‹ Mémoires de Pierre Lenet, procureur général au Parlement de Dijon, et conseiler d'etat, contenant l'histoire des guerres civiles des années 1649 et suivantes, principalement celles de Guienne et autres provincesChapitre 3 sur 7 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

J £ suis si fort attaché à mon devoir et à mes plaisirs, et même si ponctuel à tout ce qui peut plaire à mes amis, que je ne crois pas pouvoir jaJDCiais achever ces Mémoires^ que les premières atteintes de la goutte me donnent lieu de commencer à Paris , où tous les de^ voirs de la vie civile ne laissent pas le loisir quiseroit nécessaire à un ouvrage de cette nature. Si j'avois intention de ^ donner au public , je commencer ois par un plan exact de Tëtat auquel se trouva la cour devant et après la mort du feu Roi (i) ^et par celui de^ principales choses qui se sont passées pendant la minorité du Roi à présent régnant , desquelles j'ai eu beaucoup de connoissance, parce que rien ne seroit plus nécessaire pour rendre moins ennuyeuse la lecture de ce que je prétends écrire. Mais comme plusieurs histoires de notre temps, bonnes ou mauvaises, en ont parlé avec tant de particularités que j'y renverrois le lecteur , avec Tavis de prendre garde que chacun a écrit suivant sa passion ou son intérêt, si je

(t) Du feu Roi t Louii xiii « mort le i4 mat 10(3.

3o MÉMOIUKS . -

croyois que ceci pût dans là suite tomber dans les mains du public : aussi passerai-je tout cel^ sous silence , parce que j'en smis suffisamment instruit , et parce que je ne me propose que de mettre au net pour ma satisfaction j>ïirticuJièr!e les Mémoires que j'ai dressés en divers temps des choses que j'ai conduites pendant et depuis la prison de M. le prince de Condé, et les lettres que j'ai écrites et reçues en différentes occasions sur les affaires cjue j'ai négociées tant dedans que dehors le royaume.

C'est à mon sens un travail fort infructueux que d'écrire des choses servant à l'histoire pendant 4a vie de ceux qui ont gouverné ou gouvernent les affaires, et de ceux mêmes qui ont agi on souffert, parce qu'il est impossible de dire la vérité sans tomber dans l'inconvénient du reproche de la haine «t de "la vengeance ; que si on ne la dit point, ou qu'on la pallie par flatterie on par crainte, on ne peut éviter la honte d'avoir sacrifié à l'intérêt et à la fortune la seule vertu qui fait l'essence de l'histoire , et qui doit servir de guide, dans les siècles à venir, à ceux qui auront le maniement des affaires publiques , et même aux particuliers qui voudront régler leur conduite par l'exemple des choses passées.

C'est par cette raison que j'ai résisté à mes amis quand ils m'ont voulu persuader que je devois au public la vérité des faits que peu de personnes savent ^ussi bien que moi , et que j'ai refusé à ceux qui écri- "vent l'histoire des instructions sur les affaires que j'ai vues ou que j'ai faites. Peut-être aùroîent-eflès désabusé une infinité de personnes, qui par la lecture dé ce qu'on a écrit depuis la régence , ont conçu des

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o|Hmons directement contraires à la vérité contre la réputation des principaux acteurs de cette scène. Un maavement de conscience et d'honneur, et même Imtérét que je dois prendre en ce q^ii touche mes amis et moi-même, auroit pu me porter à leur faire connoître la vérité par des témoignages irréprochables, si je n'avois considéré que j'aurois peut-être fait moins pour leur service et pour leuï* satisfaction, en la publiant avec toutes ses circonstances, qu'en laissant le public dans Terreur des mensonges qu'oii a débités contre eux. C'est donc pour moi seul que fécris ce qui suit.

[1649] S"^ la fin de Tan 1649, je fis un vpyage en Bourgogne pour mettre ordre à mes affaires dômes- . tiques, dans le dessein d'accepter l'emploi qu'on m'oÛTroit d'une ambassade vers les princes d'Italie et vers la seigneurie de Venise. Je croyois qu'il étoit de la prudence de s'absenter de la cour, agitde de actions auxquelles les personnes les moins considérables prenoient parti, parce que ceux qui les forraoient tâchoient de se fortifier du nombre, quand ils ne le pouvoient être du mérite ; et dans l'incertitude des succès, on couroit fortune de se former dqs exclusions aux epfiplois et aux charges auxquellfsa lambilion ou les services faisoient aspirer : au lîeii qu'une honnête absence donnoit lieu d'observer les choses de loin, et le temps de se ranger du côté qui prévaudroit , sans tomber dans les extrémités de demeurer inutile et^suspectà ceux dont on auroit épousé les passions et les intérêts à contre-temps, ou de s'en séparer de mauvaise grâce pour cher-

cher sa fortune auprès de leurs ennemis. C'est une politique bien fausse, mais établie de tous temps dans nôtre nation , de se tenir ferme au parti dans lequel on se jette, même contre le premier devoir 5 et c'est une espèce de honte que de labandpnner pour se ranger même du côté du souverain, parce que ceux' à qui leû intérêts particuliers font former des factions dans le royaume ne manquent jamais de prétextes pour les colorer du nom spécieux du service du Roi et du bien public.

Mon aïeul maternel et mon aïeul paternel second avoient été singulièrement attachés aux intérêts de Henri dé Bourbon, premier du nom (0>, et de sa veuve ; et, par un motif de reconnoissance et de bonté , Henri 11 de Bourbon son fils (2) avoit honoré tonte ma famille, de père en fils, de sa protection et de sa bienveillance, et moi plus qu'aucun autre de tous ceux qui la composoient. J'étois entré dans sa confiance en plusieurs rencontres : il prenoit plaisir à me Toir élever dans les charges, et m'avoit dit diverses fois, lorsque j'étois conseiller, et depuis procureur général, au parlement de Bourgogne, dont il étoit gouverneur, qu'il emploieroit en temps et lieu son crédit pour me mettre dans le conseil du Roi, où il me procureroit par lui et par ses amis tous les emplois et les avantages qui lui ser oient possibles. 11 me fit la grâce de donner son nom au baptême à mon fils aîné ; et est

toutes occasions il faisoit connoître, disoit-il, la bonne

(i) Premier du ruvn : Uenrl de Bourbon, detixi^iQe .prince die Conde, empqUonne' «n 1688, En appieiiant sa mort, Henri iv dit: 1 J'ai perdu « mon brafc droit. » — (a) Son fils : Henri, deuxième du nom , fils du pr^cédent^ troisième prince de Conde.

opiûîon et Tamitië qu'il avoit pottr moi; Il moanit en l'année 1646, laissant le prince de Gondë son fils hëriUer de ses biens et de .ses cliar|[e5, et particttlièrement de celle de chef du conseil du Roi pendant sa minorité.

La grande réputation que ce prince s'ëtoit acquise par le gain des batailles de Rocroy, de Frîbourg, de Nordlingen » et depuis de celle de Lena ; par la prise de Thionville , de Philisbourg, de tout le cours du Rhin jusqu'à Goblentz, de Dunkerque, et de plusieurs autres places de grande considération ^ et enfin par diverses rencontres particulières dont les histoires sont rlRiplies , et le grand génie qui avoit concilié en lui plusieurs qualités différentes pour le rendre un grand homme , Tavoient £sdt Tadmiration de son siècle , mais avoient en même temps jeté dans les esprits tout ce qui fait appréhender les talens extraordinaires, comme propres à tout entreprendre ou à s'opposer à tout, quand leurs passions ou leurs intérêts leur doivent faire désirer une chose ou une antre.

Je me trouvai assez heureux pour avoir autant de part en l'honneur de ses bonnes grâces que j'en a vois eu en celles du prince de Gondé son père ; et soit parce qu'il me crût affectionné de père en fils à sa maison , 9oit par l'habitude de me voir auprès de lui et dans ses plaisirs dès sa jeunesse , il me fit un traitement qai me distinguoit fort obligeamment de tous ceux de nia condition et de mon âge ; de sorte que les gens de la cour qui vouloient s'attacher à sa fortune , o« ceux qui vouloient s'y opposer , me faisoient part de leurs sentimens divers, et des avances d'amitié an-delà de ce qu'un homme comme moi ponvoit pré- T. 53. 3

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tieiidre. 11 ne me fut pas malaisé dans celte conjôneture d^oibtenir de la Reine, qui por^r lors étoit régente , une place de conseiller d'Etat ordinaire , ou je servis assez au gré dé Sa Majesté pour Tobliger à me choisir pour Fun des intendans de justice , police et. finance au siège de Paris-, après lequel étant retoui^né à. la cour, ce prince prît plaisir à faire valoir let publier mes services^ Et comme en peu de temps la cour fut partialisée, il se servit de moi en beaucoup d'occasions importantes et de confiance.

J'ai fait cette digression pour dire que si le prince deCondé, eût agi indépendamment pa^r les mouvemens de son esprit et de ses intérêts, je n'aurois pu mieux faire que de ne m^éloigner pas de lui , parce que je ■n0 pouvois être dans une assiette plus agréable, pour la tendre amitié que j'avois pour sa personne dès mon enfance, et par Festime que j'avois conçue comme tous les autres pour un homme d'un génie aussi extraordinaire et aussi élevé que le sien*, ni même rien faire de plus utile à ma fortune, parce que ses services dévoient lui faire tout mériter envers la Reine et envers son ministre , s'il eût suivi son inclination toujours soumise à la cour, et son intérêt plutôt que celui de ceux qui ii'avoient d'objet que la ruine du cardinal Mazarin , comme la base propre à élever leur grandeur : tels qu'ont été en divers temps fort proches l'un de l'autre madame la duchesse de Longueville et le duc de La Rochefoucauld , à l'habileté duquel elle avoit une entière créance ; M. le prince de Conti son frère, qui prenoit toutes les impressions de ceux qui l'approchoient, comme du coadjuteur de Paris, à présent le cardinal de Retz, qui se ser-

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voit des frondeurs* d'un côië^ et du duo d'Orléans de Tautre, non tant par •son propre crédit (car Fabbë de La Rivière Tâvoit pour lors tout entier auprès de lai), ({ae par celui de la duchesse de Chevreuse, à qui une longue habitude avoit donné le pouvoir de lui parler avec une fort grande liberté : mais de quelque façon que ce fût, ce cardinal mettoit tout en usag€ pour donner atteinte à la faveur du cardinal Ma zarin, et n'omettoit ni moyens sérieux ni railleries , par lui ou par ses émissaires , pour essayer d'en venir à bout.

Tous les intérêts différens de ceui[ que je viens de nommer , e^ autres qui agissoient, plus sourdcr ment, comme de Châteauneuf et dé Chavigny, les obligeoient à tout proposer au prince de Gondé, qui fit long-temps la sourde oreille , et ne se résolut à les écouter qu'après ce que vous allez entendre, qui ne lui laissa pas lieu de douter de la conduite incertaine du cardinal Mazarin, qui, soit par l'inégalité de son esprit , soit par sa foiblesse naturelle , soit par la crainte de ne pouvoir espérer dans tous les temps la même assistance qu'il avoit reçue jus^ que là du prince de Condé, soit par la jalousie qu'il avoit de ce que l'on s'adressoit à ce prince pour les diverses prétentions qu'on avoit à la cour , soit qu'il fôt étonné de la grandeur de celles que les services rendus à l'Etat et à lui-même lui dévoient faire avoir, soitqu'ilfutsurpris desdiscours impétueux que Perrault son intendant faisoit partout où il se trouvoit contre lui et contre son ministère, soit par les rail-^ leriesde plusieurs personnes quiétoient daqsJa familiarité du prince, spit qu'il crût être en brassière

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tant qu'il n'auroit point d'antre appui , soh par toutes ces eonsidërattons ensemble , il se résolut d'exécuter le dessein qu'il avoit formé quatre ou cinq mois auparavant sur la fin de la guerre de Paris , étant encore à Saint-Germain , dans le temps de sa plus grande anion avec le prince qui venoit de le tirer du précipice , et qui ne fut pas peu surpris quand il lai en donna part. Ce dessein étoit de marier mademoiselle Mancini au duc de Mejcœur, à qui il promit l'amirauté (que le prince de Condé avoit lieu de prétendre, puisqu'elle avoit vaqué par la mort du duc de Brezé son beau-frère) pour 1# duc de Vendôme « et la survivance au duc de Beaufort son deuxième fils, croyant par cet intérêt le détacher des frondeurs, lui faire perdre l'amitié du peuple de Paris , qui l'avoit rendu considérable dans les derniers temps, lai faire oublier le ressentiment de sa prison , et les mauvais traitemens que toute sa maison avoit reçus depuis son ministère.

D'un autre côté, le duc de Longueville, de qui les vastes desseins qu'il avoit fait paroitre pendant la guerre de Paris étoient réduits à avoir le gouvernement du Pont-de-l'Ârche en Normandie, et que le prince de Condé lui avoit fait espérer, comme en ayant des paroles positives du cardinal Mazarin dès le temps que l'on avoit conclu la paix avec ceux qui s'étoient jetés dans les intérêts de Paris , avoit pressé par ses gens d'affaires, par la duchesse sa femme , et par le prince de Conti , de lui en faire voir reffet> et de ne consentir jamais au mariage du duc de Mercœur, par la raison de l'opposition naturelle de la maison de Vendôme à ceUe de Longueville, etpo«r

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priver le cardinal Mazarin d un appui qui ne pouvi^t ([0€ lui âtre préjudiciable , et au pripcfe de Coudé même. ;;

Le duc de Rohan, qui avoit toutes leâ ititentioa» boanesy et toutes portées à maintenir Tunion entre te prince de Coudé et le cardinal Mazarin, avoit fait diferses sdlées et venues vers Tun et verà lautre pour ea Yenir k bout ^ comme de la chose du^ monde qu'U jugieoit la plus nécessaire au bien de TEtat et à la tranquilKté publique* Discourant un jour avec moi dans toute la confiance et la liberté que Famitié qu'il me portoit lui donnoit, je lui dis que le prince de Condéy à mon sihs , n'étoit pas si Uâmable qu'il me le Tooloit persuader, diavoûr mandé au cardinal Mamn pai? Le Tellier , secrétaire d'Etat, qu'il ne seroit jamais son serviteur ni son ami ( paroles fatales , qui oat été la source de tout ce qui est arrivé depuis ) , poisqa'il posoiten fait que le cardinal lui avoit donné une parole formell^et positive de faire donner le goavemens^nt du Pont-àe-1'Ârche au duc de Longueifiiie , à laquelle manquant $ il avoit exposé le prince au déplaisir de rompre une seconde fois avec sa fa** nulle, s'il n'avait rompu avec le cardinal Mazarin , ou à la honte d'avoir souSert impunément un déplaisir aussi sensible que celui-là. Le duc me repartit que le prl{u;e s^étmt trop précipité en donnant au duc de Longuevîlle une parole qu'il n avoit pas reçue du cardinal Mazarin ^^ que le mépris qu'il avoit pour lui lui avoit persuader qu*il le pprteroit à point nommé à défiérer à toutes ses volontés ; que svir ce fondement il s'était engagé à promettre ce qu'on lui refusoit à présent y parce qu'on ne lui avoit jan>ais promis, et

qûeéCi trouvant réduit à l'extrëmîté , ou de manquer au duc de Longaetillè, ou de rompre avec lecardi-^ nal , il avoit pris ce dernier parti , croyant qu'il n'auroit pas la force de soutenir h négative qu'il loi avoit fait donner par Le Tellier-, et qtf en tout cas cette rupture lui acquerroit l'amitié des frondeurs , -et lui rendroit celle du peuple de Paris , qu'il avoit perdue parle siège qui s'étoit formé par son avis pour soutenir la fortune chancelante du cardinal. Le duc ajouta que , connoissant le pirince aussi parfaitement qu'il faisoit, il jureroit qu'il se repentoit de cette [Précipitation, qui le mettoit dans la nécessité de s'unir contre son inclination avec les frondeurs, desquels, et quasi de toute la tour, il àvôit reçu les offres de services 5 que le duc d'Orléans eh coricèvroit une jalousie qui Fobligeroit à soutenir lé cardinal , pour ne pas voir tomber, à son mépris , toute Fautorité et toute la considération de la cour entré les mains du prince-, qu'il feroit beaucoup mjpux de se raccommoder de bonne heure et' de Sonné' gtâée a'Vec le caiv dinal par leurs amis communs, que d'^n donner l'avantage au duc d'Orléans; que Tabbé dé' Là Rivière les porteroit à cela, pour les gnsinds intérêts particuliers qu'il avoit à ménager avec le cardinal.

Je m'opiniâtrai , peut-être sans fondement, 'â soutenir au duc de Rohan qu'au fond de l'afiaire tout le droit étoit du côté du prince; mais que quand il ne seroit pas ainsi, quelque' déplaisir que j'eusse de cette rupture, qui étoit contre mon inclination, contre les intérêts de M. le prince, et contre le bien de l'Etat, il ne pouvoit prendre un conseil plus préjudiciable à sa sûreté et à sa réputation que celui de se raccom-

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moder avec le cardiqal» par quelque mëditstion que ce put être, parce qu'outre que cela lui fè^oh'de' nouveau perdre son crédit parmi les peuples ,' cela Fexposeroit sinon à manquer à sa parole , du moins k\ Fespërance qu'il avoit donnée à cent} desquels il avôit* reçu les complimens; etque de plus je lui àvois oui dire si publiquement que puisque lé sort en étoitî jeté il n'y avoit plus de retour, qhe je croyoiâ qiife leduc ne pouvoit jamais faire une chose si oppolséë ailservice du prince, que de lui parler davantage d'une' réconciliation dont j'appréhendcis les suites autantque j'avois appréhendé la rupture. Le jour même que le prince chargea Le Tellier de porter les paroles de' rupture avec le cardinal , il m'envoya appeler au con-* seil du Roi, où je servois pour lors : je le trouvai dahs' son lit, où il étoit encore , quoiqu'il fût près dé midi; mais outre qu'il étoit fatigué d'une grande débauiché^ qu'il avoit faite la veille à Saint-Cloud avec lé toi d'Angleterre, le long entretien qu'il eut avec 1^ Tel-^ lier, et avec plusieurs de ses amis auxquels il eh aibîf^ donné part, l'y avoit retenu. Il voulut auissi in'ën fàïty le récit, qui me surprit et me fâcha, tant par la iiatutô* d'une chose dont je croyois que le bien publiti et le* rien particulier le dévoient détourner, que parcte que' je la jugeai sans retour. Je pris la liberté de lui ën^ dire mes sentimens, qu'il écouta sans aucun fruit ;< puis il me dit que le comte dé "^1* sachant ce qui* sAoit passé entre lui et Le Tellier, Tavoit envoyé^

prier de lui envoyer une personne de confiance. 11'

m,e chargea d'y aller pour lui rapporter ée qu'il aVôit* à lui dire 5 ce que je fis. Ce comte est un gehtïlhomndé' d'une grande vivacité d'esprit, qui lui avoit fait acqué-

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ri^r des jqntrtiea fort grAiideâ auprès de la Reine » et rayoit pis tout-à-fait dau3 la familiarité du cardinal. Je crus d'abord ^^e cela robligeroit à me faire des propositions d'accommodfôoieat; mais je me troui^i fort surpris, quand après avoir fait fermer la porte, et m'avoir demandé un secret fort exact, U me pro-^ posa de faire trouver bon à M. le prince qu'il ne s'offrit point à lui (comme assurément tout le monde feroit ) , afin que tous les matins il pût lui rendre compte par moi de tout ce que Ja Reine et le cardi* nal diroient ^ et les nvesures qu'ils prendroient contre lui, avec ce qu'on appelle le petit coucher de Tun et de l'autre, où il se maintiendroit &cilement en s'of* frant ai^ cardinal, qu'il importoit de tromper en ce rencontre pour profiter d'un autre plus important. Et m'ayant derechef demandé le secret envers toute au« tre personne, sans en excepter aucune que celle de M. le prince , il me dit qu'il se trouvoit en état auprès de la Reine d'y ruiner le cardinal , et de se rendre maître de ses bonnes grâces, si M. le prince le veulent appuyer et ne se réconcilier jamais avec le cardinal^ qu'il étoit impossible qu'il se maintint dans le rojrau^ me *, que tous les matins il me diroit ce qui viendroit à sa connoissance , et que, pour ne point prendre de fausses mesures, je lui rapporter oi$ les avis de M. le prince pour sa conduite. Rien au monde ne oaii'a ja^-^ mais tant surpris qu'un discours autant imprudent et tén^éraire que celui-là ; mais comme il importoit d'en tirer les avantages qui se pourroient, je te remerciai fort de la part du prince. Je lui dis ensuite qae je croyois que , bien loin de Uouver mauvais qu'il ne s'offrit pas à lui, il le prioit d'en ufi!er de la façon

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qu'il yenoit de me dire-, et sur le sujet d« la Reine je crus ne devoir entrer en aucuns discours sërieux ; aussi le tmrmai-^je en raillerie, et lui dis en riant que je le jiràMs âe se souvenir de moi quand il seroit dàÀs son royaume. Je retournai sùr-^Je^-chatap Vendre ecHopte au prince de Tentretien que j'avois eti avec ce comte. Il ine chargea d'aller lui dire de sa part ce qae je lui avais dit par avance de mm-méme^ et d'aller tous les matins recueillir ce qu^l auroit appris cte la Reine et chez le cardinal : ce que je fis tant que la rupture dura. Et sur ce qui touchait la prë-^ tendue faveur du comte avec la Reine , le prince me dit que j'tfvob fort prudemment fait de n'y point eatrer \ qu'il ne croyoh pas Sa Majesté capable de prendre confiance en un homme d'aussi peu de ju** gMent, et moins encoire contre l'intérêt du cardinal ; qa'il seroit pourtmt bon de faire la guerre à l'œil, et de conserver cette correspondance, qui pouvoit don- W des lumières qu'on ne pourrott tirer d'autre que de lui^ qu'il ^oit bon pour battre et découvrir dii pays, mais qu'il lui mànquoit bien des choses de celles qii rendent lin homme capable de soutenir une af* &ire d'autanl de poids que ceUe dont il flattoît sa vaoité.

Cependant <m ne voyoit que négociateurs aller du Palais^Royal au logis du prince de Gondé ; chacuxi> vouloit s'acquérir ou avoir part au mérite de son a^mmodement avec le csurdinal. L'abbë de La Ri^ vtè^e avoil à ménager les deux partis : M. le prince, peor s'aplanir le diemin au cardinalat ^ en mainte^ naat la reiâtonciatioû que le prince de Gonti son ^rire avoit faite en sa faveur au chapeau qui étoit à

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la nomination de France; et M. le cardinal , pour n*y point former d'obstacles souterrains' et secrets en cour de Rome, llétoitdans une entière Ênreur auprès du duc d'Orlëans son maître : il le vouloit rendre Farbitre de la nëgociation, pour éviter qu'eusse déclarant absolument contre le cardinal, comme le peu d'estime qu'il avoit pour lui et Tamitië qu'il témoignoit pour lors au prince sembloient l'y porter , ce ministre ne le traversât. '

Cependant les discours publics du prince de Condé et ceux de toute sa cour avaient persuadé à tout le monde l'impossibilité de cette réconciliation ix^hacun prenoit déjà ses mesures sur la perte du cardinal Mazarin; les railleries qu'on faisoit contre lui étoient publiques ; les rues comme les cabinets retentissoient des couplets que l'on chantoit pour le rendre ridi^ cule; les beaux-esprits s'occupoient et prétendoient d'avancer leurs fortunes par les pièces qu'ils présentoient tous les jours au prince de Condé et au* duc d'Orléans. Jamais je ne fus si surpris que, retournant un matin du conseil en mon logis, je trouvai au bout du Pont-Neuf le duc d'Orléans et le priiice de Côiklé qui étoient dans un même carrosse. Le marquis de La Moussàye, qui avoit beaucoup de part dans les bonnes grâces du prince , et qui le sui voit dans un autre carrosse, me cria de la portière que tout étoit accommodé par le duc d'Orléans , qui le menoit au Palais- Royal. L'entrevue de l'un et de l'autre se fit en présence de la Reine, qui les invita à une sincère amitié; elle donna le Pont-de-l'Ârche au duc de LonguevUle, et se plaignit depuis, comme elle avoit fait a^aravant, qu'on lui arrachoit ce gouvernement par force.

DE LENET. [l649] 4^

Au surplus, la réconciliation se fit avec assez de froideur, et le prince de Condë dit tout haut au cardinal Mazarin qu'il auroit souhaité qu'on eût accordé de meiUeui'e grâce ce qu'on avoit promis au d^c de Longueville ; et que ce qui le fôchoit le plus étoit qu'il avoit enfin reçu des complitnens des frondeurs après les avoir refusés trois jours de suite; pour donner lieu au cardinal pendant ce temps-là de revenir du mauvais compte au boii; et que ne Fayant pas fait, il l'avoit mis en tel état quHl seroit obligé de se livrer à tons ceux qui lui avoient offert leurs service, s'il arrivoit jamais qu'ils eussent quelque démêlé. avec le cardinal Mazarin. Ce discours le surprit fort, aussi, bien que tous ceux que la curio- »lé rendbit attentif à ce qu'il disoit, et laissa quel^^ /

que espérance^ à ceux qui craignoient la tranquillité publique, que^oe discours affecté ouvriroit bientôt la porte à une éeconde brouilleriez

J'allai chercher la duchesse de Longueville, qui dîfloit ce jour-là à Thôtel de Condé avec la princesse douairière : je la trouvai consternée d'une nouveauté si surprenante, dont pourtant le prince de Condé, avant que d'aller au Palais -Royal avec le duc d'Or*léans, avoit donné part au prince de GoMison frèi^^ et au duc de La Rochefoucauld, tout puissant vers ïutt et vers l'autre; et comme je parlois dans un grand particulier avec Ja duchesse, le prince de Condé entra dans le cabinet où elle m'expliquait le déplaisir et les craintes que cette réconciliation lui donnoit; il lui dit d'un >air riant et railleur : « Eh bien, « ma sœur, le Mazarin et moi ne sommes plus que « deux têtes dans un bonnet. — Bien, lui répondit

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« sérieusemeiit la duchesse , mon frère , je prie Dieu « que vous ne perdiez pas tous vos amis et votr^ « crédit, que Tabbë de La Rivière ni M. le duc d'Or* (i léans ne vous readrcMit pas, et encore moins li « cardinal et ]a Reine. Mais est-il yrai, ajouta-t-e|}€ « après une longue pause , que le Maxarin sOup( « chez VOU& ce soir ? -*- Cela est assez plsôsant, rëpji- (K qua-t-il : Monsieur m'a demandé à souper , et m's a dit qu'il y ameneroit le cardinal, et des joueurs poui ft passer Faprès-souper. •— Cela est bien joli, repars •t lit la duchesse d'un ton qui marquoil ravernoc a quelle avoit à cette partie. —^ Je n'ai pu m'en dis* K penser, ajouta le prince. » Et se tournant Ters mot il me dit : « Venez^y, je vous prie, et voils y^etrez^di « quelle manière je virraî avec le ^îardînal, et si j*a Cl consenti qu'il vint souper chez moi, que par 1^ « seule complaisance que je dois à Monsieur. » Je m< rendis donc sur la fin de ce repas, ok je trouvai ton les conviés fort mélancoliqaes, et le cardinal Mazarii plus qu'aucun autre. Ceux qui y étosent dès le corn mencement me dirent que le due d'Orléans avoit siiis pendu son humeur naturellement gaie et enjouée qnand il avoit reconnu , après plusieurs tenlatirvea qu'elle avoit été inutile à échauffer la ooaversatioi entre le prince et le dacdijuaL Après le souper 4m si mit à jouer au piquet : chacun prit parti à parier sou les mains du maréchal de Villeroy et du présiden Tubœuf^ le prince fût, contre son ordinÂire, dan un grand sérieux, et ne lâcha pas »ne parole qui* n fût une manière de brocsurd contre le cardinal, A qui l'air mélancolique nous fit juger à tous tfu'il le ressentoit vivement. Sur les onze heures chacun s

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retira, et Ton sut depuis que plusieurs gardes du cardinal , qui rattendolent entre J- hôtel de Nevers et le Pont-Neuf, raccompagnèrent jusqu'en son logis, où il ne fut pas plus tôt arrivé que la goutte le prit V9fc beaucoup de violence.

