‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 76 sur 133 · A MÉMOIRES · texte numérisé non relu

A MÉMOIRES

descentes de cinquante hommes sur nos côtes, où ils ont brûlé un moulin et quelques maisons.

M. de Combes, ingénieur, et moi, avons proposé, après que nos vaisseaux ont été brûlés, de faire un port à la Hougue, connue un ouvrage indispensable pour la conservation et salut de nos vaisseaux, le roi n’ayant aucun port dans la Manche. Il coûtera à la vérité trois à quatre millions, mais, faisant des ouvrages pour ôoo.ooo" d’abord, on mettroit toujours ce port en état de défense.

Les fréquentes approches des vaisseaux des ennemis de nos côtes m'ont engagé de proposer au roi de répandre toutes les troupes réglées et les milices le long de nos côtes.

Ayant fait arrêter des voleurs de grand chemin au nombre île sept qui ont été assassiner le nommé La Motte-Bailly, gros marchand de toiles, sa femme et ses enfans, daus sa propre maison, et en ont emporté tout l’argent qu'ils y ont trouvé, j’en ai jugé un, nommé Jonquille, en vertu d’un arrêt du conseil, le 22 juillet 1692 , et l’ai condamné à être rompu vif. J’ai sursis au jugement de quatre autres, y en ayant eu trois arretés à Paris et qui doivent être envoyés à Caen. Jonquille a tout avoué sur la sellette.

Le 28 août, j’ai envoyé à M. de Pontchartrain le jugement que j'ai rendu au présidial de Caen contre les nommés Potier et Forestier, complices de Jonquille. Ils ont été rompus vils avec deux de leurs complices.

Il y avoit cette année à la foire de Guibray pour 7,800,000" de marchandises, dont il s’en est vendu environ les deux tiers.

Le 8 septembre , j’ai fait chanter le Te Deum à Caen pour la victoire de Steinkerque '. Le sieur de la Croisette, lieutenant de roi du château de Caen , ne s’y trouva pa&, parce qu’il prétend avoir un prie-Dieu au milieu du chœur, ce qui n’est dû qu’au gouverneur de la province ou au lieutenant général; aussi les échevius refusèrent-ils de lui en donner un, sur un ordre de M. de Matignon.

; fiagnee , le h août 1 693 , par le maréchal de Luxembourg contre le prince d'Orangc.

Le 2 octobre , j’ai fait le second département des tailles de l’élection de Saint-Lô.

Le 3o décembre 1 692, j’ai envoyé à M. de Pontchartrain un projet d’arrêt du conseil qui m’autorise à faire imposer dans les villes et bourgs les sommes nécessaires pour la subsistance des pauvres, attendu la disette des grains, qui a été grande cette année.

Le roi ayant demandé des secours pour subvenir aux dépenses de la guerre, la ville de Caen a offert 4o,ooo'* à prendre sur une augmentation d’octrois.

Le roi a créé des charges de greffiers conservateurs des registres des baptêmes, mariages et sépultures. J’ai proposé à M. de Pontchartrain de faire tenir ces offices par les juges et greffiers des bailliages royaux , qui sont obligés de parapher ces registres.

Le roi a créé des maires, assesseurs' et commissaires des revues. Le lieutenant général de Caen a offert 4o,oooH de [la charge] de maire de la ville.

il a aussi été créé des notaires apostoliques*, des médecins du

1 L'édit qui créa des maires et asses seurs héréditaires et en litre cf office dans chaque ville et communauté du royaume .

à l'exception de Paris cl de Lyon , est d'aoùt 169a (Lambert, l. XX, p. 1 58).

Il fut suivi, le 5 décembre i6q3 (ibid. p. ao3), d’un arrêt du conseil réglant les fonctions, rangs et droits deccs nouveaux officiers Par un édit de mai 170a (ibid. p. 4 10). on leur donna encore des lieutenants; et un édit de décembre 1706 {ibid. p. 49a) créa des maires et des lieutenants de maires alternatifs cl triennaux. Depuis celte époque jusqu'à la révolution de 1 789 . ces offices furent plusieurs fois abolis et rétablis. (Voy. Dcpping. Corresliondtmcc administrative sous le riqne de Louu X IV, 1. 1, Introduction, p. nui, et jiassim dans le volume.)

