‹ Mémoires de Nicolas-Joseph FoucaultChapitre 3 sur 115 · BIOGRAPHIE DE FOUCAULT · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE DE FOUCAULT

Les origines de la famille paternelle de Foucault sont obscures. Il nous apprend seulement que son bisaïeul, Nicolas Foucault, né à Poissy en i55o, mourut à Paris en 1626, et fut enterré en l’église de Saint-Germain-le-Vieil, où il avait

INTRODUCTION. xi

fondé un obit, ce qui indique une certaine aisance1. Son fils, Claude Foucault, aïeul de Nicolas-Joseph, né à Poissy en i58o, fut pourvu, par achat, en 1 6 1 3 , de la charge de grand maréchal féodal de l’abbaye de Saint-Denis. Cet office avait eu, au moyen âge, un sens et des fonctions réelles de surveillance sur les chevaux de l’abbaye, sur ses vassaux et sur ses domestiques, avec la police qui s’y rapportait; mais, par la suite des temps , il était tombé à l’état de simple fief héréditaire, dans lequel le grand maréchal féodal de l’abbaye n’avait plus pour fonctions que d’assister à la procession et au service divin le jour de la fête de saint Denis, en tenant, de la main droite, un bâton orné de diamants, et, de la gauche, un côté de la chape de l’abbé. Le non-usage en temps de guerre avait laissé perdre et prescrire par les religieux une partie des droits attribués à cette charge, tels qu’un pain et demi par jour, cent vingt boisseaux d’avoine par an, trois chopines de vin, mesure de Saint-Denis. Cependant elle valait encore quelque chose, car Claude Foucault eut soin de la transmettre à son fils, qui en passa d’abord la survivance à notre Foucault. Mais ce dernier n’en profita pas; son père la vendit en 1679, et elle fut supprimée peu de temps après, lors de la réunion de la inanse abbatiale de Saint-Denis à la maison royale de Saint-Cyr.

Joseph Foucault, père de l’auteur des Mémoires, naquit à Paris en 1612. Les Mémoires sont muets sur la carrière qu’il embrassa d’abord, mais le Journal des bienfaits du roi (ms.) le désigne comme greffier de la chambre des comptes. En 1 655, il fut pourvu d’une charge de secrétaire du roi, et nommé,

1 Les Mémoires ne disent pas à quelle ment, qu'il avait commencé sa fortune profession se rattachait ce personnage; dans le commerce, d'où l'on peut conclure , selon M. P. Qé-

xn INTRODUCTION,

en i658, conseiller d’état à brevet, titre honorifique qu’on ne doit pas confondre avec celui de conseiller d’état ordinaire. En 1661, Colbert, qui le protégeait, le fit nommer greffier de la chambre de justice chargée de juger le surintendant Fouquet. Les procès-verbaux de cette affaire furent rédigés par lui1. Ce fut aussi lui qui dressa l’édit d’août 1669, portant règlement de l’âge requis pour entrer dans les charges de magistrature. Le premier président de Lamoignon faisait grand cas de cette rédaction. L’année suivante, il exerça, par commission, la charge de secrétaire du conseil d’état, qui venait d’être saisie sur le sieur Catelan par la chambre de justice. 11 l’acquit définitivement en 1673, moyennant 3oo,ooott, dont le roi lui donna 5o,ooo. Les gages étaient de près de ]6,ooort, sans compter les droits et profits. Mais, au bout de trois ans, en 1676, il la revendit au prix de 4oo,oooH, et se défit également, pour 5o,oooH, de la charge de secrétaire du roi, probablement dans l’intention de prendre sa retraite, car il avait alors soixante-quatre ans. Il avait épousé, en 1 64 1 , Marie Métezeau, fille de Clément Métezeau, intendant des bâtiments sous Louis XIII, inventeur de la fameuse digue qui fut élevée au siège de la Rochelle, et qui construisit une partie de la galerie de réunion entre les Tuileries et le Louvre, celle qui allait depuis le Vieux-Louvre jusqu’au premier guichet du côté des Tuileries *. Joseph Foucault eut huit enfants de ce mariage, savoir :

1 Ils sont conservés aux Cinq cenls de Colbert, n*’ a35-345 (Mss. Bibl. impér.). sous te litre de Registres de la chambre de justice . cl précédés d'un récit de l'arrestation de Fouquet, rédigé par Joseph Foucault , d'après les documents officiels.

Cette dernière pièce a été publiée par

M. Chéruel, dans son Histoire de l'administration monarchique en France. à l'appendice du 3* volume.

’ Clément Métezeau, d'une famille originaire de Dreux, était lils de Thibaut Métezeau, architecte de Henri IV, et neveu de Paul Métezeau, prêtre de l'Oratoire.

INTRODUCTION

Claude Foucault, née en i64i, décédée en 1675, abbesse de Gercy ou Jarcy-en-Brie ;

Nicolas1 Foucault, auteur des Mémoires, né le 8 janvier 1 643;

Marie-Élisabeth Foucault, née en 1646, morte au bout de quelques jours ;

Marie-Anne Foucault, née en 1 6 48 ; elle épousa M. Petit de Villeneuve, conseiller à la cour des aides;

Joseph Foucault, né en 1649, mort de la petite vérole en i65a ;

Joseph Foucault, né en i654, mort en 1 664 ;

Anne Foucault, née en i655, religieuse à Jarcy, où elle succéda comme abbesse à sa sœur Claude, en 1 675 ;

Catherine-Angélique Foucault , née en 1 66a ; elle épousa le marquis d’Avaray.

