‹ Mémoires de numismatique et d'antiquitéChapitre 12 sur 18 · PREMIER MÉMOIRE · texte numérisé non relu

PREMIER MÉMOIRE

Entre toutes les villes grecques qui se sont le plus distinguées par l’abondance et la variété de leurs monnaies, Tarante occupe certainement le premier rang. La série entière des monnaies larentincs, dans les trois métaux, embrasse en effet la presque totalité de la durée de l’art grec, depuis les temps où la forme globuleuse ne présentait en quelque sorte qu'un lingot avec une empreinte grossière, jusqu’à ceux où l’influence delà domination romaine, d’accord avec la barbarie des peuplades voisines, se fait apercevoir dans l’altération de la fabrique et dans la réduction du module. Mais c’est surtout par le mérite des types de la période intermédiaire, correspondant à la plus belle époque de la civilisation hellénique, que se recommande la numismatique tarentine, dans ses rapports avec l’histoire de l’art et avec la science môme de l’antiquité. Tels sont les divers motifs d’intérêt que présente l’étude des monnaies deTarentc, et qui m’ont engagé à en faire l’objet d'un travail particulier et aussi approfondi qu’il m’a été possible.

La

au mois d'août

Cette tâche a été déjà entreprise, il n’y a encore que peu d’années, par un savant à qui cette branche des antiquités de son pays est redevable de beaucoup de services du même genre, M. Avellino, aux travaux duquel il m’est doux de rendre, en toute occasion, un légitime hommage. Le Catalogue qu’il a dressé des monnaies de Tarente connues jusqu’alors, ne comprimait pas moins de huit cent qaatrr-nnyt-sii variétés, parmi lesquelles cet habile antiquaire essaya d’établir un certain nombre de familles principales, à raison du métal, de la fabrique, des tyj>es et des modules. Presque à la même époque, un autre antiquaire napolitain, qui n’a pas moins bien mérité de la science, feu M. Carelli, était parvenu à réunir, dans sa seule'collection , jusqu’à huit cent trente-huit monnaies de Tarente, un assez grand nombre desquelles étaient inédites 1 ; et l'on ne saurait dire de combien de monuments nouveaux la science, s’est encore enrichie depuis ce temps , au point que la série des monnaies de Tarente en a été pins que doublée; que des familles entières y ont été créées par l'apparition de types ou de fabriques auparavant inconnues; que d’autres, enfin , restées jusqu’alors sans explication satisfaisante, ont reçu une lumière inattendue, en même temps qu’un accroissement considérable. C’est ce qui résultera , si je ne me trompe, du travail que je vais entreprendre à mon tour. Et si l’on compare l’article de quatre pages que la numismatique tarentine occupdans l’admirable ouvrage d’Eckhel 1 , avec celui que l’état ac-

1 J'ai caama disposition un exemplaire ■ lu Catalogur , resté jusqu’ alun inédit , de la collection do M. Carelli , Catalogua rédigé avec une rare exactitude par ce savent oumi/ouatc, dont la inor! récente est une sensible porte pour la scionce et pour son pays. — Depuis que ceci a été écrit ( 1 853 ).

le Catalogur de M. Carelli a paru sous ca titre : Eq. Fr. Carellii Ntmmorum veterum Italiet quos ipse collegii . et online geographico disposait , Descriptio, p. i*i5a (i vol. in-fol. ISeapoli. »8ia).

’ Fxkltel , Üoctr. Nnm. t. 1 . p. »45* >*9

Digitiaed,

ile

tuel de nos connaissances permet de consacrer aujourd’hui au même sujet, on conviendra sans doute qu’il n’est aucun point du domaine de l’antiquité où il nous soit donné de constater un progrès archéologique plus sensible et plus important.