1 Les notaires apostoliques, primitivement nommés par le pape ou par les évéques, avaient pour fonctions de recevoir les actes en matière bénéficiait;. Ut» édit de décembre 169» (Isambert, t XX.

p. 1 43} les institua en titre d'office. Le but principal de celte ordonnance était certainement bursaf; mais elle supprima en meme temps les nominations ecclésiastiques, qui ne se refusaient à personne et tombaient souvent sur des sujets indigne-.. Dans la plupart des villes, les notaires royaux rachetèrent cos litres et les réunirent aux leurs. (Voy. dans Isambert.

I. XX. p. 173, un édit de février iGg3, qui réunit à Paris les offices des notaires apostoliques à ceux des notaires au Châtelet. )

roi1 * et [des charges] de jurés royaux®, de greffiers de rôles des tailles.

Le 1 5 février, j’ai envoyé à M. le chancelier une copie du jugement que j’ai rendu au présidial de Caen, contre le nommé Bardel, célèbre faussaire. 11 éloit notaire et a été condamné à mort pour avoir fabrique des actes de justice et commis un grand nombre de concussions et de vexations sur le peuple, sous le titre d’huissier du Châtelet et eh la connétablie, sans provisions. J’ai jugé ce procès en vertu d’un arrêt du conseil.

Le i 9 février, M. Charpentier, chanoine de Samt-Gcrmain-l'Auxerrois, décéda à Paris. Il avoit été- mi s auprès de jnoi en 1 666, lorsque je fus pourvu de la charge de procureur. général des requêtes de l'hôtel, et il y avoit demeuré jusques en 1676, qu’il retourna à Paris de Montauban où je l’avois mené. Il a depuis ce temps, et en mon absence, pris soin de mes affaires jtulquesà sa mort. C’étoil un homme sincère, vertueux, capable et qui m’étoit fort affectionné.

J’ai chargé le sieur Hardy du soin entier de1 mes affaii^ls, dont il avoit déjà pris connoissance du vivant de M. Charpentier et pour le soulager.

Le 3 1 février3, j’ai reçu l’édit et l’arrêt du conseil que M. de Pontcharlrain 111’a envoyés au sujet de la création des charges de contrôleur, commissaire et trésorier de l’arrière-ban*.

1 L'édit de création de médecins du roi en titre d'office est de février 169a (Isamberl, 1. XX , p. t5t). Il s'agissait de désigner le» médecins et chirurgiens qui seraient chargés de ce qu’on appelle aujourd’hui la médocine légale. Depuis t6of> jusqu'en 169a, le premier médecin du roi avait joui du privilège de «commettre

• des chirurgiens dans les villes, bourgs «et autres lieux du royaume, pour faire

• les visites cl rapports. *

1 II s’agit sans doute de l’édit de

mars 1 69 1 (Isambert. t. XX. p. îat), qui, dans un but purement fiscal, transformait en litres d'offices héréditaires les fonctions électives qui régissaient les corporalionsde marchands et d’arts clmétiers. Les jurés royaux ou jurés-syndics avaient le privilège de visiter, d’auner, peser, mesurer. etc.

s Lisez : « le a8 février. « ou « le 3 1 janvier. »

* L'édit est de janvier 1 693 ( Isambert t. XX, p. 173).

Le roi a créé des charges d’essayeurs d’étain1.

Il s’est présenté une difficulté au sujet îles jugemens que les élus rendent contre les faux-sauniers, qui est de savoir si, les juges ordinaires ne condamnant point aux galères les criminels qui ont passé cinquante-cinq à soixante ans, parce qu’ils ne sont plus en état de servir sur les galères, l’intention du roi n'est pas que les élus ne puissent pas, comme les juges ordinaires, commuer la peine des faux-sauniers. Comme il y a parité de raison, j’ai écrit à M. de Pontchartrain, le 27 avril, [que] mon avis éloit qu’il fût donné aux élus un pouvoir pareil à celui donné aux juges ordinaires, mais que je croyois qu’attendu que les uns et les autres en pourroient faire [abus], j’estimois que Sa Majesté devoit se réserver le droit de commuer toutes les peines.

J’ai renouvelé les délmises portées par les arrêts du conseil, et par mes ordonnances rendues en conséquence, aux communautés de députer au conseil sans ma peirçmssion.

