‹ Mémoires de Pierre Lenet, procureur général au Parlement de Dijon, et conseiler d'etat, contenant l'histoire des guerres civiles des années 1649 et suivantes, principalement celles de Guienne et autres provincesChapitre 5 sur 7 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Le 7i,%^kvin% beuceaprès mjmiit , le duc de BouiUpn , )m,aypit,tûat disposée poiir la iip^arçlie, eiwoyadeux

aieiires 4?^^!^]^ K J^^l^ ^^^'^^ iP^^Q^^ dp TouryUle le fake ^é^j^Ul^ la priaçes^§ jet le duc^d'Ënghien. Oa e fit : elle quït la n^sse ^ et desçjendit longtemps a;y an^ ie jour au bas du château;, , où ellç trouva les copipa- ;iiies des : gardes du prince son npiari, du duc d<s Bouillon çt ,4u, duc d? La BtQchefouçauld , ^ qui to^us ieux ëtpi^t à la tête de. toute la noblesse dont, nous ivons parl^, près des deux çanrpsses, dans Tun des-

qii^,el|e»; le duc d'|Inghi€^ii et les dames entr^i:enf<^

et Tautre servit à i^ener les fils de M. de Spuil]pn, fort jeuaes^ et ;qu'on appeioijt pour lors Sedan -et Raucpurt»

Juâque là la princesse n'avoit agi qu'en secret; elle n'avoit fait que fuir de Chantilly et de ; Montrond \, eUe avoit dissimule ses desseins à la cour et à ses ! amis isémes : maintenant son ressentiment éclate, tP»1»t est au jour; èUe ms^rcb^ à la tête d'une armée ; elle cherche un asyle les armes à la main, et voit enfin éclore ce pajr ti qu'on avoit ménage ^vec tant de secret ^ jiediroisméme d'adresse^, si je n'avois eu trop départ à toute cette conduite. Il a . été glorieux à tous ceux <jui l'ont soutenu et > qui ; Tont fqriné; dans , un teipp^ dune très- violente, Of^ression, après un coup de R>udre tel qu'avoit été la prison des princes, p^ndacit 'union étroîl^ des frondeurs avec le cardinal, qiii

2i5B' [i65o] iriJioiBEs

avmt felevë sûa aaiofkë i^artoat^ £t a^pcèa les heareux succès c^u'il aroit eus en Normandie, en Anjou et en Bourgogne. Il faut que je dise €el qu'on dit souvent en pareilles rencontres , qu'il est aisé de gouverner un vaisseau quand le vent est favorable , mais très-^difficile de prendre port contre vent et œà^i

Le rendez-vous ftt à *'^'^, ioùlipriiicé^é* tfoiitt dans une plaine seize éscadrùns Ifeltbvaferie^iWîriirtt neuf cents chevanx , qtîatre ëents gen'âlsUtfiniifiés^ et dé deuK eênts dragons , j^i^aiit environ dètix mille quatre cents honfimes. Tout marcha en baëaullè jôi^ qti'à Mohlfort-Àur-Dorflôgne ; Mpirtëtiàiït àb. duè^é BoTikilloh, cotnmè j'àî dit.' L'ahnëë caiùpir entré ce liéu-Ià^Sarlat, pourlaèob^rirdeséiinféttrisi ^ ^ ~ La princesse y reçut Un getitilnoïkniije 'dtt'<ilta^qtii9 dé Là Forcé , qui proposa défaire prendre 'ÊH^riie avec un grand mystère , dont là princesse '^tok ^suréé. $11 eût proposé de s^én ëervh* %ti pét^Àdâiie/il eût fallu lui donner curée de cette exécutiûifiv'ti'oi comme s'il n'y eût eu que lui au mo^de qtâ'^^ôt iété capable dé la faire, et qu'elle eût été iei^â|uti(luipa[rti. il îDàporte souvent de donner l'honnew à irutrui d£S choses que l'on feroitmiéut ^i-itïéine ét^olveé&Kliii de dépense, comme ici, 4>k fùn 'Ant^k fyii'^itiè ^ pas au marquis de La Foreé, après l<^nel 41 li^roit pu reculer : mais it ne parloit qne dé ntlitô tàetm^ main quelques gentilshommes de ce v<Mtiag«4à;'^i n- étoient pas assez c^sidétables ipo^t désdMigei' eàt qui nous avôient ménagé l'èntriée de cetfce placé'.'

