‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 28 sur 49 · PA; AE · texte numérisé non relu

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danger. — Vous ne trouvez aucun autre moyen à tenter ? — Non, et vous M. le Dr. LaTerrière ? ajoutèrent-ils d'un ton goguenard. — Messieurs, je suis étranger ici; je ne viens assister la malade qu'au désir de sa respectable famille, Je respecte vos opinions, qui sont fort sages ; mais une spécialité de notre profession qui m'est bien familière est celle d'accoucheur, et j'ai rencontré plusieurs cas semblables à celui-ci, dans différentes villes et paroisses du Canada. Voici la méthode que j'ai employée dans ces cas désespérés : je m'assurois si les pertes venoient de ce que le placenta étoit devant l'enfant à l’orifice du gravide uterus ; cet état d'inertie et d'irritation, avec la pression de l'enfant, cause les convulsions et en est la conséquence, De pareils accidents n'admettent que deux moyens, l’un curatif et l'autre palliatif, I'humanité exige que nous les employions ici, car ils pourroient sauver la vie à la malade et à son fruit. Abandonner la malade seroit cruel, quand cette espérance promet une ombre de succès, — Ferries s'y opposa en homme irrité ; LeBreton partageoit son opinion, Quelque danger qu'il y eût pour cette victime condamnée, ne falloit-il pas tenter les moyens proposés? À l'instant même, il fut décidé par l'époux et toute la famille en pleurs d'essayer l'impossible et Dieu feroit le reste, — Je n'ai besoin que de deux femmes et du Dr. LeBreton, dis-je, et qu'on me donne de l'huile d'olive! ...

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L’attouchement me convainquit que le Dr. Férries avoit fait quelque tentative, car les parties étoient tuméfiées et un coin du placenta étoit sorti et bien égratigné, ce qui devoit produire les convulsions et l'hémorragie, Je dis à LeBretou de donner à la malade deux cuillerées de vin et d'eau et 20 gouttes de castoréum ; pendant ce tems de la fomenter avec de l'eau tiède huileuse, Quand il eut fini, je lui demandai quelle heure il étoit, — Deux heures pré cises, — J'introduisis toute ma main dans le vagin pour

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m'assurer de l'état d’adhérence du placenta. Une tranchée que la titillation de ma main lui donna, amena l'entière sortie de cet organe, Glorieux de ce succès, je le cachaiï, et vitement j'insinuai la main in utero pour rompre les membranes des eaux : même succès, Depuis plusieurs jours que cet enfant souffroit, faute d’une main habile, je ne lui eus pas plutôt ouvert cette voie, qu'il présenta une main et l'épaule : je les fis rentrer et je l'amenai suivant l’ordre des choses, sans autre accident qu'une extrême faiblesse, L'hémorragie et les convulsions cessèrent, et furent à suivies d’une faiblesse de deliquium animi pendant trois jours, Je mis la malade dans son lit avec ordre de lui faire avaler une cuillerée de bouillon toutes les minutes, la ; première heure, en augmentant par degrés. On s'apercevoit : qu'elle n'étoit pas morte, mais c’étoit tout, Elle revint à la vie, et l'enfant aussi; ils vivoient encore tous les deux au printems, lorsque je quittai le havre! ....

Ce succès ramena le Dr, Ferries, mais l'oreille basse, Personne ne donnoit une goutte d’eau à la malade sans que je l’eusse approuvé. LePreton m'avoua n'être pas ac-

coucheur et que le Dr. Ferries n'étoit qu'un intrus en mé-

decine, Une pæoille cure me recommanda jusqu'à Saint-

Jean même, et on auroit bien voulu que je restasse au |

Havre pour y pratiquer comme accoucheur, Hélas! la |

destinée me désirait ailleurs, | Le navire de guerre, si longtemps attendu d'Europe,

