‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 2 sur 115 · MANUSCRITS. PUBLICATION · texte numérisé non relu

MANUSCRITS. PUBLICATION

Le manuscrit original des Mémoires de Foucault appartient à la Bibliothèque impériale (Supplément français, n° i5o); il forme un volume in-folio composé de 288 feuillets, parmi lesquels se trouvent quatre pièces imprimées1. Le titre est conçu en ces termes : » Mémoires de messire Nicolas Joseph Foucault, « conseiller d’état ordinaire, chef du conseil de S. A. R. Madame «Elisabeth Charlotte de Bavière, palatine du Rhin, duchesse « douairière d’Orléans. »

Cet intitulé n'est pas écrit delà main de Foucault, mais de la même qui a mentionné au-dessous la remise des Mémoires à la Bibliothèque du roi, en 1738, par M. de Boze (c’est probablement la main de M. de Boze lui-même). Il n’a donc aucun caractère authentique; et, comme il tendrait à donner une idée fausse du contenu des Mémoires, qui s’occupent surtout des intendances de Foucault, et nullement de ses fonctions de chef du conseil île la Palatine, nous n’avons pas hésité à

faites à Caen pour la naissance du duc de Bretagne, en 1704 ; et 4* l'affiche annonçant l'ouverture de la classe d'hydrographie et de mathématiques au collège des Jésuites de Caen, le 26 mars 1706.

’ Trois brochures petit in-4*, savoir :

rit relation de la fétu de Poitiers pour l'érection de la statue du roi, en 1687; a* le canevas de la tragédie représentée au collège des Jésuites de Poitiers, en 1688; 3* la relation des réjouissance»

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en supprimer la dernière partie et à n'en conserver que le nom de l’auteur.

Sauf quelques pièces officielles, une lettre signée du roi, un petit nombre de dépêches et lettres ministérielles et quelques papiers de famille, les Mémoires sont, d'un bout à l’autre, de la main de Foucault lui-même. 11 les a écrits avec une grande négligence, sur des feuilles volantes d’inégale grandeur. Évidemment il ne les destinait pas à la publicité, et n’avait d'autre but, dans cette œuvre de sa vieillesse, que de se résumer à lui-même les événements de sa vie passée.

A part un petit nombre de passages exceptionnels, les Mémoires sont invariablement rédigés par alinéa séparés, sans aucun rapport entre eux, et dont chacun contient, le plus souvent, le résumé d’une pièce que Foucault avait conservée dans ses archives. Le style s'en ressent : il a le ton d’une analyse de documents, exacte jusqu’à la reproduction des termes , et parfois les tournures d’une lettre analysée s’y glissent au milieu même de la narration.

L’ordre chronologique est suivi en gros, mais subordonné à la confusion des papiers dans les archives de Foucault. Il notait les événements à mesure que chaque pièce lui tombait sous la main, se répétant quand il en rencontrait deux analogues, et brouillant sans cesse la suite des mois et même des années. Cette manière de procéder a sans doute l’inconvénient d’embarrasser et d’alourdir la marche des Mémoires et de leur ôter tout mérite littéraire; mais on ne saurait disconvenir qu elle leur communique en même temps un grand caractère de certitude et d’authenticité, en dépit de quelques erreurs de dates et de noms, lapsus calami qu’explique assez la vieillesse de l’auteur.

En effet, les Mémoires de Foucault n’ont pas été écrits jour par jour tout le long de sa vie; la date à laquelle on eu doit rap-

