RAULT
Mon frère, depuis les derreni ères lettres que vous ay escriptes et pour tousjours vous advertir des choses ainsi qu'elles surviennent, tirant mon chemin pour aller au pas Saint Germain , j'envoyay logier mon cousin Je conte de Montpensier et sa bende à une ville qui est à quatre milles d'icy, et prèsd'ung mille d'une autre ville appellee le Mont Saint Jehan, laquelle tenoit contre moy, et est une des places de ce pays autant renommée de force. Toutesfois, pour ce qu'elle eust peu porter quelque dommaige se je l'eusse laissée derrière, je trouvay, par conseil, que je la devoye avoir pour mettre en mon obéissance, feust par amytié ou par force; parquoy ordonnay à mondict cousin l'envoyer sommer, ainsi que l'on avoit fait sommer les autres par où je suis passé, ce qu'il feit par deux fois; mais ilz n'ont jamais voulu faire ouverture. A ceste cause, je partiz hyer matin d'icy, et m'en allay disner au logis de mondict cousin, et J'après disnee je desceudy devant ledict Mont Saint Jehan, lequel desja estoit par mon ordonnance assiégé avecques ung nombre de mes gens d'armes, et à mon arrivée feiz tirer
• Veroli vilto <l«-v Ktals <l< IT. Jis» .
mon artillerie » en peu de temps après donner J'assault en telle forme que, de la première poincie, ilz n'arrestèrent oncques demy heure que mesdictz gens ne fussent entrez dedens, et la prindrent par force en ma présence , dont je vous ay bien voulu advertir ; et vous asseure, mon frère, que je y veiz le plus bel esbat du monde, et ce que jamais n'avoye veu, et aussi bien et hardiment assaillir et combalre qu'il est possible. Au surplus, j'espere partir demain pour retourner au logeis de mondict cousin de Montpensier, auquel se trouveront tous les cappitaines de sa bende et ceulx que j'ay avecques moy, pour là , avecques eulx et par conseil, prendre conclusion de ce que j'auray aflaire pour aller gaigner ce pas Saint Germain , lequel l'en dit estre fortiffié par le duc de Ca labre qui y est en personne avecques ung nombre de gens. J'ay cejourd'uy receu lettres de ceulx de Laquille1, Iesquelz m'escripvent comme subgectz, et continuent de plus en plus en leur bon vouloir; et desja , en eulx declairant ouvertement, ont commencé à forger mon noye à mes armes, ainsi que pourrez veoir par une pièce que je vous envoyé cy dedens enclose*. Pareillement ay receu
' Aquila
* On connaît trois variétés des monnaies frappées an nom «lu roi Charles VIII à Aquila. Ces trois variétés sont gravées dans l'ouvrage de Le Blanc ( Traité fus t. des monnaies de France, p. 3i6 h). Le cabinet des médailles de la Bibliothèque du Koi en possède seulement deux que nous reproduisons ici.
i* l ue pièce d'argent portant d'un côte un ecusson .uix aimes du roi de France, surmonté d'une ronronne rouerie, rl rellr le-
.km mémoires de commîmes. nm\
lettres de la cite de Salmone', qui est une belle et graul
géode : CIIARLKS. ROI. DE. FRE (sic). A la pointe de l'écusson, un k.
Au revers : Dans une rosace, l'aigle des armes parlantes de la \ î Ile
d'Aqmla, et la légende | CITÉ. UE. LEIGLE. [sic).
•>.". Une pièce de cuivre portant d'un côte un ecusson aux arme» de France, surmonté d'une couronne ou\erte , et celte légende latine CAROLUS. REX. FRE.
Au revers : une croix et l'aigle des armes d'Aquiia , puis la légende AQMLANA CI VIT AS.
Comme Le Hlanc a néglige de décrire ces puces, et même d'indiquer leur métal, on ne sait si la troisième variété elait une pièce d'argent OU de cuivre. En voici la description, d après son dessin.
Armes de France, et la marque monétaire k comme au n° i. Légende KROLVS. D. G. REX FRE. Revers AQVILANA (EVI- TAS. Croix Deoronnée, Vu-dessous, uu petit ecusson aux armes d'Aquila.
