CXXVIII » INTRODUCTION
paroisses, et, de son autorité privée, y envoyait des soldats
vivre à discrétion.
Foucault prit encore, en plus d’une occasion, une part directe aux affaires militaires, soit en indiquant des places à défendre, soit en fortifiant lui-même des points menacés, soit en concourant de sa personne aux opérations de l’armée active.
Pendant la première guerre de Hollande, nous l’avons vu, en 1674, convoquer à la hâte l'arrière-ban et les milices pour résister à uu coup de main qu’on redoutait; plus tard1, il proposa à Louvois de mettre garnison dans le château de Foix, pour arrêter les incursions que la garnison espagnole de Puycerda ne cessait de faire dans ce pays.
L’Fspagne ayant déclaré la guerre à la France, le 1 1 décembre 1 683 , à propos des prétentions de Louis XIV sur la Flandre et sur le Luxembourg, une armée française, sous les ordres du maréchal de Bellefonds, fut réunie au pied des Pyrénées, en 1684. Foucault, alors intendant en Béarn, prit part «à une expédition inoffensive par laquelle elle débuta. C’était ce qu’on appelait, d'un mot espagnol emprunté à la langue et aux usages arabes, une algarade, c’est-à-dire une pointe en pays ennemi, avec l’intention de faire immédiatement retraite. Celle-ci fut dirigée contre Boncevaux, au mois de mars 1 684 > et Foucault y assista à la tête de la noblesse béarnaise. 11 en a laissé un récit animé3. La dépense de l’expédition monta à 7 69 H 3. Il n’y eut ni un coup de fusil tiré, ni représailles de la part des Espagnols, comme on le craignait. Le 2 1 avril suivant, Foucault reçut l’ordre du roi de faire arrêter tous les Espagnols qui passeraient dans sa généralité, par représailles pour uu officier français arrêté dans le Milanais.
1 Mémoires, i5 octobre 1676, p. 3g. 1 Dépêche de Louvois à Foucault, du
* Ibid. p. g5 et suiv. 8 avril iG84, p. 5 10.
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Le 9 juillet, un autre ordre du roi lui enjoignit de faire sortir des troupes les Espagnols qui s’y trouvaient enrôlés, et d’empêcher qu’il en fût admis à l’avenir. Cette guerre, de peu d’importance, fut terminée, le i5 août 1 684 , par la trêve de Ratisbonne.
f oucault était encore intendant à Poitiers lorsque la guerre de la ligue d’Augsbourg éclata. Le 3 décembre 1688, elle lut déclarée aux Hollandais, et, dès le 27, Foucault reçut une ordonnance du roi, du 22 précédent, pour laire saisir dans sa généralité tous les biens appartenant aux Hollandais ou à ceux qui les auraient assistés. Le 1 7 janvier 1 689 , un ordre de Seignelay lui enjoignit d'assister Bégon, intendant de la Rochelle, dans les travaux qu’il entreprenait pour fortifier Bronage et Rocheforl, et les îles d’Oléron et de Ré. Le 19, une dépêche de Louvois lui demanda des renseignements sur l étal de fortification des principales villes du Poitou, et sur les secours qu’un débarquement de l’ennemi trouverait dans les religionnaires de la province. N ers le même temps, Foucault proposa au ministre de laire travailler «à la carte géographique du Poitou; mais Louvois répondit qu’il n’y avait que trop de cartes des provinces pour instruire les ennemis.
A son arrivée à Caen, en février 1689, Foucault y trouva tout en émoi. On craignait un débarquement du prince d’Orange en basse Normandie; les corsaires de Flessingue troublaient la Manche et interceptaient le commerce côtier de la Normandie et de la Bretagne. Il commença par proposer qu’on mît deux lrégatesen mer pour leur donner la chasse. Il visita eu même temps1 les fortifications des côtes. Les années 1689, 1690 et 1691 furent occupées à se prémunir contre les descentes possibles des Anglais. Yauban vint visiter les ouvrages;