Le lendemain maûn , tous ceux qui portoient la réconciliation avec impatience furent congratuler le prince de Gondë de la froide réception qu'il avoit fiûte au cardinal de Mazariil : il les reçut avec joie et conq[)laisance , et donnoit k entendre à tout le monde la même chose qu'il avoit dite la veille à la duchesse de Loogueville , et que c'étoit le duc d'Orléans , et non loi, qui l'avoit invité à souper. Le duc de Navailles , qui commandoit pour lors \es gendarmes du cardinal, qui avoit dès ce temps -là beaucoup d'amitié pour moi, et qui avoit été présent au souper de la veille, vint de grand matin me trouver en mon logis, et commença son entretien par la demande qu'il me fit de ce que je pensois de la manière dont M. le prince en a?oit usé avec M. le cardinal et après qu'il l'eut blimëe, avec modestie néaunoins, je lui répliquai avec beaucoup de franchise que je n'avois point approuvé la rupture , que je faiâmois fort le raccommodement -, mais que puisqu'il avoit été &it, je souhaiterois fort qu'il pût être sincère : et après divers discours de part et d'autre , je lui dis que la pierre d'achoppement , et qui seroit à la fin celle de scandale , étoit le mariage demademotseUe de Manoini avec le duc de Mercœur. Je lui en dis toutes les raisons, telles que je les avois dites au cardinal Mazarin même , sur la terrasse de Gompiègne, quelque temps auparavant. Le duc de Navailles les approuva, et me dit qu'il alloit tout de ce

46 [i^9] i^iiOiREs

pas le dire au cardinal ; et cependant qu'il pouv oit me dire qu'il ne parloit pas par cœur, ni sans être bien avoue ^ et que si le prince Touloit passer chez le cardinal, qui ayant rudement la goutte ne pouvoit se trouver chez lui ni en lieu tiers, lorsqu'ils troient chez la Reine, qu'ils se rëconcilieroientplus sincèrement et par eux-mêmes tête à tête , qu'ils n'avoient fait par l'entremise du duc d'Orlëans^ qu'il se fakmt fort que portant, comme Ton dit, la carte blanche aji cardinal, il lui accorderoit de bonne foi, pour lui et pour les siens, tout ce qu'il voudroit , pourvu qu'il lui donnât parole d'une amitié ferme et stable ; que le cardinal voyoit et connoissoit bien que sans cela sa perte ëtoit assurée -, mais que personne ne pouvoit entrer en sa place qui pût être d'une si grande utilité k M. le prince que lui. Et revenant au mariage , il me dit que le rompre seroit une honte non pareille au cardinal , après l'avoir déclaré aussi ouvertement qu'il avoit fait, et en avoir donné part à ses amis, tant dedans que dehors le royaume ; que pourtant il croyoii que pour la diminuer il prendroit le parti d'obligei sa nièce à se mettre dans un couvent. Il me charges de rapporter toute notre conversation à M. le prince, et de lui dire que faisant profession d'honneur, il n€ se hasarderoit pas à lui faire porter de telles paroles, s'il n'étoit assuré de les faire accomplir. Nous nou£ donnâmes rendez-vous au cloître des Petits- Augustins à quatre heures du soir, pour lui dire ce que le prince m'auroit répondu, et nous nous séparâmes.

J'allai à l'heure même rendre compte au prince de tout l'entretien que j'avois eu avec NavaiUes : je U trouvai environné de grand nombre de gens, la plu-

DE LEITET. [1649] 4?

part desquels aboient des intentions bien opposées à ma mission. Il me donna une audience fort précipitée : la réponse le fut encore davantage , et me fit souvenir de celle qu'il m'avoit faite quelque temps auparavant à Mdun, lorsqu'il revenoit de son voyage de Bourgogne , où il avoit été une partie de Tété , ne s'étantpas voulu charger du commandement de Farinée, et où je lui écrivis, à mon sens, une des plus agréables nouvelles qu'il pouvoit recevoir pour lors, qui fut celle de la levée du siège de Cambray par le comte d'Harcourt. La réponse que le prince m'ordonna de faire à Navailles m'oblige à rapporter celle qu'il me fit à Melun, et l'entretien que je viens de dire que j'avois eu sur la terrasse de Gompiègne avec le cardinal Mazarin, qui commença par me faire un long récit des obligations qu'il disoit que le prince de Condé lui avoit; et entre autres qu'il lui avoit fait donner toutes les charges que possédoit le prince de Condé son père ; qu'il avoit conservé dans sa maison le gouyernement de Champagne , et fait donner en pleine propriété Glermont, Stenay et Jametz , avec les gouvernemens; et que de la qualité qu'étoient ces terres, elles valoient un million d'or, qui étoit infiniment plus que l'amirauté qu'il avoit prétendue par la mort du duc de Brezé , son beau-frère ; qu'il avoit obligé la Reine à lui donner tous les ans le commandement de la principale armée du royaume ; que lui avoit pris soia de l'assister d'hommes, d'argent, de munitions, etde toutes choses nécessaires; ce qui lui avoit donné lieu d'acquérir la gloire dont il étoit couvert. Il ajouta tous les postes qu'on avoit donnés, et tous les biens qu'on avait faits à divers particuliers, serviteurs de

48 [^^49] M^OIRES

M. le piÎBce, ou qui avoient servi noua lui dlMis le^ armées -, et que cependant il ne tavoit quel fondeoM»! faire sur son amitié , parce que , bien que le princf rassurât tous les jours qu'elle étoit vraie et sincère , e1 même par ses lettres depuis qu'il étoit en Bourgogne, il disoit tant de choses contraires à cela, il don* noit lieu à tant de railleries qui se faisoient en sa présence, que plusieurs de ses serviteurs, et entre autrec Perrault, s emportoient contre lui en toutes rencon* très, de telle manière qu'il étoit impossible que le prince n'en fût averti, et qu'il ne l'approuvât; que depuis quatre jours Perrault avoit dit publiquemenl dans la chambre des comptes, dont il est président, mille choses contre sa réputation et contre son ministère -, et qu'il avoit fini son emportement en disant^ avec des blasphèmes horribles, que M. le prince youloit l'amirauté , et qu'il l'auroit malgré le Mazarin ; que cela le surprenoit fort, puisque, ayant parlé plusieurs fois à M. le prince de l'amirauté , il lui avoil toujours répliqué qu'il n'en vouloit point. Il ajouta en core que Perrault avoit fulminé contre le mariage ai sa nièce avec le duc de Mercœor; qu'il avoit parlé de l'un et de l'autre avec un mépris insupportable, etdil que M. le prince empécheroit bien, à son retour d^ Bourgogne, qu'il ne s'effectuât; que ce discours l'a^ voit encore plus étonné que les autres , puisqu'il pou* voit me jurer (et que M. le prince n'en disconviens droit pas) que d'abord qu'on lui proposa ce mariage à Saint^Germain, incontinent après le siège de Paris, il lui en parla comme au meilleur ami qu'il crut avoir au monde ; et que non-seulement il l'apjH'ouva, majis il lui conseilla et le pressa de le fiiire, ainsi qu'il avoit

DE LE^ÉT. [164^] 4jï

fait depuis phisieurs fois; que cependant /entendoîs ce qu'il ^atoit de Science centaine de Perrault, qdî meltoit continuellement desl ehiittèrès dans resprit dtt jirmce; que tantôt il vouloit qu'il fût amiral , tantôt Gonnétabie^ tantôt duc de Rhetétoîs, aVéc les dëpendaaces deCharleville^ deMëzîèrei^etdttMôHt-OJynip^ (jtfil vouloit d'autres fois qu'on luiformâtundkoovetaineté aux Pays-Bas, et d'autres'qû'onf lui tîOriquît e>t qu'on lui donnât la comte de Bourgogne^ ou qu'on lui aàetât la principauté de Montbelliard; qtie cesdesseitt«: étoient autant d'ëcueils à la fortune et à Ja grandeur de M. le prince , et qu'il valoit mieux se contenter d'ëta- Hissemens honnêtes et assurés, tels qu'il les ponToit avoir, qpe de se prévaloir par son autorité de là fôi-« blesse d'une régence , pour douter une ju^e jalousie m Roi quand il seroit majepr. Le cardinal finit en me disant qu'il me laissoit à juger d'une telle conduite*

J'écoutai fort attentivement ce discours^ et en pe-^

su les conséquences asses pour n'en ri^n oubliery et

pour appliquer toute mçii attention à )ui repahir

comme je fis. Je comn^^nçai en excusant P^rrkult

par le principe de la longue amitié qui étoit entre

QOHs, plutôt que par la raison:' car en effet son em>«

pwrtement étoit tel en tbuVes rencontrés', que Jecar4

difial ne me dtsoit qu'une biei% petite ^^avtie de ce (jaq

j'avoigiouï plusieurs foisy et dont j'^rvois fait considliti

rer à Perrault les conséquences, mais inutilement j

car l'argent qu'il avoit dan^ le» prêts?, et qui| eoilYoit

fbttUDeid^âtre; perdu par) Isl banqueroute gédéi^e

qa'on a voit fhite .aux gehs d'afiaiires , i'enivie- db r^iv

sèn Maître avec dës;établi^seménâ qui lui dènnas^nf

lien d'augmenter les! grand^>biens quHLaivoitaicGpaisr^

5o ['649] MÉMOIRES

ëloient les seuls conseils dout il prenoit avis. Je dis pourtant au cardinal que c'étoit un vieux serviteur, qui devoit son élévation tout entière à la maison de son maître, où il étoit entré en qualité de secrétaire avec une fortune médiocre ^ que la reconnoissance le portoit incessamment à désirer la grandeur du prince, et à en chercher les expédiens et les moyens; qu'il trouvoit faciles tous ceux que son imagination lui faisoit concevoir, parce quUl étoit homme peu connoissant la cour; qu'il croyoit que les grands services de son maître lui faisoient tout mériter, et lui dévoient faire obtenir, particulièrement sous le ministère de Son Eminence, qu'il avoit servie au préjudice de sè^ intérêts propres, et avec tant de sincérité que tout cela devoit faire estimer un zèle qui, de vérité, n étoit pas des plus discrets; et qu'il ne devoit nullement se mettre en peine de tirer aucune conséquence des dis* cours dont il venoit de me parler, qui assurément ne seroient point avoués du prince, le counoissant comme il faisoit; qu il lui laissoit gouverner les affaires domestiques , parce qu'il sa voit les conduire avec utilité; que Son Eminence faisoit injure à M^ le piînce^ en croyant qu'il étoit absolument gouverné par cet komme ; qu'à la vérité il avoit beaucoup de crédit auprès de lui, mais qu'il ne l'avoit jamais employé aux affaires de la cour, parce que son talent n'y étoit nullement propre.

Mais que pour Im répliquer sur tout ce qn il me venoit de dire, je le priois de considérer que c'auroit été une chose bien étrange, si le feu Roi ayant, de son propre choix, confié sa principale armée à M. le prince, la Reine, de laquelle il avoit autorisé la rë-

DE LENÊt. [i649] 5i

geocç par le gain de la bataille de Rocroy, lai en avoit ôtë le commandement les années suivantes; et qu'ayant, par tant de grandes actions, rendu la minorité illustre, je m'ëtonnois comme on vouloit lui mettre en ligne de compte, comme un bienfait, d'avoir exposé tant de fois sa vie pour faire régner la Reine avec éclat, et autoriser le ministère de Son Eminence ; que je ne pouvois assez m'étonner de ce qu'elle lui coraptoit encûire le peu de grâces qu'on avoit fait à ceux qui Favoient aidé à faire tant de belles actions aux dépens de leur sang et de leur liberté ; que quelques-uns qui Tavoient perdue sous ses ordres Favoient recouvrée par sa libéralité, sans en importuner le Roi. Je lui dis ensuite que je ne savois par quelle politique on lui avoit refusé de lui laisser conquérir la comté de Bourgogne à ses dépens, quand il seroit vrai qu'il l'eut proposé: car il n'y avoit de véritable en cela que la seule idée que Perrault en avoit eue, et qu'il débitoit partout, quoique M. le prince m'eût assuré plusieurs fois qu'il n'y avoit jamais songé ; et je crois qu'il disoit vrai, car, quoi que l'on puisse croire de lui , je l'ai toujours connu un homme sans dessein, et vivant, comme l'çpi dit, du jour à la journée : mai$ que quand il auroit eu cette intention , il me sembloit qiie la Reine déçoit l'approuver, puisque c'étoit une chose fort utile au bien de l'Etat et au service du Roi d'ôter une province de cette considération et de cette situation au roi d'Espagne, pour en investir un prince de son sang, qui avoit un contre-gage dans le royaume, tel que l'étoient les grands biens de M. le prince. Je lui répliquai sur ce qu'il me disoit des établissemens de feu M* le prince, qu'en les faisant passer au'

5% [1^49] A&^MOIMES^

prince son fils, qui avoit tant niërité de TEtat , aussi bien que monsieur son pè^e, c ftproit été une justice que la Reine ne pouvoit nine devoit lui refuser^ et sur Steuay, Glermont et Jamet/^, qui lui avoient été donnés pour la récompense des charges et dès gouvernemens du duc de Brezé son beau-frèr^, mort dans le service , c'étoit chose bien au-dessous 4e ce qu'il avoit droit de prétendre , en comparaison de ce qu'on faisoit tous les jours, par un v^Sige introduit dans notre cour depuis loqg-temps^ à d^. personnes de peu ou de nul mérite , qui les arrachoient des mains du Roi en ruinant son service et son autorité , pendant que M. le prince exposoit sa vie pour Tun et pour Fautre ^ mais que de plus, en lui donnant ces places, on n ôtoit rien au Roi , puisqu'elles étoient de nature à les rendre au duc de Lorraine en faisant la paix générale , ou que ToQ laisseroit un procès perpétuel à M. le prince et aux siens contre ce duc et toute sa maison. Et parce que je savois que quoi que le prince dît, il désiroit ardemment ^a^lirauté, mais qu'il avoit raison de ne pas le dire en public, ^et qu'il suffisoitde s'en être expliqué au cardinal parleurs amis eomrttùn^, que ce n'étojit pas que j'approuya&îe la manière du prince de ne pas déclarer nettement ses desseins à lui qui seul les pouvoit faire réussir ^ j'ajoutai qu'au fond de l'affaire je ne savois pourquoi Ton ne la lui donnoit pas plutôt que ces trois places, dont l'une étoit su^- la Meuse , par le moyen de laquelle un prmce qui n'auroit pas. les desseins autant sincères et fidèle& ppiir li^ ^ervic^ du Roi que je, croyois celui-ci les avoir mettroit, quand il lui plairoit, toutes les armées c^e l'Eîçpire et de Flandre dans le cœur du royaume;

DE liEI9£T. [l649J 53

au lieu ({ail ne pourroit imire à l'Etat aVec ramiràlifô,

puisqu'un trait.de plume d'un surintendant des fi-

oances pouvoit retrancher en un moment le fond

defarméé navale, et la rendre inutile, parce qu*il

tfy avoît point de particulier qui pût la faire subsister

de son bien propre, pour grand qu'il pût être, sans se

ruiaer en six mois ; outre que le Roi étoit toujours' lé

maître pour faire exercer cette charge par commission,

quand on se i^fieroit des intentions de celui qui la

possëdéroit > raifssi mon avis â toujours étë qu'on lie

pouvoit donner trop de dharges à un prince du saiig

en^rancé, parce que le fonds nëcessâire pour les eîer'-

cer avec utiHté lès rend dépendaris de la cour-, ni

Éroppeu de places fortes, parce qu'elles leur sont dèà

retraite* qui non-seu|ement les ré(idèrit indépèudaîà

quand il leur fxlaî^,mai^ leur donnent liè^u à ehtt'è'-»

prendre par eux, et par lés aHîafiôe^ qu'ils contractent

facilement avec les voisîhsv Là politique dE.^agne

devroit réveiller la nôtre : ils font servir letlrs princes

à genoux, et le profond fespeét avec lequel on lesl

traite rejaillit sur le Roî niéraiè; inàîs on ne leur doniie

jamais de places ni Même d^eti^lois dont Faiitôrflé

ae soit tellement contre^balan^ëe pair les niîhistrél»

qui !ser vent avîec eux , qohl rie leur est pas possible- de:

donnerlambihdre atteinte à celle dfe leursoùteràiri.'

Je dis qàeique dhose d'appi-^hânt ^r ce que le cat-t

dînai <mlavqit «^dit de là charge dé éonnëtable , ajdu-'

tant qmsiiç Roivottloitk faire revivre, je d<)Ut(^i«

qu'il pût en iirer plt^s d avsmtàge qu^en la donnant au

prince, qui ne Ifi prètendroit, en l*ëtat des choses, que

du bon gré et aT^ec quelque dépendance du duc d'Or- ^

lëans ,t iieutenaiit gép;énili dle^ t'Et^t ^ mais que je n^eni

54 [^^49] MÉMOJRE5

avois jamais ouï.parler au prince, ni à personne de sa part. Et en effet j'ai su depuis que lui-m^me n'en sut rien de plus de deux mois après que le duc de Rohan ]ui en avoit fait la proposition , étant à la chasse dans la garenn,e de Saînt-Maur ; d*où j'ai jugé que le cardinal lui prëparoit dès-lprs ce piège pour le brouiller ^vec k duc d'Orléans, et qu'il pou voit bien avoir insinué au duc de Rohan de proposer cela au prince, pour voir con^ment il le réoevroit, et pour s'en servir aprè^/contre lui, comme il ne manqua pais de faire. Quant à la principai^té de Montbelliard, le prince n'a* voit songé à l'acheter que par lecouseil de Son Emi-» nence^ que je ne voyois nul inconvcùient à lui donner la permission d'acheter la^ du^^hé de Rhetelois quandi il I9. ^^nianderoit au Roi , puisqu'elle étoit possédée par un prince étranger*, et que.M. le prince ne pour-» roit prétendre le gouyernement des places si Sa Ma-: jçsté ne les lui vo[uloit donner, et qu'en rendant des autres qu'il avoit à prppoïTtipn de celle-là: qu'au sur-* plus, j'avouois qu'en bonne politique il y avoit matiè.çe de réplique sûr tout ce que je disoiâ^ mais que qu'ar)^ j^ ypypis I0 gouvernement du Languedoc situé à .l'extrémité du royaume, la citadelle de Montpellierj Brescou et le Saint-Esprit entre les mains d'ua fils de Franche, lieutenant général de l'Etat i. je croyoii que M. le prince 2(vo}t pu penser à l'un ou à l'autre des établi$$emens dont Spn Éminence me parioit &vèè mpjiiis de péÀl; contre le servi ae' du Roii, par mille fafc sons qui sauioient aux yeu:îc v et qu'en un mot illinq parloit de tous ens.6iuble comme si le prince les avoit tous prétendus çonjointe>ment, comme il n^e disoit que Perrault ÏMQii Mk euSendrei çt quilsavdit hien^

DE lEHET. [l649] 55

que, cherchait les èxpëdiens de le récoropenser de ce qui yaquoit par ]a mort du duc de Brezé , on ayoit proposé tantôt Tun, tantôt l'autre de ces établissemens, et qu'enfin on avoit choisi de lui donner Stenay, Clermont et Jametz, dont je croyois qu'il se contenteroit, et ne songeroit jamais à aucune des autres, supposé que le Roi l'en rendît propriétaire incomrautable , en faisant lever les oppositions de la duchesse% Nicolle de Lprraine , et vérifier ses lettres au parlement de Paris.

Quant au mariage du duc de Mercœur, je lui dis que je ne doutois pas que le prince ne lui eût conseillé quand il le lui avoit proposé à Saint-Germain , parce qu'il n^étoit ni parent ni tuteur de mademoiselle sa nièce pour s'y opposer; que tels complimens étoient ordinaires en pareilles rencontres , où l'on payoit une civilité d'une civilité ; mais qu'au fond M. le prince étoit trop éclairé pour ne pas avoir connu, à la seule proposition qu'il lui en fit, que Son Eminence cherchoit d'autres appuis dans le royaume, et d'autres amitiés que la sienne, avec tant de précipitation qu'il s'allioit d'abord avec une maison qu^il avoit rendue son ennemie dès le commencement de son ministère, et qui vouloit ruiner sa fortune dans le temps que M. le prince le soutenoit avec le plus de vigueur; qu'au surplus cette maison étoit naturellement opposée à celle de Longueville ; que les enfans qui viendroient de ce mariage le seroient par conséquent aux neveux de M. le prince , comme le duc de Vendôme le seroit et l'étoit à son beau-frère ; qu'il ne pourroit manquer à les soutenir dans tous les temps , ni Son Eminence ses alliés , et que cela leur donne-

56 tC?^^^ y^Q^^m

roit à toua.mo^iems ^e$ sujets de Jbrouillerie^ que, daj;^ Oç}ui même que j'avois Thonneiir 4^ lui parli&r, Ja. princesse douairière , Je prince de Gonti , la duchesse de jtiQuguqyiUe, tous Jes parens et tous ceux qui preiioi.ent pai:t aux jutërét^j de M. le prince, lui rer prochoientJa facilité avec iaquelJe il avoit approuvé ce maria*,'e, et le peu de réflexion qu'il avoitfaitsur Jes ^uite^ de cett^. ajOTatre, et i;ie m^mqu^roient pas de le pr^^ser de s'y opposer ,61 qu'il auroitpent-ôjtr^ pei^e à s'en défendre. ! ' ?:•

«De! Jà je passai pJfLîs a^ant^ et lui dis quç je ne pou- Yçiîs sQi^QVjr qu'il s'ei^ilparrassât de ce que disoit Per-: rauJt ni t;0u$ le^ aiitJ^e^ qy^'U m'irfsiuuoit^ pijoir^s encore qu'il se^^rvîjt de tie^ciBs personnes, coipine 4u duc fie Rohan, dç.Le TfelU^r^ de Chaiûplâtreyx , ni (^['auçwpii litre entre ]^. leprincee^Jui, puisque, étwt amis .çompie ils l'étoieu^:^ et ayant, intérêt rétpjpjîoque^ de l'êtr^y et se voyafjt toqslesjours et à l:oi?te heure, ils pouVpient s!patretenir çpnfidçmment ^ et ^e lier d'v^Rc afpitié. .stah^ei,, la cimentant, par Jes :aV:aT;itiages qu'ils sç pouYoient proçujrer l'un à i'^utre, qui étoit le ipç^yipn:Jepîji|i^saç de la rendre telle ; qqe Sop Eminence p'aypit^ çqçor^ ; aucun établissement solide; que je spiihs^iterois qu'il eu prît dausi le ten;ip^ qu'4 pouvoit tout, quan4 M. le jprinceagiroit 4? concert avec lui; ^xais qiVif Je^ prîl; el, les fît donner à M. J^ç, princjB tejs qu'ils §ejfu,ssent U:tije^ et ^e pussent don^. i^er la main l'un ,à l'î^utre dans Jç tç^^nps 5 qp^ peutt> être ils, ei;i a^rpiiçiiiyt besoin., Par exemple , revenait sur la proposition de ^a comté, de Bourgogne, je di^ au çardins^l que s'il prpcuroit ce bien à M, lepÂnce, qui seroil jpn mêmç t^mps celui du Roi et de rÇfat^

DX LENET. [ï649J ^7

qoil n'y auroît point d'homme de l^ien qui ^t conseiller^ à: Sa Majesté- de lui laisser le gouvernement de la' duché de Sellegarde, Saint^Jeàn-de-Losne et Verdun^ qu'en les ôtant à M. le prince, il pourroil prertdre l'un et l'autre pour lui, et faire revivre en sa faveur la duché de Bellegarde, pour, par un secours et une assistance mutuelle, être en temps et lieu utiles Tun à l'autre v Je lui dis la même chose de la àiché de Rhelelois, en lui conseillant de prendre poar lui Sedan, Stenay et Jametz, et lai formai cinq ousÎK desseins dé pareille nature ; et, par semblables rïisbns quisei^oient trop longues à rapporter , je con<^ dua, en lui disabt qu'avec des entrémetteiirs on pottvoit diffîcitlement conserfeer le secret, qpiétoit Famé des grands desseins ; qu'il étoi^raisonnable d'é^ tablir mesdemoiâeli^s ses nièces :' mais je souhaiteroi^ que les alliances qu'il prendrùitîrattachasfsent à M. lé prince au Ëeu de l'en désunir, comme il coproit ioPf tone de faire par <;elle du duc dé Mercoeur , tels que sfiroient le fib unique du maréchal de La Meillerayei proche parent de madame la princesse, que SonEaai-^ neace même désirpit pour lors, et d'antres que je lui Qommai.

