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AU ROY, MON SOUVERAIN SEIGNEUR

Sire, j'é receu les lettres que de vostre grâce vous a pieu m'escripre par ce potirleur ; et depuys que vous m'avez laissé de pardessa, je n'ay eu ny joye ny plaisir, si n'est d'avoir sceu de vos bonnes nouvelles et du grant honneur que avez eu en ceste bataigle contre les Vénitiens et Mylanez; car de voz serviteurs et anltres, voz ennemvs , vous donnent le bruyt vous y estre conduyt aussi vertueusement et saigement que prince scavoit fere, et vouldroys bien avoir esté si heureulx de me y estre trouve , espérant de vous y avoir fait quelque service.

Sire, don Ferra nd a ayde d'argent et de gens

• Ru Ko*. Msv, J'omis /)uf>ms. n° i(h , toi. S.

du pape et des Vénitiens , et luy a aydé le duc de Milan de xxm ducatz, ainsi comme homme qui en cuyde bien scavoir la vérité m'en a adverti , et lèvent argent de ce royaulme. Et si nous voullions contraindre les pays et places de pardessa qui tenent pour vous de bailler argent, nous les mettrions contre vous; parquoy est nécessaire que vous envoyés de l'argent pour le payement des gensd'armes suysses et de l'artillerie et aultres fraiz et mises qui sont nécessaires pour le fait de la guerre, tant ordinaire que extraordinaire; car, depuya vostre parlement , lesdietz gensd'armes n'ont eu ung seul payement. Et a ceste cause, monseigneur de Montpencier et aultres cappitayues sont conlraintz de laisser prandre vivres sans payement, qui est une chose qui nous nuyt beaucopt ; car, pour ceste raison , nous ne trouvons place qui se vculle mettre en vostre obéissance que par force.

Sire, vostre royaume de Secille ne se peust conquérir ny garder si vous n'envoyés, à toute diligence, une armée par mer plus puissante que celle des Aragonnoys ny des Vénitiens , ny aultres vozennemys. Ladicte armée venue de pardessa, me samble que, au plaisir de Dieu, l'on mettra aysement >ostredict royaume en vostre obéissance ; et, sur toutes choses, doibvez tacher de gangner les Geuevoys pour vous, car ilz vous peuvent servir et ayder en cest affaire plus que nulz aultres.

Sire, s'il vous samble que ce soit assez, vous pourriez envoyer, par >ostredicte armée de mer, vim hommes de pic, Norman* , \lanceaulx, de Bourbon noys,

438 MÉMOIRES DE COMMYKES. { 1496 ]

Fourestz, Beaujeuloys, du Dauphiné et d'Auvergne; c'est assavoir : iim pîcquiers, iim albardierset n™ arbalestrii rs , et que ce soient des plus beaulx et grans hommes qu'on pourra trouver et ehoysir. Et desdietz vim hommes on eu pourra fere descendre im" en terre avecques nous, et les nm demoreront pour la garde des navyres et pour mettre siège aux places que nous assigerons, qui seront sur la marine.

Sire, vous ferez bien de nous envoyer quatre ou cinq cens jeunes genlilzhommes pour ramplir noz corapaignies, car la pluspart des Francoys qui sont demorez de pardessa sont mors; parquoy est besoing que nous en recouvrions des aultres pour ramplir nosdictes compagnies. Et fauldroit qu'ilz fussent armez de harnoys blanc, et nous envoyer harnoys, brigandines, ars, trousses, arbelestres et fil pour fere cordes darbeleslres , cordes d'ars, lances, picques, albardes et espees; car noz gens qui ont perdu leurs lia bi 11emens, trect et basions, n'en peuvent recouvrer de pardessa.

Sire, nous n'avons que troys pièces d'artiglerie de quoy nous puissions fere basleric, et est nécessaire que vous nous en envoyés une bende proveue de la suyte qui y fault, et nous envoyer tantes et pavigions, et toutes exploictes de pionniers, car nous ne pouvons riens (hier de pardessa.

Sire, le bruyt est pardessa que vous voullés venir, à cest esté, en personue conquérir vostredict royaume de Naples , dont je vous loue et vostre vertuz et bonne voulenté. Par expérience avez congueu la seurté que

vous pouvez avoir aux Mylanetz, Vénitiens et aultres Longbars et Ytaliens , et est a présumer qu'ilz mettront peyne de vous occupper vostre passaige le plus qu'ilz pourront. Et samble fjue, pour plus grant seurté de vostre entreprise , il seroit bon que vous envoyssiez vostredicte armée dr mer, plustost que de venir par terre; et, par ce moyen, moyennant l'ayde de Dieu, nous reduyrions vostredict royaume de Naples en vostre obéissance, ou la pluspart , et marcherions par mer et par terre au devant de vous , au temps que le nous feriez scavoir, ou du cousté de Gayette, Hostie et Komme , ou du coustc de Romanye, de la Marque d'Ancone et du Gouffre de Venyse; qui seroit grant esbayssement à voz ennemys quant ilz se verroient assaillis par mer et de deux coustés par la terre. Et encore .si vostre plaisir estoit de nous envoyer à toute diligence ladicte armée de mer, et nous laisser mettre tout ce royaume en vostre obéissance avant que partir de France, plus ayseement et seulement se pourroit conduyre vostredicte entreprise à vostre plus grant seurté, honneur et proufllt.

Sire, il est nécessaire que vous faciès fere diligence à nous envoyer ladicte armée de mer proveue d'argent et de gens et d'aultres choses dessus dictes, ou autrement vous estes en dangier de perdre vostre credist , vostre royaume de Secille, et tous nous qui sommes pardessa, qui seroit vostre grant dommaige et deshon neur.

