‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 77 sur 133 · PROJET DE VENTE DE MAGNY · texte numérisé non relu

PROJET DE VENTE DE MAGNY

Ce 31 avril 1694.

Vous allez assez bien, Monsieur, quand vous êtes boiteux, pour croire que le mai n’est pas considérable, puisque vous arrivez à Caen le second jour. Rétablissez votre santé, et faites en sorte de retrouver des jambes pour aller tuer des perdreaux, soit en qualité de marquis de Magny ou sur le compte de votre serviteur; mais d’une façon ou d’une autre il faut que vous en fassiez vos plaisirs. Je ne me dédirai point des conditions; je vous donnerai les paroisses de Magny, Ryes, Tracy, Arromanches et Manvieux réunies, faisant un marquisat, le tout relevant du roi, M. de Matignon indemnisé, sans que vous soyez chargé d’autre chose que de payer le denier vingt-quatre du revenu effectif, et je prendrai en payement pour i4o,ooon votre charge de maître des requêtes. Si vous êtes tenté, succombez; le plus tôt que vous pourrez sera le mieux; si le cœur ne vous dit rien, mandez-lemoi sans complaisance, l’affaire est trop sérieuse pour en avoir. Je vois que le mal devient général pour les blés; faites un miracle dans le pays où vous êtes: empêchez la malice des Normands. Vous n’ètes point dans une assez grande disette pour qu’il y ait du désordre dans les marchés; si vous le pouvez en faisant fustiger deux ou trois femmes, vous en serez quitte à bon marché.

Trouvez bon que je vous recommande les officiers de Saint-Sauveur-le-Vicomte pour leurs augmentations de gages, et faites-moi le plaisir de leur faire savoir que je vous ai recommandé leurs intérêts.

Tous les généraux se disposent à partir. Nous allons voir recommencer la guerre; Dieu nous donne la paix ! Jouissez du calme que vous trouverez cet été dans votre province; on peut se servir de ce langage par comparaison à ce que nous verrons ici. Je fus invité la semaine dernière d’aller à Pontchartrain; je ne pus pas avoir cette complaisance. On est revenu à la charge pour cette semaine, et je

m’en vais y passer seul les deux jours que le roi doit être à Choisy. Vous voyez bien que je ne suis pas encore réprouvé.

Adieu, Monsieur, je suis à vous plus que je ne le vous puis dire et sans réserve ’.

Le 8 mai, il y a eu un incendie au bourg de Ducey, élection d’Avranches, qui a consumé presque toutes les maisons. On fait monter la perte à 3oo,ooo tt, se faisant un gros commerce de toiles dans ce bourg,.J’ai demandé de la diminution sur les tailles.

Le aa mai, j’ai mandé à MM. de Pontchartrain et de barbezieux que j’avois reçu beaucoup de plaintes d’babilans de plusieurs paroisses, des vexations qui leur ont été faites par M. de Fontenay, colonel d’un régiment de milices; qu’il refusoit des garçons bien

1 Les mémoires ne parient pas autrement de l'acquisition de Magnv; mais ils contiennent les pièces suivantes qui s'y rapportent :

« i'or de vin ne magnv.

, • C« i janvier 169.'*.

«Je vous envoie. Monsieur, l'argent que « vous avez avancé pour M. Foucault, et

• vous prie de faire donner au porteur le « bureau et le surplus.

• Je suis. Monsieur, avec beaucoup de

• passion, votre trcs-humblc cl très-obéis- «sanl serviteur,

* Henaci.t de Cantobre. •

• J'ai reçu , Monsieur, les trois cent vingt « livres que vous m'avez envoyées , que j’a- « vois avancées pour M. Foucault de Nocé.

• Cet argent fait partie du présent fait à « madame Chamillart pour pot de vin de

• Magny.unc pendule cl un bureau.

«A M. te marquis de Nocé ,

• rue rlc« Bmu-Enfani. »

«ACQUISITION DE MAGNV.

• Ce 10 février ifigj.

• Je, notaire au Châtelet, confesse avoir » reçu de M. Foucault, par les mains de

• M. de Cantobre, la somme de cent dn- « quantc livres pour mes vacations du

• contrat de l'acquisition qu'il a faite de « M. Chamillart, une grosse en parchemin

• du contrat de ladite acquisition, que j'ai

• délivrée à M. Chamillart, et une expé-

• dition en parchemin que j’ai délivrée à « M. de Cantobre; plus, il a donné trois

• livres douze sols au clerc.

• Toiunos.»

• C«)3 jtii >69^.