U sercàt malaisé et ennuyeux d'écrire le détail d!e tout ce qui fut dit et réfrfiqué de part et d'autre swç tint de diffârentes et; impoaftantes matières dans inné oAnversàtion qui dura près de cinq heiires, et pendant laquelle l'utilité particulière du prinde et celle ^ucaf-» iinalrnous fit à toù^ deux débiter des; raiïs^oris bien ept^ posées è celles de l<Etat. il suffira de dire qu'illpanrfl ^ipp^u^^r tout c&^que je luiiréprésenlois^ partieni-^ l^reinent sar: ces deux derniers articles , metdisa«it

que plût à Dieu qu^on lui eût toujours parlé aussi rai- 8onnabIement , sans le lasser tous les jours de propo* sitions nouvelles pour M. le prince, sans qu'aucune portât aucim coup à la sûreté de sa fortune ni à ses intérêts. 11 ajouta que c'étoit par de tels expédiens qu'on devoit traiter les affaires , et non avec incertitude et emportement , et fit ensuite quelque diversion des nouvelles courantes ; puis , me priant de lui parler avec franchise , il me demanda si M. le prince m'avoit chargé de lui parler comme je venois de faire sur le sujet du mariage du duc de Mercœur* La vérité est que je n'en avois aucun ordre ; mais Faffeetion que j -avois pour les intérêts de M. le prince me fît juger à propos de repartir de manière que je donnasse à songer au cardinal. Je lui dis donc que je n'étois pas ministre de M. le prince , et que si je rétois , et qu'il m'eût donné charge de lui tenir les propos que je venois d'avoir avec Son Eminence, je l'aurois fait avec liberté; et qu'étant serviteur du prince autantque je l'étois, s'il m'avoit prié de lui dire comme de moi-même, et sans le mettre enjeu, tout ce que je lui avois dit, que Son Eminence nie questionneroit jusqu'au lendemain matin, que je ne lui en dirèis autre chose. Il fit encore quelque digression, puis il me dit qu'il étoit fort tard, qu'il vouloitse retirer, parce qu'il devoit partir le lendemain pour l'armée (ce fut lorsqu'il porta aux officiers allemands et à quelques Français des plumes et des épées, des baudriers, et d'autres présens plus agréables que de valeur, dont les ennemis de Son Eminence firent des railleries assez piquantes et assez injustes); qu'il me diroit pourtant , avant que de se retirer , que si

0K LIBIIBT. [1649] 59

M. le prince vouloit changer de style avec lui , reprendre celui qu'il n'avoit quitté qu*à lia persuasion de certaines gens qu'il ne vouloit pas nommer (que je jugeai être le prince de Coutî et la duchesse de Longueville) , et dont il usoit fort obligeamment peu de temps avant son voyage de Bourgogne ^ s'il vouloit Qxer ses prétentions , et les lui expliquer avec smcérité, elles seroient bien injustes s'il ne les faisoit approuver par la Reine -, et que , quelques obstacles que la jalousie inspirée par La Rivière y put apporter, il les feroit réussir, et que s'il vouloit se lier avec lui d'une amitié telle que je lui proposois, et dont il me sauroit gré toute sa vie , et l'aider à ma* rier avantageusement ses nièces, il romprôit le mariage du duc de Mercœur -, que quoiqu'il en eût donné part à tous ses amis en France , à plusieurs cardinaux^ et princes d'Italie, à des électeurs de l'Empire, au roi de Pologne et au Pape même , il prendroit sur lui le risque de la honte que ce changement, qu'on attribneroit à foiblesse, lui causeroit*, et que l'estime et lamitié qu'il avoit pour M. le prince le feroit passer sur toute considération. 11 finit son entretien en me priant de me rendre à Melun lorsque ce prince retours nerbit de Bourgogne, pour lui dire le détail de notrë^ conversation, et lui faire le récit ^t les propofsitioris^ qu'il venoit de me faire.

Je répondis au cardinal ce à quoi l'honneur qu*iî

mefaisoit m'obligeoit , et me trouvai à Melun enviroW

une heure avant que M. le prince y arrivât. Il témôi^

gna de la joie de me voir-, et après avoir mis pied J^

terre, il me mena promener hors la ville, à pied]'

et da côté de Féntainebleiu. II comm^n^a p^r m^'

6q [l^49j MEMOIRES

dixe qifVil avpit ^u à Sens que je devoisralier attendre là, d'où jejugçaiquePernuIt^ à qui j'avois communique la plus grande partie de ce que dessus , lui en avoit donne part. Il pouvoit lut avoir insinue qael-^ que cho^e pour le d^Jtouroer d'entrer en matière , ou d autres pour J'animer contre la conduite du cardi-» nal. En etFet, après que le prince m'eut parl^ fort çonfidçmment de plusieurs choses de cetemps^là, je lui exposai toute la conversation que j'avois eue avec le cardinsil, et ma mission yers lui. Il Técouta avecune très-grande attention, et me dit, pow toute réponse j que c'étoit un bçn fourbe qui voiiloit le tromper» et lui mapqper de parole, puisqu'il ne la lui faisoit pa» donner par Le T^IHçr % qu'il le verroit dans peu, et le feroit e^^pliquer et pailler français. Telle fut la réponse qu'il n>e fit, que\j a confiai , mais en termes plusf 4oux et plus honnêtes^ au duc de Robah , qui étoit bien intenlioniiié et fortîsage, pour m'ex^n*pter de lat faire moi-in^0ie;au cardinal, et me retirer douce*< ipentd'ui^e né^jociation que je prévoyois lie devoir point avoir la fin quej'aurôis so%ihiaitée pour l'avantage du grince et du bieh!pubiic; et telle fîitlà ré* pQijise que ! le prince me fit quand je lui rappoftaiils Gpnvers^tionc[ue j'avois eue avec le duc dé Nàvailles^i et lest propositiotisqu il me fit, donf j'ai parlécifdevaivl. Je la lui fis le plus doucement qu'il me 'fut possible^) q[jtvjipdij me yiùMrouver ali clôkre des Fetits-August^ns, où je lui dîique nous ferions beaucoup pour lui^t pour moi de laisser agir d'autres que nous^; piiiji^que j^ QOmi^oifi^ois assez le terrain pour 'pré voiif d6lfâcheu3eâ3uitesdetielles(afiraic6SfdontnousdeviQns éviter le m^afiiement jjar prudence iiOnbqiiesdëpais je

IIK LEHET. [1649] 61

ne voulus m'en mâlet, et m'en suis fort nien trduvëi Cependant, sans aToir rortipu une seconde fois, lé prince et le cardinal ëloient tont-à-fait brouillés sur le fondeinent de la première rupture , qui n^avoit , poar ainsi dire,;[ëté que suspendue pendant un jour, etavoit même été plus aigrie par la froideur du souper dont j'ai parle. La duchesse de Longueville, le prince deConti, le duc de La Rochefoucauld et plusieurs autres, surtout les frondeurs, cr^ignoient Teffet de tontes les négociations qui étoient sur pied pour lès réconcilier une seconde fois. Cette duchesse jugea à propos de se servir d'une vision que j'avois eue, et qae je lui avois communiquée le jour qtrè le duc d'Orléans les avoit accommodés, qui fut telle : M. le prince avoitdit tout haut qu'il s'ofTriroit, ainsi que j'ai l'ai rapporté ci-dessus, à tous ceux qui lui avoient fait compliment, s'il arrivoit qu'ils vinssent à se plaindre du cardinal. Par cette déclaration, il me sembla que l'ou pouvoit empêcher l'effet de la réconciliation, et faire que leprince deConti allât rendre une visite au cardinal, et lui dire qu'il aUôit se réjouir avec lui de son accommodement avec le prince de Condé son frère-, qu'il vonloity entrer avec toute sincérité; et que, pour rendre leur amitié sûre et durable, il alloit le prier de rompre le mariage du duc de Mercœur, qui seroît àxos la suite tin obslack invincible à la durée de lenr. bonne intelligence; que de ce compliraedt ilarriveroit de deux cht>âes l'une, ou quële cardinal souscriroit à la propoisitiou' du prince dé Gonti, ou non; que &*il i'approuvdit , leur maison! auroit, outre faivantage de voir faire une telle foiblesse au cardinal , celai de rompre une alliance qui étoitsi préjudiciable

6'i [^^49] MÉIIOlllEÀ

à la maison de Conclë et à celle de Loagueville, etd'étre en ëtat d'en proposer quelque autre au cardinal qui leur seroit avantageuse ; que s'il refusoit au prince de Contice quillui demandoit, il pourroitlui dire qu'il connoissoit le peu d'envie qu'il avoit de conserver une bonne et solide union avec sa maison ^ que cela le désabusoit tout*à-fait de ce qu'il avoit voulu lui persuader^ et que, se le tenant pour dit , il retiroit dès ce moment-là toutes les paroles qu'il lui avoit données, et lui diroit cfu'il n'auroit jamais d'ennemi plus déclare que lui *, que cette rupture formelle du prince de Conti avec le cardinal obligeroit le prince de Gondë à s'offrir à lui , et que par ce moyen raccommodement fait par le duc d'Orléans demeureroit non-seulement sans effet, mais que le prince ayant épousé la querelle du prince de Conti son frère, ne seroit pas le maître pour la finir, et auroit à répliquer à Monsieur, quand il l'en presseroit, quêtant l'affaire de son frère , il n'avoit pas le pouvoir de la terminer comme il avoit fait la sienne quand il luiavoit ordonné; que de cette manière il feroit juger à tout le monde qu'il n'avoit pu refuser au duc d'Orléans ce qu'il devoit refuser à la raison, et au péril d'une réconciliation autant à contre-temps que celle-là le fut, et aussi généralement condamnée. La faute de se brouiller avoit été grande, et celle de se raccommoder avec une telle facilité ne se pouvoit, à mon sens, réparer que d'une manière telle que celle-ci, qui au* roit jeté je ne sais quoi de risible sur le cardinal, qui n'auroit pu que lui nuire en l'état auquel il se trouvoit pour lors* Le maréchal de Gramont et le premier président

DE LBVST. [1649] 63

Holë se mêlèrent fort de cette seconde rëconciliation. Le duc de Rohan alloit et venoit continuellement, aussi bien que Le Tellier, du duc d'Orléans au prince de Gondë. L'abbé de La Rivière n'oublioit rien du pouvoir qu'il avoit sur son maître, par les mêmes rai* sons que j ai dites ci-dessus, pour parvenir à Taccom-^ modement que son intérêt lui faisoit désirer ardemment : cependant ce fut Técueil de sa fortune*

Tous ceux qui étoient jaloux de la gloire et de Iftutorité de M. le prince, ceux qui par un principe d'amitié songeoient à la sûreté de sa liberté et de sa vie, et encore plus ceux de qui l'intérêt étoit la rUine et la chute du cardinal, appréhendoient la réunion. Les gens de douce conduite et de bonne intention vonloient sa conservation , parce qu'ils ne Je croy oient pas, par la connoissance de la douceur de son naturel, dune résolution violente $ et soUicitoient ardemment la réconciliation. Le prince de son côté, de qui le talent & la cour lui a fait toujours appréhender les affaires d'un tel poids, par la nécessité de les pousser à bout, craignoit de s'y embarquer.

Son courage, le grand nombre de serviteurs et d'amis qu'il avoit, sa réputation, l'estime en laquelle il étoit, et le peu qu'il en avoit pour le cardinal, lui &isoit faire peu de cas des avis continuels qu'on lui donnoit de songer à sa sûreté \ et il avoit plus d'envie de s'accommoder avec avantage^ que de rompre avec incertitude des évé^nemens. Le biea fde 1 Etat, qull avoit si avantageusement servi , le retenoit encore ] et il se troùvoit dans une agitation continuelle entre son propre vouloir et celui de ses amis, qu'il appréheudoit de perdre. .

64 [^^49] MÉHOtRKS

Ijà duchas^jQ de Longueville le sachant éh saspéas,' après en avoir conféré avec le duc dé La Rocfaefoa-^ cauld qui étoit pour lors Tarbître de tous ses mouvct' menS) et le prince de Gonti qui n'aspiroit^ju'à Tétre^ alla trouver le prince de Condé en son logis, et li^ ayant dit en riant qu'elle étoit une manière d'ambassadrice du prince de Conti, lui exposa ce que je viens de dire, non pas comme un avis qu'elle lui demandait de sa part, mais comme un dessein quil avoit formé; que pourtant il ne vouloit pas l'exécuter s'il ne l'approuvoit, puisqu'il ne l'avoit conçu que pour lebieù et l'ayantage commun de leur maison et de leurs amis. Le prince de Condé, après avoir écouté attenti* vement tout ce que la duchesse de Longueville lui voujiut dire, éclata de rire, et lui dit que c'étoitla plus plaisante manière qu'on pouvoit trouver de, re^ lancer le Mazarin^ qu'il trouvoifc ibri bon qu'on Vexécutât,, et que tous les jours on lui donneroitde>sem» blables secousses ^ mais qu'il falloit suspendre un:peu ce dessein*, et que si Le Tellier, qu'il attendott ce jour-là même, ne lui apportoit parole d'une satisfao4 tion tout entière, l'on aviseroit le Jenden^aîn jde quel aÊr et de quelle façon le prince de Gonti j^rlerbit au cardinal. . • ; i

Au récit que la dudiesse de Longueville me fit dô çç que dessus, je jugeai bien que la proposition ne réussiroit pas, parce que les personnes die Ja vivacité du prince de C^ndlé ne. consultent ^giièrè sur les çbose^; qui jtombei|t d^as leur sens, p^ticuliènemeni étant piqué autant qu'il vouloit persuader Véîvt t eti quoi je conpus la pï^te qu'il avoitau raccommode^ ment, qui fnt conclu à trois jours delà suYidè cei^**

DE LENET. [ï(i49] 65

Itines. co)idition$ qui furent mises par écrite dont je pnnçf; et le jCs^rdiq^l «gardèrent chacun une copie signée que j'ai i^ue. Le premier président Mole, qui eut grande paK^ 9( cet iijcCjOmmoderAent, fut fait le dépositaire de loriginal. La grande autorité qu'î^ avoi^ acquise et conservée au parlement,; qui décidoit^pouf' lors de tontes chpses^ faisoit pencher la balance selon qu'il' Içs TQuloit ou iiq les vouloit pas. Le prince ne résistai poi^t à donner les mtdtis à ce qu'il spuhaitoit daossoA amé autant que le cardinal, quoiqu'il le donnât moins à connoître que lui. Il dissimuloit spn iodinalion sous les apparences d'une fierté au^tant ou Tfks affectée que naturelle ; et par la crainte des événemétts qui suivent pour l'ordinaire la sûreté que l'on prend dea ennemis offensés et réconciliés, on lui offrit deJa part du cardinal, qui savoit bien qu'il navoit qu'à gagner du temps pour prendre ses avantages, toutes les assurances qu'il proposeroit. 11 n'en demanda point d'autres que les conditions portées par 1 écrit dont je viens de parler, dont la principale àoitla rupture du.marialge, M la part qu'on lui proi&ettoit au maniement d«s affaires, à la distribution ^es grâces , et à l'amitié du duc d'Orléans , sans lequel iltroyoit avec raison queja çour^ne pouvpitrien entreprendre contré lui^ Mais côntoe, d'un autre côté,^il jugea qucKî'étoit hasarder beaucoup que de poser les foademens desa liberté et peutrétre t}e ^ vie sur un esprit aussi peu ferme et autant gaq^rné que celuilà, ili Vouldt éé prévaloir de iFàmitié etde; 1^ dépendance qi^iVfilbbéi de LaiRivière luiiav/pit prqpi^e par les raisons dont j'ai parlé -, 6tf>ar l^btremise du comte d'Ânbijaux il s'expliqua nei|tement 4^ sa juste crainte T. 53. 5

66 [1^49] MEMOHlfiS

aux négociateurs, qui proposèrent un expédiant pduf* la faire cesser, qui fut que comme on jugeéH impos* sible que le cardinal entreprit rien contre le prîMwi tant que le duc d'Orléans ne seroit pointée là partie^ qu'il n'en pouVûit être sans que l'abbé de La Rivière, qui avoit donné toute parole ftu prince, et qui étoit maître du sien, n'en eut une entière connoissànce^ qu'il promettoit donner au prince le cas arrivant ^ on proposeroit au duc d'Orléans, qui y cènsentit â'a^ bord , de dispenser l'abbé de La Rivière du secret qu'il lui devoit dans cette seule conjoncture, et de lui ordonner de communiquer au prince tout ce qu'il sauroit tant de la cour que d^ son maître, qui regar« deroit directement ou indirectement les intérêts da pHnce de Condé. Et sur la foi de cette promesse^ toutes les choses furent pacifiées, et le fHÎnce reprît h même manière de vivre avec la Reine et le cardi** nal qu'auparavant : mais il avoit une assiduité plus grande et plus respectueuse qu'il n'avoit jatnais eue auprès du duc d'Orléans.

Les frondeurs se virent h0rs de l'espémnice qu'ik avdient conçue. Le mépris qu'on faisoit du cardinal commença à cesser, et l'assiette de sa fortune à s'af^ fermir par l'écueil qu'il venoit d'éviter. Le commerce avec les gens d'affaires, qui étoit demeuré sa»* pendu parce que chacun étoit aux écoutes sur l'événement de cette rupture, et toutes choses, reprbneoi leur train ordina^îre à la cour.

Cependant le coadjuteùr de Paris alloit continuafllt ses pratiques secrètes : en lui seul résidoit toute Taittorité de la Fronde , psu* la supériorité de son génie sur tous ceux qtri la composoient. 11 ramassa tous les

♦Wf SW? Iq prince ayart perd,uç; en, se réçq^çUîs|nl; peisecpnçiç £oi^ avçc lei cnrdinal.lMn faisoit 4e toiite^ ç^iUqa , dçlqut. âft^ ^ti 4e) tjQut s^fi^ ^ i^,^p^ispit; \m l^ijjps<ç$ 4^ l^w^ qui voqlpiç^mlwrPr^tcff ppflr p^qp, leséwis^aires.q^'il'a,^QÎt:p;>^?m^ |§:pe»p\e,jrt pvlflfln iflftyea sqipoit Taxcirsipp çU>sî^in^e,!5uiwiVft«*U cpgq yetoiU sç^ iptjéFiêU, ^1 se rôn4ftiit^saida afl pa^Jtçfl^iirtii o^il a^yoit 4e grapd|5 amis. ^ étg^t uq^j4>jHpJi^Uoft

turque ayec J^t duches^^e d^ Ç^eyreu^fi;; çt,VpH 4iwt (^n^ Iç fnoa4e qH'4 e5^fypil,dç IfayqjreoçprfiBlMf, ç^rM? ftTeç în^4efliais^Hç ^ fille., ÇçUsduçbef^ftSft ç^^oit p^qs a3si4i;Lç .<|iie Jam^i^ a^grà^^dji 4nft 4^P^ri I^ , qu elle tâcl^ftit , çp^m^ ell^ fij;, peu à peH ;, ib r^MHçr Ifi.fjiveur 4e, l'çibbé 4i? l^^ l^ivji^rer ft'^^.^ç^Fft ç^ljé,, le ço^^djuteur fajfpH 4iÇ tefpps qq teojp^ ^^fmn Ifiaes d^qlav^tJQo^ ai[i, Palai^J^fiyM. m^ m m¥(M im^^y §ï lâchoit d)8 ^çpips is W.t,rf 4es,parQlps, ppiW ^ae^c{nv\eàl^Reîr}qet^uc2|rditial 4e 1^ rs^pprpçh^r^ ^ la vqe d'pppP^Çr ea ^mp3 qt lieu to^t^ j^îi faç^i tion ai^ prmc^ 4e Cpftd^ï 4pnt QM yU tôUprèfiiiwiîfcçfl lfi4essfiii» si fatal a VE^at, dwquel ji^ p^Mrlerai Pï:aprèSr ^ l£ dnq 4^ Beaufprlj, <ipii ^îiypit \iftç rowlèri^ 4e laleof firaprç ^ 4oiîmçr 4ap? 'e^ yeu^ dju. menu p^iftpJe, « qvilui^ypit fajt acquérir 4^ Â>wU^ e«; de l'esUmitJ à P^i^, ^tpit ppfsédé i^r la 4iicbei^fe 4e MpWbft^pn* Cl^ayjgqy étpit çetii:^ 4aps sfl3 te<;res en T<Wjirainfti ÇWiJeîtjvkeftfJi, IJfpntfoqge. I^'^p ejt Taulie ^voient ^ Iç^g'^einp^ 4a^ le ipiai^tèirei ;|^ aypient tell» e^lviç dV 3reptp5r, etjaypie^ aicquii^ unf^ (elle e^m^ d5wi)iU^té qu'il îfiqr iiqportpU et l0ur ^tpit ais4 de q^l;5lerysr, ^ 4P: *e prév^lpic 4e J4 oorrespondancp qij'îls ^vojiçnt i^iep Iç^^f^ «iW , qpi étoiept enr«ï«y4

6B' [ 1^491 MÉMOtflES

nombre, lie côn'seiUer de Broussel avoit également Cbiisérvé dans Testime du monde la créance d'un botnthe incotrùjitiblé, et ravërsioii contre le cardinal/ sâtis qu'il y eût raison pour Fun et pour VfKfitre qu'une humeur chagriné qui l'avoît toute sa vie rendu opposé à tout ce qui venoit de la cour, et qui l'avoit fait plaire dahà sa {Mitivreté. 11 ouvroit continuelleihéfit la bouche à ses enfans pour fomenter son cha- ^riïlnaturél, et aux gens de dessein, qui se prévaloient dé son peu d'habileté pour flatter la Vaine gloire qu'il ée donnoît dans son cœur d'être le tribun du peuple. Lé conseiller de Longueville, homme habile et d'un génie éclairé , malicieux et intéressé , entretenoit tontes lés cabales du parlement, pour opposées qu'elles pussent être *, il les unissoit et les opposoit, suivant la èonvehance de ses desseins. 11 s'étoit rendu redoutable à la cour, et l'arbitre de toutes lés délibérations dans sa compagnie. Le premier président Mole y avoit le crédit ordipaire à ceux de son poste, l'opinion d'un homme intrépide, mais la créance que les intérêts de Ghamplâtreux son fils, qui le gouvernoit, et le mau- ♦ètis^tat dé ses affaires domestiques, Favoient rendu absolument dépendant de la cour. Mais quoiqu'en tbutés rencontres il értipteyât son adressé pour faire tourner les délibérations de^sà^mpàgni'é à son avantagé, qtiand elles vehoient à abontir éoiitré sort sens il les exécutok si jponctuëlléihéht , et parlbit avec tant de vigueur et dl^caîcê pour lés soutenir, qiVe ijuèique les gens éclairés ^côtlnusîsént là^ liécessité et l'adVesse de sa conduitév la plursllité delà cohipag^iéet jircsqnè tout le? mortcié 'FaVnit en vénération. Ces ti^ois personnages étoientles^incipaux mobiles de tout ce

SIE LENÇT. [l()49] 6p

qui se dëlibéroit d^n$ je pàrijement.pour et contre la cour. Le président de Blancménily fit quelque temfis me figure assez considérable,. psu* Tiiiimitié quQ la raine d'un 4e s^s oncles avoit alltun^ dans son ciûeur contre le cardinal, Mazarin, et parler ayis quelle conseiller Pithou, homme de savoir et de mérité, lui donnoit par écrit et faisoijt apprendre par cœur, pc^ur les lui. faire débiter comme siens dans l'assemblée < des chambres, et se conteotoit après d'opiner aye^ mo-* destie dans le même sens de ce président. Le pi:ésident Viole, d'une assez ancienne famille de la rpjfc(e deîfaris, sur quelque rsdllerie qu'on lui avoit faite dans la débauche, où il étoit assez agréable, ^e ce qu'il étoit un bourgeois , se voyant de ruiné qu'il étoit devenu riche par le bien que lui laissa un comn^is de l'épargne nommé Lambert, se mit dans la tête deidevenir homme de cour, et de traiter de la charge ^e chancelier de la Reine , dont on lui refusa l'^r^n^ei^t à la cour. Dès^lors il ne songea plus qu'à se venger^ et voyant ses espérances perdues du coté du, cabinet, il crut qu'il falloit le battre en ruine. Chavigny, avec qui il avoit habitude, et qui connoissoit soii naturel vain et impétueux, lui persuada qu'il ne seroit pas difficile de le faire secrétaire d'Etat, si le parlement renversoit la fortune du cardinal M^zarin -, qu'il n'étoit pas né pour borner la sienne à présider dans une chambre des enquêtes 5 et le fit résoudre à prendre des avis vigoureux dans le parlement, et de s'y. distmguer par des discours hardis et enrichis de doctrine, lldébitoit assez bien ceux que luicomposoit un jeune homme d'étude nommé Servientis^ mais çottime le style de ce qu'il disoit de lui-même aux répliques^^^t

^6 [^^9] i^ÉW^^Ri^

dsmis 1^ dônte^Utiotis qili arriyeiit sotivetit ilafM to

^ddWpagdibs, «étbitfôtt difiRérént, <)n ccltintlt «en peu de

tem^ que cette deience , qu'on jugea dVbord iitfbse^

iiï^étoît qu'un effet de sa mémi^ire. Il ét<Atc<mûn geN

tnain de ia duches^^de Ghâtillon, l'une<d'es plus belles

et <des plus adrditëi» de ^on "siède, >de qui les bellie^

"quatkés dvi^eorpiset de TeispHl lui aVoiéut acquis Tes-

^titae^t Vam^ié de gem fdrt relevés eu naissance , eti

crtdit^èt en mérite, qui firéflt,'f)aT divei^s intérêts, va-

-loir le •ph-éfeidêut Vifofe eu plurfeotis i^encôntrës ; et p»r

Ak il ftëquërdit quelque réputation qui se ruifioit paîift

>itfiîéPé dé ^tfn e^p#it et par la foiblesise ^de sou til^

>prd^e, qui le ÛPétit dhaugèr autàut 4e ibis de p^ti

^'il^étdit de f itttëtél d^e ceuk <{tii te !fâ«^oierit mOQ-

•Vorr^

'Le reète du "pàtlemeut ëtôlt ^ednypôi^é'de^getts de 4b^dïik}ôtip de vertu, qui alloieut au bien autant que Ue tértips îe -pouvoit permettre ; ^et d'aïutres , eutratiîés par la ^ersua^iou , désîutéressës'oontre la cour, qui, ëlFtys^s^vôir là^i^ajyôn^i'les'iaî^uît agir, preuoieut ^ toutes reuôdntres'léSf àvis de* M. 'BrOn^sel,*qui croyoit, éh^les UU«Vi*aUt,'WëVite^qu'on lui érigeât des ^tattt^s ptibliqués , mHis jqui eu effet lui étoient suggérés ^srr '^eU^ qui n^aspiroietit qu'à rèui^rser la fortune 'dn ca(rdinal Mazarin. Cenl-ci étbiettt quasi toujours les plusfoits en udmbr<e; et par rôfUpovtemeftt de letir hilmëUr brosque ils rendoient sotrvent lesi assemblées dèfs fchambres uk lieu de confusion, où le* grand bruit pré vaiêit sur la^ sagesse de «euic qui idherchoîent' cpelque tempérâUieut ^U'x affiaires.

Les^ho^ès^ iétoiëut & peu pi^te ^en cet état sur • la fti duttitHs de ^ëptembve ¥649 , q^e je )An$ ré^oldtitm

W VSV9T. [1649] 7»

de faôre le ^offige de Bourgogne , dont j'ai parité au eommeftoement , et duquel j'avois suspendu le des^ sein pendant tout le temps que dura la mësinteUigenee du prince avec le cardinal , parce qu outre Finclination que j'avois pour ce prince , je jugeai qu'il n ëtoit pas honnête de %'absenter dans une saison où les moindres personnes pouvoient être utiles, comme faurois souhaité de lui être au péril de ma fortune ||| de ma vie. Le plus grand service que ses amis pou-r voient lui rendre ( car il leur a toujours déféré toutes choses) étoit de Tempécher de rompre, pui^ de renouer, avec le cardinal Mazarin, du moins de la manière qu'il fit Tune et l'autre de ces actions oppo-r sées, et qui ont été le mobile de tant de choses imprévues qui ont agité sa vie , et celle de ceux de sa oaison et de ses amis, depuis ce temps-là jusqu'à la conclusion delà paix générale, où je me trouvai honoré de son plein pouvoir, après l'avoir servi avoç beaucoup de confiance de sa part, et grande fidélité de la mienne.

