‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 11 sur 115 · C XIII · texte numérisé non relu

C XIII

INTRODUCTION, moins les fêtes qu elle décrit sont-elles certainement de l’invention de notre intendant. Il envoya cette relation au P. La Chaise, qui en rendit compte au roi et écrivit à Foucault pour le remercier et le féliciter1 * * *. Un exemplaire de la relation fut aussi envoyé au duc de la Feuillade, qui avait donné le signal de ces solennités, en faisant élever, l’année précédente, une statue au roi sur la place des Victoires; il la lut au roi, «qui «parut très-content de cette fête.» On écrivit à Foucault de Bordeaux, de Pau et de plusieurs autres endroits, pour avoir le modèle de la statue et pour l’imiter.

La dernière fête eut lieu à Caen, le 6 juillet i 704, pour célébrer la naissance du duc de Bretagne, fils aîné du duc de Bourgogne, un enfant qui ne vécut qu’un an. Il en fut fait un compte rendu, imprimé à Caen, en 8 pages in-4°, et qui est également annexé aux Mémoires. Nous le publions encore1, parce que la fête qu’il décrit est bien évidemment duc à l’imagination de Foucault; mais, à la manière dont la relation s’exprime, il n’est pas vraisemblable qu'il en soit l’auteur.

S 8. — Instruction publique, sciences et lettres.

Petites écoles. C’est ainsi que, sous l’ancien régime, on désignait ce qu’on nomme aujourd’hui l’instruction primaire. Il n’en est question qu’une seule fois dans les Mémoires de Foucault. En 1687, il proposa d établir des maîtresses d’école dans les principaux bourgs et villages du Poitou, pour instruire les jeunes filles5. 11 demandait 4o écus de gages pour

1 La lettre est insérée tut Mémoires,

1 Dépêche de Louvois à Foucault, du

3 1 octobre 1 687 (p. 537 ) , pour demander des détails sur le projet. Foucault les envoya le 8 décembre suivant ( .Mémoires , p. 309.)

r.xiv

INTRODUCTION, chaque maîtresse. L’intervention de Louvois dans cette affaire, et le fait, attesté par Foucault, que les fdles de la maison des nouvelles catholiques de Poitiers offraient de fournir les maîtresses dont on avait besoin, nous autorisent à croire qu’il s’agissait surtout de l’instruction des nouvelles converties, quoiqu’il n’en soit pas fait une mention expresse.

Collèges. Ces établissements comprenaient ce qu’on appelle aujourd'hui l’instruction secondaire. En 1681, Foucault fit agréger à l’Université de Cahors le collège des Jésuites de cette ville. En janvier 1687, il fit réunir le collège de Pigarcau ou Puygarreau, d’ancienne fondation seigneuriale, au collège des Jésuites de Poitiers, malgré l’opposition des ennemis des Jésuites, et aussi malgré l'évêque de Poitiers, qui aurait préféré transformer le collège de Pigareau en un séminaire soumis à son inspection. Le P. La Chaise, qui avait pris part à cette affaire, remercia Foucault du succès obtenu à celte occasion pour la Société de Jésus1.

A l’occasion de l’inauguration de la statue du roi à Poitiers, le a5 août 1687, Foucault fonda, au collège des Jésuites de la ville, des «prix de tragédie,» c’est-à-dire une distribution de prix accompagnée d’une représentation scénique donnée par les élèves, pour tout le temps qu’il serait intendant en Poitou. Cette fondation n’eut d’effet que l’année suivante, et il en coûta à Foucault 27 volumes. Il a inséré dans ses Mémoires, probablement comme étant son œuvre ou du moins le fruit de ses inspirations, un imprimé de 12 pages in-4”, qui contient le canevas de la tragédie, sujet tiré de l’histoire de Démétrius, fils du dernier Philippe de Macé-

' Sa lettre est jointe aui Mémoires, p. 106.

INTRODUCTION. «v

doine, et le livret d’un ballet, «où l'on représente les Dieux «qui se disputent la gloire d’avoir le plus contribué à donner * au roi le glorieux surnom de Grand, » avec les noms des élèves qui ont figuré dans les deux pièces.

