‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 25 sur 133 · CLVI · texte numérisé non relu

CLVI

INTRODUCTION

» ménageries gros marchands, de manière qu’ils ne soient point « portés à cesser leur commerce ni à quitter leur demeure1 *. »

Enfin, au mois d’octobre 1 685, l’édit de Nantes fut expressément révoqué. Foucault reçut l’édit révocatoire accompagné d’une instruction du roi et d’une dépêche de Louvois, statuant sur plusieurs points d’exécution et décidant que les ministres, auxquels le nouvel édit accordait la permission de se retirer, ne pourraient ni disposer de leurs immeubles3, ni emmener avec eux leurs enfants âgés de plus de sept ans, et que dorénavant il y aurait lieu de supprimer les ministres qu’on avait établis pour les baptêmes et les mariages, lesquels devraient se faire «à l’église catholique.

La dernière clause de l’édit révocatoire jeta beaucoup de confusion et de trouble dans l’affaire des conversions. Elle portait expressément que, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de les éclairer, les réformés qui n'avaient pas abjuré pourraient vivre tranquilles sans être troublés ni empêchés sous prétexte de religion, à condition de ne faire aucune manifestation de leur culte. Les religionnaires espérèrent que cette clause allait faire cesser la persécution, et les nouveaux convertis, auxquels les «opiniâtres» reprochaient leur peu de courage, cessèrent d’aller à la messe. Foucault demanda à Louvois qu’on l'autorisât à faire le procès, «comme à des perturbateurs du repos « public, » à ceux qui interprétaient ainsi l’édit et semaient des discours contraires à son esprit:i. Louvois lui répondit que c’était inutile, « puisqu’il n’y avoit qu’à donner des logemens

1 Dépêche de Louvois à Foucault, du

1 4 septembre 1 685 , p. 5 1 4- Le a 1 octobre suivant, il faisait la même recommandation n Marillac. intendant à Rouen.

(Rulhièrc, EcImrcimmeaU , 1. 1, p. 33a.)

* Au commencement de 1687. Ie9 biens

des ministres qui étaient sortis en t685. avec la permission du roi, lurent saisis et leurs revenus contisqués. (Voy. dépêche de Louvois à Foucault, du 37 janvier 1687,

3 Mémoires, lin d'octobre i685. p. 137.

ci. vi 1 1 INTRODUCTION.

> à ceux qui ne se voudroient pas convertir, pour les détromper « en peu de temps1. » Revenant, quelques jours plus tard8, sur le même sujet, à l’occasion de religionnaires qui, sous prétexte du dernier article de l’édit, avaient eu l’insolence d’apporter des requêtes à Foucault, Louvois lui expédia copie d’une instruction qu’il avait envoyée, «par ordre de Sa Majesté,» au duc de Noailles, commandant en Languedoc pour le duc du Maine, gouverneur de cette province. Il faut, disait-il, dans les commencements, avoir plus de sévérité et mettre plus de gens de guerre chez les religionnaires, « pour les mieux détromper de « la fausse idée qu’ils ont prise de l’édit. « 11 est bon cependant de se défier des dénonciateurs, et «d’essayer d’empêcher que « le zèle trop ardent de quelques ecclésiastiques, ou l’aversion » que les provinciaux ont les uns contre les autres, ne les portent « à exagérer ou à donner des avis entièrement faux. » Mieux vaut fermer les yeux en beaucoup de cas et ne punir que les scandales publics. A l’égard de la noblesse, le logement ne doit être que le dernier moyen. 11 faut essayer auparavant de la prendre en détail, de l’inquiéter sur ses titres, sur les violences quelle pourra avoir commises, etc. «En un mot, Sa Majesté désire « que l’on essaye par tous moyens de leur persuader qu’ils ne « doivent attendre aucun repos ni douceur chez eux , tant « qu’ils demeureront dans une religion qui déplaît à Sa Ma-

- jesté; et on doit leur faire entendre que ceux qui voudront » avoir la sotte gloire d’y demeurer des derniers pourront en-

- core recevoir des traitemens plus fâcheux s’ils s’opiniâtrent « à y rester 3. »

‘ Dépêche à Foucault, du 8 novembre 1 685. p. 5 19.

