ARE
ART UT SCT
è LS à
RSR EE
Dr EE
dus LOS
En oùtré, je Süivois un cours de physique expérimentale par Cleber, qui étoit très-savant en cette science.
Puisque jaävois ffanchi les montagnes qui séparent le Canada des Etats-Unis uniquement pour obtenir in diplômie, j'êtois bién résolu de profiter de tous les moments, afin de ne pas manquer mou coup à l'examen, quand le temps de mes étüdes seroit fini ; car il n'en ést pas de cet état comme de beaucoup d'autres : dans celui-ci, pas de favenrs : il faut apprendre à guérir d'uprès des principes counûs, et savoir bien entendre ces principes, pour passer ï l'examen devant tn corps de savans, pat qui la moindre hésitation est tenue pour ignorance, et qui en pareil cas recule dun an le candidat = un an à ajouter aux denx années absolument requises. Aussi ma devise fut-elle : Réussir ou... mourir !
Toutefois, je vais me délasser un tant soit peu en parcoùrant Boston, ses environs, Cambridge, ete. en disant ce qui n'aura frappé.
Boston est certainement une belle ville maritime, dont la population, à ce qui me fut rapporté, sélevoit alors à environ 22,000 âmes, Son port, avec Son long quai, est très-conimode : il y a sur ce quai une rangée de maisons où magasins. Les Boucheries et l'£xchange sont aussi fort commodes, Les promenades du côté de Beacon-Hill sont très-jolies, Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est le North- Bridge, garni de lampes,
Le sexe y surpasse en hbenuté tout ce que jai vu en Amérique, On purle à Boston un anglois très-pur,
Tous les chémins qui aboutissent à cette ville sont béaux, et très-bien entretenus, TT + a de fort belles églises de toutes les sectes ; les méthôdistes cependant y sont en plus grand nombre,
J'y vis avec étonnement le baril au brai d'alarme, sur tm haut mât planté à Beacon-Hill, et le baril au goudron, dont où s'éloit servi pour emplumer le premier commissaire
cn TG
anglois qui avoit été porteur du papier timbré. Je vis de beaux jardins, des corderies bien et artistement conduites et une verrerie au sud de la ville, et des moulins à farine à la grande chaussée, mus par la marée, du côté de S4. Churrles-River Vorsque la mer monte, et du côté contraire, lorsqu'elle baisse, Les prairies et les champs, entre Boston et Cambridge, étoient tous bordés de haies en épinesrinettes.
Cambridge est bâti sur une plate-forme. Il y a de belles maisons, mais son plus bel édifice est le collége, formé de trois corps-de-logis disposés en rectangle, sur trois faces ; la quatrième est la cour. Il est entouré de murs, sauf le devant, sur la grande place de la ville, qui est garnie d'une clôture à barreaux, Les, salles d'étude y sont vastes, commodes et nombreuses ; la bibliothèque ést belle, le musée et le cabinet de physique aussi ; la salle de physique expérimentale ne peut étre surpassée, La grande salle à manger est faite pour 600 étudians ; et les voûtes qui servent de cuisine et de laboratoire sont spacieuses en proportion, ainsi que les amphithéâtres de dissection et des différentes sciences, Au-dessus, sont les cellules et chambres des étudians, qui logent deux ensemble seulement par appartemeut!..,, Enfin, il y a le jardin et le parc, pour l’amuscement des étudians, avec deux maisons de vivandiers, ayant tout ce que les étudians peuvent désirer, d'après leurs meyens, La pension est fixée à 108. par semaine,
Comme Cambridge est dans une plaine, les belles prairies, remplies de jardins et d'arbres fruitiers, qui le bordent et l'entourent, font son principal ornement, avec le pont de pierre sur petite rivière, J'ai mangé là, en juin, d'excellentes cerises, et je buvois, pour ma boisson ordinaire, du cidre très-bien fait, Le terrain est pourtant gra. veleux.
Peu de semaines me firent faire connoissance avec tous mes camarades d'études, et avec ce qu'il y avoit de mieux
# * à % El a À p) ÿ
parmi les citoyens de cette petite ville : c'étoit à qui nie rechercheroït davantage et d'une manière plus affable, J'étois déjà lié avec plusieurs François, qui demeuroient à Boston, et plus particulièrement avec M. Joseph de Nancred, qui étoit professeur de langue françoise au collége, et que j'invitois fort souvent à diner à ma pension ; il me rendoit le réciproque tous les jeudis à Boston, Je me mis avec lui dans une étroite intimité, parce qu'il étoit estimable : il m'a rendu de grands services : aussi partout où je serai ou quelqu'un de mes fils, souvenons-nous en, Il étoit marié avec une fort jolie femme, Je me liai aussi d'intimité avec un prêtre, M. de la Poterie, homme d'une grande éducation : c’est Tui qui a fondé l'église catholique françoise, sur l'emplacement et les fondations mêmes d'une église françoise calviniste, dont le titre (c'est-à-dire la donation du fonds) étoit qu'elle ne tomberoit jamais qu'entre les mains de François, sans expliquer de quelle croyance, Elle a été érigée sous l'invocation de la Sainte-Croix, et je suis un des souscripteurs pour sa construction, Comme je souscrivis à mon arrivée à Boston, je dois à ce bienfait d'avoir sauvé le peu d'argent que je possédois : ce fut véritable ment un miracle, J'ai dit qu'en arrivant à Boston, j'allui loger chez Bradley, Croyant ce peu d'argent en sûreté avec mes effets dans la chambre qui m'y avoit été donnée, fatigué d'ailleurs d'avoir, depuis mon départ du Canada, porté toutes mes espèces sur ma peau, qui #'étoit écorchée à ee
dur contact, je confiai le tout à une petite cassette, tant
aussi je la crovois en lien sûr dans une maison, dont tous
les habitans me paroissoient honnétes, La maisonnée ne
se composoit que du mari, de la femme et d'une demoi-
selle, et personne autre que cette dernière n'alloit dans mu
chambre, Lorsque je revins avec M. de la Poterie pour ni
compter ma souscription, je trouvai ina cassette ouverte
et deux portugaises de moins, Je remercini bien Dieu de
ce que tonte ma ceinture de cuir, on toute ma ressource,
he fût pas partie ! Je n'en dis rien dans li maison, crinte de pire, et M, de ta Poterie, à qui seul je contai fa perte, me recomimende d'en faire le sacrifice, ce que je is. Pentêtre que si je r'avois pas et aimsi l’occasion de participer à nc si bomiie œuvre, jé n'eusse pas visité ma cassette de plusieurs jours, et mon petit trésor eût été démiché ! Je me serois trouvé ruiné, ans amis, et hors d'état de faire nres études à Cambridge : Et pratroit fallu partir..,, Cette aventure fait voir que, nuit et jour, il fant être sur le quivive, en quelqté part que l'on soit. Plus tard, la servante me dit en riant: Vous avez donc fait gagner une robe à Mile, Bradley ? Par H je ne doutai plus que ce ne fût elle qui m'efé volé, De Nancred la connoïssoît pottr une rien quisvaille ; il me fit porter mon argent à la banque, qui m'en donna un petit intérêt.