Madame Foucault mourut le 4 novembre 1670, laissant un testament par lequel elle avantageait autant que possible son fils Nicolas-Joseph, seul enfant mâle qui lui restât.

En 1 676, Foucault père se remaria à mademoiselle Bossuet, sœur du grand évêque. Ce mariage, désapprouvé par la famille de la femme comme par celle du mari, ne fut pas heureux. Mademoiselle Bossuet avait eu l’adresse de tirer de Joseph Foucault, dans l’année qui précéda et dans celle qui suivit leur union, deux billets montant ensemble à 5o,oooH. Dès 1677, « le divorce s’étant mis dans le ménage, » elle demanda la séparation de corps et le payement de ses billets. Par ordre de Colbert, le duc de Chevreuse accommoda l’aflâire ;

qui avait contribué, avec le cardinal de Bérullc, a la fondation de cet ordre religieux. (Sur ce personnage, voy. Arcèrc, Histoire de la ville de la Rochelle et du pays d’Aulnis, t. Il, p. a68 et 707, et Ph. de

Chennevières, Archives de l'art français, t. I, p. 3/41, note. )

1 Nie. Foucault reçut le second prénom de Joseph lorsqu'il fut confirmé et tonsuré , à l ige de dix ans , le ao août 1 653.

XIV INTRODUCTION

mademoiselle Bossuet reçut 3 0,000 H et la faculté de se retirer

où bon lui semblerait.

Foucault père mourut le 6 juillet 1691, à l’âge de soixante et dix-neuf ans. C’était un homme énergique et d’un jugement solide. Le peu de lettres de lui qui accompagnent notre publication fait vivement regretter la perte des Mémoires de sa vie qu’il avait composés, au témoignage de son fils'.

Passons maintenant à l’auteur des Mémoires, et voyons d’abord son enfance et sa jeunesse.

Né, comme nous l’avons dit, le 8 janvier i643 (il a soin de noter l’heure, «sur les quatre heures du matin,» et l’aspect particulier de ce jour, où, dit-il, « il fit des vents extraor- « dinaires »), il eut pour parrain son grand-père, Claude Foucault, et pour marraine une tante de sa mère. Sa compl exion était fort délicate, et il eut deux fois la petite vérole, la seconde fois très-violente, à l’âge de dix-huit mois. Il n’apprit à lire que peu avant sept ans, et ses maîtres de lecture furent un prêtre de Saint-Eustache et, par une singulière rencontre avec

1 Le président Ilénault, dans ses Mémoires, publiés par son arrière-neveu, M. le baron de Vigan , Paris , 1 855 . le représente comme peu aimable et assez bizarre. Voici ce qu'il dit du père et du iiis, p. 5 :

> Mon père donna à Molière , pour son 'Malade imaginaire, la robe de chambre ■ et le bonnet de nuit de M. Foucault , son

• parent, l'homme le plus chagrin et le - plus redouté de sa famillu, et qui tra- < vailloit toute la journée en robe de chatu-

« bre Il avoit été secrétaire de la

« chambre de justice où fut condamné

• M. Fouquet, et fut père de M. Foucault,

• conseiller d'étal , et de madame la mar-

• qui«e d’Avaray. Ce M. Foucault , conseiller d'état, avoit été successivement intendant de Montauban, de Béarn, de «Poitou et de Caen. Il s’étoil distingué,

• lors de la révocation de l'édit de Nantes .

« par tous les soins qu’il prit pour la con- « version des protestants M. de Bà-

• ville l'aéoit remplacé dans le Poitou . « avant de parvenir, après M. d'Aguesseau , « à l'intendance de Languedoc, où il exerça

• une espece de vice-royauté jusqu'à sa « mort .

Le président Hénault se trompe : ce ne fut pas Bâville qui succéda à Foucault, mais bien Foucault qui succéda à Bâville en Poitou

INTRODUCTION. x»

une comédie célèbre, l’ancien maître de philosophie de son père, alors prébendier de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui lui montra aussi l’écriture et la grammaire A l’âge de neuf ans, en i65a, il entra comme pensionnaire au collège de Lisieux; mais il en fut retiré la môme année, et mis chez un sieur Savary, «qui tenoit des pensionnaires dans la rue Bourtibourg, « pendant les guerres civiles. » 11 en sortit en 1 655 , pour entrer en cinquième au collège des Jésuites ou de Clermont, où il fut plusieurs fois « empereur, » c’est-à-dire premier de sa classe, et remporta chaque année des prix. C’est avec un visible plaisir qu’il se souvient d’avoir eu le premier prix de prose en troisième et d’avoir « été de la tragédie. » En 1 660, son père le retira du collège des Jésuites, et le mit dans celui de Navarre pour y faire sa philosophie. Cette classe occupait alors deux années; à la fin de la première, il soutint une thèse latine; il en devait soutenir une autre à la fin de la seconde et la dédier à Colbert, protecteur de sa famille, mais une maladie l’en empêcha.

