‹ Mémoires de numismatique et d'antiquitéChapitre 14 sur 18 · TROISIEME FAMILLE · texte numérisé non relu

TROISIEME FAMILLE

QTarcu tarie dauphin ; type en relief d’un côlé, et en creux de l'entre.

On sait que les médailles avec un type en creux opposé à un type en relief constituent un système voisin de la naissance de l’art monétaire et propre exclusivement à la Grande- Grèce, ou même à quelques-unes de ses villes, dont les principales sont Mctaponlc, Crotonc, Siris, Posidonia, Sybaris et Caulunia. L’émission de ces monnaies, d’une fabrique si particulière et d’une physionomie toute semblable, et certainement du même âge, doit avoir été bornée à une période de temps assez courte, bien que le nombre des exemplaires qu’on en possède se soit accru considérablement depuis quelques années. On sait aussi, par des découvertes récentes, que quelques villes placées en dehors de ce système s’y associèrent momentanément, sans doute d’après des raisons de politique et de commerce, en faisant frapper des monnaies de cette espèce, où se trouvent deux noms de villes, en signe de concorde et d’alliance, tantôt exprimés en toutes lettres, comme on eu a un exemple dans les médailles de Siris et de Buxcntum, qui portent la double inscription 2IPINOX riTHOEIS *; tantôt exprimés seulement par un plus ou moins graud nombre d’initiales, ainsi qu'on le voit sur une rare médaille du Cabinet du roi, olTrant les initiales KPO ctüANAO, qui désignent les villes de Crotone et de Pandosia *, et sur la célèbre médaille avec les initiales ITAA et MOA, des villes de Palinurus et de Molpis, médaille encore unique, qui a passé dans le cabinet de M. le duc de Luynes*. Ces sortes de mo-

1 Eckhcl, D. JV. I, iSt ïvoy. )• Dlucrütt. lig. 8; voy. aussi V Allas de M. Micali. de Millin sur une médaille «le Siris, p. i- 36 . pl. i.x, n* I.

* PeHerin, Lettres , p 201-209, pl. n\ ‘ Elle a élé dëcrile par Sestini, dans

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numents nuraismatiqucs sont encore aujourd’hui d’une excessive rareté. Je puis y joindre, d’après ma propre collection , une médaille de Laos, de la même fabrique, en relief d’un côté et en creux de l’autre, du plus grand module, médaille inédite et encore unique jusqu’ici *, qui nous permet d’ajouter le nom de cette ville, colonie de Méta ponte, à ceux des autres cités comprises dans le même système monétaire, qui représente, à n’en pas douter, quelque ligue ou association politique, analogue à celle des villes ioniennes et doriennes de l’Asie mineure 5 ; et c’est enfin dans la même catégorie que doivent être rangées celles de ces monnaies, encore en si petit nombre, qui appartiennent à Tarente. Je ne crois pas qu’en mettant à contribution toutes les collections numismatiques publiques ou privées de l’Europe, on parvînt à réunir plus d’une dizaine de ces médailles. M. Avellino n’en a décrit qu’une seule, celle de notre Cabinet du roi, publiée d’abord par Pellerin 5 , qui resta pendant plus d’un demi-siècle un monument unique. M. Mionnct , dans son Supplément , n'a pu en ajouter qu'une seconde, tirée du Musée Britannique \ M. Carelli , qui, dans le cours d’une longue carrière scientifique, favorisée partant de circonstances heureuses , avait pu rassembler entre ses mains presque autant de médailles de Tarente qu’il en existait de connues à celte époque dans tous les cabinets, ne

ses Classes generales , p. 16 , tab. il , n~ao, a i , comme (usent partie alors du cabinet de M. On. Pacileo , de Naples. 11 en existe un coin (aux , dont un exemplaire , de la collection de M. Puertas , à Florence, a été publié récemment par M. Micali, Mo nam.

per serv. alla Stor. dei ont. Popoli iltthan. tav. cxv, u* xi, tout en exprimant quelques doutes sur l'authenticité de cette pièce, t. III, p. xi 4-ai 5.

1 Voy. pl. A, n* 8 . Cette médaille me vient de Naples; elle avait été possédée d’abord par M. Gargiulo.

* Telle est aussi l’opinion exprimée en dernier lieu, sur cette curieuse série de monuments numismatiques, par M. le duc de Luynes, Mètapontc, p. 22 - 33 .