Le climat de Boston, de Cambridge et des environs, est fort suin : les vents de mer, les vents d'ouest 6 de nordouest, qui sv font sentir présque continaellement, en étoignent les fièvres et autres maladies, La salubrité, en hiver comme en été, n'y laisse subsister que les indispositions infhmmmatoires, nerveuses, bilieuses, et, comme ail: leurs, celles qu'amène Pintempérance, A ce snjet, je rapporterai nn fait fatteur, qui me fat raconté par d'anciens professeurs de VUniversité : c'est une observation qne Île publie avoit faite, Lorsque leurs villes étoient en la possession de Farmée angloise, il ne se passoit pas de nuit que la police ne ramassit des soldats, des officiers même, ivres morts dans les rues: tandis que Fhiver que les troupes françoises Y furent en quartiers, jamais on n'en tronva uni en état d'ivresse...
Comme on peut partout faire Le mal et le bien! ..., Parmi ces François avee qui j'étois lié, if v en avoit un de la Martinique, fort riche et petit maître jusq'an bout des ongles. Il avoit été recommamelé à un des preraiers régocians de Boston, chez qui il étoit comme Fenfant de h
maison, si bien qu'il engrossa une de ses filles. 11 dinoit ayec moi tous les dimanches, et me faisoit cent offres pour m'engager à aller nr'établir avec Jui à la Martinique ; par lù il croyoit me tenir, Un jour, les larmes aux yeux, il m'avaoua tout le mystère, et me pria, avec promesse de faire ma fortune, de lui composer des remèdes pour procurer un avortement à cette demoiselle, sinon qu'il alloit décamper, et qu'il étoit l'homme le plus malheureux du monde. = 1e le crois, vous dis-je. Je vous estime beaucoup, mais sachez que je suis né gentilhonune, et que je suis incapable de commettre un crime, 11 ferait beau voir que j'eusse passé de France en Angleterre et d'Angleterre au Canada, pour venir-dn Canada me faire pendre à Boston !.,,, Pour tout autre service, honnête et convenable, je suis prêt... Puisque la faute est faite, voici mon conseil; de deux choses l’une, où mariez-vous tout de suite, ou décampes secrètement par le premier bâtiment qui partira, — Et je vais prendre ce dernier parti, s'écriast-il, Jamais son pére ni le mien, pour des raisons de religion, ne consentiroient à notre mariage | Huit jours après, j'appris qu'il toit parti. Et cependant, quoiqu'il n'y fût plus, dix où quinze jours plus tard, on trouva un matin, vis-à-vis de la maison de ce marchand, un enfant nouveau né dans 16 milieu de la rue, Je n'eus aucun doute touchant Le mystère, mais ce n'étoit pas à moi de parler, ..,
Mes études avançoient, et de In meilleure façon, Nuit et
jour, je remplissois ma mémoire du fruit de mes leçons à
l'école et de mon expérience à l'hôpital. Plusieurs fois, je pris, pour les pansemens, la place d'autres dans l'esprit de qui les plaisirs prépondéroient, ce qui me rendoit ces soins plus familiers et me rendoit moi-méme plus recomamandable aux veux de nos professeurs ; à ce point que quand il se faixoit quelque opération soit dans l'une où l'autre ville, le malade étoit laissé à mon soin. Lecteur, juges du bon effet! Ma réputation y gagna tellement, qne notre
professeur ayant été appelé à Plymouth, un jour, pour faire l'opération de la pierre au fils d’un cordier, âgé de 14 ans, il m'y emmena avec lui et me fit faire la taille, en présence de plusieurs praticiens du lieu: je rénssis à merveille à extraire une pierre qui pesoit 3 03. Il repartit pour Boston, après m'avoir ordonné de rester 9 jours auprès du malade, Au bout des neuf jours, je confiai celui-ci aux soins du chirurgien de la maison.
Je puis dire avec vérité que je fus fêté pendant tout ce tems par mes confrères et tous les bons citoyens de ce petit port de mer américain, Je me faisois un plaisir d'aller avec eux visiter leurs malades, J'en connus un assez intimement pour l’engager à venir à notre examen : il v vint en effet, et je lui fis toutes les politesses dont j'étois capable, T1 fut si étonné de mes réponses à l'erhibition, qu'il m'offrit et me donna une lettre des plus favorables au Dr, Nooth, le premier médecin anglois de Québec, avec qui il avoit servi dans la guerre américaine, en qualité de chirurgien, à Halifax et à New-York, — lettre qui, comme je le dirai par la suite, me fut bien utile à mon retour.
