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ne la redemandereit point, et, que s'il avoit qnelque peine, ce seroit lorsqu'elle reviendroit, Pendant ces trois mois, il lui éerivit une fois et comme un homme enterré dans. des réparations éternelles de la maison, Comme il commençoit à se faire des réflexions dans le public sur ce que Madame Lehoulier demenroit aussi longtemps éloigné de son mari et de sou ménage, elle résolut de s'en aller reprendre ses chaines, Un jour, les larmes aux yeux, elle nous dit : Papa ot. mammmn, je suis mieux avec vons qu'avec personne antre sur la terre : mis mon honneur m'oblige de pantix pour aller vers quelqu'urm qui me hait, maltraite et méprise ….
Ah! cette pauvre vie! et comme ony est trompé! Mon
sort est fixé, je me remets à la garde de Dieu,
Dans ces sentimens, elle sembarqua sur une goëlette pour Québec, où elle amivæ heureusement au quai de Breahaut, au point du jour, Elle fit avertir son mari de son, retour, mais l'infâme ne lui fit rien dire que vers le soir, qu'il lui envoya son neveu, avee qui elle fut obligée de se rendre à pied à la maison ..,, Et comment fui-elle reçue ? Avec indifférence et froideur, —Je ne tattendois pas, lui dit Iehoulier : la maison est sens dessus dessous, …—Qu'importeroit la maison, ni répondit-elle, si j'étois attendue per la tendresse d'un époux jaste et généreux !..,
Elle trouva chez elle de nouvelles figures, et s'aperçent bientôt qu'il avoit de nouveaux plans, dirigés contre ses intérêts et même contre sa vertu, Le neveu et elle m'éerivirent pour me demander conseil, Je fs réponse à ma fille d'être sans cesse sur ses gardes: car le but de l'infäime étoit de la perdre, puis de In chasser de chez lui déshonorée, Je recommandai au neveu: de veiller sur elle soigneusement : il me le promit et tint parole.
An milieu de l'hiver, je descendis à Québec pour être plus certain.de la vérité des faits, et fus loger chez Lehoulier, où je restai huit jours, ms plus que suffisant pour être convaincu de son: infâme: conduite envers me file:
Son neveu m'apprit que ce malheureux avoit fait un pacte avec un D,,.. pour qu'il la séduisit, que celui-ci avoit toute liberté d'entrer à n'importe quelle heure, lorsqu'il étoit absent, et que ses absences étoient fréquentes, sors prétexte de voyager à l’isle d'Orléans ou ailleurs, Je fus bien prudent dans mes avis à ma chère enfant sur un point si délicat. Elle avoit su la trame par Mathon, et suivoit les choses d'un œil attentif: le jeune homme n'avoit pas encore osé dévoiler la moindre intention de séduction ; seulement, plus d’une fois il lui avoit dit que son mari étoit le plus grand ennemi qu'eile eñt, et de s'en méfier, — Je crois, cher papa, qu'il est tems que tu viennes à mon secours. Cet infâme a juré ma perte : sans ajouter foi aux discours de son engagé, j'en vois assez pour juger où il veut porter ses injustices, Au moins, si tu étois ici, cela le retiendroit, ou, si j'y étois forcée, j'irois chercher refuge auprès de toi, Tiens! Delamarre connoît mes peines, il m'a offert la maison du capitaine Ruelle, qui est à vendre, et que tu peux avoir tout de suite, — C’est assez, chère enfant : pour te protéger contre l'injustice, j'irois au bout du monde, J'allai trouver immédiatement Delamarre ; il me fit communiquer avec le propriétaire, Invités l'un et l'autre À prendre ie {ea chez madame Doucet, nous y parlâmes de l'affaire et conclûmes pour 700 louis, Le lendemain, à midi, l'acte étoit signé et j'étois encore une fois citoyen de Québec et propriétaire, dans cette ville, d'une maison située proche du marché de la Basse-Ville, dans une des meilleures situations pour une apothicairerie,
Mon gendre n'en savoit encore rien, Le soir, en me retirant vers 11 heures, j'entrai dans son magasin et lui annonçai que j'avois acheté la maison de Ruelle et que l'acte étoit passé. Cette nouvelle le frappa si fort qu’il en faillit se trouver mal, et d’une voix basse il me dit : — Vous ne ferez pas grand'chose en cette ville, il y a déjà trop de praticiens, — Je lui répondis que le triste sort de celle que la
loi appeloit son épouse étoit l'unique motif qui m'y rämenoit : que, sans cette malheureuse circonstance, jé n'y ‘aurois jamais pensé; que j'étois trop bien instruit de ‘ss ménéés et désseins, pour ne pas vénir veiller aux intérêts ét à l'honneur de ce que j'avois de plus cher au monde ; que s'il ne mettoit, avant mon départ, M. D..,, hors de chez lui, j'allois l'y contraindre en découvrant À la justice la turpitude de sa vie. Il se trouva mal, et fit le fou. Vérs minuit, ilse mit à crier que je le tüois. Heureusément que le neveu étoit couché dans la mêmé chambre quë moi, et je lui dis d'aller voir ce que son oncle avoit, = Laisséz-le faire, me répondit-il. TI écume dé rage par suite des vifs reproches que vous lui avez faits...