Au sortir du collège, il prit le degré de maître ès arts, qui équivalait à peu près à notre baccalauréat ès lettres, et, depuis la Saint-Remy (1" octobre) 166a jusqu'au mois d’août 1 663 , il fit une année de théologie. Cette étude était une affaire de dévotion, et peut-être aussi de précaution. Déjà, dix ans auparavant, en recevant la confirmation, Foucault avait été tonsuré, et rendu capable ainsi d’obtenir des bénéfices. A l’année de théologie succéda une année de droit, qu’il paraît avoir passée chez son père avec des maîtres particuliers, et au bout

1 L’anecdote de la robe de chambre, que noua avona citée plus haut, prouve certainement que Molière avait entendu parler de la famille Foucault. Serait-il trop hardi de supposer que le père du prési-

dent Hénault avait pu aussi raconter devant lui ('histoire du maître de philosophie réduit à se faire maître d’école, et qu’il s’en souvint en écrivant le Bourgeois jentilhomme?

xvr

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de laquelle, en i664, il fut reçu licencié en droit canon et civil à Orléans, et avocat au parlement de Paris. Il y plaida, dans le courant de i665, quelques affaires que les Mémoires rapportent d'une façon peu claire; mais il ne tarda pas à quitter cette profession pour les fonctions publiques, auxquelles l’appelaient naturellement la position de son père et sa faveur près de Colbert.

Au mois d’octobre i665, Colbert le nomma secrétaire, aux appointements de 4,ooo H, d’une commission chargée de procéder à la réformation delà justice, et composée de Pussort, conseiller d’état, des maîtres des requêtes Voisin, Caumartin, Hotmail et Le Pelletier, et des avocats Auzanet, Lhost, Ragueneau, Biiain etGomont1. La grande ordonnance civile d’avril 1667 fut un des résultats du travail de cette commission. Foucault paraît aussi avoir travaillé, avec M. d’Herbigny et avec les avocats Gomont et Biiain, à la préparation du Code maritime. Du moins, il est certain que Colbert eut l’intention de les charger de ce travail a.

En 1666, M. Deffita, qui devenait lieutenant criminel à la place de Tardieu, dont l’avarice a été chantée par Boileau, vendit à Foucault sa charge de procureur du roi des requêtes de l’hôtel et procureur général des chancelleries de France. Cet office valait bien 80,000 H; mais, comme on venait de céder à Deffita, moyennant i5o,oooH, la charge de lieutenant criminel, qui en valait a 00,000, Colbert exigea de lui, en même temps, qu’il traitât avec Foucault au prix de 5o,oooH seulement. Les épices de cette charge ne montaient pourtant qu'à i,3ooH, dont il fallait déduire un tiers pour l’avocat du roi; mais, en 1667, le roi accorda à Foucault une

1 Chéruel, HitL êc l'administr. monar- * Colbert, cité dans Chéruel, oavr. cit.

chique en France, 1. 11, p. a5y. p. a45.

INTRODUCTION, pension de i,200m, tant qu'il remplirait celte fonction. Il y fut reçu le 3 septembre 1666 et installé le jour suivant.

Immédiatement après, le 20 septembre 1666, il recevait une commission de procureur général de la recherche de la noblesse pour tout le royaume, excepté Paris, aux appointements de i,5ooH; mais il n’y gagna par an que 5oo **, car il en donnait 1,000 à un ancien magistrat qui l’aidait dans l'examen des titres. On le commit en même temps procureur du roi dans la recherche de ceux qui avaient bâti, dans les faubourgs de Paris, des maisons au delà des bornes prescrites par l’édit du toisé de 1 64 4 - Toutes ces fonctions comportaient le titre de conseiller d’état à brevet, dont les lettres lui furent expédiées le 10 octobre 1666.

Les choses durèrent ainsi jusqu'au commencement de 1671, où Foucault acquit de M. de Marillac, moyennant 97,000 H, la charge d’avocat général du grand conseil, qui n’avait pourtant de gages que i,5ooH et 4oo N de pension; mais, en octobre 1672, le roi y ajouta une pension de 600 H. Pour occuper cette nouvelle fonction, Foucault eut besoin d une dispense d’âge, car on exigeait trente ans et il n’en avait que vingt-huit. Il conserva en même temps ses commissions de procureur général de la recherche de la noblesse, et de secrétaire de la commission pour la réformation de la justice, où il acquit même voix délibérative par son nouveau titre.

Au commencement de 1672, la charge de procureur du roi des requêtes de l’hôtel fut vendue à M. Maboul, moyennant 78,000*, avec un bénéfice de 28,000 H.

Le 20 octobre 1673 1 , le grand conseil étant allé à Versailles féliciter le roi sur son heureux retour de l’armée de

1 Et non 1671, comme le disent par erreur les Mémoires. ( Voy. l'extrait de la Gatetle, cité à la note i de la page 16.)

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Hollande, Foucault porta la parole après le président Barentin, et fit un compliment « qui fut des mieux reçu de Sa Majesté « et applaudi de toutes les personnes de qualité présentes à « cette action. »

Le roi ayant créé, par édit de janvier 1674, Huit nouvelles charges de maître des requêtes, Colbert fit entendre au père de Foucault que son fils devait en prendre une, et qu’il serait nommé aussitôt à une intendance de province, à son choix parmi trois qui vaquaient. Cette ouverture fut acceptée avec empressement, et la charge acquise moyennant i5o,oooH, plus 1 7,000 w environ pour dispenses d’âge et de temps de service. Le 1 7 février, Foucault fut présenté par Colbert au roi, qui le reçut très-gracieusement. Le 18, il prêta serment entre les mains du chancelier d'Aligre, et, le 3 mars, il fut reçu au parlement, dont les maîtres des requêtes étaient membres, et prit place à la grand' chambre. Dès le dernier février, il avait reçu la commission d intendant de Montauban, en remplacement de M.de Brou. Au commencement de juin, il vendit sa charge d’avocat général au grand conseil à M. de Maupeou, moyennant 1 30,000 H, réalisant à cette vente un bénéfice de plus de 3 0,000

