‹ Mémoires de numismatique et d'antiquitéChapitre 8 sur 18 · DU MÊME IGB ET DO MÊME PATS · texte numérisé non relu

DU MÊME IGB ET DO MÊME PATS

C’est une opinion depuis longtemps établie parmi les antiquaires, que les belles médailles de Pyrrhus, roi d’Epire, qui offrent des types communs sur la monnaie de Sicile, et en particulier sur celle de Syracuses, ont été frappées durant la domination de deux années que ce prince obtint sur la Sicile, et que la fabrication a eu lieu en Sicile même *. Il est constant, en effet, que ces médailles se trouvent habituellement dans ce pays même, y compris les plus rares de toutes, je veux parler des superbes tétradrachmes, inconnus du temps d’Eckhel et de Torremuzza, avec la tête de Jupiter Dodonéen , type national

La

i 6 déceni bre 1 83 » .

Eckhel, Doctr. Nam. O, 17 i.

en tèpire; deux desquels, au moins, dans le très-petit nombre de ceux qu’on en a recueillis, proviennent certainement de la Sicile 1 . Ce qui n’est pas moins avéré, c’est que la légende uniforme de toutes ces médailles, d’or, d’argent et de bronze, BAXIAEÜ2 nTPPOT, (monnaie) du Roi Pyrrhus, s’éloigne de l’usage constamment suivi sur la monnaie syracusaine, où le premier de ces mots est toujours écrit BASIAEOXj d’où il suit qu’en admettant , sur sa monnaie, des types siciliens, concurremment avec des types épirotes, Pyrrhus v fit représenter son titre de Roi, sous la forme la plus généralement usitée chez les Grecs. Ces deux faits ne constituent point, du reste, l’espèce de contradiction que le docte Eckhel avait cru y remarquer; et il était naturel que les artistes grecs, soit de Sicile, soit d’ailleurs, que Pyrrhus chargea d’exécuter ses monnaies, se conformassent, dans la manière d’exprimer son

1 11 s'en trouve deux au Cabinet du roi d'une origine inconnue; l’un desquels est grav< dans le Supplément de M. Mionnet, t. III, pl. xiu, n* 6; le second, que je publie, était encore inédit; voy. planche I, n* 7. Un autre, que possède maintenant M. le duc de Luync®, a longtemps appartenu » M. Carelli , qui l'avait reçu de Sicile, l'en ai vu un quatrième, trouve à Palaztoi o , l'ancienne Acra, dans les mains de feu M. le baron .Judica, à Palazxolo même, en 1827. Il en existe un exemplaire au Muséum Bnttsh, lequel est gravé sur le frontispice du beau recueil publié par Combe, London, 181 4 , 4 *. Un second exemplaire, provenant du cabinet de feu sir R. Payne Knight, est récemment entré dans la même collection ; c’est sans doute le même qui a été publié par Soslini , comme faisant alors partie du musée Venu li , et que cet antiquaire assure avoir été

trouvé en Sicile, Descript. Sum. veter tab. iv, n* 1, pag. i 63 : «La quale (medaglia) fu ritrovata in Sicilia , per crederia coniata in quell'isola. * Je n'ai pu vérifier si le cabinet de Iluntcr en renferme un, n'ayant pas n ma disposition le Recueil des Rois, de ce cabinet, gravés par Bartolom; ouvrage dont on sait que l'édition presque entière a été détruite , ce qui en a rendu les exemplaires infiniment rares. J Ignore pareillemeot s'il existe, dans quelque collection publique ou privée d’Italie ou d'ailleurs, d'autres exemplaires de celte superbe médaille , chef-d'œuvre de la numismatique ancienne. Mais je crois exprimer fidèlement l'opinion des antiquaires les plus exercés, en lui assignant, d’aprè* sa fabrique, la Sicile ou la Grande-Grèce pour patrie, c'est-à-dirc en la supposant frappée à Syracuses ou à Locré®

titre, à l’usage du souverain lui-même, plutôt qu’à celui du pays où l’on présume qu’ elles furent frappées.

Ce point établi, nous en acquérons une nouvelle preuve dans une médaille qui nous fait connaître d’autres particularités curieuses. Cette médaille existait au Cabinet du roi, mais dans un état si défectueux, que M. Mionnet ne put en donner qu'une description insuffisante 1 . Visconti, qui l’a publiée, après en avoir fait, comme il dit, la découverte au Cabinet de la Bibliothèque du roi, crut y voir le portrait de Pyrrhus •; et c’est d’après ce motif qu’il admit cette médaille dans son Iconographie Grecque. 11 ne lui vint pas dans l’esprit que ce pouvait être une tête héroïque; et, dans le désir qu’il avait de trouver quelque part un portrait de. Pyrrhus, il s'efforça d’oublier ce qu’il savait mieux que personne, que ce portrait manque sur toutes les monnaies de ce prince. Un second exemplaire, mieux conservé , que je possède, de la médaille dont il s’agit, me permet d’en expliquer le double type d'une manière à peu près certaine. J’observe que ces deux exemplaires ont été longtemps les seuls que l’on connût de la médaille en question; mais que, dans le cours des dernières années, il s’eu découvrit un petit dépôt aux environs de Gerace, en Calabre, qui a fait entrer cette médaille dans quelques cabinets , sans qu elle ait cessé pour cela d’être une des plus rares, comme elle est certainement une des plus belles de toute la numismatique grecque ; en voici la description 3 f

' Mionnet. LktcripUon , etc. t. II, p. 64.

n* a a ; voy. planche I, n. 4*

* Iconogr. Gr. pl. XLI , n* a i , t. U . p. 83*

' Voy. planche I, n. 5. U ne sera pas muu intérêt, de consigner ici le récil de celle découverte, tel que j* l'ai recueilli à

Naples, en octobre 1 838, de 1a bouche même d’un particulier de Gerace, M. Pasquale Scaioli, resté possesseur de quatre des médailles en question. Ce fut aux environs de Gérant, l'ancienne Loent , que trois des femmes de U ville, cheminant ensemble , trouvèrent, dans on ravin

Tête imberbe, jeune, héroïque, tournée à gauche, couverte d’un casque orné d’un griffon; dans le champ, au-dessous de la tête, la lettre A; revers : Femme, vêtue d'une tunique longue, et d’un péplus qui lui couvre la tête, assise sur un hippocampe allant de gauche à droite ; cette femme soutenant de la main droite un bouclier orné d’un griffon; dans la partie supérieure du champ, le mot BA21AEOX, et au bas, quelques traces de lettres appartenant au mot I1TPPOT, ( monnaie ) du Roi Pyrrhus.

Ce que nous devons remarquer, en premier lieu , et ce qui frappe, au premier aspect, dans cette belle médaille, c’est le caractère de la tête casquée, qui ne peut être qu’une tète virile, et qui, par conséquent, ne saurait être attribuée à Minerve;

du dépôt, surtout que les Phaser, qui sont si communs des deux côtés du détroit. Il se rendit à Naples pour les faire examiner; et c’est là que cette petite collection se dis* persa presque tout entière entre les mains de quelques riches amateurs, tels que MM. de San tangelo, et plusieurs antiquaires étrangers, parmi lesquels je citerai feu M. Durand, MM. Millingen et Steuart.

Maintenant, ce qui résulte de la découverte de ces vingt Pyrrhus, mêlés à des médailles grecques de Sicile et trouvés prés de Geracc , c’est une forte présomption de plus à l’appui de l'opinion que j’avais exprimée d’abord , que la mounaie dont il s'agit avait été frappée k Syracuses ou à Locrts, eu penchant tou tefbis pour cette dernière localité, à cause de l'analogie de type et de fabrique qu'offre la Thetis du revers svec la Vénus portée sur un cheval marin , de la médaille d’or des Brutdens ; voy. mes Monuments inédits. Additions et Corrections, vignette n. i5, iig. 2 et 3, psg. 4i5.

nommé Milligri, un vase d'argile grossière contre lequel se heurta le pied de l'une d’elles , ce qui fit que les monnaies d’argent que renfermait ce vase se répandirent sur le aol. Au premier étonnement que fit éprouver à ces trois femmes U vue de ce trésor succéda le désir de se l'approprier.

Outre vingt Pyrrhus, le dépôt contenait un certain nombre de médailles de Syracuses, quelques autres de Païenne avec des caractères phéniciens , et beaucoup de Pégases . Après une asseï vive dispute, les trois femmes convinrent de se partager en nombre égal les médailles trouvées ; mais ce partage devint très-inégal par le fait que les Pyrrhus tombèrent presque tous dans les mains de l’une d'elles , qui se trouvait la nièce du curé de l'endroit . dam Francesco Macri, et qui les porta a son oncle.

Celui-ci , un peu plus éclairé que les autres habitants du pays , soupçonna que ces médailles qu'il ne connaissait pas pouvaient avoir plus de valeur que les autres pièces

bien qu’une tête de Minerve, avec le casque orné d’un griffon, forme le type connu de quelques monnaies d’or de Pyrrhus 1 . Il semble, en second lieu, que les traits de cette tête jeune et imberbe, sa physionomie, qui n’a rien d'idéal, ne puissent appartenir qu'à un Personnage héroïque ; car on ne saurait y voir la tête de Mars, pour qui une pareille physionomie ne serait guère plus convenable que le casque de Minerve. Ces deux observations admises, l’hypothèse la plus naturelle, et même la seule plausible qui se présente , c’est de regarder la tête héroïque en question comme celle J Achille, auteur de la race des Æacides qui occupaient le trône d’hpire. La lettre A, initiale du nom AXIAAETX , gravée au-dessous de cette têtc s , semble favoriser une pareille supposition; à moins que cette lettre ne se rapporte au nom d’Æacide, AIAKIAHS 3 , qui fut le nom du père même de Pyrrhus, et celui de sa dynastie. Nous trouvons, d’ailleurs, sur d’autres médailles de ce prince, qui offrent la tête de Junon voilée et couronnée de chêne 6 , avec le nom de Phthia, <t>©lA2, mère de Pyrrhus, un exemple décisif à l’appui de l’usage de faire figurer, sur sa monnaie , des per-

‘ Mionnet , Description, II , p. 63 , n. 1 1 ; voy. pl. I, o. i. Ccj monnaies de Pyrrhus sont évidemment frappées h l'imita lion de celles d’Agalhode, don telles rappellent le travail , plutôt que celui des médailles d’Alexandre ; ce qui me fait croire qu elles sont de fabrique syracusaine , et non épirote.

* Celte lettre, qui a disparu sur l'exemplaire unique connu de Visconti, aurait sans doute changé son opinion sur l’attribution qu'il faisait h Pyrrhus de la tête héroïque gravée sur cette médaille.

1 Cette seconde explication me paraîtrait plus vraisemblable, attendu que la même lettre A se retrouve sur d’autres monnaie

de Pyrrhus, avec les types de Minerve . de Cèrèt , et de Jupiter Dodonècn,

* Eckhel , D. iV. II , 1 70. Ce savant s’est trompé en décrivant la tête gravée sur ces médailles comme celle de Pkthia ellemême, caput Régime. L'usage d'admettre sur la monnaie les portraits des rois cl des reines, postérieur à l’époque de Pyrrhus, de l’aveu d’Eckhel lui-même, n'avait lieu à celle époque que pour les personnages qui jouissaient des honneurs héroïques, tels qu' Achille ; d’ailleurs la couronne de chine fait trop allusion au culte dodonéen , pour qu'on puisse méconnaître ici la compagne du dieu suprême.

sonnages de sa propre famille , parmi lesquels il n'en existait certainement pas de plus illustre et de plus populaire à la fois que le héros de l’Iliade. Quoi qu’il en soit, le type du revers de notre médaille prouve, avec toute évidence, par son rapport avec Achille, que c’est bien en effet la tête de ce héros qui en forme le type principal.

La Déesse voilée, assise sur un hippocampe , ou cheval marin, et soutenant un grand bouclier, est manifestement Thétis, portant à son fils l'armure divine quelle a obtenue de Vulcain , telle qu’on la voit représentée sur une foule de monuments antiques.

Le costume sévère, donné à cette figure, avec le long péplus qui l’enveloppe , convient parfaitement à une déesse mère.

T observe que c’est absolument sous les mêmes traits, avec le même costume, et portée sur un animal semblable, que nous apparaît Vénus sur quelques belles monnaies d’or des Brut- t

liens, où sa qualité de divinité mère est déterminée par la présence d’un ^fmour debout à ses côtés; du reste ces médailles des Bruttieus , qui sont évidemment, d’après tous les caractères du style et de la fabrique, du même âge que notre médaille de Pyrrhus, aux yeux de toute personne tant soit peu exercée à apprécier les monuments numismatiques, offrent quelquefois Thétis portant le bouclier, au lieu de Vénus avec l’Amour *: trait de conformité plus frappant encore, sur lequel j’aurai peut-être occasion de revenir plus tard. Mais, pour ne pas nous (■carter de notre sujet, je remarque encore que le bouclier soutenu par Thétis offre le même symbole, un griffon, qui se voit sur le casque de la tête héroïque; particularité qui n’est sans

1 Je nuis obligé tle m'en rapporter sur tiens ; car j'avoue que je n’en connais pas ce point au témoignage de M. le duc de par moi-même , et que je ne crois pas qu'il Loynes, qui m’assure avoir vu ce type de y en ait une seule publiée ou décrite.

Thétis sur des monnaies d’or des Brut- •

ST* '=Digitizéd bÿ'GosQgle

doute pas fortuite ou indifférente, et qui ne peut avoir eu d'autre intention que celle d’établir et de rendre de plus en plus sensible le rapport qui existe entre les deux types de la médaille.

