SUR LE MÊME
Semble, à voir le petit GèTrcs,
Pour un peu de bien qu'il a,
■Semble, a voir le petit Gèrrrt,
Que ton bien l'anoblira.
Hélas! ma mère, les Potiers Ne firent jamais de verre ;
Héla»! ma mère, le* Potiers Ne furent jamais vitriers.
La première de ces chansons se retrouve seule au Recueil Maurepus (Mas.
de la Bibl. imp.), t. II, p. a 5 1 . parmi le* pièces datées de 1 646 k 1666, mais sans aucune note explicative.
1 Mémoires, édit, in-ia, donnée par M. Chéruel, t. X, p. 5.
1 Journal d‘un bourgeois de Caen, publié d après un manuscrit de la bibliothèque de Caen, par G. Mancel. Caen. t848, in 8*.
s 1109s— Cette année 1709, depuis le « mois de janvier, le froment et autres -grains onUété d’nne grande cherté. .
■ I! y eut des soulèvement de la part des « artisans qui manquèrent de pain . parce
■ qu'on a mis bas dans presque toutes les «manufactures, particulièrement dans la
xxxu INTRODUCTION,
passait dans son département pour un accapareur de Liés. L’année 1709 ayant été affligée de disette, une émeute eut lieu à Caen, le 1 7 mai, à cause de la cherté des grains. Le peuple se souleva contre un commissaire de police nommé Hébert, que la rumeur publique accusait d’accaparer les blés, de connivence avec l'intendant. Magny réprima vigoureusement la sédition, mais il fut révoqué moins de trois mois après1 : était-ce pour
• ville de Rouen, où on s'esl trouvé à la «veille d'un grand pillage... Il a pensé
• arriver pareil désordre à Caen , au mois « de mai , le 17, ptu de jours après Rouen. « La populace, au nombre de plus de deux
• cenls , alla à la maison du nommé Hébert , - commissaire de police et huissier de la « ville, où il ne resta pas une vitre ni une
• fenêtre entière. . . Le bruit et désordre
• n'uuroit pas cessé si tôt si M. Foucault,
• intendant, ne fut venu à pied, en per- « sonne, assisté de M. le lieutenant géné-
• ral de police et de plusieurs officiers,
• tant d'épéc que de robe, qui se iratispor-
• lurent sur les lieux ; et il» n'y auroient
• pu rien gagner s’ils ne s’étoient servi
• d'une cinquantaine de mousquetaires du
• régiment de Brancas de présent en gar- « nison en cette ville, ayant la boyonnelle
■ au bout du fusil ... Le peuple ne vint « point à bout de son dessein ; les soldats « qui survinrent empêchèrent que les
• portes ne fussent enfoncées. . .
• La cause de ce désordre est que le
■ prix du blé augmente de jour en jour, « ce qui ayant révolté le peuple qui aperçut ledit Hubert ledit jour, 17 du mois
• de mai, dan» la grande rue Saint-Jean,
• faisant balayer le» rues , étant alors vis-à- « vis de l'iiôlel de M. Foucault, intendant,
■ ce peuple mutiné a fait main basse sur
• lui , a déchiré sa robe de justice par mor-
«ceaux, et a foulé aux pieds sa perruque
• dans la boue. Il s’est sauvé heureusement,
• après quoi on alla attaquer sa maison,
• comme il est expliqué ci-devant.
Ledit Hébert a fait des magasins
« de blé dans le temps qu'il enchérissoit et «qu’il auroit dû le vendre. Il éloit de con
• nivence avec inondit sieur Foucault, in- « tendant.
«Le roi a révoqué ledit sieur Foucault,
• qui s’est retiré en sa tenre de Magny, « proche Bayeux. •
1 Journal de Dantjeau, du mardi i3 août 1709, à Versailles :
« U y a du changement parmi les inten-
• dans de province Ou a rappelé de
• Caen le fils de M. Foucault, et on y en « voie M. de la BrilTe. • L'addition de Saint- Simon au Journal de Dangeau porte ici : « Le fils de Foucault étoit un fou d'esprit
• qui tomba depuis d'abîme en abîme cl « qui y est resté. »
Le Journal d'un bourgeois de Caen continue :
« f 2 septembre 1709. — Le jeudi 1 1 sep-
• tembre 1709, M. Foucault, intendant en «la généralité de Caen, fils de M. Fou-
• cault, ci-devant intendant à Caen, est «parti pour se rendre au conseil. 11 n'a
• clé regretté de personne, le peuple se « plaignant de lui à cause des blés.
