LIVRE HUITIÈME
(6 juillet 1495. ) Tome II, page 47G, note I.
Récit de la bataille de Fornoue.
Le gentil roy Charles VIII... . conquit le royaume de Napples et avoit délibéré de conquerre pareillement celuy de Jérusalem ; mais la trayson des Lombars luy empescha de achever son emprinse pour celle fois. Si retorna et trouva la trahyson apperte au lieu de Fourueuf, près Pontresrae, où toute la puissance d'Italie estoit là assemblée pour luy corir sus; et ne pouvoit le Roy eschapper de leurs mains sans estre mort ou prins, n'eust esté l'ayde de Nostre Seigneur et la grande hardiesse de luy et de ses chevaliers; car, sans nulle double, combien qu'il vit devant luy plus de i,x mille de ses ennemis et toute sa puissance ne fui que de sept à huit mille combatans, ce nonobstant, quant vint à l'assembler, oncques homme nul ne luy vit faire contenance poureuse. Et, combien que son corps fut de petite eslature, le cueur estoit si groz leans que ce fut toute merveille que de veoir son maintien si asseuiv en ung tel mortel péril où il estoit. Ung des c.ippilaincs He >a garde, nommé Claude de la
Chartre, vint devant luy, el luy dit : « Sire, je vous ay tousjours ouy dire que tout vostre désir estoit de vous trouver en une bonne grosse bataille, or la voyez vous maintenant devant vous. » Le Roy luy respondit : v Claude, par le jourd'uy, il est vray ; mais il/, sont dix foiz autant que nous summes; toutesfois si fault il passer oultre, et aujourd'uy congnoistré qui m'eymera ; car je suis délibéré de vivre et morir aveeques mes amys. » Lors il appella Mathieu, grant bastard de Bourbon , et le retint pour son frère d'harmes : et ce fut à bon droit, car il estoit bon chevalier et hardi, et bien luy fit, le jour, mesticr; car, ainsi que le Roy estoit parmy les rangs combatant contre ses ennemis, une estrade de environ xxv hommes d'harmes bien armez et bardez congneureut de loing le Roy au garnement de ses armes qui estoit tout semé de croix de Jérusalem , et à son cheval qui estoit par aventura le plus beau et le meilleur que Ton eust sceu choisir entre tous ceulx du inonde. Le duc Charles deSavoye, qui son cosin germain estoit, le luy avoit donne, el pour ce le nommoil il Savoye. Cesle estrade que je vous dis s'en venoit à bride avallee adresser là où estoit le Roy, et ceulx qui à l'entour île luy estoient tacboient plus à le deli'endre et contregarderque eulx racsmes : dont le grant bastard qui point ne l'abandonnoit , choisit l'ung de ceulx qui venoit, son bourdon bessé droit, pour chocquer le Roy; si liaulce et donne de son espee de renverse contre le bourdon et destourna le coup. Jaques Gualeat , senesrhal d'Armignac, le jeune seigneur de Boisy, de Chas-
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tillon, des Bordes, Sainct Amador, Anthoine des Aubus et d'aultres bons gens d'armes, mais petit nombre, estoient de costé le Roy, qui moult vertueusement le defFendoient. Le Roy aussi faisoit merveilles de son costé, tant qu'il soustint trois ou quatre merveilleux coups d'espee et de mace sus son armet ; mais pour ce ne chancella point. Son cheval faisoit d'harmes autant que luy. En ces entrefaictes, ung puissant Lombart donna de son espee sus la teste du cheval de monseigneur le bastart , tellement que la testiere de sa bride en fut couppee tout oultre tant que le mors tumba par terre ; et, ainsi comme le cheval marcha dessus le mors, la règne tira si fort que le gantelet luy en fut arraché de la main et tomba tout à bas. Le cheval estoit frisque, fort et puissant, qui plus avoit esté du coup estonné que blessé : si se print à courrir de moult grant roiddeur et se va mettre à travers de plus de deux cens hommes d'harmes des ennemis. Eulx, voyant venir ce cheval si impétueusement sans bride, luy font place, mais en passant luy ruèrent plus de cent coups : toutesfoiz ne luy ne le cheval ne furent point blessez, car il tenoit sa main gauche sus l'arson et la couvroit de son espee et de son gantelet dextre. Et ainsi passa oultre; mais le cheval ne se contenta point de celle cource, ains retourna de plus belle par là où il avoit passé, et print les champs et se gecta hors de la bataille : pourquoy environ une vuitteyne de ces hommes d'harmes lombnrs le suy virent à poincte d'esperon, car il leur srmbloit cstre homme de grande apparance. Vous povez poncer en quelle merencolie