Revenu à l'aniversité, je fis mon rappert à notre professeur, qui en fut très-satisfait, et je repris le fil de mes exercices,
Quatre pendus nous fournirent ample matière à dissection, Je n'en perdis pas un cheveu: j'analysois chaque pièce à l'amphithéâtre, et je l'emportois dans ma chambre pour la dépeindre sur le papier. Le cours de nosologie colinienne par M. Waterhouse, et celui de matière médicale dans les laboratoires par M, Dexter m'occupoient aussi beaucoup ; je gardois une exacte copie de toutes mes rédactions afin d'y avoir recours au besoin, ce que je pouvois faire même en me promenant dans ma chambre, car les cloisons étoient tapissées de ces écritures,
Il mourut de mort subite, à Boston, une vieille fille, grosse et grasse, Sur l'avis qui nous en fut immédiatement
“sonné par, le bedeau de l'église du Christ, nous fûmes l'acheter secrètement de lui, et il ne mit pas grand'terre dessus, et nous laissa une pelle ferrée, La nuit suivante — nuit noire — trente de nous enlevèrent le corps dans une grande poche, Quelqu'un nous avoit aperçu, mais avant que la police ait pu s'approcher assez pour s'informer de ce qui se passoit, nous gagnâmes la chaussée des moulins à farine : les ciuq ou six catafiers qui se présentèrent les premiers furent si bien prévenus d'avoir à nous laisser passer, que, voyant notre nombre supérieur au leur et craignant pour leur peau, ils ne furent pas incrédules, Nous nous rendimes donc à bou port, Le lendemain matiw, la nouvelle de ce corps enlevé se répandit dans les deux villes : les parens demandèrent un warrant de recherche au gouverneur, mais étant lui-même membre de la corporation du collége, il le refusa, et le bruit que cela avoit causé s'appaisa peu à peu. Nous disséquâmes la vieille fille secrètement et à notre aise; ce fut un sujet superbe !,...
Moi et un camarade, qui plus tard sera gradué à mes côtés, nous eûmes la permission de travailler la nuit au théâtre anatomique ; nous ne perdimes pas un Ioment pour com-
\ pléter notre étude de la physiologie, et le travail myolo-
gique que nous offrimes à la corporation, le jour de l'exhëbition, et qui fut déposé au muséum, fera toujours honneur à Pierre de Sales La Terrière et Wim. Pearson, Ce n'est 1} que le fruit des travaux et des démonstrations de l'automne : ceux du printen'ps, je l'espère, nous seront aussi profitables. L'étude des théories ct des pratiques et Ja rédaction de nos notes vont nous occuper au point de me nous laisser seulement que le tems d'assister au cours de physique expérimentale par le professeur Webster, qui ne fait que d'arriver de Londres, Saint-Petersbourg et Paris, où il a fait des cours suivant le nonveau système, Sa première lecture fut sur le pouvoir d'attraction des corps. 11 uous développa, en en faisant les expériences,
toutes les découvertes modernes, et nous indiqua la dis-® tance où nous nous trouvions des anciens, tant sous le rapport des idées, des faits, que des principes, Il nous exposa le système newtonien, et combien Descartes étoit inférieur à Newton, avec son système de la pression, Je ne pus le laisser aller plus loin sans lui demander lequel de ces deux grands hommes avoit mis sa pensée au jour le premier ? 11 me répondit : Descartes, — Qui sait, ajoutai-je, si Newton eût trouvé le système de l'attraction sil n'avoit pas eu devant les yeux les travaux de Descartes, L'honneur en premier lieu en revient à celui-ci; car, peur ce qui est de la vérité, peut-être n'en sont-ils p's plus près l'un que l'autre, I falloit un système qui pût contenter le genre humain: celui de Newton paroît mieux remplir cet objet, en attendant d’autres découvertes plus frappantes touchant l'universalité des mondes, — d'autres systèmes wussi bien établis et constitués que Jes nôtres, aussi coneiliubles avec les règles du bon sens. Mais tout cela ne pourra se prouver que quand nos découvreurs aérostatiques auront inventé un mode de navigation sur des flottes aériennes, pour voyager dans les diférentes régions de l'atmosphère, Des ballons solides et bien voilés, armés d'un gouvernail de gnze, pourroïient suppléer ce qui manque à d'aussi sublimes découvertes !..,,
Dans sa deuxième lecture, il nous expliqua le système planétaire sur.,,,.,,., 1] nous donna une idée de la formation de l'univers et nous dit comment les différens globes, dans le vuide, s'attiroient ou se repoussoient, Il nous permettoit de raisonner avec lui, — Que pensez-vous de notre globe? — Je lui répondis que je le considérois comme un atôme en raison de l'idée qne je me faisois du reste de l'univers, — Eh ! comment pouvons-nous tenir sur un atome ? — C’est parce que nous sonimes d'autres atômes des milliards de fois plus petits — Avec vos yeux imperceptibles relativement que voyez-vous ? — [n vaste vuide,
une ner, le ciel, la lune, le soleil et une immense quantité d'étoiles, — Que vous semble de la lune ? — Qu'elle est bien grande et lumineuse, — Sachez qu'elle n'est lumineuse que par une réflexion du soleil ; sa superficie est treize fois moindre que celle de la terre ; sa solidité 48 fois, et son diamètre n’est que le quart de celui de la terre, c’est-à-dire de 750 lieues, Elle n'est éloignée de nous que de 30 fois le diamètre Ge notre globe, ou de 100,000 lieues ; elle fait par jour dans sa course 540,000 lieucs seulement, ou par heure 22,500 lieues et par minute 364 lieues ; elle va par conséquent 5,600 fois plus vite qu'un cheval qui feroit 4 lieues par heure ; elle doit voler 80 fois plus vite que le son du tonnerre ou d'un canou, qui parcourt 270 lieues par heure, — La crovez-vous peuplée ? — Oui, ce seroit choquer le bon sens et faire injure à l’Etre Suprême, que de croire le contraire. Ce grand Etre se seroit-il donc amusé à peupler de préférence notre petite terre, tandis qu’il aurait laissé dé. serts le soleil, la lune et des millions et des milliards d'autres planètes, beaucoup plus vastes qu'elle ? Quelle absurdité ! D'ailleurs, M. le professeur, vous nous faites voir avec Île téléscope des bois, des montagnes, des vallons et des rivières dans la lune, pourquoi cette végétation, et cœtera, Si elle est sans habitans ? Je la crois aussi bien habitée que la terre, et peut-être gouvernée plus sagement, — Y at-il quelque comparaison à faire entre la lune et le soleil pour leur grandeur, leur éloignement et leur course ? — ]l ne devroit y en avoir aucune, — Puisque la terre a 3000 lieues de diamètre, et que le diamètre du soleil est cent fois plus grand, il en résulte donc que celui-ci est de 300,000 lieues : si c'est Ià la largeur du soleil en tout sens, quelle en peut être la superäcie et la solidité ? — Je comprends qu'il faudrait un million de terres comme la nôtre pour égaler la grosseur du soleil, — Que direz-vous de son éloignement ? — À en juger par l'apparence, il est prodivieux. Vous nous démontrez qu'il y a de nous au soleil