arriva le 20 février: il apportoit effectivement la nouvelle

de la paix, et mon bon ami Lee me l'écrivit tout de suite,

On peut naturellement juger de la joie que j'en eus : mes

espérances d'un prompt retour au Canada renaissoient,

avec le désir de revoir ma bonne amie, qui me rendoit le

réciproque, je n'en doutois pas un moment ; quant à mes

autres amis, cela alloit sans dire ; pour les tyrans qui m'y

awoient tant persécuté, je ne me faisois pas scrupule de

croire qu’ils ne désireroient aucunement me revoir, De ce

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moment, je ne désirai qué l’arrivée du printeins, Que les mois, les jours me parurent longs, si bien traité que je fusse par mes amis de cette partie du monde! Je ne pensois qu'au Canada, Au commencement de mai, je réglai et tirai mes comptes avec mes débiteurs et avec ceux à qui je devois : la pacotille qui m'avoit été confiée étoit vendue, ù peu de choses près, et mes créances se montoient au dessus de la balance que je devois à M. Buffet, que je fus voir moi-même à Saint-Jean pour le prévenir que je les remeéttrois en bon ordre à notre commun ami le juge Garland ; celui-ci en retireroit le montant en morue ou huile à l'automne et le Ini enverroit. M. Buffet fut content de ma conduite et m'encouragea à regagner le Canada au plus tôt, J'eus aussi-le plaisir de revoir et remerciai mon bon ami Lee, ainsi que M. le commandant Pringle, Revenu au Havre, je m'enquis d'une occasion, qui me paroissoit difficile à trouver à cause de la saison que toute cette peuplade employoit à pêcher, Ma dernière ressource étoit de m'embarquer à Saint-Jean. Comme Dieu n'abandonne jamais ses enfans, arriva au Havre, en pacotille, un nommé Wim, Hardy. Voyant que le poste n’étoit nulle. ment favorable à la réalisation de ses espérances, le chagrin le prit, et s'en étant ouvert au juge Garland, celui-ci lui conscilla de me voir, qu'il auroit peut-être plus de chance de succès au Canada, Hardy vint me voir, et me fut présenté par mon ami. J'examinai la facture de ses effets et n'y vis rien qui ne dût étre d’une prompte défaite à Québec, hormis que la nouvelle de lu paix .n'eût amené une trop grande abondance, Je lui dis qu'en ajoutant du fea, du sucre et de la melasse à ses autres marchandises, nous pourrions Jouer la grande chaloupe de Knarisborough, et en nous rendant au Canada, faire le commerce côtier dans tous les postes habités de l'isle, sur le détroit de Belle. Isle, et vendre ou échanger nos denrées pour ce que nous trouverions, poisson, huile et pelleteries, L'idée parut

bonne et fut mise à exécution, La banque fut louée par nous et mise en charge aussitôt, et le 10 juin nous étions à la voile!

Le pen de jours que j'eus furent employés à faire mes adieux et remercimens à tout ke monde et surtout à mrex bons amis, la famille Garland, le Dr, LeBreton, le ministre Delfort et Stratton .... Ces respectables gens vinrent nous accompagner à bord, et nous soubaiterent bon voyage. Me voilà encore une fois en mer! .... mais en touchant de havre en havre, les fatigues de li mavigation furent bien adoucies, et nous échangeämes de nos marchandises, surtout dans la baic de Toulingnet qui est bien habitée, à 15 lieues à l'est de Quirpon: ce lieu est bean, curieux et teut à it pittoresque ; Les hubitans — des Hrlandois, des Eoossojs ++ des Anglois — sont bons et polis. Penelant trois jiuvs que nous y séjournämes, ils nous imontrérent toute sorte d'égards et nous offrirent de ce qu'ils avoient de meilleur, De là nous gagnämes Quirpon, fréquenté par

. des navires francois de Saint-Malo, Une vie sera bien là

plus tard: le havre est sûr, abrité contre tous ies vents : c'est une belle et profonde rivière quisort à l'entrée d'une petite baic en ferme de demidune, justement à lopposite du détroit de Belle-fsle, parce que ce Quifpon projette beaucoup en mer, ee qui fui aura fait donner Le nom breton de Téerpon. Le sol autour du havre est jaune et fertile, les prairies sont belles et Le jardinage y réussit bien, à ce que me dirent les navigateurs et pécheus françois, avec qui uous commerçames pendant 5 à 6 jours que le vent contraire nous retint à cet endroit, Quirpon et Ja baie de Toulinguet m'avoient charmé, et si j'avois été mal reçu à Québec, je scrois retourné à lune où l'autre de ces deux places :; car je m'y croyois étre en France. Il n'est point d'amis qui ne se quittent: ie vent s'étant inis à soufller de l'est, nous en protitimes pour nous rendre en trois jours aux Isles aux Oiseaux, an nord d'Anticosti, et où nous rn-

