CU.VIII INTRODUCTION
cinquante sur deux cents, et les plus occupés. Foucault obtint
un arrêt du conseil portant défense d’en recevoir aucun à
l'avenir.
A la fin d’août 1 684 , il se rendit à Paris, et, dans une audience qu’il obtint à Fontainebleau, où la cour se trouvait alors, il exposa au roi le plan qu’il avait conçu pour faciliter la conversion des religionnaires béarnais. 11 s’agissait de réduire à cinq les temples, trop nombreux et trop rapprochés les uns des autres. Le roi approuva cette mesure; seulement Foucault eut soin «de ne laisser subsister que les temples, justement « au nombre de cinq, dans lesquels les ministres étoient tombés «dans des contraventions qui emportoienl la démolition, en « sorte que , par ce moyen , il ne devoit plus rester de temple en « Béarn. » Le roi connut-il aussi ce stratagème? c’est ce que Foucault ne nous apprend pas, tout en disant que Sa Majesté lui témoigna une grande satisfaction des mesures qu’il prenait. A son retour, en février 1 685 , l’affaire des temples fut menée sans perdre de temps. D’abord les temples trop nombreux tombèrent au nombre de quinze. Les religionnaires demandaient qu’on agrandit les cinq restants, trop étroits désormais pour le nombre des fidèles ; mais le procureur général les attaqua pour contraventions, et ils furent bientôt démolis comme les autes, par arrêt du parlement de Pau. « En sorte, ajoute Fou- • cault, qu’en moins de six semaines il ne resta pas un temple «dans tout le Béarn; leur démolition engagea les ministres » de sortir de la province, et, par leur désertion, ces faux pas- « teurs me laissèrent le champ libre aux conversions. » Les conversions marchaient en effet à grands pas; mais l’émigration commençait aussi, et Foucault reçut l'ordre de la surveiller*.
Quelles que fussent ses préoccupations, Foucault était ju-
‘ Mémoires, IG mars 1 685, p. 116.
CXLU
riste avant tout, et ne souffrait pas qu'on transgressât les lois. Une déclaration du 3 1 janvier i 68a avait décidé que • les
• enfants bâtards des religionnaires, de quelque âge qu’ils
• fussent, «seraient élevésdans la religion catholique. On voulut en profiter pour forcer un bâtard de vingt-cinq ans à l'abjuration. Mais l’intendant, jugeant qu’il ne s’agissait dans cette déclaration que de l’éducation des enfants, et qu'à vingt-cinq ans on est sorti de l’enfance, s’opposa courageusement à cette interprétation dans une lettre au chancelier1.
Nous arrivons à l’initiative la plus grave que Foucault ait prise. La déclaration de guerre de l’Espagne à la France, le 1 1 décembre i683, avait, comme nous l’avons vu, fait rassembler en Béarn une armée d’observation, d’abord sous les ordres du maréchal de Bellefonds, ensuite sous ceux du marquis de Boufflers. Les Mémoires racontent2 que, le 18 avril i685. Foucault demanda à Louvois «des ordres en blanc « pour faire loger une ou plusieurs compagnies dans les villes
• remplies de religionnaires, étant certain que la seule ap-
• parition des troupes produira un grand nombre de conver-
• sions. Je tiendrai si bien la main, écrivait-il, à ce que les
• soldats ne fassent aucune violence, que je me rendrai respon- « sable des plaintes qu’il (Louvois) en pourroit recevoir. » Les Mémoires ajoutent : • Il est à observer que le roi n'avoit pas
• envoyé des troupes en Béarn par rapport aux affaires de la
• religion, mais pour former le camp que Sa Majesté avoit
• résolu d’établir sur la frontière d’Espagne. M. de Louvois
• m’ayant envoyé plusieurs ordres en blanc, il s’est converti
• six cents personnes dans cinq villes ou bourgs, sur le simple « avis que les compagnies étoient en marche. »
Cet exposé n’est pas tout à fait complet. Louvois refusa d’a- 1 Mémoim, 11 avril i685. p. 117. — ’ P. 118.
cl INTRODUCTION,
bord les ordres demandés1 *; mais il dut les accorder très-peu de temps après, car il résulte de deux témoignages directs* qu'à la fin de juillet les opérations do l'armée de Ëoufllers étaient terminées en Béarn, et qu elles continuèrent dans les généralités de Bordeaux, de Montauban et de Poitiers, où elles étaient accomplies à la fiu de la première quinzaine de septembre.
