‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 33 sur 49 · FR EE · texte numérisé non relu

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PRE SERNPPNE SPNS DAS ASSET

par lu nature potr servir tôt ou tard d'emplacement à un bourg ou une ville ;: — tout y étoit de toute beauté!

Le lendemain, un tems clair nous invita à nous remettre en chemin. Nous avançäümes rapidement dans cette rivière Noire, dont les bords ou accores s'élèvent à mesure qu'on s'approche du chemin Dazen ; son nom de rivière Noire Jui vient de la hauteur de ses rives et des grands arbres fort branchus qui la couvrent presque. Son cours est en général sud-sud-cst, et le chemin Dazen, au pont, ouest-nord-ousst, Nous mimes deux jours pour franchir la distance de 15 lieues environ, du bout du Jac d'où nous étions partis jusqu'au pont. Ici, un mauvais temps neigeux nous retint deux jours, cabanés avec des sapinages seulement. C'étoit à ce lieu que le sauvage devoit laisser son canot, pour transporter nos effets sur son dos jusqu'aux maisons on Abraham’s Plains. Comme il ne put tout porter dans un voyage, mon beau-frère resta, et je me mis en marche ; je marchaï une journée et demie pour arriver à la première maison, où je me reposai en attendant le reste du bagage.

Le particulier chez qui nous logeñmes étoit généreux, poli, et à son aise, ayant un.moulin à farine, un moulin à scier ct beaucoup d'animaux. Son nom étoit Welch. Ayant appris que j'étois médecin, il m’invita à rester quelques jours chez lui; son meunier étoit bien malade, et il désirort que je le visse pour lui sauver la vie, s’il étoit possible Je me fis avec plaisir conduire auprès du malade, que je trou vai atteint d’une vraie pleurésie avec tous les symptômes d'inflammation. Quoique ce fût sa cinquième journée, je crus sage de le saigner trois fois et lui mettre les mouches sur le côté, Au bout de trois fois 24 heures, il étoit mieux ; ce n'est qu'au bout de 9 jours, lorsque je le vis hors de danger, que je l’abandonnai, Cette cure me donna beaucoup de réputation dans l'endroit, à ce point que l’on m'engagea à m'établir parmi cette nouvelle population. Ne sachant pas comment mes affaires tourneroient en Canada, je ne

dis pas non, mais je fis entrevoir à M. Welch que j'avois de grandes affaires à arranger et que je n'en prévoyois pas l'issue, J'avois renvoyé mon sauvage, avec des lettres, — fort content de nous avoir rendus aux habitations bostonnoises, sains ét saufs, Après avoir guéri le meunier, je témoignai à mon hôte mon intention de continuer mon voyage jusqu'à Boston ; pour me rendre à cette ville, j'avois encore 60 lieues à faire, Il m'offrit sa voiture et nous fit conduire avec nos effets à 20 lienes, beaucoup plus bas qu'AHaverhill Roads, chez un nommé Smith, dont il se trouva que j'avois bien connu le frère au Canada, sous le nom de colonel loyaliste Smith: tous les jours cet officier venoit voir ses païs, les officiers américains prisonniers comme moi à Québec, Ce Smith nous traita très-bien ; il paroissoit vivre comme il faut, quoqu'il fût établi dans la partie déclive de Javerhill Mountain, F1 nous envoya mener généreusement chez un Canadien, appelé Mailloux, à à lieues de là, dans la plaine de Plymouth. Ce dernier nous reçut aussi fort poliment et avec cette sympathie que l'on ressent pour des païs, Sa famille habitoit Berthier : son frère étoit marié à une sœur du curé Pouget, cousin de mon épouse, en sorte que nous nous ftrouvämes parents par alliance, Ici encore je traitai et mis hors de danger un jeune homme de qui l’on désespéroit, que deux charlatans de l'endroit traitoient et à qui ils avoient tout fait, excepté la saignée, Je le trouvai dans le délire inflammatoire : ils le tuoient avec le quinquina et la crême de tartre, Leur ayant demandé pourquoi la saignée n'avoit pas été pratiquée et répétée méme, ils me répondirent qu'ils n'avoient pas coutume de saigner, qu'ils avoient vu ce remède produire tant de mauvais efets qu'ils ne s'en servoient que fortrarement. — Quoi! jamais dans les synoques, le ty phus ? — Non, nous ne savons pas ce que c'est, Un ministre méthodiste, qui exhortoit 1e malade à la mort, avant dit à Mailloux qu'il étoit cruel de Jaisser mourir cet homme

