XXXVII
INTRODUCTION
Colbert dirigeait surtout au point de vue financier, sont de sa part l’objet de circulaires dans lesquelles on trouve résumées d’une manière admirable toutes ses idées relatives aux impôts et au commerce1 *. Les Mémoires de Foucault prouvent que les visites des généralités continuèrent après Colbert *.
S 3. — Finauces après Colbert.
La mort de Colbert tarit la source abondante de documents que nous tirions de sa correspondance; nous n’avons plus à consulter que les Mémoires mêmes de Foucault, très-brefs en ce qui concerne les finances. On ne trouve que deux occasions où il s’en soit occupé dans son intendance à Pau. En i684, un arrêt du conseil, que lui envoie le nouveau contrôleur général Le Pelletier, le charge de vérifier et de mettre en ordre les archives de la chambre des comptes de Pau. Un an plus tard, en avril i685, un autre arrêt du conseil le commet à la vérification des inventaires des titres et chartes contenus à la chambre des comptes de Navarre.
Les documents financiers sont un peu moins rares dans l’intendance de Poitou. Foucault avait remarqué, dans sa visite des élections, quelques receveurs de tailles qui s'appliquaient à soulager leurs paroisses et à diminuer les frais de perception : sur sa proposition, le contrôleur général leur accorda à chacun une gratification de î.ooo"3.
En 16874, Foucault reprit à Poitiers, comme il avait fait à
1 Circulaires des a8 avril, 5 cl 18 mai
1679, l" juin 1G80, il avril 1681, a jan-
vier, 8 avril cl i4 juillet i68a, p. 617,
Aai, 4a3.446, 464.476. 479, 484.
’ Mémoire!, 7 août 1686, mars 1689.
* Ibid. 7 aoùl 1 686 , p. i5g.
1 Ibid. a4 juillet 1687, p. 181.
INTRODUCTION
Montauban et à Pau, le travail du papier terrier des domaines du roi. Au mois d’octobre, il reçut un arrêt du conseil qui réduisait les louis et les écus d’or.
o Une mesure importante, dit M. P. Clément, et qui peut être considérée comme le point de départ d'une de nos institutions financières les plus utiles, fut la nomination et l’envoi dans les provinces d’un certain nombre de conseillers d’état et de maîtres des requêtes chargés d’examiner la gestion des divers comptables, tant au point de vue des personnes que de l’organisation du service, et d’en rendre compte au gouvernement. En 1 693, Sully avait inspiré la même idée à Henri IV , et s’était ohargé d’inspecter quelques provinces, où il avait découvert les plus criants abus, les plus audacieuses concussions. Il en avait même rapporté, outre des sommes considérables qu’il fit restituer au trésor, cette méfiance des financiers et celte sévérité contre leurs manquements, qui furent un des caractères et des bienfaits de son administration. Aucun document ne constate que Colbert eût soumis, soit régulièrement, soit par mesure extraordinaire, les comptables des provinces à des inspections. Il n’existe point, non plus, de déclaration officielle qui fasse mention des dispositions prises à ce sujet par Le Pelletier; mais son historien raconte que, « pour éviter que les collecteurs « d’impôts et leurs agents ne commissent des fraudes, il leur en- » voya des surveillants appelés inspecteurs, afin que, s’ils remar- « quaient des manœuvres défendues, ils en fissent leur rapport. » On lit en outre dans le journal de Dangeau, à la date du 8 mai 1687: «Nous apprîmes que le roi vouloit envoyer « des conseillers d’état dans les provinces, avec des maîtres des « requêtes, pour s’informer des abus qui se commettent dans la « levée des droits du roi sur tout ce qui regarde les aides et ga- « belles, et pour recevoir les plaintes des communautés et des
INTRODUCTION
« particuliers à qui les commis auront fait des injustices. Quand « ils seront de retour, le roi pourra donner des ordres pour la " réparation des injustices particulières et faire des règlements « généraux. Cela ressemble fort aux anciens missi dominici. » Fnfin, outre ces inspecteurs, et probablement par suite des rapports qu’ils lui avaient adressés, Le Pelletier envoya encore dans les provinces, au mois de septembre 1687, des fermiers généraux qui eurent pour mission de faire exécuter le tarif de 1667, d'examiner la conduite de leurs commis, et de rendre compte de leur gestion '. »
Les Mémoires de Foucault nous font assister à l’application de ces mesures. C’est d’abord la visite de deux maîtres des requêtes, MM. de Ribeyre et Cbamillart, en septembre 1687, pour examiner les abus qui se commettaient dans la perception des droits d’aides, et en même temps celle d’un fermier général, M. Le Bel de Courville, chargé de « faire exécuter le tarif de « i (167, de veiller à la conduite des commis et employés, de se » faire représenter les registres, et d’observer tout ce qui se « passe dans la levée des droits des fermes générales » en Poitou. C’est, au mois de juin 1688, la visite de MM. de Ribeyre et de Pomereu, chargés de visiter les bureaux des fermes de Poitou, et d’examiner «la nature des droits qui s’y lèvent, la «manière de les percevoir, si les tarifs sont certains, » etc. Foucault leur donna tous les renseignements qu’il possédait «sur le commerce de la province et sur les traites foraines et «de Charente. » C’est enfin, au mois d’avril 1689, la visite à Caen de l’abbé Pelletier, conseiller d’état, chargé de remédier aux fraudes qui se commettaient dans la perception des droits d’aides. Celte fois, Foucault ajoute qu’on appelait ces commis-
' Le Gouvernement de Louis XIV, de 1683 d 1689 , p. aoi.
INTRODUCTION
saires des « inspecteurs. » La même année, il passa encore dans les provinces des inspecteurs des fermes, mais ils ne firent rien «que de la participation des intendants1. «
Au commencement de 1689, la guerre de la ligue d'Augsbourg ayant éclaté, les grands embarras financiers commencent. Les Mémoires de Foucault en contiennent un tableau, sinon complet, au moins saisissant, par les expédients fiscaux qu'ils enregistrent coup sur coup. Le premier symptôme fut la suppression des ateliers publics-2, qu’un édit du i3 avril 1680 avait créés pour soulager les pauvres et embellir les villes3; on eu avait établi en Poitou, comme nous le verrons plus bas. Le roi et les courtisans envoyèrent leur argenterie à la monnaie. Foucault, qui venait de s’installer à Caen, y reçut, dès le mois de mars 1689, une lettre du contrôleur général, lui mandant que le roi désirait tirer des secours des villes de cette généralité pour subvenir aux dépenses de la guerre. Foucault proposa une augmentation des droits sur les cidres, « dont les fermiers des aides pourroient faire l’avance, les oc- « trois de la ville étant épuisés par les charges. » Cependant Le Pelletier insista4 « pour porter les habitants de Caen à aider « le roi de quelques sommes dans la conjoncture présente. » Foucault leur conseilla une augmentation d’octrois; mais, en même temps, il fit connaître au contrôleur général que cette augmentation accablerait une ville pleine de bonne volonté. Le roi la remercia de son zèle et n’accepta point l’augmentation sur les octrois.
A cette époque, Vauban passait par Caen, méditant sa dîme royale. Foucault l’admire profondément: «C’éloit, dit-il, un « véritable Romain ... Sa dîme royale a été établie quelques
1 Mémoires, fin 1689, p. 369.
’ Ibid. i4 janvier 1G89, p. a<J4.
4 P. Clément, op. cil. p. 1 85.
* Mémoires, avril 1689, p. a5i.
xcji INTRODUCTION.
» années après sa mort, mais sans diminution des autres impo- « sitions, contre i’ esprit de l’auteur *. »
Le Pelletier se retira en septembre 1689, après avoir encore créé, au mois d’août, des augmentations de gages et rentes sur les tailles. Il fut remplacé par Pontchartrain, qui créa immédiatement2 une tontine à laquelle les fonctionnaires étaient invités à souscrire. Foucault y prit deux actions pour 600 H. Les particuliers et même les églises furent obligés de faire porter leur argenterie d’une certaine espèce aux hôtels des monnaies3.
Nous arrivons à ces créations d'offices par lesquelles Pontchartrain trouva moyen, suivant l’expression de l’abbé de Choisy 4, « de fournir en huit ans 1 ôo millions avec du parche- « min et de la cire. » Colbert avait déjà donné, sur une petite échelle, l’exemple de s’adresser aux ressources de cette espèce pour subvenir à la guerre de Hollande \ Les Mémoires de Foucault témoignent de ces « affaires extraordinaires » qui avaient lieu lors de son eutrée à l’intendance de Montauban6. Il s’agissait de l’édit de mars 1673, établissant des jurandes pour tous les arts et métiers qui 11’y avaient pas encore été assujettis. Si l’on pouvait douter aujourd’hui du caractère purement fiscal de cette innovation, il suffirait, pour s’en convaincre, de considérer que, suivant Foucault, les villes de sa généralité furent admises à s’en racheter, permission qui n’eut jamais été accordée, si Colbert avait attaché la moindre importance aux offices créés par son édit.
, 1 Mémoires. i5 avril 1(189. p. aôo.
1 Ibid, décembre 1689, p. a55.
Ibid. p. a 56. L'hôtel des monnaies de Saint -Lô fui supprimé à cette époque et réuni b celui de Rouen ; mais , en 1 895, on en rétablit un à Caen.
* Mémoires, édit. Petitot . p. 3o(>.
‘ Voy. P. Clément, Histoire de Colbert, p. 34a i Joublcau, Etudes sur Colbert, t. 1, p. 201.
* Mémoires, juin 1674, p- 26.
