‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 36 sur 49 · RÉEL SET SN ÉENEEE TS · texte numérisé non relu

RÉEL SET SN ÉENEEE TS

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celui de l'élévation et de l'éducation de mes chers enfans, Ce fut en hiver que je fis cet achat, et à la fin de mai suivant j'étois rendu et établi dans ma nouvelle demeure, et jy tenois déjà une pharmacie publique sur le meilleur pied qu'il m'étoit possible eu égard à mes moyens êt aux ressources de la ville, Ma chère fille Dorothée et moi tenions ce ménage : mon fils ainé alloit au petit séminaire en qualité d'externe, et mon épouse, restée à la Baie-du- Febvre, achevoit d'y régler nos affaires, Mes pratiques des différentes paroisses, mes voisins et mes amis particuliers, eurent un chagrin infini de mon départ ; mais reconnurent la nécessité de l'éducation de mes enfans, puisque je n'en voulois pas faire des terriens.

Je n'eus pas À me repentir de ma nouvelle résolution : mes confrères ne me montrèrent pas de jalousie et m’assistèrent même ; je sus de mon côté m'assurer leur sympathie dans nos consultations, où nous nous marquions réciproquement beaucoup de déférence. J'eus surtout à me louer des Drs. Badlar, Fisher et Longmore, qui m'envoyèrent même des pratiques, particulièrement de la campagne, parce que je connoissois bien les usages des habitans dans les accouchemens. Je fis preuve d'habileté, et en peu de mois, je fus aussi connu qu'aucun de mes confrères : il ne se passoit pas de jours ni de nuits que je ne fausse appelé,

Ma chère épouse vint nous rejoindre dans les derniers jours de l'automne, elle s'étoit si peu ménagée, que la maladie ne la quitta pas de l'hiver, Elle étoit affectée de l'asthme, et quand quelque accès la prenoit, et cela arrivoit souvent, c'étoit de manière à faire craiudre pour ses jours ; mais la saignée, un vomitif où une purgation, du parégorique, des mouches employés à tems, la mettoient vite hors de danger, Heureuse si je me trouvois alors auprès d'elle pour lui porter ces soins pressans !

Jusqu'ici tout me sourioit. Ma chère fille, déjà grande, et

jolie, étoit réputée excellente fille de ménage ; ma maison étoit très-fréquentée par tous les gens d'honneur et de bien, qui faisoient connoître au dehors ses mérites, Elle avoit déjà bien des soupirans, mais à l'exception d'un plus décidé, la crainte d’un refus les empéchoit de s'avancer, Pour celui-là ses intentions furent bientôt visibles, et mon épouse et moi nous nous attendions à ce qu'il viendroit un jour nous faire la demande ; nous n'en parlions qu'en tremblant, parce qu'étant tout-à-fait nouveaux dans la ville nous ignorlons absolument les défauts, les vertus et les ressources de ceux qui recherchoient notre chère et vertucuse enfant, La donner À quelqu'un sans moyens, c'étoit la plonger dans Ja misère ; nous étions malades et infirmes, autre sujet dé chagrin, À part d'elle, nous avions deux autres enfans, Pierre, l'aîné, qui n'étoit encore qu’en seconde au collége, ét Paschal, qui étoit encore enfant, Ces préoccupations furent cause que nous manquâmes de patience, C'est ce qui nous fit écouter trop vite les propositions d'un homme indigne, que nous ne connoissions pas, Sans cesse auprès de mon épouse, couvert du masque de la vertu, il Jui répétoit à chaque minute : Ah! madame, si j'avois le bonheur d’être aimé de mademoiselle Dorothée, tout mon bonheur seroit de la rendre heureuse !,,,,Je ne suis pas pauvre : avec moi elle n'auroit rien à penser et À faire qu'à désirer et plaire... Ces discours faux, joints à une inerveilleuse affectation de constance, gagnèrent l'âme de mon épouse, .., Ce fourbe, qui a épousé notre fille je ne sais par quel miracle, se nomme François Léhoulier,

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