Le !é3, <m partît suivant U conseil tenu îà veille» Incontinent après que V&^ fut arrivé à fiétithrui fut résolu ée ct^uvrir la marclie de la^fiit^essek^fite^

D£ LENl&T. [l65o] 269

q%û seroil possible , et de la conduire à Bordeaux arec tonte sûreté : de sotte qu'à quatre heinr^ du matin elle se rendit avec le duc son fils, les fils du Juc de Bouillon V et le reste de sa suite, sur le harà le la rivière, où elle trouva six b^eaux . dans qïtatre lesquels ëtoient cent ou six vingts mousquetaires, ses :arrosse8 dans le cinquième , et Taiitre destine pour sa )er$onne» Avant que de s'embarquer, elle entretint mr le bord delà rivière le ^ur deMarrj , envoyé lu marquis de La Force, auquel elle promit de faire outlE^ 1^ choses qu'il souhaiteroit en faveur des gen* ikhommes qui dévoient se saisir delibourne, et le )ria de lui proposer de se rendre à Bordeaux , ou d'y mvoyer un gentilhomme de sa part avec lettre de séance , afin qu'elle pût traiter avec lui , connoltre ies intérêts et ses desseins. Elle dëpécba aussi un gentilhomme vers le maréchal de La Force, pour lui Elire ses complimens et ses excuses si elle passoit à h porte de Castelnau sans le voir ; mais qu'étant en l)tteau , et le château en un lieu extraordinairement élevé, eU^ ne pourroit, sans une très-grande incom* modité, satisfaire au dessein qu'elle avoii d'aller ell^ uéme prendre ces consals. Elle le chargea de lui d&e qu'elle marchoit avec mille ou douze cents che-* ^aux, et trois mille hommes de pied; que le Pariage étou sous les annes-y qu!elle étoit assurée de M. de Boardeilles et de tous ses amis ; que dans là duché de fVon^ac elle av^oit mille hommes de pied et deux cents chevaux , et qu'elle alloit se jeter da^ns Bordeaux.

Elle àvoit été cdnseillée ,^ et fort à propos, ée voir €e liuuréd^l en passunt^ pour deux raisons. La preiftière^, pour k Ëaire précisément déclarer; et h se-

«70 [<65o] irëMOiBCs

coude, en cas qu^elle n'en pût venir à' bout, fiiire croire par cette entrevue à toute la Guienne qu'elle venoit de nouer la partie : mais Ce dessmn fut combattu par d'autres raisons qui l'emportèrent; La princesse s'embarqua donc , passa au pied de Castelnaa , fut visitée sur la rivière, près de Benac, par le seigneur du lieu, qui s'excusa sur son âge s'il ne lasuivoit , et l'assura qu'il alloit faire monter ses fils à cheval pour aller joindre son armée. Chacun la voyant passer plaignoit l'affliction de cette princesse , et la manière avec laquelle elle se sauvoit avec un prince du sang âgé de sept ans : on lui soufaaitoit , les larmes aux yeux, toutes bénédictions et toutes prospérités. Enfin elle arriva à Limeuil, petite ville où il y ann château sur une hauteur qui la commande,. et dans la situation que j'ai dite. Elle trouva en arrivant le pont de bateaux, qu'on avoit commandé deux jours auparavant, achevé , et tout le pain de munition cuit. Deux heures après son arrivée toute la cavalerie arriva, à laquelle se joignirent deux cents chevaux que le marquis de Saint- Alvaire, et les sieurs de Ribère^ de Jorre et autres , lui avoient amenés.

Les ducs reçurent la nouvelle que les ennemis avoient quitté Térasson , sur Tavis de leur '■ sortie de Turçnne,. et marchoient sur deux lignés : savoir, la cavalerie d'un côté, et l'infanterie d'un antre, et sembloient aller vers Bergerac. Gela les fit résoudre d'aller à eux pour essayer de les pousser , et pentétre de les tailler en pièces.