INTRODUCTION. xcm *'
Sous l’empire de la nécessité et en face des finances ruinées, les créations de Pontchartrain allèrent beaucoup plus loin. Il serait fort difficile d’en dresser une liste complète. La collection des anciennes lois françaises d'Isambert ne les contient pas toutes1 *. 11 en est de même de l’énumération donnée par Depping 5. Nous ne relèverons ici que les offices dont Foucault a indiqué la création, en se bornant sans doute à ceux qui concernaient sa province. Il y a mêlé quelques erreurs de dates que nous avons signalées dans les notes qui accompagnent le texte des Mémoires3.
En 1690 : Procureurs du roi et greffiers des maisons de ville.
En 1691 : Gardes jurés des corps de métiers et des marchands; ces derniers offices furent rachetés par la ville de Caen. — Avocats du roi aux bureaux des finances. — Pourvoyeurs d’huîtres; cette création causa, en septembre 1691, une petite sédition h Granville, port situé près de Cancale, et intéressé eu première ligne à la liberté de ce commerce. — Courtiers de vins; Foucault fit remarquer que cette charge ne pouvait concerner la basse Normandie. — Présidents des bureaux de finances. — Chevaliers d’honneur dans les présidiaux.
— Vérificateurs taxateurs des défauts.
En 1692 : Greffiers conservateurs des registres de l’état civil. — Maires, assesseurs de maires et commissaires des revues.
— Notaires apostoliques. — Médecins du roi. — Jurés royaux. * Greffiers des rôles des tailles.
En 1G93 : Contrôleurs, commissaires et trésoriers de l’arrière-ban. — Essayeurs d’étain. — Lieutenants des maréchaux.
1 T. XX. * Nom donnons aussi dans ces noies.
* Correspondance administrative, t. III, quand nous avons (ni la découvrir, la signi-
Introd. p. xxi et suiv. fication de ccs ofliccs.
er-
XCIV INTRODUCTION
— Colonels, majors et autres officiers des milices bourgeoises.
En 1694 : Contrôleurs et receveurs des deniers patrimoniaux dans les villes. — Charges des greniers à sel séparés des élections. — Offices de l'arrière-ban.
En 169b : Rapporteurs vérificateurs des criées dans les sièges de justice. — Receveurs des gabelles et des cinq grosses fermes. — Receveurs des greniers à sel et des traites (douanes).
— Médecins et chirurgiens royaux. — Greffiers alternatifs des tailles.
En 1696 : Gouverneurs héréditaires des villes closes; ces charges furent très-recherchées. — Procureurs du roi près les intendants.
En 1697 : Contrôleurs de la marque d’or et d’argent. — Contrôleurs des amendes. — Contrôleurs des bans de mariage.
— Contrôleurs des saisies réelles. — Jaugeurs. — Trésoriers des bourses communes. — Substituts du procureur du roi dans les juridictions subalternes.
La paix de Ryswick mit fin à ces créations sans nombre, dont la plupart ne furent qu’éphémères. Une partie en fut rachetée immédiatement par les officiers dont les charges nouvelles diminuaient les revenus; quelques-unes n’existèrent que sur le papier, n’ayant pas trouvé d’acheteurs.
Chamillart eut fort peu recours, pour subvenir à la guerre de la succession d’Espagne, à ce moyen déjà épuisé. La seule affaire de ce genre qui se rapporte à lui, dans les Mémoires ie Foucault, est la mise en titre d’office, en 1705, de toutes les commissions de l'artillerie.
Les créations d’offices ne sont pas les seules ressources auxquelles Pontchartrain ait recouru. Les Mémoires nous en montrent beaucoup d’autres. De 1689 à 1693, on lève des droits
INTRODUCTION. xcv
d'amortissement sur les biens ecclésiastiques et sur ceux des communautés laïques; on lève en argent des droits d’ustensile sur les paroisses par lesquelles les troupes ne passent pas. En 1692, on veut imposer 1 00,000 H sur les corps d'arls et métiers de la généralité de Caen; Foucault répond qu’ils sout entièrement hors d’état de payer cette somme, et que tout ce qu’on peut faire, si le roi y tient absolument, c’est de l’imposer sur les paroisses, comme la taille. A la fin de l’année, le roi demande des secours pour subvenir aux frais de la guerre ; la ville de Caen lui offre 4o,ooott à prendre sur une augmentation d’octrois. En 1693, les Caennais se rachètent des droits de franc-alleu, moyennant 5o,ooo" qu’on fait supporter par les propriétaires « les plus accommodés. « On vend des lettres de réhabilitation de noblesse.
En 1694, les mesures fiscales redoublent. On impose 5o,ooott sur les trois généralités de Normandie, pour les travaux de la Hougue. On taxe les communautés et les particuliers qui ont dérivé, pour leur usage, les eaux des rivières, •sources et fontaines; la ville de Caen convertit cette redevance en abonnement. On frappe également de taxes nouvelles les huissiers, les aubergistes et cabaretiers, les officiers des justices seigneuriales. Pontcbartrain songe à établir une capitation que payeraient indistinctement tous les sujets du roi ; il en demande avisàFoucault,qui approuve chaudement ce projet, et propose de commencer par sa généralité et d’y donner l’exemple aux autres provinces, mais à condition qu’on supprimerait du même coup tous les recouvrements extraordinaires. Il envoie au ministre des mémoires sur la question et un dénombrement des habitants de sept élections de la généralité. La capitation devint loi temporaire par un édit du 1 8 janvier 1 690, mais les recouvrements extraordinaires ne furent pas supprimés pour cela.
xcvi INTRODUCTION.
En » 696 , on vérifie toutes les armoiries, et l’on vend , à prix réduit, cinq cents lettres de noblesse. En 1 697, l’obligation imposée aux villes principales du royaume, par édit de juillet, d’établir des lanternes la nuit dans leurs rues, est rachetée moyennant une taxe qui s’élève, pour Caen, à 5o,ooo". On confirme, moyennant finances, les lettres de naturalisation; on taxe les îles et îlots, les nouveaux acquêts des communautés laïques, les maisons bâties sur les fortifications des villes; les villes de la généralité se rachetèrent de cette dernière taxe. On crée, en 1700, une nouvelle tontine et une loterie royale.
A cefltç époque, Chamillart, arrivé au contrôle général, reprit l’idée de la capitation et voulut en faire une taille réelle en lassoyant sur la valeur des terres. Il consulta les intendants '. u Ce projet, dit Foucault, n’a pas été suivi; il a été « repris, en 1718, par M. le Régent, mais on doute qu’il réus- « sisse. » Enfin, en 1 706, dernière année de l’administration de Foucault, le roi établit des loteries royales, et demanda encore aux villes «des sommes, par forme de don gratuit, pour être « confirmées dans leurs privilèges. » Foucault écrivit à Chamillart que 45,ooo,t étaient tout ce qu’on pouvait tirer de la généralité de Caen. En effet, à cette désastreuse époque, la misère était parvenue au comble, et les impôts n’avaient plus aucune élasticité : quand on les augmentait d’un côté, pour faire face aux nécessités de la guerre, on était obligé de les diminuer d’un autre, par suite de l’impossibilité constatée de les faire payer. C’est ce qui arriva pour les tailles de la généralité, qu’il fallut diminuer, en 1 jo5, de 3o,oooM, et de 4o,ooo** en 1706 i.
En dehors de la recherche désespérée d’argent qui caractérise cette triste époque, il se passa peu de faits relatifs aux
1 Miimoiret, 18 octobre 1700, p. 336. — * Ibid. p. 366, 368.
INTRODUCTION
finances dans la généralité de Caen. A la fin de 1690, Foucault fit établir une élection à Saint- Lô. Fn 1690 et 1691, il s’occupa activement de la vente de quelques navires anglais pris ou échoués sur la côte avec leur cargaison. Il en empêcha le pillage, et se plaint beaucoup de la négligence des olficiers de l'amirauté, qui auraient laissé tout perdre s’il eût dépendu d’eux. 11 jugeait en même temps des contrebandiers qui faisaient un commerce journalier avec Jersey et Guernesey. F11 1704, il fit établir à Baycux un tarif d’octroi comme à Alençon, en remplacement de la taille. La même année et la suivante, il fit le département des tailles pour la gént#aéité de Rouen, en remplacement de l'intendant d'Herbigny, décédé. Il en avait gardé, sur l’état de cette généralité, des mémoires qui, malheureusement, ont été perdus.
C’est aux visites des généralités, qui continuèrent d’avoir lieu après la mort de Colbert, qu’on doit rapporter les Mémoires sur les généralités qui furent envoyés à la cour par tous les intendants en 1698 J. Ce travail leur avait été demandé lors de la paix de Ryswick, en 1697, par un ordre du roi, accompagné d’une instruction détaillée1 2 qu’avaient rédigée le duc de Beauvilliers, gouverneur des enfants de France, et son royal élève, le duc de Bourgogne. Ils instituaient ainsi une vaste enquête que les événements empêchèrent d’aboutir à des réformes, et qui ne servit qu’à l'instruction personnelle de l'héritier du trône. Les copies manuscrites de ces Mémoires ne sont pas rares; ils ont, d’ailleurs, été analysés avec soin et fidélité par le comte de Boulainvilliers, dans son État de la France. Le
1 Le Mi-moire de Foucault sur In gé-
néralité do Caen (i vol. in-fol. fonds Mortcinnrl, Mss. BihI. impir.) porte la date de 1G98. Il est donc probable que ce fut en avril i G99 . et non en avril 1 700. comme
le prétendent les Mémoires, que l'aulcur en fut remercié par le duc de Beauvilliers au nom du duc de Bourgogne.
’ Cette instruction est publiée en tète de l 'Etat de la France, de Boulainvilliers.
