‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 26 sur 133 · CI-XI V · texte numérisé non relu

CI-XI V

INTRODUCTION, convertis un refroidissement pour les exercices de la religion catholique. Ils reprirent courage jusqu’au point de tenter de se réunir dans des lieux isolés, pour entendre soit des ministres rentrés clandestinement, soit des prédicants improvisés, souvent de simples ouvriers que l’inspiration individuelle suscitait au milieu d’eux1. C’est le commencement de ce qu’on a nommé les assemblées au désert. La première eut lieu près du bourg de Pouzauges; elle était presque entièrement composée de cardeurs de laine, métier dans lequel, comme le remarque Foucault'2, le calvinisme avait commencé en France. Louvois ordonna immédiatement à l’intendant d’en faire un châtiment si sévère que l’exemple en retînt les autres, de faire raser les maisons où ces assemblées se seraient tenues, et d’empêcher « la continuation d’un désordre qui obligeroil Sa Majesté d’en- « voyer tant de troupes dans le pays , que les peuples en seraient f entièrement ruinés8.» Mais Foucault fit observer à Louvois que la déclaration de juillet 1 686 portait bien la peine de mort contre ceux qui auraient fait partie des assemblées, mais non la démolition des maisons, et qu’il n’était pas permis aux juges d’ajouter des peines à celles qui étaient édictées par les lois, '« au-dessus desquelles, remarque-t-il, M. de Louvois ne faisoit « passcrupulc dese mettre4. » Cette réclamation avait pour cause un arrêt du conseil qui avait commis Foucault pour connaître de toutes les affaires de religion. On lui donna aussi l’ordre «d’accabler de troupes les lieux dont les habitans avoient «assisté aux assemblées,» et de «charger extraordinairement «les communautés ou villes tout entières, afin que chacun

' Dépêche de Louvois à Foucault, du a3 décembre 1686, p. 53a.

’ Mémoires, février 1687, p. 174.

’ Dépêches dos a4 et a5 janvier 1687, p. 533.

‘ Mémoires, p. 17.5. Voy. l'article 5 de la déclaration du 1' juillet 1686, dans Isamberl, Anciennes lois françaises , t. XX, p. 5.

INTRODUCTION

« connoisse combien il est de conséquence de ne point assister « à de pareilles assemblées et de ne pas souffrir qu’il s’eu fasse « daus sa communauté1 *. »

En vertu de ce principe, Foucault proposa d’envoyer une compagnie de cavalerie dans les bourgs de Pouzauges et de Moncoutant, dout les habitants, « anciens catholiques, u’a- » voient fait aucun mouvement pour empêcher les assemblées « des nouveaux convertis, n’en avoient donné aucun avis et n’a- « voient voulu en administrer aucuns témoins". »

Le procès de l’assemblée de Pouzauges fut entamé par Foucault, assisté des ofliciers du présidial de Fontenay-le-Comte. « Les prisonniers, dit-il, demandent grâce et promettent de « vivre en bons catholiques, mais c’est pour avoir la vie. » Louvois était du même avis3 : « Sa Majesté, dit-il, ne veut point que « l’on ait égard aux témoignages de repentir. . . Elle désire que, « sans les écouter, vous leur fassiez leur procès. » Le prédicant fut pendu, deux autres condamnés aux galères, et un quatrième banni à perpétuité. Louvois trouva ce jugement trop doux, et prétendit que le roi avait été « surpris de voir que tous les com- • plices de ce crime n’aient pas été condamnés à mort, suivant «l’article 5 de la déclaration [du i‘p juillet 1686], et particu- « lièrement que l’on en ait condamné un à un bannissemeitt « perpétuel hors du royaume, puisque c’est donner aux mauvais « convertis ce qu'ils désirent que de leur permettre de sortir4. » Mais Foucault ne crut pas que ce fût par ordre du roi qu’on

1 Dépêches de Louvois à Foucault, des 9 et 1 1 février 1687, p. 534.

* Ces rigueurs ne sont pas les seules qu'on ait déployées contre Moncoutant;

On en peut voir l'origine dans les dépêches

de Louvois à Foucault, des i3 et a6 décembre i685, p. 5a4, 5a5, et la conti-

nuation dans deux dépêches de Pontchartrain, des i5 février et a4 juin 170a, Correspondance ndniinistr. sous Louis XIV, t. IV, p. 507 cl 5 1 G.

1 Mémoires, février 1687, p. 176, et dépêche de Louvois du t/» février, p. 535.

' Dépêche du 4 mars 1687, p. 535.

ClAVi

INTRODUCTION, l’eût taxé de trop de douceur; il déclare que c’est « de son « propre fonds » que Louvois a tiré ce reproche1. Pour se disculper, il écrivit à Louvois que rien de tout cela ne serait arrivé si l’on avait intercepté à la poste les lettres pastorales des ministres émigrés, qui entretenaient le zèle protestant des nouveaux convertis. Déjà depuis un an il avait proposé cet expédient; mais Louvois lui répondit « que le roi ne voulait pas que, «sous quelque prétexte que ce fût, le dépôt sacré de la poste «lut violé, « dépôt, ajoute Foucault, «beaucoup plus sacré « pour Louvois que celui de la religion2. »

