LOU VOIS AU DUC DE NOAILLES
A Fonlaineblcau, le 6 novembre i685.
Le roi a vu, par plusieurs lettres des provinces où il y a eu le plus de religionnaires, que quelques-uns de ceux qui ne se sont pas convertis croient qu'ils n’ont plus à appréhender d’étre pressés de changer de religion , depuis que l’édit portant révocation de celui de Nantes a été enregistré, dont ils croient que la dernière clause les doit mettre è couvert de ce qui a été pratiqué jusqu’à présent pour porter les religionnaires à se convertir; sur quoi Sa Majesté m’a commandé de vous faire savoir que rien ne vous doit empêcher de continuer à presser les religionnaires tant nobles que roturiers de SC faire instruire et de changer de religion, et quelle juge à propos que, dans ces commenccmens, vous ayez plus de sévérité contre ceux qui vous paroitront opiniâtres et mettiez plus de gens de guerre chez eux, pour les mieux détromper de la fausse idée qu'ils ont prise de cet édit.
Sa Majesté a été aussi infomée que quelques-uns des religionnaires ont insulté les nouveaux convertis depuis cet édit, leur reprochant qu’ils s’étoient trop pressés de changer de religion, et que, s’ils avoient été aussi fermes qu’eux, ils jouiroient du bénéfice de la dernière clause dudit édit. L’intention de Sa Majesté est que l’on informe contre ceux qui auront tenu de pareils discours, et qu’ils soient punis par de sévères amendes et de dures prisons pour le temps que vous estimerez à propos.
Sa Majesté a encore été informée que plusieurs nouveaux convertis, prévenus de la dernière clause de cet édit, se dispensoient d'assister au service et aux instructions, et s’échappoient même en discours peu convenables à des catholiques. Sa Majesté vous recommande à cet égard de prendre garde à ceux qui vous donnent de pareils avis, et d’essayer d’empccher que le zèle trop ardent de quelcpies ecclésiastiques, ou l’aversion que les provinciaux ont les uns contre les autres , ne les portent à exagérer ou à vous donner des avis entièrement faux; et elle désire que, si vous vérifiiex que quelque nouveau catholique se fît honneur de ne point aller au service et excitât les autres publiquement à en faire de même, il soit condamné suivant les preuves qu’il y aura contre lui, son intention étant au surplus que
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l’on essaye plutôt par douceur que par contrainte de porter le gros des nouveaux convertis à faire leur devoir, et que l’on attende plutôt du temps et des instructions que messieurs les évêques leur feront donner que d'aucune contrainte, ce que la manière dont iis ont été portés à faire leur abjuration et les discours de ce qui reste de religionnaircs et les lettres des ministres qui ont été chassés du royaume les empêchent de faire présentement.
Sa Majesté croit que rien ne portera plus les nouveaux convertis è faire sincèrement leur devoir que la conversion des gentilshommes ; aussi désire-t-elle ardemment que ce qui en reste achève de se convertir. L’cxp>érience lui a fait connoitre que les assemblées sont de dangereuse conséquence, en ce que, quand elles ne réussissent pas, elles rendent les gentilshommes de la religion plus opiniâtres, et leur donnent moyen de prendre des mesures pour se confirmer davantage dans leiu' erreur. Elle croit que la dernière voie dont on se doit servir est celle du logement de gens de guerre, et qu’en cas que vous estimiez qu’il faille en envoyer chez quelqu’un , il faut commencer par ceux dont la noblesse est le moins bien établie et qui, ni par eux ni par leurs enfans, n’ont rendu aucun service; elle estime même qu’on réussira mieux en les prenant en détail, et qu’en faisant assigner ceux dont la noblesse est le moins bien établie on les fera plutôt penser à eux que de toute autre manière ; qu'à l’égard de ceux dont la noblesse est bien établie, il faut s'appliquer à voir quels sont les gens qui ont des démêlés avec eux aux environs de leur terre, ou à qui ils ont fait quelque violence, et qu’en appuyant les uns contre eux et faisant informer du tort qu’ils auront fait aux autres, on les portera mieux que de toute autre manière à penser à eux. En un mot, Sa Majesté désire que l’on essaye par tous moyens de leur pei-suader qu’ils ne doivent attendre aucun repos ni douceur chez eux, tant qu’ils demeureront dans une religion qui déplait à Sa Majesté; et on doit leur faire entendre que ceux qui voudront avoir la sotte gloire d’y demeurer des derniers pourront encore recevoir des traitemens plus fâcheux s’ils s’opiniâtrent à y rester.
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