Avant de proposer la division nouvelle en classes et en familles que je crois pouvoir établir dans la série des monnaies de Tarente, il importe d’être bien fixé sur le principe même qui doit présider à toute classification de ce genre. Or, celui qui semble le plus naturel, en général, et le plus applicable daus le cas particulier dont il s’agit, c’est de ranger toutes ces médailles suivant l'ordre paléographique qui permet d’embrasser d’un seul coup d’œil le cours entier du dévewppcment de la fortune publique de l'Eta Mmquel elles appartiennent , ainsi que la marche progressive de l’art qui les a produites. Il existe, en effet, dans la numismatique de Tarente assez de monuments, exécutés à toutes les époques de l’art monétaire, pour qu’on puisse dès à présent la distribuer dans un systèfhe chronologique suffisamment rigoureux; ce qui n’est encore le cas que d’un trop petit nombre de monnaies de peuples grecs. D’après cette considération , j’établirai dans les monnaies de Tarente trois grandes divisions, chacune desquelles embrassera plus d’une famille, ou classe principale; et voici de quelle manière et dans quelles limites je crois devoir déterminer les époques auxquelles correspondent ces trois grandes divisions numismatiques : i° Celle de la fabrique primitive, dont le commencement doit s’éloigner bien peu de la fondation même de Tarente, et dont la durée est incertaine 1 ;

1 On petit la fixer approximativement de l'an 707 avant J. C. jusqu'à l'an 47/1 , espace de temps qui répond à la durée du régime aristocratique ; voy. Heyn. Opasc.Aca- Hem. Il, aai, aqq. L’histoire politique de

Tarente se partage en deux grandes époques , celles du régime aristocratique et de la démocratie; dans la première période, qui doit commencer avec Tarente eüemésne , cette république avait une consti-

a” celle du beau style de l’art, qui s’étend jusqu’à la prise de Tarente par les Romains 1 ; 3° celle de la domination romaine et de la décadence, dont le dernier terme n’est pas encore positivement connu.

C’est dans cet ordre que j’indiquerai la série entière des monnaies de Tarente, en me bornant, du reste, à signaler celles qui me paraîtront nouvelles , ou qui n’ont pas encore été suffisamment expliquées. Il n’est pas inutile d’avertir que la classe entière des médailles d’or que l’on a coutume de mettre en tête de la monnaie de Tarente, et qui s’y distingue, en effet, d’une manière si brillante, par le nombre, la variété et le prodigWUx mérite des pièces dont elle se compose, doit être reléguée dans la seconde division, à sa véritable place chronologique, sauf un petit nombre de cos médailles qui , par leur fabrique, appartiennent indubitablement à la troisième époque. Et c’est , pour en faire ici eu passant la remarque, une disposition qui devrait être adoptée pour presque toutes les monnaies d’or des peuples grecs, attendu qu’il en existe bfen peu qui appartiennent à l’époque primitive, même dans le petit nombre de pièces désignées sous le nom de statères, de grand et de petit module, et frappées exclusivement dans quelques villes de l’Asie mineure, sous une forme plus ou moins globuleuse, avec ou sans carré creux, mais presque

tution aristocratique avec ut» chef suprême, de la race des Phalanliades , tel que l'Ariatophiliilus d'Hérodote, ni, i 36 ; c'est le régime qui s'appelait proprement toX(7s/h, él qui dura jusqu'après la guerre modique , selon Aristote, Pohtio. v, i , 8. La seconde période est remplie par la dorée entière du gouvernement démocratique , dont l'avènement dut être signalé par l'apparition du

type qui distingue toute une famille de mé* d ailles de Tarente, frappées a celte époque. Voy. sur ces révolutions politiques de Tarente, les observations de M. K. Ott.

Muller, die Dorier, II, 109 et 175 à 177; cl Loremu de CohL u et. TartrUin. $ m , p. 3 i- 44 .

1 Vers l'an de Rome, 48 ? ; avant J. C.

toujours avec une perfection <le style et une élégance de dessin qui indiquent manifestement la belle époque de l’art.

S 1". première DIVISION. — Style primitif.

PHEMLKHB FAMILLE.

Tarai socle ilanfilu* , nv«c Itim au rever»

La forme épaisse et globuleuse de ces médailles, d’accord avec la rudesse du style et l’imperfeclion du travail , doit leur faite assigner l’époque la plus ancienne, entre toutes les monnaies de Tarcnte qui sont venues jusqu'à nous.