INTRODUCTION
Mémoire <ie Foucault y est résumé comme les autres'; mais Boulai nvilliers a joint à son analyse une critique qui nous parait injuste et exagérée. Il accuse l’intendant de Caen d’avoir lait faire son travail par ses subdélégués, et « de n’avoir pas «pris la peine de lire ce qu’il envoyoit à la cour2. » Ailleurs encore3, il lui reproche de la bassesse dans les expressions et dans les observations, des disparates dans le style et la méthode, et attribue aux préoccupations causées par « l’amour de « l’étude et des lettres » l’inapplication qui a fait de ce Mémoire le plus imparfait qui ait été composé et celui qui répond le « moins aux intentions du prince. »
Pour nous, en comparant ce Mémoire avec les autres, nous n’avons point été frappé de son infériorité. Il nous a paru contenir à peu près tous les renseignements qu’on demandait, sauf les critiques sur l’administration que l’instruction aurait voulu obtenir, mais dont tous les intendants s’abstinrent, par la raison qu’ils n’étaient pas tentés de s’accuser eux-mêmes. S’il faut faire une place à la critique, on peut l’accuser de prolixité, et trouver que Foucault a accordé trop de place à ses études favorites d’archéologie. Peut-être l’ennui que ces détails inutiles ont donné à Boulainvilliers est-il la cause de son jugement passionné sur l’ensemble de ce travail. Heureusement, cette mauvaise humeur n’a pas influé sur l’exactitude de l’analyse, qui est aussi complète que possible, et à laquelle nous n’avons rien à ajouter. Nous y renvoyons nos lecteurs, sans avoir besoin d’entrer ici dans plus de détails sur ce triste tableau de la basse Normandie en 1698.
' Édit, in-ia , L IV. — 1 I’. 85. — * T. I , prrface . p. 5a.
INTRODUCTION
5 ii. — Commerce, agriculture, grains et subsistances.
Le grand mouvement industriel et commercial suscité par Colbert s’était arrêté à la guerre de Hollande, et, par conséquent, il était passé quand Foucault arriva aux affaires; aussi en trouve-t-on fort peu de traces dans ses Mémoires et dans la correspondance du ministre avec lui. Les Mémoires sont muets sur les manufactures, et la correspondance que nous publions ne contient que deux pièces où il en soit question, et d’une manière seulement indirecte : la première1 *, pour que les commis des manufactures "soient payés sur le sol qui se «paye pour la marque de chacune pièce d’étoffe,» afin qu’ils ne soient point à charge au commerce; la seconde a, pour demander à Foucault son avis sur la suppression des offices d’auneurs, marqueurs et visiteurs de draps et étoffes de laine et de fil. Ces offices ne furent pas supprimés3.
En arrivant à Montauban, Foucault reconnut et s’empressa de mander à Colbert que la guerre avec l’Espagne avait ruiné le commerce dans la province. Déjà, depuis la guerre avec la Hollande, il avait cessé par mer et n’avait continué que par les passages des Pyrénées; la rupture subséquente avec l’Espagne les ayant fait fermer, il ne restait plus de rapports qu’entre les habitants des Pyrénées espagnoles et françaises qui avaient le privilège, fondé sur d’anciennes coutumes, de continuer entre eux le commerce nonobstant les déclarations de guerre entre les deux nations. Un des principaux objets de ce commerce était le sel, que les Espagnols apportaient aux
1 Circulaire du Colbert aux intendants, 5 Dépêche de Colbert à Foucault, du
en date du it> mars iC8a,à l'Appendice. ig mai i683, p. 5oo.
p. 678. 1 11a ne l'onl été qu’en 1768.
c . . INTRODUCTION,
montagnards français pour leurs bestiaux. Dans le langage des gabelles, cctle faculté et les pays qui en jouissaient s’appelaient des lies et passelies ou passcries. Foucault fut appelé, en 1676, à régler les limites de ce privilège, que le fermier général prétendait dépassées. Malgré l’état de guerre, il dressa avec un commissaire espagnol un projet de règlement qui fut adopté par le conseil du roi. L’affaire des lies et passeries revint sur le tapis après la paix, à cause d’un droit qu’au mépris de ces privilèges les Espagnols avaient établi sur les marchandises qui entraient de leur pays en France. De l’autre côté, un sieur Lhuillier avait proposé à Colbert d’établir un droit à l’entrée en France des sels et des huiles, qui formaient, avec les bestiaux et quelque peu de laines, les objets principaux de ce commerce. Quant aux bestiaux, leur entrée et leur sortie constituaient moins un commerce qu’une transhumance; ils passaient l’été en France, sur le versant nord des Pyrénées, et l'hiver en Espagne, sur le versant sud. Une dépêche de Colbert, du 8 juillet 1682, consulta Foucault sur toutes ces questions; mais il ne paraît pas qu’il en soit rien résulté.
D’autres dépêches de Colbert 1 recommandent à Foucault de s’informer « de ce qui concerne le commerce et les manu- « factures, la nourriture des bestiaux, et généralement tout «ce qui peut attirer de l’argent dans le royaume, « étant certain «que ces enquêtes produiront toujours quelque avantage «aux peuples et au bien de l'Etat.» 11 veut que l’intendant excite les peuples à la culture des terres et aux manufactures, qu’il examine «si le pays seroit propre à y élever des chevaux «ou des mulets, parce que c’est encore un très- bon moyen « pour y attirer de l’argent; » il promet l’assentiment et la
1 Des 17 novembre 1G79, 8 février, 28 norembre et xa décembre 1G80, p. 439, 44). 459.
INTRODUCTION. . et
coopération du roi pour toutes les mesures de ce genre qu’on pourrait proposer.
Après la mort de Colbert, le gouvernement cessa de se préoccuper du commerce, et le peu de traces qu'on en retrouve dans Foucault sont des constatations de la misère croissante après la révocation de l’édit de Nantes et pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg. C’est, en 1694, l’impossibilité d’installer à Caen la juridiction consulaire, parce que tous les marchands ont émigré comme religionnaires et que leur départ a ruiné le commerce' ; et, en 1696, la décadence de l’industrie, constatée à la foire de Caen, qui a fait pour 460,000” d’affaires de moins que l’année précédente1 * 3.
Quant à l’agriculture proprement dite, les dépêches de Colbert à Foucault demandent sans cesse des renseignements sur l’état des récoltes. Une circulaire du i5 mai 1681 exige qu’on lui donne avis, «tous les quinze jours, de l’opinion que « les peuples auront de toutes sortes de fruits. » On doit noter, au profit de l’agriculture, les efforts faits par Colbert, et dont nous avons parlé, pour empêcher la saisie des bestiaux.
L’intendance de Pau ne nous fournit qu’un seul document agricole. Ce sont deux dépêches de Louvois3, envoyant à
1 Mémoires, p. 3o8. Foucault répète la même chose dan* son Mémoire au duc de Bourgogne sur la généralité de Caen.
Voici le passage original : • Le commerce
• a considérablement diminué depuis l'an-
• née if>85, que la plu» grande partie des
• marchands ou négocions, qui étoient rc-
• ligionnaircs (cl les plus riches ont posso ■ dans les pays étrangers), ont abandonné « le commerce, en sorte que ceux qui res- « lent ne sont |>as en pouvoir de le réla- « blir. • (Ms. de la Biblioih. imp. fol. 5 v’.)
Ce passage est reproduit presque textuellement dans Roulninrillicrs . Etat Je la France, édit, iu-ia. t. IV, p. 48.
Dès |665, le lieutenant général de Caen instruisait Colbert, par une lettre du il février [Correspondance administralice, t. lit, p. 700), que la plupart des négociant» de cette ville faisaient profession de la B. P. R.
* Mémoires, p. 3i3.
9 Des 22 avril cl 3 mai i685, p. 5io et 81 1.
ni INTRODUCTION.
Foucault une ordonnance du roi qui prescrivait d’interdire, sous peine de 1 oo écus d’amende, le défrichement et le labour des prairies de son département, et de faire remettre en nature de prairies celles qui avaient été ci-devant labourées, en prenant garde toutefois que l’exécution de ces ordres ne servît de prétexte à des vexations particulières. Le motif de cette mesure n'est pas énoncé; peut-être faut-il le chercher dans les besoins de la cavalerie qu’on entretenait en Béarn.
On trouve également peu de chose sur l’intendance de Poitou. Au mois de juillet 1686, Seignelay, sans doute dans le but de conserver la taille aux chevaux, écrivit à Foucault d'empêcher que les cavales au-dessus de treize paumes ne fussent employées comme juments mulassières. Déjà pareil avis avait été suggéré à Colbert, qui l’avait repoussé. Foucault réussit à en détourner Seignelay, en lui représentant que la production des mulets était une des principales industries du Poitou, et que les jeunes mulets de neuf mois étaient payés jusqu’à i5ottpar les Béarnais et les Auvergnats, tandis que les plus beaux poulains du même âge ne rapportaient que la moitié de cette somme. Ayant ainsi obtenu qu’on laisserait la liberté d’action aux paysans, il fit en même temps couper et confisquer quelques petits chevaux pour contenter Seignelay.
Lere des disettes, amenée de longue main par une série de fausses mesures économiques1, commence en 1686. La disette sévit en Poitou, et Foucault fait venir des grains de la généralité d’Orléans pour les faire débiter dans les endroits qui en avaient le plus besoin. En 1688, le contrôleur général Le Pelletier voulait établir des réserves de blé dans les provinces, « pour empêcher les peuples de souffrir de la disette dans
1 V'oy. P. Clément. Histoire de Colbert, p. 1 1 1 ; Joubleau, Etudes sur Colbert, I. II, p. 8-18.
cm
INTRODUCTION
«certaines années,» et Foucault reçut l’ordre d’examiner en quels endroits du Poitou on pourrait établir des magasins de celte espèce. Sur l’information qu’il prit auprès des marchands de blé, la province aurait pu en mettre annuellement de côté 80,000 tonneaux en moyenne; mais il fallut renoncer à ce dessein, à cause d’un obstacle insurmontable, «c’est que les «blés ne se gardent point en Poitou, la vermine1 s’y mettant «au bout d’un an et souvent plus tôt, suivant les saisons.»