Les appointements d'intendant de la généralité de Montauban étaient de i8,3ooH, y compris les gages du secrétaire et des hoquetons, constituant ce qu’on appelle aujourd’hui les frais de bureaux. En y ajoutant quelques gratifications et ce que lui donna son père, il eut à sa disposition, pour l'année 1 674, a4,6ooM. Mais son installation lui coûta beaucoup plus, et il dépensa 39,700 H, y compris 10,000 H pour se monter de vaisselle d’argent. Quelques emprunts, soigneusement notés dans les Mémoires ainsi que tous ses comptes d’intérêt, pourvurent à ces nécessités extraordinaires.

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Foucault quitta Paris le i" mai, et arriva le 20 à Montauban, après avoir passé par Bordeaux, où il conféra avec M. de Sève, intendant de la généralité de Bordeaux, et qui l’avait été auparavant de celle de Montauban

Dès qu’il se vit installé dans son intendance, son premier soin fut de chercher à se marier. On lui proposa d’abord la fdle unique d’un président à mortier du parlement de Toulouse, exilé de cette ville pour avoir fait de l’opposition au premier président Fieubet et à la vérification de quelques édits; le futur beau-père posait comme condition qu'on obtînt son rappel; mais le roi était trop indisposé contre lui pour qu’on osât en faire la proposition, et l’affaire manqua. 11 s’en lia bientôt une autre, et le a4 novembre 1675, Foucault épousa, à Paris, en l’église de Saint-Louis-en-l’Ile, mademoiselle Marie de Jassaud, fdle de M. de Jassaud, doyen des maîtres des requêtes, parent de Fouquet. Elle était âgée de vingt ans et apportait à son mari une dot de 120,000". De son côté, le père de Foucault donnait à son fils ioo,oooH en avancement d’hoirie, et reconnaissait comme lui appartenant la charge de maître des requêtes et la moitié des biens laissés par sa mère. Foucault se trouvait donc dans une brillante position de fortune. Nous verrons plus loin qu'il sut en faire un noble usage.

1) eut de son mariage huit enfants, savoir : i° Nicolas-Joseph Foucault, né à Montauban, le 22 février 1677;

20 Marie-Anne Foucault, née à Montauban, le 23 avril 1678 ; elle vint au monde « contrefaite, par la faute de sa mère, « qui , pour ne pas devenir trop épaisse, se faisoit serrer le corps • à force; » religieuse à Jarcy;

3° Marie- Angélique Foucault, née à Montauban, le 26 février i(i8i. morte à Poitiers, le 5 novembre 1 680;

XX INTRODUCTION

4° Marie-Thérèse Foucault, née à Montauban, le 19 décembre 1 68 1 , morte à Pau, le 19 septembre ï 684 ;

5° Henriette Foucault, née à Pau, le 20 juin 1 684 ; elle vint au monde dans le lit où était né Henri IV, et fut élevée dans son berceau; religieuse à Saint-Jean-de-Bonneval près Thouars;

6" Guillaume Foucault, né à Poitiers, le 7 novembre 1 685 , mort en 1 704 ;

70 Anne Foucault, née à Poitiers, le 29 octobre 1687; religieuse à Jarcy;

Et 8° une autre fille, qui ne vécut pas.

La mort de Colbert (6 septembre i 683) fut une grande perte pour Foucault. » Mon père et moi, dit-il , nous lui avions « l’obligation de nos établissements. lia donné du relief à notre « famille par les charges et les emplois qu’il nous a procurés. ■ C’est le plus grand ministre pour les finances et la police du « royaume qui ait jamais été. » Il eut bientôt à s’apercevoir de l’étendue de la perte qu’il faisait, car, au lieu de lui donner de l'avancement et de le rapprocher de Paris, on l’envoya, au mois de janvier suivant, remplacer à Pau M. du Bois-Baillet, dont toute la province se plaignait. Le chancelier Le Tcllier, qui protégeait ce dernier, le fit permuter avec Foucault, contre lequel il avait de mauvaises impressions '. Foucault perdit beaucoup au change, tant pour la distance de Paris que pour l’importance de la généralité, celle de Béarn étant la moindre du royaume : double malheur pour lui, car le besoin de faire valoir ses services et de regagner la faveur perdue fut peutêtre un des motifs du zèle exagéré qu’il déploya contre les religionnaires.

1! supporta bravement son échec, et écrivit immédiatement

‘ Yroy. Mémnires, p. 1 45.

