LIVRE QUATRIEME
(11 mai 1475. ; Tome 1, page 326, note 3.
Capitulation de Corbîe accordée par le Roy à M. de Cou ta y.
Que le sieur de Contey aura sauf conduit pour s'en aller luy et tous ses gens de guerre estant audict lieu, et conduis, se besoin est, pour s'en aller à Arras ou ailleurs, où bon leur semblera ; et en pourront emporter, luy et tous ses gens de guerre, tous leurs biens et harnois, réservé l'artillerie qui demeurera au propre du Roy.
Tous ceux de la ville qui s'en voudront aller au paru contraire le pourront faire, leurs corps et leurs biens sauves; et leur a donné le Roy terme de huit jours de vuider et emporter les dessusdicts biens où bon leur semblera, ou les vendre cependant, si bon leur semble : et pareillement lesdicts gens de guerre auront lerme de huit jours pour vuider leurs biens, comme ceux de la ville.
Tous ceux qui voudront demeurer au partydu Roy auront leurs corps et leurs biens sauves, tant meubles qu'héritages , en rendant, par lediet de Contey, ladicte ville de Corbic ce jourd'huy à deux heures après midi;
laquelle il mettra es mains dudict seigneur pour en faire et ordonner son bon vouloir et plaisir.
Tous ceux qui voudront aller avec eux , avec leurs chariots et chevaux, pour aider à mener leurs bagues, faire le pourront durant ledict temps de huit jours, sans qu'on leur demande riens , et ne les pourra nul mener, fors que de leur gré et consentement. Fait à Corbie, le unziesme jour de may 1475. Disome'.
(20 mai 1475.) Tome I, page 326, note •'»■ Eschevinage tenu le xxixe jour de may l'an mil iuic lxxv.
« Sur ce qu'il a esté parle audict eschevinage des gens et habitans de Corbie, Mondidier, Roye et Doullens, qui estoient venus à refuge en la ville d'Amiens , à cause de ce que leurs villes avoient eslé démolies , arses et abatues de par le Roy, pour ce qu elles tenoient party contraire du Roy nostredict sire, et murmuroient aucuns que c'estoit ^rant dangier de tenir lesdictes gens et souffrir demourer en ladicte ville, pour ce que ils porroient faire grans incoiiveuiens eu ladicte ville, fust de bouter feux ou autres mezchefz,
1 But.. Roy., Ws., Partefhtitks Ht Pabbe /#< Cran.!
:iOO MÉMOIRES DE COMMYNES. [1475]
et les autres disoient que c'estoient bonnes gens qui estoient destruis et chassez hors de leur astre, et ne se sa voient où bouter, et s'ils estoient venus à refuge en ladicte ville, ils n'y estoient pas venu pour mal, et y avoient amené leurs femmes et leurs enfans. Finablement , tout considéré , messieurs ont ordonné que ils laisseront encoires la chose en Testât quelle est, sans en parler ne en faire esclande, et sera sceu par les paroisses quels gens ce sont et comment ils se gouvernent : et, ce sceu, y sera pourveu comme il apartiendra. »
Une autre délibération semble indiquer que les renseignements recueillis furent jugés convenables, car on permit immédiatement aux réfugiés des villes de Montdidier, Corbie, Roye et Doullens d'exercer leurs métiers à Amiens.
« Messeigneurs ont ordonné que toutes les gens de mestier, quels qu'ilz soient, des villes de Mondidier, Corbie, Roye, Doullens et autres villes destruites, qui sont venus à refuge en ladicte ville d'Amiens, y seront receuz à ouvrer de leurs mestiers, puisqu'ils avoient esté maistres et tenu leurs ouvoirs èsdictes villes, dont, par fortune de guerre et destrucion de leurs villes, ils se seroient partis; et ne feront aucuns chiefz d'œuvre, mais ils paieront les bien venues et droix fies mestiers selon la teneur des briefz de ladicte ville d'Amiens : et ainsi l'ont ordonné messieurs, tant qu'autrement y scia pourveu, cl sans préjudice aux droix, preemi-
nences et prérogatives des gens de mestier de ladicte ville, ne de leurs briefz '. »
(30 juin 1475.) Tome I, page 327, note 2.
