MIS DANS LE SANG
Les expériences qui suivent ont été faites en vue de théories qui ont eu cours, et d'après lesquelles les sels purgatifs étaient considérés comme produisant leur action d'une manière plus énergique quand on les met dans le sang.
Je montre d'abord une expérience où l'injection dans les veines produisit une mort immédiate.
Le 6 janvier 1868, une chienne bouledogue, au-dessous de la taille moyenne, est chloroformisée. Plusieurs ligatures sont fixées sur l'intestin en vue de produire des anses distinctes. La plaie de la ligne blanche est recousue.
J'injecte dans la jugulaire 25centim. cubes d'une solution au cinquième de sulfate de magnésie. La seringue étant munie d'un pas de vis, je pratique cette injection en tournant le pas de vis.
Avant que toute la quantité ait été injectée, le chien offre la langue noire et meurt.
La solution était chaude, l'injection fut poussée avec une certaine lenteur. A l'autopsie, faite le lendemain, je trouve le cœur, particulièrement le cœur droit, rempli d'un sang noir en bouilhe épaisse. L'intestin est vide; la muqueuse offre un enduit pâle plus abondant auprès du duodénum.
Dans l'expérience qui suit, on voit un gramme mis dans le sang d'un chien ne donner lieu à aucune sécrétion dans l'intestin au bout d'une heure et demie.
Le 30 décembre 1867, une chienne de chasse, braque, assez forte, à jeun depuis vingt heures, est chloroformisée. A la faveur d'une incision faite à la ligne blanche, j'applique sur l'intestin
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neuf ligatures entre le duodénum et le cœcum, en vue de constater, s'il y a lieu, la place où se produiront les liquides de l'intestin.
Puis j'injecte dans la veine jugulaire 50 centini. cubes d'une solution de sulfate de magnésie au cinquantième, par conséquent un gramme de sel. Cette opération est faite à deux heures.
Une heure et demie plus tard, à trois heures et demie, le chien est de nouveau chloroformisé. Depuis l'opération, il est resté dans la gouttière.
On ne trouve point de liquide dans l'intestin grêle, et pour le gros intestin l'état des matières prouve qu'il n'y a pas eu non plus de liquides produits.
Dans l'expérience qui suit, on voit une quantité de 3 à
4 grammes de sulfate de magnésie injectée dans la veine. L'intestin demeure sec, sauf la partie de l'estomac et du duodénum où l'on trouve de la bile.
Le 9 janvier 1868, un chien jeune est chloroformisé entre deux et trois heures. On place cinq ligatures sur l'intestin, comme précédemment. On injecte dans la veine jugulaire 20 centim. cubes d'eau contenant de 3 à 4 grammes de sulfate de magnésie. La seringue contenait 25 centim. cubes contenant
5 grammes; on s'arrêta avant de l'avoir vidée, parce que la langue devint noire et que l'on craignit l'accident survenu dans l'expérience du 6 janvier avec cette quantité de la même solution.
Le chien, placé dans un grand baquet, a fait des efforts de vomissement sans résultats; mais il est laissé là jusqu'au lendemain, et l'on trouve sur le paillasson un liquide verdâtre, trace manifeste de vomissements. Point de matières fécales. Ce chien parait vif.
Il est chloroformisé et sacrifié. L'intestin ouvert est sans liquide ; le gros intestin offre des matières sèches. La vessie est vide, rétractée; l'estomac et le duodénum contiennent une abondante quantité de liquide vert jaunâtre.
SUR l'intestin. 137 Mêmes résultats sont fournis par l'expérience qui suit : Le il janvier 4868, un grand chien est chloroformisé ; une incision est pratiquée sur la ligne blanche, et neuf anses sont produites à l'aide de liens de caoutchouc. La plaie est recousue, et 4 grammes de sulfate de magnésie sont injectés dans la veine jugulaire dissous dans ^20 centim. cubes d'eau à 25'.
Le lendemain, je trouve autour du point où il est attaché une grande quantité de liquide jaune verdàtre. Il est sacrifié par la section du bulbe dix-huit heures après l'opération.
L'estomac et le duodénum contiennent une certaine quantité de bile d'un beau vert.
La première anse , voisine du pylore , contient environ un centim. cube de liquide; j'avais noté, en plaçant les ligatures, que cette portion d'intestin paraissait contenir un peu de liquide.
L'anse qui suit est un peu humide, mais le liquide qui la mouille n'est pas assez abondant pour couler.
