Tome I , page 2Î3 , note
Lettre de J. de Molesme aux gens des comptes à Dijon , touchant
le siège d'Amiens.
Très chiers et honnorez seigneurs, je me recommande à vous tant comme je puis. J'ai sceu le trespas de feu mon bon roaistre, maistre Jehan Gros, dont j'ay esté et suy si desplaisant que je ne pourroie. Je prie à Nostre Seigneur qu'il veuille avoir pitié et mercy de son ame. Monseigneur a pourveu vous, maistre Mongin, de son lieu, comme le verrez par ses lettres. Des nouvelles, monseigneur et sa compaignie, ou nombre de xxxm combat ans, est logié en une abbaye nommée Saint Acheul, près d'Amiens, ainsi que Larey est près de Dijon, ou environ, et aujourd'uy, ou demain, changera sondit logis, et se aprouchera de ladite ville, à moins d'un trait d'arc, oultre la rivière de Somme, et du costé de France. Hz sont dedens ledit Amiens environ vmm bons combatans des meilleurs du royaume, et y est le connestable en sa personne, l'admirai de France, le conte de Dam pin art m , les seigneurs de Craon et de Courssol, Salcsart et plusieurs autres capitaines, et sont fournis de bonne artilierie, qui resveille souvent la compaignie. Le Roy est à Beauvais, à xmi lieues d'icy , et vouldroit bien mondit seigneur et ceulx de sa compaignie qu'il s'aprouchast de plus près, pour combatte; car mondit seigneur ne désire que la ba-
taille, el les François ne veulent, sinon faire guerre guerriable. Desjà, par deux fois, mondit seigneur en sa personne, à tout une partie de ses gens, s'est mis aux champs, hors de son parcq, en délaissant sondit parcq fourny pour la garde d'icelui, en intention de eombatre lesdils François; mais ilz ne tirent point avant. Se les Bourguignons estoient vcnuz, Ton feroit ung autre logis oultre la rivière, au moien duquel la ville seroit comme assegee, et se donne l'en merveilles de ce qu'ilz demeurent tant. Dieu , par sa grâce, les Yueille garder et préserver de dangier, car l'on dit qu'ilz ont eu une destrousse contre eulx ou pais de Bourgoingnc, au lieu de Bussy, qui est fort à croire! Journelment viennent gens devers mondit seigneur, especialment picquenaires, que ceulx de Flandres et de Brabanl lui envoient, lesquelz picquenaires sont fort crains desdits François, pour ce qu'ilz tuent leurs chevaulx. Nous avons eu au commencement disete de vivres, lelement que ung home mangeoit bien pour quatre petars de pain le jour; mais à présent nous avons foison vivres, et à bon înarchié. Dieu, par sa grâce, vueille garder et préserver mondil seigneur et sa compaignie, et lui doint victoire contre ses ennemis! Hier lui vindrent nouvelles certaines qnc le josne duc de Jullers, qui tics llesdin s' es toit parti pour aler devers son pere, retourne devers mondil seigneur, etamaine en sa compaignie m' lances, mille arbaleslriers à cheval cl nl conlevsinicrs à pied. Lesdicls François ont fais aucuns domina iges ou pais de Haynnau. Mais les llayiuiicrs et lirabaiu ons .se
sont mis sus, telement qu'ilz sont de vm à xm combatans à pied et à cheval pour garder le pais, et desjà ont fais de grans dommaiges à leurs voisins, especialment au connestable, qui est cause principal de ccste guerre. Dieu l'en vueille pugnir, qui scet et congnoist la vraye et juste querelle de nostre bon prince! Il est vrai que, puis quatre jour en cà, aucun parlement s'est fait et continue avec ledit connestable, ouquel parlement ledit connestable a esté seul de son parly , et, du costé de monseigneur, y ont este monseigneur de Marie, monsieur le bailli de Charrolois, et les seigneurs de Humbercourt et d'Aymeries. Je y ay esté la derreniere fois. Dieu, par sa grâce, vueille si bien drecier les choses, que puissons retourner en paix , car c'est piteuse vie que de guerre î Je ne scay autre chose , pour le présent , qui à escripre face. Et, pour ce que n'ay le temps ne loisir de si longuement escripre, je vous prie que res présentes vueilliez communiquer à monseigneur ie président, en moy recommandant à sa bonne grnee. Au surplus, j'ay entendu que Ernoulet Macheco fait difficulté de moy paier les gaiges et drois de la Chambre, ainsi que mondit seigneur le m'a accordé par ses lettres patentes, comme savez, et prent son excusation sur ce que en ma personne je n'ay prius possession de l'office, dont je me donne merveilles; mais je scai bien qu'il laisse.... partir argent de ses mains. Si vous prie que lui en vueillez parler, et lui remonstrer que à lui n'appartient interpréter cesle matière; car Dieu sert qu'il n'a tenu i l ne tient à moy que je ne
soye pieeà pardelà, et est la chose que je désire le plus. Et , se aucun appointement se fait, soit de paix ou de trêves, je ne sejourneray gaire par deçà. Très chiers et honnorez seigneur, adez me signifiiez vos bons plaisirs, pour les acomplir à mon povoir, à l'aide de Nostre Seigneur, qui vous ait en sa benoite garde. Escript en ï'ost à Saint Acheul lez Amiens, le xxv* jour de mars (1470, v. s.).
Le tout vostre serviteur ,
J. de Moles m es.
Suscriplian : A mes très chiers et honnorez seigneurs messeigneurs des Comptes, à Dijon1.
(Novembre 1471.)