A cela près. Foucault rend-il un compte exact de lu manière dont les choses se passèrent? N'influa-t-il sur les consciences que par l’intimidation seulement et par la crainte des dépenses qu'entraînait le logement des soldats, sans souffrir qu’il se commît aucune espèce de violence? Parvint-il à maintenir parmi les gens de guerre le bon ordre dont il s’était vanté à Louvois? C’est ce qu’il est difficile de vérifier a ujourd hui d’une manière absolue; mais tout d’abord nous pouvons constater que les plaintes dont il s’était rendu responsable à l’avance ne manquèrent pas; elles furent portées devant le parlement de Pau, mais une dépêche de Louvois3 nous apprend que le roi blâma le premier président de les avoir écoutées et lui défendit d’en recevoir de semblables à l’avenir.
Des témoignages contemporains accusent Foucault d’avoir autorisé les violences ou tout au moins de ne les avoir pas empêchées. Le plus considérable par le caractère de son auteur et par la source d’où il tenait ses renseignements est celui du chancelier d’Aguesseau , écrivant la Vie de son père, qui était intendant de Languedoc en i68â. «C'est par l’auto-
1 Dépêche à Foucault . du a tuai i685, p. 5io.
* Dépêche de Louvoia à Boufllers , du Si juillet |685, citée dam Rulhière,
Kclairciuements, 1. 1 , p. ag5 ag6; cl Journal de Dangeau, à la date du 16 septembre
t685. Selon Foucault. Boufflcrs aurait encore été en Béarn le 37 août : il y a probablement une erreur de date.
’ Dépêche à Foucault, du 1 6 septembre
INTRODUCTION. cli
« ritéduroi même, dit-il, que les troupes marchèrent précédées « de la crainte et de la terreur quelles répandoient partout. » Et il ajoute : «Je ne nommerai point ici l’intendant qui, par
* une distinction peu honorable pour lui, fut chargé de faire « le premier essai d’une méthode si nouvelle pour la conversion «des hérétiques. Il étoit des amis de mon père et des miens, «homme d’un esprit doux, aimable dans la société, orné de » plusieurs connoissances, et ayant du goût pour les lettres «comme pour ceux qui les cultivent; mais, soit pHr un dé- « vouement trop ordinaire aux intendans pour les ordres de la «cour, soit parce qu’il croyoit, comme bien d’autres, qu’il
* ne restait plus dans le parti protestant qu’une opiniâtreté
* qu'il falloit vaincre ou plutôt écraser par le poids de l’auto- «rité, il eut le malheur de donner au reste du royaume un
■ exemple qui n’y fut que trop suivi, et dont le succès surpassa ■< d’abord les espérances mêmes de ceux qui le faisoient agir; «il n’eut besoin que de montrer les troupes, en déclarant « que le roi ne vouioit plus souffrir qu’une seule religion
■ dans ses états, et l’hérésie parut tomber à ses pieds. Les ab- « ju rations ne se faisoient plus une à une; des corps et des com- « munautés entières se convertissoient par délibération et par « des résultats de leurs assemblées, tant la crainte avoit fait « d’impression sur les esprits, ou plutôt, comme l’événement « l'a bien lait voir, tant ils comptaient peu tenir ce qu’ils pro- « mettaient avec tant de facilité. C’était dans une province voi- « sine du Languedoc que se passoit un événement si extraor- « dinaire1. »
Ce passage, si réservé et si mesuré, désigne clairement Foucault et le Béarn, et c’est ainsi que Rulhièrel’a entendu. Mais cet historien ajoute une allégation encore plus grave: « Tout
1 Œwtres du chancelier <ï A questeam, in*4*. t. XIII, p. 5i.
clii INTRODUCTION.
