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D'UNE ANSE INTESTINALE

L'expérience que je vais décrire montre que la section des nerfs qui se rendent à l'intestin détermine la production de liquides dans la cavité intestinale.

Sur un chien bien portant, à jeun depuis la veille au moins, et dont l'intestin est par conséquent vide, je pratique pendant le sommeil du chloroforme une incision de la paroi abdominale, le long de la ligne blanche, et je mets à nu, en écartant l'épiploon, une grande anse d'intestin. Je choisis sur cette anse, en tenant compte de la distribution des vaisseaux, une longueur de 10 à 20 centimètres, et j'applique deux ligatures, de façon à avoir ainsi une petite anse fermée qui ne peut recevoir de liquide venant d'en haut ni d'en bas. Je forme en outre, à l'aide de deux nouvelles ligatures, deux autres anses, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la première. Ces trois anses sont vides.

J'isole alors avec le plus grand soin les nerfs qui se portent sur l'anse du miheu ; ces nerfs marchent accolés aux vaisseaux ou placés à quelque distance d'eux. Je les coupe avec précaution, puis l'intestin et l'épiploon étant remis en. place, je recouds les lèvres de la plaie faite à la paroi abdominale.

Bientôt le chien s'éveille et paraît n'avoir pas conscience de l'opération qu'il a subie. Au bout de plusieurs heures, il est sacrifié et l'abdomen est ouvert. Le liquide abondant contenu

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dans l'anse énervée est recueilli en ponctionnant l'intestin à l'aide d'un trocart. Les deux anses voisines et normales sont flasques et vides, et contrastent par leur aspect avec l'anse énervée. Leur membrane muqueuse est collante au doigt et même sèche, tandis que celle de l'anse énervée est douce, humide et ramollie parla présence du liquide de nouvelle formation qui la baigne.

Ce liquide contient du mucus, des globules blancs et des corpuscules muqueux. Il est tout à fait exempt de globules rouges, si ce n'est dans le cas où les fds qui serrent l'intestin ont rompu les vaisseaux sanguins. J'évite facilement cet accident par l'emploi de ligatures qui ne coupent pas, telles, par exemple, que des tubes de caoutchouc d'un petit diamètre.

Par le repos, ce liquide laisse déposer du mucus, quelques traces d'aliments, et fréquemment aussi des débris de ténias, enfin des corpuscules muqueux et des leucocytes, dont la quantité offre des variations intéressantes à étudier.

Ce liquide filtré est clair, avec une teinte légèrement jaunâtre. Sa densité égale 1,008. Il est fortement alcalin, et contient une quantité de carbonate ou de bicarbonate correspondant à 0°'',2 de soude anhydre pour 100 grammes.

Les matières organiques ont fourni un poids de 35 à 45 centigrammes, et les matières minérales un poids de 9 à 9 1/2 décigrammes pour 100 grammes de liquide.

Le résidu fixe est composé de carbonates alcalins, de chlorures, d'un peu de sulfate et de phosphate de chaux.

L'analyse quantitative a montré, sur trois liquides différents, que le sodium y variait de 34 à 36 pour 100, le potassium de 2 à 6, le chlore de 32 à 45, et l'acide sulfurique de 1 à 4. Le phosphate de chaux, pesé dans une seule analyse, formait environ 2 pour 100 du résidu.

Si dans la liqueur filtrée on verse de l'acide acétique de façon à neutraliser l'alcali, on obtient par l'ébullition un coagulum dont le poids a varié entre 8 et 10 centigrammes, et qui représente ainsi le tiers ou le quart des matières organiques.

L'urée se trouve dans les matières non coagulées; dosée

dans une analyse, elle fournit un poids de 16 milligrammes pour 100 grammes du liquide.

La quantité de liquide ainsi obtenu dans une anse d'intestin s'est élevée à 100 grammes sur un chien que je sacrifiai trois heures après l'opération; elle était de 225 grammes sur un autre que je présentai à la Société de biologie, et qui avait été sacrifié dix-huit heures après l'opération.

Dans le tableau suivant, je donne les quantités de liquide obtenu dans plusieurs expériences faites en suivant le procédé décrit :

27 juillet 1867 90 ce.

