‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 35 sur 49 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

TEST TARGET (MT

1) LO ‘4% là = le LR 122 Va ZA » D L > N? > (D ZA N D". A € où Photographic ee 24 Sciences Cab Ca

Orporation

KI

étant médecin général, il me promit qu'il se rendroit au bureau pour empêcher qu'aucune injuste question ne me fût faite ; et il s’y rendit effectivement,

Me voici donc encore devant quatre personnages, et deux conseillers, Les premiers m'avoient toujours été contraires.

— Mettes vos papiers, certificats et diplôme devant la commission, me dit le Dr. Foot, — Les voilà, monsieur, — Votre diplôme étant d'une Université étrangère à la Grande- Bretagne, nous ne l’admettons, avec vos lettres de recommandation et les certificats des professeurs, que comme simple certificat d'étude, et nous ne pouvons vous recevoir que si vous vous soumettez à l'examen. — Si j'entends bien l'ordonnance, répondis-je, il y est dit: Tout candidat diplômé dans une Université où la médecine étoit enseignée ; ct un tel diplômé n'est tenu qu'à faire enregistrer ses patentes, — Mais ils firent tous la sourde oreille, parce qu'à leurs yeux ce qui n'étoit pas sorti d'une école angloise ne valoit pas la boue. J'ajoutai que les connoissances, quel que fût le lieu de leur origine ou provenance — que ce fût Paris, Londres ou EL 5kin, devoient être respectées. Eux-mêmes ne vouloient-ils pas que les autres nations respectassent les leurs ? Mais ils ne m'écoutèrent pas, parce que leur dessein était de me faire subir un rigoureux examen, Il fallut m'y soumettre, et en dépit de la loi. Alors je pris la parole, et d’un ton grave et sévère, je leur dis : — Messieurs, la crainte de ne pas répondre convenablement à vos questions n'est point ce qui m'émeut : je m'affige du peu d’égards que vous avez pour les témoignages d'hommes estimables et justes autant que savans. Je consens maintenant avec plaisir à subir un examen qui vous prouvera leur équité, et qu'ils ne confèrent de degrés qu'à bon escient, — Le Dr, Nooth se leva, et dit hautement, devant un public nombreux, que tua résolution me feroit plus d'honneur que si je m'étois refusé à passer à l'examen. Les assistans, qui sentoient la partialité, firent signe que cette remarque étoit juste,

Le Dr, Foot me questionna sur le système musculaire et la circulation du sang. Je répondis sans hésiter,

Le Dr. Fisher me fit sur les maladies certaines questions d'une manière étrangère à une saine nosologie, exprès pour m'embarrasser, Je répondis que je saisissois très-bien ce qu’il pouvoit dire, et que mes réponses étoient prêtes, mais que je demandois que les questions fussent posées suivant les règles de la science, et j'en appelai à l'équité de toute la cour et au Dr, Nooth. Celui-ci se leva encore et dit que j'avois raison : qu'on pouvoit être stricte, mais suivant {es formes toujours. Alors le Dr. Fisher me dit : Puisque vous m'entendez, posez les questions vous-même, — Je le fis de la manière la plus ferme et la plus aisée,

Après ce fut au Dr, Oliva. Quelle différence y a-t-il entre un malade dans un livre et un malade dans son lit ? — Je répondis que ia différence est la même qu'entre la théorie et la pratique...

Enfin le Dr. Lajust me demanda : De quels instrumens 4e sert-on pour faire l'opération du trépan ? — Les anciens, répondis-je, en employoïent beaucoup ; les modernes n'en emploient que cinq; tréphine, scalpel, rugine, aiguilles armées, emplâtre agglutinatif et bandage,

Foot se leva, me ft un compliment au nom de toute la cour et me dit que j'étois reçu à pratiquer en médecine, en chirurgie et en l’art des accouchemens, et que leur certificat me reroit envoyé dans la journée, Je les remerciai ain i que le Dr, Nooth. A la porte les assistans me comju -ntèrent et me donnèrent la main, Je fis mes promenades en ville chez mes amis avec plus de satisfaction, car il étoit déjà connu que j'avois passé avec honneur pour moi et pour ceux qui m'avoient gradué, et chacun m'en félicita chaleureusement,