estoit monseigneur le bastart qui n'avoit plus riens pour povoir conduyre son cheval, fors son espee dont il taschoit de le faire tourner pour venir sur ceulx qui le suyvoient : toutesfoiz, il fit tant qu'il le tourna. Alors fut encloz de tous toustez tellement que le cheval ne scavoit par où eschapper. Là se dell'endit le bastart par une si grande vertu qu'il n'y avoit homme qui ozast attendre ses coups. Et tant tint bon, sans se vouloir rendre, qu'il receupt trois grans playes au col par derrière, et à la gorge. Enfin le convint rendre, car son cheval fut abatu soubz luy. Là estoit ung des gentil/ hommes du marquis de Mautoe, nomme Alexis, qui luy saulva la vie et le fit desarmer et bender ses playes : puis le fit conduyre à Mantoe prisonnier, là où il fut très honnorablement traicté de madame la marquise , en l'absence de son seigneur, pour l'honneur de la maison dont il estoit parti, et fit l'on si bonne diligence après ses playes, que moult est oient périlleuses, qu'il fut au bout d'ung temps très bien guery ; mais dès l'heure que son cheval fut desbridé, il ne peut tenir sa fraternité au Roy promise, dont il eut plus de regret que de chose du monde, veu ce dangier où Pavoit laissé. Or, me pourriez vous demander comme je scay cecy, et je vous diray : Après que les nobles François eurent veu la grant hardiesse de leur bon Roy, et comme il se portait si vaillamment parmy ses ennemis, ilz prindrenl ung si grant vouloir de le servir et le gecler hors de ce péril , que ilz se mirent par une telle vertu entre leurs adversaires, combien qu'il/ fussent dix contre ung. que ilz lc> mirent en
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peu de temps tous à desconfiture , et en tuèrent une partie. Le demourant fouyt cà et là, tant que le camp en demoura au Roy, et y coucha. Si fit le Roy quérir par tout monseigneur le bastard , tant que il sceut que il avoit esté mené à Mantoe. Or, avoit esté tué en celle bataille environ xvn ou xvm gentilz hommes dudict Mantoe, entre lesquelz en y avoit ung qui chevauchoit ung cheval turc de poil blanc, le plus beau et le meilleur que Ton eut sceu en toute l'escuyrie de monseigneur le marquis trouver. Ceste escuyrie estoit estimée de imc chevaulx de pris, tant en courciers du royaulme de Napples, que turcz et barbarisques , et d'aujtres sortes de destriers; mais entre tous il aymoit ce cheval turc que je vous diz, pourquoy il envoya ung de ses trompettes au camp des François pour racheter ce cheval à quelque pris que ce fut. Le Roy fut de ce adverty, et fit querre ce cheval par tout son camp, et tant le chercha l'on, qu'il fut trouvé. Le Roy mesmes le rachepta ce que cil qui l'avoit en voulut demander, puis le lit tout hosser de drap d'or, et manda quérir ledict trompette, lequel il fit vestir pareillement de drap d'or, et ainsi le renvoya à Mantoe avecques son cheval pour le rendre et présenter de par le Roy à son seigneur, qui en fut moult joyeulx, et l'estima pour une moult grande acte de noblesse, et aussi firent tous les princes d'Ytalie. Depuis, le Roy venu à Verseil , m'envoya à Mantoe pour veoir monseigneur le bastard , ce que je fiz, et le trouvay en une des chambres de monseigneur le marquis, où il estoit très bien servy, mais encor estoit il au licl bien malade de ses playes. Là,
monseigneur le bastart me compta tout ce que je vous ay dit pour le rapporter au Roy, et ainsi le fis, et puis il fut par le Roy délivré à joye et santé.