Le roi a créé., au mois d'avril, des charges de lieutenant des maréchaux de^hrance8 datte chaque bailliage.

Au mois d’avril, les habitans [de Caen] ont offert au roi 5o,ooott pour être déchargés des droits de franc-alleu5, comme il avoit été fait à Rouen. J’ai mandé à M. de Pontchartrain que Caen avoit payé de

' L'édit qui érige des essayeurs el contrôleurs en titre d’office des ouvrages d'étain est de mai 1691 (Impr. de François Muguet, Paris. tCgi, in-4*); il n'est pas cité par Isambert. Dès l’année 1 674 , on avait tenté d'imposer sur la vaisselle d’étain un droit fiscal qui avait été fort mal accueilli. *

’ L'édit qui institue un lieutenant des maréchaux et un archer-garde de la connétablic en chaque baillinge et sénéchaussée est de mars i6g3 (isambert, t. XX, p. 173). Les lieutenants des maréchaux jugeaient 1rs différends et contestations

entre gentilshommes et autres faisant profession désarmes, tant à causcdes chasses . droits honorifiques des églises , prééminences des fiefs et seigneuries, que des autres querelles inélées avec le point d’honneur. On les appelait pour cette rni- 30 n juges da point d'honnear.

1 lin édit d’août ifiga (Isambert, t. XX, p. 1 04) avait frappé d’un impôt, montant à la valeur du dixième des propriétés , tous les francs-alleux inféodés en France: les villes obtenaient, moyennant finances, la faculté de s'exempter de cet impôt et des recherches qu’il entraînait.

grandes sommes au roi depuis peu de temps, et qu’il faudroit faire porter cette somme par les propriétaires les plus accommodés des maisons de la ville.

Le produit des droits d’amortissement dans la généralité de Caen, depuis que le recouvrement a commencé, montoit à 349,64oH.

Au mois d’avril 1 693, j’ai fait accorder une chaire de droit au sieur de Vaucouleurs.

S. A. R. Monsieur étant arrivé à Ponlorson, j’ai pris des mesures avec M. de Nointel, intendant de Bretagne, pour la subsistance de sa maison1.

J’ai perdu 4,oooH au lansquenet, au jeu de S. A. R., pendant le séjour que j’ai fait à Pontorson.

La plupart des rcligionnaires qui ont fait abjuration ne pouvant se marier à l'église , les curés refusant de leur administrer le sacrement de mariage s’ils ne font le devoir de catholiques romains, ils se faisoient des promesses de mariage, sur la foi desquelles ils habitoient ensemble; il arrivera que ces mariages seront déclarés clandestins. C’est un désordre auquel on n’a point pourvu.

M. de Bougy, mestre de camp de la cornette blanche*, après avoir fait son abjuration, a passé en Hollande sous un passeport que le roi lui avoit accordé pour aller prendre des eaux à Aix-la-Chapelle. J’ai fait saisir la terre de Bougy par ordre du roi.

Au mois de mai 1693, on a établi un camp du côté de la Hougue, sous le commandement de M. de Matignon, lieutenant général de basse Normandie.

Le 5 mai 1693, j’ai proposé de faire une redoute à la tète des ponts de Douve, qui défendra l’entrée de Carentan; car, si les ennemis

1 l.e roi avait donné, le 3 mai i6<)3. à son frère , le commandement de toutes les troupes sur les cèles, depuis Dunkerque jusqu'à Bayonne. Monsieur partit de Paris le 38 mai, et arriva le 3i à Vitre, qu'il avait choisi pour son séjour. Mois les vivres et les fourrages commençant à devenir

rares à Vitré, il lrans|>orta son camp à Pontorson , le 17 juillet, et y resta jusqu’à son départ pour Versailles , où il était de retour le 13 août.

* Ce titre équivaut à ce qu'on nommerait aujourd'hui colonel du 1" régiment de cavalerie légère.

s’étoient rendus maîtres deCarentan, il ne seroit pas possible de les chasser de la péninsule de Coutances, qui est un pays de postes, entrecoupé de rivières, de hauteurs, de forêts et de haies, et abondant en grains et en fourrages.

On a fait depuis trois années des redoutes le long de la côte de la Hongue, qui ne sont que de sable et que les vents détruiront. Ce qui a été fait de plus utile, ce sont deux tours, l’une à la Houguc et l'autre dans l’ile de Tatihou.