Quelques amis particuliers me conscillèrent de m'établir À Québec : j'eusse bien fait de les écouter ; mais j'y avois tant de jaloux auxquels ma prospérité eût porté om.

brage; que craignant d'y avoir de: là misère, je préférai remonter dans les paroisses: où mes talens éloient connus, et: où l'on m'attendoit à causede ma promesse : j'étois certain que si jè ne faisois pas fortune là, j'v vivrois du moins . comme il faut. Plein de cette ospérance, sitôt. que j'eusima: licence-de Son Excellence, je repartis avee ma chère petite: Dorotliée,

C'est ici le lieu de: transerire ces. pièces et titress je commence par veux qui se rapportent à mon grad': de médecin bachelier à Cambridge, que je vais oiter mot: mot dansiles langues originales :

“ Wlhiereas M. La Terrière hatit diigentiy attended our lectures- “ on Anatomy and Surgery, Tieory. and: Practise:of Physis,.Ghe- ‘ mistry and: Materia Medica, in this University, and whereas we, * the Medieal.Professors have strictly examined him in the akove ‘ branches of our Art, and have read and approved his dissertation * on te Puerperal Fever, we do-hereby certify thatrwe-have found W him so far qualified in his profession as to recommend. to the- + raversndiand Jionerable Corporation and Overscers, ns worthy. ot “ a degree of Hachelor in medicire.

University: $,In testimony whereof we have hereunto subseribed of Cambridye. Ü our naines ts 1âth day of July 1789, (Signed) “TJ. WaRREN, fi D:, Ahati Prof, , “4, Bin Warranous&; M..1).,. Theor. and Prax. Projess. “ A, Dexter, A, D., Chem. and Mate. Med. Profens, ”

Dirsdme Avec 1Æ AnanD:Sexau Æcclesia. cum C'hristo. ‘“ Sonatns universitatis harrardianæ Cantabrigeusis in Republica ‘: Massachusetensi — “ Omnibus ad quos litteræ presentes pervenerint salutem in Domino sempiternam.

+“ Notum-ests quod Petrus de Sales La l'errière, Canadensis, vir ‘ ingenio bone ac scientiaiutili morbus-que probis ornatus ‘ postquam multum teimporis, — medicinw studio et praxi dedisset “ prælectionibus omniuim in medicina hujusce Universitatis prefes- “ sorum assidue interfuit, et examine publicè habñito et: dissertn ‘ tione sue de febri puerperali coran enuneiata, — umnes: profes - +‘ aores-suprà neminati ea laudabilein in arte medendi progressum ‘ efecisse invenerunt, et testimonium scriptum dederunt, idoneum “ case qui ad gradum in mediîcina Baccalaurenlom adinittatur.

# Qua propter nos: præses et: soaii consentientibux honornndi ad ‘* modum ac reverendis universitatis ante dictte inspeetoribus, ad: ‘ missirus Pétrum:de Sales. La Terrière ad! gradum in medicinn “ Baccalaurenlèm,. oique: dedimus et concessimus potestatem de “ medicina consnitandipraux in.cæteraque exercendi quæ medicinæ ‘* Baccalhureali c ercerssolent, et omnia insiquia jura et privilegia * dignitatis ad honores quibus ad istiusmodi gradum ‘* gentium ev ornantur vel ornari debent.

“In ceujus rei testimonium litteris hisee nostro communi sixillo ‘6 munitis die julii XV anne salutis MDCCLXXXIX, reignepu- * blicæ anericanw XIV apposuimus chirographa. (Signé) “ Josxraus WiLLARD,.S, 7, 1)., Pruses, 6 Ever UNpELt..

JoaANEs LovELL.

“ E: Wiezeswonrra, S, 2, Jhet SN, P, T. H:

(Ellisible) 4 Jim Conuwanp, S. 7:.D.

# JoANFs LarTHrop?r, S. 7, D.

4 EREXEZER STORER, Thescuriur, ”

Cenrivroar: DEs- Commissairxs EN. Mépecixe À Quéaro.