Le gentil roy Charles fut très hardi et libéral , et si doulx et gracieulx , que Ton ne sceut oncques trouver homme à qui il dit une rude parolle : plaisant el asseuré estoit en tous sesfaitz ; sa grant doulceur estoit entremeslee d'une gravité agréable à tous ceulx qui le regardoient : sa parolle avoit merveilleusement grosse autant que du plus robuste homme de sa maison , mais moult bien luy seoit. Son cueur estoit tout rempli de haultes entreprinses, lesquelles il eust achevées , n'eust esté la mort qui le print en la fleur de ses ans : mais ce ne fut pas si tost qu'il ne fut desja plain de gloire et d'honneur1.
(5 février 1496.) Tome II , page SO* , note 1 . Ordonnance de Charles VIII à son retour eu France.
Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France, de Secille et de Jherusalem. A nostre amé et féal notaire et secrétaire maistre Jehan de la Loeir, et à nos chiers
« Pitiiht Sala, Hardiesses de divers roy s. Bibl. Roï., Ms., Suppl. français, n' 191. — Le P. Labbe ;i publié ce récit , d'après un autre manuscrit, dans V Abrège royal de l alliance chronologique de Vhi.%lotte uni ce el profane, p. 717-770
et bien amés Phelippesde Villedure et Jaques Picot, salut et dilection. Comme, pour obvier aux mauvais propos , conspiracions et entreprinses que aucuns envieulxde la victoire qu'il a pieu à Dieu, nostre Créateur, nous donner en la conqueste de notre royaume de Secille, à nous de bon droit appartenant, lesquels estoient venus parquer au dcstroit de Fournoue , eu entention de nous deffaire et d'empescher que jamais ne peussions retourner en cestuy nostre royaume de France : auquel lieu, combien qu'ils feussent ou nombre de cinquante mille et plus, tant Veniciens, Lombars que autres, moyennant laide de nostredict Créateur, qui tousjours nous a voulu secourir en tous nos affaires, obtinsmes la force à l'enconltre d'eulx, et tellement, que , sans nulle ou au moins que très petite perte de nos gens et à leur grant confusion et dommaige, avons repassé avec nostre armée et artillerie grosse et menue par toute l'Italie. Et nous estans arrivés de nostredict retour en la cité d'Asl, feusmes advertis que nosdicts ennemis se venoient ranger devant la cité de Novarre où estoit notre frère le duc d'Orléans, lesquels lui eussent peu porter dommaige et à nos bons serviteurs estans avec luy, à ceste cause feusmes meus et conseillés défaire séjour ou pais dePiemond pour quelque temps, et illec faire reiïrechir nostredicte armée, en entencion d'actendre les dessusdicts s'ils se mectoient en aucun effort à l'cncontre de nous. Et pour ce faire, nous retirasmes à Verseil, où il nous vint pour notre renfort grant nombre de Suisses , jusques à xxv mille hommes et mieulx , combien que eussions ordonné n'en faire
venir que xii mille pour evicter la despense : mais pensant que nostre affaire fust plus çraut qu'il n'estoit, à cause de ce que avons nouvellement traicté alianceaveceulx, et bonne et entière amitié, vindrent devers nous audict nombre de xxv mille qui estoit souifisant pour subjuguer non seulement les dessusdicts, mais toute l'Italie. Toutesvoies, à cause des gratis innondations d'eaues qui survindreut de la montagne audict pais de Piemond en ce mesme temps , et que la saison de l'iver saprouchoit, et pour tousjours mettre Dieu de nostre part et éviter l'effusion du sang humain , aflin aussi que ne feissions plus longue demeure par de là pour le désir que avions de venir veoir et revisiter nos bons et loyaulx subgects de cestuy notre royaume de France , après ce que les dessusdicts nous eurent fait ouvrir parolle d'appoinctemeut, y avons voulentiers