* Pellerin, Suppléai. IV, p. 23, pl. il, n* to; Eclhel, D. xY. 1, i45.

‘ Mas. Britunn. tab. ili, n* 9 .

paraît pas en avoir jamais possédé une seule. J’en ai vu deux restées encore inédites, dans la riche collection qu’a formée à Naples Dom Michel de Santangelo , amateur si distingué par le goût éclairé qu'il porte dans le choix des monuments, et par le noble usage qu’il en fait dans l’intérét de la science. M. le duc de Luynescn a publié récemment une troisième, la plus rare et la plus curieuse de toutes 1 ; et, après tant de découvertes dont s’est enrichie de nos jours la science numismatique, je n’en connais encore personnellement, avec toute certitude, que sept, entre lesquelles il existe tant de différences, nonseulement de style et de fabrique, mais de composition même et de type, que ces sept médailles peuvent être regardées chacune comme à peu près uniques, et que, de plus, elles forment trois variétés principales. L’extrême importance archéologique de ces médailles me fait un devoir de les décrire avec tout le soin qu’elles comportent, et dans l’ordre même ou je présume qu’ont dû se produire les trois variétés qu’elles présentent.

I. Taras nu, à cheval sur le dauphin allant à droite, la main gauche tendue en avant et ouverte, la main droite ap J puyée sur l’animal qui le porte; sous le dauphin, coquille; dans le champ, derrière la figure, le nom TAPAS, en lettres de forme archaïque , dans un ordre rétrograde; le tout dans un cercle formé d’une espèce de méandre en losanges arrondis, d’un travail exact et soigné, tel qu’on le voit aux médailles incuses de Posidonia; au revers, le même type en creux et en sens contraire, avec la coquille striée, d’une dimension plus forte, sans légende; type pareillement renfermé dans un cercle formé de petits quadrilatères très-allongés. C est la médaille du Musée Britannique, décrite et publiée par Taylor

1 Annal, deir Insùt. Arckeol. t. II, pi. M , 3 , p. 34o.

Combe il eo existe une à peu près pareille, et encore inédite, dans le Cabinet du roi ", et une autre provenant de la collection de M. le chanoine Jorio de Naples, qui a passé dans celle de M. le duc de Luynes, mais avec une particularité nouvelle, qui constitue une différence grave, c’est à savoir avec les lettres TAPA, gravées eu relief, du côté du type' en creux s . Je ne saurais dire si la médaille du même type, cédée par leu M. le marquis Arditi au Musée royal Bourbon de Naples, et restée jusqu'à ce jour inédite, comme tant d'autres rares inonumentsde cette précieuse collection, présente la particularité signalée en dernier lieu, attendu que je n'ai pas une connaissance personnelle de la médaille en question.

11. Figure virile, nue et imberbe, les cheveux retroussés par derrière, tournée à gauche, le genou gauche ployé sous elle, portant du bras gauche, écarté en arrière, une lyre à quatre cordes, Aop<u Telpxyrpv* \ quelle semble serrer fortement sous l'aisselle, et du bras droit, élevé et rapproché du visage d’une manière singulièrement expressive, tenant un objet semblable à une jleur, avec le nom en lettres rétrogrades de forme archaïque, TAPAS, gravé dans le champ, devant la figure-, type en relief; au revers. Taras nu, les cheveux longs et flottants sur l'épaule, à cheval sur un dauphin qui se dirigea droite, la main gauche étendue en avant, la droite appuyée sur le dauphin; sans la coquille, et sans aucun autre symbole dans le champ; type en creux, avec les lettres du nom TAPAS, de la même forme archaïque, et pareillement en ordre rétrograde, gravées en relief. Cette médaille, trouvée à Tarente même, et

: Mus. lintann. ub. m . n* 9. qu'elle existait avant l'époque de Ter-

* Voy. pl. 11, n* 11. pandre, Strahou. xill, 616; voy. sur ce

* Même planche, n* 1 a. point d'histoire poétique, Bode, Orphtus

* C'est l'ancienne lyre grecque . telle Poitar. Gntc. anùquùs. p. 1 5 , sqq.

possédée actuellement par M. le duc de Luynes, qui l’a publiée est encore unique à ma connaissance; et c'est, à tous égards, l’un des monuments numismatiques les plus remarquables qui nous soient restés de l’antiquité tout entière *.