« ce que peut imaginer la licence du soldat fut exercé en Béarn ■ contre les calvinistes. On attribue à cet intendant d’avoir per- « fectionné plus d’un genre de torture1 *. » Rulhière a emprunté cette accusation à un livre contemporain des événements, l 'Histoire de l’édit de Nantes, qui fut publié en 1 690 par Élie Benoît, pasteur réfugié à Delft. Mais cet ouvrage, plein de renseignements curieux, s’est fait l’écho passionné de toutes les colères des réfugiés, et on en a suspecté l’exactitude*. Les actes les plus odieux y sont décrits en détail et attribués aux convertisseurs du Béarn en i685, et l’on déclare expressément que les troupes « exerçoient ces cruautés non-seulement par la
• permission, mais par l'ordre exprès de Foucault, qui leur
• enseignoit même des moyens nouveaux de mettre à bout la
• plus ferme patience3 *. » Comme nous n’avons aucun moyen de contrôler ces dénonciations, nous nous abstiendrons de les répéter ici , et nous renverrons nos lecteurs à l’ouvrage cité *, en faisant seulement remarquer qu’un livre écrit par un émigré, sous le coup des persécutions, a nécessairement exagéré les faits, et qu’il est inutile et invraisemblable d’attribuer à l’invention personnelle de Foucault des tourments que les soldats livrés à eux-mêmes n’étaient que trop capables d’imaginer.
Au commencement de septembre, Foucault croyait avoir converti les vingt deux mille religionnaires que comptait le Béarn. « 11 y en a eu beaucoup, disait-il5, qui, à l’approche des
• gens de guerre, ont abjuré sans les avoir vus. La distribution « d’argent en a aussi beaucoup attiré à l’Eglise. Le Béarnois a
1 Éclaircissements, l. I, p. 391.
* Le P. Lelong, mentionnant ce livre
dans sa Bibliothèque historique, n*6i85, dit qu'il eut ■ écrit avec beaucoup d'aigreur
• et peu de fidélité, et que des protestans
« même s'eo sont plaints. »
* Histoire de rédit de Nantes ; à Delft, chex Adrien Bém&n, 1695, in-4\ t. III, 3* partie (5* vol.) , p. 833.
1 Mémoires, juillet i685,p. ia5.
CLIIt
INTRODUCTION
« l'esprit léger, et l’on peut dire qu'avec la même facilité que la « reine Jeanne les avoit pervertis ils sont revenus à la religion « de leurs pères. » Cependant les conversions ne s’accomplirent pas si facilement partout; à Orthez par exemple, il fallut employer les gens de guerre. « Quelques familles opiniâtres avoient « résolu de ne point changer, quelque chose qui arrivât. » Un gentilhomme qui était à leur tête fut envoyé à la Bastille.
Foucault s’occupait personnellement de convertir les ministres et les gentilshommes, et il obtenait quelquefois en ce genre des résultats frappants et dramatiques1 *. Il blâmait nettement la permission de sortir du royaume et de vendre leurs biens accordée aux ministres1. Un faux honneur, selon lui, leur faisait préférer ce parti ; ils se seraient convertis si , sans pouvoir émigrer ni réaliser leur fortune, ils avaient été obligés de s’éloigner du lieu de leur exercice3 *. Il ne se plaignait pas moins du peu de concours qu’il trouvait dans le clergé. Les évêques de Lescars et de Tarbes s’étaient absentés pendant qu’on faisait ■ les missions » dans leurs diocèses6. Les curés du Béarn étaient ignorants et souvent de mauvaises mœurs; il aurait fallu faire parcourir le Béarn pardes missions extraordinaires, et les meilleurs prédicateurs n’y auraient pas été trop bons pour tenir la place des ministres , « qui prêchoient bien. » En attendant, on mit entre les mains des nouveaux convertis autant de bons ouvrages qu’on put, Y Exposition de la doctrine de il'iqlise catholique de Bossuet, le Catéchisme historique de Fleury, et des livres de prières en français5.
Foucault blâma aussi très-hautement qu’on eût conservé des
1 Voyei la conversion du sieur d'Audre-
hon, Mémoiret, joillet 1 685, p. iai.