“We, the exmnining Commissioners of His Excelleney tho Right $ Honorable Guy Lord Dorchester, (1) that pursuant to His Kxcel- 4 Jency’s Commission under an Ordinance of the Province intituled : ‘ An Ordinance to prevent persens practising physie and surgery “ within the Provinec of Quebec or midwifery in the Towns ofQue- “ ljee and Montreal, without: a license” : that Peter de Qnles Lin ‘ Terrière, late of thie Parish of Gentilly, in tho Distriet of Quebec, “ Gentlemen, appeared. this day before us; and produced na ba- ‘ chelor’s Gegree in physic from the University of Cambridge, in “the State of Massachusets Bay, very ample certifléatés of his ‘“ great exertions in study and:a recommandation from the Pro- ‘+ féssors-of the said University, also a recommandatory letter from ‘“* Doctor Pain, late physician to the: British Hospital at Halifax, in “the Province of Nova Scotin; upon examination we found him + deserving thorcof, and conecivé that he may be licensed to prac- “tite in Phyvie, Surgery and lPharmaey.

(Signed) ‘ Jous Foors; Præœnes, ‘* Jaurs Fisue, Jauks Davinsux,

“CF, DAsüsr, + Quebec. 19 August 1789.

(1} Sie.

# We certify that wore present at the examination of the above ‘’ named Peter de Sales La Terrière.

(Signed) “y. Paner, 7, C0. P., “6 Ta. Duxx, T. C. P.

“ J. Ou. pr L£ry ) Conseillers WF. Bany ÿ”

#* Québec, 19 aoust 1789. ”’

Lecteur, maintenant que vous avez pris connoissance de a nature et du sens de mes patentes, avec toute l’impartialité naturelle à un esprit libéral et juste, dites-moi, les objections faites par les messieurs de la commission en miédecine n'étoient-clles pas mal fondées ?,.,, N'étoit-ce pas, de leur part, vouloir loger toutes les connoissances humaines dans le trésor de l'orgueilleuse nation angloise au préjudice des autres nations ?..., Est-ce généreux ? — Non, certes, et il s’en faut de beaucoup que tous les Anglois biën nés puttagent ces idées fausses : ils savent rendre justice À qui elle appartient, et mon blâme ne tombe que sur une espèce d'égoïstes demi-savans, aux prétentions les plus sublimes, Que Ferreur de ces derniers est grande !,,..

J'achetai des médicamens assortis, et, après avoir été serrer la main à mes amis, je partis de Québec pour Saint- Nicolas avec ma chère fille, J'avois laissé là mon cheval chez une ancienne connoissance, Jean Demers, Nous y fûmes coucher et le lendemain, nous reprimes la route de ln Buie-du-Febvre : de paroisse en paroisse, d'un ami à autre, nous fimes le voyage heureusement, Que ma chère enfant étoit contente d'être avec moi et de retourner auprès de-sa mère, pour n'en plus être séparée de sitôt! Le grandpère, là mère et jusqu'à mon petit garçon nous firent fête : bon augure! cest donc qu'ils étoient heureux de nous revoir, Les malades lé furent encore plus, et à peine arrivé, je n'eus plus de repos ni le jour ni la nuit, tant je fus occupé dans les quatre paroisses avoisinantes, J'étois bien avec les curés, et c'est tout dans ces: lieux, où un seul homme gouverne les autres, surtout à ln faveur de préju-

gés religieux fanatiques, extraordinairement puissans chez un peuple chrétien, bon, mais mal instruit, Cette politique, je l'ai toujours très-strictement observée avec ces messieurs, qui sont de bonnes gens pourvu que l'on fasse aveuglément à léur fantaisie, Si vous n’en faites rien, vous êtes alors un homme «ans religion : point de Pâques!..., Dunné!:.., Voilà justement où en sont réduits ces honnêtes et 'hons Canadiens faute d'instruction, Et leur parler d'écoles, c'est se montrer du coup leur ennemi : ils soutiennent que les iguorans sont plus honnêtes et plus dévots que 1cs hommes qui ont des connaissances, Toutefois cela n'est pas général ; il y en à qui sont infiniment estimubles par leur mé: rite et leur science, en même tems que des hommes dévoués à Dieu.