’ Dépêche <lu ao novembre (685, p. 5a 1.

’ Dépêche de Louvois au duc de Noailles, du 6 novembre i685, p. 5ai.

Rulhicre, Éclairciu. t. I, p. 344, cite une autre dépêche de Louvois au duc de

INTRODUCTION. cli.x

Vers le même temps, Foucault fit un discours auxreligionnaires du haut Poitou. Nous ne dirons rien de cette curieuse pièce qui s’explique assez par elle-même et qu’on trouvera tout entière aux Mémoires Son auteur remarque seulement qu’il en résulta peu de conversions.

Se conformant aux ordres qu’il avait reçus d’examiner les titres de la noblesse religionnaire. Foucault taxa d’office à la taille vingt-six « prétendus gentilshommes » d’un seul coup1. Us réclamèrent si fort, que leurs plaintes parvinrent jusqu’au roi. Ils prétendaient que, « sans avoir examiné leurs titres ni même « les avoir fait assigner pour les représenter, « l’intendant les avait mis brusquement à l’imposition de la taille. Louvois lui écrivit à ce sujet en termes fort durs3. Foucault, s’empressa de se justifier etd’envoyerun mémoire pour servir de réponse aux placets qu’on avait présentés au roi4. Le résultat fut qu’on mit en prison les deux « plus séditieux» d’entre ceux qui les avaient présentés, «pour les punir de la supposition qu'ils « avoient faite par leurs placets \ »

Le roi ayant décidé que les parlements poursuivraient les relaps, c’est-à-dire les nouveaux éonvertis qui, en danger de mort, refuseraient les sacrements de l’Eglise, Foucault fit remarquera Louvois qu’on ferait mieux de le charger de ces poursuites, qui avaient été exercées auparavant par M. dé Dâville, ■ ces exemples n’étant utiles qu’autant qu’ils sont prompts, et » le Poitou étant fort éloigné de Paris °. » La commission qu’il

Noaillcs, du 5 novembre, qui disait les mêmes choses en termes différents.

1 Mémoires, 3 novembre i685, p. 1 3g et suiv. Comparez ce discours à ceux que tirent à Rouen le marquis de Beuvron et l’intendant Mariltac, dans Ploquct, Histoire duparlem. de Norm . t. VI. p. ils’].

‘ Mémoires, p. i38.

3 Dépêche du 8 novembre 1 685 , p. 519.

1 Mémoires, 1 5 novembre i685, p. i46.

* Dépêche de Louvois à Foucault, du 33 novembre i685. p.ôa/i.

‘ Mémoires, novembre 1 685 , p. \U~r

clx INTRODUCTION,

demandait lui fut sans doute accordée, car, à quelques mois de là, le 9 avril 168G, il raconte avoir jugé au présidial de Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d'une femme qui, après avoir abjuré depuis trois mois, avait refusé les sacrements avant de mourir, malgré les instances de son curé '.

Cependant le bas Poitou comptait encore une certaine quantité de gentilshommes qui ne se convertissaient pas, malgré les espérances que Foucault en avait données2. Louvois patienta d’abord, et ordonna à l'intendant de prendre cette noblesse en détail, en l’attaquant dans ses titres. « L’intention de « Sa Majesté est de suivre cette voie-là pendant un mois, auparavant que d’en prendre de plus dures3. » Mais la patience lui échappa avant que le mois fût écoulé, et, le 17 novembre, il écrivait à Foucault: «Le roi m’a commandé de vous faire » savoir que son intention est que les dragons du régiment «d’Asfeld, qui sont chez les gentilshommes de la R. P. R. du « bas Poitou, y demeurent jusqu’à ce qu’ils se soient convertis, » et qu’au lieu d’y vivre avec le bon ordre qu’ils ont fait jus- « qu’à présent, l’on leur laisse faire le plus de désordre qu’il se » pourra, pour punir cette noblesse de sa désobéissance4. « Les ordres se succèdent alors avec une extrême vivacité, pour faire saisir et administrer les biens des émigrés de manière à ce qu’ils n’en pussent tirer aucun revenu, faire raser leurs maisons après quatre mois d’absence , mettre en prison ceux qui