L’intendance de Caen présente une triste suite de disettes. La première fut celle de 1693. Le gouvernement voulant être instruit de la quantité de blé récoltée l’année précédente, Foucault suggéra, comme moyen d'information, de s’adresser aux décimateurs. Une déclaration du roi prescrivit aux intendants de nommer des commissaires dans les élections pour vérifier l’état des grains, et un arrêt du conseil subséquent enjoignit «aux marchands, laboureurs et fermiers, de vendre « leurs blés aux termes de la déclaration du roi2; mais, ajoute «judicieusement Foucault3, tout cela n’a été bon qu’à faire « renchérir les blés, les usuriers en ayant fait des magasins, et «je me suis bien trouvé d’empêcher les grands amas de blés, «mais d'en laisser le commerce libre; ce qui a fait que la « basse Normandie a moins souffert de la disette des grains «que les autres provinces.» Pour ménager le blé, Foucault interdit la fabrication de l'amidon à Caen, au mois d'octobre 16934. La disette continuant en 169/1, h sc ht quelques attroupements de paysans en plusieurs endroits, pour empêcher les marchands étrangers d’enlever les grains dans les marchés;
1 Le charançon cl surtout l'alucile.
1 Celle déclaration , du 5 septembre
1G9.3, prescrivait aux détenteurs de blés
d'en porter nu moins la moitié au marché à des époques déterminées, avec interdic-
tion d'en Imiter avec les • marchands et • autres faisant le commerce de grains. » 5 Mémoires, septembre 1 Gg3, p. 299.
* Il renouvelle la même interdiction en novembre 1G98.
Civ ' INTRODUCTION,
mais ils se dissipèrent et n’eurent pas de suite. La disette ne cessait presque plus; en 1699, elle reprit une nouvelle force. On fit beaucoup de chargements do blé de la généralité de Caen pour celle de Rouen.
S 5. — Assistance publique.
Le mode le plus simple de l’assistance publique consiste dans des remises d’impôts. C’est ce que nous voyons pratiquer par Colbert dans les cas de grêles qui, de son temps comme du nôtre, désolaient fréquemment le sud-ouest de la France1. La rudesse proverbiale du grand ministre y apparaît quelquefois. A une demande de Foucault en ce sens il répond, le 25 juillet 1G80 : « Si le roi faisoit diminution de î’iraposi- « lion des tailles pour les grêles qui sont tombées, il faudrait « que le roi réduisît en peu d’anuées la taille à rien, parce que « tous les ans il y a des grêles qui tombent, un peu plus, un «peu moins, etc.» Mais le 5 septembre suivant il s’adoucit, ou peut-être est-ce le roi qui, plus doux que lui, accorde une diminution de 3o,ooo ".
Plus tard, le même procédé de diminution des tailles vint au secours du bourg de Ducé, en basse Normandie, presque entièrement détruit parle feua. Enfin, en 1706, 4o,oooH furent diminuées sur les tailles de la généralité de Caen, à cause d’un ouragan « universel dans le royaume, » qui avait bouleversé le pays, le 3o décembre 1706.
' Dépêches de Colbert à Foucault, des 6 juillet et 5 août 1C79, a5 juillet et 5 septembre iG8o, 8 et 1 4 juillet 168a, p. 4ay, 43a. 453, 456, 48a. 484. Le langage de ces lettres peut paraître un peu amphibologique, car elles parlent tantôt de sommes accordées et à distri-
buer entre les paroisses grôlées , tantôt de diminutions; mais la derniéro lettre citée fait bien comprendre qu'il s'agit de diminutions de tailles, accordées pour être distribuées aux paroisses qui avaient souflért de la grêle.
* iUmoim, 8 mai 1694, p. 3o4-
INTRODUCTION. cv
Mais l’administration ne se contentait pas de venir au secours de la misère en moins prenant; elle appliquait aussi l’assistance directe. En avril 1C86, Foucault reçut l’autorisation de faire distribuer aux pauvres du Poitou, «par forme d’aumône, » du blé qui lui avait été envoyé d’Orléans. Seulement, pour éviter des demandes pareilles de la part des autres intendants, il devait répandre le bruit que ce soulagement provenait d’une amende dont le roi lui aurait permis de disposer. En même temps, les nécessités de la misère firent créer « des ateliers publics pour faire travailler les pauvres aux che- « mins. » Les fonds destinés au Poitou furent augmentés de a 0,000 è cet effet 1 . Nous avons vu comment ces ateliers prirent fin au commencement de 1689, en face des dépenses de la guerre.
A la fin de 1 692 , la misère croissante et la- disette forcèrent à des mesures plus radicales, et Foucault proposa hardiment à Pontcbartraiu une véritable taxe des pauvres2.
Un des moyens les plus efficaces d’exercer la charité était la fondation des hôpitaux. Une déclaration du roi, de septembre 1G76, prescrivait « l’établissement d’un hôpital général « dans les villes et gros bourgs du royaume3. » Foucault, d'accord avec l’évêque de Montauban, envoya à la cour un projet de lettres patentes pour commencer par en installer un dans cette ville, mais rien dans ses Mémoires ne fait supposer que cette bonne mesure ait été poussée plus loin. Les autres hôpitaux dont il est question sont dus à la bienfaisance particulière. Le premier est celui de Saint-Maixent, fondé par le duc de Mazarin4. Le second est celui de Sainte-Marie-du-Mont,
1 Mémoires, février 1686, p. 1 54. 1 Mémoires, p. 38
* Ibid. 3o déc. 169a, p. 395. 11 ne dil 1 Ibidem, septembre 1087, septembre
pas quel fut le succès de sa proposition. 1688, p. 307, a35.
cvi INTRODUCTION,
en basse Normandie; il avait été fondé par la maréchale de Saint-Géran, et augmenté par la duchesse douairière de Ventadour.
Le roi avait donné, le a5 juillet 1700 \ une déclaration pour purger le royaume de mendiants. Par suite de cette ordonnance, Foucault travailla avec la duchesse deVentadour à éteindre la mendicité dans la paroisse de Sainte-Marie-du- Mont, qui comptait deux cents pauvres, soit en les occupant, soit en les faisant entrer à l’hôpital. Mais cette fondation n’était pas assez riche pour les recevoir. Foucault proposa à Chamillart, comme il l’avait fait à Saint-Maixent, de faire convertir au profit des hôpitaux les aumônes qui se distribuaient à la porte des abbayes. Il ne parait pas que ces mesures aient eu un grand succès, et Foucault constate que la déclaration royale sur les mendiants ne fut pas exécutée, «les hôpitaux n’ayant « pas été en état de les loger et de les faire subsister2. »
S b. — Travaux publics.
La direction des grands travaux d’utilité publique, tels que les constructions de canaux et de ponts, appartint toujours aux intendants ou à des personnes spécialement commises à cet effet par le gouvernement central. Mais il 11’en était pas de même des travaux ordinaires, comme la confection et l'entretien des édifices publics et des routes : ces fonctions avaient d’abord appartenu aux trésoriers de France *; une grande partie de leur pouvoir passa peu à peu aux intendants. Dans les Mémoires de Foucault, nous voyons l’intendant s’occuper d’une foule de cas de cette espèce , mais rien n’indique jusqu’à
1 Anciennes lois françaises ,l.XX, p.366. ’ Voy. R. Dareslc, Origines du conten-
’ Mémoires , Un de 1700, p. 343. lieux administratif, p. 3i, 3a.
INTRODUCTION. cvn
quel point les trésoriers de France avaient retenu leurs attributions en face de lui.
Rivières, canaux cl ponts. De 167/4 à 1679 *, Foucault s’occupa sans interruption de rendre le Lot navigable par un système d’écluses. Ce travail était terminé en 1680, et Colbert chargea alors Foucault9 de lui rendre compte de l'avantage que la province en devait retirer pour le transport des vins, denrées et marchandises. Les frais des travaux sur le Lot furent supportés par les généralités de Bordeaux et de Montauhan. Il en fut de même 3 pour des frais semblables que l'on appliqua «à l’entretien de la navigation sur les rivières de Garonne, Tarn et Aveyron.
En juillet 1675, Foucault alla visiter les travaux du canal de Languedoc, alors en pleine construction. Il était accompagné par Iliquet lui-même, qui le « régala magnifiquement. »
— En 1679, il demande l’autorisation de réparer, moyennant
40.000 H, les deux ponts de Cahors, sur le Lot, qui coûteraient
200.000 *• à relever, si on les laissait tomber faute d’entretien.
— En i683 \ conjointement avec l’intendant de Bordeaux, il visite la Garonne depuis Bordeaux jusqu’à Toulouse, «pour « voir les ouvrages qu’il faut faire pour rétrécir son lit dans » les endroits où il est trop étendu, et la mettre en état de na- » vigation pendant toute l’année. » La grande difficulté, comme Foucault l’exprimait dans le procès-verbal qu’il envoya l’année suivante5 au successeur de Colbert, était depuis Agen jusqu’au
1 Mémoires, 1676, 1 675 . 1679. pas- ’ Dépêche de Colbert à Foucault, du sim; dépêche de Colbert à Foucault, du 36 octobre 1679^. 4315.
