‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 10 sur 49 · LES · texte numérisé non relu

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Il est bien diflicile à quiconque passera ici quelque année, d'éviter d'y faire alliance, Les Angiois ont senti cet ascendant après leur conquête ; beaucoup d'entre eux s’y sont mariés, et à présent le nombre en est terriblement augmenté.

On me parla de Lorette, village de sauvages iroquois élevés dans la sainte religion catholique et desservis par les Jésuites, à 2 lieues de Québec, et où les sauvages ont une église, comme étant fort curieux à voir : cela excita en moi le désir d'y faire une visite, M. L. Picard, commis de M. Dumas et déjà mon ami, m'y conduisit dans la voiture de la maison un samedi soir pour y entendre la messe, le lendemain, en chant de la langue de ces sauvages, et le sermon prêché de même, Le cnef Athanase, chez qui nous arrivâmes, nous reçut fort civilement, nous servit un excellent souper et nous donna de bons lits à la françoise, pendant que lui et toute sa famille couchoïent à leur mode sur des nattes, Les hommes de cette nation sont bien faits, obligeants, vifs et braves. Le père Charlevoix et le baron de La Hontan en ont fait le vrai portrait, je ne pourrois que répéter ce qu'ils ont écrit, Cependant je ne puis laisser ce chapitre sans dire que leurs voix et chants à l'église m'étonnèrent extrêmement, tant la mélodie en est sonore et musicale, Les hommes chantres commençoient l’antienne, et les femmes, qui étoient seules d'un côté, répondoient dans l’église, dont la voûte retentissoit d'une manière admirable, Ce retentissement échoïque surpassoit tout ce que javois oui dans les plus belles cathédrales d'Europe, car il y avoit aussi des orgues, L'enthousiasme, l'extase où je me trouvois, me faisoit dire et penser en moi-même : Pourquoi ne suis-je pas né Iroquois ?

Leurs femmes ne le cèdent pas en beauté aux Canadiennes ; toutes brunettes, teint espagnol ou portugais, les yeux et les cheveux noirs ; elles aiment fort les étrangers,

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Ce généreux chef nous forçu de diner chez lui, et nous présenta ensuite à toutes les familles du village, qui nous accueillirent avec le mêmé esprit social, nous sollicitant beaucoup de retourner souvent les voir, I1s me rendirent ma visite en ville, ainsi que leurs femmes et filles. Quelques présens de rassade de diverses couleurs leur firent un sensible plaisir. Ces bonnes gens, ces enfans de la nature n’ont jamais montré que de la débonnairété ; l'art de tromper et la duplicité ne sont point connus chez eux, Leur somme de besoins est bien inférieure à la nôtre : conséquemment peu de ressources leur suftisent, et si ce n'était cet intérêt, vil et sordide, des Européens à leur fournir de l’eau-de-vie et du rhum, qui les enivrent et les rendent presque fous, ces sauvages nous surpasseroient Eu simplicité, étant naturellement ingénus et bons. D'industrie, ils n’en manquent pas, puisque ce n'est que d'elle et par son moyen qu'ils vivent: cependant je dois dire que la facilité qu'ils ont à se procurer de ces esprits-poisons est cause que leur population diminue visiblement, d'autant que la politique européenne n’a jamais cherché aucunement à les civiliser, Le petit nombre qui teste mène la même vie errante que menoient leurs ancêtres lors de la première apparition des François il y & 300 ans ,..,

Lecteur, puisque je te parle ici des indigènes du Canada, il ne faut pas que j'oublie de te dire un mot de l'assemblée qu'ils font tous les ans à la Pointe de Lévi aux fins de recevoir leurs présens de la Couronne, Me promenant un jour sur la grève du port, quelle fut ma surprise d'apercevoir de l'autre côté du fleuve quantité de cabanes, qui de loin ressembloient à des tentes, mais en réalité c'étoit tout écoree de bouleau, Je demanda à quelqu'un qui, comme moi, se promenoit, quel étoit le nombre des cabanes de pêche que la ville occupoit ? Cette personne surprise 11: regarda en me disant: Je ne crois pas me méprendre, monsieur, vous êtes étranger et nouvellement arrivé en ce