entendu comme chascun a peu savoir et cognoistre : lesquelles choses et autres qui depuis sont sourvenues ne se sont peu conduyre sans grande mise et despense , tant pour la soulde desdicts xxv mille Suisses de trois moys, que pour plusieurs autres charges concernant la disposition de nos affaires. Et depuis notre parlement de nostresdict royaume de Secille, Ferrand d'Arragon et aucuns tenans son parti, se sont efforcés d'entrer en icelluy nostre royaume. Et de fait en avoient, par leurs eautelles et subtilles paroi les toutes fondées en mensonges, disans que estions mors ou prins, suborné aucunes vil les et places qui s' est oient, à cesle occasion, rebellées à l encontre de nous : lesquelles, maintenant, sachans le contraire estre vray en
la pluspart, se sont ja reduictes en nos mains et obéissance, et espérons que dedans briefs jours le résidu se y réduira, et en sera chassé, Dieu aidant, ledict d'Arragon et ses aliés sans plus de retour, \eu le bon et grant prepatatif que y avons envoyé par mer et par terre, en manière que cy après nous pourrons tenir ledict royaume paeiffique en nos mains, au grant honneur et louenge de nous et des nostres, utilité de la chose publique et de tous nos subgets, lesquels, en tenant lesdicts deux royaumes ensemble unis et pacifiques, nous pourrons entièrement conserver de tous périls et dangiers d'ennemys. Et davantage pourrons aussi nous aider, par chascun an , d'une bonne somme du revenu de nostredict royaume de Secille, qui est bon et grant, en la subvencion de nos affaires ou temps aveniretausoulaigemcntde nosdicts subgets en cestuy nostre royaume. Ce que eussions fait, n'eust esté la guerre qui y est survenue depuis nostredict parlement. Pour fournir ausquelles despenses, pour ce que n'avons voulu mettre creue sur notre pouvre peuple , avons prins par manière d'avance et autrement grans sommes de deniers sur nos finances de ceste présente année, qui pour le présent en sont en très grant arrière. Et, combien que, depuis que sommes en ceste présente cité de Lyon, ayons longuement et à plain fait veoir et calculer eu nostre présence Testât de nos finances pour trouver moyen de conduire nosdictes affaires sans en presser de riens notre pouvre peuple; et, à ceste fin, ayons i ebatu de 1 ordonnance de nostre guerre V cents lances et mieulx, ci plusieurs aulic.s charges et jusque* à res-
traindre nostre propre estât et despense, celluy de nostre très chiere et très amee compaigne la Royne, et les biensfais de nos parens et serviteurs, et en oultre rejecté plusieurs pensionnaires et autres parties de nostredict estât, ce nonobstant, quelque chose que ayons sceu rabatre ne modérer, n'avons peu tant faire que de trouver l'issue de conduire nos affaires urgens et nécessaires pour la garde, tuition etdeflensede cestuy nostre royaume de France, aussi impossible eust esté et seroit sans avoir l'aide de nos bons et loyaulx sugets. Et ainsi , après plusieurs advis et deliberacions mises en avant, ja soit ce qu'il feust bien mestier pour fournir aux choses dessusdictes de mettre creue sur icelluy nostre peuple, neantmoins , pour le désir singulier qu'avons à son soulaigement , avons myeulx aymé nous aider de nos finances de l'année prouchaine pour fournir auxdictes charges et despenses que de mettre creue sur icelluy nostre povre peuple. Et à ceste cause, avons advisé et ordonné de faire dès à présent mettre sur nos tailles de ladicte année prouchaine telle somme que fait a esté ceste présente année, et sur icelle prendre une porcion par manière d'avance pour remplir nosdictes finances de ceste dicte présente année de la grant surcharge en quoy elles sont, aux causes devant dictes : assavoir est la terce partie de nosdictes tailles d icellc année prouchaine, et iv cent mille livres tournois, ainsi que fait a esté sur ceste présente année pour fournir aux charges de ladicte année derreniere passée : pour partie de laquelle somme les pays et recepte de Condonmois ont este tauxés à la somme de douze mille
