A MONSEIGNEUR DE BEAUJEU
Monseigneur, je ne scay si vous n'avez nul embassadeurs devers les Suysses ; mais se avez à venir la où je croy, y devriez despendre quelque argent pour essayer à en fourrer une bande en ce pays du duc de Millan, et, encores qu'ilz ne peussent pas faire grant chose, qu'ilz meissent les feux, et serablablement vos gens qui seront du costc de Piémont, s'ilz n'y peuvent avoir intelligence, car je fais mon compte que tost il y en viendra : il n'y a que cela au monde qui les espouventast, car la crainte de la perte leur va devant toutes choses. J'ay esté mal trailté de nouvelles particulières, veu le lieu où j'estois. Le Roy a grant chose en question , et a bien besoin de choisir bon party : pour cent hommes qu'il fa ira venir en Piémont, il sera bruictde cinq ceus.Yousscavezbien, monseigneur, que, sijem'en vois, que l'on le me dira , et si ne scay par où je puisse passerensenreté, car icy (j'ay?) beaucoup parlé contre ce duc de Millan avant la conclusion de la ligue et le
' Cette |>alme que devaient tenir les ambassadeurs, sans doute à cause île la i V* t c * ile> Rameaux , permet de supposer nue la lettre de Cominynes lut écrite dans la semaine qui précède cette solennité, c'est-à-dire «lu 5 au 11 avril i ',<>', v. s. ).
jour qu'elle me fut dite : et y a eu maint débat parmy ces Vénitiens avant la conclusion ; mais, puis qu'ilz y sont, en tout et partout s'en voudroient monslrer les chefs, mais moins périlleux contre la personne du Roy ny à le vouloir de tous poincts fouller que les autres; mais je ne seray plus bon de riens traitter avecqucs eux, veu la façon comme nous sommes departys.
Si est service que je vous puisse faire, en le me le faisant scavoir, monseigneur, je le feray de bon cœur.
— Les originaux de ces trois lettres du seigneur d'Argenton ne sont point escriptes de sa main , elles en sont seulement souscrittes et superscrittes, le corps d'icelles estant de la main de son secrétaire, car pour luy il escrivoit si mal , qu'il estoit presque impossible d'en lire la superscription ny la souscription
1 Bibl. Roy., Ms., papiers de Fontette.
(14 et 22 avril 1495.)