Les autres anses sont vides et offrent au doigt le toucher visqueux.
Le gros intestin est sec et offre quelques matières solides, grises.
L'expérience qui suit offre des résultats analogues.
Le 24 mars 4868, un chien braque, assez grand, bien portant, est chloroformisé. Par une incision faite à la ligne blanche, j'amène le duodénum et le pylore facilement; je soulève le canal cholédoque, je l'incise, et j'engage un tube d'un calibre convenable dans ce canal. Le bout de ce tube est lié à une poche de caoutchouc mince et extensible ; le canal est lié au tube, et le bout libre du côté de l'intestin reçoit aussi une ligature.
J'établis plusieurs ligatures sur l'intestin grêle.
Puis, la plaie étant fermée, j'injecte dans la veine jugulaire, en deux fois, 40 grammes de sulfate de magnésie dans 50 centim . cubes d'eau.
La solution est environ à 40°.
L'animal cesse de respirer, la langue devient noire, le cœur cesse de battre. Mis à terre sur le paillasson, il paraît mort pendant quelques minutes ; puis le cœur donne des battements très-rares, puis plus fréquents. Les respirations, très-rares d'abord, reviennent peu à peu au type normal. Le chien se relève. Au bout des 25 premiers centim. cubes de l'injection, il avait fait quelques efforts inutiles de vomissement. Le lendemain, environ vingt heures après l'opération, je trouve le chien couché, fatigué. Il est sacrifié parla section du bulbe. L'abdomen ouvert offre une injection très-prononcée, particulièrement aux alentours des reins. Point de pus manifeste à l'œil nu. La poche de caoutchouc contient une certaine quantité de bile, environ 50 centim. cubes. Une petite quantité de bile paraît suinter entre le tube et cette poche.
L'estomac contient un liquide un peu acide, en abondance.
Au niveau du duodénum, on trouve un liquide non acide, de couleur analogue à celle du liquide de l'estomac. (Le cardia n'avait pas été lié.)
La première anse intestinale est située à 20 centimètres au-dessous du pylore; elle contient un liquide d'aspect féculent comme on en rencontre parfois.
L'anse qui suit n'a point de liquide, mais seulement de l'humidité. Les autres anses, jusqu'au cœcum, sont de plus en plus sèches à mesure que l'on descend.
Au voisinage du cfecum, dans l'anse qui le comprend et les 15 centimètres de l'intestin grêle attenant, on trouve du liquide mêlé aux matières, mais ne distendant pas l'intestin.
Je note ici que l'animal avait rendu pendant l'opération quelques matières jaunes très-hquides. Je pense que le liquide trouvé à l'autopsie dans la partie inférieure de l'intestin, liquide peu abondant d'ailleurs, peut bien ne pas avoir été produit sous l'influence du sulfate de magnésie.
L'expérience suivante a rapport au même sujet; mais c'est dans le tissu cellulaire, et non dans la veine, que le sel de magnésie est injecté.
SUR l'intestin. 139 Le 14 juillet 1868, à dix heures du matin, un chien de taille moyenne reçoit sous la peau du flanc droit 20 centim. cubes d'une solution au cinquième, contenant donc 4 grammes de sulfate de magnésie. La petite plaie est ensuite recousue. L'animal, qui n'était pas chloroformisé, n'a paru rien éprouver; il n'a fait aucun effort de vomissement visible, il n'a rien rendu. On cesse de l'observer à six heures du soir, mais on le place en un lieu où l'on pourra juger s'il rejette quelques matières. Vingtquatre heures après, le chien n'a rendu ni selles ni vomissements.
Ces expériences, auxquelles on peut joindre celles que M. le docteur Rabuteau et M. le docteur Jolliet ont faites chacun de leur côté à la même époque, et aussi plusieurs expériences que l'on trouve dans le travail déjà cité de Thiry, établissent que le sulfate de magnésie et beaucoup d'autres substances qui, mises dans l'intestin, donnent lieu à une production plus ou moins abondante de liquides, n'ont point la même action quand ils sont mis dans le sang.
Je rappellerai aussi l'expérience de Thiry, citée plus haut, dans laquelle il fait avaler un bol de sulfate de magnésie qui passe dans l'estomac et l'intestin sans provoquer, sur l'anse isolée suivant la méthode décrite, une formation de liquides diarrhéiques.
Les notions qui résultent de ces expériences sont aujourd'hui acceptées, elles ne l'étaient pas il y a peu d'années encore ; je ne m'y arrêterai pas davantage.
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