Si l'on admet cette explication , contre laquelle j’avoue que je ne saurais imaginer aucune difficulté, il en résultera que nous possédons sur cette médaille un portrait authentique et pour ainsi dire officiel d'Achille, tel que l’avait conçu et réalisé l’art des Grecs, d’après une sorte de modèle idéal , ou tel qu’il avait été consacré par quelque tradition antique. J’ai déjà eu l’occasion de remarquer qu’il exista dans la Grèce des portraits, exécutés dans le même système, de la plupart des personnages héroïques 1 * ; et depuis que j’ai fait cette observation au sujet d'Hector, le portrait de ce même Hector nous est apparu, sur une monnaie unique d’ Ophrynium' 1 ,. casqué et barbu 3 , avec une physionomie trop sensiblement individuelle, pour qu’on puisse y méconnaître le héros national de la Troadc. Une image d'Achille, moins douteuse encore, puisqu’elle est accompagnée de son nom , écrit en toutes lettres , AXIAAfcTC , se trouve sur des médailles en bronze de Tbessalie, frappées, à ce qu’on peut présumer, sous Hadrien. Une de ces médailles a été publiée parmi les incertaines de Hunter *; une autre, mieux conservée, faisait partie de la collection de

1 Cette notion remarquable , omise ou igrtoréc même de l'illustre auteur de Y Iconographie, résulte du témoignage de Plutarque , in Arat. $ 3 ; voy. l’observation que j’ai faite à ce sujet , Ackilléide, p. 87 , 5) ; et surtout les développements exposés à l’ap.

pui, Odyssèide, p. a4a-a46.

* Descript. des Med. du cabm. d» Jeu M. Allier d'Hauttroche, pl. XIII , n. 1 1 .

* La même figure d'Hector baria s’est

reproduite tout récemment sur un des beaux vases d’argent trouvés à Bernay ; voy. la Notice que j’ai donnée de ces vase»

dans le Joa mal des Savants, i83o, août 463 ; et l'observation que j'ai laite à cet endroit, contre l'opinion d'un critique qui avait prétendu qu'ffecfor avait pu être représenté imberbe ; consul), aussi mes Monuments inédits , Additions et Corrections, p. 4)4 ' Tab. 68 , fig. v.

M. Allier d’Hauterochc , où elle est gravée 1 * * * ; il s’en trouve une pareille, inédite, au Cabinet du roi; et le même type a été reproduit sur une autre médaille, de plus petitmodulc, appartenant à la même contrée s . Sur toutes ces monnaies ^ la tête du Héros se montre couverte d’un casque orné d'un Pégase; et le caractère n’en diffère de celui de la tête gravée sur nos médailles de Pyrrhus, qu’autanl que l'art même diffère entre les siècles de Pyrrhus et d’Hadrien. Mais ce qui demeure constant, par la seule confrontation des médailles dont il s’agit, c’est qu’il existait un type consacré pour l’effigie A' Achille , comme on sait qu’il en exista pour beaucoup d’autres personnages héroïques. C’est donc un nouveau portrait de convention dont s’enrichit notre galerie héroïque , et qui pourra servir aussi à déterminer et à reconnaître les traits propres à ce personnage, avec plus de précision et surtout avec plus de certitude qu’on ne l’a pu faire jusqu’ici, d’après les images présumées qu’on en possède, soit en bustes, soit en statues 5 .

L’examen de cette belle monnaie de Pyrrhus me conduit naturellement à parler de quelques autres médailles, d’une fabrique à peu près semblable , frappées certainement en Sicile, sous l’autorité du même prince, dont il est singulier qu'aucun antiquaire n’ait remarqué les rapports si frappants de composition et de style avec la monnaie de Pyrrhus. Telle

1 PI. V, n. 17 . Le nom du magistral,

NIKOMAXOT, qui se retrouve sur des

médailles de la Phthiotide , du temps d’Ha-

drien , a fait penser, avec tonte raison , que celle-ci »e rapporte au même pays

rrt n la même époque. Zoéga en avait fait judicieusement la remarque, à l'occasion de quelques - unes de ces médailles, du cabinet du roi de Danemarck , dont il avait eu connaissance , et que je cite sur

son témoignage ; voy. ses Basàrilievi . t. I , p. 1 36-

* Cette médaille, qui a passé des mains de M. Millingen dans notre Cabinet du roi , est décrite par M. Mionnot, Supplément 111.

p. 167 , n. 5 1 . Depuis quececi a été écrit, je l’ai publiée dans mes Monnm. inédits , Additions et Corrections, vignette 1 5, n. 5,p. A 1 1 .

1 Voy. k ce sujet les observations publiées à la suite de mon Odyuiide , p. 4i 5-

est, en première ligne, la belle médaille qui représente, d’un côté, la tète de Cérès couronnée depis et voilée; de l’autre, une Femme guidant un guadrige, à droite, avec la légende, placée à l’exergue: SUŒAIflTAN (monnaie) des Sicêliotes, ou des Grecs de Sicile. Cette monnaie, encore aujourd’hui de la plus grande rareté, dans les deux modules qu’on en connaît, fut certainement frappée en raison d’une délibération commune de la généralité des Grecs de la Sicile; circonstance qui, d'accord avec le style et la fabrique des médailles en question , pouvait conduire aisément à la solution de l'espèce de problème numismatique qu'elles présentent. Eckhel, qui ne connaissait encore que deux de ces monnaies ', et qui n’en fut que plus frappé de leur extrême singularité, se contenta, contre sou usage, de poser la question sans essayer de la résoudre 1 * * * . Torrcmuzza, et la plupart des numismates qui l’ont suivi 5 , se bornèrent à signaler l’excessive rareté de ces médailles, qui constituaient un fait unique dans le système monétaire de la Sicile, correspondant, sans aucun doute, à une circonstance pareillement unique de son histoire. La rareté des médailles en question n’a presque pas diminué, par l’apparition de trois nouveaux exemplaires, l’un entré récemment dans le Cabinet du

1 La première , publiée par Pellerin , fle-

coati Ul , pl. CVffl ,0,1, maintenant au Cabinet du roi; voy. pl. I, n. 9 ; la seconde, qui appartenait à un particulier de Girgenti, publiée par Toiremuaa , N tun. vet.

Sicil. tab. 1, n. 1. Pellerin avait d'abord

supposé , d'après la iingularitè de cette mé-

daille qu'il croyait unique, qu'elle était de coin moderne, p. 97. Mai» depuis , informé qu’il en existait une pareille en Sicile , il n'hésita pas à la regarder comme antique; c'est ce qu'il a écrit de sa propre main sur

son exemplaire . que j’ai sou» le» yeux.

* Eckhel , J). A 1 . 1 , 189 : « Eo sunt singulares quod communi nomme cames tolius insuie populos complectuntur. Ulriusque partis typus suspicari facil eos Syracusi»

signalos; at quo consilio, 1 » cf. rtv m. • Eckhel avait raison de soupçooner, d'après le double type . que cette monnaie avait été battue k Syracuse». 11 n’en eut pas douté, d'après l’analogie frappante de fabrique qu elle offre avec les médailles de Philiati* , s'il eût pu la voir de ses propres yeux.

* Torremuzia , Sicil. tu/. Nam. ub. 1 , n. 1 ; Mionnel, Description, etc. 1. 1 , p. 207, n. ».

roi 1 , un autre qui se trouvait dans la célèbre collection de feu le baron Astuto, à Noto, et un troisième que je possède, et qui vient de M. le duc de Luynes 3 . Mais un fait nouveau à été acquis à la science par la découverte récente d’une autre monnaie, où la légende 2IKEAKÏTAN , ( monnaie) des Sicéliotes, se rencontre avec un type différent; d’un côté, la tète barbue de Jupiter, tournée à droite, et couronnée d’olivier; de l'autre, un Cavalier en course, armé d’une lance, avec l’inscription à l’exergue*. L’extrême rareté de cette monnaie des Sicéliotes, sous les deux seuls types et dans les deux seuls modules qu’on en a recouvrés jusqu’ici *, semble indiquer que la fabrication en fut renfermée

1 Voy. Planche 1 , n* îo.

* Je dois faire observer ici qu’il existe un coin faux de cette médaille . provenant de la fabrique de Becker, et signalé par M. Sestini , sopra i moderni Falsificatori , etc. p. 10. Il s'en trouve un second, de petit modale, que le même savant assure avoir vu dans le cabinet de Munich , et qu'il croit sorti de la fabrique de Calane.

1 11 n'existe, à ma connaissance , que deux exemplaires de cette médaille, du poids de la drachme; l'un, inédit, au Cabinet du roi, voy. Planche ci -jointe I, n* 16; l'autre, qui faisait partie de la collection Astuto, à Noto: c'est la même médaille qui est gravée sur le titre du Viaggio pertutte le AntickitÀ délia Sicilia, du prince de Biscari . de la troisième édition , publiée à Païenne, en 1817, et sur la couverture du Viagyto per la SiciUa, de M. Ferrera, Palerme, 18x2. Le monogramme !■£, qui s'y voit au revers , est le même qu'on retrouve sur toute» les autres médailles des Sicéliotet; et le type de ce revers , qui est un Cavalier en couree, a fourni évidemment le modèle de celui qui se reproduit si fré-

quemment sur la monnaie de brome d'Hiéron II ; nouvelle raison de croire que la fabrication de toutes ces médailles est à peu près contemporaine. J'observe, du reste, que M. le marquis Haus cite, p. a A . Annotât. 1 , sans la connaître autrement que par une sorte de notoriété publique, la médaille qui nous occupe. Il ignorait encore , à ce qu’il parait , que celte médaille existait dans le cabinet Astuto, à Noto, et qu'il s'en trouvait un second exemplaire dans là collection de M. C. Gagliani, à Catane, celuilà même qui est entré récemment dans notre Cabinet du roi , et que je publie.

4 Je ne fais pas meation d'une troisième monnaie décrite par Scotli, délia Raritù delle monde anticke, a* edix. Livonoo, 18a 1 , de cette manière, p. a6: «SICILIA in genere: XIKKA1ÛTAN; tertadi Donna. — Vittona in quadralo incavato ; Arg. 4. M. R. » Je pense, sur cette seule description d’une pareille pièce, indiquée parce seul auteur, sans aucune mention du cabinet où elle se trouve, que, si elle existe véritablement quelque part, elle ne peut être que l'œuvre maladroite d’un faussaire.

dans un espace de temps assez court : circonstance dont on n’a pas tenu assez de compte , et qui eût pu fournir un élément de la solution vainement cherchée jusqu’ici par les antiquaires siciliens.

Un de ces antiquaires , frappé sans doute de cette considération, avait cru trouver dans l’histoire de l’expédition de Timoléon l’explication de cette monnaie problématique. Il pensait quelle avait dû être frappée pendant la période d’union et de prospérité que la Sicile entière avait due à l’administration de Timoléon '. Mais la fabrique des médailles en question s'oppose décidément à ce qu’on y reconnaisse une monnaie contemporaine de Timoléon; sans compter que nous avons acquis, je dirai presque toute la certitude, que la monnaie de Timoléon nous est parvenue en très-grande abondance dans cette suite de didrachmes corinthiens, frappés en Sicile, avec le nom ou les symboles de tous les peuples grecs qui avaient pris part à l’expédition de Timoléon , sous les auspices de la métropole commune, Corinthe, dont ils portent le double type, la tête de Minerve et le pégasc*. Cette opinion ne pouvait donc obtenir à aucun titre l'assentiment des antiquaires; aussi n’a-t-elle trouvé aucune faveur. Je crois pouvoir en dire autant d’une autre opinion qui s'est produite plus récemment, bien que celle-ci s'éloigne beaucoup moins de la vérité. Son auteur, feu le chanoine Alessi, de Catane, rapportait les médailles qui nous occupent, y compris une de ces médailles en or, la

1 L'an I iquaire que j'ai ici en me, et dont U mémoire m'est toujours restée chère pour l'accueil bienveillant que je reçus de lai k Païenne , en 1837 , est feu M. le marquis Haus, au leur d'une dissertation intitulée :

Etant délia célébré medaglia antica ha U a ta in nome dt tutti i Smlmm, Paiera» , 1837,

m-8* (extraite du Giomai delle Science , etc. t XVIII, an. 8*, n* vu, p. 71 , sgg).

1 C’est dans une lettre à M. le mary tut Arditi que je crois avoir établi cette opinion de manière h la rendre suffisamment plausible ; voy . cette lettre , insérée dans les Annulée Tlnstit. ArcMelt. I , p. 34 oetsuiv.

seule que l'on connaisse encore de ce métal et qu’il publiait à cette occasion 1 ; il les rapportait, dis-je, à l'époque du règne d’Hiéron II , qui fut pour la Sicile entière une ère de paix et de prospérité ; et les motifs sur lesquels il fondait cette attribution étaient , d’une part, la ressemblance de cette monnaie d’or unique avec les anreus connus d’Hiéron II * ; de l’autre , le fait historique , suffisamment constaté par le témoignage de Diodore de Sicile 5 , de la domination d’Hiéron , proclamé roi par \a généralité des peuples Grecs compris sous le nom de Sicéliotes. Ces deux motifs sont sans doute assez plausibles; mais il s’en faut bien qu’ils renferment tous les éléments de la question. Us laissent d’ailleurs subsister dans toute sa force la difficulté qui résulte de l’excessive rareté de cette monnaie des Sicéliotes, rareté qui devient encore plus inexplicable , du moment qu’on y reconnaît un monument numismatique du règne d’Hiéron II; car, dans cette hypothèse, on ne comprend pas qu’une mon-

1 Celte dissertation dn chanoine Alessi a été publiée sous la (orme d'une Lettre adressée à M. Ed. Gerhard , dans le Bulletin di corrispond. dell Instit. Archeol. i&33, n* i t p. 8-i5. Malheureusement, cette Lettre a paru sans le dessin de la médaille d’or, unique et inédite, qui sert de principal fondement à l'opinion de l'auteur, et c’est une circonstance très-£àchcusc ; car, bien que je sois disposé à admettre , sur le témoignage du chanoine Alessi , homme trésédairé en (ait d'antiquité eu général , mais non pas peut-être suihsamment versé dans la numismatique pratique, l'authenticité de 1a médaille en question, cependant, comme il est de (ail qu'elle o'a été vue jusqu'ici de persounc , à ma coooaissance , et qu'elle reproduit exactement, sauf la légeude , un aurais d'Hiéron U , il serait pos-

sible quelle provint de la même fabrique que j'ai signalée plus haut, et qui s’est exercée sur le médaillon d'argent des Sicéliotes. Si cependant cette médaille est réellement antique, il ny aurait rien d'invraisemblable en soi, ni de contraire à mon opinion, à ce qu'une monnaie d’or, frappée d'abord avec le nom des Sicéliotes , ait été reproduite quelques années plus tard avec le nom d'Hiéron II. Ce serait là un Ont numismatique dont il existe plus d’un exemple , et qui viendrait encore à l'appui de mon système sur la monnaie dut Sicéliotes t appartenant à l’intervalle de temps qui précéda immédiatement la domination d'Hiéron U.