10,000 diamètres terrestres, où 30,000,000 de lieues ; mais peut-être y en al quatre, six ou dix fois davantage, puisqué vous faites observer que lon n'a encore trouvé aucune méthode certaine pour déterminer cette distance ? — Pour aider votre imagination par une hypothèse, supposes une meule de moulin tombant du soleil vers la terre avec la plus active vitesse, disons à raison de 15 toises par seconde, où de 900 toises par minute, pour qne ce soit plus aisé, mettons à raison de 1000 toises on d'une dermnilieue commune, quel en sera l'effet ? = En une heure elle fera 30 lieues, et en un jour 720 lieues. = N'a-t-elle pas à traverser 30,000,000 de lieues avant d'arriver à terre ? Oui, et il Ini faudra 4,166 jours, = Ne vous effrayez pus, vous allez avoir lieu d'être surpris. La distance de la terre à Saturne est au moins double de celle de la terre au soleil, qu'est-ce à dire ? — C’est nous dire qu’elle est de 300,000,00€ de lieues, et qu'une meule mettroit plus de 110 ans à arriver de Saturne à la terre, — Par cette élévation, pouvezvous ithaginer le chemin qu'il parcourt chaque jour andessus de nos têtes ? — Difficilement, Saturne a 600 millions de lieues par heure, courroit 20,548 ans pour accomplir ce voyage. Et croyez-vous toût connoître sur ce miraclée du monde visible ? connaître toutes les merveilles du hasard que vous admettez pour cause première des choses ? — Non; il est un ouvrier plus admirable que vous ue pensez: ne donnez au hasard que ce qui lui appartient ! Allez plus loin, et vous verrez la puissance de Dieu, — Suvez-vous que cette distance de la terre au soleil, de la terre à Saturne, m'est rien en comparaison @e l'éloignement des étoiles ? — Quelle proportion peut-il ÿ avoir de ce qui est mesurable à ce qui ne l’est pas ? — Aucune, On ne connoit pas la hauteur des étoiles, qui me paroïssent incommensurables, parce qu'elles n'ont ni angles, ni sinus, ni parallaxes, — Si un homme placé à Paris et ur autre ‘au Japon obsetvoient.une étoile, où leurs regarde se joindrotent-ile ?
— Leurs regards ne feroient qu'un, sans angle, tant la terre entière est peu étendue par rapport à cet éloignement, — Les étoiles ont-elles rien de commun avec Saturne et le soleil ? = Si deux observateurs, l'un sur la terre et l'autre au soleil, observoient en même tems une étoile, suivant notre principe, les lignes de leurs regards ne formeroient pas d'angle sensible, = Connoit-on la distance entre lex: étoiles? — Non, quelque proches où voisines qu'ellés nous paroissent, — Voit-on tontes les étoiles ? = Nous n'en voyons pus la millième partie, — Quelle est l'étendue de l'immensité qu'elles remplissent ? et le cercle de leur diamètre ? = 11 vaudroit autant sonder les abimes que d'imnginer un tel cerele, — N'estce pus tune chose admirable ywelles conservent quelque apparence à nos yeux ? = Otti, d'une hauteur si prodigieuse que Fesprit humain s'y perd, — (jue pensez-vous de celles qui forment ln voie lactée, cette trace lumineuse ? — IE est bien impossible d'en rien dire que de conjectural, car nous ne voyons qu'une bluncheur qui forme un chemin ? = Nons sommes done sur la terre comme sur un grain de sable qui ne tient à rien ? — Oui, saspendu au milieu des airs, et environné d'un nombre infini de globes incommensurablement grands, tournant et roulant tous les jours autour de ce grain de sable, Dieu seul sait depuis quand, dans les espaces immenses des cieux,
Laosteme Lecrere. = N'estil pus merveilleux de savoir la terre émportée avec une rapidité inconcevable autour du soleil, dans le centre de l'univers ? — Oui, je me repré. sente tous ces globes en marche: c'est un miracle qu'ils ne s'émharrassent jamais : car un d'eux qui se dévoyeroit, que déviendroit la terre? Tous me paroissent à leur place, suivait l'ordre que leur a prescrit Le maitre, et si paisible. métit à notre égard, que nos oreilles n'en sont point offenséés, — Cette économie si merveilleuse n'est-elle pas l'ottvrage dut haxard ? = Non, mais d'un Etre tont puissant,
ef
cm 174 —
Et ce petit animal qui a nom l'homme n'a-til pas l'audace de prédire des phases, des phénomènes de leur course à 80,000 ans à l'avance ? — Oui; si le hasard avoit tout faits quel ordre auroitit pu établir? Car ce hasard est-il corps où esprit? Est-ce un être distinct, ayant son existence propre, et qui soit partout ou quelque part? Pour moi le basard qi a créé et disposé l'univers, je l'appelle Dieu.
Le reste du cours roula sur ces sciences encyclopédiques ; l'électricité positive ct négative, du moins ce qui à rapport aux diférens fludes, et lhydraulique, Le démonstrateur terinina ses lectures expérimentales par un aperçu de l'aérostation ét souhaita que de nouvelles découvertes fissent de Ja mer atmosphérique une mer navigable, et rendissent ainsi posrible aux habitans des différens globes un commerce réciproque, social et utile !...,
Le printems, cependant, approchoïit à grands pas de l'époque de Fexamen, Chaque candidat reçut ordre d'écrire une dissertation sur un sujet choisi pour Jui par les membres ae 1inspection collégiale, et de se préparer à la soutenir à son examen, J’eus pour sujet la fièvre puerpérale, que je traitai et défendis publiquement de manière à me faire honneur et à mériter l'approbation de ce digne cotps : je fs imprimer à mes frais 500 exemplaires de ma thèse, que je distribuai gratis aux étudians le jour de la réception des grades et des diplômes,
Cet examen eut licu le Ier mai, Sur 26 aspirans en médécine, il n'y eut que mon bon ami Pearson et moi qui passAmes: les 24 autres furent renvoyés à l'année suivante, L'examen pur 1cs professeurs fut assuréinent sérieux, car il se fit devant toute Ja corporation et tous les praticiens de la ville de Boston, dort chacun avoit croit de faire au candidat deux questions, outre environ 1509 faites par les jrofesseurs, Un surtout, pensant m'embarr sser beaucoup,
me demanda d'un air bien emphatique ce que c'étoit qu'un
sudorifique, et quel étoit le plus efficace ? — [Un sudori-
mm. 172 —
fique, répondis-je, est tout ce qui provoqne la suens et le meilleur des sudorifiques, c’est paroitre devant une aussi grande et respectable compagnie que celle-ci pour répondre scientifiquement et à propos! .,, On claqua des mains : bien répondu! le candidat mérite son diplôme, ete, ete, ete. Quand vint le tour de mon confrère, qui étoit à côté de moi, parce que l'on nous cr inoit deux à deux, il répondit fort juste et fort spirituéliement, 1 fut aussi applaudi, et les examinateurs dirent : le candidat mérite son diplôme !.,,.