Pendant mon séjour en Bourgogne, mes amis m'écrivoient fort ponctuellement ce qui se passoit à 1% cour ; et je connoissois par leurs lettres le peu de wreté qiae les uns pouvoie^it prendre aux autres. Je reçms entre autres nouvelles celle du mariage du duc de Richelieu avec madame de Pons, fille du baron Du V%ean, fait clapdestinemeiit et à Tiosu de la cour par le conseil de |a duchesse de Longueville, en sa maison deXrye , ^ec la participation du prince , qui sacrifia en Ge^e rencontre les sentimens de la proche alliance qu'il avoit avec c^ duc , à cause de la princesse sa J^mBQié , à l'ap^itié qu'il avoit conservée à madame de

Pons, par le tendre souvenir de Tamour qu'il avoît eu, pendant la vie du prince de Condé son père, pour mademoiselle Du Vigean sa sœur, à présent religieuse aui CarUfiëlites de Paris , où elle s'ét oit jetée quelques années auparavant, par le déplaisir de la rupture du mariage accordé entre elle elf le marquis d'Huxelles , à qui le prince de Condé le père avoit dit , lorsqu'il ^Mlui en demander avis, qu'il le plaignoit d'épouser une femme de qui son fils étoit amoureux, et amoureux favorisé , quoique je sache, avec toute la certitude qu'on peut savoir les choses de cette nature, que jamais amour ne fut plus passionné de la part du prince, connu ni écouté avec plus de conduite, d'honnêteté et de modestie de la part de mademoiselle Du Vigean : tant y a qu'il avoit conservé et couserve encore je ne sais quelle mémoire pleine de respect et d'estime pour cette bonne religieuse (quHl ne voit pourtant point), qui fut le principe du consentement et de l'appui de ce mariage. Mais ce qui l'obligea davantage à l'avancer, à le maintenir et à l'autoriser par sa présence , fut la créance que le duc seroit gouverné par celle que l'amour lui donnoit pour femme ; qu'il se rendroit maître du Havre-de- Grâce dont il a le gouvernement (qui étoit j^ourtant au pouvoir de la duchesse d'Aiguillon sa tante), et qu'il le conserveroit à la dévotion du prince. En effet, il ne fut pas plus tôt marié qu'il s'alla jeter dans la place avec la duchesse sa femme, et deux mille pistoles que le prince leur donna pour vivre, attendant que leurs affaires eussent pris une autre assiette. J'appréhendai fort la suite de cette affairé, qui en nul temps ne pouvoit être approuvée de la

DE LEI9ET. [l€49] 7^

cour,' mais qui devoit, comme elle ^fit ea cehiiJà, dégénérer en une espèce de crime. En-eflfet, ladii<chesse d'Aiguillon n oublia rien pour la faire considérer comme criminelle, et se servit de son esprit et de son courage, et de tout le crédit que la mémoire du cardinal de Richelieu son oncle lui donnoit auprès du cardinal, pour lui envenimer cette-action, qui de soi lui avoit fait une grande blessure au cœur^ Elle nepouvoit trouver de consolation à la douleur que lui donna ce mariage , qu'elle qualifia de rapt de son neveu. Quand elle considéroit qu'ayant pu le marier avec mademoiselle de Chevreuse ou avec mademoi^ selle d'Elbœuf, elle le voyoit allié avec une maison si fort inférieure à celle de Lorraine , avec une femme beaucoup plus âgée que lui, qui avoit des enfans de son premier mariage , qui n'avoit que des biens fort médiocres , et qu'elle avoit nourrie quasi comme sa fille, l'étant de madame Du Vigean , qui a passé toute sa vie avec un attachement si grand pour elle, que, si l'onpouvoit ajouter foi aux vaudevilles, on le croirait honteux et vilain, autant qu'extraordinaire, entre deux personnes de ce sexe ; toutes ces diverses passions en excitèrent dans son cœur une violente de.se venger du prince, comme elle fit avec assez de facilité, par la disposition qu'elle trouva, dans la volonté da cardinal et dans celle de la Reine mère, d'entreprendre ce que l'on fit bientôt après contre lui.

Une autre nouvelle que je reçus en Bourgogne ne m'avoit pas peu surpris, et ne m'avoit pas moins donné de crainte que celle-là : ce fut le prétendu assassinat commis ou intenté , comme on le publioit 9 par le marquis de La Boulaye , que la prétention à

7 4 [<^49l liV^MOlRW

la obarge 4e capitaine des centr>Miifi6e$ p qw Iç 4k de LalVlarck son beao-père avok lon^emps f^os&ëdëe, «voit jetë dans \es întërâts et dans Favilté desfron* deurs , et qui avoit acquis de restime parmi eux pen^ daoÉ^etdepuis^le siëgede Paris. Le cardinal s'ëtoît réuni avec eux ii la sourdine. LecOadjuteur de Paris allott, lef nuits^ déguise en homme d'épée et couTert déplumes^ pour ôter tonte connoissanoe de cette récoaciliation, dont le secret emportoit quaiU et soi le créi^t de ceu^ de sa faction parmi le peuple, que le dessein fwwé entre €uxde perdre le prince deCoudé rendoit autant nécessaire au cardinal quauxfpondeursmém^. Tout€i» les histoires modernes ont^écrit le détail du piég^ qu'il dressa à ce prince , et de la bonne foi avec laquelle il y tomba. Le cardinal me Ta depuis r^cond^ lui-p même avec toutes ses circonstances. Il seroil hws du «u}et que je me suis proposé de le rapporter ici. J^ me contenterai de dire que ce prétendu assassinat, qui ne fut qu'une fausse attaque faite au milieu du Pont^Neuf au carrosse du prince, qui retournoit vide à son hôtel, en fut le fondement. On voulut ps^ 4/9 faux témoins y impliquer les principaux chefs de h Fronde : le prince les attaqua en même temps fort mal à propos dans le parlement de Paris ^ où ilder }msinda justice. La Reine et le cardinal prirent, par une profonde dissimulation, ^son parti contre eux; et lui, animé par son propre ressentiment, par les conseils intéressés du cardinal, et par les persuasions de ceux qui étoient attachés à ses intérêts, plus eor corepar lesmouvemens de saiamiUe, de ses amis^t serviteurs , et par remportement naturel deiPerrault , il soUicitoit ardemment les juges. Il y eu^ desTé/cu-

DE liEirvr. [i64gl] 7 S

sationsde part étd^àtitre contre qoelques-'uns •d'^ux , proposées )et appujrëes avec grsnde chaleur ; Taigreur dermt ies^tréme entre ks parties *, eft Paris , oomme ia oour, étoit^rtialisë ipem et contre.

fene pouvois deviner de si loin Fartifice qui'faisoH mouvoir toute cette madhine: quand j^aarois été présent, je ne t'aur ois jamais ifnagîné, tant il étoit déKdat , et tant je te ^suis peu. Mais la connoissance que f ai des matières criminelles, et la pratique que j'ai ^c^uise dans les chargeas de judicature que j'ai exercées, m'auroit fait conseiller au prince de vive voix «e que je pris «la liberté de lui conseiller <par une lettre qne je lui écrivis, dont la substance f«t, après iD'étre offert à ]ui en cette rencontre comme j'avois iait en toutes les !prëcédente&, que je lesuppliors de prendre plfitôt l'avis d'habiles procureurs donsoramâs en telles afiàires/que de courtisans qui ne consiriteilt que leurs passions et leurs intérêts , qui ne s'arrétetit ^s aux formalités parce qu'ils n'en connoissent pas knécessîté, ni combien une petite circonstance iiiHporte , et qui croient que tout c^tte leur imagina^ tion ou leurs desseins leur représentent comme une liotoriété de fait est une conviction qui doit être pnnie, sans examiner si elle est vérifiée par lesfô^r- 'mes -, que ce que je lui pouvois dire de si loin étoit qne puisqu'il croyoit avoir des preuves concluantes contre La Boulaye, je croyois qu'il ne devoit attaquer que lui seul -, que sa fuite le feroit nécessairement et -iudubitahtement condamner à mort par contumace; i{fte , «dans les iriformations qu'on feroit coiïtre ' Itti , ^^nçouvoit foire entrer des conjectures^ contre ceux ïpW prët^ndoit être ses complices, capables de fair^

^fr [l65o] MÉMOIRES

décrier contre eux par le même arrêt qui condamneroit La Boulaye ; au lieu que si Ton pensoit compliquer des gens tels que le duc de Beatifort, le coadjuteur, le conseiUer de Broussel et autres, non-seulement on n'en viendroit jamais à une conclusion favorable contre eux, mais la complication empéckeroit qu'on ne vérifiât l'assassinat de La Boulaye. Je •reçps une lettre du prince , qui me remercioit de mes bonnes volontés, mais qui ne me disoit pas un mot du fait dont il s'agissoit : aussi avojt-il d'autres choses à faire pour lors;

[i65o] Cependant tout ce qu'on m'écrivoit de Paris n'étoit que confusions , que partialités et que désordres, qui me firent résoudre à quitter le repos de ix^ maison pour venir en prendre ma part, et Voir si ma présence pourroit servir de quelque chose au prince. Pensant donc sortir de Dijon le ai de janvier i65o, pour retourner, j'allai dire adieu à Bussière et à Comeau, que le feu prince de Coudé avoit établis pour gouverneurs alternatifs et par semestre dans le château de Dijon ^plutôt pour se défaire d'eux que pour la sûreté de la place. C'ëtoit deux de ces écoliers qu'il avoit pris à Bourges , et dont il avoit rempli sa maison vingt-cinq ou trente ans auparavant, avec étonnement de toute la cour, qui le blâmoit d'avoir congédié quantité de personnes de qualité qui l'avoient servi dès sa jeunesse, pour remplir leurs fdaces de gens de peu de naissance, de mérite, et sans autre expérience que celle que l'on acquiert d'ordinaire étudiant aux universités. Cette manière d'agir, et le long séjour que ce prince faisoit pour lors à Bourges, faisoient gloser les courtisans^ Lui, au con-

DE LENET. [l65o] 'J'^

traire, en faisoit un point d'habileté, et disoit que devant', pendant et depuis sa prison . il avoit ressenti de si mauvais effets des habitudes que les principaux de sa maison avoient à la cour, dont les bienfaits les. avoiefnt quasi tous corrompus, et leur faisoient donner des avis continuels contre lui, qu'il avoit cru tie pouvoir éviter la continuation de ci}t inconvénient qu'en faisant maison nouvelle de jeunes gens sans correspondance et sans appui à la cour, qu'il formeroit à sa mode pour ses divertissemens, pour son service et pour ses affaires , et desquels il n'auroit à a()préhender aucun mauvais office. Ainsi les plus éclairés se laissent entraîner à leurs désirs , et se forment des maximes d'Etat par le seul mouvement de leur propre humeur.

Je ne puis m'empêcher de dire dans les occasions quelques choses hors de mon sujet, quand je crois qu'elles servent à faire le caractère de ceux de qui je dois parler. Je ne fuspas plus tôt entré dans le château de Dijon, que je trouvai ces deux gouverneurs datis une consternation étrange. Je leip^en demandai plusieurs fois le sujet. Ils se résolurent enfin à me le dire , et à me conter qu'un courrier dépêché par Girard, secrétaire du prince, homme de peu de talent, pour mettre à couvert quelque argent dé Perrault sdn béau-frère, aVoît passé dès la pointe du jour par ce château, et leur avoit apporté une lettre qui leur apprenoit que le prince de Coudé ;, \é prince dé Gonti et le duc de Longùeville avôient été arrêtés/ au Palâis-Roykl , àiiir les six heures du soir, lé' t8 du tnêmé moisi : ; ; ' s *

' Toiis les 'mouVèméil^ divers (Jtt'tliïfe hotfVe^île^i'sW-

78 [i65o] MÉMcaBEa

prenante excitèrent da0s moa e&furii ne m'^npôcbÀî rent pas de me plaindre à qes laes^ieuri de ce qu'ilu me Viavûient cël4e^ ni de les exeitev à leur devoir .envers leur maître injustement opprime. Je leur den m^odai Fétatde leur place, de leurs midnitions, et de leur garnison^ je leijLF rendis tout facile pour relever leur courage abattu, autant par leur foiblesse natu-* r^e que par la surprise de l'événemfÇïnt^ Je retoqrri nai en mon logis et différai moa voyage, parce que }e crus que je pourrois être moins utile à la cpui^ que dans une pi^oviace oà tou$ Jes principa^ix postes étoient; remptts de criéat^res et de seryitenri de la niaisoa de Gondë, oii partie de leurs trQU(K« étoieut en quartiers d'hiver, où le^ recettes étoiei^ pleines d'argent, où j'avois même qua^itiité de parx^n;^ et damis. Je croj^ois qu aJa faveur d^ toptce^a il ne seroit pas malaise de soulever le parl^mi^nt, le^ villes et la province contre lauteur d'u4ie sv^^xtraprdiuaire eje^treprise , dans un temps, que la plaie qu'il avpitfeçue depuis les barricades n'étpit pa^^ consolidée , et qu'on n'étoit pas encore revenu du m4pri^ ^t de h h^ine que Ton avoit contre lui, et que f a^i^tprité df$ l£^ çoor étoU fort chancelante.

Toutes les idées de ce qui pou voit avoir causé cett^ détention se présentèrent à mon imagination ^ et les ruminant à part moi , je n'en pouvois conceypir au^ cun sujet légitime , connoissant le naturel du prince de Coudé porté au bien de TEtat , soumis à r^qtorit^ royale, et ennemi des intrigoes embarrassées. Je sar vois que son autorité , le poste qii'il te^qit da^9 l^ conseil, la considération en laquelle il étpit, ses gnands biens et ^s étalt^^^fipçiis 1 étoiei^t t^U qn'un

im liCSST. [i65o] 7g

bofiinie d'autant d'esprit que lui et de sou humeur ne pouvoit avoir mis sa fortune ea compromis par des négociations étrangères. Je ne pouvois m'imagi^ fier, d autre côté, que le cardinal Mazarin pût oser, en Ntat auquel étoieni ses affaires, et dans un temps al confus, entreprendre une action autant violente que celle-là, parla seule raison de la conduite que le priiKe avoit tenue envers lui , ni que le- voulant U eût pu Texëcuter, sans que les peuples, les com* pagaies et tous les ordres du royaume eussent ?€Qgésur sa fortune et sur sa personne un tel attentat» il a y avoit homme de bon sens qui pût penser son ofiion nouvellement faite avec les frondeurs, dans la conjoncture du procès criminel que le prince faisoil &ire aux principaux d'entre eux , et que la cour paroissoit appuyer. En un mot, je ne doutai nullement devoir promptement une révolution générale en fa*- V€ur du prince contre le cardinal , et que vingt-quatre heures ne se passeroient pas que nous neTapprissions par quelques courriers extraordinaires*

Je doutai encore moins qu'à la faittur des places, des. amis et des troupes que le prince avoit en Bourgogne ^ nous n y excitassions des mouvemens semblables à ceux que je prévoyois devoir arriver à Paris, qui doil^ neroient exemple aux provinces voisines, et partie culièrement en Champagne, gouvernement du grince de Conti , où il y avoit pareillement des troupes dévouées au prince , et où il avoit quatre places coilsidérables. Je cru5 encore que la Normandie, dont le gouvernement et la plupart des places étoient au doc de Longueville et à ses parens , où il avoit quan* titi d'amis , où les peuples et les compagnies ëtotent

Ho [l65o] MÉMOIRES

irrites par les châtimeus qu'ils avoient reçus quelques années auparavant, leveroient incontinent leinasque aussi bien que la Guienne ou la Provence , où les désordres de Tannée précédente n'étoient point encore calmés. Le maréchal de Brezé étoit en Anjou avec le gouvernement du château de Saumur-, le prince étoit encore gouverneur du Berri, où il avoit la tour de Bourges , et Montrond dans le Bourbonnais. Tant de gens à la cour étoient dans les int^éts de sa maison , et tant d'autres envenimés contre le cardinal , que je ne craigriois plus la durée de la prison, mais bien qu'un soulèvement général ne donnit occasion à une mort violente. Mais l'exemple de ce qui arriva après la mort de messieurs de Guise à Blois, le naturel du cardinal , ennemi de la violence, et le foible état de sa fortune, affoiblissoit dans mon esprit cette dernière pensée*, et je jugeai quêtant plus il arriveroit de désordres , tant moins il oseroit entreprendre contre la vie des princes prisonniers; particulièrement si le jeune duc d'Enghien , la princesse douairière, la princesse de Co||j^é et la duchesse de Longueville , que Ton m'avoit assuré n'avoir pas été arrêtés avec les princes, demeuroient en liberté , e^se retiroient de la portée de la cour , pour se la conserver dans les gouvernemens de leurs maisons.

J'allai donc à l'heure même dépêcher un courrier, que je chargeai de trois lettres pour les trois princesses, afin de supplier la douairière d'amené» le duc d'En*ghibn en Bourgogne , la princesse de Gondé d'tdler auprès du maréchal de Bi'jQzé son;|)ère en Anjou, et j^ duchesse de Longueville, pour lui conseiller de se retirer à Rouçwi' Après cjue mOQ cou prier (fut dépêche

DE LE5ET. [iCSo] 8l

j'sUai voir et dire la nouvelle que j'avois apprise au chiteau , et que personne ne savoit encore , aux principaux magistrats ,de Dijon. Guillon, procureur général au parlement de Dijon, m'offrit d'abord de demander dès le lendemain rassemblée des chambres, pour y requérir, contre le cardinal Mazarin, l'éxecution de larrét qu'on donna en 1617 contre les étrangers après la mort du maréchal d'Ancre , supposé qu'a vît apparence d'être soutenu dans la compagnie. Mâchant, intendant de la justice , homme naturellement violent , mais vilainement intéressé , me dit que la Reine ne pouvoit mieux faire que d'empoisonner un homme autant ennemi de l'Etat que l'étoit le prince de Condé -, qu'il alloit dépécher un courrier pour l'en congratuler, et recevoir ses ordres dans cette rencontre. Ce discours me sarprit fort dans la bouche d'un homme qui devoit la plus grande partie de sa fortune à la maison de Condé, et qui m'avoit dit, deux jours auparavant, que le prince ne se laveroit jamais, parmi les bons Français, de n'avoir pas fait jeter ||^ cardinal par les fenêtres , lorsqu'après s'être réconcilié la première fois il alla souper chez lui. Bouchu, premier président, qui devoit sa promotion en cette charge véritablement à son mérite et à sa bourse, mais encore à l'amitié que le prince de Condé, père de celui-ci, lui portoit, se mit à soupirer, à pleurer, et à me dire que ce que vouloit faire le procureur général étoit une pure folie 5 qu'il ne se trouveroit pas une voix dans le parlement pour appuyer ses conclusions ^ qu'il n'étoit pas même à propos de îien remuer en faveur du prince, quand on le T. 53^ 6

8l v[i65o] MÉMOIRES

pourroit; que le cardinal ne demanderoit pasmiéu:! qu un prétexte semblable pour le faire mourir en pri son ; qu'il falloit attendre les lettres que le Roi ëcrt roit sur ce sujet à la compagnie, pour recoiinoUn quel étoit son prétendu crime ; et que cependant oi demeureroit clos et couvert, on verroit ce qui seroi arrivé à Paris , dpnt tous les mouvemens secommuniqueroient infailliblement aux provinces. Montjaj, ancien conseiller, et pour lors maire de la Ville, tout-i fait dépendant du prince^ maisaitii intime de Bouchu. entra chez lui pendant que j'y étois. Il entra dam notre conversation d'abord avec quelque chaleur , el quelque proposition d'assembler le corps de ville él de faire armer la bourgeoisie; mais il se rendît bien promptôment aux sentimens du premier président. Le président Fyot, mon oncle, y survint, qui les fortifia dans leurs pensées ^ et avant que je me séparasse d'eux , tout aboutit à me blâmer de mon zèle ^ qu'ils appeloient inconsidéré, qui ne pouvoit servir dé rien au prince, et qui me coûteroit la perte de ma fortune particulière, et j^ut-étre la liberté ou la vie. Ils étoient plus sages que moi , plus obligés au prince que je ne l'étois; mais ils ne l'aimoient pas avec autant de passion que moi , et cette différence feisoit celle de nos avis et de nos desseins. Je les laissai donc ensemble dans des conseils fort contraires à mes intentions. J'allai voir encore un notable ecclésiastique, attaché d'une affection particulière au prince , homme d'un bel esprit, d'une grande expérience, accrédité dans Dijon par son âge , sa naissance et sa boanè vie ; parent de Perrault^ qu'on avoit aussi emprisonne en même temps que les princes : c'étoit BaïUet, doyea

BS

wt

im LBNKt. [i65oJ 83

delt SaÎBte^iliiapeUe. II ift'duvrit à toioi âu-delà de be que j'espérois à:xÉn homme autàUt retenu et ttiôdéisité qu'il rétoit* Il m'oflVit sa boutse, Boh crëdit, et tne dit que sa prûfessiôâ le réduisoit & né pouVôilr setviir lèpriiK» qù'avefc des armés spirituelles; et qu'à ht moindre apparence qu'il verroitdân^ les esprits séculiers d'sigir en sa fovetir avec quelque vigueur , îl fèroitparjer les pt^dicateiirs et agir les eohfesseilrs ; de aorte ;^e ce seroit vertu dé servir un hàtôtiië de là mai^oti royale auè^i injustement opprimé , et hUe éépeùdimt il feroit prier Dieu qu'il protégeât son înnbéencci Vôilà toute b Viguéut» que je trouvai dans' là ♦ille daf^tale dd gôtivfek-nemént du ]f)tincé dé Coridé , cùlafoifelesse et l'ingratitude tne firëht juj^ëi* it^û'il fiJWt Tecdurir à d'antres rnoyehs pôiif mettre dette vifle et Ja; provînté ensuite, pat- la forcé et la ci^âiÈttë, dam ses intérêts , puisque la reicônnôissance, Tamitrë ctkjustice nepôuybientle faire. Delàinanîèrédotit jêptrle, il est dsié de voir que nous ûé comptions le tlôi pbQr ii€4 à caui»é de son bas âge ; nôùls ti'àVions d'objet de vengeance qiie contre le cai'âinal, de là^ ftiaîh duquel partait dirfecftemeht le frouj) de fôûdre qui ve- Mrii de frappet* lia maison de Côtidé. Je me retirai fort tsnjt^ 0t dépééhai àu ^ieni' dé Baas, major acèi'ëdîté èins le régîmétit dû tnai*quisde Persah, et lé priai dé me veiiir trouver éri diligétice avec d' Alègre , phémlèrf' capitaine, él Sâîht^Agotilîhv éiapitàinë du régiment.

Sur le^ dfeut: heures après minuit, le comté dé TàTattncs , lieutenant dés gendarmé'^ dû prince, airriva m posté. Il ^irit m'éveiller, et me dit qu'il étoit entré pif lé dh&t^ù ^ que son intention étoit d y detoeôreir pour défendre la place Si ôh Vértoit rattaqûerj

84 [l65o] MÉMQIRSS

mais queBnssière etComeau lui avoiehtniapleineni donné le passage^ qu'ils lui avoient déclare quils n< recevroient qui que cq fût dans leur place pour ] commander, et qu il étoit résolu de s'aller jeter dant fiellegarde. Ce discours me donna sujet de lui conseil 1er de ne le pas faire, parce que cette place-là m pouvoit manquer à notre dessein^ qu'il falioit essayei de surprendre le château d'Auxonne, qui seroit 1( plus considérable service qu'il pourroit rendre i e que , pour en venir à bout , il falioit qu'il passât tout< la nuit, et sans perdre un moment de temps; qu'il ar riveroit audit Auxonne avant qu'on y pût savoir 1î détention des princes ; qu'il n'y avoit dans ledit château que madame Du Plessis-Besançon, dont le mar en étoit gouverneur; qu'il n'y avoit que dix ou douze sqldats , et que nous avions dans la ville deux compa gnies d'infanterie du régiment de Condé quiferoieni ce qu'il leur commanderoit ; qu'il pourroit aller visitei cette dame , qui ne se doutaqt de rieq le recévroit qull se feroit accompagner de nombre de gens suffisans pour occupa le poste, et faire ensuite eMrei dans la place celui qu'il jugeroit à propos pour s'es rendre le maître ; mettredehors la garnison et la dameou la rendre prisonnière, «'il le jugeoit plusà propos Le comte de Tavannes approuva mon dessein , m< promit de l'exécuter, et se retira à la pointe du jour Je sus que le marquis d'Huxelles s'étoit allé jeter ei toute diligence dans la citadelle de Châlons-sur- Saône dont il étoit gouverneur, à dessein de se dé ciarer hautement en faveur du prince,, auquel i s'étoit attaché peu de jours avant sa prison.. Je Id écrivis sans perdre de temps, et reçus sa répons

•DE LENXT. [l65o] 85

coafirmative de ce qu il m'aToit fait savoir en passant :' mais cette résolution ne dura pas long-temps; car dé Roches son liqptenant , dont le génie étoit fort supérieur au sien, et qui prétendoit en tirer du mérite envers le cardinal Mazarin , lui fit changer de résolution, et se fît dépêcher à la cour pour Tassurer de sa fidélité , et donner parole dé se détacher du prince , comme il fit.

Le comte de Tavannes , au lieu de faire avec diligence ce dont nous étions convenus , passa toute la nuit à Dijon; et je ne fus jamais plus étonné que quand je Tappris le matin sur les dix heures en sortant de mon logis. Je Tallai trouver au sien, où étoient cinq ou six gentilshommes aboyant contre la lune, ou fulminant contre le cardinal et la régence. Je crus avec raison le dessein d'Âuxonne avorté : je le pressai néanmoins, et le fis partir à tout ha^rd avec ceux que je trouvai auprès de lui.' Flamarins , qui étoit du nombre, et qui avoit sa famille à Auxonne , au lieu de lui servir de guide et d'introducteur , lui fit changer de dessein à une lieue de Dijon; et par un faux raisonnement , appuyé dô toute la troupe, fit résoudre le comte de fTavannesà aller, comme il fit, se jeter dans Bellègai^de.

Ce jour-là même « la dépêche du Roi, qui n étoit qu'une lettre de cachet contenant la raison de la dé^ teuUon des princes, fut apportée au parlement de Bourgogne comme elle Tavoit été à celui de Paris, et qu'elle ie fut en tous les autres du royaume. J'eus ui^e grande impatience de la lire, et une consolatioti noh pareille, après l'avoir vue, qu'elle n'im|)utoit au prince de Condé que des choses quj, k monisens, ne pou-

86 [iQSo] nféMOiHEft • ^

yoiçut tout au plus que faire en sa personne le carac* tère 4 un boroijie avide de bien»^ et dhin mauvais CQurtisian, puisque celte lettre nëtoll remplie que dç choses qui ne pouvoient être imputées à crime, mais bien à une conduite peu prudente et inégale. J'ai parîé ci-dessus de la plupart d^s faits qu^on lui impvitQit, en racontant Fentretien que j'eus à Compiègne avec le cardinal, mais qui dans cette lettre étpient tournés en un sens malicieux , pour donner aux intérêts et à l'ingratitude du cardinal Mazarin l'air et la couleur du service du Roi et du bien de l'Etat. Quant au prince de Gonti et au duc de Lonr gueville, on oonnoissoit qu'ils n'avoient point d'autre crime que d'être frère et beau -frère du prince.