* Sial, veter. Nom. tab. xcviii , n* 1 , et seq. pnocipuè n* 7.

1 Diodor. Sic. Excerpt. lib. xxui, n. v.

naie frappée sous un rè£fce si long et si prospère ait été réduite à une émission si restreinte. Il y avait donc une autre solution à chercher; et celle qui a pour elle l’accord de toutes les données numismatiques, en même temps qu elle s’appuie sur un témoignage historique d'une grande valeur, c’est l’hypothèse que je propose , et qui tend à attribuer la monnaie, inscrite du nom des Sicéliotes , XIKEA1QTAN , au temps de la domination de Pyrrhus en Sicile.

On sait, en effet, que Pyrrhus avait été appelé par le mu unanime de tous les Grecs de ce pays, et que la puissance qu’il y exerça deux années s’autorisait de cet assentiment général de la population grecque de la Sicile ; c'est Polybe qui le déclare en termes si clairs et si formels l , qu’il y a lieu d’être supris que

I Polyb. vil , 4 1 5. Uùppov ôv

MÔNON Ttpoaipertv juti x<x7i eOrofatv 2IEEÀIÛTAI HANTES ciààxijcxv 24>ÛN aVTVir ÛTEMÔNA elvxi xxi BAS1AÉA. Ces dernières expressions de Polybe , qui offrent une sorte de tautologie peu ordinaire à cet écrivain, méritent d'ètre remarquées, à cause de l'intention que je crois y découvrir ; c'était , en joignant ainsi le titre de Üytfuop à celui de Ba<rtXrv* , de corriger eu quelque sorte l'un par l’autre, et de rendre populaire une autorité récente et étrangère. Cette intention se vérifie au moyen d'un second exemple , qui donne au témoignage de Polybe une autorité nouvelle, et qui en reçoit un supplément nécessaire. Je veux parier de la célèbre inscription syracusaine ainsi conçue :

BAZIAE02 KVE UIUIIHI IEPÛNOS IEPQKAE02 ÏTPAK02I0I ©ECUS HASN.

II est évident que les lettres ÀTE doivent être suppléées ATEpéwx, comme l'avait

proposé d'abord d’Orville, suivi par Bur* mann , ad Siçal. p. 46o et 56o , sans que l'un et l'autre de ces savants aient allégué, à l'appui de celte restitution indubitable, le passage de Polybe cité plus haut. J’ajoute à cette occision que la leçon APE , rapportée daus le voyage du prince de Biscari, p. a 63, et qui paraît avoir laissé quelque incertitude dans l'esprit de M. Osann , Comment, de PkiUstid. Syrtutu.

Regin. p. 16, 4g), n’a réellement aucune apparence. J'ai pn observer motméme sur le marbre original , retiré de la place obscure où il gisait, à l'époque dn voyage de M. Sestini, Lettons scrit le dalla Sicikia , 111 , 1 1 3 , et placé maintenant avec honneur au musée de Syracuses ; j'ai pu, dis-je , vérifier la leçon dont il s'agit , et j'ai lu avec toute certitude les lettres ATE. J’observe enfin que feu M. le D. Mùnler.

qui rapporte aussi celle inscription , Nacknchten oon Neapel and Sicilien, p. 337 , et dont le nom a échappé aux recherches ou à U mémoire de U. Osann , suppléait le mot

personne encore , en comparant coUtorte de l’écrivain avec les monnaies en question, n’ait reconnu, dans ces monnaies, un des monuments publics de ce règne de deux années. De ce fait, établi d'une manière si certaine par le seul témoignage de Polybe, que, sous la domination de Pyrrhus en Sicile, des monnaies furent frappées an nom des Grecs de Sicile, et avec les types propres à la Sicile, il suit naturellement que d’autres monnaies qui offrent, avec le titre et le nom de ce prince, des types usités à Syracuses, tels que la tête de Gérés couronnée cJêpis, d’un style et d’un travail proprement syracusains, avec la figu re de Minerve Promachos, telle qu’on la voit communément sur des médailles de Thessalie; que ces monnaies, dis-je, aussi bien que celles qui offrent la tête du Jupiter Dodonéen, avec la figure de Cérès assise *, par une combinaison toute semblable des types propres à l'Epire et à la Sicile, n’ont pu être frappées qu’eu Sicile et à Syracuses même, dont elles portent d'ailleurs l’empreinte, sous tous les rapports du style, qui est excellent, et de la fabrique, qui ne présente qu’une légère modification *.

défectueux ATE, pâr APEcan/Jor; conjecture dont le moindre défaut est de ne reposer sur aucune autorité. Je ne parle point de Muratori . qui suppléait: AVEow'ioç , sans doute pour t/lpecrATKovroi , Thés. I , un, i; leçon rendue impossible par l'elat de la pierre même.

1 Taylor Combe , dans la description de cette médaille, gravée au frontispioe de son recueil, décrit, p. 117 , la ligure en question comme étant celle de J un on.

Mais, dans ce cas , il semble qu'on devrait lui voir la couronne de chine, propre à caractériser la compagne du Jupiter Dodonèen . ainsi que le prouvent les médailles de Pkthia, qui offrent la tête de Janon or-

née de cette couronna ; au lieu que le nodtut , placé sur la tète de la divinité désignée ici comme Cirés, convient parfaitement n cette déesse. S'il pouvait rester le moindre doute à cet égard , il cesserait en observant la mémo divinité, assise sur un siège tout semblable, dans la même attitude, et tenant à la main un ipi ; conséquemment Cérès, et uoti pas Junon, sur plusieurs monnaies de broute de Pyrrhus , de coin syracusain , Mionnct , Description , t.II , p. 65 , n** 3o à 34 i une de ces monnaies d'une belle fabrique et d’une conservation qui ne laisse rien à désirer, se voit gravée sur U planche I , u* 6 .

1 Cette différence consiste surtout dans

La certitude acquise désormais , que les monnaies frappées au nom des Sicéliotes, ou des Grecs de Sicile, XIKEAIOTAN , appartiennent toutes à l’époque de la domination de Pyrrhus en Sicile, nous fournit un élément nouveau et positif dans la détermination de toute une série de monnaies grecques, qui a été jusqu'ici l’objet de beaucoup de discussions entre les antiquaires. Je veux parler des monnaies de la reine Philistis, qui offrent, comme on le sait, au revers d’une tête de Femme voilée, un quadrige guidé par une Femme, avec la légende BAX1- AiXXAX «ÏIAIXTIAOX, (monnaie) de la reine Philistis. Il est inutile de rappeler les opinions diverses auxquelles ont donné lieu ces médailles, généralement d’une très-belle fabrique; il est maintenant avéré, d’après les seuls indices numismatiques, que la fabrication n’en saurait remonter au delà du règne d’HiéroD II. Ce point, indiqué par Eckhcl, a été établi par Visconti d'une manière certaine 1 ; et il suffit de la moindre

l'allai bliMûment du relief qui produit un agrandissement do module ; deux circonstances déjà sensibles dans les beaux (rt> drachmes de Syracuse», qui offrent la tête do Minerve casquée , à gauche , avec la figure de Diana chasseresse, au revers. Ces tri drachme* paraissent avoir précédé de très-peu de temps l'époque de Pyrrhus.

Parmi les médailles de ce prince, celle qui porte la légende : BA2IAKÛI IITPPOT, avec la tête de Cirés, couronnée d'épis, d'un côté, et. de l'autre, la figure de Minerve Promachtu, présente dans le relief du type , ainsi que dans le style et le travail , tous les caractères de l'école syracusaine, en général, et de la fabrique d'Uiéron 11, en particulier : ce qui est sensible par la comparaison de la tête qui forme le type principal des médailles, n*‘ i et i5, de

notre planche I"; d'où l'on peut inférer que cette médaille dut être l'une des premières monnaies exécutées après l’arrrvec de Pyrrhus à Syracuse» ; voy. planche I .

n* 1 . On en connaît un coin différent qui accuse l'imitation sensible de» monnaies d'Agathocle avec la même tète; voy pl. I, n* 3 ; ce qui achève de lever toute eepèce d'incertitude sur la fabrique syracusaine de ces médailles. M. Avellino avait déjà exprimé la même idée au sujet d'une médaille de Tarante, qu'il suppose avec toute raison frappée durant la domination de Pyrrhus à Tarante , précisément à cause du type de la Minerve Épirote ; voy. son Sapplem. ad vol. I , /ta/, vet. Num. p. a8 , n* 5aa.

‘ Visconti, Iconograpk. Grecq. t. Il, p. 30-34.

expérience numismatique , pour se former à cet égard une conviction qui dispense de toute autre preuve. La seule difficulté qui subsiste encore, c’est de savoir précisément quelle est celte Philistis, qualifiée Reine sur une monnaie de Svracuses, et dont le nom ne s’est trouvé jusqu’ici dans aucun auteur, si ce n’est à l’occasion de cette monnaie même 1 . L’abondance avec laquelle on en rencontre les exemplaires, surtout ceux du module de tridrachme * , prouve que l’émission dut en être considérable, et semble indiquer quelle eut lieu dans un espace de temp assez long. Fondé sur cette observation , Visconti crut reconnaître , dans la tête de Femme, où tout le monde jusqu’ici a vu le portrait de Philistis elle-même, des variétés de physionomie provenant de la différence de l’âge*; idée qui avait déjà préoccupé le prince de Torremuzza , dans la manière

' Hcsych. v. ithXurlAtoy 4 và/xurf ià tL II n'est pas hors de propos de rappeler la correction qu'on a voulu faire sur ce passage , en chan géant ptkt&lfotov en piXrrreïov, J. Schlâger, de Nam. Alex. Magn. p. 67.

C'est un exemple bon à opposer à ces intrépides philologues, toujours si prompts et si habiles à corriger des textes, qui devraient se borner, soit à chercher quelque témoignage ancien , soit à attendre quelque monument nouveau, et qui feraient mieux , en tout cas, d'avouer ce qu'ils ne savent pas. que de corriger d'après ce qu’ils croient savoir. J'aurai bientôt occasion de citer un second exemple propre à confirmer cette observation.

1 M. Osann ne parle que des médailles d'argent du plut grand modale, modal 1 ma joris ; et M. Letronne, en rendant compte de cet opuscule , Joam. des Savants, 1837 , juillet , p. 388 , ne semble connaître aussi que les médailles de ce module ; mais il

en existe aussi du poids de la drachme (un gros, dix grains), lesquelles sont à la vérité beaucoup plus rares, et conséquemment plus recherchées. D ne s’en trouve que froû au Cabinet du roi, et aulant dans la collection Astuto, à Nolo. J'en possède une de beau coin et de belle conservation , qui vient de la collection de feu M. Allier d'iiauteroche, où elle est gravée, pl. Il, n* 1 . Il en existe un coin moderne provenant de la fabrique de Catane , que j'ai vu en Sicile, et qui parait avoir échappé aux recherches de M. Sestini. J'ai (ait graver, sur la première planche ci-jointe, n“ ti et 1 a , deux des médailles de Philistis , de grand et de petit modules, choisis dans notre collection, pour montrer l'analogie de style et de fabrique qui existe entre ces médailles et celles des Sicéliotes.

1 Visconti, Iconographe Grtcg. , t. U, p. a 3 .pl. JLXXVU 1 , n M 7 et 8.

dont il avait rassemblé et classé les médailles de Philistis 1 , depuis la jeunesse jusqu'à un âge avancé; d’où il suivait, à son avis, que cette reine inconnue avait exercé durant une longue vie sa domination à Syracuses, et d’où il résultait aussi, sans son aveu, une difficulté de plus pour le silence que l'antiquité tout entière a gardé sur cette princesse. Mais je dois dire que cette difficulté est plus apparente que réelle, attendu que la supposition qui pourrait y donner lieu n’est véritablement pas fondée. Eckhel avait déjà observé très-judicieusement que cette prétendue différence d’âge et de physionomie, dans le portrait de Philistis. ne devait s’attribuer qu’à la diversité de style et de manière des artistes chargés, sans doute, à plusieurs reprises, de l’exécution de ces monnaies’, toutes de coins différents. C’est l’opinion que je m’en suis formée moi-même, d’après un examen attentif d’un bien plus grand nombre de ces monnaies que n’en avait pu connaître Eckhel s , et je pourrais me borner à cette observation qui repose sur la connaissance et l’usage pratique des monuments mêmes; mais je puis opposer aux conjectures de Torremuzza et de Visconti une réponse plus péremptoire; c’est que la tête que l’on a généralement prise pour le portrait de Philistis, et dans laquelle l'illustre auteur de Y Iconographie , séduit par une de ces illusions dont il n’a pas toujours su se défendre, avait cru re-

1 Sicil.vet. Numitm. tab. evi, p. iot.

1 Eckhel, D.JV.I,a65.

* Torremtma n’en a publié que hmiL II en existe maintenant, au cabinet du Roi seulement, vingt , du grand module, et froü du petit. J 'en ai vu au moins quatre lois davantage dans les diverses collections que j’ni examinées, à plusieurs reprises, k Naples, eu Sicile, et ailleurs, parmi lesquelles je me contenterai de citer

U collection Astuto , à Noto , qui eu renfermait vingt et un», dans les deux modules.