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au roi, pour l’assurer qu’il porterait la même application au bien de son service et au soulagement des peuples en Béarn qu’il avait fait à Montauban. Cependant il songeait toujours à quitter l’intendance pour une charge, tantôt de president au grand conseil, tantôt de premier président du parlement de Bretagne, ou de Rouen, ou de Bordeaux, ou de Toulouse; tantôt pour l’ambassade de Constantinople, qu’il désira trèssérieusement, et que demanda pour lui Colbert de Croissy, son protecteur depuis la mort du grand Colbert. Mais c’était le moment où Foucault avait entrepris ses poursuites contre les religion na ires du Béarn, et plus tard contre ceux du Poitou; aussi Croissy eut-il beau revenir à la charge, le roi refusa toujours, par des motifs que Foucault juge honorables pour lui, c’est-à-dire en déclarant que, dans la conjoncture des affaires de la religion, Foucault lui serait plus utile en France qu’à Constantinople, et qu’il devait rester pour achever ce qu’il avait « si bien commencé. •

Le 1 " mars i684, il s'installa à Pau, dans le château de Henri IV, et la môme année, dans un voyage qu’il fit à Paris, il obtint du roi une audience dont nous dirons quelque chose plus loin, en parlant des affaires de la religion. Le roi l’accueillit fort gracieusement, et cette faveur, ainsi que sa conduite envers les réformés, disposa mieux pour lui le chancelier Le Tcllier, qui , ayant reçu une lettre anonyme remplie d’invectives contre Foucault, et où on l’accusait «de prendre (tes présens, • se contenta de la lui renvoyer avec des témoignages d’estime et de satisfaction de sa conduite.

Foucault fut récompensé de son zèle contre les religionnaires par l’intendance de Poitou. Il y fut nommé au mois d’août 1 685, et arriva à Poitiers le 7 septembre, retrouvant ainsi, après moins de deux ans d’éloignement, une généralité

un

INTRODUCTION, plus importante et plus proche de Paris que celles de Pau et de Montauban.

Sur ces entrefaites, le chancellier Le Tellier, qui ne lui avait jamais été complètement favorable, vint à mourir le 3i octobre 1 685. Foucault aurait voulu voir arriver à sa place Pussort, qui était de la famille de ses protecteurs; mais ce fut Bouchcrat qui succéda à Le Tellier. L’intendant ne négligea pas de faire sa cour au nouveau chancelier, dans la personne de son petit-fds par alliance, M. de Vieuxbourg, qui avait été pris de la petite vérole en passant par Poitiers pour aller rejoindre en Languedoc le régiment dont il était colonel. Foucault en fit prendre de grands soins, dont Boucherai le remercia par une lettre qui est conservée aux Mémoires.

A la fin de 1686, il fit un voyage à Paris, et demanda une audience au roi pour lui rendre compte des affaires de la religion. C’était justement l'époque de la grande opération, et Foucault ne fut reçu que lorsque le roi fut entré en convalescence. Le compliment qu il adressa à Sa Majesté à cette occasion est précieusement conservé aux Mémoires, et son auteur en paraît fort satisfait.

Foucault avait tout fait en Béarn pour se concilier Louvois. et c était, en effet, par son influence qu'il en était sorti et avait obtenu la généralité de Poitou, comprise dans le département de ce ministre. Mais les rapports continuels entre eux reveillèrent les antipathies du protégé de Colbert. 11 se buta surtout contre deux créatures de Louvois avec lesquelles il se trouvait en contact, et entama contre eux une lutte inégale qui finit par lui rendre la position insoutenable. Le premier de ces deux hommes était le marquis deVérac, autrefois religionnaire opiniâtre, et maintenant zélé convertisseur. Louvois le comblait de laveurs; il l’avait nommé lieutenant de roi du haut Poitou,

INTRODUCTION. xxnt

où, s’il faut en croire Foucault1, le nouveau converti aurait signalé sa ferveur par les plus violentes dragonnades. Louvois dans ses lettres ne dissimulait pas ses sentiments, et quelquefois il y mêlait les réprimandes à Foucault d’ éloges de M. de Vérac 2 que la comparaison devait rendre blessants pour le premier. M. de Vérac profita de cette position pour se dispenser de tous égards envers l’intendant; et un jour que celui-ci avait fait mettre en prison un nommé Tesnon, accusé de garder chez lui des femmes de sa famille non converties et d’avoir déclaré au subdélégué qu'il ne les ferait point convertir, M. de Vérac, qui protégeait ce Tesnon comme fermier de son beau-frère, envoya tout simplement ses gardes le tirer de la prison à force ouverte. Cette fois Foucault crut avoir trouvé l’occasion, et il se bâta d’envoyer à Louvois un courrier exprès pour l’informer à l'instant même de cet acte de violence. Louvois lui répondit par deux lettres coup sur coup. Dans la première3, il justifie M. de Vérac sur ce que Tesnon aurait opéré sa conversion et celle de sa famille, et, au nom du roi, il engage Foucault à bien vivre avec lui, sauf à surveiller sa conduite et à informer le ministre, « s'il n'alloit pas aussi droit qu'il a paru qu'il alloit « jusques à présent dans les affaires de la religion. » Mais dès le lendemain, 6 août, Louvois, ayant appris dans l’intervalle que Foucault avait fait commencer une information, approuve tout haut l’acte violent de Vérac, « contre lequel, dit-il à Foucault, « et contre ceux qui agissent par les ordres du roi, vous pouvez * bien croire qu’il ne vous appartient pas de faire informer sans « un ordre de Sa Majesté \ »

Foucault dut céder et se résigner à n’avoir « aucune satis-

1 Mémeimttb novembre 1 685, p. t46. 1 P. 539, lettre de Louvoie à Foucault,

1 Lettre de Louvoie 4 Foucault, du 8 du 5 août 1686.

nov. 1 685, dans notre Appendice, p. üao * P. 53o, 1 d. du 6 août 1686.

xxiv INTRODUCTION,

faction de cette entreprise. » La faveur de M. de Vérac alla toujours en croissant. 11 avait été nommé lieutenant général de la province à titre provisoire1 *; il le devint à titre définitif; et, aussi bien vu de Pontchartrain4 qu’il l’avait été de Louvois, il obtint pour son fils la survivance de sa charge.