mäassiines ine grande quantité d'œufs et de piiigotiins. Le vent favorable nous dura jusqiatix Sepit-Tsles : 14 des vétits contraires nous retinrent plusietirs jours : nous fftiries À la péché et à la chasse pinsieurs fois, À vant remis à 4 voile, nous n'utterrimes plus qu'au Bic, où nous déscendimiées à terre du côté du sud. Je fus surpris que cette îsle re fût pas habitée, eur elle ponvoit aussi bien ke ctiltiver que 164 uûütres parties du Canada, Pourquoi fh'étoit-elle pas cultivée? Faute d'une plus nombreuse populätion sans doûte, où pur dégoût d'être habitant insulaire, Je fus aussi tenté de venir m'établir dans ce Heu: toat me ftisoit envie, tant mes malheurs et mes voyages m'avoient renidù l'esprit iniconstant et flottant! ,,,, Nous repartimes à la faveur encore d'un bon vent, et en compagnie de pliiietiés coélettes et batennx, entre autres du biteau dé moñ 4h. ciéh ami Tradelle, commis an grand Mekätina. Tradèfle étoit Iüi-méêmie à bord; comme notre bateañ étoit plas rapldé que le sien et que nous avions besoin, daflleurs d'n pilote, rions le suivimies d'assez près potit pouvoir nous parler, Sitôt quil m'ent reconnü, fl envoya sa CHA. lotpé me chercher, et je restai avec Ini jusqu'à Piste d'Or. léans, 11 me donna sa parole de piloter notre embarcation cé que je étiat à nos gens, leur disant d'être attentifs à stüivre et qu'a la nuit on rettroit exprès un fanal à If tête du mât: ils répondirent qu'ils étofent bien reconnoissans et qi'ils n'y manqueroîient pas. Pour moi je me fis descendre chez Gourdean: je Le priai d'aller voir l'aide-decamp Mathis pour le prévenir et le gouverneur de mon retour, la paix étant faite, et que je n'avois pas voulu rentier en ville sans cette marque de déférence, Le même sôir, je reçus réponse que je pouvois paroître en ville sähs aucun obstacle, que son excellence me donnoit passe pour utter mettre ordre à mes affaires et réclamer moñ bièn èn quelques mains qu'il fût. Je fs loger dans le Sault-au- Matelot, éhez un nommé Diimas, ahicien confrier, dans le

hangar de qui tous les effets de ma société uvec Hardy furent déposés pour être vendus.

Mes amis, heureux de mon retour, vinrent me voir, et m'assistèrent de leurs bons services, Ceux qui n'avoient pas oxé le faire pendant ma détention, me donnèrent leurs raisons, qui étoient bonnes: le tyran guettoit tont le monde ; mais que le tems de sa cruauté étant pasné ct la paix ayant cimenté la tranquillité de tous les citoyens, ils ne craignoient plus de m'approcher pour me témoigner combien ils avoient souffert pour tons les prisonniers d'Etat et pour moi en particulier; qu'il n'y avoit plus qu'à se réjouir, que le pauvre M, DuCalvet avoit fait relever le tyran et que lhumein lord Dorchester revenoit gouverner le Canada,

Il me falloit renvoyer la barque et mon associé au Havre et lui procurer une cargaison de farine, Je lui eu formai une, avec l'aide de cé même Dumas, dans l'espace de huit jours, et il repartit avec l'intention, réciproque de ma part, de continuer notre commerce, lui à Terreneuve et moi en Canada, Mais ce genre d'affaires étoit tout-à-fait nouveau pour, nous, ét mes amis me firent voir que si j'avois quelque chose, j'aurois bientôt tout perdu, que tel et tel qui faisoient le même commerce sur un grand plan #y étoient ruinés ,..,. J'avois presque remis à ce Hardy la balance d'importation par l'exportation, et je ne craignois aueune mauvaise conséquence, je changeai donc d'idée, Les affaires provinciales n'offrant rien de favorable, je me bornai, en attendant mieux, à me munir d’une petite pharmacie et à acheter un fonds de commerce assorti qui étoit à vendre par suite du décès d'un marchand-tailleur, auquel je joindrois l’invendu dé ma société avec Hardy, dans le dessein d'aller nr''établir à Bécancour, où, avec ces deux états de médecin et de marchand, en vivant avec économie, si je ne faisois pas fortune, je vivrois du moins, et au milien de mes amis, Aussitôt projeté, aussitôt exécuté ; et

us

Dit

J'y étois établi et logé chez Désilets, trois semaines après.