J'étendis ma pratique jusqu'aux T'rois-Rivièrés et à toutes les paroisses du nord du lac Saint-Pierre, J'y fis du belles cures, Cette grande clientèle, en peu d'années, améliorn sensiblement ma condition : je vivois à mon aise, et j'employois le surplus de mon gain à des terres,

Cependant mon Jack s'étoit guéri et hion remgraissé, Mon bon mimi le capitaine Lafon, dans le clos de qui il étoit, me l'ayant remis un dimanche, je, fus à. In. meske avec, Jamais cheval ne se montra plus alerte et plus vite !,,,, J'avois acheté deux lièvres à la porte de l'église, et, pour m'en aller, je les pendis à son col ; ilen cut tant de peur qu'il prit le mors aux dents, Il courut «ans que je pusse l'arrêter, sautant les ponts et les clôtures sans y toucher, et si je ne l'avois pas tourné tout court dans une côte à pie, j'étois un homme mort, J'eus bientôt jeté lex deux lièvres à terre ; alors il redevint tranquille ; je descendis et je Le menai doucement par la bride jusque chez moi,

Ce me fut une excellente leçon pour l'avenir, et bien néecssaire, car si, par exemple, quelque chien aboyoit aptour de lui, il en avoit soulour ; l'œil vif, sur Le quisvive, il étuit prêt à prendre le galop, J'ai toujours cru qu'il x avoit en

lui. de L'orignal, attendu que-eelui.qui me le vendit, venoit des montagnes, et que ec -choval y étoit né dlune jument enfermée dans un clos où aueun ‘mâle domestique de son espèce ne pouvoit pénétrer, El:ressembloit de poil et. deneolure à l'ovignal, dont til avoit aussi la marche ‘et lex caprices, ce qui, du tems qu'il étoit :poulin, avoit fait juger au maitre et à. tont le voisinage que ln jument avoit été couverte par un de ces animaux sauvages, aceouplement dont on a vu bien.des exemples au Canada eomme de lonps-cerviers avec des chiennes canadiennes. Quoi qu'il-en soit, j'étois fort content d'avoir un.des meilleurs trotteurs du pais,.qui avoit reçu des -habitans de lu paroisse.et des voisines le-nom de Diable, On ne fait, disoit-.on, que: lapercevoir et le voilà qui arrive à nous, surtout si c'est.-sur un chemin ferme et uni ou nne glace vive ! Je puis. dire qu'il ne Jui ananquoit que ..., la parole, Si jallois à un malade, en arrivant je mettois pied à terre et il s'amusoit à brouter l'herbe et àaller.et venir, mais pas loin ; la négligence des gens avoit-elle laissée manger -des cochons: ou autres animaux à sa portée, 5! l'avoit vite découvert et en faisoit son profit, mangeant pain, drague et touc ee qu'il trouvoit sus se faire prier, et buvoit même du vin!.... De toutes ses perfections, ln plus particulière, la plus aimable, c'étoit de se mettre à genoux pour me faciliter Ja montée, A ees mots : Jack, à genoux ! il x étoit duns l'instunt méme pour moi scul ecpendant, tant lhabitude a de pouvoir sur tous les êtres,

Mes oceupations comme médecin étoient si considérables aux Trois-Rivières et dans tout le nord du lac, et mes aanis ny encourageoient si fort, que je me déterminui, au bout de deux us, à Y acheter tune nmison (1), Ene autre cntise de cette résolution, c'étoient les dangers coutinuels que je eourois en traversant Le lac SaintsPierre, l'été, en canot, et