' AUmotrts, p. i55. Celle pratique de traîner les cadavres des relaps sur la claie ne fut abolie que treize ans plus tard, au moment où la rigueur des poursuites se relâcha. (Voyez à cet égard une circulaire de Pontchnçlrain aux intendants, du 5 juin 1C99, dans Dcpping, Corres-

pondance administrative tous Louis XIV, t. IV, p. 43a.)

* Dépêches de Louvois à Foucault, des aa septembre et 10 octobre i685, p. 5if>, 5i6.

1 Dépêche du a 8 octobre 1 685, p. 5*8.

* P. 5ai.

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INTRODUCTION

ont vendu leur fourrage pour éviter d’entretenir les troupes, et, en général, ceux qui n’ont plus de quoi les nourrir; envoyer les plus opiniâtres dans des châteaux forts, etc.1

En janvier 1686, Foucault regardait tout le Poitou comme converti2, à l’exception de cinq ou six cents fugitifs et prisonniers. Il ne s’agissait plus que de maintenir les conversions. Pour forcer les réunis d’aller à la messe, on aurait été en droit de punir de l’amende ceux qui négligeaient de s’y rendre, en s’autorisant de l’exemple de la reine Jeanne, qui avait envoyé en prison les catholiques quand ils faisaient leur devoir; mais Foucault manda à Louvois qu’il valait mieux « se servir du « ministère des dragons, » et le roi approuva ce procédé3. Foucault réclama aussi contre les prédicateurs qu’on avait pris* parmi les Pères de l’Oratoire pour les envoyer dans la province; ils avaient la prétention de ne prêcher que dans les villes et refusaient d’aller dans les bourgs et villages. « La vie » scandaleuse des curés dans plusieurs paroisses » offrait encore un obstacle considérable à la sincérité des conversions, et Foucault obtint des ordres pour envoyer trois d’entre eux dans le séminaire de Richelieu4.

Cependant la conversion n’empêchait pas l’émigration. Le 19 février 1686, Louvois avait écrit à Foucault qu’il serait à propos de prendre des mesures dès le printemps pour empêcher la désertion des nouveaux convertis ; « mais, ajoutait-il, Sa Ma-

* Voy. le* dépêches de Louvois à Foucault des deux derniers moi» de i685.

* L'affaire des conversions semblait »i bien terminée, que, le 37 avril 1686 (p. 537), Louvois témoignait, de la part du roi, un véritable étonnement que deux gentilshommes habitant à la campagne, dans le diocèse de Luçon , ne fussent pas

encore convertis. Il recommandait à Foucault « de tenir la main à ce que cela > finisse au plus tôt. •

1 Mémoires, p. i5a. Dépêche de Louvois à Foucault, du 6 mars 1686, p. 5a6; jes Mémoires (p. 1 55) datent mat à propos cette dépêche du 10 mars.

* Mémoire», février 1686. p. i5a.

clxï!

INTRODUCTION

« jesté croit qu’il vaudrait mieux en laisser passer quelques- -uns que d’établir une contrainte qui ruinerait entièrement -le commerce '. « Le 3 mars suivant2, Seignelay revint sur le même sujet, et donna des ordres précis à Foucault pour qu’il envoyât sur les côtes des hommes de confiance qui pussent empêcher les embarquements.

