DISCOURS FAIT AUX RELIGIONNAIRES DE CAEN
PAR M. FOUCAULT, INTENDANT, LE... d£cEMORE I ÿOO.
Je vous ai fait assembler ici pour vous dire que le roi a lieu d’être surpris d’apprendre que ses intentions soient si mal suivies de votre
1 Répétition : « Au mois de novembre « 1 700. te roi ayant envoyé à Caen le sieur • Grandcolas pour prêcher la controverse < aux religionnaires , il prêcha pendant «deux mois. J'assistai A ces prédications
«et parlai aussi aux nouveaux convertis. « Nos discours firent assez de fruit et atii- > rérent à la messe un bon nombre de ceux « qui n'y venoient point. »
pari, et que vous preniez si peu de soin de vous faire instruire des vérités de la religion romaine, dans le temps que, dans les autres provinces du royaume où il y a un nombre beaucoup plus grand que dans celle-ci de prétendus réformés, les ordres de Sa Majesté sont ponctuellement exécutés et avec un très-grand succès. J’ai même un reproche à me faire d'avoir eu pour vous trop de condescendance, puisqu’elle n’a servi qu’à vous rendre, je ne dirai pas plus rebelles et plus endurcis , mais au moins plus indolens sur la religion. Car enfin ne pourroil-on pas s’informer de vous si vous êtes chrétiens? Ne pourroit-on pas vous demander quelle religion vous professez, et s’il est enfin permis de vivre en athée et sans aucun culte ? Un coup de la Providence, un souffle de l’Esprit de Dieu vous avoil jetés dans le port du salut. Vous avez tous abjuré solennellement vos erreurs entre les mains des pasteurs de la véritable Eglise; les registres publics où vous avez signé, votre signature, en font foi à la postérité; voulez-vous qu’elle connoisse que vous avez été des parjures? Vous êtes revenus dans nos temples, que vos pères avoient abandonnés, vous y avez chanté les louanges du Très-Haut avec nous ; quelquesuns de vous se sont approchés des sacremens: quelle raison pouvez- [vous] alléguer d’un changement aussi hautement criminel? Croyezmoi , profitez de la clémence de votre souverain ; s’il vous traitoit. comme des relaps, car enfin vous l’êtes, en quel état seriez-vous? Qui pourrait vous exempter de la rigueur de ses ordonnances? Sontce les puissances prétendues protectrices de votre religion ? C’est une espérance dont vous vous êtes laissé séduire et qui doit être absolument [frustrée?]. Le bon sens et votre expérience devraient vous avoir désabusés depuis longtemps de cette vaine espérance. Le roi saura rendre, malgré les puissances de ce monde et de l’autre, son royaume aussi catholique que ceux à qui il vient de donner un maître. Mais éloignons ces pensées de vos esprits , et regardez ce prince , grand par tant de vertus et surtout par son amour pour sa religion et pour ses peuples, comme un bon père qui vous rappelle à sa famille que vous avez quittée , comme un pasteur qui vous tend les bras et vous
ramène à son troupeau. Ceux qui étaient dans votre communion en Languedoc, en Guyenne et en Poitou, se rendent tous les jours en foule aux vérités qui leur sont prcchées par les ministres de l'Evangile; serez-vous plus opiniâtres qu’eux ? serez-vous les derniers à vous présenter à l’église ? Car enfin il n’est question que du temps. En savez-vous plus que des milliers d'âmes qui se convertissent dans les Cévennes, dans le Vivarais et dans d’autres provinces? A Dieu ne plaise que je me rende complice de votre négligence; il est temps que je vous réveille de votre léthargie. Oui, Messieurs, vous viendrez aux instnictions qui vous seront faites par un ministre de l’Evangile que M. votre évêque, toujours attaché au bien de ses diocésains, toujours zélé pour le salut de vos âmes, a préposé pour vous annoncer les vérités de la vraie religion, pour entendre et résoudre vos doutes. Si vous fiécoutez avec soumission, docilité, sans prévention et avec le désir de découvrir la vérité , vous l’écouterez infailliblement avec succès. Je vous ordonne donc, de la part du roi, de vous trouver tous les jeudis et dimanches de chaque semaine dans la salle de l’officialité de l’évêcbé, où M. Grandcolas, homme consommé dans la connoissance de l’Ecriture et dont le zèle est accompagné de la science évaugelique, eu exposera le texte et expliquera les passages qui font vos doutes. Vous lui exposerez vos dillicultés, et ces conférences se feront de sa part dans l’esprit de charité. J’espère que vous y apporterez les mêmes dispositions, et qu’un retour prompt, sincère et persévérant à l’Eglise romaine sera le fruit de ces conférences.