Iquila n'est pas la seule ville d'Italie qui ait frappé des monnaies an nom de Charles \ 111 ; mais c'est la seule qui ait écrit les légende* «le cette nouvelle émission dans la langue du conquérant cette singularité est digne de remarque, » t le passage de la lettre royale auquel se rapporte la présente note, donne un nouveau de^re d'intérêt a CTS précieux monuments, i \"/< < uumuuùfuct /wi W .7. VhtuHHUiM.
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cité, comme l'en dit , et ay sceu qu'ilz m'ont fait serment et toute fidélité comme subgectz. De ce qui surviendra serez tousjours adverty ; aussi je vous prye , mon frère, que, de vostre part, vous me faictes souvent savoir de vos nouvelles, et surtout donner ordre et provision au fait et recouvrement de mes deniers, et à les m'envoyer pour m'en subvenir à mon affaire. Et à Dieu, mon frère, que vous ail en sa garde. Escript à Verly, le xie jour de février [1494, v. s.] Ainsi signé, Charles et Robertet.
Mon frère, dès hyer au matin vous ay fait savoir la prinse de la ville de Mont Saint Jehan et la façon comment elle fut prinse d'assault; et au soir receuz vos lettres qui faisoient seullement mencion qu'avez receu les articles de l'appoinctement fait avecques nostie Saint Père, comme l'avez fait publier par mon royaume.
Mon frère, hyer au soir, à deux heures de nuyt , mon cousin le conte île Guyse me feit savoir qu'il avoit mis en mon obéissance deux places, nommées l'une Roque Secque1 et l'autre Roque Guillenne*, qui sont deux très bonnes places , èsquelles estoient de trois à quatre mil hommes d'armes, qui tic bonne heure les ont hahandonnees; et depuys , environ la m\ nuyt, mondict cousin m'a escript que le jeune roj
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Ferrand, qui estoit à Saint Germain , s'en est allé à toute sa puissance et désemparé la ville et chasteau; et dès l'heure plusieurs de mes gens d'armes sont entrez dedens , ce qui me veint bien à point, car c'estoit toute l'entrée du royaume et le passaige pour tirer avant au parachèvement de mon emprinse.
Mon frère, d'autre part je receuz lettres de mon cousin le mareschal de Rieux, par lesquelles il me feit savoir que mardi derrenier il saillit environ deux cens hommes d'armes de mes ennemys pour venir veoir sa contenance et ce qu'il faisoit; mais il sortit sur eulx un" ou cent hommes d'armes des miens qui les misrentenfuyte, et en est demouré des leurs environ cinquante ou soixante que mors que prisonniers. Je m'en pars aujourd'uy de ceste ville de Bahe et dedens deux jours je seray, se Dieu plaist, audict lieu de Saint Germain.
Mon frère, je vous feray tousjours savoir, le plus souvent que je pourray, de mes nouvelles ; de vostre part faictes m'en aussi savoir. Et à Dieu, mon frère. Escript à Bahe, le xii- jour de février [1494, v. s.] Ainsi signe, Chaules et Duboys.
Mon 1rere, j'ay fait retarder jusques icy le parlement de la poste pour ce que je vous vouloye bien escripre et advertir do mon entrée en reste ville de
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Saint Germain, laquelle est la première ville de mon royaume de Napples, et que par les habitans et officiers en icelle m'a esté fait toute obéissance , serment, fidélité et recongnoissance comme vraiz subgectz , et me donnant très bonne espérance au surplus de ma conqueste. Le roy Alphonse, puis xv jours en cà, est sorty de Napples; et dit l'on qu'il s'en est allé par mer avecques une grant somme de ducatz ou en Espaigne ou en l'isle de Secille; mais encore n'en y a point de certaineté ou lieu où il est. Avant son partement il a laissé le titre de roy au duc de Calabre , son filz. Je faiz et fera y au demourant de mon affaire )a plus grant dilligence que je pourray; et ce jourd'uy seront icy la pluspart de mes cappitaines pour adviser et conclurre ce que j'auray à faire; et espère, à Fayde de Dieu, vous aller veoir plus tost que ne pensez.