Nous devons remarquer une création qui se sent du génie de Colbert, et dont il n’est pas dès lors étonnant de voir prendre l’initiative à son fils Seignelay. Il s'agit de l’enseignement des langues vivantes: l’Université ne l’admettait pas, et les négociants étaient obligés d’envoyer leurs enfants en Angleterre et en Hollande pour y apprendre les langues de ces pays. Afin de combler cette lacune, Seignelay écrivit à Foucault, en 1 687 que le roi jugeait à propos de faire enseigner l’anglais et le hollandais dans les ports de mer. Foucault proposa d’établir cette école, pour sa généralité, au bourg de la Chaume, petit port très -fréquenté par les étrangers1 * 3 4. Le même esprit présida à une autre création. En septembre 1 704 , Foucault fit établir, au collège des Jésuites de Caen, « une « chaire de mathématiques et d’hydrographie pour l’instruc- « tion des jeunes gens qui prennent le parti de la mer. » Les Mémoires3 ont conservé l’affiche annonçant l’ouverture de ce cours, qui fut inauguré le 26 mars suivant. On a soin d’y faire savoir que le discours préliminaire et les leçons elles-mêmes auront lieu en français *.

On doit rattacher à un ordre d’études intermédiaires entre

1 Mémoires, p. ai 5.

1 En 1701, Pontcharlrain fit établir une école toute semblable à la Rochelle. (Voy sa lettre, du 29 août 1701, à l’intendant Bégon, dans Depping, Correspondance administrative , t. IV, p. 5 10.)

* Page 365.

4 Déjà, en 1668, l’intendant Charnil-

lart, père du minisire, avait chargé le P. Gautruchc, de U Compagnie de Jésus, d’ouvrir un cours de mathématiques à Caen; on y avait joint une «académie.»

où l’on s'assemblait toutes les semaines pour se perfectionner dans cette science. (Depping, Correspondance administrative , t. III, p. 780.)

INTRODUCTION

1 instruction secondaire et, l'instruction supérieure l’érection d’une chaire de mathématiques au collège des Jésuites de Cahors, en i683, moyennant la suppression de deux chaires des arts dans l’Université de cette ville, et la demande à Colbert 1 d’établir un écuyer à Montauban, « pour mettre à cheval «les jeunes gentilshommes,» et d imposer à toute la généralité 5ooM pour le logement de l’écuyer.

Ecoles de droit. En 1681, Foucault proposa au chancelier, qui y consentit, l’établissement de six docteurs agrégés et d’un professeur en droit français à la faculté*de droit de f Université de Cahors. Le chancelier voulait charger de ce cours un des quatre professeurs en droit déjà en fonctions, mais Foucault lui représenta qu’ils étaient tous enfermés dans l’étude du droit romain, et fil nommer le sieur d'Olive, conseiller à la cour des aides de Montauban, et fils1 d’un bon jurisconsulte J.

A son arrivée à Poitiers, il eut à réformer un abus dans la faculté de droit de cette ville, en empêchant les écoliers de faire efi même temps leur droit à la faculté et leur philosophie au collège des Jésuites4. 11 y installa, la même année8, un professeur de droit français, comme il avait fait à Cahors. Les Mémoires ont conservé le brouillon du discours qu’il prononça à cette occasion.

A Caen 6, il eut à se mêler encore des affaires de la faculté de droit, où il se passait « des brigues et cabales » au sujet de la nomination d’un professeur. C’est la seule occasion où cette faculté soit mentionnée dans les Mémoires; mais il en est ques-

* Mémoires, 23 avril 1681 , p. 78.

4 Ibid. i4 février 1688, p. 218.

4 Ibid. a4 novembre 1688, p. 237.

* Ibid, mars 1690, p. 260.

1 Mémoires, 18 juin 1681, p. 78.

* Simon d’Olivc, le père, esi connu encore aujourd'hui par scs Questions notables de droit , 1" édit. Lyon, 1649.

INTRODUCTION. ami

tion dans les dépêches adressées à Foucault par le chancelier de Pontchartrain. Une déclaration du roi ayant fixé les vacances du 10 août au 10 novembre, la faculté de Caen demanda le maintien de l'ancien état de choses, qui les faisait courir du 10 juillet au 10 octobre, et Pontchartrain ordonna à Foucault d’examiner celte réclamation pour juger si l’on pouvait y satisfaire Deux autres dépêches du chancelier* ont pour objet d’interdire aux professeurs en droit de faire euxmêmes les répétitions des écoliers, ce qui les empêche de donner tout le temps nécessaire à leurs leçons publiques, et • ce » qui prive les agrégés d’une fonction pour laquelle ils sont « principalement établis et des émoluments qu'ils pourroient • en retirer, dont ils ont souvent besoin pour subsister. * Pontchartrain suggère à Foucault un moyen de s'informer si cet abus se renouvelle : « Vous chargerez les agrégés d’y veiller; ils « ne manqueront pas de vous en avertir. »

Belles -lettres. Colbert était amateur de manuscrits; il recommandait aux intendants de profiter de leurs visites dans les généralités pour rechercher, dans les églises cathédrales et dans les principales abbayes, s'il s’en trouverait de considérables, et de tâcher de les avoir sans autorité, mais par douceur et par achat. Lorsque Colbert lui envoyait cette recommandation 3, Foucault l’avait déjà mise en pratique, car, dès le commencement de 1678, il était en correspondance avec le célèbre Baluze, bibliothécaire de Colbert, relativement aux manuscrits de l’abbaye de Moissac*. La recherche qu’on en

’ Dépêche du 1 1 mars 1700, p. 5/47.