sans avoir essayé tous les moyens qu'offroit le véritable art médical, les parents du mourant, qui l'aimoient beaucoup, tivent faire une assembiée où il fut résolu que le nouveau moyen seroit tenté, puisque les deux chirurgiens n'avoient plus d'espoir: et je fus appelé sur-le-champ. Le malade déliroit si fort qu'il fallut le tenir pour le saigner ; la saignée rendit copieusement, et le soulagea tout de suite, Une heure après, sans 1e repiquer, par la méme ouverture, je lui tirai autant de sang, pendant que mes deux charlatans crioient que le malade n'avoient que peu de minutes à vivre, Ce pauvre malheureux, débarrassé de ses spasmes délirans, se calmoit, alloit de mieux en mieux, Une tisane de graines de citrouille, de mille-fouilles et de nitre, dont on lui fit boire toute la nuit, acheva de le tranquilliser, Après quoi, des prises de calomel avec de la crême de tartre, que je lui donnai pendant quatre à cinq jours que je restai là, le mirent tout à fait hors de danger, à la grande surprise des spectateurs, qui portèrent aux nues le French Doctor. Les deux éhariatans auroient voulu, eux, me voir à tous les diables, Cette cure nous valut d’être menés à la distance d'une vingtaine de lieues, Il ne restoit plus que 20 autres lieues à faire jusqu'à Boston, et, ayant laissé nos effets an bureau de lestage, nous entreprimes de les faire à pied tout doucement,

Depuis chez Welch, le sol étoit le même partout : terre légère et jaune, contenant beaucoup de sable, la plaine de Plymouth exceptée qui me parut d'un sol fort riche, Tout ce païs, depuis les hautes montagnes que nous avions passées jusqu'à la mer, présente généralement la méme déclivité ; il est donc fort salubre, cur il n'y existe que très peu de marais, Quoique la culture nn’ datät pas de loin, elle étoit partout bien établie: les vergers et les champs, sur tout les champs de bled d'Inde, surpassoient tout ce que

j'avois encore vu ailleurs, et témoignoient de l'industrie

des habitans, pour la plupart d'origine hollandoise,

À mesure que nous approchiions de ln grande ville de Boston, les constructions devenoient plns élégantes.

Une chose curieuse, que j'ai oublié de rapporter, nous étoit arrivée entre Plymouth et Concord. Un dimanche matin, on nous arrêta sur le chemin et on nous mena devant un squre où magistrat, qui nous demanda pourquoi nous voyagions le Sablath Day. Nous répondimes que nous étions Canadiens, étrangers, que nous allions à Boston et que notre bourse nous contraignoit de faire diligence, Eh ! en l'honneur de quel préjugé, dans un puis républicain, un tel despotisme se faisoit-il donc sentir, quand dans l'univers entier on ne sentoit, nulle autre part, une pareille gêne ? Le squire, n'ayant que de puériles raisons à donner, finit par dire : Soyez les bien venus chez moi, Je préfère vous bien traiter que de vous laisser aller et de vous voir arrêter à tout moment,.,. C’est une de nos faiblesses, dans ce district, et qui a passé en force de loi !.., ; Nous restâmes chez lui, bien nourris, bien couchés : et il vint lui-même noùs ramener au chemin public, et il nous souhaita un heureux voyage. Bon homme, mais attaché an fanatisme méthodiste,

A la vue de Cambridge et de Boston, nous fimes halte pour décider où nous irions d'abord. Réflexion faite, nous pous dirigeñmes vers Cambridge, où nous allâmes descendre dans une auberge. Informations prises, il se trouva là un étudiant du collége d'Harvard, qui nous dit : La seule personne qui vous puisse renseigner sûr ce qu'il faut fair est M. Willard, président, à qui je vous présen le désires, — Je vous en serai infinim dis-je, — Ce jeune homme obligeant ‘1 dent qu'un de deux étrangers arrivan. In Cam: « désiroit beaucoup lui parler, — Dites-lui de venir me :oir quand il le voudra, dit-il ; voici justement le moment où je vais donner audience, L'autre ne fit qu'un sant à notre auberge, et nous partimes ensemble. T1 m'accompagna jusqu'à Ta