III. La môme Figure virile, nue et imberbe, dans la môme attitude, avec la lyre dans la main gauche, et la fleur, ou l'objet ressemblant à une fleur, quelle approche de son visage, de la même manière, ainsi qu'avec les lettres TAPAX, formées et disposées de même, type en relief; au revers, le même type en creux, mais placé en sens contraire, c’est à savoir la figure tournée à droite et agenouillée sur le genou droit, avec la lyre soutenue de la main droite, et sans la fleur à la main gauche, de même que sans légende ni symbole d’aucune espèce. C’est la célèbre médaille de la collection de Pellerin, maintenant au Cabinet du roi \ qui fut regardée d’abord comme suspecte à cause de la nouveauté même de cette apparition, qui offrait, sous le double rapport de la fabrique et du type, une singularité si remarquable et un si rare problème numismatique. Il en existe un second exemplaire, provenant de Tarente, qui, des mains de M. Durand, avait passé dans la superbe collection de feu sir Rich. Payne Knight, où elle est décrite*, et qui doit se trouver actuellement au Musée Britannique.

Après le style et la fabrique de ces monnaies, qui les placent, comme je l’ai déjà dit, au premier rang des monuments numismatiques, il n’est rien de plus remarquable, ni qui ait paru plus difficile à expliquer, que la figure de YMomme nu, dans une attitude si singulière, et tenant une lyre, qui forme le type de trois de ces monnaies. La difficulté provenait en

1 Annal, delt Instit, Archêot. 1. 11 , p 34o , pi. M, 3,

* Voy. pi. il, n* i3.

* Voy. pl. il. o* i4- ‘ iVanm. vet. p. 280 , 1 3.

partie de l’objet, assez mal déterminé, que ce personnage approche de son visage. Cet objet, que Pellerin, et d’après lui Ëckhel, ont pris pour le plectrum, instrument dont la forme bien connue est en efièt si différente *; où feu sir Rich. Payne Knight avait cru voir, avec tout aussi peu de fondement, une bandelette, est évidemment un e fleur, et, suivant la conjecture de M. le duc de Luynes, une fleur liliacée. Cette hypothèse admise, l’idée de son auteur, qui reconnaît ici Apollon présidant .aux fêtes et aux danses sacrées qui se célébraient à Tarente en l'honneur d'Hyacinthe, et portant à la fois les deux objets qui le caractérisent en. cette qualité et qui se rapportent à cette intention, c’est à savoir: la lyre, attribut du dieu Pythique, et l' hyacinthe , symbole du culte hyacinthien^ cette idée , naturelle et ingénieuse, semblait propre à résoudre de la manière la plus satisfaisante les principales diflicultés de ce problème. Pellerin lui-même, et le grand Ëckhel, avaient songé d’abord à Apollon, et n’avaient été détournés de cette pensée que par la nudité et par X attitude bizarre et forcée de la figure en question, où l'un avait fini par voir, contre toute vraisemblance, une espèce de mime ou d'hittrion, et le second, un musicien mythologique, tel qu’drfon 5 . Encore Ëckhel avait-il judicieusement observé que

' Relativement h la forme du plectrum .

je me contente de citer le célèbre vase représentant Sapho et Jlcée , chacun avec cet instrument à la main , Millingen , anc. uned. Monum. p. 11 ( pl. îxxilt. Le plectrum était quelquefois d itxxnr , plectro eburno , Virg. Æn. vi , 6/17 ; quelquefois d'ébène; et l'on en a un exemple sur le vase que je citais tout à rheure.

* Sur la labié d'Hyacinthe, voy. Paiasphat. Fub. xl vu , cum not. Fischer. Nonnus , DUmyt. x, a 5 3 - 5 5 ; cf. Moser. ad k. I. Ovid. Mctam. x, 16a , sqq. et itaLGierig.

ad v. ai 5 ; Ailieu. xv« p. 663 , £. ileyue, dans la 1 " partie do ses Antiq. Aufsaize . a traité en détail de tout ce qui concerne cette fable et 9es rapports avec le culte d' Apollon Amycléen. Quant à la fleur d'hyacinthe, voy. Sain) as. ad Soi il* p. 660 , sqq. Slapel. ad Theoplnast. liât. Plant, vi.

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