L’autre protégé de Louvois était le comte de l’Orme de la Massays (ou Massaye), militaire distingué, dont la faveur s’explique aisément. 11 avait été d’abord religionnaire opiniâtre, et Louvois avait envoyé à Foucault3 l’ordre de l’arrêter à cause de ses menées pour empêcher les autres gentilshommes du pays de se convertir. 11 avait même ajouté que, si l'on ne pouvait l’atteindre, il faudrait raser sa maison4. M. de la Massays para ces coups en se convertissant, et, par suite de circonstances que nous ignorons, il s’arrangea pour donner à Louvois l’honneur de cette conversion et se faire conduire par lui à l’église. Foucault prétend qu’au fond il n’était nullement converti; mais Louvois, qui, dit-il, «se prévenoit aisément et « très-souvent mal à propos en bien et en mal, » ne l’en combla pas moins de faveurs. Sa contestation avec Foucault eut lieu à propos de son beau-frère, le sieur des Minières, religionnaire persévérant, qu’on avait enfermé, en mai 1687, au château de Saumur, et qui avait laissé ses deux filles, nouvelles catholiques, chez une de leurs tantes. Foucault, jugeant que cette parente les élevait mal, les ôta de chez elle et les fit mettre au couvent. La Massays réclama près de Louvois, et demanda qu’on les lui rendît pour secharger de leur éducation. Une lettre de Louvois du 27 août 16875, «sans s’informer, dit Foucault,

1 P. 517, lettre de Louvois a Foucault, * Appendice, p. 5a4. lettre de Lou-

du 10 octobre i685. vois à Foucault, du a a novembre i685.

* Depping, Corresp. administr. sous le 4 Mémoires, 1 o décembre 1 685 , p. 1 48.

règne de Louis XIV, t. IV, p. 4&7« * Voy. notre Appendice, p. 536.

INTRODUCTION. xxv

«si ce qu’on lui mandoit étoit véritable,» ordonna aussitôt à l’intendant de remettre les enfants entre les mains de la Massays. Au lieu d’obéir purement et simplement, Foucault temporisa et envoya des représentations, qui finirent par lui attirer, de la part du ministre irritable et absolu, l’ordre humiliant de faire conduire les jeunes filles chez M. de la Massays par un homme à lui1. L’année suivante, il lui ordonna de décharger la paroisse de la Massays de 5ooH de tailles, dont, suivant lui, on l avait augmentée®. Foucault obéit, mais il prétend, dans ses Mémoires, que, l’année précédente, au lieu d’être augmentée, cette paroisse avait été déjà soulagée, et qu elle se trouvait une des moins chargées de l’élection. Pour combler ses dégoûts3, Louvois exigea qu’il engageât M. de Pardaillan-Parabère à se défaire de sa charge de lieutenant de roi du bas Poitou, sous prétexte qu’on n’en voulait plus qu'un daus la province, mais, en réalité, pour donner cet office à M. de la Massays'*.

Foucault, blessé de ces procédés et voyant son crédit et sa faveur perdus près de Louvois qui, à ce qu’il croit, «étoit * ennemi déclaré de tous les amis de M. Colbert et de ceux qui « étoient attachés à sa famille, » finit par prier Seignelay de le tirer de Poitiers et de le mettre en une généralité qui ne lut plus dans le département du secrétaire d’état de la guerre. Seignelay obtint du roi d’envoyer Foucault à Caen, et cette nouvelle commission lui fut expédiée le a5 janvier 1689.

Foucault s’y rendit au mois de mars, en passant par Rouen,

* Voy. Appendice, p. 53y. lettre de Louvois à Foucault du 9 décembre 1687.

Il y a des obscurités dans celle lettre , d’où il semble résulter qu’au moment où clic fut écrite le sieur de» Minières aurait été relâché et aurait eu avec lui ses filles déjà sorties du couvent. Mais ce qui

reste parfaitement clair, c'est l'humiliation infligée à Foucault.

* Voy. Appendice, p. 54*. lettre de Louvois du 18 sepUmbre 1C88.

9 Ibid, p. 54a, 19 janvier 1689.

* Le cotule de Pardaillan tint bon , et la Massays n'eut sa place qu’en 1694.

xxvi INTRODUCTION,

pour y conférer avec l’intendant, qui était Michel Chamillart. Il avait lait sa connaissance deux ans auparavant, lorsque ce dernier, encore simple maître des requêtes, avait passé par Poitiers en tournée d'inspection financière. Depuis ce temps ils furent amis intimes, et Chamillart, parvenu au pouvoir, prodigua à Foucault des promesses et des démonstrations de zèle qui, il est vrai, n’aboutirent à rien.

A son départ de Poitou et à son arrivée en Normandie, la faculté de droit de Poitiers et l’université de Caen le complimentèrent, et il y répondit par deux petits discours latins qu’il a conservés dans ses Mémoires et qui font honneur à ses humanités.