Jusqu'ici jétois sans nouvelles de la barque, que je croyois rendue à sa destination, Hélas! tout en ce bas inonde né va pas au gré de nos désirs, mais à celui de la Providence, Un matin, est-ce que je ne vis pas arriver devant ma porte ce même Hardy, que je croyois déjà au Havre, — Quoi, cher ami, vous voilà! Que vous est-il arrivé? — Naufrage au Kamouraska, mais sans aucune perte, hormis du retard et des frais pour le propriétaire du bateau, Pendant la réparation, je suis revenu à Québec, où j'ai appris votre nouvelle demeure, et votre changement d'idée par rapport à notre branche de commerce, Qu'est-ce donc qui vous a fait changer ? — Les conseils de tous mes amis qui sont devenus les vôtres, Quand nous avons arrété ensemble de faire ce genre de commerce avec l'isle de Terrencuve, nous y étions vous et moi parfaitement étrangers ..., Nos amis ayant su unc‘partie de nos desseins, m'ont blâmé et fait voir que nous nous y ruinerions, parce que les maisons angloises les mieux fondées n'y faisoient que battre l'eau : craignant alors des reproches de votre part, je réfléchis et me dis: Ce que M. Wm. Hardy emporte, payera à peu de choses près ou peut-être audelà, sa part de notre mise, en sorte qu'il ne perdra rien ; — ct j'allois vous informer de tout par la voie de Saint- Jean: mes lettres écrites et prêtes à partir me justificront et vous convaincront de ma bonne foi, Mais puisque vous ètes revenu, s'il y a un moyen honnéte de mettre fin à notre société, je suis tout prêt à l'employer, — C'est, me répondit-il, ce qui m'a ramené, et je pense à cet égard comme nos amis ct vous .... Les cflets sont-ils vendus ? — Il n'en a pus été vendu pour un sol depuis votre départ : l'abondance du produit des Isles a tout arrêté et u changé les anciens prix en grandes pertes, comme vous devez en avoir êté informé à Québec, Si cela continue, je wc trouverai en arrière pour le paiement des farines à

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bord de di barque, et c'ert ce qui m'inquiète, Je votdréois né m'être pas réndu responsable d'une aussi forte somme, et vous êtes bien heureux qhe votre nom he soit pas ufecté, L'époque du pavement est en octobre, ét il ne funt pas perdre un moment potir faire dés espèces, on je serni obligé d'envoyer tout à l'enenn.

L'avant tissé toute la journée réfléchir, le lendemain f mé dit: Comment régleronsnous”? = Je ne sais, lui répondis-je, Je ne vois qu'un moyen, c'est de faire tn inventaire aux prix actnels de Québec, puis rabattre dix pour cent, sr ce qui restera, nous composerons à tout risque : vous où moi nous en chargerons, = C'est juste, ditsil, oft ne pont faire autrement, = Le compte courant fut, en conséquence, dressé, et il se trouva uné petite balañice de 5 pounds et quelques shillings. Nous nous mines à table pour diner: au dessert je dis: Eh bien! qui se chargera dé notre manvaise entreprise ? = Je ne voudrois pas m'eti chafger, répondit Hardy, vu mes autres affaires à Fisie et à cause de ln goëlette, — A croix on pile, si vons voules ? — Non, j'accepte le compte courant, Payez moi M balance, et déchargeons-nots réciproquément, Celu fut fait dns l'instant, JT vouloit repartir tout de suite : mais je Dit fs tant d'instances, qu'il restu six jours, pendant lesquels je le meénai visiter les Trois-Rivières, où je le présentait à tous mes amis, Ce tems expiré, nous nous quittimes amis et fort contens Fin de l'autre, et d'avoir vu et reconnu uotre erreur quand il en étoit éncore tems ; et je restui set chargé de tout, J'avois dés effets solides pour faire face à mes engagemens : d'ailleurs, Dumas étoit presque payé pour les farines par dantres moyens qui m'étotent personnels.