Déjà, vers la fin de 1G86, les rigueurs s’étaient relâchées, sauf la poursuite des assemblées sur laquelle on ne faiblit pas; il en fut de même à la fin de 1 687, et le roi envoya aux commandants et intendants des provinces l’ordre secret de 11e plus se mêler des conversions et de laisser agir les curés et les missionnaires pour en achever l’ouvrage. A l’occasion de ce relâchement, qui lui paraissait de nature à tout compromettre , Foucault ne put s’empêcher d’envoyer à son père un mémoire destiné à l'archevêque de Paris, M. de Harlay, où il critique ce qu’on fait et indique ce qu’on devrait faire. 11 demande expressément qu’on en revienne «aux voies, non pas de force •et de violence, mais de contrainte un peu plus que morale. » iNous n’avons pas besoin d’analyser cette pièce, qui est comprise aux Mémoires3. On voit, à la persistance avec laquelle Foucault insiste sur la saisie des lettres des ministres émigrés, quelle importance il attachait à cette question. Ce mémoire ne fut pas remis à l’archevêque de Paris; Foucault père le jugea trop dangereux, à cause du blâme qu’il jetait sur la conduite des ministres, et il donna conseil à son fils de « ne s’avancer en

1 Militaires, p. i ^5. — * Dépêche du 27 avril 168O, p. 527. el Mémoiivs, lévrier 1G87. p. 176. — ’ Fin 1687, p. a 10 cl suiv.

CLXVH

« rien, pour n’être garant de rien en cliose à nuire, » et de se borner à exécuter les ordres qu'on lui enverrait1.

Foucault ne renonça pourtant pas à faire parvenir son avis à la cour. Dans le courant de 1688, il écrivit à Louvois qu’il avait « remarqué avec regret que les religionnaires du Poitou ne « se sont presque tous convertis que par les dragons et par la «prison, et que les nouveaux convertis n’ont paru faire leur « devoir de religion que parla crainte du châtiment... qu’il ne « falloit point se relâcher; que ce qu’ils faisoient par contrainte » tourneroit dans la suite en habitude; ce qui est certain, « ajoute-t-il, c’est qu’aucun nouveau converti n’a été forcé de <■ s’approcher des sacreraens par. prison ni par logement de « dragons2. » En eil'et, le gouvernement entrait de plus en plus dans la voie de la douceur. Après avoir commencé par fermer les yeux sur l’émigration , il allait plus loin, et faisait ouvertement embarquer les religionnaires qui ne voulaient pas se convertir. Foucault l’atteste : « on en a embarqué un grand nombre « à la Rochelle, où ils ont été reçus par leurs frères avec des « acclamations extraordinaires. » Mais il n’approuve pas que le gouvernement ait pris ce parti, « qui a dépeuplé lesprovinc.es3. »

Défense avait été faite* aux nouveaux convertis de faire les fonctions de maîtres d’école jusqu’en 1 688. Le 1 4 janvier 1 688, une nouvelle dépêche de Louvois prescrivit à Foucault de ne laisser rentrer dans ces fonctions que ceux qui en seraient digues, et d’exhorter les évêques A 11’accorder d’autorisation qu’en connaissance de cause3.

1 Voy. aux Mémoires, p, 2 1 5, celle remarquable lettre du 5 janvier 1G88.

* Mémoires, avril 1G88, p. 222.

1 llid. septembre 1688, p. a36. L'expulsion des opiniâtres fut continuée; on en trouve des traces jusqu'en 1705, dans

la Correspondance admin. sous Louis XIV, t. IV. p. 4i3, 407.

* Dépêche de Louvois à Foucault, du 6 mars 1G87, p. 535.

5 Voy. Mémoires, i4janv. 1 688. p. 21 G, et la dépêche de Louvois, p. 538.

CLWIII

INTRODUCTION

Les biens des consistoires protestants et ceux des religionnaires émigrés donnèrent lieu aussi, en 1688, à une correspondance de Foucault et à des actes du gouvernement qui ne sont pas exposés dans les Mémoires sans quelque confusion , à cause d’une erreur de date qui s’y est glissée1 *. Nous allons tâcher de rétablir ici les faits dans leur ordre exact. Deux édits des 1 5 janvier 1 683 et 2 1 août 1 684 1 avaient réuni aux hôpitaux la plus grande partie des biens des consistoires. Foucault reçut, dans le courant de 1 687 3, l’ordre « des’aboucher avec les « évéqftés de Poitiers, de la Rochelle et de Luçon , pour conférer » de l’usage qu’on pourrait faire des revenus des biens saisis » sur les religionnaires fugitifs, » et aussi de ce qui restait des biens des consistoires. Des mémoires qu’ils envoyèrent résulta une déclaration durai, de janvier 16884, réunissant ces biens au domaine et en appliquant les revenus à entretenir des maîtres et maîtresses d’écoles gratuits pour les lieux où on le jugerait à propos, et des établissements religieux « pour l’avan- « tage des nouveaux convertis. » En exécution de cet édit, Foucault saisit par ordre du roi les biens des religionnaires fugitifs5. Mais il les trouva grevés d’une infinité de saisies et d’oppositions, tant de créanciers légitimes que de créanciers simulés qui voulaient en faire passer le produit aux émigrés. Foucault fut d’avis de renvoyer ces affaires devant la justice ordinaire, et de ne pas se laisser aller, comme on le faisait, à rendre les biens des pères aux enfants, qui en envoyaient les revenus à l’étranger. Cependant cette fois encore il ne fut pas écouté. Un édit de décembre 1 689, attribué par Rulhière au désir de con-

1 Voy. le texte des Mémoires, p. aa4,

note 1 .

* Ixambcrt, Anciennes lois françaises.

Page 1