J'ai fait souvent réflexion sur la facilité avec laquelle le parlement de Paris, et toutes lès autres compagnies souveraines qui, peu de mois auparavant, avoient ou pris les armçs, ou fait de vigoureuses re- Uiontrances au Roi en faveur de gens peu considé«xables , ou à la persuasion de ceux qui , par un artifice «masqué du bien public , vouloient troubler FEtat , den^eurèrent muets au bruit d'une telle violence commise en la personne du premier prince du sang, chargé de la gloire de tant de grandes actions, innoeent de notoriété publique , et duquel tout au moins la fidélité envers le Roi étoit évidente, et justifiée par la lettre qui Faccusoit. Quelques particuliers allumèrent même des bâchers devant le logis , du moment qu'ils apprirent la nouvelle de cette détention. Et , d'autre côté, j'ai considéré que lorsque le prince de Gondé 9 son père , fut arrêté pendant la régence de Marié de Médicis, le penple alla saccager la maison

DK LfiKRT. [idSo] 87

dumarëckâl d'Âacre , qui avoit donné ce conseil^ et plttsieuFs grands seigneurs à la tête auroient as-« aiégéle Louvre, si le maréchal de Bouillon, homme d'une profonde habileté , ne leur avoit remontré que, pensant lui procurer la liberté , ils lui feroient perdre la vie, et qu infailliblement on le poignarderoit sillon voyoit une telle entreprise. En effet , on sut depuis qo'on Tavoit résolu de la sorte. Ce prince , quoique rempli de grandes qualités , n'avoit pas mérité de TEtat d'une manière si éclatante que celui-ci. Il avoit au contraire fait une guerre civile , et armé la {^upart des princes et des seigneurs ] il s'étoit allié avec les hogaenots contre le Roi. On dira à ceci qu'il n'avoit pas assiégé Paris , comme venoit de faire le prince son fils ] mais le prince de Conti et le duc de Lon*^ gneville eu avoient été les défenseurs. Leur sort fut pourtant égal en cette rencontre. Il seroit bien mal^ aisé d'^n dire d'autres raisons que ceUe de Finsta^ bilité de Tesprît des hommes, dont le çardi^l se prévalut si à propos , qu'il trouva sur le bord de son précipice le fondement de sa fortune.

Le marquis de Tavannes, lieutenant de roi en Bourgogne , se rendit à Dijon pour rassurer , disoitil^ les peuples ; mais il trouva besogne faite : car jamais on n'a vu une plus grande tranquillité que celle qui se conserva dans une ville et dans une province qui, suivant toute apparence, dévoient commencer une guerre civile , et qui étoient celles qui donnoient le plus d'appréhension à la cour.

Baas, d'Âlègre et Saint-Âgoulin, que j'avois mandés, arriyèrent ; et je leur fis counoitre l'état des choses, et ce qu'ils pouvoient fisiire pour le service du prince.

88 [l69o] MÉMOIRES

Ces deuK derniers retoarnèi^ent dans les garnisons ou ëtoient les compagnies de leur régiment , qni ëtoit celui de Persan , pour les confirmer dans Tancienne amitié que ce corps avoit pour le prince, et pour les disposer à faire pour son service tout ce que ses serviteurs jugeroient à propos. Je racontai à Baas que les gouverneurs du château avoient refusé d'obéir $\\ comte de Tavanues, et lui proposai daller leur offrir son service, d'aller leur obéir , et de jeter dans leur place deux cents mousquetaires, comme il fit. L'un et Tautre gouverneurs acceptèrent ses offres. Nous résolûmes ensuite qu'il fer oit venir en toute diligence les soldats qu'il avoit offerts à Solon-la-Chapelle , petit village appartenant à un de mes frères , à deux lieues de Dijon , pour les introduire la nuit suivante daiis le château. Après que Baas eut envoyé son lieutenant porter ses ordres , je m'ouvris tout-à-fait à lui, et lui conseillai une chose qu'il approuva fort, qui fut d'envoyer un courrier à Le Tellier , secrétaire d'Etat, pour l'assurer que le régiment de Persan demeureroit ferme dans son devoir , afin d'éviter l'effet de la précaution qu'il apporteroit infailliblement à la cour contre un corps qu'il savoit être affectionné de longue main au prince de Condé^ quecelaétantfait,ilintroduiroitlesdeuxceutshommes dans le château ; qu'avec eux on mettroit dehors Bussière, Gomeau, et le peu de garnison qu'ils avoient, parce qu'il n'y avoit rien à espérer de telles gens que de la foiblesse; que Baas enverroit ensuite donner avis à la cour qu'il s'étoit rendu maître du château de Dijon *, que cela feroit que le cardinal Mazarin prendroit entière créance en lui et au régiment ^ que cela^

DE LEfiET. [l65o] 89

rassureroit son esprit de la crainte qu'il avoit qae Dijon , et toute la Bourgogne à son exemple , ne prît le parti des princes ; qu'infailliblement le duc de Yendôme, que sa timidité naturelle faisoit balancer pour accepter le gouvernement de Bourgogne qui lui étoit destiné , viendroit en diligence , rassuré qu'il seroit de ce succès; qu'il arriyeroit droit au château, et que Baaslui donneroit avec facilité de l'appréhension des cabales et des serviteurs que les princes avoient dans le parlement et dans la ville , qu'il ne pourroit intimider avec deux cents hommes qu'il avoit dans le château ; qu'infailliblement le duc proposeroit d'y faire entrer tout le corps composé de sei^e cents soldats, on du moins une grande partie, et logeroit le rçste aux environs , parce que tout cela tomberoit facilement dans la pensée d'un homme craintif et persuadé ; qu'il feroit mettre toutes les munitions de guerre ^ans la place ; que tout étant en état de se soutenir, il arrêteroit le duc prisonnier, etque nous ferions déclarer Dijon de gré ou de force, parce que Fou y feroit entrer toutes les troupes qu'on jtigeroit nécessaires pour relever le courage abattu de ceux qui témoignoient que la seule crainte de l'autorité de la cour les empéchoit de se déclarer pour le prince. Ce plan fut approuvé par Baas, qui ne l'auroit pas approuvé, de même que je ne l'aurois pas proposé, dans une affaire d'une autre nature, parce que j'ai jiaturellement de l'horreur pour de pareils stratagèmes ; mais l'artificieuse surprise dont on avoit usé YM)ar emprisonner les princes rendoit légitimes toutes celles dont on pouvoit usep.

Tout mon déplaisir fut que ce dessein demeura

QO [l65b] MÉMÛIRBS

inatile par la peur de Comeau , qai fut augmeulëe par les raisonnemens timides et ëtomiësde safaimille, établie dans la ville, ii qui il se conseilla d une affaire pour Texécution de laquelle le secret étôit si prër eisëment nécessaire -, en telle sorte qu il obligea Bus» sière à manquer comme lui à la parole donnée àBaas et à moi , en lui refusant la porte et aux deux cents mousquetaires : et quelque temps après ils rendirent leur place pour environ dix mille francs que le Roi leur fit donner, sous prétexte de quelque dépense qu'ils avoient faite.

Cependant le oourria? que j^avois envoyé , comme j'ai déjà dit, aux princesses ne me rapporta aucune de leurs lettres; il me dit seulement de vive voix que la princesse douairière avoit lu et brûlé celle que je lui écrivois, et encore ceUe qu'il avoit ordre de leadreà la princesse , laquelle elle lui avoit défendu de voir, disant que telles affaires ne dévoient pas être commu* niquées à une personne de son âge ; qu'à la moindre démonstration qu'elle feroit, on les mettf oit Tune et Tautre en prison ; que pour elle, elle vouloit vivre en repos, et pleurer, dans sa retraite de Chantilly, l'infortune de sa maison; qu'elle espéroit que ses prières, et celles de tant de gens de bien qu'elle employoit, obtiendroient de Dieu la grâce de ffiire connoître au Roi çt au monde l'innocence de ses enfans ; qu^elle laîsse*roit agir ses amis, selon que chacun d'eux le jugeroit à propos ; mais qu'elle ne vouloit se mêler d'aucune chose qui lui pût faire perdre la liberté ; qu'elle me prioit de ne lui plus écrire , et qu'elle me recomman-doit d'aimer toujours sa maison, comme j'avoisfait toute ma vie.

BB IkHET. [16S0J 91

Telle fut la rë])onse de la princesse douairière, qui me fit perdre toute respërance que j*avois conçue d'exciter en Bourgogne un soulèvement général en far veor des princes. Le même courrier que j avois chargé devoir quelques-uns de mes amis me confirma ce que f avois déjà sx\ par le bruit commun , et me dit que les princes avoient été arrêtés par Guitaut , capitaine des gardes de la Reipe, dans le Palais^-Royal , où ils avouent été appelés pour assister à un grand conseil qu'on^y devoit tenir le 18 janvier sur les six heures du soir, ' d'où ils avoient été menés au bois de Vincennes par h porte de Richelieu : et ce qui est de plus surpre*^ nant est que Tartifice du cardinal fut tel , que , faisant une fausse confidence au prince qu^un certain des Goatores, qui étoit un témoin qui disoit savoir tout le détail du prétendu complot de Fassassiuat du prince^ étoit retiré et gardé soigneusement dans une maison vers la porte de Montmartre , il lui dit qu'il falloit l'aller enlever avec les gendarmes du Roi. 11 chargea le prince de les commander, et de les faire trouver à l'entrée de la nuit derrière Tbôlel de Vendôme , dans le marché aux Chevaux^ d^où on les feroit sortir sans brait, et sans péril de découvrir la chose, par la porte de Richelieu , pour exécuter ce dessein. Le prince , animé de la passion de se venger, approuva cette pro* position, et donna lui-même les ordres, sans y pen^ ser, pour se faire conduire sûrement en prison. Les princes étoient en carrosse, escortés par la compagnie des gendarmes du Roi, commandée par Miossens : passant sur le fossé , le carrosse entra si avant dans les * fanges, qu'il fallu t que les princes missent pied à terre. Le prince de Gondé , qui ouït que ce gentilhomme

9» [i6So] MÉMoikBS

le plaigiioit,luidit cesmots : f(AhLMio86en3,ài tu vou- « lois ! — Mon devoir, monseigneur, luirëpUqua-t-il. « —-Fais-le donc, et ne t'amuse plus à me plaindre, « repartit le prince. » Us furent conduits à Vincennes, où Comminges, neveu de Guitaut, leis garda quelque temps, jusqu'à ce que Bar y entra en sa place. Comme Ton n'avoit osé y porter des meubles ni y préparer à souper, pour ne donner aucun soupçon, le prince dç Condé, après avoir pris une couple d'œufs frais, se jeta tout vêtu sur une botte de paille , où il dormît douze heures sans s'éveiller. Ce fut là le commencement de la grandeur d'ame et de Fintrépidité qu'il a fait voir tout le temps qu'a duré sa prison. Il faudroit un volume pour en rapporter toutes les particularités^ aussi plusieurs en ont-ils écrit de telle sorte , que je n'en parlerai qu'à mesure que quelques circonstances serviront à mon sujet.

Gommelesprincesfurent arrêtés danslapetite galerie du Palais-Royal, et conduits par le faux degré et paf le jardin, on fut quelque temps sans le savoir, même dans le Palais-Royal. L'abbé de La Rivière étoit y pendant l'exécution de cet ordre . avec le cardinal Mazarin, qui luidit quelques momens après : « Que diriezu vous, monsieur l'abbé, si on vous disoit que les « princes de Condé , de Coati et le duc de Longuece ville sont prisonniers? — J e serois bien surpris, répli- « qual'abbé. — ^Bien , reprit le cardinal, soyez-le donc: <c car, à l'heure que je vous parle, on les mène au boi£ « de Vincennes. — ^Et Monsieur, dit l'abbé, le sait-il?—^ (c Tout est concerté avec lui, repartit le cardinal. — J^ « suisdonc perdu, dit l'abbé de La Rivière. » Et aprèn quelques paroles il se retira au palais d'Orléans, ai

DK LENET. [l65o] 98

quelques jours après, voyant Tesprit du duc dX)r]ëans changé du blanc an noir, il lui demanda congé, qui lui fut accorde de bon cœur •, et il se retira à Petitbourg et en ses abbayes. J'ai dit au commencement que les paroles qu'il avoit données au prince avoîent été sa ruine : aussi fut-ce par là que la duchesse de Ghevrense le perdit dans Tesprit de son maître , auquel elle fit de temps en temps quelque confidence de peu, pois d'assez d'importance pour connoître s'il étoit ca^ pable de céïer quelque chose à La Rivière : et ayant eipérimenté l'affirmative, elle lui confia le dessein» etiefit enfin, quoique avec beaucoup de répugnance, consentir à la prison.

Aussitôt que cette nouvelle fut sue , tous les do-^ mestiques des princes , qui les attendoient dans les antichambres et dans la cour du Palais -Royal, re^ tournèrent en diligence en leurs hôtels. Le marquis de La Moifîfsaye partit en poste pour se jeter dans Stenay, dont il étoit gouverneur. Leduc de Bouillon et le vicomte de Turenne, méconlens de la cour, et irrités eontre le cardinal Mazarin, qui différoit la rér eompense de Sedan, et de leur donner le rang de princes étrangers en France , qu'ils soUicitoient ardemment, s'étoient liés d^une amitié intime avec lé prince de Condé, parce que, par son crédit, ils croyoient forcer la lenteur ou la mauvaise volonté du cardinal envers eux. L'un et l'autre crurent avec raison qu'ils auroient hasardé leur liberté s'ils res* toieftt davantage à la cour : aussi avoit -on résolu de les arrêter. Le duc de Bouillon se retira en diligence à Turenne^ et le vicomte à Stenay. On arrêta la duchesse de Bouillon en sa maison , où on la gar*

^4 [l65o] MÉMOIRES^

doit, (Si d'où elle se sauva; mais depuis, ayant été re* prise dans une maîsoto particulière où ellie étoit cachée, elle fbt faite prisonnière à la Bastille.

La duchesse de Longueville, qui avoit Fesprit capable de tout entreprendre, ayoit fait résoudre la cotr à Farrétèr avec le prince de lifersillac^ par qui die étoit gouvernée, et qui fut bientôt après due de La Rochefoucauld par la mort de son père. Cette résolution de les arrêter éloit fondée sur le souvenir de ce qui s'étoit passé pendant le siège de Paris, et depuis swi le ^ujet du Pont-de-l'Arche« La duchesse s'aUa d'abord cachei^ chez k princesse palatine , son intinie amie, d'où, la nuit même, le duc de La Rothefoucauld la mena à cheval en Noifinandie, et résolut d'abandonner toutes choàes, et de risquer la ruine de sa maison pour suivra sa fôrtune^iTous les amis des princesse flattoientd'un soulèvemeost général eb leur; faveur. Le duc de La Rochefoucauld, habile ^ éclairé^ et d'un esprit ferliieët réM)lU , crut que la Normandie ^esoulèveroit à la vue de k dtidiesse, parce ipx& peu au^paravant cette province avéit suivi les mouvemens du duo de Longueville son gouverneur; înais il fut bien étonné de voir qu'elle n'y put seulement trouver de sûreté dans aucune place ,. qui toutes demeur^eiit aussi tranquilles que Paris et la Bourgogne. Elle s'sdfa jeter' à Dieppe, où, avec beaucoup de risqué de sa liberté et de sa vie, elle ë'embarqua pour passer, comme elle fit ^ parla Hollande et les Pays-Bas à Sie'' nayy où elle demeura tout le temps de la prlsofl^ded princes. Hybany^ Saint-^Rôtnain, Sarra^n^ et La Roc(ney cl^pitainé des gardes du prince de Gondé; Frassy, ses filles, et quelques atitres^ s'emharqifèrént aveb elie^

DX EEITBT. [i65o] gS

et le du€ la voyant hor» de péril, se sépara d'elle pour aller^ comme il fit , dans son gouvernement de Poitou , où il fit voir son crédit sur la noblesse de cette province et sur celle d'Angoumois et de Saintonge ^ et où il mit tout en usage pour faire juger à la duchesse ce dont il étoit capable pour elle.

La princesse douairière et la princesse sa belle-fille, avec le jeune duc d^Enghien et les enfans du duc de iongueville , se retirèrent à Chantilly par ordre de la cour ', car la Reine ne put se résoudre de mettre la douairière en prison, se ressouvenant des services qu'elle en avoit reçus, et de la constante amitié qu'elle lui avoit témoignée pendant la vie du feu Roi son mari , et dans toutes les pef sécutions que le cardinal de Richelieu lui avoit faites. Le cardinal Mazarin crut que la mémoire du cardinal de Richelieu lui reprocheroit, dans l'écrit de tous les gens de bien, une honteuse ingratitude, s'il conseilloit d'emprisonner la jeune princesse sa nièce ; et que ce seroit une action mbnmaine d'arrêter un prince du sang de sept ans^ avec sa mère et son aïetrle* Il consîdéroit d'aillearâ que la douiririèv^é étoit une princesse d'un esprit timide et nonchalant *, que la jeune étoit sans amis, sans argent, sans expérience, et médiocrement satisfaite du prinqe son mari-, que le maréchal de Brezé son père, quoique brusque, hardi, et maltraité de la cour êepuislamort duducsonfili, était moribond, et gouverné par une femme qui avoit fait une grande fortoûe auprès de luij et au moyeri de laquelle le cardî^ Bal croyoit le tenir dans ses intérêts par Taseaidant incroyable que teu& femme avoit maintenu sur Fes^ prit du maftéchâl^ malgré m laideur et ses années.

96 [l65o] MEliOIRCS

Mais révënement fit voir que le cardinal Mazarin avoit fait une faute d'Etat bien grande d'avoir eu des égards où il n'en falloit plus avoir, après qu'il eut mis sa fortune et celle de l'Etat en compromis par la prison des princes. La Reine contrefit la malade quand il fallut exécuter ce grand dessein ^ et jamais en sa vie elle n^avoit fait tant de caresses à la princesse douairière qu'elle lui en fit ce jour*Ià, dans deux heures de conversation qu'elle eut avec elle.

Le prince, avantsa prison, avoit eu avis que le coadjuteur visitoit le cardinal les nuits et travesti , dont il tiroit de très-mauvais augures. Il voulut en parler au cardinal gaiement et en riant, lequel lui répondit de même; et tournant la chose en raillerie, il lui dit : « Je vous avertirai quand il y viendra ; car je veux « vous donner le plaisir de voir ce prélat en grègues « rouges , avec des plumes , et l'épée au côté. » Le prince, qui ne hii parla ainsi que pour observer sa contenance, lât; trouva si peu embarrassé , qu'il se confirma dans la créance que cette nouvelle étoit fausse. Il ne croyoit pas qu'il fût possible de rien entreprendre contre lui, d'autant plus que la Reine lui avoit fait, deux jours auparavant , toutes les amitiés possibles, et des promesses très-grandes, s'il vouloit s'unir de cœur avec le cardinal. 11 en avoit donné parole de bonne foi à Sa Majesté, et fait donner toute assurance par le président Perrault au cardinal, qui en avoit témoigné des joies non pareilles. Voilà à peu près ce que j'appris de l'état des choses par le retour de nion courrier, et par les autres qui arrivèrent quelques jours après à Dijon, où je me jugeai fort inutile, et même en péril de ma liberté pour les démarches que

DE LEWET. [l65o] §^

f y ayois faites , et pour mon attdcheraent dès ma jeaoesse àJa maison de Gotidë;Xes serviteurs du prince^ et ses troupes, s*ét6ient jetés les uns à Stenay, et les autres à Bellegarde; Le sieilr Dd Paisage , maréchal de camp, attaché an vicom^te de Turenne^c se jeta daos Bellegarde , où Çaint-Micault^ qui en ëtoit lieutenant de roi$ commandoit en 1 ahsçnca da comte de Marsin, à qui lé prinde en avoit donné le gouver>-; nemént. Le cardinal, qui jusque là sivoit toujours; • favorisé Marsin pour l'attacher à son service, tant pour son mérite que.parce qu'il est» ^ étranger, eu^ uae si grande défiance de lui pour avoir accepté le i gouvernement de cette place, qii'il envoya à Befcons^ intendant de la justice, et à Févéquéde Gonserinsv à présent archevêque de Toulouse, le sieur Du Maar-^ càde , pour le faire arrêter prisonnier dans Barcélqne,où il commandoit ràrmée du Roi en qualité de lîeuH tenant [général : ce qui fut exécuté, et il fut eond^t dans la citadelle de Perpignan. : ; , , > J

CoUgny^ mestre de cariip du régiment de cavalerie d'Enghien, qui étoit en quartier d'hiver en Limôsin, amena à Bellegarde ce'cor.ps,!et quelques autre!» compagnies qui s'y étoient jointes jusqu'au jnombre de cinq cent^chevaux^ avec une diligence inï^royable^ passant les rivières avec conduite et résohktion. Le comte de Guitaut y amena aussi ! Ja compagnie i dp chevait-légers du prince qu'il commandoit. Le comte deMeilly fit la même chose avec ce qu'il put ramasU ser de son régiment. Lés officiers des troupes: de^ princes de Gondé, de Gonti et du duc de Langoeville ett usèreïit avec la fidélité qu'ils dévoient à l^urs * ", maîtres, et peu d'entre eux y maiK{iièreatj l\ y. aunoit T. 53. 7 .

9^^ [l65o] MtHOIRES

nuitière néàitœoins de parler en ceit endroit contre quelques uns de ceux qui leur étoienir [dos obliges^ mais comme je n'écris que! pour dire la T^ffilé, sans 2iuco h dessein défaire des satires, je passé sous silence les. choses qui en pourroient fournir le sujet.

De Bar, mon cousin gernlain, qui étoit lieutenant colonel du régiment d'infanterie de Bourgogne , avoit acquis de la réputation dans le service, où il avott perdu une jambe et reçu plusieurs blessures! Il fut des premiers qui se rangèrent au parti contrai re; avec Yerdun-sur-Saôûe où il commandoit , dont: je fus extrêmement surpris. Saint-Point , mestre de caiiip de ce même régiment, étoit gouverneur de Saiat-Jeain^ d&tLosne, et n'en usa pasmieux que «deBàr, quoiqu'il n eût pas moins dé réputation et de crédit à$XLS l'esprit du prince de Coudé que lui. ie faisois peu de fondement sur le château de Dijon ; et toute mon espérance eônsistoit en la résolution de tant d'hbnilétes gens qui étoient dans Bellegarde , et au régimêftt de Fei^an. Lésîmesuresqueje pris avec Bâas,d'A]ègre et;Saînt-rÂgou}in, qui y étoient capitaines^ furent. qu'ils dissimulerpient leur attachement 2^u service du prid'^ oe^ et qu'ils deineureroiënt uhis entre eui( pour èe saisir €n temps et lieu soit d^nn pont, soit d'^n pa»^ sage V s6it d'un poste , soit d'uti général d'armée ^ «t qu'ils: se jeteroieiit dans Bellegarde, Stefnay, où âti* tries places qui' pourroient être asfstégde^ d^tis la suite du temps; et çnirn qu'ils feroietit toui dé que ée^ï qof aur^oient autorité dànsJc parti des princes léfûr oômmandeiiotent. Ils né répoiidirent pas séulenÉétit pour eux, mais pour tout le régirent, sachant l'intention dé Persan leur mestre de caiip, dé du Bout-

da*^s , "KeirtenaM colonel ,, et généràlemeM db tùv»

lesotficiêt^. Je oommuBÎquâi ce projet à Tavânqei^,

qui viiit faire cm petit voyâgie à Dijdn , et lui 'fis coi^

firmer ce que je lui en dii» par les su^non^nësi. II ap^

prquta le^ touir, et tetoiïtna à BeHegarde; : « > j

Nous ràmes qMeieduc de Tendémev^ni venoit en

îourgognêpouriagouVerner par ordre du Roi , ëtoît

ftoche d^Âu:terre, et qtr'il co|i4tnuioit ison ^f^y^^ vei«

i^^n à grandes jonrnëe&i : ce qui me fit r^oudre'â'ën

bmir, et d'aller à^iiantilly vqir les princesses, prendre

taapart de leur affliction, tâcher de Igs porter à quet-

qoe ctioiie d'utile pour le Service desipHncçs, et en toilit

mue me retirer à Steuay vers la dachess!^ de Loin^u^

vméé Je 5ëjournàiiquel(|ued jours^ daus ma maipi^fi de

Fillotte, où j'appris une nou>«i^e qui ine fôcjbâ'fort , qiii

fht que le marquis de TaTannes^avôit* assemble qiiel>-

^estroUpes, et entre autres le^rëgiment de Pètisah,

fioar opposer dûs coùrseiçl autres' eiitreprises^^ que

l^orroieM f|iire ceux: qui étoielitàiBeUegàrde. Le sieur

Bii Pkssage \ qui y étoit et prëtetidéit s'75 conserver»,

^rsu^a au conijteide T^Mnàes^) et eii9tiit$ à Golignf

etipiusieursafûtrésj d'en sprtir^aVeu toutes les troupes

itiperflues à la défense <de là* placée pour les conduire

4u viêxABte de Tùretme â S|enay^ En oéla il faisojt

é&K%) dtk^sed qui étoieht d tinc gràade «ftititë à fïii et

Al vicM&te : Tunè qu'il demei|roit Ijs maitve de Bell^-

ptA^'^ et l'autre qu'il fortiâoitTureni^e. Le comi:e4>e

Ti^tiiies , flatté Ak Tbsp^rance de commander/ on

irorps considérable > oq Champagne '^ ise kissi^ /vnincqe

âdx pefsliasions de Du^ Passage ^ et se mit t^rcifipa-

^ne pour ^etééuteir soti doiiseil* Le mafqais^de Davam-

ties TDulut faire sembhnt de s^oppbser à '^ route ; et

lOO [l6So] MiifOfRS»

aysint assemblé ses troopés à Issisrti) , 3 s*ihrança veh U phine de;Luz* Le comte de Tavanneë, qui isatoit ce -dont iious étions con^e^us^ avec les< officiers dé Persan, crut qiue Theure de ce coupimportant que noi^ prétendions faire avec ce corps étoit venues et qu'il ne pouvoil^rieniaire de plus beau qqe de mettre en jfuite Jà mi]i!ce aH^emblée par ]e. marquis r et fat«<^ jeitf- 4re Persan à, ^es troupes pour le mener à St-toay : rmâlis il crui: ai]6^i que de défaire le marquis ^soupklo^ che parent, ou de lepr^trfre pH^kOi^uîex» oesisfroit iinje action, de graiid-édiSt dans 1(S terrés d^ l'*in et ideTautre, joint que c'auroitétésans 'avoir p^ris cqujj^il de Goligny iiiides auti^e», et sans l^ur avoir, Communiqué ce que nous avion^ arrêté. Ges conisidéra* étions obligèrent le comrte de Tavannés; à chajlgei d'avis. Le marquis, sans aucune néeessKtëv ayant! iIc ,chemiu de son passage libre , envoya un trompetH au i commandant du régiment de^ Persan , pour k sonimer.dë déclarer s'il voulbit^prendré j^rtiâvie^eli^ ou non. Baas et tous c^eiux qui ^àvoiént la résoluti^i prise entre eux etinousàDijoli, et q»isje résècvoieal une actiotidUmportant^ qui portât coup à la lilpért^ du prince deCondé^ répondirent haùtemeniliet en iprésence du marquis qu'ils étoient èervîteiurs dû/^Roi, et qu ils saur oient se défendre si on les- alitaquoit. ^has' m^a dk de{ims-qu'il afvoit fait savoir :a»ii comte de Tavannès, par un homme de oi^éançe qu'il lui envoya sous; main, qu'il se gardât bien déles attaquer, parce qu'il étoit inutile ; qU'il falloit se réserver pour -un plus grand dessein^ et qu'il h'ett poùvoit prendre -un meilleur que d'ôUer joindre le vièomte de Turenne, comme il, témoignoit. vouloir faire; que U

DE LEÎIET. [l65oj > roi

chemin lui en étoit ouvert, en telle sorte que personne ne le lui pouvoit disputer. Il lui fit encore re-^ montrer l'importance de conserver un corps de cavsH lerie, tel qu'il Favoit, dans une affaire de la nature de celle qu'il alioit entreprendre ; et que pour nuVar-' gent on ne pourroit en faire unpàreil à celui qu'il com^ mandoit, s'il venoit à' se dissiper , comme il y avoit de l'apparence , par le séjour qu'il feroît en Bourgogne, où il ne pourroit tenir la campagne contre les troupes que le Roi y alloît envoyer, et encore mîoins subsister s'il se jetoit dans Bellegarde, qui demeuroit munie de troupes suffisantes pour la dëfendrè^ et qu'il n'ëtoit pas capable d'en faire subsister darvantage. Toutes ces raisons, ni les avis de ceux qui pouvoient raisonnablement conseiller Tavannes', ne purent l'empêcher de charger les gens du marquis, et de commencer par le régiment de Persan% Qùelqiies capitaines de ce corps qui ne savoient pas la résolu,tioQ prise à Dijon , portés par la passion qu'ils a voient pour le service du prince de Gondé, prirent parti avec Tavannes, et passèrent de'son côté avec quel-? qaes soldats. Les autres se tinrent fermes , se défea^ dirent, et perdirent quelque monde dans ce choc qui dura peu. Cette faute fut suivie d'une autre qui ne fut pas moindre*, car au lieu de poursuivre leur marche à Stenay pour se joindre au vicomte de Tu^ renne, ils retournèrent à Bellegarde, croyant que le petit avantage qu'ils avoient remporté sur le marquis de Tavannes alioit faire soulever la province en h,^ veur du prince de Gondé.

