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clause de ladite révocation ils ne peuvent être pressés de changer de religion, Sa Majesté désire qu’on apporte plus de sévérité pour les obliger à se faire instruire et qu’on y contraigne les gentilshommes et les roturiers par logement de gens de guerre ; que j’informe contre ceux qui insultent les nouveaux convertis, sous prétexte qu’ils se sont trop pressés de changer de religion, pour être punis par des condamnations d’amendes et par la prison; qu’au surplus on se serve le plus qu’on pourra des voies de la douceur et des exhortations contre le gros des nouveaux convertis, pour les engager à faire leur devoir de religion; qu’il faut faire représenter les titres aux gentilshommes dont la noblesse est douteuse, et faire informer contre les véritables gentilshommes qui ont commis des vexations , et qu’ enfin on leur fasse à tous entendre qu’ils n’auront ni paix ni douceur chez, eux jusqu’à ce qu’ils aient donné des marques d’une sincère conversion.
Le 8 novembre, j’ai fait mes complimens à M. Boucherat sur sa promotion à la dignité de chancelier. 11 a été nommé le 1er novembre 1 685.
Le to novembre, le sieur Paulmier, ministre de Saint-Maixent, et des plus accrédités par sa suffisance dans la province, a été le premier qui se soit converti. J’ai proposé à M. de Louvois de lui faire donner une pension; il avoit 6ooH d’appointemens à Saint-Maixent.
Le i5 novembre, j’ai écrit à M. de Louvois pour me justifier des plaintes que plusieurs gentilshommes de la B. P. R. avoient faites, que je leur envoyois des compagnies de dragons entières chez eux et que je les imposois aux tailles.
Nonobstant ces plaintes, M. de Louvois a mandé à M. de Vérac d’envoyer la moitié d’une compagnie dans une seule maison, et il a fallu faire vendre leurs meubles lorsque les vivres et le fourrage a été consommé; c’est ce que je n’avois jamais voulu souffrir.
Le roi n'a pas voulu que l’on envoyât des gens de guerre chez M. d’Olbreuse, frère de madame la duchesse de ZelP.
1 Kl i'on ore Desmicr, tille d'Alexendre Ȏ, en 1 665. Georges-Guillaume doBruns-
Dcsmier, seigneur d'OIbreusc. avait épou- wick, duc de Zell cl de Luncbourg.
Le roi a écrit aux 'parlement que son intention ctoit que ceux qui ne se meltroient pas en devoir de recevoir les sacrcmens lorsqu’ils seroient en danger de leur vie fussent punis de la peine des relaps, ce qui a été fait pour remédier aux inconvéniens de l’article de l’édit de révocation de celui de Nantes, dont ils infèrent que le roi veut qu’on les laisse vivre et mourir dans leur religion.
Mais j’ai mandé à M. de Louvois que, le Poitou étant fort éloigné de Paris, il sera difficile que le parlement puisse faire des exemples, qui ne sont utiles qu’aulant qu’ils sont prompts; que c’est la raison qui a porté Sa Majeté, nonobstant la déclaration de 167g et l’édit de 1680 adressés au parlement, d’ordonner, par un arrêt du 8 juin 168a, que le procès seroit fait par M. de Bâville aux relaps du Poitou. J’ai envoyé à M. de Louvois un projet d’arrêt pour m’attribuer une pareille connoissance.
Au mois de novembre, le sieur Rocas, ministre du Breuil, s’est converti à l’âge de 86 ans. C’est le deuxième de la province qui ait pris ce parti, tous les autres ayant passé en Hollande et en Angleterre.
Le 39 novembre, j’ai reçu un ordre du roi pour faire arrêter le sieur de la Massaye et l’envoyer au château d’Angers. Il s’étoit signalé par ses menées auprès des gentilshommes de la R. P. R. Il ne s’est pas trouvé chez lui.
M. le marquis de Mauzé, qui se tient en Aulnis et qui a des terres en Poitou, m’est venu prier de ne lui point envoyer de logemens de gens de guerre, et qu’il alloit faire son abjuration à Paris.
M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 17 novembre 1686, que l’intention du roi est que .les dragons demeurent chez les gentilshommes de la R. P. R. du bas Poitou jusqu'à ce qu’ils soient convertis, qu’on leur laisse faire le plus de désordre qu’il se pourra.
Le 22 novembre 1 G 85 , M. de Louvois m’a mandé que le roi avoit accordé une pension de 900** au frère de M. de Vérac, sur ce que je lui ai écrit.
Le 27 novembre i685, M. de Louvois m'a mandé de faire donner
I'i8 MÉMOIRES
trois pistoles aux cavaliers de la R. P. R. qui se convertiront, et deux à chaque soldat.
Le roi a envoyé M. d’Asfeld en Poitou , au mois de novembre 1 685, pour loger les troupes chez les religionnaires.
Au mois de novembre, il a. couru un bruit à Paris que les religionnaircs de Poitou m’avoient assassine.
