Tome I, page 195, note
Lettre de Robert Vion à Girard de Saint-Legier, son beau père, touchant la paix dit Roi et du duc de Bourgogne , et la prise de Liège.
Des nouvelles de par deca , monseigneur le duc estant en la ville de Peronne , le Roy de France fit ce honneur à mondict seigneur que de le venir veoir en icelle. Hz ne furent point ensemble quatre jours ou cinq, qu'ilz ne feissent promesses et sermens sur la vraye croix, avec ung traictié, de non jamais avoir guerre ne hayne à rencontre l'ungde l'autre; mais ont juré la paix perpétuelle, amour et reunion ensemble : tellement que, ou cas que se le Roy vient ou fait au contraire dudict traictié et serment et de tout ce qui est contenu en icelluy, par luy ou par autre, directement ou indirectement , il perdra tous les fiefz et hommaiges des pays que mondict seigneur tient de France : aussi demourront tousjours à mondict seigneur ses vassaulx cl subgectz, quittes et deschargiez de tout serment tie fidélité i et de toute obéissance et ressort que «le présent ilz doivent au Roy, à sa coroune et a sa court de parlement.
Semblablement , s'il advient que mondict seigneur face au cas pareil , il confisquera au Roy tous les pays, terres el seigneuries que mondicl seigneur lient de la
coronne, comme le duchié de Bourgoigne, le conte de Flandre, etc.
Les gens du Roy et de mondict seigneur besoi lignent fort pour mettre le traictié pareseript, lequel, comme je pense, sera fait et scelle dans dix ou xn jours; lequel, incontinent après l'acomplissement d'iceluy, vous envoyeray la copie : et , comme j'ay peu veoir et entendre , les articles qui s'ensuivent seront comprins oudicl traictié.
C'est assavoir que le Roy doit confirmer, ratiflier et entretenir le traictié d'Arras, et tous les points et articles contenus en icelluy.
Item. Doit le Roy confirmer et observer le traictié
faitàConflans, en tant qu'il. louche mondict seigneur, et tous les traictiés et transpors faiz lors par le Roy à mondict seigneur.
Item, Que les aliez et confederez de mondict seigneur seront comprins oudict traictié de paix, se comprins y veullent eslre et joir de l'eflect d'iceliuy, en tant qu'il luy pourra touchicr.
Item. Mesmement especialement monseigneur île Savoye, messeigneurs de Genève et conte de Baugey frères, que les terres, places et forteresses qui leur ont esté prinses leur seront rendues, et tous interestz et dommaiges restituez.
Item. L'alience d'Angleterre sera nommeemenl réservée, tant celle que monseigneur a aux Angloisquc l'alience qu'ilz ont à luy et qui est réciproque; et aussy les terre» et autres pays de la marchandise faicte entre U'dki ion «l'Angleterre el mondict scigueui , cl plu-
S52 MÉMOIRES DE COMMYNËS. [ 1468]
sieurs autres choses, comme verrez oudict traictié briefment, lequel je vous envoyeray comme dit est.
Le Roy a esté ou Liège avec mondict seigneur et avoit avec luy belle compaignie de ses gens, desquelx y a eu plusieurs qui ont eu coppees les gorges, de nuyt, en leurs loigiz, par les Liégeois qui couroyent de nuyt. Nous fusmes bien près d'en avoir autant, mon maistre et moy; car ilz vindrent courir sur noz loigiz, sur une nuytié, mais les gens d'armes qui estoient loigiez en nostre villaige où nous estions, à ung quart de lieue de la cité, les rebouterent. Lesdictz Liégeois ont fait beaucop de maulx, de nuyt, durant quatre ou cinq jours.
Monseigneur le duc a envoyé monseigneur le bastard ou pays de Franchement, là où tous les Liégeois se sont retraiz, pour les combatre, lesquelx Liégeois se sont fortifiiez oudict pays.
Monseigneur lit mettre le feu en la cité de Liège le jeudi derrenier passé.
Je espère que mondict seigneur sera en ceste ville de Bruxelles dans trois ou quatre jours, et de là s'en yra tenir son y ver à llesdinavcc madame la duchesse.
Escript à Bruxelles le \n' jour de novembre mil imf soixante et huit
" Itioi . lu , vis., ir 8,448*, loi. .'.Ot>.
j 1 IGO 1
(15 janvier 1469.) Tome 1, page 141, note ?.