Mes affaires étant terminées, je partis de ce triste Yen après avoir recommandé ma fille à cé neveu et à d'autres amis sincères et puissans, et avoir prévenu Léhôülier que s’il arrivoit accident à mon enfant, Sa vie m'en répondroit...
Pendant lé reste de l'hiver, ses méchancetés $ecrètés n'eurent pas de bornes. Il n'avoit pas chassé son engagé D...., disant qu'il étoit maître chez lui, que 8a femme devoit plaire à tous ses amis, quels qu'ils fussent, qu’elle étoit sa propriété et qu'il pouvoit la vendre et la donnér. Le mois de mai arriva enfin, et je pus aller prendre possession dé ma nouvélle demeure..,, Notre chère enfant eus dès lors quelque soulagement à ses peines : elle vénoit passer avec nous des heures plus heureuses, .,,
Un dimanche, vers l'automne, Mathon vint m'avertir que son oncle étoit allé à l’isle, et que sa tante lui avoit fait signe de venir m'avertir que D,..,, paroissoit être duns le dessein de coucher chez elle, J'envoyai sur-lechamp chercher ma fille, et elle ne s'en retourna que le lendemain. Dès que son mari fut de retour, je lui reprochai son peu d'honneur d'exposer son épouse avec ün
homme que je lui avois dit de ne plus recevoir chez Tüi,
Ne comptez pas réussir à déshonorer et perdre le caractère de ma fille ; toutes vos ” nœuvres me sont connues, et je guis là,
La surveillance incessante exercée par moi et par mes amis, surtout Mathon, déconcerta ses plans ; des semaines et des mois se passèrent sans esclandre, Un soir, vers l'heure de minuit, la patrouille, entendant un grand bruit chez lui, entra en forçant la porte, pour voir si on ne tuoit pas quelqu'un dans cette inaison. Voici ce qui étoit arrivé, et qui prouve, de la part de. Lehoulier, un dessein évident et bien prémédité d'étrangler ma fille, Ce soir-là, dis-je, il avoit envoyé sa servante coucher au foubourg chez sa mère, ét le matin, son neveu à l'isle, Resté seul avec sa femme, il monte vers 11 heures ct demie, entre dans la chambre où elle étoit couchée, et, tont d'un coup ouvre les rideaux au pied du lit, en disant : Dors-tu, gueuse ? — Par bonheur pour elle, elle avoit vu les précautions prises par lui pour étre seul, et avoit eu soupcon de ce qu'il méditoit ; aussi ne fut-clle pas prise au dépourvu, Se sachant plus forte que lui, quand elle le voit faire le tour pour la saisir à la gorge, elle s'élance à terre du côté opposé en criant, au meurtre! et tombe sur lui avec un gourdin, Aussitôt il prend la fuite et va se réfugier dans la chambre de son neveu, où il avois coutume de concher.... La pae trouille monta où elle étoit et Ini demanda ce qu'elle avoit, — Mon mari, dit-elle, vouloit, suivant toute apparence, M'étrangler!.,,, Je #2 trouve seule : il a envoyé la fille chez sa mère, et son neveu à l'isle..., Il est heureux que je sois plus forte que lui, car je «crois étoutée à présent, .., Je vous prie de laisser quelqu'un ici pour me protéger le reste de la nuit, — Lehoulier s’étoit renfermé et barricadé dans ce cabinet si bien que la patrouille n'y put pénétrer, Cette patrouille bourgeoise étoit de ses amis, ils gagnèrent ma fille à ne pas faire d’esclandre, Par délicatesse, et vu qu'il n'y avoit pas certitude entière à l'égard
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du dessein de son mari, il fut convenu de cacher la chose, ce que japprouvai le matin, quand elle vint à la maïñsoni m'en instruire, Je l’engageai à prendre les plus grandés précautions, à faire coucher la servante dans sa chambre, afin d'avoir toujours un témoin avec elle, et À être sans cesse sur le qui-vive,
Notre héros fit le fou, Son neveu, à son wrivée, fut le voir dans le grenier où il s'étoit retranché : l'autre lui conta qu'on vouloit le tuer, qué sa femme étoit à la tête des assassins ct mille autres extravagances, Mathor dit à sa tante : N'en soyez pas en peine, C’est un rôle qu'il joue pour vous épouvanter, et par ce moyen vous faire abandonner la maison...
