‹ Memoires de NicolasJoseph FoucaultChapitre 79 sur 133 · ENTRÉE À SAINT-JEAN DE MA FIM.E · texte numérisé non relu

ENTRÉE À SAINT-JEAN DE MA FIM.E

«Il me semble qu'il y a longtemps,

• Monsieur, que je n’ai reçu de vos nou-

• velles , que je vous en ai donné des

• miennes. Je ne sais si c'est le mauvais

• temps qui nous jette dans celte paresse, - car il fait une saison la plus ennuyeuse

• depuis deux mois ; nous ne voyons que

• des pluies dans ce pays ici. Mon frère du

• Chastillon, qui est parti de ce malin pour ■ Paris, n'a point pensé se tirer de son bas

• Poitou; et vous. Monsieur, quand sor- « tire* vous de votre province pour aller à < Paris? Je souhaite que ce ne soit qu'au

• beau temps , espérant que la belle saison

• vous fera prendre le chemin de la Loire.

• J'ai ici une petite personne qui est Lien

• impatiente que l’hiver soit passé. I lie « vous fait une demande à laquelle elle me «prie fort de me joindre, qui est, Mon-

• sieur, de lui permettre de prendre le «petit voile au mois de mars ou avril,

• afin quelle puisse être en étal, apres «cette petite épreuve, de le prendre en « cérémonie, où elle compte que vous as- « sislercz. Ses quinze ans s'accomplissent «au mois de juin; elle ne parle d’autre « chose que de l’envie qu'elle a d'être religieuse, et, si yous ne lui accordez pas «sa demande, c'est la plus vive douleur « qu'elle puisse ressentir. Elle va attendre

• avec bien de l'impatience sur cela votre

• réposne. Comme vous m’avez dit bien des

« fois que vous me la sacrifiez, je crois « qu'il est bon de ne la pas ( refuser] , puis- < qu’elle est dans de si bons senlimens ; ce > n'est pas quelle n'en a jamais eu de dif-

• férens. C'est une enfant d’une grande

• docilité, et a de la raison plus qu'il ne

• semble qu'il y en devrait avoir dans un

• si petit corps. Tout ce qui est de la rcli- « gion lui fait plaisir et rien ne lui fait peur. « Elle a fort envie , Monsieur, de vous voir. « et que la prise d'habit se trouve en ce

• temps-là. Prenez donc vos mesures aiin « de donner à vos amis de ce pays le plai-

• sir de vous voir cette [année], comme

• vous leur avez promis. Il faut donc es- « pérer que quatre-vingt-dix-neuf sera sans «guerre, et par conséquent vous aurez « moins d'affaire. Vous voulez bien , Mon- « sieur, que je vous y souhaite toute sorte

• de bonheur, et vous supplie d'étre per- « suadé que l'on vous estime autant que

• l'on a fait en toutes celles qui se sont « passées depuis que l'on a eu l'honneur

• de vous connoilre.

• Chastillon , abbesse de .Saint-Jean. •

• C« > jaavivr t6$$

«Je prends la liberté de vous écrire, «mon bon papa, au commencement de « cette année, pour vous renouveler les as-

• surances de mon profond respect et obéis- « sance . en vousdemandant la continuation «de votre amitié, que j’estime plus que

• toute chose au monde , et aussi pour vous

• demander de m’accorder la grâce que je

• vous ai déjà demandée plusieurs fois, qui

Le 3/1 avril j’ai mandé à M. de Châteauneuf que le roi adjuge les Liens des rcligionnaires fugitifs à leurs héritiers présomptifs par sa

• esl tic me permettre de prendre le voile

• au mois de mars prochain. On le prend «sans cérémonie, seulement pour être . conforme aux antres religieuses ; l’on fait « six mois de preuve pour voir si l'on aura

• In force de supporter la règle, mais Ma- « dame a la bonté de m'en ôter trois. Il y

• a une demoiselle fort bien faite et qui

• a beaucoup d’esprit qui veut être rcli-

• gicusc; j’espère que nous ferons notre

< noviciat ensemble. Madame me fait es-

• pérer, mon bon papa , que vous viendrez «cet été. Je souhaiterais bien que ce fut «au mois de juin, parce que j’aurais mes « quinze ans et que ce serait le temps de « ma prise d’habit. Je vous prie de me faire « savoir quand vous le pourrez, afin que je