Le 27 novembre i685, ma femme est accouchée d’un deuxième fils, tenu sur les fonts par M. Dugué et par mademoiselle Foucault, ma sœur. lia été nommé Guillaume, du nom de son parrain. 11 a été nourri à Poitiers. Quand j’ai quitté Poitiers, en 1689, je l’ai laissé entre les mains d’une bourgeoise de Poitiers. J’ai mis Henriette dans l’abbaye de Saint-Jean, et la dernière fille à Dissais1. Peu de temps après je fis venir le garçon et la dernière fille à Paris, où elle fut envoyée à Jarcy, et le garçon conduit à Nanterre, le 1 5 juin 1690.
M. de la Massaye s’étant absenté, M. de Louvois m’a mandé, par sa lettre du 10 décembre 1680, que, s’il ne se présente dans peu de temps, il faudra faire raser sa maison.
M. de Villelte, parent de madame de Maintenon, s’est converti à Niort, le ao décembre i685*.
Il y a eu deux cent onze genstilshoinmes qui se sont convertis depuis le 20 novembre jusqu’au 20 décembre.
Le 27 décembre i685, M. de Louvois m’a mandé de faire mettre en prison les religionnaires chez lesquels il n’y aura plus de quoi nourrir les dragons, et faire raser les maisons de ceux qui s’absenteront.
Au mois de décembre, M. de Vérac a envoyé des dragons chez les gentilshommes de la R. P. R. du Poitou.
Au mois de décembre , j’ai reçu des ordres de M. de Louvois, de
1 Maison de campagne que Foucaull « Maintenon , el chef d escadre, une penavait louée. « «ion de 3,ooo ». Il sert converti depuis
1 «Le roi donne au marquis de Vil- «peu. » [Journal de Dangcuu , 10 mars -telle, cousin germain de madame de 1686.)
faire raser quelqu’une des maisons de gentilshommes de la R. P. R. qui refuseront de s’instruire. J’en ai fait raser une appartenant au sieur de Chambray.
Au mois ..... 1 685, j’ai demandé au roi deux régimcns d’infanterie, pour s’en servir en cas de besoin contre les religionnaires opiniâtres et séditieux.
Je n’ai pas été d’avis que l’on fit le procès aux relaps qui se sont convertis.
Le roi [a] accordé, sur mes remontrances, i58,3aott de diminution sur les impositions du Poitou, pour 1686, dont il y en a 5o,oooH pour les nouveaux convertis.
Le 1er janvier, M. de Louvois m’a envoyé un arrêt du conseil qui défend aux médecins de la religion prétendue réformée d’exercer leur profession.
Le 8 janvier, j’ai reçu une lettre de cachet pour faire transférer la dame de Vervant, du couvent des Ursulines d’Angoulèine dans l’abbaye de Puyberland, en Poitou; depuis, elle a été conduite à l’abbaye de la Trinité de Poitiers, et ensuite au Port-Royal à Paris.
Le roi ayant été informé que les ministres qui sont sortis du royaume, en exécution de l’édit du mois d’octobre dernier, ont résolu d’y revenir, déguisés en marchands et en cavaliers, pour séduire les nouveaux convertis, que ceux qui servoient de ministres dans une province doivent aller dans une autre qui en soit fort éloignée, Sa Majesté désire que je n’oublie rien pour en découvrir quelqu’un, pour en faire une punition qui prévienne leur mauvais dessein.
Le 9 janvier, M. de Louvois m’a envoyé un ordre du roi , sur mon avis, pour envoyer le sieur de la Chauvinière, gentilhomme de la R. P. R. du Poitou, au château de Pierre-Encise, cela pouvant contribuer à sa conversion.
M. de Louvois m’a écrit, le i 2 janvier, que, le roi ayant considéré que la plus grande partie des soldats suisses et autres étrangers de
la R. P. R. ne se convertissoienl que pour jouir de la graliûcation dedeux pistoles qui leur a été payée jusques à présent, et que, quand ils étoicnt retournés dans leur pays, il est bien difficile qu’ils s’empêchent de retourner à leur religion. Sa Majesté a résolu de ne leur plus rien donner, et de m’en donner avis afin que je ine conforme à ses intentions.
Le roi ayant ci-devant fait des défenses aux carmes déchaussés de son royaume de rcconnoitre les supérieurs généraux dudit ordre étant à Rome, étayant appris que le chapitre général se devoil tenir après Pâques , et que ces défenses pourroient empêcher les carmes déchaussés françois de se trouver audit chapitre général, Sa Majesté leur ordonne de s’y trouver, et désire que je leur fasse savoir ses intentions portées par une lettre de cachet du 1 i janvier ■ 686.
Ayant proposé au roi de faire raser la maison du sieur de Chambray , gentilhomme de la R. P. R. du Poitou, l’un des plus séditieux de la province, et qui s’est absente, M. de Louvois m’a écrit, le 1 4 janvier, que Sa Majesté approuvoit cette proposition, pour obliger, par cet exemple, ceux qui se sont absentés à revenir.
Le î 9 janvier, M. de Vérac m’a mandé que mademoiselle sa lille s’étoit convertie, mais non madame de Vérac, sa femme.