1 o février 1679, p. 4 1 3- ' Mémoires, loel 33 août t683, p. 89.
* Dépêche du 18 novembre 1680, 1 Ibid. G juillet iC84, p. 108.
cv in INTRODUCTION,
canal du Languedoc, le lit de la rivière se trouvant plat, large et changeant dans cet intervalle, « ce qui étoit difficile à guérir. » Le changement d’intendance l’empêcha de s’en occuper davantage.
Il est question de nouveau des rivières dans l’intendance de Caen. Foucault visita la rivière de Dives, et, sur son avis, Pontchartrain lui envoya 1 un arrêt du conseil pour obliger les riverains d’en élargir le canal dans les endroits où il s'élait formé des atterrissements. Plus tard, en juillet 1 698 , Foucault visita le Couesnon, petite rivière limitrophe de la basse Normandie et de la Bretagne, pour remédier aux désordres causés sur ses bords par les inondations; c’était le flux de la mer qui en était cause, et l’on projeta de faire des digues et des épis le long de la côte, «comme on fait en Hollande. » A la même époque, on proposa à Pontchartrain de construire au petit Vey, « passage de la partie du Cotentin la plus fertile en che- « vaux et en bestiaux,» un pont qui serait «très-utile, mais «d'une grande dépense.» En mai 170G, on revint sur ce projet. Un nommé Pinson proposa au roi de «rendre les pas- « sages des grand et petit Veys sans péril, » et en même temps de construire un port à la Hougue et de dessécher les marais de la basse Normandie. La concession de ces dessèchements avait été déjà demandée plusieurs années auparavant par le maréchal de Bellefonds; les riverains s’y étaient opposés. Les propositions de Pinson tombèrent également dans le néant; mais, en 1710*, le dessèchement d’une certaine quantité de marais fut effectué par quelques gentilshommes qui en étaient propriétaires, « et l’on a trouvé que c’étoit l’avantage du public « et des possesseurs desdits marais. »
' Mémoires, septembre 1691, p. 377. — * Ibid. p. 3G9.
INTRODUCTION. cix
Chemins. Nous ne trouvons, à cet égard, dans les dépêches de Colbert, que cette recommandation générale : « Appliquez- • vous à bien examiner tout ce qui concerne les grands che- « mins et les réparations qui pourront être faites l’année pro- « cbaine » Les Mémoires eux-mêmes ne contiennent aucune trace d’un entretien des routes suivi d’une manière continue par l’intendant. Dans la généralité de Montauban, on le voit seulement faire exécuter, en janvier 1675, sur un ordre du roi et moyennant une dépense de 1,200 H, des réparations aux bains et aux chemins de Baréges, « «à l’occasion du voyage que « M. le duc du Maine, conduit par madame de Maintenon, y « a fait pour l’allongement des nerfs d’une jambe dont il est «boiteux. » En 1686, une occasion analogue fut sur le point de se produire. On avait conseillé au roi les bains de Baréges pour la guérison de sa fistule. Le 22 mai, Louvois écrit à Foucault de faire réparer les chemins de la généralité de Poitiers par où le roi et la cour doivent passer, de donner les ordres nécessaires pour que les moins bons passages soient accommodés sans grands frais, seulement en élargissant les routes, « de manière qu’il y ait au moins douze ou quinze pieds « de passage, et que, s’il y a des bourbiers qui ne puissent pas « être raccommodés solidement, l’on ouvre les baies pour pou- « voir les éviter;» et que l’on fasse aussi réparer les mauvais ponts, s’il y en a. Mais, quelques jours plus lard, le roi changea de résolution, et, le 27 mai, Louvois manda à Foucault de ne faire aucune dépense pour accommoder les chemins. On venait, à la même époque2, d’appliquer les ateliers de charité du Poitou à la réparation des routes.
Dans la généralité de Caen, Foucault mena à bonne fin,
1 Dépêche à Foucault, du 1 a décembre 1 680 . p. 6d<j. — ' Mémoires, février 1686,
ex INTRODUCTION,
de 1694 à 1696, une entreprise de voirie fort intéressante pour le pays. 11 s'agissait d’achever le chemin de Caen à Lisieux, par où débouchaient toutes les denrées, bœufs, chevaux, volailles, beurre, toile, etc. dirigées de la basse Normandie sur Paris. Une partie de celte route passait par les généralités de Rouen et d’Alençon; mais, comme celle de Caen y était seule intéressée, c’était à elle d’en subir tous les frais, et les deux autres refusaient d’y contribuer. Foucault obtint de Pontchartrain l’autorisation d’imposer à cet eüet 60,000 n sur la généralité de Caen, moyennant quoi le chemin fut achevé et fait «de cailloutage et de moellons, meilleurs, plus « durables et de plus petit entretien que le pavé. » Cette réparation lui attira «bien des bénédictions des voituriers.» Pour maintenir la route en bon état, il interdit d’y faire passer des charrettes à plus de trois chevaux, à peine de 5oH d’amende et de la confiscation de l’attelage.
Bâtiments. Proposition à Colbert, le 1 a juillet 1679, d’achever, moyennant 20,000 H, le nouveau palais épiscopal de Montauban, en remplacement de l’ancien, qui avait été détruit par les religiounaires; le roi ordonna d’imposer 66,000 H sur toutes les paroisses de la généralité pour l’achever. — En juin 1686, réparation du Palais de Justice de Poitiers. — En mars 1688, construction d’une église à Châtellerault pour recevoir les nouveaux convertis, et réparation de l’église de Niort. — En >698, Foucault proposa «à Le Pelletier de faire réparer les murailles et les fortifications du Mont-Saint-Michel, qui menaçaient ruine depuis longtemps1. La dilliculté était de savoir
1 Dés i665, le commandant de celle le danger que le Monl-Sainl-Michel et forteresse avoil écrit à Colbcrl pour lui en Tombelaine ne fussent enlevés par quelque signaler l'état déplorable, et lui montrer coup de main des réfugiés aux îles an-
INTRODUCTION. cxi
qui supporterait les frais. Les religieux du couvent prétendaient établir, par les précédents, qu’ils étaient à la charge du roi. Foucault proposa de les faire supporter par tiers entre le couvent, les habitants du lieu qui s’en couvriraient par un octroi, et la province, « à qui profite ce rempart, » et qui subirait pour cet objet une imposition spéciale. La dépense était estimée à 60,000 tt. Les Mémoires ne nous apprenuent pas quelle suite fut donnée à cette affaire. — En juin 1 700, réédificalion des écoles de l’Université de Caen, pour lesquelles le roi avait donné l’emplacement des Halles; Foucault et l’évêque de Baveux en posèrent la première pierre.
Promenades et plantations. Une des préoccupations de Foucault était de planter des lieux de promenade dans toutes les villes où s’étendait sou autorité. En Béarn seulement, il ne fait pas mention de travaux de ce genre, à cause du peu de temps qu’il y resta. A Montauban \ il fit planter des arbres le long du Tarn, hors la ville, « pour conserver le terrain que la « rivière emportoit, et pour faire un cours sur une esplanade. ® Une promenade fut plantée par ses soins à Mont-de-Marsan 2. En 1 G 8 3 , il lit planter encore un cours à Montauban et bâtir une porte de la ville. En 1 686 et 1 687, il fit garnir d’une plantation les bords du Clain, dans une étendue de 600 toises, « pour servir de promenade aux habitants de Poitiers. » Dès son arrivée à Caen \ il fit planter sur le bord de l’Orne « quatre « rangées d’ormes qui y font un très-beau cours. » C’est l’ori-
"laiscs. (Depping, Correspondance administrative, I. IV, p. 683.)
' Mémoires, septembre 1679, p. 5l.
1 C'csl du moins ce qu’on peut inférer d'une dépêche de Colbert « Foucault, du
a3 novembre 1S79 (p. 43g }, refusant aux habitants de Mont-de-Marsan de prendre à ccl effet déjeunes ormes dans les forêts du roi.
s Mémoires, juin 1689, p. a5a.
exil INTRODUCTION.
gine de la promenade dont la ville de Caen jouit encore au
jourd’hui.
S 7. — Fêtes publiques.
Les Mémoires de Foucault contiennent la mention d’un certain nombre de fêtes publiques auxquelles il présida, et qu'il ordonna avec un grand soin, dans le sens de ses goûts d’antiquaire et d’érudit.
La première eut lieu à Montauban, au mois d’août 1682, pour célébrer le jour de la naissance du duc de Bourgogne. Les Mémoires nous avertissent qu’on en fit une relation. Ce compte rendu, émané de Foucault lui-même ou de son entourage, lut inséré dans la Gazette du temps. Nous le reproduisons dans une note du texte l.
La seconde fête 2 ordonnée par Foucault eut lieu à Poitiers, le jour de saint Louis 1687, pour célébrer l’érection d’une statue de Louis XIV sur la grande place de la ville. Cette pièce, œuvre d’un sculpteur du pays, avait été commandée par le corps des marchands de Poitiers pour être mise sur la porte de la juridiction consulaire; mais elle fut jugée trop grande pour cet emplacement et digne d’être installée sur une place publique. Foucault y fit consentir le corps des marchands, et l’inaugura par trois jours de réjouissances, dont la relation, composée par lui-même ou sous son inspiration , fut imprimée à Poitiers en 3 a pages in-4°. Cette brochure est annexée aux Mémoires, et nous l’avons reproduite3 comme en faisant partie, car, s’il n’est pas démontré qu’elle soit l’œuvre de Foucault, au
1 P. 3a. des conversions opérées par son lèle. Nous
’ A Pau. Foucault n'ordonna pas de en parierons plus loin.