Lettre de Louis XI au comte de Dampmartin *.
Monsieur le grant maistre, je vois en Normandie à grant haste , comme vous savez , cuidant trouver les Anglois prests à descendre ; mais je trouve que l'armée de mer, le jour devant que je arrivasse, s'estoit retraicte et descendue en terre, et habandonné la mer.
Quant je vys que nous ne faisions riens, il me sembla que, pour rompre le propos des Anglois de venir en Normandie, que je devoyc envoyer mes gens courre en Picardie, affin de leur destruire le pais de là, où les vivres les eussent suivys; et les ay envoyez entrer par le pont Saint Remy, pour ce que la Blancque Tacque n'est pas bien seure à grant compaignie ; et sont alez jusques à la mer, et ont tout brûlé depuis la
• mi* Registre aux délibérations de. In ville d'Amiens, cote T. — Communique par M. H. Dusevcl.
1 Nous avons donné ( I, ûvjj, note aj un extrait de cette lettre d'après Duclos. Son texte, que nous avons depuis collationné sur le manuscrit original, cité dans la note suivante, est tellement fautif qu'il nous aurait fallu, pour corriger notre extrait, le reproduire presque entier dans Y errata lions avons préfère donner iri lonle la lettre.
Somme jusques à Hesdin, et les faulxbourgs de Hesdin; et de là s'en sont venus, tousjours faisant leur mestier, jusques à Arras. Et mardi, environ un heures après midy, messire Jacques de Saint Pol, le seigneur de Contey, le seigneur de Coisancy (Carency), de Myremmont et le seigneur de Romont, saillirent pour rescourre le feu d'ung villaige qui est près de la ville, et ung grant tas de gens de pié après : nos gens saillirent des logeis, ainsi qu'ilz venoient se assembloient , et leur tenoient l'escarmouche ung frère du seigneur de Saint Lo, qui est au seigneur de Torcy, et l'autre, Gacyen d'Alyson , qui est à Salezart. Le bruit en vint où estoit l'admirai, qui monta à cheval pour y venir, et mist le Moyue Blosset devant, incontinent que le Moyne arriva. Il estoit desjà venu de toutes compaignies au bruit, et des Escossois. Chacun commencea à charger à travers, et ont esté tous prins ou mors. Jacques de Saint Pol est fort blessé en la teste et au visaige ; sa salade lui vola hors de la teste en s'enfuyant: le seigneur de Contey est prins , le seigneur de Coisancy de Bourbon, ledict Jacques de Saint Pol. Romont n'est point trouvé encores; bien dient que ung, à une robe de vcloux noir et une croix d'or, a esté tué, qui estoit tant deffait que Montemart, qui en est venu, ne l'a sceu congnoistre. Le seigneur de Myremmont n 'estoit encores trouvé; mais on dit que ung archer l'a. INoz gens se retirent : j'en envoyeray i mc lances à Eu, et feray porter les grains à Dieppe, et de la ville et de tout le pais, affîn que les Anglois ne trouvent riens; et si le roi d'Angleterre ne vient en personne,
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Eu se tiendra bien : si aussi il vient , on le depeschera de bonne heure, dès qu'on scaura qu'il est descendu à Calays.
ACalaysy a un ou vm Anglois, mais ilzne bougent; et n'en est pas venu ung pour se montrer devant noz gens. Vous en avez bien veu d'autres qui se feussent venuz monstrer.
M. de Lescun a esté icy pour se offrir, et disant qu'il n'avoit nul party avecques le duc; mais comptoit seulement la diligence que le seigneur d'UIfîe mettoit de faire le duc homme de guerre, et conseilloit que je y envoyasse le chancelier : ce que j'ay fait très volontiers.