Leroi avoit établi, en 1676, une commission â l'Arsenal, pour la réformation des abus des étapes. M. Le Pelletier m’a envoyé un arrêt du conseil, du 20 janvier 1686, qui supprime cette chambre.
J’ai reçu une lettre de M. de Louvois, du 30 janvier, pour faire mettre la dame de la Forest dans un couvent de la ville de Poitiers, pour y demeurer jusques à ce qu’elle soit convertie.
Par une lettre de M. de Louvois , du 23 janvier, il me mande que, le roi ne jugeant pas à propos de disposer des biens des religionnaires fugitifs. Sa Majesté désire que je prenne soin de les faire administrer de manière que lesdits religionnaires absens n’en puissent tirer aucun revenu, et [qu’ils] ne se dissipent point, et que je sois en état de rendre compte au roi de ce en quoi consistent les fonds et les revenus desdits biens, lorsque Sa Majesté le demandera.
Il y avoil dans Chàlellcrault 1 qui faisoient profession de
la R. P. R. Au a4 janvier, il n’y avoit plus que quatre personnes, que j’ai fait mettre en prison, et huit, absentes, qui ont passé dans les pays étrangers. Il y avoit trois ministres très-habiles.
Le sieur de la Roche-Logerie étoit un des plus entêtés religionnaires; il disoit qu’il auroit. souhaité endurer le martyre pour sa religion.
Le nommé Bureau, libraire de Poitiers, s’étant converti peu de temps avant sa mort , sa veuve a demandé au roi la permission d’envoyer en Hollande les livres à l’usage de la R. P. R. que son mari lui a laissés, et la permission d'imprimer les psaumes en françois, de la traduction du P. Adam, jésuite, et ceux de Don Antoine, roi de Portugal, de la traduction de Du Ryer ; ce qui lui a été accordé.
M. de Louvois m’a écrit une lettre le 3 1 janvier, portant que, le roi ayant été informé, par les officiers des galères, que plusieurs des soldats qui y ont été condamnés pour désertion ont eu le nez coupc si près qu’ils sont incapables de résister à la fatigue de la mer. Sa Majesté désire que l’on ne coupe aux déserteurs que l’extrémité du bout du nez, pour les marquer seulement, et d’en avertir les majors des troupes.
Au mois de janvier, j’ai obtenu du roi 3,oooH, pour donner aux tilles du séminaire des nouvelles catholiques de Poitiers le moyen d’acheter une maison, pour les mettre en état de loger les nouvelles catholiques.
M. l’abbé de Quincé a été nommé évêque de Poitiers au mois de jauvier; mais, sa santé ne lui ayant pas permis de se charger du fardeau de l’épiscopat, il a remis son brevet au roi et est mort peu de temps après; c’étoit un homme de vertu et d’un grand mérite*.
’ En blanc dans le manuscrit.
1 On lit dans le Journal de Dangcau, à la date du 10 novembre i685 : « I.e roi •donna à l'abbé de Quincé l'évéché de • Poitiers : • et à la date du 8 avril 1 686 :
• Je sus que l'évèque de Tréguier avoit été
• nommé A l'évéché de Poitiers que l'abbé
• de Quincé a remis au roi, à cause que
• scs indisposi lions l'empêchent de faire
• les fondions de l'épiscopat. >
Au mois de janvier, j’ai fait planter des arbres le long de la rivière du Gain, depuis l’abbaye de Saint-Cyprien , dans l’étendue de six cents toises, pour servir de promenade aux habitans de Poitiers, et l’année suivante j’ai fait revêtir le côté de la rivière.
Au mois de janvier, tous les religionnaires de Poitiers et de Châtellcrault étoient convertis, et il en resloit dans la province environ cinq à six cents prisonniers ou fugitifs qui ne l’étoient pas.
Au commencement de février 1 686, il ne restoitpas cinq cents religionnaires en Poitou, encore tous fugitifs ou prisonniers.
Le sieur Bérard, prêtre, avoitun talent particulier pour élever des perdrix. Il les faisoit couver par des poules; il les rassembioit au son d’un petit tambour pour les repaître, et il les conduisoit devant lui, partout où l’on vouloit, comme des poules d’Inde. J’en ai fait conduire par ce prêtre à Chambord, à Versailles et à Mcudon.
Le sieur de Saint-Philbert, gentilhomme des plus considérables en biens, s’est converti aussi bien que la dame de la Lourrie, ce qui a attiré un grand nombre de conversions. La prison éloignée a plus attiré de gentilshommes à l’Eglise que les dragons; c’est la prison qui a converti le sieur de Gagemont.
La reine Jeanne de Navarre faisoit condamner à l’amende les catholiques qui alloient à la messe; mais j’ai mandé à M. de Louvois qu’il valoit mieux se servir du ministère des dragons pour obliger [les] nouveaux convertis d’aller à la messe les dimanches, que de la voie de l’amende dont il restoit des vestiges dans les suites.
Les prêtres de l'Oratoire , que M. l'évêque de Poitiers avoit fait venir pour faire la mission dans son diocèse, ont refusé d’aller prêcher dans les bourgs et villages, prétendant qu’ils avoient été envoyés pour prêcher seulement dans les villes. Je l’ai écrit à M. de Louvois.