Baas et d'Alègre m'envoyèrent à l'instant même un capitaine pour nae dire ce qui s'étoit passé, et pouf se

I09k [^ÇSo] H&llOlilKâ*

plaindr!e|idu peu, d^ .conduite de TavaonieSv^^ Tah vanner m'écmitpoqr 9e plaindre de leur trahiaan. Je mandai à celui-ci mon sentiment, et te blâm^ d avoir 30ivii le sieii cojalire cei que nops savions résohi eoaémUe; et encore plqs de qe qu'il ni; pas&ojit pafc à Stenay avec toutes les troupe^ q^i seroient inutiles à;BeUegarde^ comme j'avois mande la yeille au vir comti^ de Tiir/ellrie (^ au marqua de La Aloussaye pair» ub! gentilhonime nom<në Du Bi^f^ quU m'avoit en^ Toyë de Sienay pour me d^mtod^ Fétat des affaires» de Bourgogne, et de$ troupek que le prittce y avol4^ afinSquilà pùsseiU savoir à quoi s'en t^uir, etprèn^ drb des mesures iiertdneâ sur ce que je leut ferois savoir». Je leur fis Un plan de toutes cho^s par ce Du Bief, que j'entretins plus de quatre heures dan^ Fabbajre de Châti^on^ et que je reiiVùjzi avec un billet dé 'créance, Un bon guide ^ un cbeval, et que)^ qne argent pour faire son Voyage ^ parce qu'il avoîl été volé^^ar leis chemins. Je fia savoir & Baas <^e je partpiaipotur Paris et ChimtiUy^ d'où j'irois partout oà lé service jdu prince Ife requerroit; que je verrbis le mai^ùis de Pers^tt, et Baias sou frère aia^ ; ïitt je leui: ferotssavoirtoftttes: choses faites et à faire : cependant qu'il laissât fulminer Tavannies et tous ceux dont il se plaignôit contre la prétendue défection de sop ré* giiHent; qu'il le conservât àoigneusement ^ et le -fortifiât s'il !étoit possible p^t te moyeu des quartiers que k marquis de Tavannes liû pourront donner ^ qu'il se tiitt clos et couvert) qu^il continuât d^ssurer la couk de son attachement à son service | colume il avoit déjè &it à Dijon, et qu'il faisoit encore par.Ulte lettre qtt'il 4crivoît à Le Tellier^ et qu'il m'envoya tout ouverte

p^r la i^apî^te dont je Yièàs de parler, i^Qur ja faire f^s^T àrPaij^^. comme je ils, ou la retenir, si je lé ju*geqi^iii ffopos»

Il Qst .bi0a tiialaiaé ^n pareilles affaires de farmér djil^desss^ins 5 «et encore, plus de les exécuter; cair^ c0flune'il nfy a point d'autorité établie, il faut mëna;ger les volontés de tous , et par conséquent il est impossîMè ^^'coùseryer le secret, qui est si précisémlent aéaes^ire. La passion de se conserver et de s*$K:cr/Qitre porte IVsprit à tout entrepreildre. La arj^ote d'etiê iiCcablé, et le défaut d'argent, de rér traite et d^àppui^ abattent le courage des plus harr di^', et fopt tourner la tête à ceux qui n'ont de la réa^lultoin S(|ue pour une conduite ordinaire. Cest Qta^ vérité ipie j'ai expérimentée dès le imôment t[ub j ai jsu remprtt»onnement de^ princes, jusqu'à leur liberté, mais particulièremiént dans les commence^ môiDS, où personne n'h d'expérience en telles affait res^ où tout le raisonnement cède à la crainte *, etlbieii loin de trouver des gens à qui on puisse se conseiller^ à peine en trouve^troii avec > lesquels on puissç se plaindre av|K::sureté.

. Je cruisxiifii Paris, où j'avois laissé tant d'aitiis et de serviteurs, du prince de €ondé, je pourrois agir et parler plus librement et |^lus sûrement qu'en Bourr t^ogO)»; mais je trouvai au contraire que tous les esh frits avoientété tellement abattus par le coup de cpt wprisonnement inopiné , qu'à peine osoit-on pro«- Qoncer le nom de ceux que Ton vouloit servir.

lies frondeurs , nouvellement unis avec le cardinal, avaient, par un intérêt commun, joint leurs amis aux dipendansde la cour. Les principaux amis des princes

1^4 [i6So] hAmoires

(koienlt en prison ou en fuite ; Ç6ux< qui eéwer voient quelquiçfr $entimens favorables pour eux, ou de la haine contre le cardinal, n^osoient les faire paroitrei de crainte de tomber dans |e même précipice. La timidité de Tune des pridcesse^ , et la jeunesse de Tautre, laissoient toutes choses dans une si grande léthargie, que rien ne se moufvqit.

Je jugeai à propos, avant que d*aUer à Chantilly, de passer à Ghâtillon-sur-Loing pour y voir la du-^ chesse de Châtillori , de qui la complaisance intéressée par les bienfaits et par la parenté lui avoit acquis un absolu pouvoir sur la princesse douairière. JenV vois pbur but de ma visite que de /juger , par Tentretien que j'aurois avec Tune, de la véritable intention de Tautre; mais elle en étoit partie, et ayant pris ia poste pour l'atteindre , je la trouvai entre Nemours et Fontainebleau. Elle me fit entrer dans son carrosse ^ je continuai le voyage avec elle. Nous entrâmes d'abord en matière sur le sujet des princes; et comme j'avois beaucoup d'habitude avec, elle depuis son mariage avçc le feu duc de ChâtiUon son mari , j'ayois conservé et cultivé son amitié depuis sa i^ort, arrivée pendant le siège de Paris à l'attaque de Charenton , dont il avoit eu la principale direction , où il se montra digne héritier de ses pères, et où il fut tué d'une pousquetade après avoir forcé la place, en attaquant quelques barricades qui y étoient. Il fut également regretté des deux partis, comn(ie un homme en qiû la nature avoit joint la beauté du corps et de l'esprit à l'agrément et à la valeur. Le prince l'avoit tendrement aimé dès sa jeunesse; de telle sorte qu'étant devenus l'un et l'autre amoureux de mademoiselle

DE LBNET. [l650] IO$

déBontevîlJe, delà maison diè Moûimoreiidy, Vùne des plus délicates et agréables beautés de son siècle, ils s'en firent confidence Fun à Fautre*, iet comme Cbâtillon, qui pour lors s'appeloit Goligny parce que le maréchal son père vivoit encore, déclara au prince de Qpnclé la passion qu'il âvoit de Fépoùs^r, et qu'eJte nëtoit retenue que par FaffectioB que Son Altesse avoit pour elle, le prince reçut tendrement cette déclaration, lui promit de se départir de son amour, et de n'avoir plus que de l'amitié pour elle , telle qu'il, Favoitjpour lui. Ce sont des paix)les que les amis s- entredonnent souvent avec une intention peu sincère, et même quand elle estsincère, qu'on a bien de la peine à conserver long-temps. Le prince néanmoins la tint au duc , ou par Feifort que sa vertu lui fit faire sur luimême, ou parla diversion de l'amour de mademoiselle Du Vigean , dont nous avons parlé ^ par la passion qu'il eut, après qu'elle fut religieuse, pour mademoiselle de Toucy , qui a été depuis la maréchale de La Mothe, une des plus belles de la cour, dont la beauté a été, de peu de durée , aussi bien que l'amour du prince, qui nia confessé depuis qu'il en avoit été peu fevorisé , quoiqu'il no se fût embarqué à l'aimer que par la confidence que Laval lui avoit faite des faveurs qu'il avoit reçues d'elle. Je ne sais si l'un et Fautre ont dit vrai ^ mais je sais bien que la vertu de cette dame a été si bien connue de tout le monde, qu'elle a mérité d'être la gouvernante de M. le Dauphin.

Pour revenir à la duchesse de Châtillon, le prince de Gondé avoit cru , après la mort du duc , être quitte delà parole qu'il avoit gardée pendant sa vie. Il laissa agir librement le feu qu'il avoit conservé pour elle

ip0 [i65o] M^MQIigS^

^9j(Lt son, /cœur. EU^ die soacôtë^ $aiKpar rédproqo^, sçdt par 1^ gloire d'être aioi^e d'uu prii^iCe e»ûmé^^ T§^imié de tous, soit par la con^idëratioa ê^ YiuXéKéi qui pouvoit lui reyeùir de Taptorité qu^elle pOUfrOk acquérir sur son esprit, prenoit plaisir à fournir tiwté la matière nécessaire pour entretenir cette flaii;iL|Qéi, s^uis tiéanmoins y en jeter trop, de peur de rëiouffi^ dans sa naissance, ou de la voir consumel' trop prooi}): tement. Elle savoit adroitemeiït Tayiirer par de peUlies faveurs, et ne le rebutet* pas par de violentes ;îalQtisi€$.

Le duc de Nemours , agréable, jeûnent g^nt^, 9vpi|t une extrême passion pour elle. On disoît oads je monde qu'il étoit favorablement écOuté^ et c'c^ ^ qui faisoit balancer la duchesse entre son inclination et son intérêt. EUe a,voit su ménager Vui^ et T^ub?^ avant la prison ; elle les ménagea encore mieux tout le temps quelle dura, et depuis jysqti'à la mîort du duc de Nemours. Elle me fit un plan exact de f'ëtat des affaires, et me conta, entre autres choses, que ce duc étoit résolu .de servir les princes, quoiqu'il Dt brouillé avec le prince de Cdndé ] tnaîs que par h principe d'une générosité tout ént^relnl avoit <cmhM Toffen^ qu'il avpit reçue de lui, qu'il avoit <ionvé toute parole à la princesse douairière dé le servir fi|r lui et par ses amis, et qu'elle sauroit Je mainledir ^ cette Volontés

Je ne puis m'empéchfer de dire en passant le sujet de cette mésintelligence ; et pour le faire , il faut reprendre la chose de plus loin. €eu:x qui tiennent dans lie royaume le rang de princes étrangers ont^oelquès prérogatives, particulièrel»ent depiiiis Ja régence de Catherine de Médicis, qui par la grande faveuftde oies-

DE liEHST. [ t65o] 1 07

siearis de Gaîse les établit. Ih en ont prétendu sur les èics et pairs à mesure que Ton en a fait, non toutefois Bans grande peine des uns et sans résistance des aotrD's ; mais ils ont toujours rendu respect aux princes dastng, et n'ont jamais prétendu qu'ils leur donnassient la place ni la bonne porte en leui^ propres maisons. Néanmoins , dans le temps que le prince de Gondé, père de celbi-ci, eut querelle au Louvre, et ea présence du Roi, pourdohner la serviette à Sa Majesté, avec le comte de Soissons, grand-maîtré de France, chacun^rit parti, et s'offrit, suivant son inelmttH>n, à l'an où à l'autre. Le comté , qui se trouva k plus foibie, offrit dç donner la droite chez lui an prinœs étrangers, ^t le fit. Ils prirent cette conjoDCtore pour acquérir un honneur qnlls n'avoient point en jusqu'alors chez les princes du sang; dé sorte que le prince de Gondé, qui a voit beaucoup de&cilitéà cédàrau temps, voulut, à l'imitation du comte de Soissons , et pour ne pas perdre l'amitié des princes étrangers, dont son ennemi auroit profité^ leur donner la porte en son logis , et la leur donna jtisqa'à la moit. Le prince de Gondé son fils ne pou* voit ^1 user d'autre sorte pendant la vie du prince son père ; mais il déclara , le jour même de sondécès , qu'il nelenr feroit plus cette civilité à l'avenir. Le duc dé Nemours, qui avoit toujours été son ami particulier , hà fit dire que ce qu'il vouloit établir étoit fort juste; qu'il seroit le premier qui le visiteroit, etqu^il dottneroit avec joie exemple aux autres princes; inais à condition que le prince de Gondé ne mettroit aucune différence entre lui et le duc de Longùevillé, qui, pair une créance ^ui n'est approuvée de personne, pré-

}o9 [l6£^0] UiMOIRE»

(end être priiH^e du sang. Le prince se sentît obligé du proçëdë du duc, et lui, donna la parole quil lui demandoit à Fëgard du d|ic de Longueville; mais pomme le prince n'eut pas la force de la tenir , et d'ôter à $on beau-frère, qui ëtoii pluçi jaloux de son mng, et qui le savoit très-bien maintenir , un avantage que lui et le prince son père lui avoient toujours donaë , il lui donna la droite à son ordinaire. Le duc de Nemours se plaignit du prince de Coodë, cessa de le visiter, et rompit avec lui ; mais la prison et le savoir faire de la duchesse de Chàiillon lui avoient fait tout oublier. Elle m'assura que le prësident Viole, son proche parent, et qui avoit toujours pris plaisir à entrer dans toutes les nëgociations douces , avpit fait une grande amitië avec le duc de Nemours. Elle me les fit voir tous deux à Paris dès le soir même que nous y arrivâmes. Le lendemain nous nous rendîmes à Chantilly, où les princesses me reçurent avec beaucoup d'amitië. L'une et l'autre, fondant en larmes, me racontèrent la disgrâce des princes prisonniers. Elles m' exagérèrent leur innocence , l'ingratitude de la Reine et celle du cardinal Mazarin , et m'instruisirent de beaucoup de particularitës que je ne.savoispas encore , de l'ëtat de la cour, et de l'infidélitë de plusieurs personnes qui, ayant ëtë jusque là dans les intérêts du prince, s'ëtoient jetées dans ceux du cardinal ^ elles se plaignirent même du peu de sûreté qu'elles prenoient en quelques-uns de leurs domestiques. On neparloit que d'affaires générales à la jeune princesse, dont elle m'expliqua son déplaisir en particulier, et me dit qu'on la menaçoit de lui ôteriejeune duc d'Enghieix soi^ fils, qui étqitle reste de sones-i

poir, ek enî qln'consistoit toute la consolation' qu'elle potivbit avoii" en ce monde. Elle me pria ensuite dé I nepas^onseritir qti'on Itii fît cette injustice. Elle ajouta : encore que s'il étoît atantagèux au prince son mari de retirer , pour quelques desseins considérables, le duc sdn fils de ce lifeti-là ^ elle vouloit le suivre partout j et même à là tête d*une armée; et qu'elle n'oubîîejTOit rien de tout ce qu'elle devbit à l'honneur d^avoîr épousé un preniier princfe du sang, d'une aussi gratide Tertu et d'u'i^ tnëtite aussi extraordinaire que monsieur son marî^ J'éûs dé la joie de lavoir dans des sentimens sigénéreùiet si raisonnables. Je lui iapplaudis autant qu'il me fut possible , et lui prorais de lui donner afls' en temps et lieu de ce ({ùi se résondroit sur le sujet dd éàc son fife', 6t de m'opposer , dans tous les conseils où je serois appelé , à la séparation qu'elle me témoignoit. appréhender , parce que je ^révô^oié la nécessité que l'on auroit de cette princesse et de ce jeune • princel Et' quoiqu'une longue habitude tn'eutfàit connékre la portée de son ^criie, b(Bancoup plus liinité qu'il tfeût été 'hécessaire pdur'la conduite des afiairés ^ autant grandes et difficiles que telles qui pojuvoient arriver , la connoissancé que favois de la conitdsse dé TourVille, de la maison de la Rochefoucauld , femme de cofàduite dt de résolution, me fit hasàt-der de tout entrepreridrCî avec là princesse , à'qui le ptinde l'avoit donnée potir dame d'honneur après la mort du cardinal de Richelieu; çarce qufe jéS^avois que cette dame ne nianquéroit pas ' de lui inspirer les grands desseins qu'on lui pourroît ^ proposer, et'dortt on lui donneroit dans là suite le^ ^^ moyens et toutes Ids dextérités nécessaires pour les

soutenir. J'appris beaucoup de choses d'^Ue fort tti" cessaires pour ma conduite envers Tune et Tautre princesse. Elle avoit toute Tsiiitoritë sur Tune, parce que le prince la lui avoit donnée avec sa charge, et beaucoup de crédit verslaqtre, par Testimequesa manière d'agir lui ayoit acquise auprès d'elle. Elle avoit une passion démesurée de la porter aux entreprises vigoureuses en faveur de ses enfaos ; elle avoit toute créance en moi, par Famitié ii^^time qui avoit été entre le feu comte de Touryille et moi«: C'était on gentilhomme autant accompli eu toutes choses > et d'autant d'esprit, de coi^duite et de cœur que j'^n aie jamais connu. Elle cpnnoissoit le désir p^ssioimé que j'avois de servir le prince de Condé^ et, (kit toutes ces raisons , elle me communiqua %0fxt ce qui étoit venu à sa connoissance , afin que je m'en siervisse à mon dessein , comme je fis en plusieurs occasions.

Je demeurai deux jours à Chantilly ^ p^ndaat lesr quels j'eus diverses conférences ^yec 1^ .p|dn(}esfiè douairière, quelques-unes en présence ^e 1^ <)iich^/»^ de Cbâtiilon, d'autres en présence dei la^ ^^pmtie^^ de Tourville , qui étoient les seules à, qui ^Ue paMfloit librement devant moi. Il y avoit auprès d^eUe iiî|[ nomjné l'abbé Roquette, assez jetit^e» qui ne manh quoit pas d'esprit. Il s'étoit introduit dan^ les bonnes grâces 4c la princesse par une dévptiop aflEeçtée, de laquelle il masqupit les <)e|S6€^ns^ qiiikÇ S(Qn ambitioa jiui faisoit naître. Il couvrpit du jfi^B^ maisque les iiir t[entions que U tendresse qu'il avoit t>our quelquesiinjes dçsacourlu^ faispit pont^evoîr , ^t qu'on a vue depuis éclatepr ^y^p sça949W« Ce p^fs^naitge avoit a0«-

BB LKHET. [l65o] Itl

ikàe crédit âii|yrèé de ]a princesse pour ne pas akiti^ di% de le perdre. II ^voit l'adresse de ne lui persuader qoe les choses auxquell^ elle ëtoit portée pai* son inclination naturelle. Il me disoit en toute ren^^ oDAtre qu'il tichoit de lui inspirer la vigueur et la libéralité nécessaire au service de messieurs ses enfatifr. Ddlmas /capitaine dé Ghantilfy, et qui avoit été au;» trèfois écuyer de la princesse douairière , a^oit aussi crédit auprès d'elle •, mais comme ce capitaine étoit d'un naturel tknide, et quHI né so^tigeoit qu'à cbns^^ fer son poste agréable et utile , il fomeùtoit l'humeiur eraintive de la princesse, et ne lui meltoit d^ns l'ef^ ^t qu'une dépehdan^e de la cour , tèUë qu'on pât la laisser vivre eu repos dans ce lieu-là.

L'abbé Roquette , qu'une petite mine douce et dé^ TOte, éila qi^litéde neveu d'une religieuse nommée k iûëref M$rgwerit^, avoieni mis dans les bonties grâces dek comtesse de Brienne , qui Tavoit attaohé âApriudé de Conti, alloitejt venoit à Chantilly porter êt^rapporter des nouvelles et des conseils prudens et

tournis. ' ^ ••::•: i

U Ro«iii»^6ré, autrefois ècuyer- du prince de Giouidié père y et dëpuiy pr-èmier gentilhomme dé la chambre dtt^i^nc^e ^e Cortti^ étoit fort assidu à CHantiHf^ ^it qu'il jugeftt qit'il sermiE plus uttie à son mali^ àkt^ la ]^olitiqu6 ^ue dabs la guerre, soit qu<^ Tobli^ gàtî^n qu'il avoit à ta; prhficesse, qm lui ^\mv (^ dmiuer s» ' bhârge ^ le retint à Chantilly ; mais il ne singéroit d'auite dhose k|U€ de lui applaudir ^n tout. Girard, s<»i:r^aire du grince , qu'on ne jugea pas dîn gue d'emprisouner avec son maître, y étott aussi ; mais fa princesse , bien loin de lui o6mmuniquer aucunes

1 1 a [ l65o] MÉ110IRE8.

affaÂires V ne poiivoil lesouflVir ni le voir, parce qu^il étoit beau-frère, de Perraùll , qu*elle croyoit auteur de tous les désordres qui avoient été entre le prince son mari et elle ^

. La dame de Bourgiieuf avôit soin des enfans du duc de Longuevillew Le sieur et la damé de Buade, son gendre et sa fiU^,étoient aussi à Chantilly. Cette dame de Boûrgneuf ,0$t Une femme 4'e$prit, qui avoit toute la correspondance de la duchesse de Longueville, qui suivoit assez ^es mouYem6iH|S ^uprè^ de la princesse dooadrière, et de qui j'appris beaucoup de choses qu il importoit de Savoir. Tout le reste de te cour des princesses étoit composé de leurs filles 4'hoiineur et de ]eiirs femmes, toutes belles et agréables, mais d-un ftge qui ne leur permettôit pas de s'entremettre dans les affaires^ non plus qu'à la marquise de OoUf ville ^ belle, jeune et pleine d'esprit, qid s'y, étoit retirée avec la comtesse de Tourville sa mère. , Bourdelot,' médecin du princjejdeCoiiidé'etde.toulbe. sa maison , homm^ de beaucoup d'esprit et d^ grande considération , étoit celui de tout ce qu'il y aiYpil d'hommes à Chantilly qui avoitj i les seïltiEi%ens plus fermes et tesîde^eins pins relevés^ Uavoit écrit au cardinal Antoine Barberin , qu'il avoit connu p|irti<^ lièrement à RoÉie , et depuis en France, vers qui il s'étoit acquis beaucoup d'crstime et de liberté , pour essayer, par ses lettres , de le porter à faire son pos^sible auprès du Pape, ennemi du cardinal ^ pour {aire entreprendre à Sa Sait^eté. de demander i la li* berté des princes à Leurs.:Majestés« Il maipftenoit dies correspondances! avec les amis quCi isa. ptofea; sion et ses bellesrlettres lui avoientt acquis à Piaris' el

DE LENET. [lôSo] X lî

en divers endroits dedans et dehors le royaume, pour savoir et faire savoir les nouvelles qu'il imporloit de débiter. Il me parla avec plus de liberté qu'aur cun autre, et me communiquoit avec franchise tout ce qui lui venoit dans Fesprit.

La présidente de Nesmond y étoit souvent envoyée par le président son mari, homme de bon sens et d'une prudence fort régulière , pour représenter à la princesse qu'il étoit important de n'écouter aut;uii conseil tendant à la guerre, qui poùrroît ïui coûter la liberté et la ruine entière de sa maison. 11 étoit persuadé pour lors que le salut des princes dépendoit du parlement , et que tant quïl ne toudroit pas DU ne pourroit agir en leur faveur, il n'y avoit point d'autre ressource , et qu'il falïoit attendre le temps qu'on pût agir utilement dans cette compagrtî«.

Tous les différens conseils de ceux dont je rifens de parler, qu'piidonnoit à la princesse d^iïairièré, et d'autres plus vigourewx qui lui venoient d'ailleurs; partagéoient son esprit de divers mouvemens. Elle Bèsavoit à qui se fiet,' ni à quoi se résoudre. Ses inégalités natureHes se joignoient à celles que mille avis opposés lui causaient. Elle m'expliqua assez nettes ment ses pensées, et je connus qtiela timidité et l'a-»vairce ruinoîenit en itii moment tout ce que le' <!rourage, la vengeahcé et le désir de tirer ses enfans de prison pat la force lui suggéroient. ^Tantôt elle craignoit d'être àtrôtée côirtme leux , tant-ôt qu'on rie les empoi^nhât si l'oti faisoit la guerre, tantôt que leur prison ne d^irftt plus que sa vie si on demeufoit en repos; et jamais elle ne demeuroit une heute dans Hoe mérae rësolariofi. -^

Il 4 [l65o] MÉMOIAEiS

Enfm aou8 la fîmes convenir qne pendant qu on feroit la guerre sur la frontière ou dans quelques pro- .vinces du royaume, dont elle ne.pourroit être accusée, demeurant en repos dans sa maison de Cbaatilly , il falloit tâcher à diviser la cour , afin d'intéresser un parti ou un autre, suivant qu on le jugeroit i propos, quand elle seroit divisée, comme on ayoit sujet de croire qu elle le seroit bientôt par TaversioD invétérée et intéressée que les gens nouvellement •réconciliés avec le cardinal Mazarin avoient contre lui. On jugea donc à propos que la princesse donai* rière tâchât de se réconcilier sourdement avec Châteauneuf, auquel on avoit donné les sceaux en les étant au chancelier Seguier (elle avoit été son ennemie irréconciliable dès la mort du duc 4^ Montpiorency son frère) , et de faire proposer par lui le mariage de mademoiselle de Chevreusie avec le pjriuce jle Goûti; au coadjuteur de Paris i de lui cé4er le diapeau de cardinal, qiû étoi,t prpm|& à ce prince;» avec. la plupart de ses bénéfices ,. et accordet; sa i^ce, héritière de la maisipn de Ret9i;avec le jeuaie comte de Dunois , héritier de ceUe de Longiiçvillje^ an duc de Beaufort , de le marier avçç mademoisjelle 4i&; Longueville ^ au premier président Mole , le^ sceaux, en faisant Château ne\if prêter inini4lre, ^^omo^e il seroit aisé de le^ Ê^irie , supposé qu'on put reAverser par la liberM des princes la fortune jiu cardinal Mazarin. On devoit proQi;et|re de V.argegLt et 4es abbayes à la duchesse de Monthaz^n^ 4i^ qpi }e duc de Beaufort étoit éperdumeut aluourQuxvà Noitmoutier, à Laigues et à quaniEité de «^balt^r«l^ft, de faire réussir leurs diverses prétentions. De raulre

DÉ LEIÎET. [itiÇo] ' Il5

côté on résiolut j aans que les négociateurs qu'on empioieroit sussent rien l'un de l'autre, de faire prot poser par le duc de Rohai^, au ç^rdipal Mazarin» le inariage d'une de s^§ wièçes avec le prince de Gontl, qui lui remettroi t touiS ses bëpéfices, diq qt^e ^i les unt au les autres éco ut oient de$ propositions autant ayan-r tagéuses que ceUesrlâ, on pût leur donner des jatou"» siçs capa})les4e lesiaireronipre de nouveau eii^emble, pu du moins de )çur faire prendra de la défiance les uns des autres, dont nous pvs&iona profiteip. ToUI çousistoit à détacher les frondeurs di^ cardinal p^ î)f} intérêt qui nous fût commun avec eux ^ parce que, leurs amis se joignant avec ceux des princes dan$ le parlement , le cardinal ne pouvoit éviter sa perte , ai s'empêcher de tomber promptement dans la néc£;$sité djçles mettre en liberté 5 et c'étoit là Je ^eul moyi^j^ de faire tomber le$ uns et les autriçs.dan^ le f^^^, et d'assurer la ^ibef té des prip ces. ,

La princesse douairière jeta d'aborçï les yei|x s^r mpi^, pour me faire le directeur de tpujLçs pes : i^r trigues ym^i^ outre qu'elles étaient d'uije périlleuse ppnduite, elles me paroissoient de trèsTdlIlicile exér pution, quoicjuejj^ les eusse conseillées plus fprteiAÇttt,v4»^'at|cun ^utre, comme le seul part jqu'iLy ^yçit a prendre , dans cette conjoncture : aussi fiçrj^ tout ce que Je pus pour m'en exen^pter , ne me senj^nt pas 4'un talent bien propre ppur adieii;iiner un^ .^fl^r^ aiissi 4élijcaJ:e qjue celle4à^T9ute miPn inclinar jtiçi^^^toit 4'aî!^^r ?i S^nay auprès de la dijiçhesçe de igngï.igyille , ço^ifue. je lui jsiyois écrit. Je jugepi^ 4'^}llçiur^ que pôuf conduire un tel dessein U faljoit

4(|rç; ^ JP^ris , qà îjç;^^ powois deifneurer en açsviranc^ ' 8.