Au mois d’août 1693, j’ai fait bâtir deux maisons dans la rue de la Juiverie et dans celle de qui m’ont coûté 36,ooott.

Y ayant eu une grande disette de grains cette année dans tout le royaume, le conseil a voulu être informé de la quantité des blés qui ont été recueillis l’année dernière. J’ai proposé de s’informer des décimateurs de ce qu’ils en ont recueilli; c’est ce que j’ai mandé à M. Pussort, qui a été chargé d’entrer dans ce détail, le 11 septembre.

Depuis cette lettre [à] M. Pussort, j’ai reçu la déclaration du roi1 qu’il m’a envoyée, qui veut que les intendans nomment des commissaires dans les élections pour vérifier l’état des grains. J’ai reçu aussi un arrêt du conseil qui enjoint aux marchands, laboureurs et fermiers, de vendre leurs blés aux termes de la déclaration du roi; mais tout cela n’a été bon qu’à faire renchérir les blés, les usuriers en ayant fait des magasins, et je me suis bien trouvé d’empêcher les grands amas de blés, mais d’en laisser le commerce libre; ce qui a fait que la basse Normandie a moins souffert de la disette des grains que les autres provinces. J’ai vérifié, dans toutes les élections où j’ai fait ma visite, la quantité de blé qu’il y avoit, mais toutes les déclarations se sont trouvées fautives.

Au mois d’octobre, j’ai fait défense aux amidonniers de Caen de faire de l’amidon jusques à nouvel ordre , attendu la disette des grains.

1 Déclaration du 5 septembre i6g3 (Lambert, Ane. loisjranç. I. XX , p. 198).

Au mois d’octobre, on a fait un traité pour la finance des lettres de réhabilitation de noblesse1.

Au mois d’octobre, j’ai établi une monnoie à Caen en exécution des ordres, et ai proposé les anciens ofiieiers de celle de Saint-Lô supprimée, pour y travailler, et ai loué une maison dans le cœur de la ville 700h pour cet établissement.

I.e i i novembre, j’ai mandé à M. de Pontchartrain que j’avois réglé les différends qui ctoient entre le préposé à la vente des charges de pourvoyeurs et vendeurs d’huîtres et les pécheurs de Granville, et qu’ils étoient tous contens.

J’ai envoyé à M. Pussort l’état des grains des paroisses de l’élection de Caen, suivant l’estimation des gerbes qui se sont trouvées dans les granges. Il m’a demandé un mémoire du blé qu’il falioit pour nourrir un homme par année; mais il y a beaucoup d’endroits où ils ne mangent que du sarrazin avec du lait. Je lui ai envoyé les états des grains de toutes les élections.

M. Chamillart m’a écrit, le 19 décembre, que l'on vouloit m’envoyer à Rouen à la place de M. Bignon, et qu’il l’avoit empêché. Le fondement de ce changement est la mésintelligence qui étoit entre M. de Matignon et moi, qui se plaignoit de ce que j’avois entrepris M. de Fontenay, son allié, sur des exactions qu’il avoit faites sur le régiment de milices qu’il commandoit. Il se plaignoit aussi que j’avois fait casser un capitaine de la côte, et que je m’étois fait adresser une commission pour un autre, sans lui en rien [dire]. 11 est vrai que j’avois fait casser ce capitaine pour malversations commises dans les fonctions de sa charge, mais je n’ai point eu de part à la nomination de son successeur. M. Chamillart nous a raccommodés.

J’ai fait un voyage à Paris sur la lin de 1693.

1 Un édit de décembre 169a (Isambert, noblesse . enregistrées dans les cours des

1. XX . p. 1 73 ) imposait à ceux <|ui avaient aides, une finance nouvelle pour leurfairc

obtenu des lettres de réhabilitation de sortir leur plein et entier effet à l'avenir.

Au commencement de i6g4» j’ai fait un voyage à Paris.