Par son importance, par sa proximité de Paris, par la facilité comparative avec laquelle elle s’administrait, l’intendance de Caen représentait un véritable et sérieux avancement; aussi lui suscita-t-elle quelques envieux à la cour. Chamillart, encore intendant à Rouen, mais qui allait souvent à Versailles, l’en avertit dès le mois de novembre 1689. Foucault, estimant avec raison que Parisseul pouvait lui oITrirdes fonctions plus élevées, fit tous ses efforts pour 11e plus changer d’intendance, et il réussit, puisqu’il y resta pendant plus de dix-sept ans et n’en sortit que pour entrer au conseil d’état. Il lui fallut cependant parer quelques coups, fin 1693,011 voulait l’envoyer à Rouen, à cause d’une mésintelligence qui avait éclaté entre lui et M. de Matignon, lieutenant général déliassé Normandie. H en fut de même en 1 6g5. Dès 1 69/1 , on lui avait proposé l’intendance de Lyon, qu’il refusa également. Chamillart et Pontchartrain l’aidèrent à faire agréer au roi tous ces refus. Pour se fixer encore davantage en liasse Normandie, il y acquit de Chamillart la terre de Magny, érigée en marquisat, et située sur les confins du pays bessin et de la plaine de Caen. Il lui en coûta sa charge

INTRODUCTION. xxvn

de maître des requêtes, estimée i4o,oooH, qu'il eut permission de vendre au mois d’octobre 1 6 9 4 - On lui conféra en même temps des lettres d’honoraire.

L’intendance de Caen le mit en rapport avec de grands personnages, notamment avec le roi Jacques II, comme nous le verrons plus loin. En 1693, le duc d’Orléans s’étant établi «à Pontorson comme commandant des côtes, Foucault fut admis à lui faire sa cour, et paya l’houneur de s’asseoir à son jeu en y perdant 4,oooH au lansquenet1.

Un instant il put se croire appelé à de hautes destinées. En 1699, Chamillart, nommé contrôleur général, lui avait écrit aussitôt un billet qui, dans son laconisme, semblait promettre beaucoup : « Vous avez un ami contrôleur général; M. de Pont- « charlrain est chancelier. Je vous embrasse de tout mon cœur. »• Mais cette bonne volonté resta stérile. Chamillart eut un jour l’idée de le faire intendant des finances, à la place de M. de Caumartin, dont il était mécontent. Mais c’était indisposer une famille puissante, à laquelle appartenait le chancelier luimême. Madame de Main tenon en dissuada Chamillart, «et, « ajoute tristement Foucault, je demeurai intendant de Caen. «

C’est pendant son séjour à Caen que Foucault s’occupa de l'établissement de ses enfants, ou, pour mieux dire, qu’il abandonna les trois filles qui lui restaient pour l’établissement de son fils aîné. La première, qui était infirme, et qui, comme 1 écrivait sa tante l’abbesse de Jarcy, n’avait pas « un point de « vie2, » fit profession comme novice à Jarcy, à l’âge de treize ans,

1 Mémoires, p. 298. M. P. Clément croit que ce fait « dénote un goût marqué pour • le jeu. » Il nous semble, au contraire, que ce souvenir des Mémoires, qui n'esl peut-être pas exempt de rancune, est la

preuve que Foucault était peu accoutume

aux pertes de cette espèce. Un joueur d'habitude n'en aurait pas pris note.

’ Lettre de l'abbesse à Foucault, du 21 septembre 1702, aux notes des Mémoires, p 3/17

xxvtn INTRODUCTION,

et cinq ans plus tard, en 1696, elle y prit l’habit, avec une dot de 5oott de pension pour le couvent et de 3ooH viagères pour elle. La seconde, Henriette, entra au couvent de Saint- Jean-de-Bonneval près Thouars, en 1689; elle n'avait pas encore cinq ans révolus. Elle y prit l'habit en 1 699, à quatorze ans et demi. Sa dot fut de 2,000# une fois payées et de 3oott de pension viagère. La dernière, Anne, entra en noviciat, en 1 702, à Jarcy, où étaient sa tante l’abbesse et sa sœur; elle avait près de quinze ans. La correspondance relative à sa vêture est annexée aux Mémoires1; elle est très-touchante, et la pauvre enfant y insiste avec beaucoup de grâce et de vivacité pour que son père veuille bien augmenter un peu la mince dot qu’il lui constitue à son entrée en religion. 11 s’agissait de savoir si la pension viagère serait de 100 ou de 200 M. Les Mémoires ont négligé de nous apprendre ce qui fut accordé. Elle fit profession en 1703.

Outre ses trois filles. Foucault avait aussi un second fils. En 1703, il demanda pour lui un bénéfice au P. de la Chaise; ne l'ayant pas obtenu, le jeune homme se tourna vers la marine. Ii s’embarqua pour les Indes, et il y mourut en 1704.

Il ne restait plus à Foucault que son fils aîné, à l’élévation duquel il avait sacrifié tous ses autres enfants. • Il n’a tenu ■ qu’à lui d’en profiter, dit son père, mais Dieu n'a pas permis «qu’il me donnât celte satisfaction5.» L’enfant, né en 1677, fui mis aux Jésuites de Poitiers, et plus tard il étudia le droit. On l’appela d’abord M. de Carcassonne, du nom d’un fief que possédait son père3; puis, quand ce dernier eut acquis de Chamillart la terre de Magny, le fils en prit le titre, et c’est sous le nom de Magny qu’il est connu dans les Mémoires du temps.

' P. 347. — 1 Mémoire», août 1706, p. 370.— * Md. p. 197, 35i.