Il6 [l65o] MÉMOIRES

sans donner des paroles que je voulois éviter dé donner, parce que je n'aurois pu les tenir, et que je n^aime point à les violer. Quoique la surprise dont on avoit usé envers les princes pouvoit rendre tout faisable, je ne faisois pas difficulté de conseiller aux autres ce que je ne pouvois me résoudre à pratiquer moi-même. Je proposai beaucoup de personnes infiniment au-dessus de ma capacité pour Texécution de ce projet; mais comme on avoit plus de besoin d'une fidélité éprouvée en beaucoup de rencontres que d'habileté , les larmes de la princesse me firent condescendre à la volonté obstinée qu'elle eut de m'en charger. J'aUai donc à Paris , où je vis les ducs de Nemours et de Rohan, les comtes de Maure et de Saint-Aoust , l'archevêque de Sens , le maréchal de La Mothe, et quelques autres amis et serviteurs des princes, qui me donnèrent beaucoup de lumières pour ce quej'yallois conduire, dont néanmoins je ne fis confidence à aucun, me réservant de me servir des uns et des autres dans les temps quMl seroit à propos, et qu'ils y pourroient être utiles. Je me résolus ensuite d'aller voir^Navailles. Je le priai, sans lui donner aucune parole , de dire à la Reine et au cardinal Mazarin que j'étois arrivé de Bourgogne; qu'ils ne dévoient pas douter que je n'eusse xin déplaisir sensible de la disgrâce du prince de Condé, qui m'avoit honoré de son amitié dès son enfance , %t que je donnerois volontiers ma vie pour faire tonnoitre son innocence au Roi, et pour le voir ami du cardinal Mazarin aussi sincèrement que je savois qu'il Tavoit été : mais que comme pour cela je n'avois que -des vœux à faire au €ie], je les ferois très<*ardemment,

DE LEWET. [l65o] 1 17

et attendrois Teffet de sa; proyidence et de la justice de la Reine : cependant que j'étois venu pour continuer de faire ma charge dans le conseil de Sa Majesté ] et que si ma présence à la cour étoit suspecte, j'étois prêt à me retirer où il plairoit à la Reine me Tordonner, et même d'aller à la Bastille si elle le jugeoit à propos pour le service du Roi.

Deux jours après , Navailles vint me trouver en mon logis , et me dit qu'il avoit fait ce dont je Tavois chargé 5 qu'il avoit parlé à la Reine en présence du cardinal , qui avoit appelé Le Tellier en tiers ; que d'abord la Reine ra'avoit fiait l'honneur de dire qu'il falloit tirer parole de moi de ne rien faire contre le service du Roi, et qu'elle savoit que je ne manquerois pas à la tenir; qu'on fit divers raisonnemens en sa présence qu'il ne vouloit pas me dire, et qu'il suffisoit que je susse qu'il m'avoit fait office d'ami. J'ai su depuis que c'étoit que Le Tellier avoit conseillé de m'arréter prisonnier, disant plus de bien de moi que je ne mérite , mais de ces biens qui sont pires que des maux dans une conjoncture semblable, parce qu'ils font plus appréhender la résolution et la conduite d'un homme. Navailles se formalisa de ce qu'il parla d'arrêter son ami qui se fioit en lui, qui n'avoit jamais rien fait contre son devoir , et qui ne l'avoit chargé que de choses honnêtes : tellement que le car* dinal trouva le milieu entre la sévérité de Le Tellier et la bonté de la Reine, et chargea Navailles de m'apporter l'ordre qu'il me donna, qui fut que, n'y ayant point d'apparence dans une telle rencontre d'affaires de voir un homme autant confident du prince de Condé que je l'étois dans le conseil du Roi 9,

! 1 6 [ 1 65o] MÉMOIRES

Sa Majesté m'ordonnoit de me retirer de Paris, où ^daiis quelques mois on pourroit me rappeler ^ et que cependant si j'y avois des affaires pressées, je pouvois y demeurer encore trois ou quatre jours; mais que j'y visse le moins de monde qu'il me seroit possible. Je demandai à Navailles quel étoît le lieu où il plaisoit à la Reine que je me retirasse , et s'il n'avoit point d'ordre à me donner par écrit, comme je le souhaitois, de crainte qu'on ne m'imputât un jour à crime de m'dtre retiré de la cour, et d'avoir cessé d'entrer dans le conseil du Roi depuis la prison des princes, si je n'avois une lettre de cachet pour me servir en temps et lien de justification. Navailles rae repartit qu'il ne falloit plus rebattre cette matière, parce que peut-être en demandant l'ordre dont je lui parlois, on en donneroit quelque autre plus sévère-, et que puisqu'on ne me prescrivoit aucun lieu , je pouvois adoucir mon exil par le choix de celui qui me seroit le plus agréable. Je le crus, le remerciai, et lui dis une chose très-véritable , que rien au monde n'ëtoit plus selon mon cœur que l'ordre qu'il venoit de m'apporter, par des raisons que je lui dirois un ^ùùty et qui sont celles que j'ai touchées ci-dessus Je demeurai encore quatre jours à Paris, voyant no^ amis , et introduisant par eux de certaines négocia lions obscures vers tous ceux dont nous avons parl< pour parvenir à notre dessein, et me retirai à Chan tilly, d'où je venois; et ensuite j'allois contiriuelli ment àTaris par un chemin que je m'étois fait enti Louvres et Lnzarches , sans passer ni par l'un ni p l'autre, J'entrois et sortois par diverses portes, etl geois en des logis différens , mais toujours chez n

DE LENET. [l65o] IÏ9

amis qui ëtoient dans les mêmes ihtététâ , etquitra-* vaiUoient à même fin. J« ï^apportois tout à la princesse: donairière et à la 4n<^h^^6 d^ Cbàtillon, à qui il etoit nécessaire de toitt dire parce que la princessi&r loi cachoit peu de choses , et à la comtesse de Tourville, par la confiance que pavois en Son amitié et.ki sa capacité. H vendit à Chantilly dés gens de divers. endroits , comme de Stenay, de Bourgogne^ de Bérri |^ ony recevoit des avis des choses courantes , sur quoi» on prenoit résolution qu'on faisoit savoir aux affidésj Je voyois à Paris, outre ceux que j'ai nommés ci-^ dessus , le marquis, la marquise et la duchesse (à^^ Saint-Simon, dont le mari étoit à Blaye, et que la princesse douairière m'avoit assuré être dans les intérêts du prince son fils. Je voyois encore le marquis de Persan, et Baas ^ frère aîné de celui dont j'ai parlé ci-dessus. Je jugeai à propos de dépêcher au duc de. Bouillon l'aîné Baas, homme d'esprit et fort porté aux intrigues, comme le sont ordinairement ceux qui ont besoin de bien, et qui veulent faire leur fortuné. Il avoit crédit auprès de ce duc, qui étoit, comme j'ai dit, àTurenne, piqué des mauvais traitemens qu'il avoit reçus depuis le mauvais office que le cardinal lui avoit rendu, et encore plus de la détention de la duchesse sa femme et de mademoiselle sa fille. Je chargeai Baas de lui rendre compte de ma conduite, et dei* desseins dont je viens de parler ; que j'irois toujours plus avant , jusqu'à ce que je pusse prendre assez de» crédit sur la princesse douairière par moi ou par ceux qui y en avoient, pour la porter aux vésoluttons de vigueur si on l'y pouvoit porter, sinon de fournir; 50tts main de Fargent pour nos entreprises^ que ce-

lao [l65o} MÉMOIRES

pendant on veiroitle cours des afi*;aLires ; et que s*i arrivoit du désordre, en quelque province, on le fomenteroit, et. particulièrement à Bordeaux, où les plaies des annëes précédentes n'étoient pas consolidées, et ou je nejageois pas bien difficile de les^ faire saigner comme auparavant , ^pour peu d'occasion que Ton leur en fournit à la cour ; que nous verrions encore en quel état se mettroitle vicomte de Turenne, qui étoit à Stenay avec madame de Longueville ^ quel traité il feroit avec les Espagnols^ quel avantage on pourroit tirer d'eux ^que^ quelque chose qui put arriver, j'entrerois dans toutes les affaires où le duc entreroit ; et qu'en cas qu'on ne pûl forcer le naturel avare et craintif de la princesse douairière, je lui promettois que la jeune princesse feroit tout ce qu'il lui conseilleroit , et que je la menerois avec le jeune duc son fils à la tête de tous les partis que lui ou quelque autre que ce fût pourroit former en faveur de la liberté des prinqes. Je priai 6aas de bien peser tout ce qae lui répondroit le duc de Bouillon sur ce qu'il lui diroit de ma part; qu'il observât ses actions et ses paroles, pour m'ea &îre un rapport exact à son retour, afin de prendre des mesures certaines. Le duc étoit estimé dans le monde fort brave et fort habile, mais on l'accusoit de n'avoir point de fidélité 5 j'ai pourtant connu depuis qu'il a voit en cela phis de malheur que de crime. Ainsi j'eus peine à hasarder l'envoi de Baas; mais quand je considéroisia nécessité qu'on avoitd'aa tel homme, l'utilité qui nous en pouvoit revenir par la réputation qu'ik donner oit, à une affaire de la perlée de celle qu'il falloit entreprendre , je croypis faire

DE LBIlEt. [xl65o] l%t

faute que de balancer là-dessus. Il est certain qu'ea pareilles affaires celui qui se fie hasarde^ mais aussi qui ne se fie pas perd tout : de sorte que je ne fis aucane difficulté , après avoir pesé ces raisons , de tout risquer en consultant le duc de Bouillon, parce que je lui ouvrois par cette confidence le pas^à tout ce qu'il a fait depuis.

Taurois fort souhaité d'avoir une personne de par reille confiance pour envoyer au duc de La Rochefoucauld^ mais lui-même, qui étoit tout plein d'un désir passionné de sacrifier ses intérêts et sa vie au service de la duchesse de Longueville, me donna bientôt après Toccasion que je cherchois. Cependant tout ce que nous négociions à Paris alloit lentement^ et comme le cardinal Mazarin et les frondeurs s'entrecraignoient,. et que les uns et les autres avoient un même but, qui étoit d'acquérir assez de crédit et d'autorité pour se défaire les uns des autres, pas un d'eux n'osoit entrer en aucune négociation pendant leur foihlesse, de crainte que si le parti contraire le découvroit, il n'échappât à l'autre , c'est-à-dire que le désir qu'ils avoient de se conserver nous donnoit peu d'espérance de parvenir à nos fins, par la division que nous voulions jeter parmi eux.

Baas, qui fit le voyage de Turenne en poste, ne larda guère à retourner. 11 m'en dit plus que je n'en espérois; et après m'avoir tépioigné de la part du duc de Bouillon de l'amitié et de la reconnoissance de ma franchise envers lui , il me dit qu'il lui avoit témoigné qu'il étoit prêt à tout faire et à tout entreprendre-, qu'il cultivoit l'amitié de la noblesse voisine , et entroit tant qu'il pouvoit en commerce avec messieurs»

122 [l65o] MÉMOIRES

de La Force, de Sauvebœuf et antres de cette portée j qu'il en avoit aussi avec le duc de La Rochefoucauld} qu'il me feroit savoir par Baas ce qui se passeroit ;^ardelà, que j'en usasse de même-, qu'il approuvoît ma conduite , et que je ne manquasse point de la continuer , et d'avoir une communication autant régulière que je pourrois avec la duchesse de Longueville, parce qu'on ne pouvoit que très-difficilement entreprendre quelque chose dans les provinces de delà la Loire, que suivant l'embarras que l'on donneroit à la cour sur la frontière, et suivant l'assistance qu'on auroit d'hommes et d'argent des Espagnols , par le traité que cette princesse et le vicomte de Turenne son frère feroient avec eux 5 qu'il avoit eu de ses nouvelles pendant que Baas étoit chez lui, et que tout alloit autant bien qu'il pouvoit aller dans les commencemens d'une telle entreprise, où les moindres difficultés sont difficiles à surmonter.

Le cardinal Mazarin, qui incontinent après la détention des princes avoit mené le Roi, la Reine et toute la cour en Normandie , pour empêcher qu'elle ne se soulevât en faveur du duc de Longueville , mena encore Leurs Majestés en Bourgogne , où le château de Dijon, gouverné par Comeau et parBussière, s'étoit déjà rendu , moyennant les dix mille livres que le duc de Vendôme leur fit donner de la part du Roi. Saint- Jean-de-Losne commandé par Saint-Point, et Verdunsur-Saône dont de Bar étoit gouverneur, en firent de même pour rien. Il ne restoit de toutes les placeJ du prince de Coudé que Bellegarde, où tous les gens dont j'ai parlé s'étoient enfermés, à dessein, disoieutils, de s'ensevelir dans les ruines de cette place. Le

DE LENET. [t65o] 123

cardinal prît résolution de l'assiéger malgré la saison; et comme le duc de Vendôme commandoit l'arniée, et qu'il ne pouvoit lui en ôter le commandement sans le déshonorer, et que d'ailleurs c'étoit hasarder l'honneur des armes du Roi que de laisser la direction absolue du siège à un homme de son peu d'expérience dans cette occasion, qui étoit de Ja dernière importance , le cardinal résolut d'en prendre un soin particulier; et pour eh être plus proche, il détermina de s'aller poster à Saint-Jean-de-Losne, petite ville assise sur la Saône, à trois lieues de Bellegarde. J'en fus averti en toute diligence par un de mes amis, et je pris résolution, sans en rien communiquer à la princesse ( par la crainte que j'avois que la part qu'elle pourroit en donner à des personnes à qui elle disoit tout ne découvrît nn secret aussi important qtie celui-ci), de prier, comme je fis, Baas l'aîné de s'en aller en Bourgogne , sous prétexte de négocier quelque chose pour l'accommodement dû duc de Bouillon, et par là ôter la défiance qu'on avoit de lui ila cour, et ne donner aucun soupçon du sujet pour lequel il faisoit ce voyage. Je lui communiquai donc mon dessein, qui étoit de ceux qui réussissent rarement, mais aussi de ceux qu'il faut toujours hasarder par la grandeur de leur importance. Je dis donc à Baas, qui savoit tout ce que j'avois résolu avec le major de Persan son frère , que le plus considérable corps qui étoit en Bourgogne étoit ce régiment-là, et que son frère avoit su persuader , comme nous en étions convenus ensemble, la sincérité de ses intentions pour la cour : aussi le cardinal ne manqua-t-il pas de l'employer au siège ^ et comme il y avoit un

ia4 [l6So] MEMOIRES

pont à Saint-Jean-de-Losne sur lequel on devoit faire passer le régiment de Persan pour se rendre au camp avec les troupes, que c'ëtoit une conjoncture où il falloit tâcher de faire le coup le plus important que Ton pouvoit jamais entreprendre , qui ëtoit que lorsque ce régiment, composé de dix-huit cents hommes, défileroit par cette petite ville, et qu'il y en auroit cinq ou six cents passés du côté de ]a Franche-Comté, le reste étant hors de la ville du côté de la France , les uns et les autres se saisiroient des deux portes, et les compagnies qui se trouveroient au dedans de la ville investiroient la maison du cardinal Mazarin ; et que pour lors celui qui commanderoit le corps iroit trouver le cardinal, et lui diroit qu'il étoit prisonnier, mais que sa prison ne dureroit qu'autant que celle du prince de Condé 3 qu'il le supplieroit, au nom de tous ses serviteurs et amis , d'envoyer les ordres nécessaires pour le mettre en liberté avec les princes ses frère et beau-frère; que d'abord qu'on sauroit, par le retour d'un capitaine du même régiment, et par des lettres signées des princes , l'exécution de cet ordre, le cardinal seroit en liberté tout entière; mais que si on ne l'apprenoit dans six jours, on le conduiroit prisonnier à Dôle; et si l'on trouvoît par les chemins quelque obstacle, on le feroit mourir, et dans Saint- Jean-de-Losne même, s'il y avoit apparence de difficulté de le mettre vivant dans Dôle , ou si le parlement de Dôle ou le gouverneur de la Comté faisoient difficulté de leur donner un château au dedans du pays pour l'y garder en toute sûreté.

L aine Baas se chargea d'aller faire cette proposition à son frère, qui l'agréa et la proposa à ses amis, non

DE LEN£t. [l65o] 1^5

pas de droit fil , mais peu à peu. Il pressentit Le Boutdn-fiois, lieutenant colonel, en lui disant que Ton pourroit faire un grand coup en faveur du prince, pendant le siëge propose. Il lui donna parole de tout mettre en usage et de tout faire pour tâcher de loi rendre la liberté : et après avoir discouru longtemps sur ce que l'on pourroit entreprendre , ils en vinrent jusqu'à proposer d'arrêter le cardinal Mazarin, s'il se pouvoit, en passant par Saint- Jean-de- Losne , c'est-à-dire si les officiers avoient assez de résolution et de volonté pour cela; ou de l'enlever s'ilailbit visiter la tranchée de Bellegardé, et se jeter avec lui dans la place , parce que l'une de ces entreprises pourroit se faire plus facilement que l'autre, en se défaisant, sous prétexte de quelques commissions, des officiers de qui ils n'auroient pas une assurance tout entière ^ mais qu'en tout cas rien ne pouvoit les empêcher, quand ils manqueroient l'un et l'autte de ces coups-là, de raser une nuit tous les travaux que Ton auroit avancés devailt la place, et ensuite se jeter dedans, ce qui seroit un coup de parti. Le major rapporta tout cehik son frère, qui lui dit en ^iâme temps de demander son congé au cardinal pour retourner, disait-il, à Turenne, mais en effet pour vcnit nie donner réponse de sa négociation, et se trouvef absent de la cour quand on exéctiteroit ce qui avoit été concerté entre ^6n cadet et LèBout-du-Bois. Le cardrriar, ^lU^ne se pressoit jamais en' aucune 2lSkirë\ dittéisi trois ou quatre jours à le diépêcher, et enfiti lui'dijb un matin qu'il savoit que le réginiéht étbitpàH%é, et que Baas son frère faisoit des cabales avec ses amîs en favewr dii prince de Condé ^ qu'il en avoit asset de

1^0 [l65o] 4«Élf01R£S

ciertitude pour le faire arrêterjmab que, quoi qu'on lui eut dit,}l ne Favoit pas voulu faire, parce qu'il satoit qu'il étpit homme d'honneur-, que s'ildonnoit sa parole au Roi, il le seryirpit bien-, et qu'ainsi il le cbargeoit dç faire venir son frère à Saint-Jean-de-rLpsne pour la ^ lui demander. Baas crut d'abord que Le Bout-du-Bois, qui, deux joui:^ après qu'il fut convenu avec son frère de ce que je viens de dire, avoit par}é deux heures entières au cardinal , lui avpit tout rëvëlë , et m .douta point q^'on n'arrêtât son frère s'il venoit là. Jl alla le trouver en son quartier, pu ils r^splurent de parler au Bout-du-Bois , et de lui dire b^rdimçnt qu'iU savoient tout ce qu'il avpit dit au cardinal coiitre la jfpi dpnnée. Le Bout-du-Bois, qui le crut, leur coq* fessa ingénument, , et leur dit qu'il étoit vrai qix'un y^piords l'avoit pris , ou plutôt une crainte que quelqu'un de tant de gens qui dévoient être de la conjuration ne le déclarât, et qu'il ne lui en coûtât la liberté , et peut-être la vie ^ , mais qrt'il pouvoit lieur jurer qu'il n'avpit dit aucune chose d^ oê d<>fit.ib jétpfent conyçnuspnse^nblo, /s'éta(ntwntenté d'avertir Jjè caifdipal qu'il ne se trouvoit pî^s eixM^X dOirépçnr 4re du régiinjenti par la grande quantité de çréalur^ .que l^e^ prince y avpit ^ait^jjt qu'iM'çn î^vçrtifisoHî l^i^qu'on ne lui imputât rien 4es événemeins, ,.Çet^ ponfession ingénue ^-assqrs^ le^ Ba93,^t il$ aJJèi;entàSaint^J^an-de-Losnip, où le cardinMy ay9»t qpe de les avoir vus, ayoit séparé toutes lea comp^*' |[^ies;su5pept^s , ^et avpit faijt expéçli^r p^j^ ^^^te pmx jles envoyer pn Italie, se réservait/ lq$ a,utfë^:.fpour j^ryir ^u siège.; Le? Bafisj 4^s^s|>i^èi'^«* piwr Ion 4(S tpîit çp. qu'ils ?avç^enfvprpjeté, et jSp i if^s^oj wj»ifc à

foncer toates les paroles^ qme le cardinal leur deman* deroit, pour le rassurer contre l'avis que Le Bout-dufioi$ lui ayoit donne. £a effet, le cardinal les ayatH un matin fait entrer tous deux dans sa charnière, et adressant sa parole au major, il lui dit qu'encore quc^ le prince n'eût rien fait pour sa fortune, il savoit l'attachement qu'il avoit toujours, çu et <îoiiservoi| ei^core à son service^ qu'il pouvoit se préçautionner contre lui en le cassant du régiment avec tous s^ amis, et même en l'arrêtant prisonnier^ l^i^is q^'U n avoit pas voulu user d'autre précaution que de l'ieor yp^er sery^jr en Italie avec quatorze compagnies, soivant la roujte qu'il lui mettoit en main. Baas le n^joir, lui répondit qu'il ne pouvoit lui nier qu'il n'^ôt eq depuis lomg-temps une grande vën:ération poui? Je prince de Gondë, et de la reqonnoissat^ce ptour l'e^ tipi.e, qu'il avoit fait par oît^re pour lui ; mîtis qiielque doulem; que sa prison eût !^%citée dans $^6^ cfOonir f ellie» Vkj^yqiX produit que dçs désira pç)ur sa liberté iqiii pe lui avoient pu rien fajyre ^ptreprertdrte «OJatt^ sort devoir -, qu'il ne savoit pas ce qu'on pouvoit jaiyoir dit à SQia.E^miaence, ni quel i^oupçpn ses ennemis; poun vqien^ lui avoir donne de rsa fidëlitë ; m^is.qtt'il aavctil bien qu'il n'avoit jamais rie^ fait qui leur eût 4>uftifb concevoir la moindre cliqsç du mionde icontre son honniçu^; que Son En^inenc^ étoit; le maître defairb ^^ régiment ce qu'il lui plairait j qii'jl Itiî était indifn féfj^t en quel lieu on ieiît servir, mais quUl iliti ^^Jt^itrjd^ le voir sé.pai?er,(€e qui rseroitauUnÉ xjiie de je. perdre), et qu'U val o^t mieux l'envoyer fo3tit«eii» tier ea^alie. Il sut si bien p^suaderr Je cardinal dô sa I^Qnng iptçn^p^ i qtjiq le jlçndj^ain il envoya tqueriii

I!l8 [l65o] MÉMOIRES

Baas , et lai demanda s'il lai conseilloit de se fier à son frère pour le siège de Bellegarde 5 et lui ayant répondu qae oui , il fit deux jours après revenir ]es compagnies qui ëtoient déjà en marche , demanda sa parole, le retint, et congédia l'aîné, avec de grandes promesses de faire beaucoup pour l'un et pour l'autre Il vint me trouver, et me demanda rendez-vous dans la forêt de Chantilly, me raconta tout ce qui est dit ci-dessus, et m'assura que son frère ne manqueroit pas de se jeter dans Bellegarde, avec tout ce qu'il pourroit de son régiment, dans le temps qu'il seroitle plus nécessaire, en la forme qui est dite; et qu'il' ne se consoleroit jamais de ce que Lé Bout-du- Bois avoit fait avorter un dessein tel que celui qu'ils avoiént concerté ensemble. Il me donna encore avis du peu de préparatifs qu'il y avoit pour le siège, et qu'il Cr^yoit que difficilement le commencei*oît-on si ceitx de dédans avoient de la fermeté; que le carâipal ne faisoit seiiiblant d'attaquer la placé que dans respéraûce dé retnpôptér par négociation , parce que ceux qui étoient dedài^is fàisoîent les fiers en général, et tous écoutoient en particulier ; qu'il fsdloit remédier à cela, elles fortifier par avis et par promesses de les secourir de toutes manières, •

' ; Je rapportai toM cela à là princesse douairière, et, de son oohsentement, je le fis savoir à la duchesse de Longueville et iiu vicônite de Turènrie , av€c c^i oebx de Bellegarde avoient déjà leur commutiication, et peùîx-là avec eux. Ils ne 'inanquôîént pas ' de leui eôté à les encourager ^ja'flîàîs je né jpus tirer de lettres de la princesse douairière pour Saîtit-Mrcault poor Tavanne^ ni pour autres. Tout cè^qdë riôu

DE LENET. [l65o] I29

pâmés faire fut dç dépécher Desloges, commissaire des guerres par son aveu , charge de deux mille pistoles, et avec ordre d'entrer dans la place, parce qui! ëtoit connu de tous pour âtre tout-à-fait dépen^ dant de la maison de Condë. On disoit même, qu'il étoit bâtard du prince de Gondé le père. Je le menai à la jeune princesse, qui le chargea en partant de dire à tous les serviteurs du prince, qui étoient à Bellegarde, quelle noublieroit jamais les obligations qu'elle leur avoit de s'être jetés dans Bellegarde^^ qu'elle espéroit tout de la valeur de tant de braves gens^ qu elle croyoit même qu'en témoignant de la vigueur on ne les attaqueroit pas ^ et que quand on viendroit à le faire, ils auroient la gloire d'avoir conservé contre un tyran une place si importante à leur maître, qui en auroit une reconnoissance éternelle. Elle faisoit très-bien de le dire , mais je ne sais si elle aaroit voulu garantir cette parole.