C’est, d'ailleurs, une des belles médailles de la suite syrocusnine , qui s’est le plus multipliée de nos jours. Dans un dépôt de médailles grecques trouvé prés de CaUne , qui me fut apporté durant mou dernier séjour à Naples ( octobre 1 838 ) , ü y «voit une domaine de Pkitutisdu grand module, sans uue seule du petit.

couuaitre une sorte de ressemblance avec la physionomie de Gélon; ce qui lui avait donné lieu de penser que Philistis était fille de Gélon et qu'elle devint la souche des Hiéroclides, l’épouse d’Hiéron 1" et l’aïeule d’Hiéron 11, toutes suppositions purement gratuites; c’est que cette tête, dis-je, n’est pas le portrait de Philistis, mais une tête idéale de divinité, en un mot, la tète de Céris; ce qui réduit au néant toutes les hypothèses fondées sur ce prétendu portrait.

11 suffit, en effet, de jeter les yeux sur les médailles frappées au nom des Sicéliotes, JEIKEAlfiTAN, pour y reconnaître une identité parfaite de style et de fabrique avec les médailles de Philistis , et pour être convaincu que la tête de Femme voilée, qui forme le type principal des unes et des autres, offre absolument les mêmes traits, la même physionomie, de sorte qu’il est évident pour quiconque a pu faire, de ses propres yeux, cette comparaison sur les monuments originaux, que le type en question , non-seulement appartient au même âge monétaire, mais encore qu’il se rapporte au même personnage idéal. La seule différence qui se remarque entre les monnaies des Sicéliotes et celles de Philistis, c’est que, sur les premières, la tête de Femme est couronnée d’épis, sous le voile qui la couvre; ce qui la caractérise indubitablement pour Cérès, tandis que,

1 L'auteur d’une Lettre à AI. le duc de Semdifalco , sur une inscription grecque du théâtre de S y rue uses , écrite en italien et publiée h la poligrajia Fietolana (Florence ,

1 8 a 5 , in-8* ) , admet , p. a 8 , cette prétendue ressemblance découverte par Visconti entre Philistis et Gélon ; et il Ini paraît tout na* turel que Gélon II. en qualité de fils de Philistis , ressemblât À sa mère.^Mais Visconli voyait le portrait de Gelon I" et non celui ue Gelon il sur les médaillés qui

portent l’épigraphe rEAÛNOÏ, et, selon lui , Philistis était fille de Gélon V* , tandis que. suivant rauteur delà Lettre, Philistis était mère de Gélon II. On voit dans quelles suppositions arbitraires et incohérentes rm se jette en admettant ces ressemblances d’après le prétendu portrait de Philistis, où l'un voit les traits de Gélon 1“ et l’autrè. ceux de Gélon II , princes qui ont vécu i deux siècles de distance.

sur les secondes, la même têle, avec le même voile , est ceinte du diadème l , trait de costume qui ne convient pas moins bien à Ccrès, souvent représentée sur les monnaies de la Grande- Grèce et de la Sicile même, avec les cheveux ainsi entourés d’un simple bandeau; et, dans tous les cas , cette seule variante, quelque importance qu'on veuille lui attribuer, et quel qu'en soit le motif, que je n’ai point à rechercher, ne saurait élever le moindre doute sur une identité d'ailleurs si frappante sous tant de rapports.

Si donc il est un fait numismatique sensible et démontré pour moi, c’est que les médailles de Philislis, si semblables de tout point à celles des Skéliotcs, et qui n’eu diffèrent que par la légende et le module, ont été frappées vers le même temps, et, suivant toute apparence, exécutées par les mêmes mains. Or j’ai prouvé que les unes appartenaient à l'époque de la domination de Pyrrhus; les autres doivent donc être attribuées à une époque peu éloignée, probablement au règne d’Hiéron II , qui suivit à peu de distance la retraite de Pyrrhus, et qui triompha promptement des troubles et des dissentions intestines auxquelles cette retraite du roi d’Epire livra Syracuscs et la Sicile entière. Je crois même pouvoir établir, avec toute probabilité , que les médailles de Plnlistis sont au nombre de celles qui furent frappées dès le commeu-

1 L’aulcur de la Lettre « Si. le duc de Scrradifalco , citée à la noie précédente, parle de ce» médailles de Philisti», et observe avec raison que la télé qui s’y voit gravée semblerait, d'apres le bandeau dont elle est ornée, convenir à une prêtresse plutôt qu'à une reine, p. 10. Mai» , en citant à l'appui de cette observation lea médailles de Tirina , où il croit voir une tête de Reine ceinte du diadème > dans celle de la Nymphe

locale ou mythologique , Térina, Magnan, Miscell. num. t. II, tab. 5),n"lI-IV, il commet une méprise que je prends lu -liberté de relever, dans le seul intérêt delà science, que l'auteur de la Lettre en question , Irésjeune encore à l'époque où il la publiait, et sans doute alors peu versé dans la numismatique , a servie depuis par de nombreux et importants travaux.

cernent du règne d’Hiéron II 1 ; d'abord à cause de la fabrique, qui se rapproche si fort de celles des monnaies siciliennes de Pyrrhus, qu’il faut y reconnaître l'œuvre des mêmes artistes, et, en second lieu, à cause de la légende même, BAXIAIXXA2 «DIA1XT1AOS, gravée au revers d’une tête de Cirés, précisément comme le nom de Phthia, 4>0IA£, est gravé auprès d’une tête de Junon, sur la belle monnaie de bronze de Pyrrhus, où l’imitation des médailles d’Agathocle est si sensible, et dont le style, le type et le métal même attestent si manifestement la fabrique syracusaine, qu’il est impossible de ne pas croire que cette pièce ait été frappée en Sicile. Du reste, le nom de la Reine <I>0IA£ , joint à une tête de Junon , de même que le nom de la Reine «MAIXTIAOX se lit au revers d’une tête de Cirés, est un nouveau trait d’analogie qui n’avait encore été relevé par aucun antiquaire, et qui forme un argument de plus en laveur de mon opinion. Ainsi se trouve justifiée, en partie du moins, l’opinion du chanoine Àlessi , qui voyait, dans la monnaie des Sicélioles, une monnaie des premiers temps d’Hiéron II; ce qui s'éloigne bien peu , en effet, de la vérité chronologique et numismatique, puisque , suivant moi, ces monnaies des Siciliotes, si semblables à celles de Philistis, pour le style, pour la fabrique et pour le type, ont rempli le court intervalle du règne de Pyrrhus, qui précéda immédiatementeelui d’Hiéron II, et que, par ces médailles mêmes de Philistis, qui en sont une imitation si frappante, elles servent en quelque sorte de transition entre le système monétaire de Pyrrhus et celui d’Hiéron II.

1 J’ai déjà remarqué que la variété des têtes provenant de la différence des coins, d’accord avec l'abondance même des médailles connues de Philistis, prouve que

celte monnaie resta longtemps en fabrication. Il ne peut donc être question ici que des premières médailles de Philistis, de celles qui servirent de modèles aux autres.

La détermination que je viens de proposer pour les médailles de Philistis, d’après des motifs qui n’avaient encore été produits par personne , et surtout d’après la comparaison avec les médailles des Sicéliotcs , me ramène précisément au point où était arrivé, par une autre voie, l’illustre auteur de l'Iconographie, le même point où s’est trouvé conduit, par une route toute différente, un savant philologue, M. Osann; c’est à savoir, que les monnaies de Philistis ont toutes été frappées durant le long règne d’Hiéron II, les premières au commencement de ce règne; c’est là une vérité numismatique que je crois maintenant établie d’une manière indubitable, puisqu’elle résulte de trois systèmes divers d’argumentation appliqués aux monuments en question. La seule difficulté qui reste encore à résoudre, même après les travaux de Visconti et de M. Osann, c’est de savoir précisément qui est cette reine Philistis, au nom de laquelle fut frappée une monnaie si abondante sous le règne d’Hiéron II, dont elle fut l'aïeule, en qualité de fille de Gélon I", suivant Visconti, ou la femme, suivant M. Osann; question curieuse, dont la décision importe à la détermination exacte de quelques autres faits archéologiques.

Visconti s’appuie principalement, dans son opinion, sur ce qu’Hiéron II, ayant évité constamment de choquer les sentiments ou les préjugés républicains de scs sujets syracusains, au point de s’être toujours abstenu de ceindre le diadème et de porter la pourpre et les autres insignes du pouvoir suprême il n’est pas possible d’admettre qu’un portrait de Reine orné du diadème soit celui de la femme de cet Hiéron ; mais

1 Le témoignage de Tite-Live, xxiv, 5 , est en effet clair et formel sur tous ces points. 11 faut y ajouter encore celui de Bâton de Sinope, apad Atben. n , p. a 5 i, F,

et de Justin, un, 4 * qui o’a pourtant pas la même valeur; voy. Alésai, Lettré citée t p. il ; Visconti, Iconogr. Gr. L II,

que, comme les têtes diadémées qui se montrent accompagnées des noms TEAUNOX et IEPÛNCÆ , sur des monnaies frappées certainement sous Hiéron II , sont celles de Gèlon I" et d Hiéronl", personnages dont l’illustration antique était propre à rendre respectable la puissance nouvelle d’Hiéron II, attendu qu’il les avait pour ancêtres, ce prince avait bien pu, par le même motif, faire frapper une monnaie particulière aa nom et avec h portrait de Philistis, fille et femme de deux grands hommes chers à Svracuses et à la Sicile entière. Mais cette conjecture , que Philistis était fille de Gélon I" et femme d'Hiéron I", n’est autorisée par aucun témoignage;, c'est une supposition purement gratuite, aussi bien que celle du prétendu portrait de Philistis sur les monnaies qui portent son nom; en sorte que, tout en admettant l’opinion de Visconti au sujet des images de Gélon 1" et d'Hiéron I", on ne peut rien en inférer en faveur de celles de Philistis.

De son côté M. Osann , qui croit cette reine femme d’Hiéron 11, et qui voit aussi son portrait sur ses monnaies, s’autorise de la fabrique même de ces monnaies , contemporaines de celles d’Hiéron II; en quoi il a certainement raison; et quant à la difficulté qu’il y a d’accorder ce portrait orné du diadème, avec les habitudes modestes d’Hiéron II, continuées pendant toute sa vie et positivement attestées par l’histoire, il cherche à affaiblir le sens rigoureux de ce témoignage, en supposant que le prince qui s'abstint constamment en public de tout signe extérieur du pouvoir suprême put bien placer, sur la monnaie, son image et celle de sa femme ornées du diadème. Mais l’autorité de l’histoire ne peut être éludée à ce point; une contradiction si formelle ne saurait être admise, surtout quand elle n’est appuyée d’aucune preuve ; il faut donc avouer que M. Osann s’est trompé en ce point; mais son erreur, qui

ne laisse pas d’être grave , puisqu’elle tend à ébranler tout le système de classification établi parEckbel et confirmé par Visconti pour la monnaie des rois de Sicile, vient uniquement de ce qu'il a regardé, avec tous les antiquaires, la télé diadémée, gravée sur les monnaies de Philistis, comme le portrait de Philistis elle-même; du moment qu’il est constant que cette tête est celle de Cérès, la difficulté s’évanouit, la contradiction cesse, l'histoire demeure avec toute son autorité, et les monuments avec toute leur valeur.

J’admets donc, avec M. Osann, que la reine Philistis fut la femme d'Hiéron 11 : c’est, de toutes les suppositions, celle qui s’accorde le mieux avec l’âge, le style et la fabrique de ses monnaies; et dès qu'on n’y cherche plus son portrait, il ne s’élève plus, d’aucun côté, d’objection contre cette hypothèse. La princesse dont il s'agit était sans doute cette fille de Leptine, citoyen illustre et accrédité à Syracuses 1 , dont il parait qu’Hiéron II, en s'alliant avec lui, avait voulu faire servir la popularité à étayer sa puissance récente. Visconti avait eu cette idée 2 , que M. Osann lui a empruntée 5 , et la seule vraisemblance, à défaut de preuves positives, porterait à l’adopter. Je présume, de plus, que cette princesse, inconnue du reste, mourut jeune; c'est ce qui expliquerait le silence que l’histoire a gardé sur elle; silence qu’il serait difficile do concilier avec la durée d’un règne de cintjuantc-cjiuitrc ans pendant lequel Philistis eût été la compagne d’Hiéron II ; et c’est ce qui rendrait compte en même temps de l’honneur extraordinaire qu’elle obtint par cette fabrication d’une monnaie frappée en son nom, qui a été si longtemps un problème numismatique; car, dans ce cas, il paraîtrait assez, naturel qu’ après

' Polyb. 1.9, i*3. * D* PhilùtitL p. ît.

* Icûnogr. Gr. I. II , p. aa , 4).

la mort de cette princesse populaire , fille d’un simple citoyen , devenue la femme d’un roi nouveau , une monnaie, empreinte de son nom , ait été consacrée à sa mémoire, tandis que ce roi lui-même évitait de placer son propre portrait sur sa monnaie.

Puisque j'ai eu occasion de soumettre à un nouvel examen l’âge des monnaies de Philistis et les questions historiques qui s'y rattachent, il est un autre monument 1 * , relatif à ce personnage, dont je dois d’autant moins m’abstenir de dire ici quelques mots, que ce monument a donné lieu pareillement à des conjectures diverses , et que sa véritable intention n’est pas encore bien déterminée; or l'avantage que j'ai eu de l'examiner sur les lieux, avec tout le soin possible, me mettra peut-être à même de fixer sur ce point l'opinion ries antiquaires. On sait que le nom de la reine Philislis s’est trouvé gravé dans le théâtre de Syracuses, absolument de la même manière et en caractères de la même forme, BAXIAIXXAX «MAIXTIAoX, que sur les médailles dont il vient d’être question 3 . 11 n’est pas nécessaire de s’attacher à prouver l'authenticité de cette inscription, quoiqu’il ne soit pas tout à fait exact de dire, comme l’a fait un savant critique 3 , quelle n'aélé mise en doute par personne; car le judicieux Eckhel lui-même a commis cette faute 1 ; sans compter l’opinion extravagante du géographe Mannert, qui croyait que les médailles de Philistis avaient pu être fabriquées par quelque faussaire, qui aurait ensuite gravé l’inscription dans le théâtre pour accréditer son

1 Le» observations qui suivent, jusqu'à

la fin du mémoire, ont déjà paru, sous U forme d'une Lettre adressée à M. Welcker, dans le Rheiniscke Muséum , IV** Jâhrg.