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pais, puisque vous ure laites une pareille question, Vous voyez là un campement de sauvages de toutes les nations voisines de la capitale, qui viennent chaque année recevoir des présens du roi, — Des Sauvages ! dis-je ; je ne me le serois jamais imaginé, parce que ces cabanes me rappellent les pauvres pêcheurs qu'on voit en Europe, à toutes les grandes villes où passent des rivières poissonneuses, et les lavandières ! — Ici, ajouta-t-il, ce sont des Sauvages, Cela excita ma curiosité et je formai le dessein, quatre jours après, de visiter leur camp et tirer de cette visite quelques connoissances, J'y allai avec mon ami Picard, c'étoit un dimanche, La première cabane où nous nous rendimes fut celle du chef des Abenakis, car il faut re- Marquer que chaque nation dans le camp a son quartier particulier, Le nom de ce chef était Joseph-Louis, ancien prisonier américain-anglois qu'ils avoient adopté et naturalisé et qui, pour son génie, étoit parfaitement bien estimé d'eux ; il parloit anglois, françois et abenaki, et étoit grand protecteur de la religion catholique, ayant été l'élève du père Germain, jésuit: desservant leur village, Ii nous accompagna de chef en chef par tout le camp, où il compta quatre nations, l'iroquoise, la montagnaist, la micmaqu: et l'abénakise, Quoique de langu:s différentes clles 82 joignent ensemble et font cause commune pour, recevoir les dits présens, qui consiste en drap, couvertes, rassades, fusils, ete. Les présens reçus, chacun retourne vers les siens, content de bagat : s, Il arrive presque tous les ans qu'une pareille roncontre produit beaucoup de mariages entre les différentes tribus, J'y ai été accoucher baaucoup d: sauvagesses, leur décence surpasse tout ce que l'on peut imaginer, Ces malades sont séparées du reste jusqu'à parfaite guérison; celui qui voudrait faire insulte à ces fommes ainsi retirées, où même les visiter, seroit rigoureusement puni, En général, ln femme, chez ces peuples, est très-labo-

rieuse, fait le feu et l'ordinaire, porte sur son dos et éleve les enfants, etc.; l'homme fait les canots, les cabanes, pêche et chasse, Pour ce qui est de la navigation, l'un et l’autre y est également adroit; quant à l'agriculture, la femme seule s'en mèle, Leurs lois pour la plupart tirent leur principe et leur force de la paternité : femmes et enfans s'y soumettent et la respectent, Dans leurs conseils, il est bien rare que l'on demande l'opinion d’une femme. C’est absolument le despotisme paternel, Cependant, les femmes y sont fort attachées à leurs pères, maris, frères et sœurs, En général, elles ne sont point libertines, craignant sans doute le mépris qu'elles savent que l'on auroit dans leur village pour celles qui tomberoient en faute, Il n'est pas impossible d'en débaucher pourtant, Les séducteurs sont surtout des gens de la ville! ...,

M'étant ainsi reposé et délassé à Québec, je me préparai, suivant le désir que j'en avois, à aller visiter Montréal et surtout madame de Rustan, ma tante, qui faisoit sa résidence à deux lieues de cette ville à la Longue-Pointe, et vers la fin d'octobre, je m'embarquai sur une goëlette pour my rendre. J'arrivai à la Longue-Pointe après une navigation de huit jours. Partout où le bâtiment approchoit des bords, je faisois mes observations ; l'aspect de toute cette côte m'enchantoit, les agriculteurs n'ayant encore ôté les riches galons de la nature que par endroits, presque imperceptibles dans l’ensemble, Les défrichements, que l'Europe appelle un perfectionnement, me paroissoient laids comme un animal écorché, © nature, ta virginité est partout préférable, et c’est un crime de déchirer ainsi ton sein |! ...,

On jeta l'ancre dans lanse de Deschambault, je pus descendre à terre et visiter les beautés du licu, surtout la pointe où est l'église, et ce bois que l'on y voit de &° loin. Un ancien curé appelé Gué desservoit cette paroisse, je fus le saluer, Il eut la bonté de me faire tout voir, et en

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