Les vingt-quatre uutres enrent des complimens pour les talens qu'ils avoient montrés, mais qui ne furent pas jugés suffisans pour qu'ils pussent atteindre au diplôme, Donc ruslicated pour un an encore !,..,
I ne s'agissait plus pour moi que de faire et bien limer une dissertation, pouvant se soutenir eu publie, à ce qu'ils appellent the Commencement Lay. Comme je Pai dit le sujet que j'avois à traiter étoit la fièvre puerpérale, Le manuserit fini, ie le soumis aux professeurs-examinatenrs, qui trouvérent non travail neuf et de leur goût, ce qui me mérita leur certificat pour le faire mettre sous presse à l'imprimerie du collége, Le jour si impatiemiment attendu de Vexlaibition publique étant arrivé, je me revôtis de In rohe, avec le petit collet et Ie bonnet à quatre comes et à gland de soie, et je me rendis ax théâtre, où je rexktai assis dans la chaire d'honneur jusqu'à ce qu'un auditoire d'envirou trois mille personnes eut pris place et que le prési-
dent eut dit aux candidats de s'avancer avec ordre ct
PTT Don otirir leurs dissertations au bic t Les défendre Les médecins eurent le pa | utres fuewités, ct en nt qualité d'étrangoi on me fit l'hom ou it 1 d commencer, Ayant salue M, le présidk t toute lassem blée, je les suppliai d'être indulgens vu que fnilois six primer dans une langue qui n'étoit pas la mienne is j
lus uvec la plus grande aisance: le plus vrad calme ma
dissertation sur la fièvre puerpérale : je restai ensuite debout, ferme et respectueux, Plusieurs praticiens de Boston, usant de leur droit, entrèrent dans la tribune opposée, ct mirent sophistiquement en controverse avec moi certains points pratiques de mon sujet; mais j'avois une connoissance, théorique et pratique, si familière de cette branche, que j'avois pratiquée lougtems au Canada, avant cet essai classique, que je leur répondois sans peine et leur faisois à mon tour des questions, par rapport aux climats et aux habitudes, qui les embarrassoient fort, Les optimè de la corporation, et les applaudissemens de l'auditoire, décon certèrent mes sophistes jusqu'à les obliger à céder, et à réconnoitre le mérite dont je venois de faire preuve, = À un autre candidat! cria le président, Et ce fut au tour de inon confrère John Pearson à soutenir sa thèse qui traitoit de lu fièvre mélée, LH s'en acquitta avec autant d'honneur, ltassis sur nos bancs, nous attendines que les aspirans des antres facultés cussent subi leur épreuve. Ensuite, l'ordre du jour fut d'aller, deux par deux, en procession, devant le président et la corporation, recevoir da greflier, par leur ordre, le diplôme et de jurer là de rendre 18 même justice à tous Jes hommes, sans exception, qui soumettroient leurs infriuités à notre science, puis, après avoir fait ce serment vrave, de remercier à haute voix le président, la corporation et toute l'assistance, et de sortir dans le même ordre et décorum., Après quoi, des personnes placées aux portes distribuerent les 500 exemplaires de nos thèses à tous ceux qui en voulurent, comme marque de reconnoissance des candidats envers leurs auditeurs, Ainsi finit cette auguste cérémonie,,,,
Depuis Le ler jit jusqu'au 14, que je quittai cette ville pour m'en revenir au Canada, j'emplovai mon tems à voir et remercier tous mes amis, Jd'achétai un cheval pour faire nom voyage: le Dr, Warven, professeur d'anatomie et mon
ami, eut bientot tait cette adlaire, en s'adressant à un ma-
duigtiôn, quiau'bdut de trois ‘jôurs nie procura un grand cheval, d'utre dizaine’ d'années, ni trop gras ni trop maigre, laid, ressemblant ‘de corps à un ‘orignal, mais marcheur excellénit ét trottéur sans pareil: dans mes voyages en Cahatla, futiuiocension de-pärler de Jui.
Ayatit répondu aux lettres que j'avois reçues de mes cütsins De'Säles, membres du conseil supérieur à l'iile de la Martinique, avec qui j'étois én correspondance, et n'étant uni de léttres de mes protectetrs de la corporation du collége, je fus dire adicu à M, le président Willard, MM. Bétijamiin Watérhouse, inédécin, Warren et Dexter, leur ténioignurit ma plus vive gratitude pour leurs bontés et lés priant de me permettre de correspondre avec eux et de léur munder tout ce qui pourroit me sembler digne de les intéresser, Ceux dont les marques d'amitié me touchèrent lecplus, furent le père Sewell et ses deux nièces, chez qui je logebis et de qui j'avois été traité avec les plus grands soins, Ce père Sewell étoit membre du collége et professeur de‘langtes ‘étrangères, docte, bon, et qui me fut extrémetient Utile pendant tout mon cours d'études ; s2s deux tiièces, sans être belles ni jeunes étoient aïimables, pleines de‘ttlents, ét avoient été d'une rar: bonté pour moi...