3 février 1868 115

l i juillet 1867 120

28 mai 1870 130

6 mars 1868 151

14 décembre 1867 (2 anses énervées, l'une dans 60,

l'autre 103), total 163

23avrin868 163

17 octobre 1867 165

27 mars 1868 (2 anses énervées, l'une dans iO, l'autre

1 40), total 180

28 février 1864 225

8 novembre 1867 (3 anses énervées, l'une dans 60,

une autre 80, une autre 90), total 230

27 août 1868 (une anse énervée) 232

Ces résultats concordants s'obtiennent-ils d'une manière tout à fait constante? Non. Voici en effet quelques expériences dans lesquelles on pensait devoir les obtenir, et l'on ne trouva dans l'anse énervée qu'une quantité de liquide trop petite pour être recueillie, ou même qu'une membrane muqueuse humide et douce. Cette humidité est cependant à noter, car elle faisait contraste avec les membranes muqueuses des anses non énervées, qui sont sinon sèches, du moins d'un toucher visqueux et collant au doigt.

Le 22 octobre 1867, un chien épagneul, blanc, très-jeune, fut chloroformisé à dix heures du matin, et, suivant le procédé ordinaire, on établit une anse d'intestin de 22 centimètres de

SUR l'intestin. 143 long entre deux autres, en plaçant quatre ligatures de caoutchouc à environ 20 centimètres de distance. On enleva les nerfs de l'anse placée au milieu. A une heure, c'est-à-dire trois heures plus tard, le chien fut sacrifié. Les anses étaient vides. On remarqua que des nerfs situés au voisinage du vaisseau lymphatique, ainsi que quelques autres au voisinage d'une veine, ont été épargnés. Dans cette expéi'ience, la grande longueur donnée à l'anse énervée avait rendu l'opération plus longue, plus difficile, et, comme il résulte de l'examen après la mort, incomplète.

Le 25 octobre 1867, un chien de berger, gris fauve, fut chloroformisé à neuf heures et demie du matin, et opéré suivant le procédé ordinaire. On forma trois anses intestinales, et l'on enleva les nerfs à celle du milieu. Deux heures plus tard, il fut sacrifié. Les anses étaient vides. Un nerf oublié, accolé à la veine, fut trouvé intact. La membrane muqueuse de l'anse énervée est plus rouge que celle des anses normales.

Le 29 octobre 1867, un chien brun rouge futchloroformisé et opéré à dix heures du matin comme les précédents. Saci'ifié à une heure, c'est-à-dire trois heures après, on ne trouva pas de liquide dans l'intestin. On constate que les nerfs ne sont pas tous coupés, et que l'on en retrouve plusieurs intacts sous une petite couche de sang coagulée adhérente au péritoine.

Dans ces trois opérations, on s'est servi d'un instrument nouveau qui permet d'isoler les nerfs, et de les couper sans que la main quitte la plaie. Cet instrument, dont je n'avais pas encore l'habitude, m'a servi dans des opérations ultérieures qui m'ont donné des résultats positifs très-nets.

C'est sans doute à l'oubli de plusieurs nerfs, oubU que l'on a vérifié à l'examen post niortem, qu'il faut attribuer l'absence de liquide dans l'intestin. Il semblerait, d'après ces remarques, que, dans une région du corps, les phénomènes qui sont sous la dépendance des nerfs continuent à se produire encore quand une faible partie des nerfs qui animaient la région demeure encore intacte ; c'est d'ailleurs ce qui a été remarqué dans diverses circonstances. Ainsi les vétérinaires ont vu ^ sur le pied du

cheval, que tandis que la section de tous les nerfs donne lieu à la gangrène du pied, la vie persiste quand une branche nerveuse est conservée intacte.

Faut-il attribuer au petit nombre d'heures écoulées, environ trois ou quatre heures, entre l'opération et le moment où le chien fut sacrifié, une part dans l'absence de liquide. Ce n'est d'ordinaire, en effet, que vingt heures ou vingt-quatre heures après l'opération que je sacrifie les chiens pour observer les effets produits?

Il est difficile de répondre avec assurance à cette question. J'ai en effet, sur des anses énervées, obtenu du liquide dans un temps aussi court.