J’ai mandé à \1. de Louvois qu’un obstacle considérable aux conversions, dans plusieurs paroisses, éloit la vie scandaleuse des curés, que les évêques ne peuvent ranger à leur devoir par des procédures régulières, à cause des appels comme d’abus de leurs ordonnances. Je lui ai envoyé les noms de trois de ces curés pour les envoyer dans
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, le séminaire de Richelieu, qui est très-réglé; c’est le seul moyen de les mettre à la raison. Cet ordre m’a été envoyé.
J’ai demandé à M. de Louvois un arrêt qui me commette pour faire le procès aux rcligionuaires qui se mettent en devoir de quitter le royaume, et lui ai mandé que j’allois faire l'instruction de celui du sieur de la Massaye.
Le 8 février 1 686 , M. de Louvois m’a envoyé plusieurs exemplaires de la manière dont on doit faire usage du remède trouvé par le prieur de Cabrières pour les descentes, Sa Majesté l’ayant rendu public depuis la mort dudit prieur1.
J’ai reçu un ordre du roi, du 8 février 1686, pour faire conduire au château de Pierre-Encise les sieurs de Vesançay, de Mauroy et de Gagemont, gentilshommes de la R. P. R. du Poitou, attendu leur opiniâtreté à ne se point convertir.
Ayant proposé à M. de Louvois de faire assister de quelque argent les religionnaires fugitifs qui reviendroient en France, il m’a mandé, par sa lettre du 1 3 février, que le roi ne juge pas à propos de leur faire distribuer de l’argent par son ordre, à cause des plaintes que pourroient faire ceux qui se sont convertis de bonne grâce, qu’ils seroienl moins bien traités que les autres; mais que le roi trouvera bon que j’emploie jusques à i5o ou 200 pistoles à cela, comme si c’étoit de mou argent, et que, sur le mémoire que j’en enverrois de mois en mois, il m’en feroit rembourser.
Le 28 février 1686, j’ai écrit à M. Le Pelletier que la dépense a faire pour les réparations et augmentations des églises du seul diocèse de Poitiers où il y a des nouveaux convertis, qui contient presque les deux tiers du Poitou, reviendroient à 46,485• **, et qu’il faudrait un second fonds pour les diocèses de la Rochelle et de
• beaucoup de perdus par sa mort. • ( Jour-
nal de Dtmgeau, aC novembre iG85. à Versailles.)
Luçon.
1 »I.e prieur de Cabrières, qui étoit
• venu à la cour pour donner au roi tous
• ses secrets, mourut ici. Le roi a une
• partie de ses remèdes , mais il y en a
I.e roi ayant établi des ateliers publics pour faire travailler les pauvres aux chemins, M. Le Pelletier a augmenté, sur mon avis, le fonds destiné pour le Poitou de 20,ooott, au mois de février 1686.
J’ai reçu un ordre du roi du 2 mars 1686, pour envoyer madame de Vérac, femme de M. de Vérac, lieutenant general du haut Poitou, dans un monastère.
J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du 3 mars 1686, par laquelle il me marque que l’intention du roi est d'empèchcr les religionnaires de sortir du royaume, aussi bien que les nouveaux convertis, et que, pour cet effet, il faut établir des gens de confiance sur les côtes de Poitou , qui puissent empêcher leur embarquement ; que le roi pourvoira à cette dépense. Je lui ai envoyé un état de ce qui restoit encore de religion nai res en Poitou.
Le 4 mars 1 686, M. de Louvois m’a mandé que l’intention du roi étoit de faire augmenter les églises du Poitou, qui, par la quantité de nouveaux convertis, ne peuvent contenir ceux qui doivent assister au service divin. Sa Majesté désirant, pour cet effet, que je fasse faire au plus tôt les plans, devis et marchés nécessaires, et que je lui envoie un état de ce [que] cela devra coûter pour mettre cette année les églises en l’état porté par lesdits devis, le tout de concertavec MM. les évéques, et de régler la dépense de manière qu’elle n’engage Sa Majesté qu’à ce qui sera absolument nécessaire pour que les habitans de chaque paroisse puissent avoir le couvert.
Le 4 mars, M. de Louvois m’a écrit que, le roi ayant été informé que, dans plusieurs paroisses où il y a des religionnaircs, les curés qui, auparavant leurs conversions, pouvoient se passer de vicaires, ne pouvoienl plus le faire, Sa Majesté désiroit que je conférasse avec MM. les évêques pour savoir comment on pourroit pourvoir à ces besoins, soit en obligeant les gros décimateurs à entretenir des vicaires, ou en chargeant les curés qui ont un revenu suffisant de le faire, ou les habitans d’y contribuer; que, si aucun de ces moyens ne se trouve praticable. Sa Majesté veut bien entrer dans cette dépense, et epte j’aie à lui mander sur cela mon avis.
M. de Louvois m’a écrit, le 10 mars 1686, que le roi ne vouloit pas que l’on contraignit les nouveaux convertis â aller à la messe par ameude, mais qu’on envoie loger chez eux des gens de guerre.