(1) C'est-à-dire aux TroisiRivières, sans doute. À, G,

l'hiver, sur la glace ; et entre autres, un accident qui m'arriva en faisant, en janvier, la traverse de Saint-François À la Rivière-du-Loup, Ce jour-là, un coup de poudrerie me surprit au beau milieu, avec tant de violence que je fus contraint de dételer mon cheval, de lui tourner le derrière au vent, à l'abri de ma carriole sur le côté — faible abri, Deux ou trois heures après il étoit nuit et il y avoit quatre à cinq pieds de neige par-dessus moi, Mon cheval en étoit recouvert, et heureusement, parce qu'autrement il auroit gelé tout roide mort. Je m'étois enveloppé dans ma robe de bœuf illinois et tapi au fond de ma carriole ; je passai la nuit entière dans cet état. Le lendemain, comme il faisoit calme, je me déneigeai de mon mieux, avec mon pauvre Jack, et je continuai ma route jusqu'à la Rivière-du- Loup, où j'arrivai presque mort de faim, ainsi que mon cheval. Je descendis chez mon constant et sincère ami Saint-Martin, Ayant visité tous mes malades, je fis le tour par les Trois-Rivières pour passer l'acte d'achat de la mai. son, que j'avois acquise de M. Labadie de Tonpancour, et dont je voulois venir prendre possession au printems, Je m'y transportai en effet alors avec ma famille, après avoir mis un fermier sur ma propriété de Ia Baie-du- Febvre.

Jet éloignement du sud m'y fit perdre des pratiques ; j'en gagnai au nord et du côté de Gentilly et de Bécancour : le mal ne fut donc pas grand, J'avois été fait méde. cin des prisons. J'eus comme tel occasion d'assister une femme condamnée à la mort pour le crime de complicité dans un meurtre; et le juge m'en fit remettre le corps pour en faire la dissection publiquement ; ce que je fis en présence de treize de mes confrères, Il arriva dans un païs plein de préjugés, que cet acte au lieu de me recommander, produisit l'effet contraire et éloigna les pratiques, du moins les personnes ignorantes et foibles, qui sont les plus nombréuses au Canada et qui sont soutenues dans leurs préju-

um 108 —…

gés par des gens de mauvaise foi et par un clergé fanatique qui n'attend son bonheur que de l'ignorance,

Cette dissection se fit en octobre, tems où les maladies donnent beaucoup d'occupations. Je mis les débris du cadavre dans une caisse, que je fis déposer dans ma glacière pour reprendre en janvier ces études anatomiques ; mais ma maison se trouvant alors petite pour les continuer et le préjugé ayant fait beaucoup de progrès, je me vis forcé de faire transporter la caisse secrètement et de nuit à Machiche, dans une maison vuide au bord du lac, et qui appartenait à mon bon ami le colonel Dunière, Celui qui la transporta croyoit être chargé de vaisselle, Lorsque le capitaine de milice l'eut reçue et mise dans cette maison inhabitée, il demanda à l'autre eu riant : Que croyez-vous avoir apporté? — Une charge de meubles de ménage, et me caisse de vaisselle, — Oui, la pendue Marie Brisebois ! — Oh, non!— Eh, ouil— Il décloue la caisse pour l'en convaincre, À cette vue, et se rappelant qu'il l'avoit amenée de nuit, la surprise et Ja peur saisirent le pauvre homme tellement, qu'il se trouva mall..., Heureusement la caisse étoit rendue,

Deux ou trois jours après, ma fille, mon beau-frère et moi, nous vinmes prendre possession de la maison ; et sans plus perdre de tems, dans les loisirs que me laissoient les visites aux malades, je me remis à mon travail anatomique, qui étoit terminé au bout d'un mois,

Voyant le mauvais effet de la dissection de la pendue sur l'esprit d’un public foible, et partant sur ma pratique, crâignant en outre de déplaire à mes amis du sud (de . quatre à cinq paroisses), j'attendis que le printems fût venu pour regagner ma chère maison de la Baie-du-Mebvre, et retourner auprès de mon bon ami le curé Archambault, qui souffroit continuellement d'une jambe, Je revendis Ya inaison de ville à un nommé Bellerive ; et, en attendant la saison de traverser le lac Saint-Pierre par eau, je

continuai de soigner les malades duns cotte campagne du nord.