• règle mon temps sur le vôtre. Je fat-

• tendsavcc impatience, puisqu'il doit faire

• le bonheur de ma vie. Je vous assure, «mon bon papa, quo c'est véritablement

< du fond de mon cœur que je vous parle, > étant le meilleur parti que je puisse

• prendre et le plus sur pour faire mon

• salut. Je vous supplie donc de ne me pas « refuser une si grande grâce ; je vous la

• demande pour étrenne, étant la plus belle

• que vous me puissiez donner. Je ne cesserai de vous la demander jusqu'à coque

« vous me l’ayez accordée. Oserai-je vous «demander, mon bon papa, des nouvelles « do mes frères ? Vous m’aviez dit que vous

• vouliez que j’eusse un commerce de let-

• très avec l’aîné, mais je vois bien que les « affaires qu’il a l’empêchent de me donner

• ce plaisir. Je me fais aujourd'hui celui de

• lui écrire. J’ai une véritable impatience « d'avoir l'honneur de vous voir, afin de

« vous pouvoir dire les sentimens de mon » cœur et vous assurer que je suis avec un

• profond respect , mon bon papa , votre

< très-humble et très-obéissante fille et

< servante ,

« HeaairrTE Foucault.»

• VESTUItE n'fïENBIETTE X SAINT-JEAN.

• O » fôriu 169$.

«Je suis si pénétrée, mon bon papa, « de toutes les marques de bonté que vous

< me donnez, que je ne sais comment vous « en marquer ma reconnoissance. Ma pe-

• litc capacité n'a point assez de jugement « pour vous pouvoir exprimer tout ce que •je sens de tendre et de respectueux pour « vous. Je vous assure quo je n'oublierai «jamais la grâce que vous m'accordez à

• ce renouvellement d’année et qu'il y a si » longtemps que je désire. J'ai appris avec

• bien du chagrin, mon bon papa, que

• vous avez été malade : il parait bien que «le Seigneur n’exauce pas mes voeux; s'il

• les avoit écoutés , vous seriez en parfaite » santé. Je l'importunerai tant que j'espère « qu'il se laissera fléchir à mes prières. Je

• souhaiterais bien , mon bon papa , que

• vous eussiez la bonté de me marquer le « temps que vous viendrez en ce pays ici.

• Madame , mon illustre abbesse , veut bien « avoir la bonté de me donner le voile « blanc ce carême , et je ferai ma prised'ha- « bit lorsque vous serez ici. Vous voulez

• bien , mon bon papa , que je m’adresse à

• l'ordinaire qui esl M. Ravenau, pour lui

• demander mes meubles et ce qui me sera « nécessaire pendant mon noviciat, etlors-

• que vous viendrez, vous aurez la bonté

déclaration du 29 décembre dernier1; et, quoique cette succession anticipée paroisse juste, cependant elle produit un grand inconvénient par rapport à la religion, la plupart de ceux à qui le roi accorde ces biens étant aussi calvinistes que ceux qui les ont abandonnés; et, quoiqu’il soit dit par l’article 8 que ceux à qui ces biens seront remis feront profession de la religion catholique, apostolique et romaine, cependant on ne fait aucune enquête à cet égard. Il faudroit l’attestation du curé, certifiée par l’évêque; mais le mieux seroit de laisser ces biens entre les mains de l’économe des biens des fugitifs, pour y demeurer pendant un an et être employés à la subsistance et en-

« üe faire le marché pour ma dot. J'attends

• ce tetnps-là avec une véritable impatience, puisque j'aurai le plaisir «le vous

• dire à vous-méme que je suis et serai

• toute ma vie , avec tout le respect et la

• soumission que je vous dois, votre très- > humble et très-obéissante fille et servante.

«Henmettr Foucault. »

• A Gaon , sa >oùt 1700.

«Je suis de retour de mon voyage de < Poitou depuis quelques jours. J'ai trouvé

• ici deux de vos lettres auxquelles je ré-

• ponds et à une troisième que je reçois

• aujourd'hui. La conjoncture de la mort

• de madame Jassaud pourra vous donner

• de l’occupation. Je vous prie de voir dans

• deux jours madame Foucault.