* Ibid. p. îai.
* Il »’en convertit en effet un certain
nombre. ( Voy. Mémoire!, année 1 685 et pauim. )
* Mémoire! , iffaoût i685, p. il6.
* Ibid, février i685 , p. n3.
cliv INTRODUCTION,
ministres pour baptiser les enfants des religionnaires, la présence de ces hommes constituant, selon lui, un obstacle aux conversions. Il réclama plusieurs fois en ce sens; mais le gouvernement maintint la mesure, à cause d’un scrupule religieux du roi, de qui « la conscience ne pouvoit souffrir qu'un enfant < baptisé à l’église par un prêtre fût rendu à ses parents pour « être élevé à la R. F. R » Malgré les réclamations de Foucault, la cour lui renvoya un arrêt du conseil en ce sens; « mais, dit- « il, je n’ai pas jugé à propos de l'exécuter J. »
Cette désobéissance fut probablement ignorée du roi et ne l’empêcha pas de prendre plaisir aux lettres de l’intendant qui racontaient les progrès de la conversion dans te Béarn. Foucault envoya à la cour un mémoire3 intitulé Relation des con~ eersions faites en Béarn, dans lequel, dit Rulhière, qui l’a vu aux archives du Louvre, il «ne parle ni de violences ni de dra- « gonnades. On n’y entrevoit pas qu’il y ait eu un seul soldat « dans le Béarn. La conversion générale paroît produite par un « effet île la grâce divine. 11 ne s’agit que d’annoncer les inten- «tions du roi; que d’iustruire des gens qui s’empressent à « demander d’être instruits. . . Tous courent aux églises catbo- « liques pour chanter le Te üeum, et l'on solemnise cette heu- « reuse réunion par des feux de joie, au bruit du canon et aux « acclamations unanimes de Vire le roi1! » Louvois félicita plusieurs fois Foucault de ses succès, et le P. La Chaise lui écrivit, le 1" juillet 1 685, que le roi prenait plaisir à lire scs rela- « lions, et même que Sa Majesté les gardoit5. » Louvois écrivait, le 3o août suivant, à M. de BouIHers : « MM. les intendans me
' Mémoire*, 1 5 juin i685, p. tao.
* Ibid, juillet i685,.p. is5.
' Dépêche de Ijouvoîs à Foucault, du 6 juillet i685, p. 5 1 1 .
‘ Rulhière, Eclaircissements, 1. 1. p. 29a
Ce mémoire de Foucault a été cherché sa sis succès aux Archives de l’Empire, qui ont reçu les pièce» contenues autrefois aux archives du Louvre.
* Mémoires, p. lai.
INTRODUCTION
• paraissent attachés à procurer la même chose que ce qui s’est « passé en Béarn , de quoi, sans miracle, ils ne viendront point
• à bout1 *. »
Ces rapides succès firent illusion à la cour, en lui donnant à penser qu’il ne restait plus de protestants en France. On peut croire qu’ils contribuèrent à la détermination qui fit, dans le mois d’octobre suivant, révoquer complètement l’édit de Nantes.
Les états de Béarn, pour remercier Foucault d'avoir purgé leur pays de l’hérésie, firent frapper en son honneur une médailledont la légende portaitces mots : Heligio restilata in Benearnia publias civitatum deliberationibus , tandis que le revers représentait les députés des villes qui venaient signer leur abjuration sur l’autel*. La ville de Pau fit de grandes réjouissances avec Te Deum, feu d’artifice et harangue solennelle à l’intendant par un nouveau converti 3. Quant à Louis XIV, il ne se contenta pas de le féliciter par une lettre directe dont l’original est annexé aux Mémoires; il voulait, pour le récompenser, le nommer intendant en Languedoc à la place de d’Aguesseau, qui se retirait devant les persécutions’1; mais le chancelier Le Tellier fit changer cette destination. Ce fut Bâville, intendant à Poitiers, qui passa en Languedoc, et Foucault fut nommé à Poitiers, en remplacement de Bâville.