J'avois fait la dissection exprès dans les mauvais temx de janvier, parce qu'alors il y a moins d'allans et venans, — encore que la maison fût écartée et seule au bord dn lac Saint-Picrre, Une après-midi, cependant, dans le plus triste de notre travaii, nous vimes venir un vendeur de morue, que Île capitaine de milice m'envoyoit pour me jouer un tour, Il entre en disant : — Aves-vous besoin de morue verte ? — Oui, répondis-je ; passez devant la cheminée et entrez dans cette chambre : une jeune dame qui y est vous dira combien elle en prendra de poignées, Combien la vendez-vous ? — Quatre shelins lu poignée, — Bon, ce n'est pas cher, — Or, devant un grand feu, sur lequel bouilloit du lessis, une grande porte couchée à plat étoit chargée des jambes, cuisses, bras et de la tête du squelette, en pleine lumière, Le pauvre homme livra vitement sa morue et sortit, Comme le tems étoit extrémement mauvais, nous pensâmes qu'il étoit allé mettre son cheval à l'abri, et qu'il rentreroit ensuite pour recevoir son argent ; nous attendimes longtems sans en prendre autrement souci, pensant qu'il étoit allé jusque chez le capitaine, mon plus proche voisin. Une heure, puis deux passées, je fus exprès chez le capitaine : point de nouvelles du marchand de morue! il ne l'avoit pas même vu. Le pauvre diable avoit gagné à toute bride le village, et s'étoit jeté devant la porte d'un cabaretier facétieux, sans avoir arrêté sa bête, qui continua sa course, En entrant dans la maison, il dit: Un eoup de rhum, s’il vous plait! et dans le méme instant se trouva mal. Lorsqu'il fut revenu à lui, l'hôte lui demanda : D'où venez-vous ? et qu'est-ce qu'on vous « fait ?— Ah! je vais vous raconter au juste la cause qui me jette dans l’état où vous me voyez ; mais auparavant, dites-moi, s'il vous plait, quels sont les gens qu'il y a dans cette maison seule au bord du lac, et qu'est-ce qu'ils v font ? — Quoi! vous avez

sn 106

été là, et vous en êtes sorti ?— L'homme retomba sans connoissance, on lai fit reprendre ses esprits ; à mesure que ses forces et sa raison revenoient, le maître du cabaret lui apprenoit que c'étoient des gens du roi qui faisoient des anatomies de tous cenx qu'ils pouvoicnt saisir, Hé! cher ami, que vous avez été heureux ! mais informes-moi par quel hasard vous avez été jusque là ? — Hé! monsieur ! j'étois allé chez le capitaine de milice : c'est lui qui m'a engagé à aller à cette maison offrir de ma morue, J'ai entré en demandant s'ils en vouloient, et j'ai vu, sur une table par terre, des cuisses.... des bras..,, de chrétien!..., Mon Dieu, quel métier font ces deux hommes ?,,,, Je me suis dépéché de livrer quatre poignées de morues, et de partir au plus vite de la maison, sans penser à l'argent, que je n'aurois pas voulu prendre d'eux, J'ai touché fort mon cheval, et me voilà!..,, Pour mon cheval, il marche toujours! ,,,,— Que vous l'avez paré belle, lui dit l'aubergiste!,,,, Il nous manque un jeune homme depuis sept à huit jours, nous craignons qu'ils sen soient emparés, — Mais c'est terrible, c'est horrible qu'on leur permette de pareilles choses !— Un peu plus remis, il s'en fut après

son cheval, Plusieurs heures après, je fus moi-même, avec -

le montant convenu, chez l'aubergiste, où j'espérois le trouver : il n'y étoit plus, Le récit de la grande peur qu'il avoit eue et de son mépris de l'argent que je lui devois pour sa morue, me fit bien rire, et le conteur aussi, Je déposai entre les mains de cet aubergiste 168. prix du poisson, pour qu'il les lui remit quand il descendroit, Jamais il ne le revit, ni moi non plus ; il me rendit bien longtemps après mon argent: °t voilà l'effet de l'ignerance ét de la peur, Cette histoire amusa le public, et notamment les voyageurs à qui la chose étoit contée : elle se répandit au loin.