deux cents livres tournois. Si vous mandons et comm ec tons, et à chascun de vous sur ce requis, que ladicte somme de xnm ce livres tournois, vous mectez sus, assez (asseyez) et imposez èsdicts pays et recepte de Condoumois pour lad ici e année prouchaine le plus justement et esgalement, et à la moindre charge et foule du peuple que faire se pourra, le fort portant le faible, ainsi que fait a esté ceste dicte année sur toutes manières de gens lais, exemps et non exemps, privilégiés et non privilégiés, et sans préjudice de leurs privilèges pour le temps à venir : exepté toutesvoies gens d'église, nobles nés et extrais de noble lignée, vivant noblement, suivant les armes, ou qui par viellesse ou impotence ne les peuvent plus suivre, les officiers ordinaires et commensaulx de nous , de notre très chère et très amee compaigne la Roy ne, de nos très chiers seigneurs aieul et pere, et de nos très chieres dames ayeule et mère, que Dieu absoille, non marchandans, vrais escoliers estudiaus et residans es Universités, sans fraulde, pour degré et science acquérir, et pour ce mendia ns ; et lesquels deniers nous voulons estre levés et receus, par le receveur sur ce par nous ordonné, à six termes : le premier, au quinziesme jour d'avril prouchain venant, la somme de xm cent xvi livres tournois; le second terme, au quinziesme jour de juillet après ensuivant, la somme de xmr xvi1 v s. t.; le tiers, au derrenier jour de septembre , aussi après ensuivant, la somme de xviuc mi" vi 1. xv s. t.; le quart, le derrenier jour de décembre après ensuivant , la somme de xvnir un" vi I. xv s. t., qui sont telles et semblables somme.*
à quoy se sont montez les deux premiers termes de reste dicte présente année, payez l'un au xvc jour d'octobre, et l'autre au xva jour de décembre derreniers passés. Et le résidu de ladicte taille, montant vm vu' mi*** xiiii I. (ou m. , à deux autres termes : assavoir est au dernier jour de mars prouchain , après ensuivant, la somme de nm vmc un" xvn liv. tourn. ; et l'autre et derrenier terme au derrenier jour de juing, aussi après ensuivant, la somme de n™ vmc mi" xvn 1. tourn., et par ledict receveur estre baillés et distribués par les descharges du receveur gênerai de nosdictes finances au regard du principal, et les frais selon les estats qui en seront fais par les generaulx de nosdictes finances. Et à ce faire et souffrir et à payer lesdicts deniers, lesdicts termes escheus et passés, contraignez ou faites contraindre reaument et de fait tous ceulx qu'il appartiendra comme pour nos propres besoignes et affaires. Et se, de partie à partie, naist sur ce débat ou opposition, lesdicts deniers premièrement payés, nonobstant appellacions quelconques, faictes aux parties oyes raison et justice. De ce faire vous donnons plain povoir, comissiou et mandemant spécial, mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et subgets que à vous et à chascun de vous, vos commis et depputés, en ce faisant soit pareulx obey, prestent et donnent conseil , confort, aide et prisons, se mestier est et requis en sont. Donné à Lyon, le cinquiesme jour de février, l'an de grâce, mil cc.ee quatre vings et quinze, et de nos règnes de France le treiziesme et de Secille !» premier.