(i835), i** Heft, p. 63-g8, cl je n'aurai à y faire que peu de changements.

1 Voy. planche II , n. a.

* Lelronne, Jour n. des Son. 1837 , juillet, p. 38g, 1 ).

• Eckhel, D. N. I, a65 : • Si modo non ficta est inscriptio ; nam Mm il cm fraudent etiam Panormi intentatam refert Dorvillius.

tteliqua omnia incerta. •

imposture 1 : jamais peut-être l'envie de trouver en défaut les monuments ou l'histoire n’a fait accumuler plus de suppositions gratuites et d’erreurs matérielles. Il suffit d’avoir pu jeter un coup d’œil sur l'inscription dont il s’agit pour être convaincu, non-seulement qu’elle est antique, mais quelle est du même temps que la plupart des médailles de Philistis ; car les caractères en sont absolument de la même forme, qui est celle du plus bel âge de la paléographie grecque, et la gravure en est si soignée, la conservation si parfaite, qu’on peut se croire, en la lisant, témoin du travail des mains qui l’exécutèrent, et en quelque sorte transporté dans le siècle dont elle est l’ouvrage. Cette inscription, du reste, n’était pas la seule qui fût gravée dans cette même partie du théâtre de Syracuses. Il en existe une seconde, presque aussi bien conservée^ delà même forme et du même âge, BAXIA1ESAE NHPHlAoZ*, de la Reine Néréis ; et l’on découvre çà et là des traces de quelques autres inscriptions semblables, au sujet desquelles il sera d’autant moins hors de propos de consigner ici le résultat des observations que j’ai pu faire, durant deux jours entiers, dans le théâtre de Syracuses, que ces fragments d’inscriptions ont été rapportés très-diversement 5 , et que l’objet ne m’en semble pas avoir encore été bien déterminé.

Il faut d’abord rappeler la disposition générale du théâtre de Syracuses , pour se faire une idée nette de la place particulière que les inscriptions y occupent 4 . L hémi-cycle, ou le

1 Mannert,6*eoÿrapA.<ferj4/tcii > JX,336.

1 Voy. planche H, n. 1 .

* Entre autres, par l'auteur de la Lettera al Duca di Serradijalco , déjà citée plusieurs fois ; voy. p. 66 , 1 ), et 67 , 1 ).

* Un architecte anglais , M. Donaldson »

a publié récemment . dans un Supplément to the AnUquüietoJ A thtn, London, 1 83o, folio,

p. 48-5 1 , pl. IV et V. un plan accompagné de quelques détails du théâtre de Syracuses ; mais ce travail n'est ni assez complet, ni assez exact , pour tenir lieu de celui que nous devons altendre de M. le duc de Serradifalco , dont le IV* volume des Antichità delta Sicilia, consacré aux monuments de Syracuses, est maintenant sous presse (i84o).

théâtre proprement dit , encore aujourd'hui conservé presque dans son entier, si ce n’est dans sa partie inférieure , se compose de deux ordres de gradins , taillés dans le roc vif, et séparés par un large pallier, prœcinctio. Ces gradins forment

neuf cnnei, ou distributions verticales, au moyen d'escaliers qui montent de l’orchestre à l'extrémité supérieure de l’hémi-cycle; et c’est sur le podium ou mur d'appui, qui règne au-dessus du diazôma , ou de la prêcinction, et qui est divisé en neuf compartiments correspondant au neuf cunei, que sont gravées les inscriptions; en sorte que ces inscriptions elles-mêmes, deux desquelles seulement sont restées intactes, devaient être primitivement au nombre de neuf. Voici maintenant l’ordre dans lequel elles se trouvaient placées, et qui n'a pas été suffisamment observé dans les relations qu’on en a données.

Eu se dirigeant de gauche à droite, le mur de la première division n’offre actuellement aucune trace de caractères. L’inscription BA2IAIXXAX NHPHIAoX se lit sur la seconde; vient ensuite, sur la troisième, l’inscription BAXIA1XXAX <2>IAIX- TIAoX; sur la (/ua trié me, en partie ruinée, on distingue encore les quatre lettres AS'V, entre lesquelles et les trois lettres finales, très-bien conservées, NoX, s’étend une lacune, qui, d’après la dimension établie des caractères et d’après la manière constante dont ils sont distribués, ne peut guère être remplie que par les mots : BAXIAEoX rEAiîNoX 1 ou IEPONoX.

quatrième cnnetu; et c’cst du même fragment sans doute qu’il est question dans ce pasaage de la Lettre à M le <Uc de Semufifalco, déjà citée, p. 19 : Ne l quale ( terni cercfuo dcl leatro) si legge ancora adesto il principio délia paraît 1 BAZ1A£E£A spetso ripe tuta. Plus haut, p. 18, il avait été dit, mais d'après une simple conjecture : ch* BAX1AKU2 (lisez B.UJAEÜS) n^ONOS

1 Un antiquaire du pays , le chanoine Capodieci , dont le témoignage est cité par un voyageur allemand . Keph&lidès , Heise durçh / ta lien t Il , 3 1 , avait déterré , eu 1 809 , et tenu secret un fragment d'inscription de la teneur suivante : AX 1 A. . .NO.ES...

X. . . 0 . C’eal évidemment le même fragment que j'ai relevé , et qui se lit actuellement à découvert sur le mur d'appui du

La division suivante, qoi est ia cinquième, est tellement endommagée et pleine, dans les crevasses du roc . de plantes qui y ont pris racine, qu’il esi impossible d’y rien voir à i’exccption d’un X. L’aquéduc d’un moulin , construit dans cette partie du théâtre , a eaclu ou détruit le reste de l’inscription qui s’\ lisait encore. entière à ce qu’il paraît, dans le dernier siècle, et qui se composait des deux mots AIOX OATMIUOT, auxquels doit appartenir le X que j'ai reconnu 1 . Au coinnieucement de la sixième division , pareillement toute crevassée et remplie de petites plantes qu’y fait croître l’humidité produite par i’aquédue,jen’ai pu distinguer encore qu’un X, dont il ne tiendrait qu’à moi de faire un élément du mot BAXIAEaX ou BAXIAIXXAX. La septième offre encore plusieurs caractères dans l’ordre et dans la distance respective que voici : AA A PA"' A ®P#No>*. Ce sont sans doute ces lettres, plus ou moins bien lues par quelques antiquaires du pays 5 , qui ont donné lieu de recomposer l’inscription : HP AKAEOX <I>PONiMOT, ou

enx pttrp iscritto nella fascia del teatre. Biedesol . témoin de la découverte récente de l'inscription BAÏIAI22AS «MAISTIAOÏ, ajoute que le comte Gnetani, auteur do cette découverte , lui montra , dans nn autre endroit du théâtre, une seconde inscription dont on ne pouvait plus distinguer que les lettres : ArAEOr ; voy. son Vinggio î« St cil ia , etc. p. 63, edix. ital. Palermo, i8ai. Or ces lettre* ArAEOr peuvent »e rapporter an mol BÆ1AE02, aussi bien qu'au mot HPAKAEOÏ , si toutefois «Hes n'appartiennent pas à la fin du nom ATA- 0OKAEOS on fEOPK AEOÏ ; supposition qui , au premier a bord, aurait pu sembler admissible, bien que dans le fait elle manque de fondement.

1 fin savant antiquaire allemand, M . Gôtt lin g, qui visita Syracuse» un an après moi ,

et qui fit, sur te théâtre, des observations qu’il a consignées aussi dons le Hheinische Muséum, 11* Jahrg. (i833) p. io3-

109, a été plus heureux que moi; il a retrouvé encore les lettres ...20AT. Du reste, le résultat de ses observations s’accorde , h bien peu de chose prés , avec les miennes ; ce qui m'autorise â croire que ce résultat, acquis, à une année de distance, par deux personnes différentes qui y ont apporté toute l'attention possible, mérite quelque confiance.

* Voy. planche II, o** 3 et 4

' Voy. Capodieci, nntiehi Manu menti dt Siraaua iUustrati, t. Il, $ 17. 18, ao. Siracusa , 1 8 1 3 , in-4* ; et la Venta in prospetto , etc. p 74 , Mcssina, 181 8, ie-8*. Cf. Torremua. Skil. wt. Inscript . cl. vu, n. 11, p. fia : AKAEOÏ. . . . .<ï>PONl. ....

ET<J>PONIOT *, dont un autre antiquaire , qui ne paraît pas avoir recherché par lui-même les traces de ces inscriptions, bien qu’il ait été sur les lieux, a voulu faire IEPOKAEOX ETOPONOX, ou même HPAKAEIAX IEPONOX’; toutes suppositions trop éloignées des caractères qui subsistent et trop arbitraires pour mériter la moindre confiance. La huitième et. la neuvième division, enfin, ne présentent que des traces de lettres qu’il est absolu- . ment impossible de distinguer*. Tel est le résultat, assez peu satisfaisant sans doute , mais aussi exact que possible , de deux journées entières d’observations employées au théâtre de Syracuses 4 , en mettant à profit les diverses projections d'ombres

1 D'après un tableau dressé parle chev. n y a pas regardé de très-près; sans corop- Landolina, et exposé actuellement dans le ter que ce qu'il dit des médailles de Phimusée de Syracuse» , M. GôtUing a relevé listis accuse bien peu de connaissance de cette inscription de la manière suivante, ces monuments. On voit avec quelle lé- 1. L p. iob : H'AKAEoZ E * WoNloT, qui gérelé, artistes, voyageurs, antiquaires, arsctnblc ne plus laisser aucune incertitude, chitectes, si l'on excepte M. Gôllling.ont ® Lcttcra sopra ana ûcrixione del teatro procédé jusqu'ici dans l’examen d’inscrip- Siracusano, p. 5, 20 et Au tions dont il est cependant assez facile de

1 M. Donaldson rapporte de la manière vérifier l'état actuel , pour peu qu’on y emsuivante les inscriptions dont il s'agit, sans ploie quelque temps et quelque attention, doute, d’après le tableau du ch.Landolina, Au reste, les fouilles récentes qu’a fait cité dans une des notes précédentes , p. 5 1 : entreprendre M. le doc de Serradifidoo

Cuneus A : Inscription effacée. dans le théâtre de Syracuses l'auront sans

B : BAI1AI1£A£ NHPIUA02 doute mis en état de nous donner sur ce

- C : BAI LAISSAI «WAI1TIA02 point, comme sur tous les autres, le ré-

- ■ ■ D : BA£IA1££A£. . . ,N02 sultal le plus satisfaisant.

■ E : AI02 . OATMIIIOT * J’avais fait dessiner, avec tout le soin

■■ F : DAN. . . A AN. possible, paru» habile architecte qui m’ac-

■ ■ ■■ G : HPAKAE02 ET<I>PONIOT compagoait , les inscriptions et les frag-

H : A.., A.. .P ments d’inscriptions du théâtre de Syra-

1 : Inscription effacée. cuses , de manière à pouvoir en retracer

M. Hugues, dans U description qu'il donne fidèlement, sous les yeux de mes lecteurs, du théâtre de Syracuses, TravtU in Sicily, Tétât actuel et la disposition, ainsi que la etc. 1 . 1 , p. 99 , cite comme étant entières forme des caractères; ce sont ces dessins les inscriptions: AIOX ÜATMILIOT et HP A- qui forment le sujet de la planche 11 ci- IAEOÏ £Td>PON10T ; ce qui prouve qu'il jointe.; voy. n*‘ 1 , 2 , 3 et 4.

et de lumières qui s’y produisaient aux diverses heures du jour; et voici maintenant ce qu’on peut, à mon avis, en inférer de plus probable.

I. Les noms de plusieurs rois et reines de Syracuses servaient à distinguer un nombre égal de cunei, d’après la place que trois de ces noms, au moins, ceux des reines Néréis et Philistis, et du roi Gélon, ou Hiéron, occupent sur le mur d’appui de la précinction 1 . II. Si l’inscription AIOZ OATMIUOT, qui dut être gravée sur la cinquième division, a été fidèlement copiée, ce qu’il est aujourd’hui impossible de vérifier, mais ce qui parait bien probable, les noms des principales divinités de Syracuses, telles que Jupiter Olympien, avaient été employés au même usage. III. Les noms des princes et princesses de la dynastie des Hiéroclides, qui se lisent, à une place aussi marquante du théâtre de Syracuses , prouvent que ce théâtre appartient à l’époque de la domination de cette famille*. Telles sont les notions à peu près certaines qu’on peut retirer de ces inscriptions. 11 ne reste plus qu’une question à décider; c’est de savoir si les noms quelles présentent indiquent les places respectives affectées aux personnages dont

‘ C’est ce qu'avait présumé Visconti, d'après la place même que ces inscription»

occupaient , Iconograpk. Grecq. t, II , p. a a , note 1 ; et IWear que lui prèle l’auteur de la Lettre citée plus haut, page 26 : la quale Vùconti erronea mente pretese che appartenesse ad una statua di qnella regina, prouve que cet auteur n’avait pas bien lu ou qu’il n'avait pas bien compris le texte de Visconti.