(Îles, mais on lui en offrit une à l'occasion * P. »8i et suiv.
CXU!
INTRODUCTION, moins les fêtes qu elle décrit sont-elles certainement de l’invention de notre intendant. 11 envoya cette relation au P. La Chaise, qui en rendit compte au roi et écrivit à Foucault poulie remercier et le féliciter1. Un exemplaire de la relation fut aussi envoyé au duc de la Feuilladc, qui avait donné le signal de ces solennités, en faisant élever, l’année précédente, une statue au roi sur la place des Victoires; il la lut au roi, «qui «parut très-content de cette fête.» On écrivit à Foucault de Bordeaux, de Pau et de plusieurs autres endroits, pour avoir le modèle de la statue et pour l’imiter.
La dernière fête eut lieu à Caen, le 6 juillet 1 704, pour célébrer la naissance du duc de Bretagne, fils aîné du duc de Bourgogne, un enfant qui ne vécut qu’un an. Il en fut fait un compte rendu, imprimé à Caen, en 8 pages in-4°, et qui est également annexé aux Mémoires. Nous le publions encore2, parce que la fête qu’il décrit est bien évidemment due à l'imagination de Foucault; mais, à la manière dont la relation s’exprime, il n’est pas vraisemblable qu’il en soit l’auteur.
S 8. — Instruction publique, sciences et lettres.
Petites écoles. C’est ainsi que, sous l’ancien régime, on désignait ce qu’on nomme aujourd’hui l’instruction primaire. Il n’en est question qu’une seule fois dans les Mémoires de Foucault. En 1687, il proposa d’établir des maîtresses d’école dans les principaux bourgs et villages du Poitou, pour instruire les jeunes filles3. Il demandait 4o écus de gages pour
1 La lettre est insérée aux Mémoires .
* Dépêche de Louvois à Foucault, du
31 octobre 1687 (p. 537), pour demander des détails sur le projet. Foucault les envoya le 8 décembre suivant ( Mémoires , p. 309.)
cm INTRODUCTION,
chaque maîtresse. L’intervention de Louvois dans cette affaire, et le fait, attesté par Foucault, que les filles de la maison des nouvelles catholiques de Poitiers offraient de fournir les maîtresses dont on avait besoin, nous autorisent à croire qu’il s’agissait surtout de l’instruction des nouvelles converties, quoiqu’il n’en soit pas fait une mention expresse.
Collèges. Ces établissements comprenaient ce qu’on appelle aujourd’hui l’instruction secondaire. En 1681, Foucault fit agréger à l’Université de Cahors le collège des Jésuites de cette ville. En janvier 1687, il fit réunir le collège de Pigareau ou Puygarreau, d’ancienne fondation seigneuriale, au collège des Jésuites de Poitiers, malgré l’opposition des ennemis des Jésuites, et aussi malgré l’évêque de Poitiers, qui aurait préféré transformer le collège de Pigareau en un séminaire soumis à son inspection. Le P. La Chaise, qui avait pris part à cette affaire, remercia Foucault du succès obtenu à cette occasion pour la Société de Jésus1.
A l’occasion de l'inauguration de la statue du roi à Poitiers, le a5 août 1687, Foucault fonda, au collège des Jésuites delà ville, des » prix de tragédie,» c’est-à-dire une distribution de prix accompagnée d’une représentation scénique donnée par les élèves, pour tout le temps qu’il serait intendant en Poitou. Cette fondation n’eut d’effet que l’année suivante, et il en coûta à Foucault 27 volumes. 11 a inséré dans ses Mémoires, probablement comme étant son œuvre ou du moins le fruit de ses inspirations, un imprimé de 12 pages in-4°, qui contient le canevas de la tragédie, sujet tiré de l’histoire de Démétrius, fils du dernier Philippe de Macé-
1 Sa lettre est jointe aux Mémoires, p. 206.
INTRODUCTION
doine, et ie livret d’un ballet, «où l’on représente les Dieux « qui se disputent la gloire d'avoir le plus contribué à donner «au roi le glorieux surnom de Grand,» avec les noms des élèves qui ont figuré dans les deux pièces.
Nous devons remarquer une création qui se sent du génie de Colbert, et dont il n’est pas dès lors étonnant de voir prendre l’initiative à son fils Seignelay. Il s’agit de l’enseignement des langues vivantes: l’Université ne l’admettait pas, et les négociants étaient obligés d’envoyer leurs enfants en Angleterre et en Hollande pour y apprendre les langues de ces pays. Afin de combler cette lacune, Seignelay écrivit à Foucault, en 1687*, que le roi jugeait à propos de faire enseigner l’anglais et le hollandais dans les ports de mer. Foucault proposa d'établir cette école, pour sa généralité, au bourg de la Chaume, petit port très -fréquenté par les étrangers*. Le même esprit présida à une autre création. En septembre 1 70 4 , Foucault fit établir, au collège des Jésuites de Caen, « une « chaire de mathématiques et d’hydrographie pour l’instruc- « tion des jeunes gens qui prennent le parti de la mer. » Les Mémoires1 * 3 ont conservé l'affiche annonçant l’ouverture de ce cours, qui fut inauguré le 26 mars suivant. On a soin d’y faire savoir que le discours préliminaire et les leçons elles-mêmes auront lieu en français \
On doit rattacher à un ordre d’études intermédiaires entre
1 Mémoires, p. ai 5.
’ En 1701, Ponteharlrain fit élablç, une école toute semblable à la Rochelle. (Voy sa lettre, du aq août 1701, à l'intendant Bégon, dans Depping, Correspondance administrative, t. IV, p. 5 10.}
* Page 365.
* Déjà, en 1668, l'intendant Cbaniil-
lart, père du minis're, avait chargé le P. Gnulruche. de la Compagnie de Jésus, d'ouvrir un cours de mathématiques à Caen; 011 y avait joint une «académie.»
où l'on s'assemblait toutes les semaines pour se perfectionner dans cette science. (Depping, Correspondance administrative , t. III, p. 780.)
CXVI INTRODUCTION
l'instruction secondaire et l’instruction supérieure l’érection d’une chaire de mathématiques au collège des Jésuites de Cahors, en i683, moyennant la suppression de deux chaires des arts dans l’Université de cette ville, et la demande à Colbert 1 d’établir un écuyer à Montauban, « pour mettre à cheval « les jeunes gentilshommes, » et d’imposer à toute la généralité 5oott pour le logement de l’écuyer.
licoles de droit. En 1681, Foucault proposa au chancelier, qui y consentit, l’établissement de six docteurs agrégés et d’un professeur en droit français à la faculté de droit de l’Université de Cahors. Le chancelier voulait charger de ce cours un des quatre professeurs en droit déjà en fonctions, mais Foucault lui représenta qu’ils étaient tous enfermés dans l’étude du droit romain, et fit nommer le sieur d’Olive, conseiller à la cour des aides de Montauban, et fils2 d’un bon jurisconsulte 3 *.
A son arrivée à Poitiers, il eut à réformer un abus dans la faculté de droit de cette ville, en empêchant les écoliers de faire en même temps leur droit à la faculté et leur philosophie au collège des Jésuites1. Il y installa, la même année8, un professeur de droit français, comme il avait fait à Cahors. Les Mémoires ont conservé le brouillon du discours qu’il prononça à cette occasion.
A Caen 6, il eut à se mêler encore des affaires de la faculté de droit, où il se passait « des brigues et cabales » au sujet de la nomination d’un professeur. C’est la seule occasion où cette lacultésoit mentionnée dans les ^Jjîmoires ; mais il en estques-
1 Mémoires, 18 juin 1681, p. 78.
’ Simon d'Olive, le père, est connu en-
core aujourd'hui par scs Questions notables
de droit, 1" édit. Lyon, iG4<).
’ Mémoires, a3 avril 1681, p. 78.
* Ibid. iA février 1G88. p. at8.
5 Ibid. uA novembre 1688, p. a37-
* Ibid mars iG<)o,p. aüo.
INTRODUCTION. cxvii
tion dans les dépêches adressées à Foucault par le chancelier de Pontchartrain. Une déclaration du roi ayant fixé les vacances du 10 août au 10 novembre, la faculté de Caen demanda le maintien de l'ancien état de choses, qui les faisait courir du 10 juillet au 10 octobre, et Pontchartrain ordonna à Foucault d’examiner cette réclamation pour juger si l’on pouvait y satisfaire *. Deux autres dépêches du chancelier1 2 ont pour objet d’interdire aux professeurs en droit de faire euxmêmes les répétitions des écoliers, ce qui les empêche de donner tout le temps nécessaire à leurs leçons publiques, et « ce «qui prive les agrégés d’une fonction pour laquelle ils sont «principalement établis et des émoluments qu’ils pourroient « en retirer, dont ils ont souvent besoin pour subsister. » Pontchartrain suggère à Foucault un moyen de s’informer si cet abus se renouvelle : « Vous chargerez les agrégés d’y veiller; ils « ne manqueront pas de vous en avertir. »
Belles -lettres. Colbert était amateur de manuscrits; il recommandait aux intendants de profiter de leurs visites dans les généralités pour rechercher, dans les églises cathédrales et dans les principales abbayes, s’il s’en trouverait de considérables, et de tâcher de les avoir sans autorité, mais par douceur et par achat. Lorsque Colbert lui envoyait cette recommandation 3, Foucault l’avait déjà mise en pratique, car, dès le commencement de 1678, il était en correspondance avec le célèbre Baluze, bibliothécaire de Colbert, relativement aux manuscrits de l’abbaye de Moissac*. La recherche qu’on en
1 Dépêche du 1 1 mars 1700, p. 54/-
1 Dépêches de Ponlcbartiain à Foucault, du 1 décembre 1 70.S et du 1 * mars 1 704 .
1 Dépêche à Foucault, du 1 1 décenihr* 1680. p. 4 T» 9 .
* Nom avoua extrait les deux lettresuivantes. ainsi que le catalogue des nia
«toi INTRODUCTION,
fit avait-elle commencé sur un ordre de Colbert, ou par l’initiative de Foucault, fort amateur de curiosités bibliographiques? c'est ce que nous ne saurions décider. En tout cas, les deux lettres de Foucault à Baluze, que nous donnons en note,
nuscril» de l'abbaye do Moissac, des ma nujcrils de la Bibliothèque impériale concernant la bibliothèque de Colbert:
rOCCAULT À BALUZE.