Au mois de mars 168G, le roi établit un séminaire à Poitiers, et prit pour cet effet la maison bâtie par Pinet, receveur général des finances de Poitiers, que M. Rouillé fit pendre pour ses concussions. M. de Bàville avoit occupé cette maison depuis quelle avoit été confisquée, et la fit donner aux prêtres de Saint-Lazare pour le séminaire.
Le y avril 1686, j’ai jugé au présidial de Poitiers et condamné à être traîné sur la claie le cadavre d’une femme du lieu de la Motte , qui , ayant abjuré l’hérésie depuis trois mois, a refusé, avant de mourir, étant en pleine conuoissance et liberté d’esprit, de recevoir les sacremens, nonobstant les instances de son curé.
M. Le Pelletier m’a écrit, le 1 4 avril 1 686, que le roi trouvoit bon, suivant mon avis, que je fisse distribuer aux pauvres du Poitou le bled que M. de Be/.ons, intendant d'Orléans, avoit fait voiturcr à Chàtcllcrault, par forme d’aumône, et que, pour éviter que les intendans des autres provinces ne demandassent de pareilles grâces pour les pauvres de leur département, je pourrois faire entendre aux peuples que cc soulagement que l’on procure aux pauvres provient d’une amende dont Sa Majesté m’a permis de disposer en leur faveur.
Le a 2 avril 1686, M. de Barbezieux m’a envoyé une ordonnance du roi portant que les cavaliers, dragons et soldats qui se marieront à l’avenir, seront déchus de l’ancienneté qu’ils auront acquise jusques au jour de leur mariage.
Au mois d’avril 1686, le sieur Bérard, vicaire de la paroisse de qui élevoit des perdreaux pour les jeter dans le parc à Ver-
sailles, en a porté, par mon ordre, à M. de Louvois pour Meudon.
Madame de Vérac a été mise dans un couvent, au mois d’avril
Madame de Vervant, qui avoit été transférée de l’abbaye de Puyberland en celle de la Trinité de Poitiers, étoit retenue de se convertir par la crainte quelle avoit de son mari, qui étoit passé en Angle-
ïo.
terre, et qui lui écrivoit des lettres menaçantes sur ce changement de religion. C’étoit un homme très-violent qui avoit épousé [en premières noces] la sœur de madame de Vervant, violentée par sa mère, et qui mourut le jour même de ses noces par la frayeur qu’on lui avoit donnée de l’humeur de M. de Vervant. Madame de Vervant promit de se convertir s’il paroissoil qu’elle y eut été contrainte, et pour cet effet elle fut conduite à Taris par mademoiselle Foucault, ma sœur, et mise au couvent du Port-Royal, où elle a fait son abjuration.
Le 1 8 mai i 686, j’ai proposé à M. Le Pelletier de faire donner par le roi au sieur Paulmicr, ministre exemplairement converti, la charge de conseiller au présidial de Poitiers [vacante] par la mort du sieur Rapaillon, en perte d'office , et qui n’a laissé ni veuve ni enfans.
Le i g mai 1686, M. le chancelier Boucherat m’a mandé qu’il étoit informé que les règlcmens faits pour les chancelleries près les compagnies supérieures et celles des présidiaux, bailliages et sénéchaussées, n’y étoient pas exécutés, mais que les officiers créés pour les exercer n’y faisoienl aucune résidence, et que le sceau du roi n’y étoit point tenu avec dignité. Il me marque de lui faire savoir si, dans tous les sièges de la généralité de Poitiers, il y a des officiers pourvus des offices créés par l’édit de i557 1 et autres suivans, et de leur faire représenter leurs provisions pour voir si les noms ne sont point eu blanc ou s'ils n’ont point été rayés pour en substituer d’autres.
Le roi ayant résolu de venir à Baréges.dont les eaux avoient été jugées propres au mal qui a produit l’opération qu’on lui a faite, M. de Louvois in’a mandé, le 22 mai 1686, de faire raccommoder les chemins de son passage. Ce voyage n’a pas été fait*.
Au mois de mai 1686, j’ai rendu un jugement au présidial de Poitiers contre six religionnaircs qui ont 'été arrêtés en l’île de Ré,
1 Noos ne trouvons, ni en 1 557 , ni après, aucun édit auquel on puisse appliquer ce qu'indique ici Foucault. Peutêtre y a-t-il une erreur de date, chose assez fréquente dans scs mémoires.
’ Sur le projet de voyage du roi à Baréges , voy. le Journal de Dattgcau , du a t au 27 mai 1686, et, dans notre appendice, les dépêches de Louvois des 32 et 27 mai 1686
voulant passer à l’étranger. J’ai condamné aux galères perpétuelles deux gentilshommes et un avocat, et trois femmes au bannissement perpétuel, qui n’est pas une peine pour des fugitifs; aussi ai-je proposé au roi de faire mettre ces trois femmes dans des couvens. On a voulu dire que la confiscation de corps et de biens, qui est la peine indile par l’édit de révocation de celui de Nantes contre les religionnaires qui quitteraient le royaume, étoit la mort; mais elle ne peut être entendue que du bannissement perpétuel , qui est une véritable confiscation de corps et de biens, la peine de mort demandant une prononciation plus expressive et qui ne doit point être équivoque; autrement , les femmes seraient condamnées à des peines plus fortes que les hommes.