porte, où il frappa, et je fus introduit, Monsieur, dis-je at président du collége, je suis un ancien praticien en imédecine, mé François, élève des écoles médicales de Paris, M'étant transporté au Canadn en 1766, j'y ai resté depuis et j'y ai pratiqué, La fatalité de la guerre entre les Etats américains et la Grande-Bretagne à enfanté bien des animosités, et les mignons ou protégés, dans notre pais, se font un plaisir d'accaparer tout ce qui peut les avantager, L'ordonnance sur la médecine, ou la loi qui vient d'être rendne touchant cette profession, comme vous en pourrez juger par l'extrait que je vous soumets, ne vous laissera aucun doute à cet égard. Tous ceux qui n'ont pas servi dans l’armée et qui n'avoient pas de diplômes, ont été obligés de subir un examen. N'ayant pas prévu la nécessité de représenter ces actes, et ayant perdu les miens depuis longtems, j'ai dû aller les mains vides devant dex examinateurs durs et rigides, et quoique mon examen, devant une nombreuse compagnie, ait duré huit heures, — comme je portois la tache d'avoir été quatre ans prisonnier d'Etat pour avoir été soupçonné d'être l'ami des Américains, j'ai été refusé, et voici un certificat d'eux! .,, Je n'ai pas voulu eu démordre toutefois, parce que je me crois capable de pratiquer aussi honorablement qu'aucun de ces médecins ; et puisqu'il ne falloit que mériter un diplôme, écoutant les intérêts de ma famille et me sentant assez de sang dans les veines, j'ai formé le dessein de recommencer un nouveau cours, suivant le système anglois, au lieu le plus proche. Un M, Coffin, né et élevé à Cambridge, qui étoit à mon examen comme simple spectateur, peiné de me voir traité si strictement, ne put s'empêcher de dire tout haut que le candidat lavoit belle, que l'université de Cambridge étoit proche, que 1à il mériteroit bientôt et obtiendroit sûrement ce qui lui manquoit, Un cri général se fit entendre, et les examinateurs se virent obligés de m'offrit de présent certificat. Lorsque vous aurez démélé leurs

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intentions dans cet écrit, je me flatte, monsieur, que vous aurez égard à ma situation ot au désir que j'ai d'être admis comme pupil à ce collége pour le tems qu'il me sera strictement nécessaire d'y restcr, Ma famille, mes amis et moi uous vous en aurons une entière reconnaissance, — Luissez-moi vos papiers, me répondit-il ; je vous enverrai à votre auberge une lettre adressée au professeur d'anatomie, M. Warren, à Boston, que vous irez voir, Je vais en atteèndunt prévenir la corporation, et mardi vous serez averti de ce qu'il vous faudra faire, Le Dr, Warren est un ami des hommes, et, pour moi, soyez assuré de ma protection, Je vois que vous avez été fort maltraité ; mais vous trouverez ici des amis.

En conséquence, mon beau-frère et moi nous partimes immédiatement pour Boston, où nous allämes prendre notre logement du côté nord du beau pont, chez un nommé David Bradley, à l'enseigne du Cheval Blane, L'aprèsmidi du même jour, je me fis mener chez le Dr, Warren, que j'eus le bonheur de trouver; je Hui remis la lettre du présent du collége, et l'ayant lue, il me pria de lui répéter toutes les particularités de mon affaire, ce que je fis, I parut s'intéresser extrêmement à ma situation, et il n'en. couragea en me disant : Vous serez admis, et vous verrez que des inconnus vous traiteront en ami, Où étes-vous logé ? — A l'enseigne du White Æorse, Bradlev;— C'est bien, vous v recevrez avis de ce qui aura été décidé à votre égard, Je le saluai ct m'en revins au logis,