L’année se passa ainsi avec assez de calme, sans qu’on pressât trop vivement les nouveaux convertis de s’approcher des sacrements, de peur de profanation3. Foucault remarque que la maladie du roi avait refroidi le zèle des nouveaux convertis, mais que la nouvelle de sa guérison l’a réchauffé \ Il trouve aussi que l’on prenait des voies sures pour convertir les 'gentilshommes en leur donnant des pensions, en plaçant leurs enfants, et en mettant les opiniâtres â la taille5.

Le 1 8 octobre 1 686, Louvois écrivit à Foucault0 que le comte de Tessé avait proposé au roi une ordonnance pour mettre des inspecteurs à la porte des églises, afin de s'assurer si les nouveaux convertis allaient à la messe et aux catéchismes; mais que Sa Majesté ne l’avait pas approuvé, et quelle « ne désire pas que «l’on fasse rien qui sente l’inquisition ni qui puisse augmenter « l’aversion que les nouveaux convertis ont pour notre reli- « gion. » Le seul parti à suivre est de punir très-sévèrement ceux qui causent des scandales publics, de prendre les autres par la douceur et d’obliger les enfants à aller aux catéchismes.

Le 8 décembre suivant , une instruction secrète du roi7 confirma, en la développant, la lettre précédente. Il paraît que l’idée du comte de Tessé n’était pas restée partout à l’état de

* Mémoires, p. i54.

’ Ibid. 1 8 juillet 1686, p. 1 58.

* Ibid, i" juin 1G8G. p. 137. Cependant le roi n 'était pas guéri, puisqu'il subit <ln

• gronde opération . à la fin de l'année.

* Ibid. 3i octobre et fin de 1G86, p. 161, 171.

’ Annexée aux Mémoires, p. 1G1.

ci.xm

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projet, car » Sa Majesté ne juge pas à propos que l'on continue «à mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour con- » noîlre ceux des nouveaux convertis qui les fréquentent ou » non. » On doit s'attacher à empêcher les assemblées et à poursuivre les ministres qui se seraient glissés dans les provinces, punir seulement ceux qui font ostentation de résistance et laisser les autres tranquilles. Le roi renonce à empêcher l’émigration et ordonne de retirer les gardes-côtes et de laisser sortir ceux qui voudront s’en aller, mais sans les informer de la liberté qu’on leur laisse à cet égard. Il est même à désirer que les plus entêtés sortent; seulement on saisira les biens de ceux qui s’en vont. On veillera aussi sur la conduite des ecclésiastiques envers les nouveaux convertis; on les empêchera de les effrayer par des menaces 1 et de divulguer l’aversion qu’ils trouvent chez eux pour les sacrements ; on se défiera des rapports auxquels le zèle des curés et des missionnaires peut les emporter, et l'on signalera les curés ignorants ou de mauvaises mœurs.

Foucault trouva cette instruction» très-bonneen elle-même; " mais il pensait que, «comme il ne faut pas compter qu’elle « demeure secrète, elle porte les caractères d’un relâchement « très-préjudiciable aux affaires de la religion2. «

Le peu de religionnaires de la province qui n’avaient ni voulu se convertir ni pu gagner les pays étrangers étaient en prison à Poitiers. Sur les ordres de Louvois, on envoya les hommes dans des châteaux forts et les femmes dans des couvents.

Au commencement de 1 687, on cessa de garder les côtes, et, comme Foucault l’avait prévu, il en résulta parmi les nouveaux

1 Voyex une dépêche de Louvois, du 8 décembre 1 686, p. 53 1 , où il réprimande Foucault d'avoir envoyé des dragons à la

réquisition de deux curés qui menaçaient les nouveaux convertis de leurs paroisses;

les deux prêtres furent relégués dans des couvents.

’ Mémoires, 8 décembre 1686. p. 161.

Le 1 4 »oùt suivant ( Mémoires, p. 181), Foucault écrivit à Louvois dans le même sens.

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