«Je n'ai point youIu. Monsieur, faire « réponse a la dernière lettre que voua avez » pris la peine de m’écrire, que je n’aie été
• en état de vous envoyer le catalogue des
• manuscrits qui sont dans l'abbnvc de
• Moissac. Je tue suis servi pour les exa- « miner de M. Fouillée, chanoine de Ca- « hors , qui a demeuré sept jours à en par- « courir seulement une partie, les archives
• de ce monastère étant dans une Irès-
■ grande confusion et la plupart des actes
• pourris ou manges des rats. M. le président Douai y a passé assez légèrement,
• et il y a beaucoup de livres et de carlti- « laires qu'il n’a point vus. Il est aisé de
• connoilre parfaitement ce qui est reu- « fermé dans cette abbaye, par le moyen
• dudit sieur Fouillac, qui est très-habile
■ en ces matières et aux yeux duquel rien < n échappera de tout ce qui mérite d'être
• relevé. Mai-, comme il perdrait le revenu -de son cunouicat pendant le temps qu’il
• travaillerait à cette recherche et qu’il «s'offre d’y travailler gratuitement, il se-
• roit, Monsieur, nécessaire d'avoir une
• commission du roi qui enjoignit au cha-
• pitre de Caliors de le tenir présent |>endan(
« qu il scroil occupé dans sa perquisition.
« Ce scroil un moyen d avoir une connois- « sance entière de tout ce qu'il y a de cu- « rieux dan* les églises de cette province , et
« vous serez. Monsieur, d'abord éclairci de » tout ce que vous voudrez savoir. M. l'é- « vcque de Cahors est à Paris à la pour-
• suite d’un procès qu’il o contre l'Univcr-
• silé, cl je suis persuadé qu'il ne vous «refusera pas le manuscrit de Hadulphe,
• archevêque de Bourges, dont vous me
• marquez avoir besoin.
• Foucault.
• A Mnntauban, le y février 1676.
«M. Bu.oxc.»
• Je n'ai pas voulu. Monsieur, me rap- « porter à personne pour aller tirer des
• archives de Moissac les manuscrits dont «j'ai eu l'honneur d’écrire à M. Colbert. «Je inc suis transporté dans l'abbaye et ai
• fait assembler le- chanoines, qui ont de- « libéré de me les remettre entre les mains
• après avoir vu la leltlre de M. l'abbé
• d Estrades; ce qui a été exécuté sur-le-
• champ II est vrai (]uo quelques-uns d’eux
• en vouloicnt faire faire un catalogue ;
• mais je me suis chargé de ce soin, et j’v « fais présentement travailler par M. Fouil-
• lac, chunoinc de Cahors. qui fait un
• grand cas de ces manuscrits que les cha-
• uoines ne commissent pas , ne s’etanl « pas trouvé de catalogue dans les ar-
• chives. Lorsque celui qui se fait sera
• achevé, dont je vous donnerai avis par « l'ordinaire prochain , je les enverrai par
• les rouliers de Limoges , étant la voie la
• plus courte et la plus commode. Je m’es- « limerai bien heureux si le jugement que
eux
INTRODUCTION
nous apprennent au juste ce qui se passa dans cette affaire. Foucault y fit travailler l’abbé Fouillac, chanoine de Cahors, et il envoya d’abord à Baluze le catalogue des manuscrits de l’abbaye, dressé par les soins du savant abbé, et ensuite les
• vous furet de ces livres répond « mes
• souhaits, et s’ils sont agréables A M. Col- . bert. Je vous en écrirai. Monsieur, plus i amplement par le premier ordinaire, « n'ayant que le temps de les faire porter «ici depuis qu’ils sont en ma possession.
■ Foocaclt.
■ A MonUuban , le & mai 1678.»
• Catalogue des manuscrits tirés des ar-
« chives de r abbaye de Moiuuc , le 3 mai
• 1618 , par M. Foucault, et envoyés <i « U. Colbert.
« La Bible , en 4 grands vol. in-fol.
« Œuvres de saint Cypricn, 1 vol. in-fol.
• Eusèbc dcCésoréc, Histoire ecclésias-
• tique, I vol. in-fol.
■ Josùphc , Histoire de la guerre des -Juifs, t vol. in-fol.
• Grégoire le Grand, y vol. in-fol.
«Amalarius, De divin, ollic. et Baban,
• De institut, cleric. 1 vol. in-fol.
• Saint Augustin , 1 7 vol. (orne in-fol. et
• cinq in 4*-)
«Saint Ambroise, 4 vol. in-4‘.
• Saint Jérôme, 7 vol. (deux in-fol. et
• cinq in 4*-)
• Bède, 5 vol. (deux in-fol. trois in-4*-) «Saint Hilaire, 1 vol. in-fol.
• Saint Prosper, i vol. in-4*.
« 1 vol. in-4* de la Collection d'Isidore.
• Panonnia Yvonis Carnolensis, in-fol.
• In.stituliones rlericorum . in-fol.
• Collection des canons de Burcbard ,
• in-fol.
• Origcnis homiliæ in Levitic. in-4*-
• Brnedictus Levila contre Félix et Eli-
• sand.
«Pierre Lombard, 3 vol. in-fol. et un
• pl-lit in-8* de sermons.
• Isidore de Séville. Etymologies, 1 vol.
• in-fol.
■ I vol. petit in-folio, ancienne ebro-
• nique.
« Odo nd Turpionetn Lemovirens.cpisc.
• in-4*.
• Recueil Je quelques vies des Pères, «touchant la vie régulière des moines, « in-8*.
• Aralor subdiaronus; défectueux.
« Constitutions impériales, 1 vol. in-4*.
« Petites collections; lois et coutumes ■ de Bourgogne.
• Sidonius Apollinaris; défectueux.
• Lois des Goihs et suite de leurs rois; « livre défectueux.
« Ancien martyrologe de l’abbaye de « Moissac.
«fi vol. in-fol. de Raban Maur.
» 1 commentaire in-fol. sur saint Paul,
• anonyme; avec les Institutcs de Justi- « nien.
• Une dialectique cl physique, en a vol. « in-4*, selon l'opinion d’Aristote.
• Exposition anonyme «or les Psaumes ,
• in fol.
«Joannis Januensis ordin. prtedicato.
• rura catholicor. de fide, spe et cliaritate.
• in-fol.
• De virlutibus, et viliis et de online « pcenitcnlite .
cxx INTRODUCTION.
manuscrits eux-mêmes, qui, des mains de Colbert, passèrent à la Bibliothèque du roi, où ils sont encore aujourd’hui.
Le joyau de cette collection , la seule pièce qui l’ait rendue célèbre, est le traité de Lactance, De mortibiispersecutorum,(\\ù y fut découvert. Mais il n’est pas exact d'en attribuer, comme le fait Rulhière \ »la découverte et la publication» à Foucault. La découverte doit être rapportée à l’abbé Fouillac; et la publication eut lieu pour la première fois, è Paris, en 1679, par les soins de Baluze. Les Mémoires de Foucault commettent aussi une erreur en rapportant l’envoi des manuscrits au mois de juillet 1681 : ils furent expédiés par le roulage en 1 678. Ce qui appartient à 1681, c’est l’ordre, donné par Colbert à Foucault 5, de faire faire des ornements d’église pour la valeur de 1,200 fl, et de les offrir au chapitre de Moissac, en échange des manuscrits qu'il avait cédés. Foucault continua de faire explorer les archives de cette abbaye, et, à la fin de 1682, il en envoyait encore à Colbert des manuscrits
■ Bruno episc. Commentaire sur les « Écritures.
• Ancienne chronique d'Adam à Louis
• le Débonnaire , avec quelques petits « traités.
• Alcuin contra Elisand et Smaradgi «diadema monachorum, in-4’.
«Les Conférences de Cassicn, in-fol.
• défectueux, et Institut» monachorum,
• in-12, du même.
« Begulæ monachorum Sancli Bene-
• dicli, avec une chronique défectueuse
• de Moissac.
«Un Sanctoral de Moissac; il met au < commencement les persécuteurs de l'E-
• glise jusqu à Maxcnce (c'est Lactance, « De morlibus pertcculorum , traité qui fut « découvert pour la première fois dans ce
• manuscrit), et les vies de saint Odilon,
• saint Amand, saint Ansbert, etc.
• Hugo, sur les Cantiques, iu-foi.
• 6 vol. d'expositcurs de' l’Écriture , « anonymes.
• Vit® sanctorum.
• Un ancien pontifical.
• Liber sacramcntor. S. Gregorii.
• Ciccrouis de invcnlione rhetorica -, «cjusdem libri IV ad Hercnnium.
• Vêtus liber sacramcntoruin.
• Velus nrdo Bomanæ ccclcsi®.
• Primus lomus bibliorum.
• Pandcct® sivc digeslum cum glossis.
• Le code on langage gascon, etc. »
1 Éclaircissements sur les causes de la révocation de l'cdil de Nantes, 1. 1, p. agi.