Foucault partit pour le Poitou, précédé de régiments de dragons que, suivant une dépêche de Louvois1, Sa Majesté y faisait marcher » pour y être employés à porter les rcligion-
1 Dépêche publiée par Rulhièi e , Éclaircusements, I. I, p. 3o3.
’ t'hge de Foucault, ou»r. rilé, p. 119.
* Voy. la substance de cette harangue , Histoire de l’édit de Nantes, t. III, 3' partie (t. V),p. 84o.
‘ Vie de M d'Aguesseau, dam les Œuvres complètes du chancelier d’Aguesseau, L MU. p. 54.
’ Dépêche à Foucault, du i5 août i685, p. ht a.
INTRODUCTION
« naires à se faire instruire. » A son arrivée à Poitiers, ie 7 septembre, une grande partie des conversions était déjà opérée par son prédécesseur. Foucault n’eut qu’à compléter l'oeuvre. Tous les réformés de Châtellerault se convertirent d’un coup par délibération de leur consistoire ; mais ce fut la seule ville du Poitou qui prit ce parti d’ensemble. Les gentilshommes de Luçon, au nombre d’une centaine, résistèrent, et Foucault n’en put emporter que dix-huit1. Louvois, qui à cette époque lui écrit coup sur coup, lui recommande surtout la conversion de la noblesse2 * *, que Sa Majesté « souhaite encore plus que celle
< du peuple. » Le roi veut qu’on use avec beaucoup de modéra tioji de la permission accordée de loger des gens de guerre chez les gentilshommes; «Sa Majesté ne veut point absolu- « ment que l’on loge chez ceux qui sont d’une qualité distin- • guée, non plus que ceux qui sont dans le service ou qui y
< out des enfants, à moins qu’ils ne fussent convaincus d’avoir « retiré des meubles des religion naires, auquel cas ils doivent «être regardés comme déchus de leurs privilèges. ■ Quand il ne reste plus qu’un très-petit nombre de religionnaires opiniâtres dans un endroit, il est inutile de les charger de logements excessifs5; mieux vaut faire semblant de n’y avoir pas d’attention. On les réduira plus tard, en les mortifiant dans l’imposition des tailles ou dans les logements des troupes qui passeront par étapes, et, s'ils sont gentilshommes, en les inquiétantsurleurs litres de noblesse. Louvois recommande aussi à Foucault « de
1 Mémoires, p. 139, i3o.
1 Dépêche» du 12 septembre el surtout
du 2 octobre 1 685 » p. 5 12, 5i5.
* Dans une dépêche du 16 octobre
1 *365 (p. 517), Foucault est réprimandé pour avoir logé une compagnie cl demie de dragons , à Poitiers » cher une femme
seule. Il est vrai que, dans les Mémoires (p. i46), Foucault accuse louvois d'avoir ordonné «les violences semblables. Le duc de NoaiUes, qui commandait en Languedoc, mit dans quelques logements jusqu a cent hommes à la fois. (Rulhière, Eclaircimments, L I, p. 3 16.)
INTRODUCTION. clvh
• ménager les gros marchands, de manière qu’ils ne soient point
* portés à cesser leur commerce ni à quitter leur demeure1. »
Enfin, au mois d’octobre 1 685, l’édit de Nantes fut expressément révoqué. Foucault reçut l’édit révocatoire accompagné d’une instruction do roi et d’une dépêche de Louvois, statuant sur plusieurs points d'exécution et décidant que les ministres, auxquels le nouvel édit accordait la permission de se retirer, ne pourraient ni disposer de leurs immeubles2, ni emmener avec eux leurs enfants âgés de plus de sept ans, et que dorénavant il y aurait lieu de supprimer les ministres qu’on avait établis pour les baptêmes et les mariages, lesquels devraient se faire à l’église catholique.