Sire, vousscavez que vous m'avez promysque d estât que j'eusse de vous de pardella que vous ne m'en oste-

riez riens; je vous supplie qu'il vous plaise me tenir vostre promesse; car si vous n'avez regard a me fere quelque bonne recompense, voz guerres de Bretaigne et celles de pardessa me destruyront.

Sire, vous ne tenez en vostredict royaume de Secille que deux places de grant importance ; l'une est Gayette, et l'aultre est Tarente. Et, touchant ledict Tarente, je ne scay pas comme elle se puisse garder longuement, car tous les jours il leur fault bien 111e tomblesde blc. Toutesfoys, je vous y serviré le myeulx que je pourré, en attendant que y faciez fere quelque bon advictagleracnt par mer.

Sire, je vous ay escript comme, à la requeste et importunité de ceulx de Tarente , j'avoys pris la charge du gouvernement des chasleaulx et de ladicle ville, après la mort de feu George de Sully, vous suppliant, Sire, qu'il vous plaise me donner ledict gouvernement et ln charge des gensd'armes que avoit ledict George de Sully, tant qu'il sera vostre plaisir que je demore de pardess?. Et pour la vous garder, secourir et advictagler, je me suis eiulebté de plus de xxm francs aux marchans de Mathere1 et «nul très.

Sire, je suis adverti par ung homme de Trane' que ceulx dudict Trane ont retirée l'artigleriedu chasteau, ensamble aucuns prisonniers, et le tout ont pourté par mer au chasteau de Montfredonia8, et qu'il devoit arriver troys gallionsdes Vénitiens audict Trane , qui

1 Uatrra.

" Ti'itui.

Maiitrc<!'im.i.

pourtoient 11e hommes de pic pour la garde du chastcau, et iiic pour la ville; et, en oultre, vie hommes de pié pour mettre dedans la ville de Brindes, et 111e dedans le chasteau, et imc hommes de pié dedans Otrante, avecques le gouverneur desdietz Vénitiens; et cella fait, lesdietz gallions et des gallees doibvent aller en Levant quérir des estradiotz et chevaulx ligiers pour nous fere la guerre de pardessa. Et dist on que ledict don Ferrand kur a baillé Gallippe mais on ne m'a point adverti quel nombre de gens lesdietz Vénitiens doibvent mettre dedans. Et au moyen que ledict don Ferrand baille ausdiclz Vénitiens les places dessusdicles , ilz luy baillent 11e mille ducatz, mais il/, content tous les fraiz et mises qu'ilz ont faitz depuys le commancement de la guerre, tant par mer que par terre, qui se monte envyron vin" mille ducatz ou plus, et m'a l'on dist qu'ilz luy ont baillé \\m ducatz de la reste desdietz 11e mille.

Sire, ilz font bruyt que le marquis de Mantoe vient au secours dudict don Ferrand avecques vnc hommes d'armes et inm estradiotz; mais, ainsi que j é entendu par d'aullrcs, le nombre qu'il ameyne n'est pas si grant.

Sire, il n'y a pas longtemps qu'il est venu ung Francoys de la A clone*, et suis advei ty qu*il y a vu ou vm" Turcs en armes, et que ledict don Ferrand a envoyé ambassade devers ledict Turc, et peust estre que si

1 Gallipoli.

[\\lmic "ii \ alonc.

lesdictz Vénitiens ne luy baillent puissance assez grande pour résister contre vous, qu'il vouldra se ayderdesdictz Turcs.

Sire, don Ferrand est à Bonyvent qui est a x mille d'ycy, et a envyron mc hommes d'armes et quelque mille Alemansque les Vénitiens luy ont envoyé. Don Federic est à Thiane *, qui est du coustc devers Gayette, avecques quelque nombre de gens. Prospère Colonne et don César5 sont en une ville de la Pougle, nommée Nochere4, et ont quelque nc l hommes d'armes, et envyron vnic estradiotz de Levant, qui sont (lesdictz Vénitiens. Nous avons sans cesser pluye et neige, et plus long Croit que je ne veis oneques fere en France en ce temps ycy.

Sire, Cousance8, les casaulx d'entour et la pluspart des places de la Calibre sont contre vous, et se sont myses à l'obéissance de don Ferrand, et monseigneur d'Aubigny est au fons dudict Calibre en une place nommée la Girofle*, et y a longtemps qu'on n'a peu avoir nouvelles de luy.

Sire, le seigneur Virgile est à Saint Civier1, qui est à xl mille d'ycy, et selon qu'on m'a dist, il a mc lx hommes d'armes et imc chevaulx ligiers. Le prince de

1 Benevent.

* Teano.

* Frère naturel du roi de ÏVaples.

1 Nocrra.

■ Cosenza.

* Geracc.

' San Severo.

Sa 1er ne et messire Gracien de Guerre, et monseigneur d'Erbain 1 et les Vitelles sont allez quérir la bende des gens que -nous avez envoyés par ledict seigneur d'Eibain, et mect l'on la plus grant peyne qu'il est possible d'assambler noz Iroys bendes ensamble. Et quant elles seront assamblees, on ad viser a le moyen et le cartier là où Ton vous pourra fere le meilleur service; et, de ma part, je vous y serviré au myeulx que je pourré.

Sire, je vous supplie qu'il vous plaise avoir moy et mes afleres pour recommandes, et que lousjours soye eu vostre bonne grâce, à laquelle tant et si très humblement que fere puys me recommande , priant à Dieu, Sire, de bien bon cueur, qu'il vous doint très bonne . vie et longue. Escript à Saint Marc, le ne jour d'avril [1495, v. s.]

Vostre très humble et très obéissant subgect et serviteur,

de Grassay \

1 Voyez tome II , page 5oo, note 3.

* Bibl. Roy. , fonds Dupuis , n° qGi, fol. 16.

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