‹ Mémoires de Pierre de Sales Laterrière et de ses traverses [microforme]Chapitre 7 sur 49 · ET · texte numérisé non relu

ET

de quelque chose de plus particulier touchant ce fauxmonnayeur, €t l'auriez-vous vu travailler? — M'étant couché le premier, à canse de. la grande fatigue que je ressentois, je m'endormis aussitôt et n'eus connaissance de rien que le matin, quand la servante réclama son chandelier perdu, — Parut-il chagrin de se voir découvert ct arrêté? — Je ne le fixai point: je létois moi-méme beaucoup, quoique parfaitement innocent, — C'est lordinaire aux âmes pures, me répondit M. de Sartine ; allez, je suis satisfait. Nous le saluämes respectueusement et sortimes Kg, chemin, mon oncle me dit: “Vous voyez, cher neveu, 1e contraste de la vertu avec le vice, Ce juge sait tout ; avant qu'aucun de votre troupe partit de La Rochelle, il vous connaissoit tons et vos affaires à Paris, Vous êtes acquitté et libre, parce qué vous étiez innocent, Quoiqu'il le sût, la forme vouloit que vous et le messager vous fussiez entendus ; l'équité et la justicé ne punissent que les coupables, Que ce trait, cher neven, vous serve d'exemple dans votre carrière! Cette ville, encore qu'elle soit surveillée nuit et jour, est si corrompue, qu'un jeune homme inexpérimenté y est toujours en danger, ‘Que vos seules sociétés v soient vos parens et leurs amis et ceux à qui je vous présenterai où recommanderai, surtout notre cousine la comtesse de Grammont, qui désire tant vous voir ,:..7 J'allai ia voir deux jours après mon arrivéc ; cette respectable protectrice et parente me reçutavec joie, et mc fit toutes sortes de questions — sur les dames de LaRochelle, et lespèce de connaissances que j'avois pendant mes études, L'ayant satisfaite sur tout, elle passa à mon dégoût pour la marine, ajoutant en riant qu'elle auroit pourtant voulu faire de moi un auxsi bon marin que Duguay-Trouin : que si, j'avois persisté, mon avancement

étoit certain: qu'étant dame d'atour et amie de la reine, rien à cet égard ne lui auroit été refusé, Que veux-tu donc être ? us-tu quelque goût d'aller joindre le comte Joseph de

Sales, ton frère, major de la légion à Bourbon? — Je répondis que j'accepterois avec respect tout ce qu'elle feroit pour moi, que toutes ses bontés et sa protection m'étoient sacrées, Elle m'embrassa, ét m'ordonna de dire à mon oncle de passer à son palais, — Adicu, mon petit méchant; écris à ton papa, et viens me voir souvent, — Je revins vite trouver mon cher oncle au Palais-Royal, et lui fis part de tout ce qui s'étoit passé chez madame la comtesse, Pour le moment, je laissai là mon avancement pour contempler Paris et ses beautés, Mon oncle me mena visiter le Louvre et tont ce que l'on pouvoïit v voir; partout ma surprise étoit inconcevable, et mon enthousiasme aussi ; j'étois vraiment devenu badaud de Paris, ct j'étourdissois mon oncle et ceux qui se promenoïent avec nous de mes questions, L'enchaîinement des quatre Rois, sur la pluce de la Victoire me désoloit, parce qu'il ne pouvoit pas m'entrer dans l'idée que l'on osût enchainer un roi! Mais je raisonnois en novice de” mon âge, sans réfléchir que le sort de ces grands personnages a ses caprices et ses rigueurs comme celui du reste de l'humanité .,.,... Quinze jours me sufrent pour voir Paris et ses beautés ; les amis de ma famille et les nouvelles que je recevois de mes parens du Languedoc, m'occupoient assez pour que je ne pensasse pas à autre chose: quand tout-à-coup mon oncle, qui avoit vu notre respectable parente, ma protectrice, me dit un samedi au sur: “Lève-toi lundi bon matin; va-t-on chez M, du Mény (1), plénipotentiaire du Roi de Prusse, il a promis à notre cousine de te présenter à Monseigr. le duc de Pruslin, à qui elle a parlé pour t'avoir une commission de lieutenant sous ton frère à Bourbon.” Nouveaux intérêts, nouveaux soins et nouvelles appréhensions. N'importe, quelque déplaisir que ces paroles éveillèvont dans mon ‘mr, qui ne 82 sontoit pas gucrrière, il fallut me préparer pour n° pas faire attendre ce res-

(1) M. Dummesnil. À, G,

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