« Ledit jour, 13 septembre, M. Pierre
INTRODUCTION. xxxm
donner satisfaction aux accusations de ia foule, ou pour les motifs allégués par Saint-Simon? C’est ce que nous ne saurions décider. Personne ne le regretta, « le peuple se plaignant « de lui à cause des blés. »
Saint-Simon ajoute qu’après son retour à Paris, Magny, « n’osant plus se présenter au conseil [d’état], ni espérer plus « aucune fortune de ce côté-là, se défit de sa charge de maître « des requêtes, prit une épée et battit longtemps le pavé, et, « après la mort du roi, essaya de se raccrocher par une charge «d’introducteur des ambassadeurs, que le baron de Breteuil «lui vendit1.» Foucault, plus exact ou plus indulgent, rapporte qu’à son rappel Magny vint servir au conseil, où il fit avec succès le rapport de plusieurs affaires; mais que, s’étant dégoûté de ce travail et croyant qu’une charge dans la maison du roi serait plus conforme à son inclination, il vendit sa charge de maître des requêtes et engagea son père à demander pour lui au roi l’agrément de la charge d’introducteur des ambassadeurs dont était pourvu M. de Breteuil. Mais madame de Maintenon avait prévenu l’esprit du roi contre Magny, parce qu’étant à Caen il aurait condamné aux galères, pour vols et malversations, un commissaire de marine qu elle protégeait. En conséquence, le roi refusa l’agrément qu’on lui demandait, en enveloppant son refus de tous les égards possibles pour ne pas mortifier Foucault.
L’affaire fut reprise après la mort du roi, et Magny, ayant obtenu l’agrément du régent, acquit la charge de M. de Breteuil moyennant 'i5o,ooot1. Après l’avoir exercée pendant près
« Arnault de la Briffe, chevalier, marquis
• de Ferrières, est arrivé en celte ville de
• Caen, en la place dadit sieur Foucault,
• pour être intendant de celte généralité.
«Il cloit lils de M. de la Briffe, ci-dcvnnt
• procureur général an Parlement de Pa-
• ris. »
1 Loc. cit.
WXIV
INTRODUCTION
de trois ans, il en sortit par suite d’une fâcheuse aventure. La duchesse de Berry, fille du régent, ayant donné, le 28 février 1718, une fête au duc et à la duchesse de Lorraine, Magny, qui avait assisté au concert, se mit du souper sans y être invité. M. de Saumery, premier maître d’hôtel de la duchesse, lui en fit de grandes réprimandes qu’il reçut fort mal, et auxquelles il répondit par des insolences qui atteignaient, à ce qu’il paraît, la duchesse elle-même. M. de Saumery, outré, le saisit à la cravate pour le mener devant elle; mais il s’échappa 1 et se sauva dans la ville, où, dit Saint-Simon’2, « il continua le len- « demain à débiter force sottises. » Cependant la duchesse de Berry, très-irritée, avait obtenu du régent un ordre pour mettre Magny à la Bastille. Ce fut son père lui-même qui l’y conduisit, le 2 mars.
Dès le lendemain, Foucault se présentait devant le régent pour lui demander la cause de la disgrâce de son fils, et faisait aussi sa visite à la duchesse douairière et à la duchesse de Berry, qui le reçurent avec bonté et lui firent des compliments de. condoléance. La détention de Magny ne dura pas longtemps. Dix jours après son entrée à la Bastille, le 1 2 mars, il fut élargi, mais à condition qu’il n’exercerait plus les fonctions de sa charge, et qu’il s’en déferait dans quelque temps, de manière à sauver les apparences. Dès qu’il fut sorti, son père le présenta au régent et à la duchesse douairière, qui l’accueillirent avec bonté; mais la duchesse de Berry 11e voulut pas le recevoir, t sa vue ne pouvant que lui faire peine. »
A partir de ce moment, la mauvaise humeur de Magny le livra aux ennemis du gouvernement : il se jeta dans la conspiration de Cellamare. Son père prétend, il est vrai, qu’on ne
Journal de Dangeau, du i" mars 1718. — * Mémoires , loc. cit.