* Pour faire ma fille religieuse à Thouars,

• il m’en coûte deux mille livres une fois

• payées et trois cents livres de pension «viagère comptées par avance, en sorte

• que le tout joint aux pensions que

• M. Ravenau, receveur des tailles de « Thouars , avoit ci-devant payées pour ma

• fille , je me suis trouvé redevable en son «endroit do trois mille et tant de livres,

• dont je lui ai fait un billet payable par

■ vous ; mais vous ne serez point pressé de « l'acquitter, ledit sieur Ravenau n'étant « point pressé de recevoir cet argent. Cela «sera bon dans la fin de l'année; vous « pourer le lui mander, j'en suis convenu » avec lui. Vous me ferez plaisir de finir

• d'affaire avec le sieur Avril.

• Je suis surpris du peu d'attention que » M. de Feuquières a à ses affaires; il faut « veiller à ses intérêts et aux miens, en

• continuant les poursuites du décret.

• Il y a à travailler au bas du grand es-

> calier de ma maison de la rue de Riche- » lieu. Mcnez-y M. Le Bourg et faites-y < travailler. Je donnerai la maison de la

> rue Saint-Germain pour go«>oH, si je ne

• puis en avoir davantage ; vous pouvez le

■ dire à M. Le Bourg.

«Je vous ferai réponse au premier jour « sur le surplus de vos lettres, n'ayant pas

> le temps de le faire aujourd'hui.

♦ Foucault •

• A M. CJuinpenoij. , rut: de In TUscraifdcric.

* pris l'ancien Hôpital Snint-Gcrvai».

«ebe* M* de Cbcfdcvilfo t à Pim.»

1 (sambert, t. XX, p. 3aa.

tretien des enfans, après lequel temps expiré, ou mettroit ceux qui auroient fait preuve de la sincérité de leur conversion en possession des biens des fugitifs.

Au mois d'avril, les religionnaires de Caen ayant déclaré aux curés qu’ils n’enverroient point leurs enfans aux instructions, j’ai fait prendre plusieurs de ces enfans et les ai fait mettre aux séminaires des nouveaux et nouvelles catholiques. J’ai même fait mettre en prison un fermier de madame la comtesse de Fiesque qui avoit envoyé tous ses enfans, au nombre de cinq, chez des religionnaires. Il y avoit dans cette année trois cents familles de nouveaux convertis. Les officiers de justice n’ont aucun égard aux peintes des curés. Le sieur Ruel, procureur du roi, s’enivre avec les nouveaux convertis. Il souffre qu’ils se marient sans ministère de prêtres depuis la dernière déclaration du roi, et a même souffert, quoique averti, qu’ils lissent des assemblées. J’ai mandé à M. de Châteauneuf qu’il mériteroit que le parlement de Rouen lui fît son procès pour ses concussions, mais, attendu les longueurs, que le plus expédient seroit de lui ordonner de se défaire de sa charge.

Le i o mai, j’ai reçu un arrêt du conseil que j’avois demandé pour obliger le sieur Ruel, procureur du roi du présidial de Caen, de se défaire de sa charge pour malversations.

J’ai reçu une lettre des Carmes de Montauban assemblés en chapitre de la province de Guyenne, datée du 17 mai 1699, par laquelle ils me donnent de nouvelles marques de leur reconnoissance.

Les trésoriers de France ont accepté la proposition que je leur ai faite [pour] la commission de procureur du roi dé l’intendance. L’un d’eux en a fait les fonctions au mois de mai.

Le roi a réuni les charges de procureurs du roi des intendances aux bureaux des finances.

Au mois de juin, j’ai trouvé une maison propre à renfermer les filles et femmes condamnées pour faux-saunage et qui récidivent tous les jours, n’ayant pas d’autre métier. Le fermier des gabelles fait la dépense et prend soin de leur nourriture. Il y en a une qui a subi

quatre fois la peine du fouet et qui a déclaré qu’elle ne feroit jamais d’autre métier.

Le ao mai, j'ai demandé permission d’aller à Thouars pour assister à la prise d’habit d’une de mes filles.

Au mois de juin, j’ai obtenu la permission d’aller à Thouars.

I.c 8 septembre, j’ai reçu la lettre circulaire que M. Chamillart a écrite à tous les intendans, pour leur donner avis que le roi l’avoit nomme contrôleur général à la place de M. de Pontchartrain fait chancelier.