La dernière clause de l’édit révocatoire jeta beaucoup de confusion et dp^ trouble dans l’affaire des conversions. Elle portait expressément que, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de les éclairer, les réformés qui n’avaient pas abjuré pourraient vivre tranquilles sans être troublés ni empêchés sous prétexte de religion, à condition de ne faire aucune manifestation de leur culte. Les religion naires espérèrent que cette clause allait faire cesser la persécution, et les nouveaux convertis, auxquels les «opiniâtres» reprochaient leur peu de courage, cessèrent d’aller à la messe. Foucault demanda à Louvois qu'on l’autorisât à faire le procès, « comme à des perturbateurs du repos « public, • à ceux qui interprétaient ainsi l’édit et semaient des discours contraires à son esprit3. Louvois lui répondit que c’était inutile, • puisqu’il n’y avoit qu’à donner des logemens
1 Dépêche de Louvois à Foucault, du
1 4 septembre i685, p. 5t4 Le ai octobre -suivant, il faisait 1a même recommandation a Mariilac. intendant à Rouen.
(Rulhière, SclainisiemtnU , 1. 1, p. 33a.)
* Au commencement de 1687, les biens
des ministres qui étaient sortis en it>85. avec la permission du roi. [tirent saisis et leurs revenus confisqués. ( Vov. dépêche de Louvois à Foucault, du 37 janvier 11187, p. 834.)
’ Mémoim , fin d'octobre t685, p. 137.
oi vin INTRODUCTION.
* à ceux qui ne se voudraient pas convertir, pour les détromper «en peu de temps1 *. » Revenant, quelques jours plus tard3, sur le même sujet, à l'occasion de religionnaires qui, sous prétexte du dernier article do l’édit, avaient eu l’insolence d’apporter des requêtes à Foucault, Louvois lui expédia copie d’une instruction qu’il avait envoyée, «par ordre de Sa Majesté,* au duc de Noailles, commandant en Languedoc pour le duc du Maine, gouverneur de cette province. Il faut, disait-il, dans les commencements, avoir plus de sévérité et mettre plus de gens de guerre chez les religionnaires, * pour les mieux détromper de « la fausse idée qu’ils ont prise de l’édit. » Il est bon cependant de se défier des dénonciateurs, et «d’essayer d’empêcher que « le zèle trop ardent de quelques ecclésiastiques , ou l'aversion « que les provinciaux ont les uns contre lesautre?, ne les portent » à exagérer ou à donner des avis entièrement faux. » Mieux vaut fermer les yeux en beaucoup de cas et ne punir que les scandales publics. A l’égard de la noblesse, le logement ne doit être que le dernier moyen. 11 faut essayer auparavant de la prendre en détail, de l’inquiéter sur ses titres, sur les violences qu elle pourra avoir commises, etc. «En un mot, Sa Majesté désire
* que l’on essaye par tous moyens de leur persuader qu’ils ne » doivent attendre aucun repos ni douceur chez eux , tant « qu’ils demeureront dans une religion qui déplaît à Sa Ma- « jesté; et on doit leur faire entendre que ceux qui voudront
* avoir la sotte gloire d’y demeurer des derniers pourront en- « core recevoir des traitemens plus fâcheux s'ils s’opiniâtrent « à y rester 3. »
1 Dépêche à Foucault, du 8 novembre
i685. p. 5ig.
* Dépêche du 20 novembre i685, p. 5a 1.
* Dépêche de Louvois au duc de Noailles, du 6 novembre i685, p. 5aa.
Rulhière, Eclairctst. t. 1 , p. 344 , cite une au Ire dépêche de Louvois au duc de
INTRODUCTION. u-ix
Vers le même temps, Foucault fil un discours auxreligionuaires du haut Poitou. Nous ne dirons rien de cette curieuse pièce qui s’explique assez par elle-même et qu’on trouvera tout entière aux Mémoires1. Son auteur remarque seulement qu’il en résulta peu de conversions.