Par le Roy, en son conseil , duquel messeigneurs les duc d'Orléans et cardinal de Saint Malo, Vous, le conte de Ligny, les seigneurs de Chabenois et Du Bouchage, le cappitaine Philippes du Moulin, le seigneur Jehan Jaques de Trivolce , l'avocat maistre Pierre de Cohardy, les generaulxdes Finances, et plusieurs autres estoient \
(31 mars 1496.) Tome II , page 556 , note 1 .
Lettre de Gabriel d'Albret à Charles VIII.
Sire, tant et si très humblement que faire puis, me recommande à vostre bonne grâce. Sire, plaise vous savoir que j'ay receu une lettres qu'il vous a pieu m'escripre, par lesquelles me mandez comme avez sceu que festoyé hors de prison * par l'eschange du lilz du conte
1 Archives ou kovaumI, K. n" o,.
* Le 8 août i4*P i Guillaume de Villeneufve, prisonnier de Frédéric d'Aragon, eut une entrevue avec Gabriel d'Albret, détenu au château de Brindes. Voici quelques détails donnés par lui sur la prise de ce dernier. « Le seigneur de l'Esparre, issu de la maison d'Alebret, frère germain du seigneur d'Orval, lequel estoit viceroy en la Pouille pour le roy de France.... fut prins en une saillie qu'il feist sur les ennemis , qui estoient venus courir de la ville de Brindes devant une ville nommer Messaigne, là où estoit ledict seigneur de l'Espare ; et promptcmeiit qu'il nuit l'alarme, saillist hors de ladicte ville, l'esper au poing, et reboula les ennemi1, bien asprement jusque» à leurs embusches, ri là fut rencontre , <•! son cheval mis par terre, et lui blesse
tle Cnmerine dont en avez esté bien joyeulx ; de quoy très humblement vous mercyc de la bonne volenlé que avez tousjours envers moy.
Sire, l'eschange a esté fait ainsi comme l'en vous a rapporté; mais, oultre et pardessus, je suis obligé à payer vim ducatz, vous suppliant qu'il vous plaise m'y avoir pour recommandé.
Sire, par voz lettres, il vous a pieu me mander que je me voulsisse employer de par deca en voz affaires. Je vouldroye bien estre si homme de bien que je fusse assez soufïisant pour vous fere quelque bon service; car, tant que vie me durora, je suis délibéré de ce faire, comme je y suis tenu.
Sire , je suis asseuré que desirez assavoir comme vozdiclz afFaires se portent de par deca. Monseigneur de Montpensicr en chief et tous les autres vostres serviteurs qui sont de par deca , s'employent en vostre service ce qu'il est possible de faire. Et est allé monseigneur le prince de Saîerne et messire Gacien avec leurs gens, ensemble les Vitcllcs, pour quérir l'armée qu'il vous a pieu envoyer à Gayette, et les attendons icv de
«le cinq ou six playe«, el Cul emmené prisonnier dedans ladirte ville tle Rrîndes, pour faute qu'il ne lut suivi a la charge qu'il leist, car bien vaillamment se deflemlit , et un «le ses gentils hommes fui lue auprès de lui, qui alloit à son s«conrs, nomme IVvsac. >. (Giu.i.. PS Yii.lf.- •\fi r\'F. ; voyez Lkngli.t, IV, parti il, png«« 91.)
1 « Le vingt sixKsnn* jour du mois de janvier ( 1 piT», v. s), fut délivré le seigneur de l'Espare, Imrs «le la prison «lu eliasteau neuf «le Nantes, et fut fait par l'échange «le lui et du fih du comte Cliambrin. que les l'rançois tenoient prisonniers et «'stoil ledit (ils Cliatnhrrin mis à rançon, à :rei«e mille durais, fin., //»., page \vH.
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jour en jour : et sont si près d'icy, que l'on espoire que dedans trois jours estre tous ensemble , et incontinent l'on mettra la plus grant diligence qu'il sera possible à vous faire quelque bon service; mais il est nécessité que, pour avoir ce royaulme à vostre vouloir, que mandez quelque bonne puissance par mer pour résister aux Venisiens et autres qui vous vouldroyent nuyre en cest affaire, et croy, Sire, que estes assez adverty que ce royaulme se veult subjuguer aussi bien par mer que par terre, pour cvicter aux inconveniens qui en pourroyent avenir. Parquoy, si vostre plaisir est, y aurez le regard ainsi que le cas le requiert.