Après avoir rendu un compte exact de tout ceci à la duchesse de Longueville et au vicomte de Turenne par un exprès que je dépéchai à Stenay, je vins à Paris pour prendre conseil avec les amis du prince. J'y eus une longue conversation avec l'archevêque de Sens et le maréchal de La Mothe -, et faisant un jour collation avec le marquis et la marquise de Saint-Sîmoa, avec qui je m'entretenois du duc leur frère , et des avantages que nous pourrions tirer de lui et de sou gouvernement de Blaye où il étoit, en cas qu'il fiit nécessaire de nous en servir ( sur quoi le mari et la femme merparloient autant bien et aussi favorablement que je le pouvois désirer) , on vint avertir que 5ervien, qui étoit leur voisin , entroit, et venoitpas- T. 53. 9

i3d [i65oJ HÉMOJREa

$er la soirée avec eux ^ de sorte que je n'eus d'antre parti à prendre (\n^ celui de me jeter ^ur le lit qui étoit dans \^ chambre où nous mangions. Je demeurai bien une heure à les ouïr parler de toutes choses qui ne me plaisoient point, et qui ëtoient fort opposées au dessein qui m avoil amené Jà. Servien étoit un homnie de belesprit^ hardi etépiairé, mais violent, et de maximes fort absolues. Il étoit outre cela attaché aux volontés et à la fortune du cardinal , et n entre- .tenoit le marquis et la marquise que des supplices qu'on préparoit à ceux qui témoignoiei^t quelqqe attachement aux intérêts dés princes, de Fin^possibilitéde Içs vqir jamais en iibefté, et des récompenses qu'on devoit doi^ner à ceux qui demeuroient dans le service du cardinal , qu'il disoit être celui du Roi. Ik G^ounençoient d'entrer dans un détail des iijitéréu du diic de Saint-Simon , quand un page entr'ouvrant de l'autre côté le rideau du lit sur lequel j'étois , et qui étoit fort près de la porte , me vint dire tout bas qu'un gentilhpmme qui venoit de Chantilly m'attendoit chea DaUie:^, ancien serviteur du prince, chezqqi je devois cou/oher , et qu'il me prioit de l'aller Irouver pour chose de la dernière conséq^eHee. Je me coaiai sans bruit, et sortis de la chambre et ensuite du togis, sans que Servien en eût rien aperçu.

Jq toie rendis dans le lieu désigné, çù jo trouvai celui qui mavdit fait appeler, qui ^toi^ Oourviile, secrétaire du duc de La Rochefoucauld , auquel^ emploi il étpit parvenu de degré eu degvé : il avoit porté les livrées;. C'est un homtne d'un beau talent, téeoni en eiLpédiens, allant à ses fins par toutes voies. U est d'une activité fort brusque et infatigable v il a changé

DE LENET. [l65o] t3t

dd mattres ôt d'emplois autant de fois que son intérêt Fa vèitla. Jele connoissois plus par réputation que par firatiqke. Il me pajrla avec une grande liberté ; il me dit qu'il ven6it de Chantilly de la part du duc son mattre, avec ordre derm'entretenir sur les moyens de servir les princes; qu'à peine avoit-il en la liberté de faire QQ compliment à la princesse douairière y mais qu'il avoit parié assez amplement à la duchesse de Châtil* Ion, qui Tavoit envoyé à moi. Je fus bien aise detrou^ yer en cet envoyé du duc de La Rochefoucauld ce qae je cherchois pour me communiquer avec lui : aussi ne fîs-^je aucune difficulté de m'ouvrir à Gour* Tille, et de lui dire mes sentimens à peu près comme je les avois mandés auparavant au duc de Bouillon par l^as, dont je lui fis confidence, et lui dis qu'il Uloit tâcher de faire prendre créance à ces deux ducs de l'un à l'autre, et d'assembler leurs amis; d'y joindre, s'il se pouvoit , toute la maison de La Force, celle de La Trémouille , le duc de Saint-Simon , Arpajou, Lusignan et SauvebœujP, et tous les gens de considération de Poitou ^ d'Ângoumois, de Sain* tonge et de Guienne , et de faire une assemblée à Londun semblable à celle qui y fut tenue pendant la régence de Marie de Médicis ; et là ne parler qtie du bien public ) de la réformation de FEtat^ et dos choses graves^ et sérieuses concernant le bien, l'avantage et tes privilèges des trois Etats : et pK)ur parvenir aux las dont il étoit question, de faire résoudre que chacun se tiendroit sous le» armes , et prendroit cha* oan.de son côté l'argent dans les recettes voisines^ et, sans parler de la liberté des princes qu'accessoirement, tâcher à mettre. Bordeadxx de la partie^ et pour

iStl [l65o] MÉMOIRES

cela essayer par leurs amis de porter le parlement à donner arrêt, par lequel il seroit ordonné au peuple de courir sus aux i^ens de guerre qui étoient logés à dix lieues aux environs de cette ville, au préjudice de la dernière déclaration de paix que le Roi leur avoit accordée, dont un article disoit eu termes exprès qu'aucunes troupes ne logeroient ni passeroient à dix lieues près de Bordeaux ; et que si on observoit cet arrêt , on tâcheroit d'obliger le colonel. Bains, serviteur particulier du prince de Conti, qui avoit un régiment de six cents chevaux aux environs de Bordeaux , de se déclarer; et que tous les seigneurs y joignant les troupes qu'ils pourroient faire dans leurs terres et gouvernemens, commenceroient à se mettre en campagne , et à tailler en pièces , s'ils en pouvoient trouver l'occasion, les autres troupes, ou du moins les réduire à leur faire quitter la campagne , où il seroit aisé de grossir leurs corps; que cependant je disposerois les princesses à quitter leur séjour de Chantilly pour l'allerétablir à Montrond, château très-fort, situé au cœur du royaume, et propre à donner la main à tout ce que lesdits seigneurs pourroient entreprendre; et que, quand il seroit temps , nous mettrions le jeune duc d'Enghien à leur tête, pour avoir un nom et un prétexte spécieux de faire ouvertement la guerre au cardinal Mazarin pour la liberté du prince son père et de ses oncles; que cependant on manderoit de la part de la princesse , à Dumont, ancien serviteur du maréchal de Brezé soa père, de tenir bon dans le château de Saumur, où il commandoit.

Je dis encofe à Gourville que j'avois parole du

DE LENET. [l65o] ^33

maréchal de La Mothe de se rendre à Montro/nd quand les princesses s'y rêndroiétit. Il me rëpliq'tia que le duc son maître entreroit assurément dans tout ce dessein , puisqu'il Jui avoit ouï dire et âvoit discouru avec lui à peu près de la même chose 5 qu'il s'en retournoit toute la nuit pour lui apprendre mon avis, et qu'il reviendroit ensuite pour me dire ceux du duc et de ses amis ; mais que cependant je prisse bien garde qu'il n'arrivât aucui^ accident aux princesses et au jeune prince, en la personne et au nont duquel résidoit la sûreté du parti que l'on pourroiï former-, et que je fisse en sorte que la cour n'entrât point eii connoissance de notre projet, parce qu'elle ne manqueront pas de se saisir de la personne du jeune duc, et de l'arrêter avec les princesses , après quoi la vie des princes ne seroit pas en sûreté. Je lui repartis que j'étois si fort dans son sentiment, (Ju'il y avoit long-temps que j'avois pourvu à toutes chosei^ et que j'avois lait faire un carrosse tout simple et une livrée grise et peu nombreuse, pour détoufner la mère et Fénfant d'abord qu'il seroit nécessaire (dont bien me prit après) 5 et, au premier avis qu'il m'apporteroit que les choses projetées seroient en état, jemenerois l'un et l'autre, et peut-être encore la princesse douairière, àMontrond avec le maréchal de La Mothe. Et sur cela nous nous séparâmes , lui pour aJler trouver le duc son maître, et moi pour retourner à Chantilly, où je rendis un compte fort exact à la duchesse de Châtiilon et à la comtesse de Tourville de toute la conférence que j'avois eue avec Gourville, et

aux princesses de tout ce qui étoit nécessaire qu'elles

ea sussent.

|84 [l65o] KBMOIRIS

Cependaût comme Ton ëtoit bien ayant daiis ^ carême^ nous consultions nos amis de Paria iuc co que nous pourrions faire au parlement après les fêtes prochaines. Le temps commençoit à rendre les noms des princes moins odieux; quantité d'écrits couroient parmi lu peuple en leur faveur, et contre le gouvernement du cardinal Mazarin; on débitoit tout ce que Ton pouvoit pour rendre lés frondeurs f suspects d'intelligence avec lui. Je ne ces&ois point

de faire proposer à eux ou à lui les projets du mariage dont nous avons parlé cî^dessùs, pour faire en sorte de les diviser par Tintérét. Les apprêts du siège de Bellegarde continuôient , et ceux qui étoieni dedans témoignoient une vigueur non pareille^ Le cardinal n'oublioit rien pour emporter la place pai négociation pendant quil faisoit occuper tous les postes pour Fassiéger, comme il fit bientôt après* Desloges n'y put entrer; il revint^ et nous dit beaucoup de particularités de cette affaire ^ que non! fîmes savoir au maréchal de Turenne, qui vc^oit i regret cette place en état de se perdre, et qu'on n< pouvoit secourir en cette saison-là par diversion a autrement. Six jours après le départ de GourviUe il revint à Chantilly, où il entra sans bruit, et me fi dire qu'il étoit dans ma chambre , où il passa la nuit 11 jne dit que le duc de La Rochefoucauld avoit reçi agréablement toutes les propositions qu'il lui avoi portées de ma part; qu'il avoit mis les fers au £ei pour les faire réussir autant qu'il se pourroît ; qu< pour commencer il avoit envoyé son capitaine de gardes au duc de Bouillon ; qu'il avoit eu de grand commerces avec le duc de Saint-Simon par l'évéqu

D£ Ii£H£T. [i65o] r35

d'Aigoviêmé et par le cheraliar dé Todks , gmitil'^ hômitfe de cœur et de mërite, domestique du princie déCondëi et avoit envoyé chez plusieurs dé (ietti^ quejelliî avots indiqués ; qt^'îl ^Voit quantité d'amis; (cdibine rexpënence le fit voir) qu'il etaiiploieroifc ayec joie à ee dessein ; mai^ que pendadt que tout se d2]$poseroit à cela ^ il croyoit pouvoir veiiir à bout du» aut^e dessein fort important et fôlt nécessaire kh ^ite dés affaires, qui étoit le secotirs^du chft'tea^ de Saiimur^ que Coàimingestënoit comme blo^ que par les trbupes ^u'il c&mibaiidoit en ce pdysflà, el dont il étoit prèë de former le «éj^e par Fiûtérél des afibires du Boi et par le.sieniparticiilier 5 parce qiiâprè^ hi mort du mailéiôhsQ de Brezé Qui l|ii àvoiit à^mé €^ à Guîtailt son oncle ce gouvernement ;y potir la Téco^Bftpensé. d'avoir airrétë les prtàces. Jliq)^ pro^m forjb ce desseiii, parce que j'en èbnfaoissoia 1$ eoîiséquenêe, et que le |!>rîncé.de Tarente^ dans une Yisiféqu'il>ayoit rendue àùx ptincesses â Gban-? ti% i avoit donné parole de secourir cette place v si on faisoit mine de.l!atta^uer ; et que depuis son déf* part n^us n'avions plus ouï parler die lui, sinon par les nouvelles qu'on nous écrivoit de ce pays-là , qui nods appfenoiènt qu'il étoit cbez luiàTkouars, où il ae di$po$oit rien pour cela^ Gourville continua, et me dit que le duc dé La Rochefoucauld faisok état d'assenibleF toujs ses amis de Poitou , ddnt il étoit gouverneur ^^t ceux des provinces circonvoi-. sines j sotis prétexte de faire solennellement les fu<*r néf ailles du duc de Là Rochefoucauld son père,^ décédé quelque temps auparavant, et qui n'étoit pas encore inhumé^ et qu'ensuite il se mettroit à leur

l3l6; [l65o] MÉMOIRES

tête avec ce qu'il poorroit amasser d'infanterie dans son gouvernement et dans ses terres , et marcberoit droit à Saumnr^ mais que ce qui Fembarrassoît le pins ëtoiti qu'il se trouvoit sans argent; qu'il avoit de quoi dbe^ lui pour bien recevoir Fassemblëe; mais que d'abord qu'il faudroiten sortir, tout suc- (tomberoit en deux jours, faute des sommes nécessaires aux dépenses qui se font en pareilles ren*contres. C'étoit là notre maladie générale, et je me trouvai assez embarrassé d'où je pourrois en tirer pour lui en idonnér. L affaire demandoit un grand secret. et une grande diligence. L'avarice et les incertitudes de la princesse doufiirière, et rimpuissance de» la • princesse sa belle-fille y > ne permettoient pas que j'en demandasse à l'une ou à Fautlre^ H me smvint que Desloges avoit rapporté et mis entre les mains de Dalliez les deux mille pistoles qu'il n'avoit pu jeter dans Bellegarde : je donnai un billet i GourVille pour les aller prendre i; ce qu'il fit, et retourna avec cette petite somn^e jeter les fondeniëns de tout ce qui éclata depuis.

i Je Gommençois à espérer beaucoup de la viguenr de Bellegarde , du dessein de Saumur, de l'assemblée de tous les seigneurs dont je viens de parler. Je fondois une grande espérance sur le soulèvement qui se priurroit faire à Bok-deaux, sur Stenay, et sur les choses que la duchesse de Longueville et le vicomte^de Turenne pourroient y faire et entreprendre avec le > Espagnols. Je ne songeois plus qu'à exciter quelque mouvement dans le parlement de Paris , et à mettre en sûreté la personne du jeune duc et délies des princesses, dont il. me sembloit que dé-

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pôfldoU la vie et la liberté des prisoiiniers ^> ôt^quî étoient le fondement sur lequel se deyoit élever le parti que noUs > projetions de faire pour leur pro** curer lun et Fautre. Je proposai à la duchesse de Chitillon, puis par elle à la princesse douairâère^ deux choses : Tune, de faire aller après les fêtes de Piques la jeune princesse et le duc son fils avec les fils du duc deLongueviHe àMontrond, où le maréchal de La Mothe devoit se trouver-, et l'autre, d'obliger la princesse douairière d'aller à Paris pour présenter une requête au parlement telle que je l'avois dressée, par laquelle elle se rendroit dénon-* ciatrice au procureur général contre le cai^dinal Mazarin , pour divers crimes et fautes commises ^dans son ministère , dont Tun étoit remprisonnement dé messieurs ses enfans. Par ce biais-là on embarrassoit les frondeurs dans le choix du parti qu'ils auroient à prendre, parce que protégeant le cardinal ouvertement, comme ils lui avoient promis en secret, c'étoit ruiner leur crédit dans le publie, et enl'aban^ donnant ils se divisoient; en quoi consistoit levsaliit de nos affaires.

Plusieurs personnes étaient dé cet ^vis; d'autres de différer. Quelques-uns. approuvoient la manière dont la requête étoit dressée 5 d'autres la vouloient d'une autre façon. Mais enfin la princesse , qui devoit la présenter pendant que le resté de sa famille se retireroit secrètement à Montrond , où elle-même devoit aller, après avoir vu le fruit que produiroit sa requête, avoit consenti à tout ceci par la seule crainte jue nous lui avions donnée qu infailliblement on a mettroit en prison , ou que du moins on lui don-

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neroit des gffrdes lorsque la cotir r^vitstiâroit de BburgogHe *, mais que si elle se mettoit etl uhë plâÈ( comme celle de Mohtrond, hors de la main dé h cour ^ oh ne pôurroit l'arrêter ni la prehdre qu'avec une armée : ce qu'on né pouHroit entreprendre pet dant là Campagne qui approchait , et qui oMigeoit h Roi d'envoyer touteé les troupes qui étoient en fia jôn et eh Bourgogrie sur les frontières.

Pendant ce temps>là on avbit disposé Aoutes le choses nécessaires à Tëvasion concertée, pour n^étr pas surpris quand il seroit à propos de Texécuter cependant j'allois et venois k Paris en sebret, € quand f ëtois à Chantilly j'avois souvent Phont^ti deme promener avec lès princesses, là duchesse d Cbâtillon et la comtes^ de Toùrville. Lès prome nades étoient les plus agréables an ihonde; car apd que chacun avoit parlé de ce ^u'il avoit appris d ses amis de Paris, de Stenay et de divers endroits d royaume touchant les affaires dont il étoit question on disÈouroit sur le moyen dé les acheminer, d'uiii et de. désunir ceux qui poutroîeni Servir 6\i nmti Nous formions les uns et les autres mille desseii chimériques pour là liberté des priniees^, ou {itit avoir correspondance de lettres avec e^x ; et coinm la princesse douairière àvoit Fesprit àgréabli^étl conversation galante , elle parloit soQvéht aVec don leUr do l'ingratitude de la Reine envei^s elle^ se soi venant des Services qu'elle Ini avoit rendus peiidai la vie du feu Roi , dont elle nou6 disoit mille part cularités curieuses , et de ce qui s'étûit passé i temps du duc de Buckingham, du comte d<c Holtani et des ducs de Bellegarde et de Montmorency. El

im LËNEt. [i65o] fdg

loos peip^neit l{iielqaefoi$ avec horreur Je cai^àctère dû cardinal de Riphelieti , et àVéâ un ^àùVenir fort obligeant ôelui du cardinal de La Valette. Quelquefois elle nous parloit de la priùcesséf dé Gonti et dtl myéchal de Bassotnpierre ] et ëtifin elle uouâ riàc6U4 tmt toutes les histoires dé ce tétups-là fort agréable-*' ment; puis elle uous eontoil dés singularités fort p^r4 ticulières et divertissantes de l'amour que Henri iv avolt eu pour elle 5 de ee qui 6'étoît passé eu sôii voyage de Flandre par l'entremise du Marquis de CœuVres, à présent le maréchal d'Estréés , par celle da garde des sceaux de Ghâteauneuf , qui s'appelôit pour lors M. de Préaut. J'en écrirôië une partie si j'avois le loisir, et si cela n'étoit pas si fort hors de Mon sujet. Le cardinal Beutivôglio éU à écrit dès relations que la p^ince^se disott être la plupart très^ rentables^ et ajoutait que nous ne devions pas noUs étoaner s'il Favoit flattée dans le portrait qu'il fait de sa beauté dans ses ouvragés, parce qu'il étoil fort amottreut d'elle r elle disoit dé fort bonne grâce qn'elle ^Vôit eu Une ëtoilé favorable pôur se faire aimer dei vieillards.

Je ne puis m'empécher de rapporter ici une averitcrre qu'elle nous conta, et qui m'a semblé fort agréable. Le prince de Condé son mari , père de celui 4a présent, s'abséntoil le plus qu'il pouvoit de la Cônr, pour éloigner la princesse des yeux du toi Henri rv, et éviter la violence dont il étoit menacé. Il^'étwt retiré à Verleuil, abbaye située à l'entrée dé /à'Piéarcfié, qu'il faisoit posséder par un de ses aumôniers^ et comnie il avoit convié quelques-uns de ses âffidés , amis et serviteurs pour y faire la Saint-Hubert,

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le sieur et la dlune de Trigny prièrent les prineei mère et femme du prince d'aller dîner ce j ou en leur, maison , qui n'est ëloignëe de cette abb que d^ deux ou trois lieues. Il y a bien de Tappare que cette partie ëtoit concertée avec le Roi, n tout au moins il en fut averti par le sieur de Trig qui étoit fort dans ses plaisirs^ tellement que princesses, faisant cette promenade, virent de 1 carrosse passer des livrées du Roi, et^grande quan de chiens. La princesse mère , qui aimoit passion ment son fils, et qui veilloit exactement aux acti de la jeune princesse , craignit que , soUs prête d'un rendez- vous de chasse, le Roi ne leur eût drc qij^elqve embuscade. Elle appela les veneurs qu'i voyoiitdeloin : ils s'approchèrent; majs l'un s'avanç plus que les autres, vint à la portière rendre compte ce que la princesse lui demandpit, et la désabusa d créance, en lui disant qu'un capitaine de la vénei qui ét^Qxt dans le voisinage pour faire la Saint-Hubi avoit fait mettre le relais qu'elle voyoit en ce lieuparce qu'il couroit le cerf avec quelques-uns dé amis. Pendant que la princesse mère par] oit à ce neur, la jeune princesse, qui étoit à la portière, ' servoit les autres qui étoient demeurés à l'écart s'aperçut que l'un étoit le Roi , qui , pour se mi( déguiser sous sa livrée qu il portoit, s'étoit mi^ emplâtre sur l'œil gauche , et menoit deux léyri d'attache en lesse. La princesse nous dit q^'< n'avoit jamais été si surprise en sa vie, et qu' n'osa dire à sa belle-mère ce qu'elle avoit vu, peur qu'elle ne le dît au prince son m^ri. Elle n avoua en même temps que cette galanterie ne

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avoit pas dëplti ^ et poursuivant Fhistoire , elle nous raconta quêtant arrivée à Trigny , elle s'écria , en entrant dans la salle , sur la beauté de la vue : à cpioi la dame de Trigny lui dit que s'il lui plaisoit mettre la tête à une fenêtre qu'elle lui montra, elle en verroit encore une plus agréable ^ et s'y étant avancée , elle vit que le Roi étoit à celle d'un pavillon, parce qu'il avoit gagné le devant aprè^ avoir eu le plaisir de lavoir à la campagne, et qui porta tout d'un temps une main à la bouche pour lui jeter une manière de baiser, et l'autre sur son cœur, pour montrer qu'elle l'avoit blessé. La surprise de cette rencontre ne donnant pas lieu à la princesse de raisonner, elle se retira brusquement, et cria : « Ah ! Dieu, qu'est-ce ici, ma- « dame? le Roi est céans! » Sur quoi la princesse mère, enflammée de colère, partagea sa voix aux ordres qu elle donna de remettre promptement les chevaux an carrosse, aux injures qu'elle dit, et aux menaces qu elle fit à Trigny qui l'entretenoit , et à sa femme qui parloit à la jeune princesse. Le Roi accourant au bruit, ne fut pas exempt de ses injures et de ses reproches. Ce prince amoureux employa toutes les prières que sa passion lui put dicter, et toutes les promesses qu'il pat lui faire, pour l'arrêter, mais inutilement; car les princesses remontèrent sur-le-champ en carrosse, retournèrent à Verteuil sur la parole que le Roi leur doana, où le soir même la princesse mèr^, manquant à celle que le Roi avoit tirée d'elle , raconta tout ceci au prince son fils , qui peu de jours après enleva la princesse sa femme , et Famena à Bruxelles entre les mains de l'infante Isabelle, qui a été une princesse excellente en toutes sortes de vertus. J'ai été assez

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loDg-temps ea Flandre, où j'en ai appris des choses si dignes de mëmoire, qu'elles mériteroient de tonfr» ber entre les mains de quelqu'un qui fût capable d'en f^iire un volume.

Les soirées de Chantilly n^ëtoient pas moins drrer^ tissantes que les promenades; car après que Ton avoit fait l^s prières ordinaires en la chapelle, où tout le monde nssistoit, toutes les dames se retiroient e^i Tappartement de la princesse douairière, où Ton jouoit à divers jeux. Il y avpit souvent de belles voix, et toth jours des conversations fort agréables , et des récits d'intrigues de (K)ur ou de galanterie qui faisoient pas* ser la vie, avec autant de douceur qu^il étoit possible, à des^ gens qui p^rtageoient fort sensiblement la douleur des princesses. Quelquefois nous lisions en particulier et en secret, avec la douairière, les lettres de la duchesse de LongueviUe, et les écrits sérieux op ridicules que ron faisoit courre en faveur des prince» cojsitre le cardinal*, et quelquefois nous examiniofis ceux qu'on avoit composés, et qu'on n'avoit pas^ encore donnés au public.

Ces divertissemens étoient souvent troublés par le» mauvaises nouvelles qu'on apporto^tCMi qu'on écrivais de quelques serviteurs de la maison qu'on avoki 6^** lés ou arrêtés.^ de plusieurs desseins avortés, dont es avoit auparavant conçu de bennes espérances. G'étoit uii p^sir très-grand de voir toutes lee jeunes «lames qui composoient cette cour-là tristes ou gaies, suivant les visites rar^s ou fréquentes qui leur venoient, et suivanit la nature des lettres qu'elles reoevoienl; et comme on savoit à pet^ près les affaires des unes et dest autves, il éteit aisé d'y entrev aesea avant pour

DE ï.ïiN|:T. [iÇS.o] 143

S m fliy^Ftir. Il y ^n aypit qui étoient ^fîrvies 4'tm même galant 5 d'$tutre3 qui croy oient l'être de plusieur^ et qui n^ rëtpieut de personne , et d'autres qui Tauroient youJvi ^tre d'un autre que de celui qui les galantisoit; d'a^ires encore qui eussent souhaité d'ér tr^ Ie$ seules qui eussent été servies, de tousi ^ et , en ^ vérité, elles méritoient toutes de l'être. Delà naissoient les liaisons d'amitié entre quelques-unes, et des froideurs entre d'autres, suivant que leurs galans étoient amis ou ennemis ^ et comme la plupart étoient absens pour servir ou pour se mettre en état de servir les princes, on voyoit à tout moment arriver des visites ou des messagers qui donnoient de grandes jalousies à celles qui n'en recevoient point; et tout cela nous attiroit des couplets de chansons, des sonnets et des élégies qui ne divertissoient pas moins les indifférens que les intéressés. On faisoit là des boutsrimés et des énigmes qui occupoient le temps aux heures perdues. On voyoit les unes et les autres se promener sur le bord des étangs, dans les allées des jardins ou du parc , sur la terrasse ou sur la pelouse , seules ou en troupes, suivant l'humeur où elles étoient ; pendant que d'autres chantoient un air et récitoient des vers, ou [isolent des romans sur un balcon en se promenant, ou couchées sur Therbe. Jamais on n'a vu un si beau lieu , dans une si belle saison, rempli de meilleure ni de plus agréable compagnie, quand le 10 avril, à huit heures du matin, la princesse reçut une nouvelle qu'elle me fit l'honneur "' ^ de m'envoyer dire par Dalmas , laquelle ne me surprit ' pas beaucoup, parce que je m'étois souvent étonné de

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ce que cela n'étoit pas arrivé long-temps auparavant 5

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mais elle me fâcha fort , parce que ce contre^ rompoit ou du moins déconcertoit toutes les m( que nous avions prises. Mais comme dès ce jou commençai un journal autant exact que les gr affaires dont je me trouvois charge me le purer mettre, je m'en servirai pour la continuation c Mémoires.

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