INTRODUCTION. un
trouva point de preuves contre lui , et que, s’il prit la fuite, ce fut uniquement parce qu’il se crut compromis pour avoir donné de l’argent et un cheval à l’abbé Brigault, dépositaire des actes de la conspiration, avec lequel il était lié depuis plusieurs années d'un commerce d'amitié et de plaisirs. Cependant cette version, très-naturelle dans la bouche d’un père, paraît insuffisante pour expliquer la fuite de Magny, que Saint- Simon 1 * * * et madame de Staal 1 accusent formellement d’avoir eu sa cabale et d’avoir pris part au complot. Quoi qu’il en soit, il se tint d’abord caché à Paris5; mais, appréhendant qu’on ne vînt à découvrir le lieu de sa retraite, il quitta bientôt le royaume, et passa d'abord en Italie, de là dans les Pays-Bas, et enfin en Espagne, où il était encore à la mort de son père.
Saint-Simon, seule autorité que nous possédions sur la vie de Magny à cette époque, raconte ** qu’il fut bien reçu en Espagne, où, quoiqu’il n’eût jamais été que de robe, il devint colonel, et bientôt après brigadier. 11 était en outre majordome de la reine quand Saint-Simon alla à Madrid comme ambassadeur. « Il expédioit fort prompteAnt ce qu’il touchoit, trou- « voit fort mauvais de ne pas faire assez tôt fortune, et l’indi- « gence où il se jetoil lui-même. La mauvaise humeur le rendit « fort impertinent et le fit honteusement chasser, tellement « qu’après la mort du régent il repassa les Pyrénées, dans
1 Mémoires, édit, in- 19, donnée par Cberuel, I. X, p. 5, cl t XI, p. 53. Le même (additions au Journal de Dangeau, du 8 décembre 1718, I. XVII, p. 43o) dit : * Magny. introducteur des atnbassa-
«deura. fut commode à de» gens qui
• avoient un commerce étroit et caché «à entretenir avec l'ambassadeur d'Es-
• pagne. » Si Magny fut « commode » à cer-
taine» gens , ce ne fut paa au moins comme
introducteur des ambassadeurs, puisqu’il n’en exerçait plus les fonctions depuis son affaire cher U duchesse de Berry, au moi* de février précédent.
* Mémoires , collection Mi chaud cfPou joulat, 3* série, t. X, p. 733.
* La disparition de Magny date du 1 1 décembre 1718. ( Journal de Dangeau, à la date. )
* Mémoires, loc. cil .
xxxvi INTRODUCTION.
« l’espérance du changementdes temps. Mais, comme lesbrouil- « ions n’étoient plus nécessaires à ceux qui les avoient recher- « chés pendant la vie de ce prince, Magny demeura sur le pavé, «chargé de mépris et de dettes, pour le malheur d’une fort « honnête femme et riche, qu’il avoit épousée lorsqu’il étoit à « Caen1, et qu’il avoit sucée et abandonnée. 11 a depuis traîné « une vie obscure et misérable, et est retourné enfin en Es- « pagne, où le même mépris et la même indigence l’ont suivi. » Magny avait un fils, Nicolas- Joseph Foucault, qui fut conseiller au Parlement de Paris, et mourut sans postérité en 1 767. Quant à Magny lui-même, il survécut longuement à son fils, rentra en France, et y mourut dans son château de basse Normandie, en 1772, dans sa quatre-vingt-seizième année3.
Les chagrins que Foucault reçut de la conduite de son fils ne furent adoucis que par le commerce des lettres, des beauxarts et de l’érudition, auxquels il ne cessa de se livrer jusqu’à sa mort. Nous avons dit combien ses études classiques avaient été soignées. 11 s’y entretint constamment pendant la longue période de ses fonctions intendant. Nous verrons plus loin les preuves qu’il en donna, notamment comme ordonnateur de fêtes publiques et comme protecteur des sociétés savantes J;
• tnandie, dans la quatre-vingt-seizième « année de son âge. On pouvoit le regarder « comme le plus vieux militaire de son
• temps et le plus ancien magistrat, car il
• avoit été avocat du roi au Châtelet en
• 1699 et intendant de Caen en 1704.»
(Gazette de France du vendredi 7 août 177a.)
* On ne peut compter au nombre des titres littéraires de Foucault la découverte et la publication du manuscrit de Laclance, De morlibus penectUoram , dont Rulhières ( Eclaircissements sar Ut causes
1 Saint-Simon commet ici une légère inexactitude. Nous avons vu que Magny épousa mademoiselle de Hagaru , en 1704.
deux ans avant d'aller à Caen.
1 ■ Nicolas -Joseph Foucault, marquis
• de Magny, lieutenant de la grande véne-
• rie du roi, lieutenant général de Sa Mar jestè catholique et gentilhomme d'entrée
• de sa chambre, ci-devant majordome de
• la reine d'Espagne, et ancien introduc*
• leur des ambassadeurs et princes étran»
• gers à la cour de France, est mort dans
• son château de Magny. en basse Nor-
XXX vu
INTRODUCTION, il s’agit seulement ici de ce qu’il fit en dehors de ses fondions officielles.