Le 15 juif, du matin, avec mon Pégase, c'est-h-dire mon nouveau cheval, ayant urie charge d'environ 200 livres, outre ma persotine, je quittai ce lieu charmant de Cambtidge et tous ces chers amis, pour me rendre à Concord, élotgné de 19 lieues, et où je descendis chez le père d'un de thés camarades d'études appelé Walker, qui avoit été reçu awôcat ; j'eus de cette famille la plus généreuse hospitatfté, et je me reposai chez elle deux jours, L'endroit n'est pas grand, est sur des cûteanx ét possède un sol de sable jnune, Deux rangées de maisons, bien bäties, forioient le bourg où la ville: le Weetiwy-/louse, appelé église pur les catholiques, est une construction commune, M. Walker m'introduisit dans plusieurs maisons, où l'on
en usa fort cordialement à mon égard, T1 n'y a guère de distinctions et de rangs dans ces intérieurs, et maîtres et domestiques y mangent à la méme table,
Je repartis de Concord de grand matin afin de faire une bonne journée et d'atteindre Plymouth, s'il étoit possible, et quoique j'eusse marché tard, je ne pus y arriver, Je dus m'arrêter à une méchante auberge ;: encore avoit-il failli m'arriver malheur, La nuit étoit noire, et point de maisons dans le voisinage, J’étois armé de mon fusil, bien chargé. Quelque chose me parut gêner la marche de mon cheval, même l'arrêter : je criai : Qui va 1h? Pas de réponse, Alors je me déterminai à lâcher mon coup : heureusement il n'y eut que lamorce qui prit feu, dont la lueur me fit voir que c'étoit un bœuf qui marchoit devant mon cheval, Le lecteur peut juger de ma joie que ce ne fût pas un homme ! Si je l'avois tué, cependant, je me serois trouvé dans l’em. barras, J'arrivai peu de temps après à cette chétive au. berge, où je couchaï, sans rien dire de ma peur!....
Le lendemain, vers midi, j'étois rendu chez mo: ami Mailloux, à Plymouth, où je restai trois jours, J'ai déjà parlé de ce Plymouth et des malades que j'y avois traités, lors de mon premier passage, en me rendant à Boston — de l'un d'eux surtout qui étoit alors bien mal. A mon retour, il vint me voir et remercier lui-même : il étoit entièrement rétabli, et il s'offrit, quand je partirois, de n'accompagner ‘jusqu'à Haver-Hill avec son cheval pour porter mon bagage, ce qui soulageroit d'autant le mien, à raison des montagnes qu'il falloit franchir par de très-mauvais chemins, J'acceptai facilement sou offre, Mon ami Mailloux vint avec nous jusqu'à la couchée chez le frère du colone] Smith, que javois vu aussi en descendant, et où nous nous séparâmes après qu'il m'eut donné des lettres pour sa famille à Berthier, au Canada. Je lembrassai et le quittai le matin pour poursuivre mon voyage, Ce jour-là, notre couchée fut à Haver-Hill, chez le passeur qui tenoit le bac sur la rivière
qui vient du lac Megantick et passe à une ville appelée Number-Four, Cette partie de pais me parut belle, bien cultivée, et les maisons des habitans bien bâties.
Au lieu de revenir par Abraham-Plains et le chemin Dazen jusqu'au lac Mara où Magock, et de là par la rivière Saint-François, trajet qui ne pouvoit se faire à cheval, je pris la route qui conduisoit à la ferme du colonel David, dans le haut de la rivière Burlington, — traversant les Johnston-Mountains, qui étoient bien habitées par des Américains : sans être aisés, les habitans y paroissoient bieu vivre, J'y fis manger mon cheval en plusieurs endroits et j'y couchaïi une nuit, car je mis deux jours pour me rendre jusque chez lhospitalier colonel David, qui tenoit une grande auberge, où, pour mon argent, je fus bien traité, Le lendemain, je parvins à Burlington, où je restai cinq jours pour attendre une occasion par eau jusqu'À Saint-Jean, Depuis ce colonclat jusqu'à la ville, le païs étoit encore inhabité, Bois de haute futaie, sol plat et riche le long de la rivière,
Burlington ne se composoit que d’une vingtaine de maisons, dont les principales étoient le Court-House, le Meeting- House et une grande auberge, Avec le tems cet endroit deviendra important : sa vue sur le lac Champlain est
superbe, son havre est excellent, et il n’est distant que de 25 lieues du fort Saint-Jean, Les établissemens qui se feront par la suite le long du lac, enrichiront cette ville
naissante et tout ce pais.
Lorsque le paquebot pour St, Jean fut prêt à partir, mon Pégase et moi y primes passage pour sept piastres, Mon cheval avoit toujours été si chargé depuis son départ de Cambridge, que sa selle n'avoit pa suffire pour protéger sou dos, et le pauvre diable étoit si blessé que le maître du bac m'en offrit les sept piastres de mon passage, ajoutant Quoi! menerez-vous une telle charogne au Canada, où il y a de #i beaux chevaux ? — À votre nise, M. le batcher ! Je
connois mon cheval, quiam’a bien servi depuis mon départ : il mérite un raeilleur sort que de vous être laissé. Embarquez-le, ayez-en bien soiu, et je vous payerai bien le prix dont nous sommes convenus. — 11 l'embarqua, mais contre son cœur, en disant qu'il puoit et que les taous et autres mouches le mangeoient. Je le fis couvrir avec une toile et on ne s'aperçut dé rien, Le vent était bon et fort, et nous atrivämes à, Saint-Jean vers le sou, assez tôt.cependant pour pouvoir donner nos noms à la douane, qui se trouva nroche de l'auberge où tous les passagers descendirent.