Sire, le seigneur Virgille et le bailly de Vitry avec leurs bendes sont en la Poulie pour la garde de la douenne1, et domp Ferrande de son costé y fait aussi
* Le péage dn bélail eu Ponille i est payé par les troupeaux voyageurs, auprès du mont Gargano, lorsqu'ils quittent les pâturages d'hiver des plaines d'Apulie , pour ceux de l'été dans les montagnes de l'Abruzze et auprès de Sulmone. Non inoins de six cent mille moutons et de deux cent mille boeufs on vaches dévoient passera ce péage dans le courant d'un mois; ils dévoient payer de quatre-vingt à cent mille ducats , et c'etoit le revenu le plus net de la couronne. Les chefs des deux armées ( celles «le Charles \, 111 et de Ferdinand ) sentirent également que s'ils s'empècltoient réciproquement de percevoir le péage, en arrêtant les troupeaux, ils ruineroimt h moitié du rovanme; que le bétail périroitde lait» pendant l'été dans les plaines de la Ponille, et que les pâturages des montagnes de l'Abruzze seroient infructueux, si aucuns troupeaux ne consommoient leurs fourrages. Us convinrent donc que celai des deux qui tiendrait la campagne percevroit seul le péage, sans que l'autre pût l'inquiéter ou retenir les troupeaux. Après avoir signé cette convention, l'un et l'autre parti ne songea plus qu'à se
du m yen Ix qu'il peut; mais l'on mectra bonne paine de luy oster d'entre les poings, s'il est possible. Et à ce que j'ay peu congnoistre du fait de cestedicte douenne , moy estant en Poulie, il ne sera possible qu'il n'y ait grant perte de bestial ; par quoy les deniers ne seront pas si grans à recevoir comme ils ont acoustumc d'estre; car la raison est telle, que le bestial qui se pert ne vous paye nul droit, et si fault que, par la raison, que payez le bestial qui s'y pert. Sire, moy estant en Poulie, vous m'escripvistes plusieurs foys que vouliez que m'entournasse en Fi ance avec vous ; laquelle chose j'eusse faite, si n'eust esté ma prinse. Incontinent que j'ay esté délivré, m'en suis venu vers monseigneur de Montpensier pour faire ce qu'il me commandera pour vostre service : et croy. Sire, qu'estes assez adverty que je suis sans gcnsd'armes et sans autre nul bien. Si vostre plaisir est, vous y aurez regard, et me manderez ce qu'il vous plaira que je face , et je l'acompliray à mon povoir, o l aide de Nostre Seigneur, auquel je prie, Sire, qui vous doint très bonne vie et longue. Escript à Saint Marc, le derreuier jour de mars [1495, v. s.]
Sire, je vous supplie m'avoir pour recommandé an
rendre le plus fort dans les campagnes de la Pouille. » (Sismosdi, XII , 387, 588. ) — «« Pour levrr les deniers rie la douannedes brebis, qui montent à cent mille ducats par an, car le plus fort le devoit emporter, monsieur de Montpensier, le prince de Salerne.... tous ensemble se f;tisoient forts pour lever les deniers de ladite douaune. )■ fGutLL« de Vit* lenrufve; voyez Lenglet, I\ , parlie u, page 5. J — < De celte douane se recueille par an pins de deux cent mille ducat*, » ( n'AtiTox, III, n5. 1
fait de ma pension de Tannée passée, et aussi de ceste présente, car je n'en ay oncques receu denier.
Votre très humble et très obéissant subject et serviteur,
Gabriel d'Alebret.
Au Roy, mon souverain seigneur1.
(2 avril 1496.) Tome 11, page 430, note 3.
Lettre tic Gilbert de Grassay au Roi.