Relation de l'assemblée tenue à Bruxelles.
S'ensieult la congrecacion des nobles, rpie faicte estoit en la grant salle de Brouxelles, le dimence XV* jour de janvier Fan mil iiucLXVlll1 derrain pass<S et comment ceulx de la ville de Gand obtindrent , ou dict parlement, de très hault, très victorieux et très redoubté seigneur et prince monseigneur le ducChar-
' \£68y style <lu temps; 1469. selon notre manière actuelle de compter. M. Dewez, d'après Philippe de Commines, place la répara tion faite par les Gantois à la suite de la première expédition du dm Charles dans le pays de Liège, c'est-à-dire à la fin de l'année 14^7 ( Hist. de la Belgique , t. Y, p. u5 et suiv. ) La pièce? qui est insérée ici prouve qu'il a commis un anachronisme, et c'est une erreur qu'il importait essentiellement de relever, car les événements qui se pas sèrent en 1468, savoir rabaissement de Louis XI et la destruction d<- Liège, exercèrent sans doute une grande influence sur la nature du châtiment infligé par le duc aux Gantois.
Je dois encore faire remarquer que, dans les Preuves des mt'moire* de Commines, t. III, p. 90, «dit. de Lenglct du Fiesnov , on trouve un acte en date du huitième jour de janvier 1 4G8 ( i4<io, nom . st. ) contenant relation de la cassation faite, ledit jour, du grand privi lege des Gantois. Si cette indication du huitième de janvier ne provient pas d une faute de copie ou d'impression, mais si elle est exactement reproduite d'après l'original de l'acte, comme la chose me parait probable, il en résultera que le compilateur du registre di près trompé par ses souvenirs, aura pris un dimanche pour l'autre, et qu'il aura rapporté au dimanche 1 » janvici ce qui s riait passe* le dimancln précédent. (>!te note est de M. Gâchai <l, ainsi que le suivante
les de Bourgoingne, de Lottier , de Brabant, de Lembonrg et de Luxembourg, conte de Flandres et autres pays, par sa très bénigne clémence et très excellente bonnairité et noblesse , de leur derraine offense et désobéissance.
Premièrement, estoit ladite salle aournee et circompendue1 de très riche tapicerie du grant roy Àlixandre, Hanibal et aultres nobles anciens, et mondict seigneur le duc estoit assiz en icelle salle ou capital*, et, pour tribunal, en une très riche chayere' moult noblement parée et circompendue de draep d'or, et pareillement dessoubz ses piedz, dont certains degré? estoient mis descendant de ladicte chayere, et au plus bas degré estoit assiz 1res hault et puissant prince monseigneur Anthoine, bas tard de Bourgoingne, conte de la Roiche, seigneur de Bevre et de Beuvry , comme premier chambellan de mondil seigneur le duc, et ayans à ceste cause et instance la charge et cognoissance aux aflairescy après ensievans.
Item. Assez prez de ladite chayere de monseigneur le duc estoit ung aultre très riche siège, moult noblement aourné , sur lequel siège estoient assiz, assavoir : premièrement, monseigneur l'cvesquc de Liège, due de Bullon4 et conte de Loz, messire Phelippc de Savoye, frère de la très noble et li es excellente dame
' Aounici' et circompendue, urnw Ii'ihIhc
1 Ou t tifulal 'in rapiltil , |>oui <r Inulmn-, jr crois, par itu h,;u! ilr la salit ).
1 Chai l it laulcml
1 /lllffofl (MMII linllllii'll
madame la#royne de France, et très hault et puissant prince monseigneur AdollF de Cleves , conte de La Marque et seigneur de Ravestain1.
llem. Aprez ce estoient en ordre assiz, en très riches sièges, très haulx et puissans seigneurs messieurs de la noble Thoyson d'or qui illecq estoient, et par conséquent* les aultres nobles, chascun en ensuyant son chief , dixiesme et aultrement, ainsy qu'il apperlenoit : ce que moult riche et noble estoit pour veoir.