Un matin, Lehoulier s'en vint chez moi comme uñ fou furieux. — M. le docteur, me dit-il, je viens vous remettre votre fille, je n'en veux plus, — Et comme je lui demandui s'il m'en feroit abandon par écrit, — Oui, répondit-if, 11 partit, et environ une heure après, il revint avec cet écrit portant qu'il ne vouloit plus de sa femme,
Je consultai l'avocat-général, que j'instruisis de mon mieux de tout ce qui s'étoit passé déjà, Sa réponse fut : Prenez patience, L'homme est en voie de se porter aux extrémités, Dites à madanie votre fille de se bien garder et d'avoir toujours la servante avec elle, Envoyez-moi le neveu, que je Jui parle,
Une gouvernante du curé Gatien étant venue chez elle un jour avec la sœur d'un nommé Crête, marchande à Saint-Jean, elles se mirent parler modes ; ma fille dit que la plus nouvelle étoit telle que su robe, Aussitôt le traitre la lui déchira «ur le corps en criant : Oul, vous l'avez faite ainsi contre mon goût!..,, IL poussa brutalement ma fille contre la muraille, Ini porta des coups, la maltraita à ce point qu'il lui disloqua deux doigts, Les deux étrangères effrayées s'enfuirent en criant, au meurtre! Sitôt que ma fille vut échapper, elle vint à le maison dans le triste état
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où ce monstre l'avoit laissée, Je fus immédiatement ehex l'avocat-général ; mais il étoit allé à Montréal et aux Trois- Rivières pour les cours : il falloit attendre.
Notre chère enfant ne vouloit plus s'en aller, — II me tucra, mon père ! — Non, ma fill: ; n'ayez crainte : il n’est pas si fou...
Quelque tems après, dans les plus mauvais tems de janvier, le misérable, qui depuis huit jours se tenoit renfermé et faisoit encore le fou, — un soir tard, au moment où sa femme alloit faire sa prière pour se mettre au lit, descendit tout nud dans la chambre où elle étoit avec la servante et la mère de celle-ci, et se mit à pousser des hurlemens et dés cris sauvages de menace si cffrayans que ma fille, cette vieille et sa fille se sauvèrent de la maison en pleurant, toutes les trois presque deshabillées, et déchaussées, et ma Chère enfant malade, Elles arrivèrent ainsi chez moi demimortes, Il se trouva que j'avois alors la compagnie de deux dé més amis, MM. Delamarre et Shepperd, qui furent émus de pitié — Papa, cher papa, s'écrioit l'infortunée, je ne veux plus retourner IA : il veut me faire mourir !.,..— Je demandai conseil à ces deux messieurs ; ils furent d'opinion qi je ramerass: ma Ile chez elle, et s'otirirent à my
on vagner ; on l'y Jaisiroit sous la garde de la servante liu-veu, qe l'avo at-général avoit chargé de ce soin, Le but de L'houli-r, dirent-ils, est de pouvoir dire qu'elle s'est absenté» de chez elle, Certainement que M. l'avocat-général n'en demandera pas davantage pour qu'elle obtienne un ordre l’autorisant à sc séparer de ce monstre, sans que son honneur ni ses droits en souffrent,
Nous roconduisimes chez elle ma fille avec les d -ux autres femn:s, après leur avoir fait mettre des chaussu:vs et d'aut: 3 vêtemens, Nous trouvämcs la porte fermée, Nous frajpñmes fort et longtems, en criant qni nous étions et que nous allions enfoncer, Le neveu vint ouvrir ét nous dit: Il m'a empêché de venir plus tôt sous les plus ter.
fibles menaces, Il est dans la grand'chambre tout nud comme un sauvage, et il en a toute la contenance, — Allez lui dire, M. Mathon, que je suis venu lui ramener ma fille, qu'il a forcée de se sauver dehors, malade, par un tems affreux, Qu'il paroisse et entunde ce que j'ai à lui dire en présence de témoins, — Mais ilse tint renfermé et ne voulut rien entendre,
À la pointe du jour, j'allai informer des choses l'avocat. général, qui me répondit : — Nous en avons assez pour obtenir la séparation de corps... Soyez tranquille, et que madame ne sorte pas de chez elle, Toutes mes démarches vont tendre à la mettre hors du pouvoir de ce barbare,
Lehoulier partit, quelques jours après, pour aller voir sa mère à Batiscan, où il resta une semaine. A son retour, ma fille étoit chez moi sous la protection de la loi, à sa place il trouva un ordre du juge-en-chef, où il étoit fort chargé, Il prit M. Panet pour son avocat ; mais avant l'introduction de l'action, les avocats des deux purties conséillèrent à celles-ci et à leurs parens de leur laisser arranger cette affaire, de manière à ce que l'épouse fût séparée de corps, avec une pension, et confiée à son père, qui seroit chargé de sa protection ; de quoi il seroit passé acte devant notaire, sous un fort dédit payable par le contrevenant, Quelques semaines après, cet acte fut fait et signé par les parties. Lehoulier paye la rente en deux termes par an,