1 Dépêche du )G juillet \68i. p. 468.
INTRODUCTION
précieux, entre autres une bulle du pape Sergius, de l’an j 009.
Une circulaire de Colbert, du 1 9 juin 1 683 ', prescrivit aux intendants de rechercher les savants qui pourraient écrire l’histoire des provinces, et de les signaler au ministre. Foucault n’en trouva pas dans sa généralité, et l’écrivit à Colbert, qui dut se contenter de cette excuse 9.
A son arrivée à Caen, Foucault prit place à l’Académie, qui n’était pas encore établie par lettres patentes, et se tenait chez Segrais1 * 3. Foucault s’intéressa beaucoup aux travaux de cette savante compagnie; il les partagea, comme nous l’avons vu, et finit par obtenir pour elle, en janvier 1706, des lettres patentes lui donnant une vie officielle. Le chancelier de Pontchartrain lui écrivit à ce sujet deux dépêches4, dont la seconde fait honneur au sérieux de son esprit et à son aversion pour « la flatterie : « Si, dit- il, vous voulez que j’aie pour cette nou- « velle assemblée et pour ceux qui la composent des sentimens «d’estime et de considération, et que je leur rende tous mes « bons offices dans les occasions, je vous prie de leur recorn- » mander de n’appliquer leur esprit et leur science qu’aux ou- « v rages qui le méritent, et suivant leurs propres statuts, et « surtout de ne jamais penser à moi. »
S 9. — Affaires militaires.
Les fonctions militaires des intendants étaient nombreuses et variées; elles comprenaient beaucoup de choses qui tombent
1 Publiée dans Depping . Corrtsp. ndmimslr. I. IV, p. G06.
1 Dépêche à Foucault, du 33 juillet t683, p. Sot.
3 Mémoires, i4 mars 1689, p. a^7-
* La première, du 33 janvier 1705, est donnée dans notre Appendice, p. 553; la seconde, du 3 février suivant, a été publiée dans Depping, Corrtsp. administr.
t. IV, p. 636.
ami INTRODUCTION,
aujourd’hui sous la compétence d’autorités très-diverses. L’intendant avait, dans les limites de sa généralité, la levée et l’administration de l'arrière-ban et des milices ’, la haute main sur le recrutement de l’armée régulière et de la marine, une immixtion dans l’administration des régiments, l’intendance militaire pour les logements et les vivres des troupes, la police et la justice prévôtale pour tous les excès qu’elles pouvaient commettre envers l’habitant; il surveillait et construisait, au besoin, les fortifications, et enfin prenait part, s’il le jugeait à propos, aux opérations militaires qui s’accomplissaient sur le territoire de sa province. Nous allons résumer ce que les Mémoires nous apprennent sur la conduite de Foucault dans ces diverses fonctions.
La convocation de l’arrière-ban , souvenir de l’organisation féodale et de l’obligation imposée aux vassaux de prendre les armes à l’appel de leur seigneur, donnait de grandes occupations à l'intendant, car c’était lui, ou du moins ses subdélégués, qui dressaient, concurremment avec le gouverneur de la province, l’état de la noblesse, et désignaient ceux qui devaient faire le service par eux-mêmes et ceux qui, dispensés du service personnel, devaient fournir une contribution pécuniaire, dont la même autorité fixait le montant, et qui servait en beaucoup de cas à aider les gentilshommes trop pauvres pour s’équiper eux-mêmes. Ce secours ne suffisait pas encore, et presque toujours il fallait y joindre une suspension des droits des créanciers à l’égard des gentilshommes occupés par l’arrièreban. Cette institution, sans beaucoup de résultats utiles, paraît avoir pesé comme un impôt assez lourd sur la noblesse des provinces.
1 Arrêt du conseil du 19 septembre torique des institutions , moeurs et coutumes
1668, cité dans Cliérud, Dictionnaire his ■ île la France, y* milice.
INTRODUCTION
cxxm
La levée des milices avait lieu sur les paroisses et communautés, dont le contingent était fixé «à l’avance, et qui désignaient elles-mêmes, et fort arbitrairement, ceux de leurs garçons qui devaient partir. Elles étaient tenues de les envoyer tout équipés, et employaient souvent à cette dépense l’argent delà taille, ce qui constituait une confusion dans les comptes linanciers et une perte pour le roi.
On levait l'arrière-ban et les milices dans les cas où, en l’absence de troupes régulières, le territoire se trouvait inopinément menacé. Ce fut ce qui arriva en 1674, dans les premiers mois de l’installation de Foucault à l’intendance de Montauban. On crut, sur de faux avis *, que les Hollandais voulaient attaquer Bayonne et les Espagnols Fontarabie. Foucault et le maréchal d’Aibret, gouverneur de Guyenne et Gascogne, appelèrent aussitôt les milices et l’arrière-ban. Les généralités de Bordeaux et de Montauban réunies fournirent environ 5,ooo hommes d’arrière-ban et 1 0,000 de milices. Les villes capitales fournissaient 1 o hommes, celles du second ordre 5, et les plus petites 3 ; toutes s’efforçaient de monter au-dessus de leur classe, et les bourgs voulaient passer pour villes. Pas un des hommes de milice ne coûta moins de 5oH, et beaucoup revinrent aux villes jusqu’à a 00 H, car on les habillait et on les armait de pied en cap. Tout cela, joint à la subsistance de ces troupes une fois réunies, aux yivres et aux munitions que Foucault dut tirer comme il put du pays et des environs, causa de grands frais inutiles, l'ennemi ne s’étant pas montré.
Au mois de novembre 1688, au moment où la guerre allait éclater de nouveau contre la Hollande et où le prince d’Orange débarquait en Angleterre, on pensa encore à l’armement des milices, surtout dans les provinces maritimes, pour défendre
1 Mémoires , juin 1674, p 'J 4-
cxuv
INTRODUCTION, au besoin les côtes; Foucault, qui était alors en Poitou, écrivit à Louvois *, se faisant fort de mettre sur pied 6,000 hommes d’infanterie, tous anciens catholiques. Le règlement du a 9 novembre imposa moins de sacrifices à la proviuce : on ne lui demanda que 700 hommes; et eucore l’élection de la Rochelle, qui formait une intendance à part, fut comprise dans ce contingent.
La levée des milices s’était opérée sans difficulté dans les généralités de Montauban et de Poitiers; le caractère des peuples s’y prêtait. 11 n’en fut pas de même en basse Normandie, et Foucault arrivant à Caen, en 1 689, y trouva une population disposée à mettre en œuvre tout ce que « la plus fine chicane » pouvait inventer pour s’exempter de prendre les armes1. Malgré ces mauvais vouloirs, la nécessité pressant, il leva, équipa et disciplina un beau régiment de 900 hommes qu’on envoya servir en Guyenne, pendant que les milices du Poitou et de la Champagne venaient garder les côtes de la basse Normandie, avec l’arrièrc-bau bas normand, levé en même temps à cet effet. La noblesse qui le composait était si obérée, que Foucault fut obligé de lui donner des provisions sur ses revenus saisis. A la fin de l’année, on fit rentrer les milices dans leurs provinces d’origine, et on en leva de nouvelles dans Fh i ver de 1689-1690. Elles sortirent encore au printemps suivant. Le régiment de la généralité de Caen ne rentra plus alors que le 22 février 1691 , fort délabré et réduit au tiers de son effectif. J1 fallut le répai'er et le mettre en état de servir encore l’année suivante. L’arrière-ban fut également convoqué au mois de mars 1691.
En 1703, la guerre de la succession d’Espagne remit les
1 Méinoirvt , i3 novembre 1688, p. a36. — ’ Ibid, mars el avril 1G89, p. a48, a5o et a5i.
INTRODUCTION. cxxv
milices en mouvement. Le marquis de Beuvron en leva neuf régiments en haute Normandie. En basse Normandie on n'en leva pas plus qu’à l’ordinaire, mais on les équipa et on les dressa avec beaucoup de soin. Cent invalides furent envoyés pour garder les côtes, et l’on essaya de former, dans le même but, deux compagnies de cent gentilshommes chacune; mais la mauvaise entente de leurs chefs avec M. de Matignon, lieutenant général de la province, obligea de les licencier.
Les intendants s’occupaient aussi quelquefois du recrutement de l’armée régulière. A la demande de Colbert, Foucault leva, dans la généralité de Montaubau, io3 hommes pour le régiment de Champagne, dont le chevalier Colbert de Blainville, fds du ministre, était colonel1. En 1682, il rassembla des compagnies de jeunes gentilshommes qu’il expédia eu Flandre. En 1 683, Seignelay le chargea de lever, pour la marine, une autre compagnie de jeunes gentilshommes âgés de moins de seize ans. Lors des préparatifs de guerre de 1688, Louvois lui écrit1* de chercher des officiers qui se chargent de lever des compagnies d’infanterie et de cavalerie : on leur donnera 5,a5oH par compagnie de cavalerie de 35 maîtres (1 00 H par cavalier), et 900 H par compagnie d’infanterie de 45 hommes (20” par homme). En 1703, il s’occupa encore de lever un régiment pour M. de Thorigny, fils de M. de Matignon; on pouvait le recruter par les milices, mais Foucault jugea plus expédient de demander aux paroisses 60 n pour chaque homme qu’elles devaient fournir3.
L’intendance militaire était également dans la compétence
’ Dépêches do Colbert à Foucault et à ’ Dépêche du 3t août 1688. Mémoires, M. de Ris, du ta décembre 1679, et au p. aaC. chfYiilicr Colbert, du aa mars 1680. p. 43g ’ Mémoires, p. 3ü3.
et 444-