Le lendemain, dans Faprès-midi, M. le Dr, Warren, en revenant de Cambridge, vint me voir et me dit d'aller chez lui le lendemain, à 9 heures, que tonte la corporation devoit s'assembler pour me faire passer Pexamen d'admission, et qu'il m'introduiroit en sa présence, ‘e fus exnct, Lorsque je parus devant l'assemblée, chacun me salua trèscordialement, Le président ouvrit ensuite la séance : Nous

sommes réunis ici, dit-il, pour rendre justice à un candidat

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étranger qui se présente pour faire ses cours en médecine à notre Université, Pouvons-nous lui faire les questions ordinaires pour connoître s'il en est digne ? Tous répontirent que oui, — Qui êtes-vous ? où avez-vous reçu votre éducation ? — Je suis né François. J'ai fait mes études primaires à Alby, ville du Languedoc, et mes humanités à Toulouse ; j'ai fait en outre un cours de mathématiques à La Rochelle, ? — Etes-vous praticien en médecine ? où avez-vous étudié la médecine ? — A Paris, chez le Dr, De la Rochambeau, médecin de Ja Reine, en 1765 et 1766 : j'ai fait mes cours à Saint-C'ôme, sous Dionis, et assisté à l'Hôtel-Dieu, — Faites serment de ces choses,

Ils furenus unanimement d'avis que je pouvois et devois être admis à mériter un diplôme dans ma proféssion, et à jouir des mêmes priviléges que tous les autres étudians,. Je les remerciai, et m'en retournai avec le Dr, Warren, qui me promit de tae placer chez M. Ebenezer Sewell, professeur de langues orientales et docteur en théologie, qui demeure auprès du collége, Demain, ajouta-t-il, en revenant de Carnbridge, je vous ferai connoître sa réponse, Aujourd'hu: venez diner avec moi, Je fus reçu par madame Warren et toute la famille avec la plus grande politesse : la conversation roula sur le Canada et sur la France, I] estimait beaucoup les François : un chirurgien de cette nation (dont l'ouvrage anatomique étoit au muséum de Cambridge) lui #voit rendu de grands services, et il vouloit en faire autant pour moi. Je fus touché de ces paroles, je l'en remerciai et lui promis de conserver un” éternelle reconnoissance de ses bontés,

Il m'apprit que les leçons et démonstrations d'accouche. ment se feroient chez lui, et me montra son cabinet de préparation, Je revins à l'auberge, content: de ma journée, Comme il me l'avoit promis, il vint lui-même me faire part, le lendemain, de lu réponse de M. Sewell.— Vous aurez, me dit-il, votre logement avec ln pension chez le

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père Sewell pour 10s. par semaine, Vous pourrez aller prendre possession quand il vous plaira. Je vous revexrai li, —.J0 m'y rendis dans l'après-midi. Mes moyens ne me perinéttant pas d'entretenir mon beau-frère plus longteus, je Jui donnai quelque urgent ct Ini conseillai d'aller rejoindre son frère à West-Point, ce qu'il ft, Le pauvre jeunc homme, je ne l'ai plus revu jamais : il tronva son frère, avec qui il passa un assez long tems, et c'est tout ce que j'en ai su, Le père ,..,,..,, homme docte et des plus respectables, tenoit maison avec deux nièces : je reçus d'eux le bon accueil et les soius que mon excellent protecteur M, Warren m'avoit dit que j'en recevrois.

Le Dr, Waterhouse, professeur en médecine, vint me faire visite, et je Jui rendis su visite le lendemain : de chés lui il m'accompagna chez le président, me promena danx tout le collège, ct me présenta au bibliothécaire le ministre Sith. C'est de celui-ci que j'ai reçu ensuite Les livres et les instrumens nécessaires à mes études, qu'il me livroit sur un reçu qu'il falloit rapporter 1e samedi.

Sans perdre aucun tems, dès le lendemain, j'assistai aux démonstrations, qui se font à des heures différentes pour que le même étudiant puisse s'y trouver, Voici Les uoms des professeurs : M. Benjamin Waterhouse, pour la pagdecine ; il suivit le système colinien dans toute sa nosologie, et l'appliquoit à l'appui ou contre tons les autres auteurs. —— Jean Warren, professeur de chirurgie et d'anatomie, suivait le système de Hallet et de Winslow et Bell en chirur- Lie, Auvon Dexter professoit la chimie et la matière médicale, suivant le svstème de Fourçroy,

Line fut ordonné de prendre des notes des lectures théoriques de chacun d'eux, et de me servir, pour m'aider dans ce travail, ücs auteurs qui étoient dans la bibliothèque, Jeu: ainsi bientôt de l'ouvrage taillé, suns comp ter les pansemens à l'hôpital Darimhouxse, pour lesquels j'avois mon tour tous les mercredis et jendis,

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