Ces résultats négatifs se sont reproduits encore dans d'autres expériences sans que j'aie pu préciser la cause à laquelle ils devaient être rapportés. L'expérience suivante montre encore un exemple- d'une anse énervée qui conserve des nerfs non coupés et ne contient pas de liquide, et offre aussi une seconde anse qui fut trouvée pleine de liquide, quoiqu'on ait rehcontré encore un nerf non coupé dans l'examen hit postinortem. Le 3 février '1868, on opère comme à l'ordinaire un chien de chasse, jeune màle, jaune et blanc, maigre et paraissant exténué. On forme deux anses que l'on énerve, en respectant sur l'une la couche profonde de mésentère, tandis que sur l'autre on la coupe et on ne laisse que l'artère et la veine isolées.

Vingt-quatre heures après, il est chloroformisé de nouveau et examiné. La plaie est rouverte. L'anse énervée dont le mésentère est coupé est très-humide à l'intérieur, mais n'a pas de liquide en quantité suffisante pour couler. Elle est petite. L'artère, examinée, offre cinq nerfs fins distincts qui ont été épargnés.

L'anse énervée dont le mésentère est respecté contient 115 centim. cubes de liquide clair, opalin. Les vaisseaux examinés offrent un nerf accolé à l'artère, qui se rompt sous la traction que produit mon stylet en le soulevant. On ne trouve pas autre chose. L'examen, fiiit avec soin après la mort, donne ce résultat que l'énervation était bien plus complète dans l'anse remplie de liquide que dans l'autre.

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D'autres expériences dans lesquelles on n'a point, à la suite de l'énervation, rencontré de liquides dans l'anse opérée, ont été laites. Est-ce à une énervation incomplète qu'il faut rattacher ces résultats négatifs? Ce que je viens de dire tend à le faire admettre. On conçoit cependant que si le système nerveux dans les conditions décrites provoque la formation des liquides, l'état des vaisseaux et celui des glandes de la membrane muqueuse peuvent aussi intervenir et supprimer un phénomène qui exige évidemment des conditions favorables empruntées à différents ordres de tissus.

Enfin, l'absence de liquide au momentoù ronexaminel'anse opérée, peut-elle tenir à la réabsorption des liquides produits sous l'influence nerveuse pendant un temps limité? La question peut être posée.

Nature du liquide. — RehUivement aux caractères du liquide trouvé dans l'intestin, je citerai les observations suivantes :

Le "^8 mai 1867, sur une chienne noire, de taille moyenne, mais forte quoique maigre , chloroformisée , j e fis quatre anses dont deux furent énervées. Seize heures environ après, elle est sacrifiée, et je trouve que les deux anses énervées sont gonflées de liquide. Pour cette expérience, qui fut la première de toutes, ainsi que pour celles qui suivirent, je ne mesurai pas, comme je fis plus tard, la quantité de liquide obtenu, mais je pris les dimensions des anses. Or, les quatre anses avaient, au moment où elles furent établies par la pose de cinq ligatures, 1*2 centimètres de long chacune. A l'examen fait aussitôt après la section du bulbe rachidien :

L'une des anses énervées avait l2;!,U cenl. de long el 9,U de conloiu".

L'autre !2:3,0 — 8,5

L'une des anses témoins avait 1:2,5 — 5,5

L'aulre 11,0 — 4,5

Le liquide recueilli dans l'imse énervée et soumis à l'ébullition ne coagule pas; il contient cependant des nuitières organiques, qui forment pendant rébuUitioii utic écume qui se fixe aux bords du verre.

Je résumerai, comme il suit, ce que j'ai constaté en obser-

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vaut ce liquide obtenu dans plusieurs de mes expériences. Les globules blancs mêlés au liquide se rencontrenl constamment. Cependant, quand on considère que leur quantité va en augmentant en général en raison du temps écoulé depuis le début de l'expérience, et en raison de l'état inflammatoire de l'intestin et du péritoine ; considérant en outre qu'en dehors de ces conditions, c'est-à-dire qu'en prenant le liquide deux ou trois heures après l'énervation et sur des animaux chez lesquels l'intlammation de l'intestin et du péritoine ne s'est pas prononcée, on a obtenu un liquide clair et ne laissant pas de dépôt, on est conduit à admettre qu'il y a deux phases à distinguer, et que la première phase est analogue, peut-être même identique à la sécrétion d'un suc intestinal normal , et que la deuxième phase qui se prononce de plus en plus, à mesure que le temps s'écoule, est caractérisée par la formation abondante des leucocytes.

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