Le dernier septembre, j’ai reçu une lettre de M. Chamillart conçue en ces ternies : « Vous avez un ami contrôleur général ; « M. de Pontchartrain est chancelier. Je vous embrasse de tout mon i cœur. »

Le . . . septembre 1 699, j’ai écrit une lettre de félicitation à M. Chamillart sur sa promotion à la charge de contrôleur général. — ( Vid. la lettre.)

Le 28 septembre, M. de Châtcauneuf m’a envoyé la permission d’aller à Paris.

Le sieur Renouf, doyen de l’église du Saint-Sépulcre de Caen, ayant fait des chansons scandaleuses contre plusieurs personnes, j'ai reçu un ordre du roi qui le relègue en la ville du Mans.

On a fait cette année, par ordre de M. de Pontchartrain, beaucoup de chargemens de blé de la généralité de Caen pour celle de Rouen. Beaucoup d’usuriers en ont fait des magasins.

Le 20 octobre 1699, j’ai reçu une lettre de M. Chamillart par laquelle il m’a mandé qu’il y auroit incessamment des mouvemens dans les intendances de Touraine, Champagne, Alençon, Bourges et Moulins; que, si ces mouvemens pouvoient me procurer une place au conseil, il me conseillcroit de quitter Caen pour une de ces intendances, mais que je devois attendre à Caen quelque chose de meilleur, et que, si dans la suite il avoit du crédit, je m’en apercevrois. Il est cependant devenu contrôleur général, secrétaire d’état et premier ministre ayant tout pouvoir sur le roi, et n’a rien fait pour moi. Il a

depuis seulement eu intention de me faire intendant des finances à la place de M. de Caumartin, dont il n'étoit pas content. Le roi lui dit qu'il n’avoit qu’à l’obliger de sc défaire de sa charge; mais, au lieu de le faire sur-le-champ, il en parla à madame de Maintenon, qui ne lui conseilla pas de s’aliéner toute la famille de M. de Caumartin, et surtout M. de Pontchartrain, lors chancelier, son parent et son protecteur. M. Chamillarl déféra à l’avis de madame de Maintenon et je demeurai intendant de Caen1.

M. Chamillart in’a envoyé, le 2 4 octobre, une déclaration portant règlement pour le commerce des grains dans tout le royaume4.

Au mois d’octobre 1699, on a créé des lieutenans de police dans les villes3.

Le 6 novembre, M. Chamillart m’a envoyé un projet de capitation et de taille réelle, tiré du livre de M. de Vauban; mais ce projet, sujet «à trop d’inconvéniens, n’a pas eu de suite4.

Au mois de je reçus de M. Le Pelletier, pour l’établisse-

ment de la taille réelle dans toutes les provinces du royaume, [des lettres] par lesquelles il me chargea de Jui envoyer un mémoire de la manière dont cet établissement pourroit être fait dans la généralité de Caen.

’ Répétition : * M. Chamillart n'étant 1 point content de M. de Caumartin , qui le « traversoit dans tous les traités qu'il vou-

• loil faire, s'eu plaignit au roi, qui lui de- ■ niandoil pourquoi il le soulTroit, cl qu'il « n’y avoit qu'à l’obliger de se défaire de «sa charge. M. Chamillart eu prit la réso- « lution et dit à M. de Matignon qu'il avoit « songé à moi pour celte charge; mais, un

• ayant parlé à madame de Maintenon, elle

• lui conseilla de 11c point déposséder

• M. de Caumartin, ami et allié de M. de « Pontchartrain , chancelier, qu’il se ren-

> droit irréconciliable, étant déjà en froi-

> deur avec lui. M. Chamillart la rrut et

• M. de Caumartin est demeuré en place. ■

1 Cette déclaration, en date du 3i août 1699 (Isambert, t. XX, p. 34 > ) . décidait qu'à l'avenir on ne pourrait plus faire le commerce des grains sans eu avoir obtenu la permission du gouvernement.

’ Isambert, b XX, p. 346. Ces ofCcicrs étaient institués à l'exemple du lieutenant général de police créé pour Paris par l'édit de mars 1667.

* Le 16 novembre, suivant le Journal d'un bourgeois deCacn , Vauban lui-même arriva dans cette ville, visitant par ordre du roi les forliGcations de toute la Normandie. On tira cinq coups de canon à son arrivée, cl autant à son départ.

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