Se conformant aux ordres qu’il avait reçus d’examiner les titres de la noblesse religiounaire. Foucault taxa d'oflice à la taille vingt-six « prétendus gentilshommes > d’un seul coup ’. Ils réclamèrent si fort, que leurs plaintes parvinrent jusqu’au roi. Ils prétendaient que, • sans avoir examiné leurs titres ni même «les avoir fait assigner pour les représenter,» l’intendant les avait mis brusquement à l’imposition de la taille. Louvois lui écrivit à ce sujet en termes fort durs3. Foucault s’empressa de se justifier etd’envoyerun mémoire pour servir de réponse aux placets qu’on avait présentés au roi 4. Le résultat fut qu’on mit en prison les deux « plus séditieux » d’entre ceux qui les avaient présentés, « pour les punir de la supposition qu’ils « avoient faite par leurs placets 5. »
Le roi ayant décidé que les parlements poursuivraient les relaps, cest-à-dire les nouveaux éonvertis qui, en danger de mort, refuseraient les sacrements de l’Église, Foucault fit remarquera Louvois qu’on ferait mieux de le charger de ces poursuites, qui avaient été exercées auparavant par M. de Dàville, «ces exemples n'étant utiles qu'autant qu ils sont prompts, et « le Poitou étant fort éloigné de Paris 6. » La commission qu’il
Noailies, du 5 novembre, qui disait les mêmes choses en termes differents.
1 Mémoire i, a novembre it>85, p. *39 et suiv. Compares ce discours à ceux que lirent à Houen le marquis de Beuvroo et l'intendant Marillac, dans Hoquet, Hi»
toirt du parlent, de Norm. b VI, p. 1^7.
* Mémoire* , p. i38.
* Dépêche du 8 novembre 1 685 .
1 Mémoire. , ib novembre (685, p 1 46.
* Dépêche de Louvois à Foucault, du a a novembre (685, p. 5a4.
* .Mémoire*, novembre i685. p. 1 47.
clx INTRODUCTION,
demandait lui fut sans doute accordée, car, à quelques mois de là, le 9 avril 1686, il raconte avoir jugé au présidial de Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d’une femme qui, après avoir abjuré depuis trois mois, avait refusé les sacrements avant de mourir, malgré les instances de son curé \
Cependant le bas Poitou comptait encore une certaine quantité de gentilshommes qui ne se convertissaient pas, malgré les espérances que Foucault en avait données1 * * 4. Louvois patienta d’abord, et ordonna à l’intendant de prendre cette noblesse en détail, en l’attaquant dans ses titres. « L’intention de « Sa Majesté est de suivre cette voie-là pendant un mois, au- ■ paravant que d’en prendre déplus dures3. » Mais la patience lui échappa avant que le mois fût écoulé, et, le 17 novembre, il écrivait à Foucault: «Le roi. m’a commandé de vous faire « savoir que son intention est que les dragons du régiment « d’Asfeld, qui sont chez les gentilshommes de la R. P. R. du ^ « bas Poitou, y demeurent jusqu’à ce qu'ils se soient convertis, « et qu’au lieu d’y vivre avec le bon ordre qu’ils ont fait jus- « qu’à présent, l’on leur laisse faire le plus de désordre qu’il se « pourra, pour punir cette noblesse de sa désobéissance4. » Les ordres se succèdent alors avec une extrême vivacité, pour faire saisir et administrer les biens des émigrés de manière à ce qu’ils n’en pussent tirer aucun revenu, faire raser leurs maisons après quatre mois d’absence, mettre en prison ceux qui
1 Mémoires, p. i55. Celle pratique de
traîner les cadavres des relaps sur la claie
ne fut abolie que treize ans plus lard, au
moment où la rigueur des poursuites se rcUcha. (Voyez 4 cet égard une circulaire de Pontcharlrain aux intendants, du 5 juin 1699. dans Depping, Corres-
pondance administrative sous Louis XIV, L IV. p. 43a.)
* Dépêches de Louvois 4 Foucault, des ai septembre et 10 octobre i685, p. 5t5, 5i6.
* Dépêche du a 8 octobre i685, p. 5i8.