M. Avellino en a décrit quatre exemplaires, tirés de collections étrangères au royaume de Naples 1 * * * , c'est à savoir : deux avec les lettres rétrogrades, de forme archaïque, TAP^; la troisième, avec la légende entière, TAPAS, qui avait été publiée par Eckhcl 5 , et que feu M. Allier d’Hautoroche avait jugée assez rare encore pour la reproduire dans le nombre des pièces les plus curieuses de sa belle collection*. Une variété plus anciennnc, attendu que le travail est encore plus grossier, et qu’il ne s’y voit aucune des lettres du nom TAPAS, a été • depuis acquise à la science; j’en connais deux exemplaire» différents, les seuls peut-être qui aient encore apparu , et qui tous les deux ont été dans mes mains, l'un et l’autre provenant d’un particulier de Tarcnte, et cédés, l’un à feu mon res-

1 liai r cf. Numism. n°' 3o3 , 3o4» 3o5 et

Snppl. n* 63a.

1 La même sans doute qui avait été publiée par Dulens , Expient, de quelq. Méd.

pl. il, n* 5»

* Nam. veter. tab. m, fig. 4, p. 3a. La même médaille existe dam la collection de Hunier; voy. p. 3o4 , n~ i et 3, et dan» Je cabinet de feu M. Gosselin ; c’est celle qui a été gravée dans le recueil de M. M ion net.

pL lu . n* 3. Il s'en trouve aussi un exemplaire, nouvellement acquis, dans le Cabinet du roi ; et M. Pinder en a publié récemment une variété curieuse par le symbole du dauphin, ajouté, du côté de la roue, dans l’un des rayons supérieurs de cette roue, et par celui de la coquille bivalve ouverte au-dessous du Taras; voy. ses Numurnata Gnaca , tab. i, d'i, p. to.

‘ Pl. IV 0*9.

pectable ami M. Gosselin , l’autre au Cabinet du roi. J’ai déjà décrit le premier dans la Notice des collections de M. Gosselin 1 ; je public actuellement le second; en voici la description 4 : Taras nu, tourné à droite sur le dauphin où il s’appuie de la main droite, le bras gauche ployé en avant; sous le dauphin, une coquille; au revers, roue à quatre rayons; fabrique presque globuleuse. • . • •

Il existe encore d’autres variétés du même type, qui mé-. ritent d’étrc décrites comme rares et inédites , et aussi comme appartenant à la plus haute époque de la fabrique tarentine. L’une de ces médailles offre, au revers dé la roue, figurée dans la forme propre à toute cette classe de monnaies de Tarente, un carré creux à quatre divisions triangulaires, de travail informe. Cette pièce, du module de la drachme, est peut-être le seul exemple qui ait apparu jusqu'ici de l’emploi du carré creux sur la monnaie tarentine 3 ; elle fait partie du Cabinet du roi. Sur une autre médaille, où la figure de Taras nu, sur le dauphin allant à droite, forme le type principal, la roue, 0 gravée au revers, offre quatre dauphins distribués entre les quatre rayons; et, sur une troisième médaille, où le type de la roue est rendu de la manière accoutumée, la figure de Taras nu tourné en sens contraire, c’est-à-dire allant à gauche, avec deux symboles, dans le champ, la coquille et un poisson, est accompagnée de la légende, en lettres archaïques, TAPAS 4 .

La seule observation à laquelle puisse donner lieu cette classe de monnaies primitives est relative à l'objet figuré comme une roue qui forme le type du revers. Rien de plus

* Pag. 19. 4 Cette médaille est malheureusement

* Voy. pl. 1, h* 1; mal conservée, et la légende y est effacée

* Mai» peut-être l'attribution en reste- en partie, t-ellc encore douteuse par ce motif.

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naturel, au premier coup ff’œil, ni de plus conforme à tout ce que l’on connaît du goût et même de la passion des Tarentins pour les jeux équestres et les courses de chars, que de voir effectivement dans cet objet une roue de char, ainsi que l’ont fait Eckhel, M. Avellino, M. Carelli 1 , sir Richard Payne Knight 5 , et, plus récemment, un docte antiquaire de Berlin, feu M. Lewezow, dans sa Dissertation sur un dépôt de Médailles grecques primitives, trouvées en 1 8 a 4 dans le grand duché de Posen 3 . La forme de cet objet n’est cependant pas tellement déterminée, d’après la manière dont Eckhel s’exprime à cet égard 4 , qu’on ne puisse conserver encore quelque doute ; et cet oracle de la numismatique déclare, du reste, qu'il ne s’explique pas b\en le motif d’un pareil type. Je ne sais si c’est une variété de ce type, ou bien un type tout à fait différent, que M. le duc de Luynes a eu en vue, en faisant mention d’une fleur de face à quatre pétales, qu’il a trouvée sur une médaille de Tarente 5 ; question que je ne puis être en état de décider, faute de connaître la médaille dont il s’agit. Mais , pour ne pas nous écarter du point de la discussion actuelle, qui est l'objet

1 M. Carelli décrit cet objet dans les termes que voici : « Rota quatuor comtans radiis. • Des deux médailles de sa collection qui offrent ce type , l'une , n* 5 a . a la forme quadrilatère ; particularité rare , qui prouve encore la haute antiquité de la fabrique.