Le . .janvier i6g4, M. de Pontchartrain, secrétaire d’état et contrôleur général des finances, m’envoya un courrier à Caen, chargé d’une lettre par laquelle il me mandoit que le roi lui avoit ordonné de m’écrire de me rendre en poste et eu toute diligence à Paris pour une affaire très-importante. Lorsque j’y fus arrivé, il me dit qu’il avoit été mis à la Bastille un Normand qui avoit affiché des placards dans plusieurs places de Paris, séditieux et traitant le roi de tyran et excitant le peuple à s’en défaire. Il me mena chez le roi, qui me dit que je pouvois connoitre, par ce qu’avoit dû me dire M. de Pontchartrain, de quelle importance étoit l’affaire qui l’avoit obligé de nie mander; qu’il connoissoit assez mon zèle pour ce qui regarde sa personne pour n’avoir pas besoin de l’exciter à faire tout ce qui dépendroit de moi pour découvrir ce que c’étoit que ce prisonnier et ses complices; qu’il me feroit expédier des ordres en blanc pour faire arrêter toutes les personnes que je jugerois à propos, de quelque condition quelles fussent, et qu’il remettoil entièrement cette affaire entre mes mains. Sa Majesté me renvoya à M. de la Reynie pour me donner les instructions et mémoires qu’il avoit sur cette affaire.

Je fus voir M. de la Reynie, qui me fit voir les placards, qui avoient été affichés par le nommé Iléliard et qui étoient capables d’exciter une sédition. Il y ajouta les copies des interrogatoires qu’il avoit prêtés, et, lorsque je fus chargé de ces pièces, je retournai en poste à Caen, d’où je partis aussitôt pour Coutances, dans le voisinage duquel se tenoit M. le comte de Montgoramcry, que l’on croyoit s’etre servi d’Héliard comme d’un instrument pour afficher ces placards, ayant dit par ses interrogatoires qu’il y avoit un grand seigneur qui le laisoit subsister, qui avoit des livrées jaunes doublées de rouge; ce qui étoit vrai. Étant à Coutances, je m’adressai au sieur de Bauval, mon subdélégué, homme d’esprit et avisé, auquel je fus obligé de prendre confiance. Je lui demandai s’il y avoit un paysan dans quel-

que paroisse de son élection qu’il sût se nommer Héliard, et quel métier il faisoit. Il me dit qu’il y en avoit un à Coûtantes qui alloit prendre des taupes dans les jardins des environs, et qu’il avoit ouï dire qu’il étoit absent, mais qu’il connoissoit des gens desquels il pourroit en savoir des nouvelles- exactes, sans qu’ils pussent savoir son dessein. En effet, il apprit qu’Héliard étoit du village deCaranlilly à trois lieues de Coutances, âgé d’environ soixante ans, preneur de taupes, sujet au vin, d’esprit égaré, ayant fait à Coutances une infinité de folies, les enfans courant après lui. On a souvent été obligé de le faire sortir de l’église à cause des extravagances qu’il y faisoit, parlant souvent d’un grand prince qui le doit mettre à son aise.

M. de la Reynie avoit cru que cet homme n’agissoit pas de son chef, et qu’il étoit l’émissaire de M. de Montgommery, ou de M. de Saint-Martin, de Graville, et je reçus des ordres pour les faire arrêter; le premier se tenoit à Chantel'oup, â quatre lieues de Coutances, et M. de Saint-Martin, proche de Touques, généralité de Rouen.

Mais, par les perquisitions que je fis, je trouvai que les placards en question avoient été dictés par Héliard à deux enfans, qu’il n’avoit aucune habitude avec MM. de Montgommery et de Saint-Martin, et que c’étoit un fanatique qui étoit parti de Coutances avec, quinze sols d’argent, une douzaine de ces placards et un pot de colle ; qu'il avoit été à Rouen afficher des placards en deux endroits, et qu’ensuite il étoit venu afficher les autres a Paris, où il avoit été pris; ainsi je ne fis emprisonner personne, et je mandai à M. de Pontchartrain que cet homme étoit un fol furieux qui n'avoit point eu de complices dans tout ce qu’il avoit fait, et que je croyois que, si le roi ne jugeoit pas à propos de lui faire faire son procès, comme je n’estimois pas qu’on dût le faire, il falloit s’assurer de sa personne avec de grandes précautions, ayant dit souvent que, s’il pouvoit s’échapper, ce seroil pour se défaire du roi. On le resserra donc fort étroitement à la Bastille, où on l’avoit même enchaîné. Il y est mort, il y a quelques années.

Le a i avril 1 69/1, [M. de Chamiilart] m’a écrit une lettre dans la-

quelle il me propose d’acheter la terre de Magny. La lettre est cijointe.

Page 1