1 Mémoire}, a5 mars i6ü<),p a48.
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il jugea le château et les murailles de Caen en mauvais état. Foucault fait de ce grand homme un éloge très- senti. Vauban avait déjà travaillé à fortilier Cherbourg en 1688, mais Louvois, sous prétexte que le pi'ince d’Orange, ayant formé le dessein de faire une descente eu Normandie, se saisirait de cette place, et en réalité, suivant Foucault, par jalousie pour Seignclay de qui venait ce projet, lit raser la citadelle élevée par le grand ingénieur; Foucault, visitant Cherbourg en 1689, n’en trouva plus que les ruines, «un «chaos de débris de tours, de bastions et de murailles ren- « versées '. <> On travailla avec plus de succès à élever sur la côte de la llougue des redoutes et des retranchements qui, malheureusement, ne devaient pas suffire à repousser l’ennemi. On voulait y faire un port, « comme à l’endroit le plus « propre des côtes de Normandie pour y tenir un grand 110111- « bre de vaisseaux commodément et en sûreté. » Un ingénieur chargé d'examiner la question trouva que c’était l’ouvrage le plus lacile et le plus nécessaire; «mais l’avis n’a pas été «agréable à M. de Louvois2. » Cependant, au printemps de 1691, on y établit un camp de 4, 000 hommes pour s’opposer aux descentes qu’on redoutait. La mort de Louvois, arrivée en juillet, ne changea rien au train des choses. La direction générale des fortifications passa à M. Le Pelletier de Souzy, avec lequel Foucault se trouva dès lors en rapports fréquents. A la fin de l’année, Foucault demanda à Barbezieux, qui succédait à son père comme ministre de la guerre, de maintenir le camp
1 .Sur celle destruction des fortifications de Cherbourg, et sur les opinions de Vauban cl de Louvois à cel égard , voy. les fragments do correspondance entre eux cilés par M. Bande, dans la Revue des Dtax Mondes du iô décembre 1 858 ,
p. 896 ( Cotes de la Manche, Cherbourg).
’ Mémoires, octobre 1 C90 , p. alig. L'opiuion de Vauban était également contraire à rétablissement d’un porl à la llougue : il préférait Cherbourg. (Voy. M. Baude.
article cité. p. 897.)
INTRODUCTION, de la Houguc, mais d’en éloigner les réfugiés irlandais qui en formaient une partie, parce que, «dans la conjoncture de la u guerre, ils n’étoient pas assez bien disposés pour la France
» pour leur confier la garde de nos côtes 1 Ils parloient avec
» très-peu de respect du roi d’Angleterre et beaucoup d’estime « du prince d’Orange J. »
Bien qu’on redoutât toujours des descentes, et qu’il en résultât quelquefois des paniques assez singulières®, la presqu’île du Cotentin fut le théâtre, au printemps de 1692, des préparatifs d’une expédition qui devait passer en Angleterre avec le roi Jacques et le maréchal de Bellefonds. Douze escadrons de cavalerie eide dragons y arrivèrent au mois d’avril avec neuf bataillons français et douze irlandais. Ces derniers étaient dans la plus extrême misère, «sans souliers, sans bas, sans chair peaux et sans linge; ils avoient vendu le linge qui leur avoit » été fourni. » Foucault fut obligé de faire nourrir toutes ces troupes en l’absence des mnnitionnaires, qui lardèrent quinze jours et se montrèrent fort négligents. A la fin du mois, le roi Jacques4 arriva lui-même, accompagné de lord Melfort, et alla camper à Quinéville, au bord de la mer. On avait reçu l’ordre de la cour de ne faire aucune cérémonie sur son passage. En ce moment on croyait encore à une descente des An-
< au mauvais étal de scs affaires que si elles « ne le regardaient |ioinl. Il raconte ce qu'il
• onsailenrinnt.etsansaucuncnltéralion. »
La population do Caen était Irès-jncobite ; on n'avait pu l'cmpèchcr tout récemment de faire des feux de joie sur la fausse nou • vcllede la mort dcGuillaumc III àlaBoyne; aussi reçut elle Jacques avec beaucoup de chaleur. Il dina cher l'intendant , qui eut l'honneur de lui présenter la serviette.
• Les jésuites le vinrent roiùplimentcr. <
1 Mémoires, 1 (193 . p. 280.
’ JW. juin 169a, p. 389.
' Ibid, lin de 1889. p. aâ8.