La saison printanière ayant redonné au lac sa fluidité, je me préparai pour partir, Une dizaine de mes amis s'asso-

a be AZ cuscehs: +

cièrent pour venir me traverser avec mon Imépage et mes animaux à ma chère Baie-du-Febvre ; un jour fut fixé pour charger un grand bateau. Tous mes effets étoient rendus à bord, quand le vent de sud-est fraichit tout-à-coup et acquit une telle furie qu'à tout moment, méme dans l'abri où ils étoient, je craignois qu'ils ne fûssent perdus ou gâtés, Chose extraordinaire ! la caisse des os de la Brisebois arrive et est mise à bord: à l'instant même le calme se fait comme par miracle. Nous étions prêts et nous partimes pour la rivière Nicolet, à quatre lieues de celle de Machiche, où nous étions. Le calme se maintint jusqu'à notre entrée dans le Nicoict. Là, le même coup de vent reprit avec une si grande violence que si nous avions été dehors, Le bateau chargé comme il l’étoit, nous aurions infailliblement péri corps et biens. Cette tempête dura cinq jours et cinq nuits sans relâche, pendant lesquels mes amis se trouvèrent dégradés au sud : ils étoient persuadés qu'ils devoient leur salut à un miracle qui s'étoit opéré par la vertu du squelette de la Brisebois, qu'ils regardoient comme une sainte, Ce qu'il y a de certain, c'est que depuis qu'elle est en mu possession, il ne m'est arrivé aucun accident ; ma situation s'est soutenue et les moyens ne m'ont manqué ni pour mon nécessaire ni pour l'éducation de mes enfans : ce pauvre cadavre sec a servi à leur instruction, Moi et eux l'avons fait voir à toux ceux qui l'ont demandé, à la condition de prier pour son âme, Si les prières ont l'effet qu'y attribuent les saintes Ecritures, cette victime, morte en se repentant de son crime, a obtenu son pardon du ère de toute miséricorde !

Je fis débarquer mes effets chez mon ami Laflèche : nes voitures et celles de mes amis les eurent bientôt transportés chez moi le lendemain, Ce retour au sud du fleuve se fit en juin.

Je repris ma carrière de campagne au milieu de mes anciens et bons amis: cela ne m’empéchoit pas d'aller soigner au nord, où beaucoup de personnes avoient une

grande confiance en moi pour les opérations et surtout pour les accouchemens. La paroisse de Saint-François et le village sauvage abenakis occupoient presque tout mon temis, parce qu'il y avoit toujours plus de malades là qu'ailleurs.

Aussi, Dieu‘aidant, les choses me prospéroient, J'avois maintenant trois enfans — deux garçons et une fille — qui grandisscient,

Un jour vint qte je dus penser à leur avenir, Le lieu où j'étois n'offroit aueun moyen d'éducation : si je les y laissois, ils ne pourroient prétendre qu'à t'état d'honnètes habitans terriens. Que faire ? Je fis part de ma préoccupation à de sincères amis à Québec et ailleurs, Ils furent d'opinion (car it ny avoit pas encore de collége à Nicolet) que je misse mes garçons au collége de Québec, et que je les suivisse à cette ville, parce qu'ils iroient alors aisément au collége et à toute autre école, et que moi-même je m'y ferois bientôt une excellente clientèle, par la bonne renommée que j'avois et avec le secours de la divine providence, qui savoit pour quels motifs j'agirois ainsi,

Peu incrédule de ma nature, et entièrement dévoué à l'intérêt de mes enfans, je me serois fait de grands reproches si je n'avois pas tout sacrifié pour leur éducation : je devois faire pour eux à cet égard tout ce que. je pouvois, à l'exemple de mes parens d'Europe qui n'avoient rien épargné pour me faire instruire. D'ailleurs, j'avois toujours espérance de retourner finir mes jours dans ma patrie avec eux, et s'ils alloient rester sans éducation, je ne le pourrois pas absolument, Mon épouse pensoit comme moi, Je mandai la résolition que nous avions prise à mes amis de Québec, et ils s'en réjouirent, Ils m'indiguèrent une maison qui étoit justement à vendre à bon marché dans la côte, proche de l'évêché, appartenant à M. Crête, et sans perdre de tems je fus l'acheuer : 390 louis me la procurèrent, Me voilà done citoyen de la capitale, et pour un glorieux motif,

ETRETE ARS EMAS

cc VS

Page 1