1 Dépêches de Ponlcbarliain a Foucault, du 2 décembre 1 703 et du 1 ” mars 1 704 , , H- 049.

1 Dépêche à Foucault , du 1 2 décembre 1680, p. 459.

* Nous avons extrait les deux lettres suivantes, ainsi que le catalogue des ma*

«vin INTRODUCTION,

fit avait-elle commencé sur un ordre de Colbert, ou par l’initiative de Foucault, fort amateur de curiosités bibliographiques? c’est ce que nous ne saurions décider. En tout cas, les deux lettres de Foucault à Baluze, que nous donnons en note,

nuscrits de l'abbaye de Moissac, dea ma nuscrits de la Bibliothèque impériale concernant la bibliothèque de Colbert:

foucault X baluze.

• Je n’ai point voulu. Monsieur, faire

• réponse à 1a dernière lettre que voua avez

• pris la peine de m’écrire . que je n aie été

• en état de vous envoyer le catalogue des « manuscrits qui sont dans l’abbaye de

• Moissac. Je me suis servi pour les exa- « miner de M. Fouillac, chanoine de Ca- « hors , qui a demeuré sept jours à en par-

■ courir seulement une partie, les archives

■ de ce monastère étant dans une très-

• grande confusion et la plupart des actes

• pourris ou mangés des rats. M. le prési-

■ dent Douât y a passé assez légèrement,

« et il y a beaucoup de livres et de carlu-

• laires qu'il n’a point vus. 11 est aisé de

• connoilre parfaitement ce qui est reo-

• fermé dans celte abbaye, par le raojen «dudit sieur Fouillac, qui est très-habile «en ces matières et aux yeux duquel rien

• n’échappera de tout ce qui mérite d’élrc

• relevé. Mai>, comme il perdroit le revenu

• de son canonicat pendant le temps qu’il « travail! croit à cette recherche et qu’il

• s’offire d’y travailler gratuitement, il se-

• roit, Monsieur, nécessaire d’avoir une « commission du roi qui enjoignit au cha-

• pitre de Cahors de le tenir présent (tendant

• qu'il seroit occupé dans sa perquisition.

• Ce seroit un moyen devoir une connois-

• sance entière de tout ce qu'il y a d© cu-

• rieux dans les églises de celte province, et

• vous serez. Monsieur, d'abord éclairci de

• tout ce que vous voudrez savoir. M. l’é-

• véque de Cahors est à Paris à la pour-

• suite d'un procès qu'il o contre l’Univer- «silé, et je suis persuadé qu'il ne vous « refusera pas le manuscrit de Kadulphe ,

• archevêque de Bourges, dont vous me «marquez avoir besoin.

« Foücaült.

• A Monlaaban, le 9 février 1678.

■ M. IUloxe.b

• Je n’ai pas voulu, Monsieur, me rap-

• porter è personne pour aller tirer des

• archives de Moissac les manuscrits dont «j’ai eu l’honneur d’écrire à M, Colbert.

«Je me suis transporté dans l'abbaye et ai > fait assembler les chanoines, qui ont dé-

• libéré de me les remettre entre les mains

■ après avoir vu la letttre de M. l'abbé «d Estrades; ce qui a été exécuté sur le-

• champ 11 est vrai que quelques-uns d’eux

• en vouloient faire faire un catalogue;

« mais je me suis chargé de ce soin, et j’y

■ fais présentement travailler par M. Fouil-

■ lac, chanoine de Cahors, qui fait un

• grand cas de ces manuscrits que les cha-

• noines ne connoissent pas , ne s’etant

• pas trouvé de catalogue dans les ar-

• chives. Lorsque celui qui se fait sera

• achevé, dont je vous donnerai avis par « l'ordinaire prochain , je les enverrai par

• les rouliers de Limoges , étant la voie la « plus courte et la plus commode. Je m’es-

• limerai bien heureux si le jugement que *

INTRODUCTION

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