IL étoit temps que j'approchasse de quelque ami, car il ne me restoit plus qu'un écu françois et un compas de poche, que je cédai le matin à l’aubergiste pour ma couchée et celle de mon Pégase estropié, Je partis de cé lieu saas faire de remarques, me trouvant, txop mal dans mes finances, et voulant gagner chez mon bon ami Dumont, Saint-Charles, du fort Chambly, Les rives de cette rivière me parurent bien établies, N'ayant plus un seul sol dans ma poche, tout me déplaisoit, et dans cette tristesse, j'arrivai enfin à la maison de mon ami, à midi environ, Lui et ses sœurs m'accueilirent de leur mieux, — Ah! vous arrivez des Etats-Unis ? — Oui, me voilà, Dieu merei 1— Mon bagege fut descendu, et Pégase bien traité. Je restai jusqu'au lendemain avec eux à deviser de choses et autres. Ils voulurent me retenir plus longtemps, mais je brûlois d'envie de revoir mon épouse, et je les remerciai, Cet ami vint m'accompagner en calèche l'espace de six lieues, mon cheval ne portant rien et ne faisant que marcher à côté du sien. Enfin Dumont et moi nous nous dîimes adieu, Quoique j'eusse désir. d'arréter chez mon ami Laparre, à Saint-Ours, je contipuai mon chemin sans mettre pied, À terre, tant mon âme pressoit de se voir auprès de celle qui faisait tout. son souci, Je voulois passer à Sorel de jour, ie me k pus pas. La nuit noire étant venue, et voulant. cacher la misère de ma bourse, je descendis. de cheval, dans nn bus-
=. fr —
fond plein d'herbe ; je déchargeai, mon Jack, l'enfargeai avec une corde, et le laissai manger une bonne partie de la nuit. Deux ivrognes, qui passèrent, dans le, chemin, en criant et chantant, à.tue-tête, me réveillèrent. J'étois à côté du chemin, caché, ainsi que mon bagage, dans des Ffredoches. Mon, pauvre cheval, après s'être soñûlé, s'étoit aussi couché à l'abri du vent. Le voyant txanguiHe, je le laissai là jusquà l'aurore, Un instant. me suffit, pour, le seller, brider,, charger, et, remettre en, chemin, avec upe aisance telle que l'on auxçit dit que je sortois de la meil. leure auberge. Je passai en dehors de la, ville de Sorel, comme le soleilse levoit, pour prendre le chemin. de Maska, où j'espérois arrêter chez mon, bon ami le Dr, Roque, la Lancette, uu de mes pais,
Je ne puis donc pas dire grand’chose de Sorel. Le dehors m'en parut trs-indifférent, Le sol x est tout sable, ce qui sera cause que Sorel progressera et s'agrandira lentement, quoiqu'il soit le port d'entrée et l'entrepôt de toute lu rivière Chambly. On compte de Sorel à Maska. quatre lieues par le Pot-au-Beurre. Païs bas aux environs du law, sol riche, bois de toute espèce et de haute futaie, Nul habitant, à l'exception d’un Américain, établi à mi-chemin. Je lui vis de belles prairies, où le foin poussoit à verse, J'arvivai à midi à la muison de mon païs, où je me reposai jusqu'au lendemain. La joie qu'il;eut de me revoir, et gradué dans ma profession, fut extrême. Il m'offrit sa bourse de bon cœur sitot que, par mon histoire, il me vit aussi court d'argent, et sut que c'était là la raison de ma promptitude. à quitter Saint-Jean ct à descendre la longue rivière Chambly, et même de cette nuit passée par moi à la bell étoile, Admirable de courage! s'écriatil, Je 16 remeérciai de son offre, parce que j'étois proche de la demeure de mon autre ami D'Estimauviile, agent des Abénakis de Suint- François. Nous passämes le reste de la journée chez le curé, et nou* en revimmes pour le coucher. Le lendemain,
ss 109 =
après le déjeûñner, je continuai ma route jusqu'à S. François. Mon ami demeuroit de l'autre côté de la rivière, c'est-à-dire du côté sud, A travers les prairies, j'appelai ; il n’étoit pas chez lui ; son épouse, notre bonne amie, m'ayant reconnu, envoya son domestique me chercher en canot avec mon bagage :; le trajet fut vite fait, mon cheval suivant à la nage, J'embrassai cette aimable dame et ses enfans, et cette affectueuse cérémonie étoit à peine finie, que D'Estimauville arriva. Notre joie fut réciproque et bien vive, surtout lorsqu'il m'annonça que j'étois père d’un joli garçon qui étoit venu pendant mon absence, qu’il n’y avoit qu'un instant qu'il en avoit eu des nouvelles ainsi que de sa mère, toute rétablie et bien portante, It m'apprit aussi que M. Delzène avoit donné à sa fille sa terre, qu'il avoit changée pour celle de Costel, et qu'ils demeuroient en bas ensemble, en m'attendant, — Il y a chez Charlotte un homme de la Baie : je vais lui dire qu’il entre, en passant chez vous, apprendre votre arrivée à votre femme,— Ajoutez, cher ami, que je suis bien fatigué, mais que je me rendrai auprès d'elle demain,.,. — Qu'il ne partira que quand nous le lui permettrons, reprit madame D’Estimauville, Si elle est pressée, cile peut venir le rejoindre ici 1— Naturellement, puisque j'étois sur les lieux, je devois une visitée à mes bons amis le curé Lenoir, Gamelin, Robin, madame la scigneuresse Deberges et autres, qui m'avoient tant favorisé avant mon voyage aux Etats-Unis, Mon retour he fut pas plutôt connu dans la paroisse, que l'on vint me chercher pour des malades : refuser c'eût été perdre ces pratiques et me nuire dans une localité où j entendois m'éta- | à à DADR
Tous ces amis furent grandement joyeux de me revoir : nouvelles marques d'amitié et instances de ne les pas übandonner, parce que toute leur confiance étoit en moi, Je leur promis que je sacrifierois tout pour eux, puisqu'ils mé promettoient la préférence ; je leur dis que jallois des-
OT
cendre À Québec immédiatement pour avoir ma licence, mais que ce ne seroit pas long, que j'avois fait de grandes dépenses et que j'avois bien besoin de travailler, que les malades qui m'avoient appelé depuis mon arrivée n'étoient point dans un état grave, et qu'en leur laissant des remèdes et mes ordonnances, j'aurois le tems de revenir de Québec, Je partis donc le lendemain pour aller voir mon épouse avec mon ami D'Estimauville et dans sa calèche, mon pauvre Jack étant trop blessé au dos pour porter la selle,