Dès ce moment je n'ens rien de plus pressé qne de méttre toutes voiles dehors, c'est-à-dire mes facultés, tant médicales que mercantiles, Ma bonne amie étant venue me rejoindre, je In placai, avec son frère Michel, à Saint-

Pivcrredes-Hiecquets, à la téte d'un petit magasin, sous ln recommandation du père Louis, récollet; la distance d'où je me trouvois n'étoit que de six lieues, et j'avois par fà l'aceasion de la voir trés-souvent, ainsi que ma chère enlant. Nos intéréts exigeoient que nous agissions de la sorte,

La médecine m'uidoit fort bien, le commerce si pen que pour ‘aire honneur à tontes mes obligations, je me jetai aux entreprises de bois de mature et de chauffage, J'achetai dans Gontiiv, une terre de meuf arpens de front d'un nommé Augé, trés-peu avancée, mal bâtie, mais, bion boisée d'essences diverses, Au bout de deux ans, je fus obligé de quitter Bécancour ct de me transporter à GentiHy pour faire marcher mes entreprises, ce que je fis, avec ma "bonne amie, au petit printems de 1784.

Mais comme il me restoit encore beaucoup de marchandises qui prohablement se vendroïent à cctte nodvelle résidence, je mis à exécution un nouveau projet dans Fhiver de 1784. out extraordinaire qu'il ait paru, il ne répondit pas à mes espérances, Voici ce que c'est: Je fis faire dans l'automne un traineau de vingt pieds de membres sur l'ordinaire largeur des chemins un Canada, couvert ct bien solide : duns Le devant étoit un magasin assorti : an milieu et en travers, un: ammoire pour y mettre une apothieairevie et des instrumens de chirargic: sur Le derrière, une petite chambre où étoient un poële et des coftres renfermant dit, vaisselle et provisions pour vivre sans étre obligé d'aller aux maisons, Cette curieuse machine étoit remuée pu deux chevaux, qui n'en sortoient point: car une tente roulée sur le siège du cocher, étendue, faisoit

leur écurie — il falloit seulement acheter au fur ét à me sure Luc nourriture partout: des scuux pourles faire boire, une huche, une pelle, une étrille, ete, étoient pendues aux cotés de lu cabane, Ainsi installé, me voilà parti de Saintl'iurre-les-Hécquets par un beau jour et un beau chemin,

Notre première couchée se fit à Gentilly, les chevaux soûs leur tente, et moi et le garçon dans notre maison mobile, L'étrange aspect d'une telle voiture, la fumée du poële, attiroient tout le monde aux chemins; pour ce : t de cela nous n'avions pas grand’ peine, mais les be an dex regardants ne répondoient pas à nos espérances ,,,, Le lendemain, nous nous rendimes au village Sainte-Marguerite, peuplée d'Acadiens : là aussi force curieux et peu de besoin de marchandises et de médecines! ,.,, Si lex choses ne vont pas micux, me disois-je, je n'irai pas loin. Cependant, ce jour-là, nous gagnämes la paroisse de :la aic-du-Febvre, où je restai quatre jours, devant chez le nommé Joseph Houle, à l'entrée d'une route, Le dimanche nous procura beaucoup de curieux mais fort peu de profit, Iarriva au garçon un accident qui pensa tout ruiner, ‘Le soir, comme il avoit placé ses hardes trop près ‘u poële, le feu y prit, et, ma foi, la maison et toute ! cotille brüloient si le pied droit du garçon n'avoit pu. » de la partie. La sensation de la brûlure, réveilla mon compunon; le feu fut éteint, et, le matin, j'en fus quitte pour lui donner de nouvelles hardes,

Mon peu de succès m'avoit découragé; mais l'orgneil, pur défaut d'expérience, n'étoit pas encore: battu et content: je résolus de poursuivre ma route ét de visiter la paroisse Saint-François : F+ eus un peu plus de chance, ‘De là, j'allai à Maska, où je séjournai chez M. de la Feuillade plusieurs jours, J'y vis M. de Tonnancour et mon pais le Dr, Roque, dit La Lancette, J'appris à cet endroit une nouvelle qui m'effraya: un voleur public, appelé Monden, échappé des prisons, étoit dans le haut de la rivière, qui me guettoit, avec deux autres, disoit-on, et tous les trois armés, pour voler ma pacotille, Pour les armes. je n'en inanquois pas non plus, ayant trois fusils et un sabre, et des balles et de la poudre suffisamment, Cependant, j'étois un peu déconcerté ; que faire ? M'en retourner