INTRODUCTION, oui vendu leur fourrage pour éviter d’cnlretenir les troupes, et, en général, ceux qui n’ont plus de quoi les nourrir; envoyer les plus opiniâtres dans des châteaux forts, etc.1 *
En janvier 1G86, Foucault regardait tout le Poitou comme converti*, à l’exception de cinq ou six cents fugitifs et prisonniers. 11 ne s’agissait plus que de maintenir les conversions. Pour forcer les réunis d’aller à la messe, on aurait été en droit de punir de l'amende ceux qui négligeaient de s’y rendre, en s'autorisant de l’exemple de la reine Jeanne, qui avait envoyé en prison les catholiques quand ils faisaient leur devoir; mais Foucault manda à Louvois qu’il valait mieux « se servir du « ministère des dragons, » et le roi approuva ce procédé3. Foucault réclama aussi contre les prédicateurs qu’on avait pris parmi les Pères de l’Oratoire pour les envoyer dans la province; ils avaient la prétention de ne prêcher que dans les villes et refusaient d’aller dans les bourgs et villages. « La vie * scandaleuse des curés dans plusieurs paroisses • offrait encore un obstacle considérable à la sincérité des conversions, et Foucault obtint des ordres pour envoyer trois d’entre eux dans le séminaire de Richelieu*.
Cependant la conversion n’empêchait pas l’émigration. Le 19 février 168G, Louvois avait écrit à Foucault qu’il serait à propos de prendre des mesures dès le printemps pour empêcher la désertion des nouveaux convertis ; « mais, ajoutait-il, Sa Ma-
1 Voy. les dépêches de Louvois u Foucault des deux derniers mois de i685.
* L'a (Taire des conversions semblait si bien terminée, que, le 27 avril 1686 (p. 527), Louvois témoignait , de la part du roi, un véritable étonnement que deux gentilshommes habitant à la campagne,
dans le diocèse de Luçon , ne fussent pas
encore convertis. Il recommandait à Fou.cault ■ de tenir la main à ce que cela ■ finisse au plus tôt. »
* Mémoires, p. iba. Dépêche de Lou vois à Foucault, du 6 mars 1686, p. 026; jes Mémoire» (p. i55) datent mal à propos cette dépêche du 10 mars.
1 Mémoires» lévrier i68C,p. i5a.
CLÏII
INTRODUCTION
«jesté croit qu’il vaudrait mieux en laisser passer quelques- « uns que d’établir une contrainte qui ruinerait entièrement « le commerce • Le 3 mars suivant *, Seignelay revint sur le môme sujet, et donna des ordres précis à Foucault pour qu’il envoyât sur les côtes des hommes de confiance qui pussent empêcher les embarquements.
L'année se passa ainsi avec assez de calme, sans qu’on pressât trop vivement les nouveaux convertis de s’approcher des sacrements, de peur de profanation1 * 3 *. Foucault remarque que la maladie du roi avait refroidi le zcle des nouveaux convertis, mais que la nouvelle de sa guérison l’a réchauffé \ 11 trouve aussi que l’on prenait des voies sûres pour convertir les gentilshommes en leur donnant des pensions, en plaçant leurs enfants, et en mettant les opiniâtres à la taille5.
Le 1 8 octobre 1 686, Louvois écrivit à Foucault® que le comte de Tessé avait proposé au roi une ordonnance pour mettre des inspecteurs à la porte des églises, afin de s’assurer si les nouveaux convertis allaient à la messe et aux catéchismes; maisque Sa Majesté ne l’avait pas approuvé, et quelle « ne désire pas que «l’on fasse rien qui sente l’inquisition ni qui puisse augmenter « l’aversion que les nouveaux convertis ont pour notre reli- « gion. » Le seul parti à suivre est de punir très-sévèrement ceux qui causent des scandales publics, de prendre les autres par la douceur et d'obliger les enfants à aller aux catéchismes.
Le 8 décembre suivant, une instruction secrète du roi7 confirma, en la développant, la lettre précédente. Il paraît que 1 idée du comte de Tessé n’était pas restée partout à l’état de
1 Mémoires, p » S4-
* Ibid. 18 juillet 1686, p. i58.
* Ibid, ("juin iGSG, p. 187. Cependant
le roi n’étiit pas guéri , puisqu'il subit u In
• gronde opération ■ à la fin de l'année.
1 Ibid. 3i octobre et fin de 1686, p. 161, 171.
7 Annexée aux Mémoires, p. 161.