Au mois de mai, j’ai fait distribuer, par ordre du roi, des bleds aux pauvres de Poitou.
Le 1er juin 1686, j’ai écrit à M. l’archevêque de Paris que le fonds pour les missionnaires du Poitou étoit épuisé; que le clergé pourrait nous secourir d’un fonds pour continuer nos missions; qu’on pourrait tirer des missionnaires de la province, sans en faire venir d’étrangers; que la maladie du roi avoit refroidi le zèle des nouveaux convertis, mais que sa guérison l’a réchauffé.
J’ai écrit une pareille lettre à M. le chancelier le 1 o juin 1 686.
J’ai condamné au sénéchal1 de Fontenay le cadavre d’une femme nouvelle convertie et qui avoit refusé, en pleine connoissancc, de recevoir les sacremens avant mourir, à être traîné sur la claie. J’ai demandé la confiscation de ses biens pour ses enfans, qui font leur devoir.
Ayant fait mettre en prison le nommé Tesnon, nouveau converti, qui avoit gardé chez lui sa mère, sa fille, son beau-frère et deux de ses valets, religionnaires, et qui avoit déclaré à mon suhdélégué qu’il ne les ferait point convertir, M. de Vérac, nouveau lieutenant de roi du haut Poitou, envoya ses gardes le tirer, à force ouverte, de la pri-
' Sic. Il veut dire à la sénéchaussée.
rW
'Xi
son, parce que ce Tesnon étoit fermier de M. Le Coq, beau-frère de M. de Vérac. J’en ai porté mes plaintes à M. de Louvois, qui ne m’a procuré aucune satisfaction de cette entreprise.
Au mois de juin, j’ai obtenu un fonds pour faire travailler aux réparations du palais de Poitiers, dont la salle est très-grande.
Le 18 juillet 1686, j’ai rendu des témoignages favorables de la conversion du sieur Paulmier, ministre de Sainl-Maixcnt, pour le faire distinguer dans la distribution des pensions du clergé. Il avoit 6oo" d’appointemens comme ministre; M. Pélisson1 m’a mandé que le roi lui avoit accordé 4ooH de pension, et que le clergé lui donneroil le surplus de ce qui est accordé aux ministres convertis par l’édit qui supprime celui de Nantes.
Je lui ai mandé que nos nouveaux convertis faisoient leur devoir, qu’on ne les pressoit pas de s’approcher des sacremens, crainte de profanation; qu’il n’avoit pas paru qu’il s’en Rit commis aucune depuis leur réunion.
Le . . juillet 1 686, j’ai reçu un ordre du roi , par le canal de M. de Croissy, pour envoyer à Arles le sous-prieur de l'abbaye de Saint- Cyran. Il étoit accusé de graudes correspondances et intrigues avec des personnes suspectes d’opinions nouvelles.
M. de Seignelay m’avoit mandé, au mois de juillet 1686, qu’il falloit empêcher les ânes de couvrir les cavales au-dessus de treiie paumes, mais je lui marquai que ce seroit ruiner absolument le haut Poitou, attendu que le commerce des mulets est ce qui y porte beaucoup d’argent, et que les paysans se déferoient de leurs grandes cavales, s’il ne leur est pas permis de les faire couvrir par des ânes. Les mulets qui en viennent se vendent, à neuf mois, jusquesà i5oH, et étant aussitôt enlevés aux foires par les Auvergnats et les Béarnois , au lieu que les poulains à pareil âge ne se vendent au plus que a 5 à 3o écus, encore faut-il qu'ils soient de belle espérance. Le même
1 l’élisson, l'ancien commis de Fou-
• quelques pensions pour les nouveaux
quet, «étoit maître des requêtes; il avoit
• convertis.» ( Journal de üangcuu. 7 fé-
• soin des économats et étoit chargé de
vrier i6g3.)
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, avis avoit été donné à M. Colbert, qui jugea à propos de laisser les choses eu l’état où elles étoient, c’est-à-dire de laisser la liberté aux paysans de faire couvrir leurs cavales par des ânes, de quelque hauteur qu’elles soient. J’ai cependant fait couper et même confisquer plusieurs petits chevaux.
J’ai proposé à M. Le Pelletier, par ma lettre du 7 août 1 686, de faire des gratifications aux receveurs des tailles qui ménagent leurs paroisses; et, comme j’ai remarqué, dans la visite que je venoisde faire des élections, que le sieur Besse, receveur des tailles de Poitiers, et le sieur du Coudray, receveur des tailles de Mauléon, avoient apporté beaucoup d’application à soulager les paroisses et à diminuer les frais, j’ai proposé à M. Le Pelletier de leur donner à chacun mille livres, ce que le roi a eu agréable.
