I.XI
INTRODUCTION, moins criminelle. Cependant, en i G9 4 , ccs principes n’avaient pas encore pénétré au fond de la basse Normandie, et le lieutenant criminel d’Avranches faisait un procès de sorcellerie à un prêtre âgé de soixante ans, accusé par une bile de l’avoir ensorcelée et corrompue au sabbat. On dépouillait tout nu le pauvre vieillard, et on enfonçait «des aiguilles dans toutes «les parties de son corps pour chercher la marque insensible.» Foucault se fit représenter cette affaire et trouva la preuve fort légère. «J’ai, dit-il, informé M. le chancelier de '•cette belle procédure, et, en attendant ses ordres, j’ai fait « surseoir à cette instruction qui se faisoit à grands frais, aux ■ dépens du roi.» Le fond de l’histoire était que cette fille, enceinte du fait d’un cavalier en quartier d’hiver dans son village, avait inventé d’accuser le prêtre pour couvrir son honneur '.
Cependant, quand il s’agissait de la personne du roi, on ne jugeait plus les choses avec tant de philosophie, et, au mois de mars 1(189, un ordre du roi fit arrêter un curé, sur le simple soupçon d’avoir reçu dans sa maison un homme accusé de quelques maléfices regardant la personne de Sa Majesté. Le roi faisait surveiller avec un soin extrême tout ce qui regardait sa sûreté. En janvier 1 G 9 4 , Foucault fut appelé brusquement et en toute hâte à Paris. On venait de mettre un bas Normand à la Bastille pour avoir affiché, dans plusieurs endroits de Paris, des placards séditieux traitant le roi de tyran et excitant le peuple «à s’en défaire. Foucault fut introduit près de Louis XIV. « Le roi, raconte-t-il, me dit que je pouvois connoître, par ce » qu’avoit dû me dire M. de Pontchartrain, de quelle impor- * tance étoit l’affaire qui l’avoit obligé de me mander; qu’il
1 Mémoires, l6g6,p. 3io.
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INTRODUCTION
* connoissoit assez mon zèle pour ce qui regarde sa personne, » pour n’avoir pas besoin de l’exciter à faire tout ce qui dépen- « droit de moi pour découvrir ce que c’éloit que ce prisonnier « et ses complices; qu’il me feroit expédier des ordres en blanc r pour faire arrêter toutes les personnes que je jugerais à propos, de quelque condition quelles fussent, et qu'il remettoit « entièrement cette affaire entre mes mains. Sa Majesté me ren- *voya à M. de la Reynie, pour me donner les instructions et » mémoires qu’il avoit sur cette affaire1. » On soupçonnait cet homme d’être l’instrument de quelques seigneurs nouveauconvertis; mais il résulta de l’enquête à laquelle Foucault se livra que c’était un fou qu'il fallait enfermer, et rien de plus.
Foucault eut encore quelques occasions de se mêler de police politique. En avril 1691, on lui fit arrêter un prétendu espion du prince d'Orange. En 1696, il reçut l’ordre de saisir les biens du comte de Soissons fugitif, et, en 1700, ceux du cardinal de Bouillon. En 1698, visitant le Mont-Saint-Michel, il v vit le gazetier de Hollande enfermé là, depuis longues années, dans une cage de bois. Foucault, sans lui rendre la liberté, le tira au moins de sa cage, et le malheureux mourut dans l’abbaye, au bout de vingt ans de captivité.
Un mot, en terminant, sur les contestations d’étiquette et de cérémonial qui avaient quelquefois une certaine importance sous l’ancienne monarchie 2. — Dès son arrivée à Montauban , Foucault, suivant la conduite adoptée par ses prédécesseurs,, s’abstint d’assister à la procession du Saint-Sacrement, parce qu’il aurait fallu céder le pas au premier président de la cour des aides, à quoi les intendants n’avaient jamais consenti. — En
1 Mémoires , p. 3oi. — ’ Voj. Depping, Correspondance administrative, I. II. Introduction. p. v
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INTRODUCTION, juin 1678, il régla une dispute de préséance daûs l’église, lors des cérémonies publiques, entre le présidial de Montaukan et le bureau des finances des trésoriers de France. 11 fallut un ordre de la cour pour obliger le présidial à marcher après le bureau. — Autres contestations en 1681 : c’est le premier président de la cour des aides de Montauban qui prétend que les consuls lui doivent leur visite oüicielle avant de la faire à l’intendant; Foucault maintient sa prérogative, qui avait les précédents pour elle. — Le i4 août 1688, il est chargé par le chancelier de régler les prétentions et contestations qui régnaient depuis quarante ans parmi les officiers du présidial de Poitiers, et prononce à ce sujet un discours qu’il a conservé dans ses Mémoires, mais qui n’apprend rien sur le fond du débat. — Le 1 5 août 1 690, il mande au secrétaire d’état de la maison du roi « qu’il ne se laisoit point de cérémonie où les corps « assistent , dans la ville de Caen , qu'il n’y survînt quelque con- « testation; » il s’agissait de savoir si les chefs du bailliage avaient seuls droit «à un flambeau dans les feux de joie; si, dans les Te Deum, le lieutenant du roi du château de Caen devait avoir un prie-dieu et un carreau an milieu de l’église; s’il pouvait, sans les échevins, mettre les bourgeois sous les armes, etc. Ces questions ne furent pas résolues. — Eu mai > 706, une contestation éclata encore entre l'évêque de Bayeux et le recteur de l’université de Caen, sur qui le prélat prétendait avoir le pas dans les assemblées de l’université. Ils en vinrent à une querelle publique pendant une thèse de théologie; l’ évêque traita le recteur de « petit pédant, » et le jeune moine qui soutenait l’acte « fut si effrayé, qu’il abandonna la thèse... Tout ce dé- « sordre finit en risée. » Le roi s’en amusa à son tour et laissa la dispute pendante.