* Déjà, a son retour en France, après In bataille de la Boyne, le roi Jacques avait passé par lu basse Normandie, où Foucault l’avait reçu les a3 et 2/1 juillet 1690. Il en envoya à son père une relation trèscuricuse, qui est insérée aux Mémoires, p. 264 et suiv. Bien n'égale l'insouciance de Jacques : « Il pnroit aussi insensible
cxxxii INTRODUCTION,
glais, el le maréchal de Bellefonds le manda à Foucault le 3 1 avril. Le mois de mai se passa ainsi jusqu’à la catastrophe qui mit fin à tous les projets. La flotte de Tourville, qui devait protéger le débarquement en Angleterre, fut attaquée le 78 mai, entre la Ilougue et Barfleur, par les escadres réunies d’Augle- . terre et de Hollande; forcée de céder au nombre, elle se dispersa el alla chercher refuge dans tous les ports, depuis le Havre jusqu’à Brest. Treize vaisseaux de haut bord, commandés par Tourville lui-même, parurent le 3i mai au matin devant la Ilougue, où étaient réunis le roi Jacques, le maréchal de Bellefonds et Foucault. L’ennemi les suivait à deux portées de canon. Comment les vaisseaux furent misérablement échoués au lieu d’être défendus, et comment les chaloupes anglaises vinrent les brûler à la côte sans résistance et presque sans coup férir, c'est ce qu’apprennent les relations écrites par Foucault, témoin oculaire, immédiatement après l’événement. La première est le compte rendu officiel qu’il devait au gouvernement : il n’y dit que la vérité, mais non toute la vérité, et se tait sur les causes qui firent qu’après avoir résolu de se défendre on y renonça pour se faire maladroitement échouer. Des bruits fâcheux couraient à cet égard, et, dès le 7 juin, le contrôleur général Ponlchartrain, qui avait le département de la marine depuis la mort de Seignelay, écrivit une lettre très-vive enjoignant à l’intendant de lui révéler tout ce qui s’était passé. Foucault répondit par une seconde relation qui incriminait surtout le maréchal de Bellefonds et M. de Bonrepaux '. Nous n’essayerons pas d’analyser ici ces
1 Dan» se* Mémoire* (p. 1 33 ol suiv.). le marquis de Villelle. un de* oflicicrs de marine qui assistèrent à ce désastre, raconte le» choses un peu autrement. Nous
donnons son récit dans les notes dit Icxle, alin qu'on puisse le comparer à celui de Foucault, cl les compléter l’un par l'autre. Mais on ne doit pas oublier que In re-
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INTRODUCTION, deux pièces importantes1, qui doivent être lues et pesées dans leur entier. La vérité était trop fâcheuse pour être avouée au public; on lui fit croire que c’étaient nos capitaines euxmêmes qui avaient mis le feu à leurs vaisseaux pour ne les pas laisser brûler par les ennemis, et cette version obtint assez de crédit pour être encore adoptée par Voltaire dans son Siècle de Louis XIV'2.
La catastrophe de la Hougue fut suivie, aux mois de juin et de juillet, de petites descentes des Anglais, lançant sur le rivage une cinquantaine d’hommes à la fois. Il en résulta l'incendie d’un moulin et de quelques maisons. Ces événements firent renouveler à Foucault ses propositions d’établir un port militaire à la Hougue, et de garnir les côtes de troupes régulières et de milices. Au mois de mai 1693 on y donna suite, au moins partiellement, en établissant un camp à la Hougue et en v élevant des redoutes et deux tours. On fortifia aussi la
tête des ponts de Douve, qui défendaient l’entrée de Carentan et par conséquent la presqu'île du Cotentin. Vauban vint visiter ces ouvrages au mois de mai 1 6q4, et l’on imposa oo,ooort sur les trois généralités de Caen, Rouen et Alençon, pour les fortifications de la Hougue. Foucault, continuant à presser cette affaire, demandait, d’accord avec Vauban, que l’on construisit une douzaine de tours depuis la Pintrerie jusqu’à Quinéville: on en fit une à Porl-en-Bessin3.
La campagne de 1 696 se passa en précautions à la Hougue. L’ennemi, qui venait de bombarder Saint-Malo, se porta le 18 juillet contre Granville, qui fut bombardée pendant neuf heures sans grand dommage, et il se retira après avoir
talion do Foucault a été écrile au moment meme, et quand scs souvenirs n'avaient pas encore eu le temps de se troubler.
' Mémoires , p. 28a et sniv.
* Cliap. xv. •
■' Mémoires, 1 Gy.'i , p 3o5, 3o6, 3o8.