J’ai reçu une lettre de M. de Seignelay, du a3 août 1686, par laquelle il me mande que le roi a été informé que, dans plusieurs villes et bourgs du Poitou, il y a un grand nombre de vagabonds et gens sans aveu qui commettent des vols et autres crimes, et que, comme ces sortes de gens doivent être arrêtés et conduits aux galères sans autre forme de procès, Sa Majesté désire que je donne les ordres nécessaires aux prévôts de les faire arrêter, afin qu’on les puisse faire attacher aux premières chaînes qui iront aux galères.
Le 22 octobre 1686, le roi m’a permis d’aller faire un voyage à Paris.
Les nouveaux convertis, ayant toujours peine à s’approcher des sacremens, en ont moins à entendre la prédication; mais la plupart des curés n’ont pas de talent pour les prêcher convenablement, et j’ai proposé à M. de Louvois d’envoyer des prédicateurs bons controversistes, que l’on distribuerait dans les cantous où il y a nombre de convertis, et surtout dans les lieux où il y avoit des temples, qui prêcheraient les dimanches à la manière des ministres, c’est-à-dire qui expliqueraient l’Evangile et feraient des prières à la fin de leurs sermons , comme il se pratique en plusieurs endroits. Ils s’accoutumeront, par cette méthode, aux mystères de notre religion.
Le 2 4 octobre, M. de Louvois m’a mande que le roi vouloit bien entretenir, jusques à la Pentecôte, douze ou quinze prédicateurs extraordinaires dans les paroisses du Poitou où il y a des religionnaires.
Les 28 et 3i d’octobre 1686, j’ai proposé au roi de faire croiser, sur les côtes de Saint-Michel en l’Erme, une chaloupe pour empêcher les religionnaires de sortir du royaume, ( ]’ et me prie
de faire acheter cette chaloupe et d’y mettre neuf hommes pour la conduire.
Le dernier octobre 1 686, j’ai mandé à M. de Seignelay que le roi avoit pris une voie sure d’assurer la conversion des gentilshommes, en leur donnant des pensions et plaçant leurs enfans.
Le 4 novembre, je suis parti pour Paris, et ai été de retour à Poitiers le iw janvier 1687.
Je demandai audience au roi pour lui rendre compte des affaires de la religion, la veille de l’opération qui lui lut faite, et dont il n’avoit communiqué la résolution qu’à peu de personnes. Il me dit qu’il ne pouvoit me la donner le lendemain, .et*; lorsqu'il commença à être visible, et que j’allai Affaire mon compliment sur sa convalescence, il me dit : « Vous voyez présentement la raison qui ne m’avoit pas permis de vous donner audience. » Je lui répondis: • Sire, cette
• raison m’a fait trembler dans ce temps-là, pour le mal que Votre
• Majesté a souffert; mais le courage avec lequel elle a affronté l’opé-
• ration m’en a fait espérer l’heureux succès qu’elle a cus. »
Le roi, sur ma représentation, a accordé des gratifications à mes subdélégués pour les peines et les dépenses qu’ils ont faites à l’occasion des conversions.
Le a4 novembre, M. de Montespan m’a écrit une lettre, par la-
1 II y a quelque clioscd oublié. qui rend If reste peu intelligible. • Et me prie • indique peut-être une réponse ministérielle.
’ La gronde opération fut faite au roi le 18 novembre 1686. (Voy. Kécit d» la
gninilc opération fait» au roi Louii XIV, en 1686, par M. Le Roi, bibliothécaire de la ville de Versailles, dans le tome V des Mémoires de la société des sciences naturelles de Seine-ct-Oise. )
DE NICOLAS-JOSEPH FOUCAULT, quelle il m’a oll'ert 30,000 écus sur le bruit qui a couru que je voulois traiter de la charge de premier president à Toulouse.
Au mois de novembre 1686, le roi a rendu un arrêt qui ordonne que tous les procès concernant les saisies et régies des biens des religionnaircs ou nouveaux convertis qui sont sortis du royaume soient jugés par les intendans.
M. de Louvoie m’a recommandé, par sa lettre du 6 décembre 1 686, le sieur de la Cour, chargé de la régie des droits à prendre sur les chevaux de louage du royaume. Cette affaire a donné lieu à bien des vexations par les extensions qu’on y a données et par la rigueur avec laquelle ces droits ont été levés.
Le 8 décembre 1686, il a été expédié et envoyé, dans toutes les provinces où il y a des religionuaires, une instruction adressée aux commandans et aux intendans, par laquelle le roi leur prescrit la conduite qu’ils doivent tenir à l’égard desdits religionnaircs pour l’exécution des édits, déclarations, arrêts du conseil et ordres de Sa Maj est#.. Cette instruction, qui leur recommande surtout la modération dans les punition^ qu'ils seront obligés de faire, est très-bonne en elle-même, mais il ne faut pas comptée qu'elle demeure secrète: et [elle] porte le caractère d’un relâchciitênt très-préjudiciable aux affaires de la religion, dans un temps où les cœurs des nouveaux convertis ne sont pas encore fortifiés dans la communion avec l’Église romaine , et seront infailliblement déterminés à reprendre leur créauce . persuadés par leurs ministres et par les relaps que le roi n’entend point qu’ils soient contraints d’aller à l’église. Cette instruction doit être jointe au mémoire, avec la lettre que j’ai écrite à mon père, le ai décembre 1687.