* A l'appui de cette induction , j’observe que la construction du théâtre d’Achradiue était duc à la munificence d'Hiéron H, Diodor. Sic. xvi, 83 . Cétait aussi dans ce même quartier d'Achradine où était si-

tué le théâtre, qu’avait été érigé par le même prince ce magnifique autel dont parle Diodore , 6 vXi&tov rôti &eéerpw /Sajpés , en sorte qu’Achradine avait été particulièrement embellie par lliéron II. Je remarque encore que M. RalLgeber, qui a réuni avec tant de soin toutes les notion»

qui concernent le» deux Olympieion de Syracuse» , altgem. Encyclopetd. von Ersch und Gruber, au mot Otympieio a xu Syrahu, p. 266-349, n'a pourtant fait aucune mention de l'inscription AI02 OATMHJOT, qui devait , suivant moi, se rapporter à l’O/ympiéton d'Achradine.

xr.

il s’agit. Plus d’un savant s’est déjà prononcé pour l' affirmative. Ainsi , l’un des antiquaires cités plus haut admet qu’aux mots BA2IAIESA2 «MAISTIAOS, AIOS OATMTllOT, il faut sousentendre TOIIOE, et traduire en conséquence : {place réservée) de la Reine Philistis; (place réservée du Grand-Prêtre, ou des Prêtres) de Jupiter Olympien 1 ; et l’on a cru trouver, dans des fragments d'inscriptions, provenant du théâtre de Milo, ainsi conçues: NEANÏXKwv TOXI 04 , Tonox TMNÜ&v , place des Jeunes Gens, place des lfymnodes i * * , un exemple tout à fait analogue. Il n’v a cependant aucune parité réelle à établir entre des inscriptions telles que celles du théâtre de Milo, relatives à des ordres entiers de citoyens, qui avaient en tout temps leur place déterminée à ce théâtre, et les neuf inscriptions correspondant aux neuf ctinei du théâtre de Syracuses, inscriptions où figurent des noms de personnages réels ou de divinités locales 5 . il est bien plus simple et bien plus naturel de croire qu’on s’est servi de ces noms uniquement pour distinguer les

1 Annal, dclV 1ns lit. di Corrisp. archeol .

t. I, p. 345. On remarquera que, dan» Je même endroit , il est dit que les génitifs BA21AKLA2 «MAIïmOS , BA2IA12ÏA2 NHPUIAOl, en soas-en tendant rdvoe, désignent les places de la reine Philistis, de la prtneesse royale Nèrêis; ce qui tend à attribuer au mot BA£IAI££A2 , employé dans la même circonstance, deux significations différentes, uniquement pour parer à la difticultéqui résulterait de l'existence contem-

poraine de deux reines qui auraient siégé , au ru Ame titre , dans le même théâtre.

1 Annal. dell'Instit. di Corrisp. archeol.

5 Dans «des théâtres comme ceux de la Grèce, presque tous taillés dans le roc, ou revêtus de marbre et destinés à une

longue existence , on conçoit qu'il y ait eu des places marquées pour des ordres de citoyens, pour des corporations d’individus; qu’il y ait eu la place des Kphèbes , rétto« iÇij&xàr, celle des Sénateurs, |SoiAcv7<xàs tôttos , comme dit Suidas; mais on ne conçoit pas de même qu'il y ait eu des places pour tel ou tel personnage , pour Jd nrw« Philistis, pour la reine Nèrèis , a moins d’une raison particulière, d’une circonstance locale on accidentelle; car, dans le cours des siècles suivants, qui eût occupé cès plaœs spéciales ? qoi eût siégé h ces places réservées ? et dès lors à quoi eussent servi, en d’autres temps et pour d’autres personnes, ces inscription» gravées pour des personnes qui n’étaient plus ?

"Diglttzrra by-GoQflle

diverses parties du théâtre; qu’on a dit, par exemple, le cuneus de la Reine Philisds, le cuneus de Jupiter Olympien, au lieu de dire le troisième, le cinquième cuneus; en un iqot, que ces désignations étaient purement honoriiiques ; et cela, dis-je, est plus simple et plus naturel que de supposer quelles indiquaient la place réelle de la Reine Philisds, celle du Grand-Prêtre ou des Prêtres de Jupiter Olympien. L’ellipse un peu forte qu’il faut admettre, et la supposition passablement arbitraire qu’il iaut se permettre, pour interpréter cette inscription, AIOX OATMIÏIOT, comme s’il y avait, TOtlOX AM<I>UIOAOT ', ou bien, TOIIOX IEPEON AIOX OATMIÏIOT, place du Grand-Prêtre, ou place des Prêtres de Jupiter Olympien ; cette ellipse et cette supposition sont médiocrement autorisées par l'exemple qu’a imaginé un autre critique , en disant que chez nous , si le clergé des diverses paroisses d’une ville avait ses places marquées dans un lieu public , on pourrait bien mettre au-dessus des places, places de Saint-Pierre, de Saint-Jacques, de Saint-Jean, pour dire places réservées au clergé de Saint-Pierre, de Saint-Jacques, de Saint- Jean *. Je laisse à d’autres à décider si cet exemple est aussi heureux et aussi décisif qu’il le semble à son auteur; et je ne m’arrête pas à discuter jusqu'à quel point cet expédient, tiré de la présence du clergé de nos paroisses dans un lieu public, est ingénieux en soi et applicable à une question d’antiquité grecque. Je me borne à dire que la première explication , proposée d’abord par Visconti et admise par la plupart des antiquaires 5 , est véritablement la seule qui soit conforme à la nature

* 1 Ce supplément, proposé par l'auteur

de la Lettre citée plusieurs fois , p. 4 a , et admis per M. Eberl , ïtxsXiou», p. ia8, i 46 ), n’a pas obtenu l'approbation de M. Gôttling, /. I. p. 107, dont je partage entière* ment les idées sur ce point , de même que

sur les autres restitutions imaginée» par le même antiquaire.

* M.“ Letronne. Joum. de s 8*9. 1817, juillet, p. 391.

* M. Donaldson dit simplement que les inscriptions du podsam avaient pour objet

des choses, et à l’usage ordinaire delà langue 1 . Je me contenterai de citer, à l’appui de cette opinion , un seul exemple , qui, bien qu’emprunté à l’antiquité romaine, ne s’en applique pas moins directement à notre objet. Entre autres honneurs rendus à la mémoire de Germanicus, Tacite rapporte que l’ordre Équestre appela du nom de ce prince le cuneus distingué auparavant par le nom des Jeunes Gens : Equester ordo cuncum Germanici adpellavit, qui Juniorum dicebatur 5 . C’est absolument de la même manière et avec la même intention que les divers cunei du théâtre de Syracuses portaient les noms de plusieurs princes ou princesses de la race des Hiéroclides, joints à ceux des principales divinités de Syracuses. Mais je puis ajouter une dernière considération qui a été négligée par le critique. Il existe des tesscres qui avaient servi pour la célébration des jeux du théâtre et du cirque, et qui portent, avec des inscriptions, telles que celles-ci: AA€A*OI, AICXTAOT, relatives à la représentation des Adelphes, à celle de drames d’ /Eschyle, d’autres inscriptions, AIIOAAQN, KACTOSP, APHC 3 ,

to distinguait ihe cunei, apparemment parce qu’il ne suppose pas quelles aient pu avoir une autre intention. M. Hugues explique encore mieux cette intention, dans les termes que voici, Travels,l, p. 100 ; «The intent of lhese inscriptions was posaibly to prevcul Uie cou fusion among tbe multi tude; thus if each person's tessera, or ticket, had been niarked with a moUo, correspooding to any parlicular Cuneus, he would bave insUnÜy known bis place upou bis entranco into the lheater. * U est probable , en effet , que chaque spectateur recevait une letsère où était indiqué le numéro du connu sur lequel il devait aller se placer, au moyen d'une inscription semblable à celle de ce cuneus, avec une lettre

numérale correspondante à chaque gradin.

1 Je nomme particulièrement M. Gôttling, qui, dans sa dissertation , citée plusieurs fois , sa r les Inscriptions da théâtre de Syracuses, s'est expliqué de la même manière que moi l'objet de ces inscriptions; voy.

p. 107-108 ; et je profite de cette occasion pour me disculper contre l'espèce de reproche indirect qui m’a été adressé par l'éditeur du Rheinische Muséum , IV** Jahrg.

1“ Ileft, p. 7a, *), de n’avoir pas connu cet écrit de M. Goltling, publié en i 833 .

en faisant observer que mon mémoire avait été lu à l’Académie en 1 83 1 ; voy. ibidem, p. 64 , 3 ).

* Tacit Annal 11, 83 .

* Les tessera citées ici , ont été publiées ,

“ Drgitizedi:

suivie# de lettres numérales, qui ne pouvaient avoir pour objet que d’indiquer, par le nom du Dieu, le cnnens, et par la lettre numérale, le numéro de la place qu’on devait y occuper. C’est ce qui a été expliqué de la manière la plus satisfaisante , selon moi, par le savant et judicieux Morcelli 1 , et ce qui paraît prouvé par un certain nombre de tessères de plomb, connues des antiquaires, et portant au revers d’une tête ou d’une figure de Divinité, indiquant le cunâtu, des lettres, telles que celles-ci : C. XIIC, ou XC, qu’on ne peut guère interpréter que de cette manière: cuneas. daodecimus . circcnsibus, ou : caneus. decimus. circensibus *. Mais en voilà suffisamment sur ce sujet.

Je terminerai ce que j’avais à dire an sujet des médailles de l'époque de Pyrrhus , par la description d'une de ces médailles, déjà connue, mais d’une manière imparfaite, et qui, à raisonnes particularités rares et curieuses quelle présente, autant qu’à cause des opinions singulières dont elle a été l’objet, mérite d’être soumise à un examen approfondi. C’est

avec d'autres d'un genre analogue , par Fabietti , Isucript. c. fn , p. 53 o , par Caylns,

Recueil III, pi. LXXV 1 I, i>* 1, Recueil IV, pl. LiV r n°’ ni , îv, v et n , el par les Académicien* d llercolanum , qui les ont accompagnées d'observations savantes et judicieuses, Pittur. d'Ercolan, t. IV, prafiu.

p. m-*; sans qu’il ne subsiste encore pla»

d'une difficulté grave sur le-yéritable objet • de cette sorte de monuments.

1 Ypj. sa Distertmiêne delle TesseredegU spettecoli romani, pukUée, avec des note* pleines de savoir et de critique qui complètent et achèvent d'éclaircir le sujet, par M. le docteur J. Labos , Milano, 1 827, in-8*, p- i- 5 a.

* il paraîtrait qu’après avoir admis, sur ce point, l'interprétation de Bianconi, de*

Circhi, p. 26, Morcelli aurait depuis changé d’avis, deSlyl vet. Inscript . p. 287, et préféré de lire: cenaculum duodecimum ; voy.

U note zix, p. 44 . de M. Labus. C'est, d'ailleurs, une notion suffisamment établie par des inscriptions antiques, telles que celles des frères Arvalet, que l'attribution de certaines places, dans les théâtres romains, à certaines classes de magistrats ou de prêtres ; voy, la xllli* table des frères Anales, avec les doctes commentaires de Marini, Fratell. Arval, t. I, p. 22 4 , sgg.

Mais il reste encore plus d’une observation à faire à ce sujet ; et c'est un point d'antiquité que je me suis réservé de traiter avec quelque détail , en publiant un asser grand nombre de plombs antiques inédits de notre Cabinet.

une monnaie d’or, du module ordinaire, qui fait maintenant partie du cabinet de M. le duc de Luynes 1 . On y voit, d’un côté, une tête de Femme, tournée à gauche, les cheveux flottants, serrés par un large bandeau brodé en perles, et orné de palmcttes à la partie supérieure. Le col de cette femme est décoré d’un collier, et sa physionomie offre un caractère idéal. Derrière, dans le champ, sont gravées, en monogramme, les lettres Al’; et le type est renfermé dans un cercle de globules. Le revers présente une Figure g aidant un quadrige à droite, avec les lettres Xll, gravées au-dessus, dans le champ, et la légende 2TPAKOEIHN, à l’exergue.

Ce qui Irappe, au premier coup d'œil jeté sur cette médaille, c’est le style et la fabrique,- qui appartiennent, sans aucun doute , à la plus belle époque de l’art syracusain , et

1 Voy. pl. I, n. i 3 . Cette médaille a été décrite deux foi» par M. Mionncl, Description, etc. t. I, p. agi, n. 708, ol Supplément 1 , p. 426, n. 474. comme s’il en existait deux exemplaires différents, et, chaque fois , avec une évaluation différente ; ce qui prouve, pour le remarquer en passant, l'inconvénient de ces estimations arbitraires.