[Mon frère, doresnavantje vous escripray bien souvent, et vous adverliray de tout ce qui surviendra cliascun jour. Je vous prye faictes moy savoir de vos nouvelles; et, comme par mes autres lettres vous ay mandé, donnez bonne provision et ordre à ce que mes deniers soient levez et envoiez par deçà à toute dilligence, aflin que je m'en puisse aider, car vous entendez bien que, à mon entrée au royaume, il me conviendra faire de grans fraiz et despences très nécessaires. Parcjuoy je vous prye de rechief que vueillez entendre pour mon honneur ainsi que j'ay en vous seureté et singulière fiance. Et à Dieu, mon frère, qui vous ait en sa garde.] Escript en ma ville et cité de Saint Germain, première ville de mon royaume de Napples, le vim"
jour de février [1494, v. s.] Ainsi signé, Charles et Robertet.
Et au dos : A mon frète le duc de Bourbonnoys et d Auvergne.
S'ensuyt ladicte prinse et réduction de Napples. Prinse do Napples.
Le Roy estoit à Averse, ce xxe de février, qui est à troys petites lieues de Napples, auquel lieu toute la noblesse de Napples est venue devers luy, et semblablement les cinq sièges, qui sont les cinq lignes nobles de la ville, et entre autres la principalle maison de Carrafle, qui est celle qui a lousjours esté arragonnoise. Les prisonniers nobles qui estoient en vie ont esté relassez, et sont venuz audevent du Roy; il y avoit tel qui avoit esté prisonnier xviu ans. Le roy Ferrant sest retiré au chasteau neuf de Napples, et Damp Frédéric avec luy, et Damp Geofroy nepveu du Pape, et leurs femmes, avecques ce qu'il/ ont peu serrer, et mettant la plus grant dilligence qu'ilz pevent de mettre tout en ga Nées et carvelles pour eulx en aller après le roy Alphonse. Ledict roy Ferrant a retenu prisonnier le filz du prince de Salerne et le filz du prince de Rossanne, et le conte de Coussé; etaflin que le Roy ne s'aydast des grosses navire ils, ontz brtislé troys des plus grosses ; et ung autre gros navire
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nommé Capello, le roy Ferrande l'a donné au cardinal de Gennes et à messire Byette. Dans la ville de Napples sont entrez, de par le Roy, messeigneurs de Monlpensier, le mareschal de Gyé, le seneschal de Beaucaire et monsieur de Clerieux , qui a charge de garder les portes, affin que les Souysses n'y entrent. Hz ont appoinclé que ledict cardinal de Gennes et messire Byette, nonobstant toutes ces robbes chargées, attendront la venue du Roy pour quelque propos. Ceulxde la ville de Napples avoient pillié l'autre chasteau qu'on appelle Cappouane, la maison de Damp Frédéric et toute l'écurie où estoient les grans chevaulx du roy Ferrande. Et est attendu le Roy à faire son entrée audict Napples comme les Juifz attendent le Messias; qui ne luy peut baiser la main, luy baise le> piez , et fera son entrée le xxn de ce moys de février. Le seigneur Virgille Ursins et le conte de Petillanne n'ont peu avoir saufconduyt du Roy, et sont à Naulle , à XV milles près de Napples; ilz sont pour mal faire leurs besoignes se le Roy n'a pitié deulx. Messire Jehan Jaques de Treusse a eu saufconduyt pour luy, [sa] femme, ses biens et famille. Les Juifz et marranes ont esté pillez : les Juifz tuez et les ma ira unes sauve/, en navires. Le cliasteau où s'est retiré le roy Ferrai»! est assiégé; on le fera bien haster de s'en fouyr s'il ne veut attendre sa prinse. Fait devant Napples, le cliasteau neuf, le w de février [1 494, v« s.]
Fin de larficM» prinso et réduction <l<» Sapplc*1
1 liiui un , Ms [inrîcfcittlle de Kuitlaiiicii i ,m
400 MÉMOIRES DE COMMYNES. [ 1495 j
(22 février 1495.)