- Le Hoi , ayant été informé des mauvais elfets que produisent les « diverses manières dont on use à l’égard des nouveaux convertis dans « les différentes provinces de son royaume, a trouvé bon de faire » dresser la présente instruction, afin qu’étant envoyée à tous ceux » qui y commandent et aux commissaires départis en icelles, leur
« conduite puisse devenir uniforme à l’égard desdits nouveaux con- « vertis.
■ L’intention de Sa Majesté est que les gouverneurs et ses lieute- « nans généraux ou commandans pour elle dans les provinces de «son royaume, et les commissaires départis en icelles, tiennent la « main avec la dernière exactitude à empêcher qu’il ne se fasse au- « cune assemblée desdits nouveaux convertis, et que, s'il s’y en fait » quelques-unes, les coupables en soient punis des peines portées par « les édits et déclarations de Sa Majesté.
• Qu’ils n’oublient aucun soin ni diligence pour essayer de faire « arrêter les ministres ou prcdicans qui pourroient s’ètre glissés dans « les provinces; qu’ils fassent pour cet effet payer exactement les « récompenses promises parla déclaration de Sa Majesté, du 1er juillet « de celte année, à ceux qui donneront moyen de faire arrêter les- » dits ministres, et tiennent la main à ce que lesdits ministres aiusi « arrêtés, ou ceux qui, ne l’étant point, se seroient voulus mêler de « prêcher, soient punis conformément aux susdites déclarations de « Sa Majesté.
« Qu’ils n’apportent pas moins de soin pour empêcher qu’aucun « de ceux qui pourroient n’être pas convertis sincèrement ne fassent « des assemblées chez eux pour y lire la Bible ou y chanter des • prières, et ne se mêlent d’empêcher les autres nouveaux convertis « de s’affermir dans les pratiques de la religion catholique ; et Sa Majesté trouve bon qu'ils fassent punir par prison, par amende ou par « logement de gens de guerre, ceux qui auroient commis de pareilles « fautes, desquelles il ne seroit pas possible d’avoir assez de preuves « pour leur faire faire leur procès par les juges ordinaires. Elle trouve « bon même que ceux qu’ils soupçonneront d’etre mal intentionnés, « et capables de détourner lesdits nouveaux catholiques de faire leur » devoir, soient par eux relégués dans des villes de l'étendue de leur i gouvernement toutes catholiques, et où il n’y ait personne capable « de se laisser séduire à leurs mauvais discours. A l’égard des femmes, « Sa Majesté leur permet de les envoyer dans des couvens avec la par-
■■ ticipatiou des évêques, lesquels couvens ils observeront de choisir » fort éloignés de la demeure ordinaire desdites femmes, afin qu’elles « soient moins en état d’y faire du mal, et en même temps plus inor- « tiliées d’être éloignées de leurs habitudes et de leurs parens.
« Sa Majesté ne juge point à propos que les ecclésiastiques qui « seront employés par les évêques pour prêcher et instruire lesdits « nouveaux convertis mêlent parmi leurs exhortations aucunes mc- « naces pour les porter à fréquenter les églises ni à s’approcher des
* sacremens; et Sa Majesté aura bien agréable que lesdits gouver- « neurs et lieutenans généraux ou commandans, et lesdits commis- « saires départis dans ses provinces, excitent en particulier les évêques « de leur département à donner de tels ordres aux ecclésiastiques » qu’ils envoyeront dans leurs diocèses ou à leurs curés, qu’il n’arrive « plus que les susdits ecclésiastiques menacent lesdits nouveaux con- ■ vertis dans leurs exhortations.
■ Sa Majesté ne juge pas non plus à propos que l’on continue à « mettre des inspecteurs à l’entrée des églises pour connoîtrc ceux
* des nouveaux catholiques qui les fréquentent ou non, et elle estime « qu’il vaut mieux attendre du temps, et des instructions que les évê-
* ques prendront soin de leur faire donner, que les nouveaux calho- « liques soient persuadés de fréquenter les églises, que de les y faire « aller par force et par la crainte d’une prompte punition.
* Sa Majesté ne juge pas à propos que lesdits gouverneurs, com- » mandans ou intendans, donnent à connoître qu’ils ayent reçu cet « ordre de Sa Majesté, mais bien qu’ils se conduisent à cet égard de manière qu’il paroisse que ce relâchement vient plutôt de leur » manque de soin et de la distraction que leur cause le reste des affaires
* dont ils sont chargés, que d’un exprès commandement de Sa Majesté. « Il ne peut être que bon, pour cet effet, que ceux dans les dépar- « temens desquels il y a de ces inspecteurs établis ne les retirent » point tous à la fois, et qu’ils ne fassent ce qui leur est prescrit à cet « égard qu’en quatre ou cinq semaines, retirant les uns sous prétexte
* qu’ils ont des assurances de la bonne conduite des nouveaux cou-