11 est certain néanmoins qu'on ne connaît encore qu’un exemplaire de la médaille en question, celui du chevalier Landolina, qui fut publié par Torremuna , AuctarA, tab. vu , n. 1 , et qui , du cabinet de M. Carelli , entre les mains duquel je vis encore cette médaille en 1827. a passé depuis dans la collection de M. le duc de Luynes, qui l'a fait graver, dans son Choix de médailles grecques, pl. Vil, n. io. Du reste, la gravure de Torremuzza n’est guère plus exacte que la description de ML Mionnct, attendu que ni l'un ni l’autre n’eurent la médaille même sons les yeux. C’est ainsi, par exemple , que le premier n’a tenu au-

cun compte des lettres 20. du revers, que le second a lu 2 A, dont il serait difficile, en tout cas , de faire un nom grec. — Depuis que ceci a été écrit, il s’est présenté un second exemplaire de cette rare médaille, qui a été acquis pour le Cabinet du roi, et que je publie, pl. I,n. 1 4 - Celte pièce ne diffère absolument en rien , quant À la tête et au type du revers, de celle qoi vient d’élre décrite ; mais elle offre deux variantes importantes, la suppression des lettres Ar, du côté de la té te, et le remplacement des lettres 20 par les lettres AT, gravées , non plue au haut du champ, mais à l’exergue, audessous de la légende 2 TPAK 02 IÜN. Or cette circontance de la suppression des lettres Ar, seul appui des opinions qui voyaient dans ces initiales un nom deFeine, acquiert par cela même une grande importance , co même temps qu’elle détruit toute objection raisonnable contre l’idée que cette tête idéale est celle d’une Divinité, et conséquemment celle de Junon

très-probablement au siècle d’Agatliocle. Il n‘e6l pas moins certain que, par le type, comme par le caractère de la tête, elle se distingue de la série entière des monnaies de Syracuses connues jusqu’ici. C'est cette singularité qui a donné lieu de voir dans dans cette tête ornée d’un riche diadème , un portrait de Reine, que les uns ont crue être Lanassa, fille d’Agathocle, et femme de Pyrrhus 1 , les autres, Alcæa, femme d’Agathocle 2 * ; sans pouvoir, du reste, appuyer l’une ou l’autre supposition qu’à l’aide du mongramme AP, où l’on a vu , tantôt les initiales d'Agalhocle*, tantôt celles d’ Alcæa. Mais, je le dis sans crainte et sans détour; il faudrait renoncer à faire de la numismatique une science sérieuse, s’il était permis d’en interpréter les monuments d'une manière aussi arbitraire, ou d'en tirer des notions aussi contradictoires. L’idée que la tête diadcmée, gravée sur cette médaille, offre un portrait de Reine, esH»ntraire à tout le système des monnaies syracusaines , où l’on ne connaît pas de portraits de souverains antérieurement à l'époque d'Hiéron II ; et les suppositions dans lesquelles on est obligé de se jeter, pour rendre compte de cette exception unique à un ensemble de faits et de monuments si bien d’accord 4 ,

1 C’était l'opinion de M. Carelli, «yii devait la développer dans «on Recueil de Médailles de la Grande-Grèce et de la Sicile , dont U publication, longtemps retardée, du vivant même de l'auteur et depuis sa mort , n’a répondu qu’imparfiftitement au vœu de la science. U n’a paru, en effet, jusqu ici ( i84oj, que ia Première Partie de ce recueil , comprenant seulement les médailles de la Grande-Grèce; la Deuxième Par-

tie t consacrée aux médailles de la Sicile, est

restée encore inédite; et il est 4 craindre qu'elle ne soit tout À fait perdue pour le

monde savent.

* Voy. U Lettre à M. le duc de Serradi faim, p. io-i l.

* On ne concevrait pas pocnquoi, sur cette seule monnaie , le nom d Àgathode serait ainsi exprimé par un monogramme, tandis que, sur la série entière de ses monnaies, d’or 4 d'argent et de brome, son nom s'y produit toujours en toutes lettre», ATA0OKAEOZ, accompagné tle son titre de roi , BA21AE01.

* 11 faut voir, dans l'opuscule cité plus haut , toutes les suppositions à l’aide desquelles on essaye de prouver que «elle médaille fut frappée par Agalliocle, en mé-

sont tellement gratuites et tellement dépourvues d'autorité, qu elles ne méritent pas une réfutation sérieuse. La manière dont on a voulu lire le monogramme K , pour en former les initiales du nom n'est pas moins étrange, ni moins

contraire à tous les principes de paléographie admis jusqu’ici. En voilà plus qu'il ne faut pour combattre une attribution qui ne repose sur aucun fondement solide; et voici maintenant ce que l’examen et la comparaison xles monuments permettent d'avancer de plus probable au sujet de cette curieuse médaille.

La fête qui s’y voit gravée est, à n'en pas douter, une tête idéale, et conséquemment celle d’une Déesse; le riche bandeau qu elle porte, orné de perles et de palmctles, avait été de tout temps un attribut de la divinité, avant d'être devenu celui de la puissance souveraine; et personne, tant soit peu versé dans la adÉiismalique, n’ignore que, sur une foule de médailles de la Grande-Grèce et de la Sicile 1 , la tête de Janon se montre ceinte d'un pareil diadème. Quoi donc de plus vraisemblable, de plus conforme à toutes les données de la science, que de voir, sur cette médaille, la tête de Junon diadémée, comme on voit, sur les. nombreuses monnaies de Syracuses , les têtes de presque toutes les divinités helléniques? Le monogramme AT,

gravé derrière cette tête, de même que les lettres XQ, qui se lisent au revers, appartiennent sans doute à des noms de magistrats, comme on en a tant d’exemples sur la monnaie même de Syracuses. Mais une remarque qu'il était bien facile de faire.

moire de ses succès contre les Carthaginois , cl avec le portrait de sa femme , en signe d’affection conjugale, il faut. tJis-je , voir tout eda, pouravoirainc idée del’nhus qu’on peut faire de l'érudition, quand die n’est pas cclairee par une saine critique et par la pmtique des monuments.

1 11 suffit de rappeler les belles médaille»

de Crotonc, imitées à flyrina , a Postdoma et ailleurs, avec la fêta de Janon, de face, laquelle tête est ceinte d'un large bandeau omi tle [satinettes. On voit un bandaaa semblable à des têtes de Divinité qu’on peut prendre pour Janon , ou pour CVrèf , sur des médailles de 7'auromcniam et de Thermie, eu Sicile.

et qui a pourtant échappé à tout le monde, c'est que le même monogramme AI\ du côté de la tête, avec les mêmes lettres EQ , au revers, se trouve sur toute une série de médailles syracusaines qui offrent la tête de Pallas casquée, d'un côté, et, de l’autre, la figure de Diane chasseresse. Ces médailles, qu’on possède sous deux modules différents, en deux métaux, l’or et l’argent 1 , sont d’un style et d’une, fabrique qui accusent l’époque immédiatement antérieure à Pyrrhus; elles forment, à mes yeux, la transition entre la monnaie d’Agathocle et celle de Pyrrhus et d’Hiéron II; et comme la sigle K , et les lettres Eli, qu’on y voit, formées et distribuées absolument de même qu elles le sont sur la médaille d’or qui nous occupe 2 , ne^uvent désigner que des noms de magistrats, constamment indiqués de cette manière, par monogrammes ou par initiales, plutôt, à mon avis, que des noms d'artistes, qui s’exprimaient ordinaire-

1 Voy. TorremuaÆ , SiciL tet. Numirm.

lab. um il , 18, et üui, 1; Mionnel, Description, etc. t I, p. 3 oo, n* 1 786, 787.

S suffit de comparer la tête de Pallas casquée , gravée sur ces monnaies d*or et d’argent , avec la tête toute pareille qui forme le type ordinaire des médailles d'or d’Agathocle, pour y reconnaître la même fabrique. le même travail , et, pour ainsi dire , l'œuvre des mêmes mains : d'où l’on pourrait être tenté de . croire que ce monogramme désigne un artiste , plutôt encore qu'un' magistral Celte indication se trouversât c<mlarmée par l’obèervation, qui sera faite plus bas, que le monogramme /F, gravé sur les monnaies d'argent ‘en question et sur la médaille d’or contemporaine, se rencontre aussi sur des monnaies d'or d’Hiéron 11 , qui doivent être postérieures de quelques années. Ce seul exemple suffit pour montrer de quel intérêt et de quelle

utilité pourrait être l'étude des monogrammes, pour parvenir à déterminer s’ils désignent des magistrats ou des artistes; question vaste et difficile, à laquelle je n'ai pas cru devoir loucher dans ma Lettre k M. je duc de Luyne» sur les Noms des Graveurs des monnaies grecques.

1 Jobsenre aussi que le monogramme se rencontre sur des médailles d'or d'Hiéron II-, je possède une de ces médailles , dont on trouvera le dessin sur la planche I,n. i 5 . Une autre observation, qui n’est pas moins décisive aux yeux de toute personne versée dans la paléographie numismatique , c’est que la forme des lettres du mot ÎTPAKolIQN , avec l’o plus petit que les autres lettres , indique , sur notre médaille d’or, une époque qui doit la rendre à peu prés contemporaine des médailles de Phiiistis et d’Hiéron U.

ment en entier, mais en très-petits caractères 1 , il suit de là que, sur cette médaille elle-même, d'une fabrique d'ailleurs toute semblable , ce monogramme et ces initiales se rapportent aux mêmes noms, et conséquemment, quelle doit être rangée dans la même période monétaire, sans y chercher des portraits de personnages ou des allusions à des événements d'un autre âge ; choses qui n’y sont pas, et qui ne peuvent y être, d’après tout ce qu’il y a de principes admis dans la science numismatique.

Je termiuerai cette discussion sur les monnaies des Sicéliotes, rapprochées de celles de Philistiset de Pyrrhus, par la description d’une de ces monnaies, tout à fait nouvelle et inédite, qui est entrée récemment dans notre Cabinet du roi, et qui uous avait été apportée de Sicile 2 . Cette médaille d’argent, de moyen module, offre sur la face principale une tête de Femme tournée à gauche, coiffée en cheveux, avec de riches pendants d’oreilles et avec un collier de perles; au caractère de cette tête, aux bijoux dont elle est ornée et au symbole du pavot, qui est gravé derrière dans le champ, on y reconnaît sans la moindre hésitation Proserpine, Le type du revers est une Fictoire ailée guidant un biije à gauche , avec le monogramme HZ, gravé au-dessus dans le champ. Nous connaissons déjà ce monograme, qui se reproduit, à cette même place, sur toutes les monnaies des Sicéliotes; et, sur ce seul indice, nous serions sullisamment autorisé à comprendre cette pièce nouvelle dans la série des médailles des Sicéliotes, dont elle offre d’ailleurs la fabrique, d’une manière tellement palpable pour tout homme exercé dans la numismatique, qu’elle produirait, à défaut de toute autre preuve, une conviction entière. Mais il y a plus; une

1 Voy. ma Lettre à M. le doc de Luynes lou le a les preuves à l’appui de celle opii ar les Noms des Graveurs du monnaies grec- mou,

gués, Paria, j83i, in-4°, où j’ai recueilli * Voy. planche I, n- »7-

observation attentive m’a fait découvrir, après même que j’avais déjà rangé cette médaille dans la classe de celles des Sicèliotes, un commencement de légende placé à l’exergue, dont il ne subsistait plus que les lettres ZIKE, appartenant au nom ZlKEAinTAN , qui avait en grande partie disparu par le fait d’un accident de monnayage, comme cela a eu lieu aussi pour la partie supérieure de la tête de Proserpine; car, du reste, la médaille est intacte, et, on peut dire, à fleur du coin. Voilà donc une nouvelle monnaie des Sicéliotes, qui accroît d’un type pareillement nouveau la série si rare et si intéressante de ces monnaies; et, ce qui ajoute encore au prix de celle-ci, c’est quelle est jusqu’ici unique, à ma connaissance.

Après les digressions où je me suis laissé entraîner par le rapport intime qui existe entre des monuments contemporains, tels que les monnaies de Pyrrhus et d’Hiéron II, les médailles de Philislis et les inscriptions du théâtre de Syracuses, il ne paraîtra pas hors de propos que je dise quelques mots d’ufte inscription très-cnrieuse, relative à ce même Hié— ron II, dont je ne crois pas qu’on ait encore donné la véritable explication. Cette inscription, découverte, il. y a peu d’années, dans les ruines de l'antique 'Acrœ, la moderne Palazznlo, est gravée sur une petite base de marbre, en caractères d'une forme excellente, et avec un soin extrême, qui exclut toute idée d’y soupçonner la moindre faute et d'y faire le moindre changement; elle se trouve actuellement au musée du baron Judica, à Palazzolo même, où je pus la copier en 1827, époque où j’ignorais encore quelle venait d’être publiée par l’auteur de la Lettre 1 souvent citée à M. le duc de Serradi-

1 Lcttera, etc. p. 37*4o. L’auteur de même savant justifie cette expression par celto Lcitrt a ki , à la cinquième ligne, AT- un texte de Puusauias, iv, 33, 5, et il, NA12I 8EAI2T, leçon qui dilRre de la 1 1 , 3. Il eut été plus h propos de citer une mienne, et que je ne crois pas exacte- Le inscription giropic de Tauroménium , pu-

falco. Quoi qu’il on soit, cette inscription est ainsi conçue 1

ÊÉ K

EI1IAPI2TOAAMOÏ TOTSnEIIilOT NTmIoS IEPQN02 MNAM0NET2A2 ATNA1Ï OEAI2.

La principale difficulté que présente cette inscription vient du mot NTM4>OI, mot inconnu jusqu’à présent, employé comme il l'est ici, et suivi du participe MNAMONETEAX^au singulier. Une autre difficulté moins grave résulte du sens même qu’il semble naturel d’attacher à ce participe MNAMONETEAX, celui de consacrer un souvenir ou -un monument. Or ni l'une ni l’autre de. ces difficultés ne me paraissent encore résolues, ni par l’antiquaire qui a le premier publié .cette inscription, ni par le critique qui , en rendant compte de ces diverses explications, sans on approuver aucune, en a proposé une nouvelle 2 . Le premier, après avoir essayé d’interpréter le mot NTM<f>Ot, comme synonyme de NTM<i>ArfirOI , arrêté par l’irrégularité de syntaxe qu’offre la construction de ce mot pluriel avec un participe singulier, s’est décidé à voir ici un nom propre NTMIOS," ou même NTMCdîN , suivi d’un autre nom propre IEPÛNOE, ce qui réduirait l’inscription à une forme trèsordinaire, et conduirait à l’interprétation que voici: Sons /1nstodarnus, fils de SSsibius (prêtre ou magistrat?), Nymphus (ou Nymphùn ), Jils d'Hièron, ayant consacré ce souvenir aux Chastes

hliée par Torretmiraa , Inscript. nov. colite. rl. i, n. il. p. et ainsi conçue : DISAIS \rNAI 2 XAPISTHPIQN; Cf. Arcbilocli.

Fragm. lxxvsh, p. 187-8. cd. Liebcl.

Hymn. Il orner, ad Cerer. p. 438 . Je pense , du reste . avec ce savant , que le» expres-

sions ATHAf 6E AJ désignent exclusive ment, sur nos inscriptions de Sicile. Cirrt et Proserpinc.

* Voy. planche U. n. 9. m

* Lctronne, Jtwrn. des 8 *v. 1827. juillet, p. 391-92.