Les Anglois prennent maintenant des Bretons sur la mer, et dyent qu'ilz les ont trahis. Je me tiens icy autour de Neufehastel tant que je saiche si les Anglois marcheront en Normandie ou non , et ay les gens d'armes de la bende de Normandie avec moy ; et foys fortiflier Dieppe et advitailler le mieulx que je puis; et si les Anglois marchent, ceulx de Eu se mettront dedans avecques ceux de monsieur le mareschal, qui sont Ve lances et ung bon nombre de francs archers.
Anthoine de Mouchet est devers le conncstable et maistre Jehan de Paris; je vouldrois que les Anglois ne descendissent tant que cest appoinclement là fust fait.
Je ne vous escrips point les nouvelles de la bataille de Bourgongne ; car vous les avez sceues beaucoup plus losl que inoy. J ay envoyé le bailly de Vermeil-
doys pour fournir Noyon de vivres. Si riens survient, je vous en advertiray. J'ay chargé ce porteur passer par Dampmartin , pour ce que je pense qu'il vous y trouvera. Et adieu. Escript à Croysy sur Andelle , le xxx* jour de juing. Loys. J. Mesme1.
(15 juillet 1475.) Tome I, page 34?, ligne 17.
Leltre de Louis XI uu chancellier.
Monsieur le chancellier, j'ay à ce matin eu nouvelles de Bar sur Seine. Le frère de Guiot Pot y a esté tué, et s'en sont alez ceulx qui estoient dedans chascun ung baston blanc ou poing, et a esté abatu et brûlé; et à ceste heure ay eu nouvelles que monsieur de Craon a prins Danvillier ; c'est assavoir la ville d'assault, et le chasteau estoit en composition.
L'empereur a escript à M. de Craon le partement du duc de Bourgongne de devant Nuz, et rescript qu'il s'en est parti à mynuyt et qu'il s'en est fouy. Hz cuident avoir son artillerie que les Alemans lui ont ostee; mais il n'en eust pas eu ung grain.
L'empereur s'en vient de tire à Metz sa personne avec bien \m combatans, et a envoie l'evesque de Munstre, avec bien x\m hommes, prandre la possession de Guéries
• Hibi . Ms . fmiU liethitif. 11*8437, fol. 64,
qui se sont tous rebeslez : el m'a envoyé ici ses ambaxadeurs pour me joindre avec lui , et a envoie quérir les Souysses et veult venir h Bar, lui et toute sa puissance : et a Je duc de Bourgongne departy son armée en trois, les Lombars en Luxembourg, pour faire guerre en Lorraine, les Alemans qui estoient en ordonnance en Guéries, pour garder ung peu de places qui lui sont demourees. Il vient sa personne en Picardie faire la guerre, et ameyne les Picarsde son ordonnance avec luy pour se joindre avecques les Anglois.
La bende que j'ay ici , c'est assavoir Stevenot le Moyne, Jehan Chenu et leBeauvoisien, sont alé courre devant Abbeville. Ceulx d'Abbeville sont sailliz à ung pont qu'ilz ontfortiflîé: dès que noz gens se sont trouvez xl archiers à pié, ilz ont gaigné la barrière el chargé jusques à la porte, et en ont beaucoup prius et tués, et fait noyer.
Je foys bouter le feu à Eu et l'abatre le mieulx qu'on peult , et tire tous mes gens sur les champs : et sommes (la garnison d'Amiens et nous) nm hommes d'armes, Dieppe gardé, sans compter mon hostel.
Monsieur le chancellier, je ne vous sauroie que escripre des Anglois, car ilz n'ont fait jusques ici que dancer à Saint Orner : ne ne scavons point au vray que le roy d'Angleterre soit descendu ; el s'il est descendu, c'est à si petite compaignie qu'il n'en est point de bruit, ne les prisonniers qui furent hier prins à Abbeville n'en scavent riens, et ne le croyent point, et a xl jours qu'il n'en descendit Anglois de eà. m. 2i)
Vous direz des nouvelles à monsieur de Gomminge et lui recommandez mes besongnes, comme j ay fiance en lui et à monsieur de Thieux et à monsieur le visadmiral. Et adieu; si riens survient, je le vous feray incontinent savoir. Escript à Gaillart Boys, le xv* jour de juillet. Lots*. J. Mesme.