Comme écrivain, ses titres se réduisent à peu de chose. On peut supposer avec vraisemblance que la relation de la fête de Poitiers en 1687, et le plan de la tragédie qu’il fit représenter l’année suivante, sont de sa main. M. de Boze 1 lui attribue en partie le procès-verbal de la conférence des commissaires du conseil avec ceux du Parlement, pour la rédaction de l’ordonnance de 1667. Nous avons vu qu’en effet il avait coopéré, comme secrétaire d’une première commission, aux travaux préparatoires de cette célèbre ordonnance. Mais il n’assista pas aux conférences dont il est question ici; ce fut son père qui en rédigea le procès-verbal, et c’est à son père que, dans ses Mémoires, il rapporte cet ouvrage qu’il publia en 1 700. Il reste seulement possible qu’il ait aidé son père dans la rédaction définitive, et que M. de Boze l’ait appris de sa bouche.
M. de Boze compte également parmi ses œuvres un Discours prononcé à l’ouverture des séances de l’Académie des belles- lettres, établie à Caen par lettres patentes du mois de janvier 1705, Caen, 1705, in-4°. Enfin il y comprend les Mémoires, qu’on ne peut appeler tout à fait une œuvre littéraire, et dont nous avons indiqué le caractère ci-dessus.
A Caen, Foucault se fit le patron de l’Académie. Il en excita les travaux, qui languirent beaucoup quand il eut quitté la province 3, et les partagea lui-même en se livrant à des re-
de la révocation de l'édit de Nantes, t. I, p. 291) lui fait honneur. Nous montrerons plus loin que sa part dans cette affaire fut uniquement administrative. Le manuscrit fut trouvé par l’abbé Fouillac, et publié par Baluxe.
1 Eloge de Foucault, prononcé en 1721 à l'Académie des inscriptions et belleslettres, dans l'Histoire de l’Académie, par Boxe et l’abbé Goujet, l. il; Paris, 1740, in-ia, p. aa3 et suiv.
’ Éloge, p. a46.
INTRODUCTION
cherches archéologiques et à des fouilles qui eurent le plus heureux succès. Près de Valognes, il découvrit les ruines d’un théâtre dont il put lever le plan, et qu’on rapporta à une ville antique d’/1/auna1. Mais sa meilleure découverte fut celle qu’il fit dans le village de Vieux, à deux lieues de Caen. Il y trouva des ruines, dont les plus apparentes étaient un aqueduc, un reste de chaussée, quelques débris de colonnes, des fragments d’inscriptions, etc. « Il fit fouiller aux environs et découvrit "ainsi plusieurs autres édifices, dont les fondations étoient «encore entières. Entre ces édifices, le plus remarquable est « un gymnase complet a\,ec des bains Ces témoignages
• irréprochables d’une grande et ancienne ville se trouvèrent
■ confirmés par les inscriptions que l’on déterra parmi ces «ruines, et par celles qui avoient déjà été découvertes aux « enviions. Elles sont presque toutes d’une espèce de marbre « rouge veiné, dont la carrière subsiste encore à Vieux. . . Dans «ces inscriptions, il est parlé de la ville des Viducassiens, « civitas viDl)c[aMtum], que l’on trouve ainsi nommée dans
■ l’tolémée. M. Foucault, et M. Galland2 qui étoit auprès de «lui, envoyèrent à f Académie, en 170/j et 1706, la relation
• de ces découvertes. Ils y joignirent leurs réflexions sur la ville
• des Viducassiens, la copie des inscriptions principales et la « description d’un grand nombre de médailles trouvées au « même lieu 3. »
‘ Montfaucon. l'Antiquité expliquée, t.l, préface, p. xix.
* C*est le célèbre orientaliste, traducteur des Mille et une Nuit». Foucault l'avait attiré près de lui et le soutenait. Voilà un titre littéraire qui vaut bien les autres. Il soutint de même et encouragea plusieurs artistes, entre autres le peintre Lafsge.
( Voy. l'^tacedanode Mariette, et Cheonevières, Recherches sur les printres protin ciaux, t. II, p. a3y.)
* Histoire de ï Académie des inscriptions , par Boxe et l'abbé G ou jet , t. 1, p. 3p6, la Haye, 1718, in-ia. (Sur les découvertes de Foucault en basse Normandie, voy.
Montfaucon , l'Antiquité expliquée. )