Item. Pareillement estoient oudit parc1 plusieurs estraignes ambassiades 1 , comme de France, d'Engleterre, de Hongarie, de Bohaigme, de Naplcs , d'Arragonne , de Cecylle , de Cyprès , de Norweghe , de Pole n, de Danemarche, de Ruisse0, de Lyfland7, de Pruisse, d'Auteriche, de Mylan , de Loin-
* Dans l'acte du 8 janvier mentionné ci-dessus, sont cités, comnu présents à la cassation du privilège des Gantois, M' Louis de Bourbon, évèque de Liège; niessire Philippe de Savoie, comte deBaugé; messire Adolphe deClèveu, sieur de Kaveslain; M. le duc dcSommeisel messire Louis de Chàlons, seigneur de Château Guyon; messire Hugues de Chàlons, son frère , seigneur d'Orbe; messire Antoine, bâtard de Bourgogne, comte de la Hoche en Ardennesj messire Pierre de Beaulîremont , comte de Charny ; messire Charles de Chàlons, comte deJoigny; les seigneurs d'Arcy, de Crequy, de la Iloche, de Cless\ . et grand nombre d'autres barons , chevaliers, écuvers, gens de conseil et autres de tons états.
1 Par conséquent , ensuite.
Oudit parc. Ce mot est mis ici poui l'enceinte dn hu ai ou .iv.n» lieu la cérémonie
1 Estraignes ambassia<Us , pour ambassadeur* étrangers.
' De Pale, probablement de Pologne
" Ruissc , pour Russie
fjy/faml . mot Hautain] /./»•.*///.
bardie et aiiltres1 : ce qui estoit moult merveilleux pour vcoir.
Item, Les petis officiers de la court de mondit seigneur le duc, en ensuyant, prindrint illecq entour leur repos sur bailles * à ce faictes en ladite salle , ung chascun en ordre et selong son estât et office.
Item. Estoit illecq en icelle salle, faicte moult richement de charpentaige , une rue comme ung chemin , pour les venans, passans et sejournans, dont, ou moyen d'icelle rue, lesdits officiers de mondit seigneur, chascun en ordre et selon sa dignité de son office, comme dit est, estoient mis et assiz.
Ores, pour scavoîr la cause d'icelle congregacion et parlement, il est vray que, audit jour, monsieur Olivier de La Marche , chevalier , et Pierre Bladelin , dit Leestmakere, maistres d'ostel de mondit seigneur le duc, comme députez ad ce de par mondit seigneur, vindrent de la court de mondit seigneur jusques sur la place appelée Catuleberghe, devant la court, où lesdits de la ville de Gand estoient assaniblez et venus
1 C'est une particularité notable que ce concours d'ambassadeurs auprès île la personne «lu duc Charles. Jamais peut-être aucun souverain des Pays-Mas ne se vit environné d'autant île représentants de princes étrangers. Celte particularité, comme tant d'autres, n'avait pas été signalée par les historiens Coiltmincs se borne a dire fllt'tl se trouva, a l'assemblée où les Gaulois vinrent demander pardon de leurs offenses, beaucoup d'ambassadeurs, tlara'tts, et, d'après lui,
M Devve/, ne parlent que des .inibiss tili ni s «lu roi il Angleterre, des ducs île Ihetagne «•! «le lieni. M. de Haranlc si lai: sut la cérémonie r|ui cul lieu an palais «l«- Uruvlles liiuilx l.ai ru'-res. io <pn toi I
1469] PREUVES. 2j7
de la maison de Bruxelles1, assavoir : ceulx de la loy, les cinquante deux doyens des mestiers et jurés d'icelle ville de Gand, lesquelz ilz conduisirent moult gracieusement de ladite place jusques en ladite court, chascun doyen ayant devant luy la bannière ouverte de son mestier sur une lauce, dont ilz attendirent, en la place d'icelle court, en la nege, plus d'une heure et demye ; et , quant ils vindrent et entrèrent par l'intercession de leursdits conduisseurs en icelle salle, ilz se misrent chascun avecq sa bantiiere trois fois à terre moult humblement , avant qu'ils entrèrent oncques oudit parcq, là où ilz estoient chascun en ordre appelles , et misrent illecq chascun leur baniere devant les piés de mondit seigneur le bastard de Bourgoingne, criant tous ensamble et unaninùter très humblement merchj : ce que moult piteulx estoit pour veoir et oyr.
lient. Apres ce incontinent estoit illec leu tout au long le grand previlege desdits de Gand, et par especial du renouvellement de la loy d'icelle ville, etc. Et, ce fait, après ladite lecture, demanda monsr messire Pierre, seigneur de Goux et de Wedergrate. chancellier de Bourgoingne !, à la personne de mondit
• De la maison fie. Bruxelles, c'est-à-dire, je crois, de l'hôtel de ville de Bruxelles.