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| — 145 — ou continuer mon chemin ? Tout bien considéré, j'appelat

le garçon, je l'armai et je lui fis la leçon de ne pas aban. donner le devant de ln voiture et d'être toujours prét à

| faire feu au premier appel: moi je mareheroïs derrière, deux fusils en bon état accrochés aux côtés de lu voiture, J'étois hien déterminé à me défendre, Je ne vis rien jus-

qu'# l'endroit où on disoit ces voleurs cachés ; maïs en

approchant, un homme “êtu en habitant se présenta de-

vant nous, un moyen bâton à la main dont il s'aidoit pour | marcher, Lorsqu'il fut assez près, je ini criai de passer À | droite où à gauche loin de nous, ou que nous tirerions sur lui. Dans le moment se montrèrent deux autres hommes, dont l'un étoit Mondon, J'avois regu du colonel de Ponnancour, juge de paix, l’ordre de tirer sur ce misérable, et convaineu, d'après le signalement qui m'en avoit été donné, que je l’avois là devant moi, dans un lien suspect, sans habitans, je ne balançai pas à leur dire que je les connois- |: sois pour être de la bande de Monde, et que j'avois ordre du magistrat de tirer sur eux, s'ils refusoient de s'éloigner

de ma voiture. Au premier avertissement, ils ne répon-

dirent rien ; au second, ils crièrent, Jean Foutre ! qu'ils

étoient armés aussi, mais je ne vis que des pistolets dans

leurs mains, Je tirai à balle et à mitraille dans les jambes

de Mondon ; mon garçon m'imita. Aussitôt ils s'enfuirent

par l'autre rivière, Nous rechargeñmes promptement nos

armes, et notre voiture s'ébranla de nouvean pour monter

cette route à travers bois : nous avions de grands yeux et

nous tenions nos fusils armés, prêts à faire fen. Heureuse:

ment, nous n'aperçgümes personne, et une heure après, notts

étions sainset saufs À Saint-Hyacinthe, chez Madame veuve

, Delorme, seigneuresse, La première question qu'elle me fit | fut : D'où venez-vous ? — Du Grand-Maska, Et Mondon, comment l'avez-vous évité ? Je lui racontai la rencontre ot comment il avoit pris la fuite à notre décharge de fusils eur eux, — [1 faut, ajouta-te";s, que vous en ayiez blessé

EP

quelqu'un, … Je n’en sais rieu, répondis-je ; mais j'étois déterminé à le tuer, et ses associés aussi, s'ils n’avoient pas pris la fuite, — Foutre ! dit-elle, vous avez été brave et résolu, — On setire, Madame, comme on peut d'un mauvais pas, — Je couchai chez elle, et le lendemain, je fus chez mon bon ami Deberges, sou ueveu, où je demeurai trois jours ; j'y fis assez bien en échangeant de mes marchandisc: contre des pelleteries, Je gagnai ensuite la rivière Chambly, à Saint-Ours, où je n'eus aucun succès ; de manière que, le jeu ne valant pas la chandelle, je rebroussai chemin, et trois jours, par Sorel, me ramenèrent auprès de mon épouse, à Belle-Vue, à Gentilly, guéri de ce nouvean projet et bien fatigué, avec beaucoup plus de frais que de profits Mais si je n’en avois pas fait l'essai, j'aurois eru avoir manqué une chose de conséquence ! .... Maintenant, m'atiacher à mon établissement ét y épuiser toutes nes ressources, c'étoit ce qui me paroissoit de plus sage, et c'est ce que je fis le printems de 1:84,

J'étois le dernier habitant sur la côte sud de la rivière Gentilly, à demi-lieue du fleuve Saint-Laurent, Ma maison — une petite maison de bois de 24 pieds carrés — étoit assise sur une haute éminence, dont elle faisoit l'ornement ; à notre arrivée, ce lieu champêtre et pittoresque fut nommé le châtean-villa de Belle-Vue ; en effet, de ma porte, on découvroit complètemext toute la paroisse, le fleuve, Cham-

, plain et Batiscan !

C'est en ce lieu isolé que ma bonne amie, mon enfant Dothée et moi nous avons vécu cinq uns. Par nntre économe industrie, nous y récoltions toutes les douceurs de l'agréable nécessité sans semer beaucoup ; nous récoltions assez de grain pour la famille, qui n’étoit composée que de quatre ou cinq personnes, et pour deux vaches, un cheval, des cochons, des moutons, des dindes, des oies, des poules et des canards, qui tous étoient toujours très-gras, Une sucrerie d'érables nous donnoit de 400 à 509 livres de sucre,

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