«J'apprends, Monsieur, que les lettres

• d'érection de la terre de Magny en mar-

• quisal ont été enregistrées au parlement

• de Rouen et â la chambre des comptes.

• Ces messieurs aiment ou craignent telle-

• ment les inlcndans qu'ils n'ont pas voulu « prendre de notre argent de peur que cela « ne leur porte malheur. Je me trouve en-

faits qui avoient été nommés par les paroisses pour servir dans ce régiment; qu’il avoit envoyé de son autorité privée dans les paroisses des sergens et des soldats qui y ont vécu à discrétion et qui se sont fait payer vingt sols par jour, sur l'ordre signé dudit sieur de Fontenay. J’ai fait retenir ses appointemens1.

Au mois de mai 1694» M. de Vauban est venu à la Hougue, dont il a visité les fortifications. Il a cru qu’il falloit faire plusieurs redoutes le long de la côte et un camp retranché à la tète de Carcntan.

M. le maréchal de Choiseul est arrivé à Caen ay mois de mai, pour y commander les troupes qui sont en Normandie.

Il s’est fait quelques atlroupemens de paysans en plusieurs endroits, pour empêcher les marchands forains d’enlever les grains dans les marchés; mais ils se sont dissipés et n’ont pas eu de suite.

J'ai entrepris d’achever la réparation du chemin de Lisieux à Caeu , pour laquelle le roi a fait un fonds qui a été imposé sur la généralité

• gagé , aussi bien que vous. à de grands

• rcmcrcimcns. Mnndez-inoi, jevou> prie,

« comme va 1’uflntre de Rycs el si vous sui-

• ver l'exécution du traité que j'avois fait;

• c'est une des plus importantes ocquisi- > lions que vous puissiez faire et des plus « nécessaires. M. de Matignon me mande

■ que vous avez passé deux jours ensemble,

• et qu'il doit vous aller voir dans quelque

• temps à Magny. Si c'est au mois d'août,

■ je regrette par avance de ne pouvoir être « de la partie. Il vous en coùteroit des perdreaux, mais nous irions sur les limites.

• Vous ne m'avez point mandé si la pariidc

• éloit belle. On m'a dit que l’hiver y avoit

• été fort contraire.' C'est du plus loin

• qu’il me souvienne d'avoir reçu de vos

• nouvelles; je ne m'accoutume point à

• votre silence. Adieu, Monsieur; aimez-

• moi toujours autant que je suis à vous.

• ('.llàUILLAIlT.

• M. Foccaivt.*

• a octobre.

• Je ne sais si celle lettre vous trouvera, « mais à tout hasard je suis bien aise de

• vous dire que je prends part à l’affaire

• dont vous me parlez plus que personne

• du monde. M. Chamillari m'en avoit in-

• formé comme d'une chose peu avancée;

• je lui ai écrit qu'il n'avoit qu’à conclure;

• qu'à mon égard il ait à m’envoyer un

• écrit tout dressé de In cession que je dois

• faire, cl que je la signerai; je ne fais « qu’attendre cela. Adieu, je remets à vous

• en dire davantage à votre arrivée en ce

• pays-ci; je vous embrasse de tout mon

• coeur.

• Matignon. >

' LA affaircsdcM.de Fontenay avaient déjà brouillé Foucault avec M. de Matignon. (Voy. décembre 169.3.)

de Caen, quoique ce chemin soit dépendant des généralités de Rouen et d’Alençon; mais, comme il débouche toutes les marchandises qui viennent de la basse Normandie à Paris, j'ai cru que les peuples de la généralité de Caen gagneroient. beaucoup en faisant la

dépense de cette réparation. Celle que j’ai faite a monté à

et il en avoit été fait par les intendans qui m’ont précédé pour plus de

Le roi a créé, par un édit, des colonels, majors et autres officiers de milices bourgeoises des villes et bourgs du royaume. J'ai proposé de les faire prendre par les plus accommodés bourgeois.

il a été imposé 5o,oooH sur les trois généralités de Normandie, pour les ouvrages de la Hougue.

M. le duc de Beauvilliers, soupçonné d'attachement au jansénisme, m’a écrit au mois de mars que je lui ferois plaisir de lui envoyer les mémoires de ce qui s’est passé dans l’alfaire de M. Caulet, évêque de Pamiers, qui a été commise à mes soins pendant que j’étois intendant à Montauban. Je lui ai envoyé tout ce qui s’est fait pendant la vie et depuis la mort de ce prélat à l'occasion de la régale, et lui ai écrit la lettre ci-jointe, en réponse de la sienne. Elle est ci-jointe.

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