(29 juillet 1475.) Tome I , page 373, note I.
Entrevue des rois de France et d'Angleterre à Picquigay.
Le vendredi, xxv'* jour d'aoust, l'an mil cccc lxxv, vint à Amyens le roy Loys, par la grâce de Dieu Roy de France, a tout une grande et noble armée, montant à plus de soixante mil hommes gens de guerre ; et alors y a voit traitic encomenchié entre lui et le roy Edouart d'Engleterre : lequel roy d'Engleterre estoit venu ou royaulme de France et acompaignié de trente mil hommes de guerre ou environ, et lui avoit fait venir le duc de Bourgongne pour estre à son ayde à
' Ribi.. rov., Ms. de dont Grenier, Picardie, i5* paquet, n° 5.
• IVous avons un peu légèrement peut-être assigné ( I, i65, note a ) la date du 'il août au jour de l'entrée de Louis XI dans la
ville d'Amiens, nous autorisant, pour ce faire, d'une délibération des magistrats de ladite ville, prise le i\ du même mois, et portant que le roi avait annoncé son arrivée pour le lendemain: il se put faire que, contrairement à cet avis, le roi ne soit entré dans Amiens que le ■ij août connue il est dit dans la pièce que nous publions ici. et qui présente la même garantie d'authenticité que la première.
l'encontre du roy de France. Mais le traitié fust fait entre lesdicts deux roys, et allèrent en la ville de Pinquegny, sur la rivière de Somme , où furent faites certaines barrières auprez desquelles furent lesdicts roys pour parler ensamble : et du costé du roy de France estoyent le duc de Bourbon, l'admira! de France j le grant maistre d'hostel de France, le mareschal de Loheac, le seigneur de Torçy, l'archevesque de Lyon et grant quantité d'autres grans seigneurs; et du lez du roy d'Engleterre estoyent le duc de Glarence et le duc de Clochetre, ses frères, le connestable d'Engleterre et aulcuns grans seigneurs. Le jour Saint Jehan decolace , audict mois d'aoust , environ quatre heures après disner, parlèrent les deux roys ensamble parmy lesdictes barrières, en touchant de leurs mains l'ung l'autre, et firent de grans honneurs les ungz aux aultres; et s'enclina ledict roy d'Engleterre par trois fois en aprochant le roy de France, et pareillement le Roy lui feit grant révérence. Et quant ilz orent parlé ensamble bien longuement (premièrement ilz avoyent de chascun lez, auprez dVulx, sept ou huit grans seigneurs), et après qu'ilz orent parlé de leurs besongnes et alîaires, qui dura environ tlemy heure, ilz firent chascun retraire lesdicts seigneurs qui estoient auprez d'eulx, et puis parlèrent ensamble tous seulz bien longuement et plus de demye heure. Et quant ilz orent ainsy parlé, comme; dit est, en grant Ivesse, se départirent les ungz des au I très, et s'en vint le roy de France à Amiens, et le roy d'Engleterre retourna en son ost où il y avoit de mil à \ vf tentes. Et, cemeismes jour,
monseigneur l'admirai de France montra au duc de Clochetre et aultres seigneurs l'armée du roy de France , qui estoit en plain champ au dessus dudict Pinquegny; et pareillement mondict seigneur l'admirai et aultres seigneurs a voient veu et visité, ledict jour, l'armée du roy d'Engleterre . Et ainsy furent faites trefves marchandes, l'espace de sept ans', entre lesdicts roy s, durant lequel temps les marchans de France et d'Engleterre porront aler, converser et marchander èsdicts pays de France et d'Engleterre les ungz aveuc les aultres, sans pour ce payer aulcun ayde, tribut ne aultre chose quelconque. Et pendant le temps que le roy de France fut à Amiens, lesdicts Anglois venoient chascun paisiblement, et leur faisoit faire le roy de France grant chiere
' Le 29 août. Voy. tom. I, 354.
• Registre aux chartes, titres et privilèges de la ville d'Amiens, coté C, fol. Q99. — Pièce communiquée par M. H. Dusevel.