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porter la rédaction se laisse fixer, d’une manière au moins approximative, par quelques erreurs et par certaines allusions. Des interversions de dates, des distractions, comme Caen pour Cahors, sont d’abord la preuve qu’ils furent écrits au plus tôt pendant l’intendance de Caen. On précise de plus près l’époque au moyen du passage suivant: « Le 29 octobre 1687, ma femme * est accouchée d’une fdle . . . C’est le huitième enfant; il en reste « (fualre. » Or la famille de Foucault ne fut réduite au nombre de quatre enfants que parla mort de sçm fds Guillaume, en 1704 Les Mémoires ont donc été rédigés postérieurement à cette date, et l’on peut croire, avec toute vraisemblance, qu’ils ne l’ont été qu’après 1 706, lorsque le rappel à Paris lui eut donné des loisirs qu’il n'avait pu trouver au milieu des tracas de l’administration provinciale, et que la vieillesse lui inspira la pensée de réunir ses souvenirs. On pourrait même pousser la conjecture encore plus loin : une erreur de plume qui lui fait écrire le 13 janvier 17 17, au lieu du 13 janvier 1677 \ et plus loin une allusion faite, sous la date du 18 octobre 1700, à une mesure prise en 1718", autoriseraient à supposer que Foucault n’écrivit ses Mémoires que dans les cinq ou six dernières années de sa vie. Le caractère sénile des erreurs et des répétitions dont ils fourmillent témoigne de la vraisemblance de cette opiniou.

Avant sa mort, Foucault remit son manuscrit entre les mains de M. de Boze, son collègue à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui, dans une note ajoutée plus tard à l’éloge de Foucault, qu’il prononça, en 1721, devant la docte compagnie1 * 3, déclare qu’il l'a «déposé à la Bibliothèque du roi.» Mais, en 1721, M. de Boze parlait sans doute d’une intention

1 Mémoires, p. 4o. et belle* lettres, par MM. de Boze et l’abbé

s Ibid. p. 330- Goujet ; Pari» , Guérin , 1740. in- 1 a , t. II ,

Histoire de l'Académie de t inscription! p. a47-

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comme d’une chose faite, car voici ce qu’on lit dans une note qui suit immédiatement le titre du manuscrit, et qui paraît écrite par M. de Boze lui-même : « Ces Mémoires, écrits de la » main même de M. Foucault, ont été donnés et remis à la « Bibliothèque du roi, par M. de Boze, au mois de mars 1738. » Une note d’une autre écriture, insérée immédiatement audessous de la première, fait justice de ce que ces termes pourraient impliquer de trop libéral, en nous apprenant que « ces « Mémoires ont été remis par M. de Boze, par un échange pour « le Psautier de Milan de 1 48 1, tiré des livres de feu M. l’abbé «deTargny1. Le roi en fit réserver quelques volumes, qui ont « été estimés et payés. »

Nous ne pouvions songer à publier ce manuscrit tel qu'il est, et dans l’état de désordre qu’il doit un peu au relieur et beaucoup à l’auteur. Notre tâche a été rendue plus facile par cette circonstance que nous mentionnions tout à l’heure, c’est qu’il n’existe absolument aucune liaison de sens d’un alinéa à l’autre, et que chacun d’eux est isolé et représente à lui tout seul l’analyse d’une pièce détachée des archives de l'auteur. Dès lors, sans porter la moindre atteinte au sens et sans détruire une cohésion qui n’existait pas, nous avons pu établir partout l’ordre chronologique, qui est le plus simple de tous, et que l'auteur avait eu lui-même la volonté d’introduire et de suivre rigoureusement, car les pages de son manuscrit n’ont pas d’autre intitulé ni d’autre pagination de sa main que les années qu’il inscrivait en tête. Nous ne nous sommes écarté de la suite des dates que dans d’étroites limites, et pour grouper ensemble des faits qui se suivaient ou se rapprochaient naturellement.

1 Le fonds de l'abbé Targny, autrefois verses autres matières. (Leprince, Estai garde de )a Bibliothèque, était composé historique sur la Bibliothèque du roi, 178a, de manuscrits sur ta théologie et sur di- p. 221.)

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Dans un grand nombre d’alinéa, Foucault laisse en blanc le quantième ou même le mois. Lorsque aucun document extérieur ne nous a aidé à préciser la date, nous avons rejeté les alinéa de ce genre à la fin du mois, si c’était seulement le quantième qui manquait, et à la fin de l’année, si c’était le mois.

Nous avons dû prendre aussi un parti pour les répétitions des mêmes faits, qui sont nombreuses dans le manuscrit. II nous a paru que celles qui faisaient absolument double emploi pouvaient être supprimées sans inconvénient; nous avons donné en note toutes celles qui fournissaient la moindre variante, et enfin nous avons conservé dans le texte même celles dont le double emploi n’était pas bien sûr, ou qui offraient un véritable intérêt.