INTRODUCTION. xxix

En 1699, Foucault le pourvut d’une charge d’avocat du roi au Châtelet, et, en 1703, il obtint pour lui, par le crédit de Chamillart, une dispense pour passer du Châtelet au conseil, «ce • qui étoit sans exemple. • Pourtant le jeune homme avait déjà annoncé 1 ses dispositions dans une occasion dont les Mémoires parlent d’une manière énigmatique; il avait été impliqué dans « l'affaire de Barrault, caissier deThévcnin. » Foucault en ressentit un vif chagrin et dut payer pour accommoder les choses; ce qui ne l’empêcha pas, un an plus tard, de demander hardiment qu’on proposât son fils pour l’intendance de Lyon. Comme on pense bien, cette prétention n'eut pas de succès.

Cependant Foucault vieillissait; il avait éprouvé, en 1702, une violente maladie, dont il lui restait une rétention d’urine. Les fonctions si actives d’intendant provincial lui pesaient de plus en plus; il redoubla ses efforts pour obtenir un siège au conseil d’état. Ses premières démarches pour y parvenir dataient de la vente de son titre de maître des requêtes, en 1 694 ; après plusieurs échecs, il réussit enfin, en 1 704, et fut nommé conseiller d’état de semestre. En même temps Magny était reçu maître des requêtes et faisait, la même année, un riche mariage avec la fille d’un de ses nouveaux collègues, M. de Ragaru. Ce ne fut pourtant qu’au bout de deux ans, au mois d’août 1 706 , que Foucault obtintde passer sa commission d’intendant de Caen à son fils et de revenir à Paris prendre part aux travaux du conseil d’état. Après être resté six semaines avec Magny pour le mettre au courant, il quitta Caen à la fin de septembre.

Quelques mots suffisent pour récapituler la fin de sa vie administrative. Il ne parle de ses fonctions de conseiller d’état

' Mémoires, décembre 1700, p. 34ï.

INTRODUCTION

de semestre que pour dire que le chancelier le désigna pour signer le contrat du clergé, le i3 juillet 1711. Resté fidèle à Chamillart dans sa disgrâce, il note dans ses Mémoires les visites qu’il lui fit dans sa terre, où le ministre s’était retiré. Il nous apprend également, mais sans s’expliquer davantage, que, peu avant cet événement, Chamillart s'était adressé à lui, en deux fois, pour emprunter i4o,oooH.

En 1 7 1 2 , il fut nommé chef du conseil de Madame, duchesse douairière d’Orléans, belle-sœur du roi. Il assista, avec cette princesse, aux derniers jours de Louis XIV, et s’exprime en termes très-favorables sur l’attitude qu elle garda pendant ces circonstances1. Madame avait demandé au régent, son fils, une place pour Foucault dans les conseils établis pour remplacer les ministres. Line diflicullé que les Mémoires n’expliquent pas clairement empêcha sa nomination; eu récompense, il fut nommé, l’année suivante, 26 novembre 171b, conseiller d'état ordinaire, à la place de Bâville, le célèbre intendant de Languedoc, qui donnait volontairement sa démission. Mais Foucault avait alors près de soixante et quatorze ans et ne paraît pas avoir servi bien activement; du moins, ses Mémoires ne contiennent plus rien de relatif aux affaires publiques, sauf un procès dans lequel le régent eut occasion de montrer son indulgence assez peu raisonnée2. La fin en est remplie par quel-

Mémoires , 1" septembre 1 7 1 5 , p. 376.

J Ibid. 17181719, p. 388-3go. Il s'agit d'une lettre de menaces , écrite nu régent, à propos des alla ires de In Constitution. En 1718, on poursuit comme auteur de cette lettre un curé qui s'en défend de toutes ses forces, cl meurt en prévention à la Bastille. En 1719. le vrai coupable se découvre et avoue, el le régent lui fait grâce aussitôt.

Ajoutons une autre affaire dont les Mémoires ne parlent pas, mais dont nous avons retrouvé, dans Vinrent a ire des papiers de Ciairambault (Mis. de la Bibl. irop.), fol. 4o3 verso, la mention suivante : • Arrêt du ■ conseil du 3 avril 1709, qui commet • Foucault pour la maison de Gevre». • Le volume des Papiers de Ciairambault , qui contenait cet arrêt, a été détruit; mai» c'est peut-être à celle affaire que se rat-

INTRODUCTION. xxx

qucs affaires de famille, notamment parles demarclies au moyen desquelles il réussit à faire indemniser, par le régent, M. d'Avaray son beau-frère, ambassadeur de France en Suisse, dont la maison avait brûlé à Soleure, avec tout son mobilier, et surtout par les affaires de son fds, qui empoisonnèrent ses derniers jours.

Magny, en effet, ne réussit pas dans l’intendance de Caen. Saint-Simon raconte que «les folies qu’il fit dans une place si «sérieuse, et les friponneries dont il fut convaincu furent si « grossières et si fortes, qu il fut rappelé avec ignominie1. » Les Mémoires de Foucault sont muets sur les causes et le moment précis de ce rappel. On y lit seulement que, le 39 septembre 1708, le contrôleur général Desmaretz communiqua au père une lettre anonyme de plaintes contre le fils, pour y faire telle attention qu elle pourrait mériter. Mais le Journal d’un bourgeois de Caen est plus explicite *. 11 nous apprend que Magny

lâchant deux couplets satiriques Mtr la maison de Givres, insérés à la (in des Mé moires de Foucault :

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