple et paroîtra un châtiment au lieu du soulagement quelle a mérité par son obéissance et sa fidélité. Nous avons, tous les jours, des nouvelles du camp qui se prépare en ce pays, où l’on veut mettre ensemble une partie des troupes qui sont en Guyenne, du côlé de Bordeaux , â ce qu’on dit; sur quoi , Monsieur, il est des gens sensés qui sont persuadés qu’il serait plus à propos, pour le service du roi, de les laisser dispersées. Très-peu de personnes savent leur petit nombre en cet état, et tout le monde connoitra leur foiblesse par leur jonction, et, bien loin de se faii'e craindre, elles se feront mépriser. Il semble que. si l’on avoit quelque chose à entreprendre, il scroit plus sûr d’assembler, â jour nommé, de toutes parts, ce qu’il y a de troupes, et s’en servir brusquement sans laisser le temps de les reconnoître; car vous savez. Monsieur, que la réputation fait quelquefois de plus grands effets que les forces mêmes. Voilà, Monsieur, les réflexions qu’on fait en ce pays.
A Montauban, le ■ 8 juillet 1675.