1 M. Dcwez, t. V, p. '^5, d'après le commentateur de Philippe de Commines, attribue cet acte à Guillaume llugnnct, tpii ne fut pourvu «le la charge de chancelier de Itourgognc que le •»'-> mai i47' (Voy. les Mémoires pour servir a I Histoire de France et de Bourgogne, l. II, p. Le même commentateur va plus loin a propos de l.i con-
lll. 17
258 MEMOIRES DE COMMYNI-6 [ 14G9 ]
seigneur le duc que chose lui en plaisoit estre faicte : dont moi h ii t seigneur respondi incontinent que on adnulleroit du tout ledit previlege. Et ce oyant, mons( maistre Jehan Le Groz, premier secrétaire et audiencier , prinst ung canyvct 1 ou tailgeplume , et cassa ledict previlege, présent tous assistens.
Item. Ce fait, commencha mondit seigneur le duc proposer pluiseurs raisons par manière de lamentacion, touchant les derranieres guerres de Flandres, allégua ns tout au long leurs oifences et mesuz*, el quel manière ilz avoient tenu envers la très haulte et noble personne de feu le puissant duc Phelippe , cui Dieu absoille, son père, en pluiseurs manières; leur aussy signifiant et demonstrant comment il avoit esté tousjours de toute sa puissance en leur ayde , en tous lieux , et pour les excuser devers sondit feu très noble pere; soy entre tous aultres choses complaignans, en dénotant de sa très noble fille, quant il la faisoit quérir devers lui à Bruxelles, que à paine icelleon povoit ravoir; par ce assez demonstrant que quant, il se conOioit le plus en eulx , qu'ilz avoient offensé grandement contre lui , et, que plus estoit, quant il cuidoit recevoir son pays de Flandres et jurer de tenir et entretenir les previlegcs , etc., ils avoient encoires plus
ilamnation de Hugonct par les Gantois en 1477, il dit « Les Gantois haïssaient le chancelier, parce qu'il avait déchiré leurs privilèges' -
F.t v.tih justement rnniine <>n cent l'histoire'
1 Cauy vet , canif.
* 'Menti , mêlait*, ilms
grandement et vilainement offensé et getté leur venin, etc.
Item. Proposa encoires au propos comment ilz avoient, en remuneracion 1 de ce que dit est, commenchié à faire quatre points : premièrement, comment ilz avoient, à sa requeste, fermé les portes*; secondement, comment ilz avoient illecq apporté leurs banieres, comme dessus est touchié; tierchement , comment ilz avoient très humblement cryé merchy du très énorme crime de lesemagesté qu'ils avoient perpétré ; quarteraent, comment ilz avoient apporté leurs previleges, dont dessuz est assez noté : par lesquelles obéissances , se vous entretencs lesdites promesses , et les volez desservir, d'estre noz bonnes gens et enffans, ainsy qu'il appertient, vous porez obtenir nostre grâce, et nous vous serons ung bon prinche et archimandrite ; concluans en oultre, eu leur demandant se* satisfaction entière povoient avoir fait de leurdite
' Ixemuneracion , dédommagement , réparation.
* Aux Preuves des Mémoires tic Contînmes, t. III, p. 85, edil cidessus citée, est un acte du conseil de Flandres, du dernier décembre i46K, constatant que les portes de Gand dites Spitaelpoorte , Vctrcccllepoorte et porte de Saint -Lie'vin avaient été fermées aux jours inarques par le duc.
Page Sj du même tome, il y a des lettres des eclievins des deux bancs et des doyens des métiers de la ville de («and , en date du 2 janvier suivant, par lesquelles ils renoncent à leurs bannières, à l'ouverture desdites trois portes, au privilège qui leur avait été accordé par le roi de l iante pour l'élection de leurs erlievms , à l'exemption «les confiscations el aux autres droits dont ils jouissaient.
5 Se . si
ofïenceel vilaine désobéissance: à quoy , comme bien fait à présupposer, ilz ne respondirent mot.
Et par ainsy fina1 ledit parlement de la paix de Gand , laquelle nostre benoît saulveur Jhesus Christ , par sa bénigne grâce , veulle confermer et corohorer d'estre entretenue jusques au finement de ce siècle'.
(T> septembre 1469. )