L’orthographe de Foucault étant assez capricieuse, et ne pouvant offrir, d'ailleurs, aucun intérêt littéraire ni philologique, nous avons pris le parti de la corriger, comme aurait pu le faire en 1730 un bon imprimeur, si l’auteur avait songé à cette époque à publier ses Mémoires, qui s'arrêtent en 1719. Cette méthode, qui facilite la lecture, a été appliquée à tous nos grands classiques, et à plus forte raison nous a-t-il semblé qu elle devait l’être à un ouvrage dont l’intérêt est dans le fond, et nullement dans la forme. Nous l’avons étendue aux Correspondances ministérielles qui suivent les Mémoires, avec d’autant plus de motifs, que la copie de la Correspondance de Colbert , à laquelle nous avons eu recours, est elle-même écrite suivant une orthographe très-réformée et conforme en plus d’un point à celle que nous avons adoptée.

Un mot maintenant sur les documents que nous avons ajoutés aux Mémoires. Nous nous sommes donné pour tâche de rechercher dans les dépôts publics de Paris toutes les correspondances

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officielles qui pouvaient concerner Foucault, afin d’en éclairer ses Mémoires et de publier les pièces d’un intérêt sérieux. Dans ce but, nous nous sommes d'abord adressé aux Mélanges de Colbert, connus sous le nom de Collection verte (Mss. de la Bibl. impér.): ils contiennent les lettres adressées à Colbert par les intendants, et s’arrêtent à la fin d’août 1677. Nous en avons tiré quelques pièces de la main de Foucault ou se rapportant à ses Mémoires, assez peu de chose en somme. Nous avons compulsé ensuite les dépêches de Colbert, contenues aux Mélanges de Clairambault (ibid.) sous le titre de Registre des dépêches de monseigneur Colbert à MM. les inlendans et autres, depuis le [i" janvier 1679] jusqu’à [fii fin d'août 1683]. Ici les documents utiles abondent. Ils sont de deux sortes : Foucault recevait non-seulement les dépêches qui n’étaient adressées qu’à lui, mais aussi les circulaires expédiées soit à tous les intendants, soit à un certain nombre d’entre eux, parmi lesquels il était désigné. De toutes ces pièces, nous publions in extenso celles qui le méritent; et quant à celles qui sont d’un moindre intérêt, nous avons pensé quelles avaient au moins l'avantage de donner une idée de l’activité du grand ministre ; c’est pourquoi nous les avons mentionnées à leur date, avec indication sommaire de leur contenu. Nous espérons qu’on nous saura gré de ce spécimen, le plus complet qu’on ait encore publié de la correspondance entière de Colbert avec un de ses subordonnés.

Après Colbert, Louvois était le premier qui devait attirer notre attention. Les minutes de ses dépêches forment une magnifique collection aux archives du Dépôt de la guerre. On en compte près de trois mille adressées à Foucault, relatives, pour le plus grand nombre, à des questions particulière d’administration militaire. Devant une telle abondance, nous avons

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dû nous restreindre au strict nécessaire, et ne choisir, pour la publication, que les pièces les plus importantes au point de vue des Mémoires.

Enfin la dernière collection à laquelle nous ayons eu recours est le Recueil des lettres du chancelier Pontchartrain (Mss. de la Bibl. impér. fonds Mortemart). Cette correspondance a infiniment moins d’importance et d’étendue que les deux autres; nous en avons extrait quelques pièces offrant un certain intérêt, et nous avons indiqué le reste sommairement.

En terminant ces préliminaires, on nous permettra de nous féliciter de la bienveillance avec laquelle MM. les employés des deux Dépôts publics que nous avons consultés ont mis à notre disposition les pièces dont nous avions besoin; et nous saisirons aussi cette occasion de témoigner notre gratitude à quelques personnes dont l’amitié nous a été d’un grand secours, notamment à M. Chéruel, qui a bien voulu éclairer de ses conseils la publication de ces Mémoires, qu’il connaît mieux que personne, et à M. Eudore Soulié, conservateur du Musée de Versailles, déjà préparé aux travaux de ce genre par sa grande publication du Journal de Dangeau, et qui nous a apporté, en plus d’un endroit, l’affectueux et utile concours de sa savante collaboration.

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