* Dans la description d'une médaille de sa collection , offrant le type en question , sir Rich. Payne Knight s'exprime ainsi :

Rota rt7 pàxnjuos -, Nam. va ter a, etc. p. 389.

Là.

* K. Lewexow, àber mehrere im Grossherzogthum Posen gejundene lirait Griechische Mànzen , S. J - 46 , Berlin, in- 4 \ i 834 . Le savant auteur n’a pas manqué de rapprocher de ces médailles, qui ont pour type

une roue , avec un carré creux à quatre divisions en croix, au revers, d'autres médaillés de villes grecques, qui offrent le même type, notamment celles de Tarente, qu'il reproduit, laf. 11, fig. 10, il, ta et i 3 . J'observe, du reste, qu'il maintient l'idée de la roue contre l’opinion de M. de Brénsted , ibid. p. 1 1 , et que M. Pinder était aussi de cet avis, dans l'explication qu'il a donnée de la médaille de Tarente, publiée dans ses Numwnata grava, tab. 1, n* a.

p. 10, et citée plus haut, p. 171, 3 ).

* Nam. veteres, p. 3 a: iquid rota, aul t si maris, orbis quadrifariam sec tas. , . . in- • dicct, mihi incompertum. ■

1 Annal, dell'. Instit Archcol. L II , p. 34 » •

figuré comme une roue sur plusieurs médailles primitives de Tarente , si j'osais énoncer à mon tour une conjecture à cet égard, je serais disposé à reconnaître dans ce disque à quatre rayons le meuble si souvent pris pour une roue, parce qu’il en offrait en effet la forme, qui se plaçait sur le trépied fatidique de Delphes, et qui était devenu, sous le nom de wâtAaç /tuuluuf, l’un des principaux symboles du culte d’Apollon Pythicn. Un savant antiquaire a montré à combien de méprises du même genre ce meuble, constamment méconnu, avait donné lieu sur les monnaies grecques et sur d’autres monuments antiques 1 . Ce serait ici un nouvel exemple à ajouter à tous ceux qu’a déjà cités M. de Brôndsted, et une preuve nouvelle qui viendrait à l’appui de scs idées. Dans cette hypothèse, on concevrait sans peine à quel litre le cycle mantique aurait pu se produire sur la monnaie de Tarente, d’après la haute et ancienne célébrité dont le culte d’Apollon jouissait dans cette ville, d’origine dorienne; en sorte que ce meuble fatidique aurait rempli , sur les médailles de Tarente, le même objet que le trépied delphique sur celles de Crotone ; et il résulterait encore de là une analogie numismatique, fournie par une ville voisine et contemporaine de Tarente, qui donnerait un grand poids à cette conjecture.

Je rapporterais à la même classe une médaille attribuée à Tarente par feu sir Richard Payne Knight, dans la collection duquel elle est décrite 2 , si je ne trouvais dans cette description même les plus graves motifs contre une pareille attribution. Le doute que j’avais conçu d’abord s’est changé en certitude, depuis que j’ai eu connaissance de cette médaille,

1 Brôndsted , Voyage» et Recherche» dans celle idée, dans mon Orettéide, p. » 10, 3 ).

la Grèce, I. I, p. 1 16-1 18. J’ai fourni moi- * Nam. vet. etc. p. 189, I 1. même de nommant motifs 4 l'appui de

publiée récemment par M. Millingen 1 , qui l'a rangée parmi les incertaines ; et il me paraît maintenant , ken juger d’après la fabrique , qui est certainement macédonienne , comme d’après le type, qui s’accorde avec cette donnée, qu'on ne peut rapporter la pièce en question qu'à une ville de Thrace ou de Macédoine.

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