Chemin faisant, tous ceux de la Baie ct des paroisses voisines qui nous rencontroient, ne cessoient de me féliciter gur mon heureux retour, et de me dire comme tout le monde m'avoit regretté, uw'il y avoit eu beaucoup de malades par suite de la grande misère et que chacun s'étoit écrié : où est le Dr, La Terrière ? s’il étoit auprès de moi, je ne mourrois pas !.... D'un compliment à un autre, nous arrivämes au but chéri de mes souhaits, Enfin, je pressai dans mes bras cette chère épouse, qui me présenta d'abord mon fils aîné, né en juin 1788 ; je les embrassai tous deux de tout mon cœur! Mon beau-père en fit autant et je 1 lui rendis bien sincèrement, en lui témoignant toute ma reconnoissance pour ce qu'il avoit fait pour sa fille pendant mon absence et en cas qu'il m'arrivät quelque accident, Je lui dis que mes intentions à l'égard de mon épouse et de ce qui lui appartenoit avoient toujours été droites et loyales, et que dans mon voyage Dieu m'avoit visiblement “pris sous sa sainte garde. Ma bonne amie m'apprit qu'elle avoit eu bien du chagrin dans une année d'extrême misère comme celle que le Canada venait d’essuyer, où les trois quarts de la population avoient été obligés de vivre de son, de bled bouilli et de racines des champs !— Ce tems-là est passé, ma chère : oubliez-en les tristes momens, Si vous manquez de pain et d'autres douceurs, voici six louis, achetez-vous le nécessaire, Je suis arrivé à Saint-François sans
le sol ; trois jours de soins portés à des membres souffrans
= eh —
de JésustChrist, init procuré Ce die je vous dppérte Potir éhässer d'ici lindigénce, En peu de jotifs j'irai gftgné ni. tänt, ét ce gain vous donnera lieu de votis 'lôner demon utrivée, et de votis convaincre de M'sinet rité de 'afféctiün que j'ai toujours éte'au cœtir pour vols... Comiiétit ke portent nbs anis le Bon curé Archambault, Créssé 6t Te père Brax&ird? Sont:ils toujours demeurés mes amis ? = Oui, et m'ont obligée, surtout Archambault, — Je tés verrai tous et leur en témoignérdi ma vive recotindissance.
Ce cher fils ést bien‘muigre ; estice qu'il tit? = Non, cher ami, non: il est venu au monde n'avait que la peau ét les os, tatit ton absénce m'a été Sénsible, = Ak&tu ét des nouveéllés de notre chère Dorothée et de la famille de nôtre ami Ditinas ? — Cet hiver, elle ét toute la famille ont joui d'tüne parfaite santé, C'est par eux que j'ai cu de tés nottvelles depuis ton départ, et par la lettre que tu donitias à César, le sauvage, sur les ligties :; voilà toit ce que j'ai su de ton existence, ‘Célle qüe j'ai niénée après ton départ, je vais te la dire : Je restai un certain téëmis avéc n0s Dôtis
“amis de Snint-Fruñiéois, ét après, éômme ils te l'auront dit, je revins prénidre ‘mon ‘ménage chez le père Hotile, Daitis le cours de l'hiver, môn pète, qui ne pouvoit plus tenir chez Pepin, s'arrdngen avéc Costél pour échargér sa terre contre la sierine, dont il me fit enstiite donation, et noûs nous sommes mis ensemble, Il s'est attaché si fortement à ton fils qu'il ne l'abandonitie pas tn instant.
Tous les voisins me visitérent, ce cher cüré Archisimbaült le premier, qui dina avec notis. Lectéur, vous pensez biéh que la conversation fut animée ‘et changen souvétit de sujets !..,, Le bon curé, D'Estimauville et moi ne faisiortis qu'un, Je vécus plusieurs jours ainsi, allant de chez le curé chez le capitaine Lafon, de chez celui-ci chez Gouin, cte, et jouissant de nous revoir en véritables amis, Et les mialades qu'il fafloit visiter? ét imon voyage à Qaëbec pour ina licence ? Vif et diligent, je pourvus Ltoût J'avois ms
mon cheval lack. duns un :bon.clos pour que suu,tdos blessé se guérit ; et je Mis le voyage de ‘Québec avec de cheval du capitaine Houle, cinq jours après monaxrivée des Etats, Vartont où je :passai, étant fort connu, je veçus.des,complimens de félicitation sur monretour, Une journée.et.demic me.suffit pour me rendre à la capitale, chez mon bon ami le -Dr, Laparre, oitma chère Dorothée, dès qu'elle sut mou arvivée, vint me sauter an cou en pleurunt de joie set en me lisant : Cher ;papa, je ne veux plus te quitter : mon ennui depuis notre séparation à Gentilly, a été ‘extrême pour bien.des raisons ..,,—\iJe vis bien que, comme mou ami Laparre me l'avoit dit, madame Dumas maltraitoit-ma chère enfant. Cependant, sans Jui faire «connoître .eatte pensée, je Ja caressai et Ini dis toutes sortes .de choses consolantes et surtont que je l'emmènerois avec moi, Al! quelle joie ! je.ne veux plus-rester avec.des étrangers, qui abusent du nom d'ami, — Chut, ma.chère enfant! ne faites pas .de ces réflexions : vous étes trop jeune engore pour sentir la mauvaise fortune, et laissez à votre père .et à -votre anère, vos fidèles amis et protecteurs, le soin de vous protéger... Agissez poliment : allez souhaiter le bon soir à M, et Madame Dumas de ma part, Demain matin, j'irai leur -faire-ma visite, et ne leur faites entendre ni à personne autre que je veux vous emmengr. — Mon
cher papa, je .serai:très-exacte à t'obéir en tout, Ma première visite fut chez mon ami Dumas, et la -#econde chez le gonverneur, pour qui j'avois des dépêches, Je déposai en même tems au bureau ma requéte pour:met examen ; il y fut-répondu tout de suite et ordre -fut,donne aux MM, de la commission en médecine de m'examiner:le mercredi, -C’étoit un lundi que je pétitionnai Son Excellence lord Dorchester, et j'eus le tems de {es voir tous, ainsi que le Dr. Nooth, pour qui j'avois une lettre partieulière de recommandation du Dr, Penson, chirurgien à Halifax, Quoiqu'il ne fit pas partie de la commission, néanmoins,
Ve . CAC ko % » , NF 4, « % :
L O D , ) \Z D ; ep:
.w VW + Ÿ. 2 K SES à Z À dé © ee nd IMAGE EVALUATION 4