Déesses. Suivant le second, à qui la leçon NTM<t>0£, ou plutôt NTMŒIOE, paraît certaine, et qui tranche ainsi la plus forte difficulté, le participe MN J AMON ET£A£ doit s’interpréter par : ayant exercé la charge de Mnémon; d’où il suit que l’inscription devrait se traduire : sous Aristodamus , fils de Sâsibius, Nymphiu, fis d Iliéron , ayant été Mnémon, ( a consacré ce monument) aux Chastes Déesses. Tel est l’état de la question.

Les deux interprètes, en supposant que le marbre pouvait être corrigé de manière à lire NTM<J>OX, ou NTM<t>IOX , ou NTM<t>ON , ont fait une supposition inadmissible. S’il est, en général, imprudent et dangereux de corriger des textes, uniquement parce qu’on y trouve, soit des mots nouveaux, soit des locutions insolites , ce système, dont on a beaucoup abusé, a bien plus d’inconvénients encore quand il s’agit d'inscriptions comme la nôtre, simples dans leur objet autant que concises dans leur énoncé, gravées d’ailleurs avec tout le soin possible, dont la conservation est parfaite, et dont l’intégrité ne laisse absolument rien à désirer, rien à suppléer. Le mot NTM<t>OI, quelle que soit la difficulté qu’il présente, est indubitablement la leçon antique; je m'en suis assuré par uue observation attentive', par un examen répété à plusieurs reprises : et sur ce point l’on aura d’autant plus lieu de s’en rapporter à mon témoignage , que ma copie s’est trouvée d'accord avec celle deM. Panofka; et cela, quand nous ne pouvions manquer l’un et l'autre d’être frappés de la singularité de ce mot et de l’irrégularité de cette construction l . C’est à quoi n’avait pas réfléchi le critique, qui avait admis si légèrement la leçon NTMŒOX, ou NTM<l>IO£ comme certaine, tandis quelle est certainement fausse. La leçon NTM<î>OI ainsi constatée, toutes les suppositions fondées sur une leçon différente tombent nécessairement

' Feu M. ThorUcius avail lu aussi : NTM$OI IEPÛN02.

d’ellos-mêmcs. Il ne s’agit donc plus que d’expliquer les mots NTM<DOI IEPONOX, si cela se peut faire avec l’aide des monuments que nous possédons , ou de les déclarer inintelligibles faute d'un pareil moyen; ce qui vaut encore mieux, tout fâcheux que cela puisse être, que de recourir à des corrections arbitraires et à des suppositions hasardées, qui sont toujours faciles au savoir le plus médiocre , et qui 11e produisent que des notions 1 * * fausses. Mais ce n’est pas là heureusement le cas où nous nous trouvons par rapport à notre inscription.

Bien que le mot NTM<I>OI soit nouveau pour nous, qu’il n’ait été indiqué par aucun lexicographe , et qu’il ne se soit produit encore sur aucun monument, ce mol, qui put fort bien exister dans la langue dont nous sommes si loin de posséder le vocabulaire entier, est eu tout cas très-facile à expliquer par l'analogie. Si le mot Nti/oc fut d’un usage général pour signifier une jeune fille en drje d'être mariée ou récemment mariée, le masculin a pu être employé, dans quelque

dialecte de la Sicile 1 , ou d’ailleurs, pour dire un jeune homme nubile, au lieu du dérivé Nuj utplot, qui exprimait généralement cette idée 4 . Les mots dStAtpii et qui offrent la

même forme et le même rapport que Nüfc0o$ et vien-

draient à l'appui de cette observation, et dispenseraient de citer d’autres exemples semblables. Mais, à défaut même de ces

1 Jobsenre que Théocri te, dans son dia-

lecte syracusain « disait ir 6 m SeXatra , Idyll.

il , 69 ; eu qui offre un exemple Équivalent. i'i»! objectait que Ikrrvx pour

II 6 tvis est ici une forme pot* tique, je répondrais que, sur un vase peint, où Ton ne peut admettre une,. pareille explication, VLsconUa lu la mémo acclamation, IIOTiS.V 2BAÀNA; voy, dans le recueil de Tisçhbein , 111 . 44 . le vaao qui a suggéré h Vis-

conti cette ingénieuse idée, et dans le Cabinet Pourtalès, p. 20, 74), l’observation môme de Visconli.

' Miigti. Etytucd. e. KvpQioç- 4 ynfier^g Tv%«i>v. L'idée qu'exprimait le mot tjiOeot, dès les temps homériques , Phol. ®

iU6eos’ b a&par yàfwu éx?* * yr)x ppui*. .répûndr*il à. celle que j’atta.

dicrais au mol N iippos; voy. Mutiler, Antiq. Abhnndl. . p. a 1 3-

exemples, et sans considérer que le mot Nti^po* est formé d’après toutes les règles de la langue, et qu’il n’a contre Ini que de ne s’étrc encore rencontré dans aucun texte, ce qui est le cas de tous les mots nouveaux qui s’y présentent pour la première fois, j’observerai que ce mot a bien pu faire partie de quelque dialecte particulier de la Sicile. 11 n’est pas de monuments écrits de la langue des Grecs de ce pays qui ne nous offrent, à mesure qu’on en découvre, drâ expressions nouvelles • et singulières qu’il faut bien nous ‘résoudre à accepter comme authentiques, en attendant que nous puissions leur trouver un sens propre ou une expression analogue; et ce n’est pas un si grand malheur que cette nécessité d’enrichir nos dictionnaires au moyen de ces mots nouveaux qui peuvent ajouter à nos connaissances. Sans sortir d’Acræ, colonie syracusaine, dont presque tous les monuments, recouvrés dans ces derniers temps, portent l’empreinte d'un goût exquis et d’une des plus belles époques de l’art et- de la langue grecques, les inscriptions qu’on y a découvertes en dernier lieu et que j'y ai copiées, renferment quelques autres mots tout aussi nouveaux et non pas plus intelligibles que celui de tel est, pour

n’en cher qu’un exemple, le mol d>PAAATHP, pour désigner un emploi public que sa relation avec celui d 'écrivain, de secrétaire, TPAMMATETE KAI ®PAAATHP, nous permet d’expliquer comme une espèce de scribe et d’orateur public, différent du KHPT3, prœco. Mes lecteurs ne seront sans doute pas fâchés de trouver ici une de ces inscriptions d'Acræ où se produit le titre en question, fidèlement copiée; elle est sur urte base de marbre blanc 1 : u ‘

Celte inscription, copiée aussi par a été pnbliéo, over d’autre# marbre» de la fet* M THorlacius , qui visita Paiaxcoiol collection du baron Judica, dam ie Giom, dana te coûts de la même année que moi, Arcad. di Homa. 1 1. XXAV , p. 33ç , »gg.

<MÀ0KPÀTH2 A4*P0AITA1 ATOPANOMOI KMTflNKPITflNOS AIONT20AÛP02ZQnYPOTEIlirON02EIIirONOT EÏ<M>AI02KAAA1KPATE02 I PAMMATET2 KAI TPLAKAAAPXOI <I>PAAATHP

AAM0KPATH2API2T0KPATE02 nTPPIX02 API2T0rEIT0T ATEA2ATEA TI10rPA<J>ET2

An0AAnNI02ATAeON02 AAMOKPATH2<WAIOT EAûPi2AnoAAnmor tfihpetax

API2TCXPANH2APXATA0OT APiSTOMI.NHXZÛIITPOT HPAKAEIAA2AAMATPI0T KAPTS

API2TEA2SEXON02 MENEKPATH2202IO2.

Mais , pour ne pas nous écarter de notre inscription , je pense qu’en voyant, dans les NTNl<I>OI qui y sont nommés, une classe de Jeunes Gens en âge dêlre mariés, nous serons bien près de la vérité, sans avoir fait aucune violence ni au monument ni an génie même de la langue. C’est, d’ailleurs, une notion qui s’accorde parfaitement avec le mot qui suit, IEP0N02; mais, pour montrer cet accord, qui me fournira un moyen d’interprétation que je crois péremptoire, j’ai besoin de rappeler auparavant une inscription' publiée dans les recueils d’inscriptions de la Sicile , et qui se trouve à peu de distance de Noto 1 :

EnH'TMNA2I APX0 (»)

API2TIÛN02T0TArA6 (apxox)

<MAI2TIQN02T0TEniKPAT («*) NEANI2K0I 1EP0NEIO (.).

Cela ne m'empêche pas de reproduire ici la copie que j’en avais faite; cl j'userai de la même liberté pour quelques autres do cas inscriptions, ou ma copie diffère en un petit nombre d'endroits de la le^oo suivie par le savant antiquaire danois. Ce sont autant de variantes qui peuvent servir à

constater le véritable texte des monuments ; et plusieurs témoignages au lieu d’un seul ne sont pas inutiles, quand il s’agit de fixer une leron telle que NTM^Ol-

1 Voy. Biacari, Vioggio, etc. p. iui V inscription est rapportée par Gualllien.

Antiq. tobai p»*5o, o' 33g; par G ru 1er

H n’a pu échapper à aucun des savants qui ont publié ou reproduit cette inscription, parmi lesquels je citerai seulement Torremuzza, Burmann, et en dernier lieu M. üsann, qu’il s’agissait ici d’un vœu accompli par les Jeunes Gens tï un gymnase fonde par le roi Hiéron. Les mots Nfd.mrx.oi 'Upaniov, sous-entendu rv/xvourtov, ou , comme j'aimerais mieux, 'Updmoi, ne peuvent s’interpréter autrement que ne l’a fait Burmann : Juvenes Hieronei , idest, gymnasii ab Hierone conditi 1 ; et, à l'appui de cette explication , M. Osann a rappelé fort à propos le témoignage d’un écrivain grec concernant les établissements gymnastiques dus à la munificence d’Hiéron II*. Ce point établi, il reste une observation à faire; c’est que, parlcmotNfa.v«nu>P, on entendait une certaine classe de Jeunes Gens, parmi ceux qui fréquentaient le gymnase, et qui devaient être distribués çn plusieurs troupes ou catégories, en raison de leur âge. 11 est probable, en effet, que, sous la dénomination générale d 'Ephèbes, ’E^nCoj, qui désignait la totalité des Jeunes Gens admis aux exercices du gymnase, on comprenait plusieurs divisions, correspondant aux principales périodes de l'adolescence ; et , sans sortir de la Sicile , cette notion résulte positivement du passage delà célèbre inscription de Géla*, où il est question:

p. en ; par Burmann, ad Dorvil]. Sicul p. 544 ; par Torremuua , Sicil. vet. Inscript. d. vin, n“8, p. loi , et, en dernier lieu, par M. Osann , de Philùùd. p. 1 7.

1 Ignnrra, qui admettait dans le mémo sens l'expression Neowtrxol wvciot , trouvait un exemple analogue dans ces mots : kxî taxüv Traii&v , de l’inscription de Naples qu'il a publiée, v. a 4 et 27, de Pal Neapolitan. c. iv, p. 66 , et dans ceux-ci ; noXrrorôv Tuilvv , d’une autre inscription napolitaine, apud Cersin. Dimrt. agon.

* Athen. V, 10, p. 006, E : Ô & 1 èptov, à 2< v p ix o\tO iw paat'kevï , à nivla P co pâlot* Çfkoç , itnrovbàxet pèv xai vepl Uputv xal rrMNAïlûN xaraexxeués.

* J'ai cité plus haut, p. 78, une inscription du théâtre de Milo , où il est question de la place qu'occupait k ce théâtre une classe d'Lphèbei ainsi uomtuéc :NEANI 2 JLüN TOIIOÏ. Sur un marbre grec deThyalire, apud Gud. Prerfat. Appeud. n* xxvu , a . il est lait mention des NEAM 2 kÜJ d'uu gymnase.

* Burmauo,aùDorvül.iSic«i.p.5io,»4q

Tûiv re Etp-iïCa» xs 4 NÉûirtpdi)* X 94 rw ru» <tir8<St/ou.t'»«* é$

ro vouvaa-io»; car ce passage uous fait connaître trois classes de personnes admises dans le gymnase; 1 ° les Éphcbcs proprement dits, ou jeunes t/ens de seize à dix-lmit ans 1 ; a* les Adolescents d’un âge plus tendre , Nsdrrepoi ; 3° et le reste des personnes qui, sans doute, ayant passe làge de la jeunesse, avaient obtenu la permission ou conservé l’habitude de s’exercer dans le gymnase, o < aàâoi oi to y\ju.v<x. ertev.

On sait qu’il exista ailleurs des catégories de ce genre plus ou moins nombreuses, à raison des coutumes particulières des villes grecques. Sans parler des ’AAei^tfinoi, nommés sur une inscription de la Sicile 1 , on connaît les ’Ayéveioi x sq n<uït<, dont il est fait mention sur plusieurs marbres grecs 3 , comme

1 Vân -Dal. de iiyuuuu. p. 66 1; Prid. HAPXON IIPAKAEIOT (sous-entendu ària-

Man*. Oxo n, xv, 87. lijaav , értpijaav'j. Le» mémos nom» »e re

’ Apud Gualther. n* 3 iG, p. 48 . Celte produisent souvent sur des inscriptions inscription se lisait sur une base de statue d' Aéras, entre lesquelles je choisis encore érigee à un personnage, nomme Al'Aj celle-ci que j'ai copiée À Palauolo :

EnMTPAKA[no]rnOÏF.IAIOTA<rPO(»<Tai)

ArOPAKOMOI A AIKPATI12 APIETOSF.NOT EIPAE AEI A A2AIIOAAO AÛPOTNIK AEIUNAPTEMONOX IIPAKAEI0EAFA8QN02 E(pprre)OE 0EO*HAOT TPIAXA AAPXOI rPAMMATETÏ

APIÏTOMAXOEAIONTSOAQPOTIIATEANIASXOIIOI A A M A IN ET OX ATK UNOX T1I0FPA<PEE£

HENQNAPIÏTEA TIIPIMOEXUÏIUX

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