A cinq heures du soir toute l'infanterie arriva. Les |a ducs, qui étoient partis en diligence, (et qui avoient emmené cinq cents fantassins qu'ils afvoient prisi

D« LracT. [i65o] 3171

Limeuil des troapes qui y étoient pour la conservation de la place , apprirent , à demi-lieue de là , que les ennemis avoient passé à Liorat, et pourroient s'arrêter àLa Moussie de Montastruc. Us résolurent de les pousser jusque dans Bergerac , et de les combattre s'il étoit possible. Le duc de Bouillon envoya quérir toute rinfanterie , quoique fatiguée d'une longue marche , et qui partit à Theure méme«

Le sieur d'Erchinac et *** , neveux du sieur Le Blanc de Mauvoisin , conseiller au parlement de Bordeaux , avertirent la princesse et les ducs que le duc de Saint-Simon continuoit d'écrire à Bordeaux que l'arrivée de la princesse et du jeune duc seroit leur ruine; qu'il falloit l'éviter à quelque prix que ce fût , et leur refuser l'entrée 5 et que Pomiers-Françon , quoiqu'intendant de madame la princesse en Guienne, et le procureur général du parlement dépendant dudit duc , tenoient le même langage , et alloient de porte en porte pour essayer de le persuader. Et cela ayoit été déjà dit et mandé de divers endroits à la 'princesse.

Le sieur de La Chapelle-Biron arriva avec quarante maîtres. Longchamps retourna à Figeac, où il rendit sa lettre de la princesse au sieur de Montaallé. Le comte de Grnssol, la comtesse sa femme, et l'abbé tfUzès, crurent ou feignirent de croire qu'il venoit appeler en duel le sieur de Montsallé, et par là empêchèrent de l'entretenir, et l'arrêtèrent un jour entier. La comtesse le désabusa de la pensée qu'avoit la princesse que le duc de Saint-Simon {^t dans ses intérêts, et, lu,i témoigna tous. les déplaisirs du monde Ju'il ne fût pas dans les sentin]ien;s qu'il étoit obligé

S79 [i6âdj MÉiioiRii

d'avoir par les paroles qu'il avoit dûûnéês, et par b psà'entë qu'il avoit Tbonneur d'avoir avec M. le prioce. Le sieur de Palière, capitaine au régiment d m£interie de Condë , arriva de Montrond , et apporta h bôpie d'une lettre de la princesse la mère à Mautoor, ^uverneur de cette place, dont voici la copie :

« M. de Mautour , j'ai appris avec grand dëplai- « sir le départ de ma helle-fiUe et de mon petit-fils (( de Montrond, et suis bien en peine où elle pour- (( ra être allée. J'ai appris qu'il s'étoit jeté dans ledit a Montrond quelques gens de guerre , ce qui mV « blîge à envoyer savoir de vous ce qui en est : et (( comme je ne suis en volonté ni en puissance dete- (( nir une garnison extraordinaire, je vous prie de le a faire connoître à ces messieurs, afin de les obliger a à se retirer avec le plus de civilité et de courtoisie « qu'il vous sera possible, ainsi quç je l'ai dit à votre (( frère, me remettant à vousdu surplus. Je suis, etc.»

Mautour lui fit réponse que ce qui ëtoit à Montrond y étoit par l'ordre de madame sa belle-fiDe, ^'ils n'en sortir oient que par son ordre ; et que n'y étant que pour la sûreté de la place, et n'y faissint aucun acte d'hostilité, il ne croyoit pas que la courj pût trouver à dire. II y a des occasions où l'on fait plaisir aux maîtres de leur désobéir.

Filsgean retourna de Blaye où la princesse l'avoit envoyé, qui lui rendit une lettre du duc de Saint-Simon, et lui dit qu'il disoit n'avoir jamais donne parole à Todias, au Chambon , à Ghàpizeaux ni à Fé* vè^e d'Angodléme de recevoir elle , ni son fils, m madame sa belle-mère, et ne lui en avoir donné ja-

m\» esp^piie* par \^ nmqm^ 4e ^^$jimQ» 9ini

frère; qti'ellQ $iyâU pris ui^ n^uv^is conseil 4a $ort;ir de IMioutro^d ^ quf les ducs 4fi %Jiîi|lpn ç|t de La^ jPlochiefwiQî^qld Ym pwî^iit tifée pow Wr iat^r^t paf i^i- .cwU^r ^ qu'Us ^Wo^i^nt; va^l^, rendre maitr^^d^ teuri

pers(9mww, Vm piwç «L^qirg^p,, 0VF?utr^ W* géW^ venUQWem d^ iPoijt W i qa^ s'ils >e pir^sfç^U^^t 4; (^ PQrt^ U l^s çbftrg/çr<4t,^ que ^'il étoit iQOirtr«ftt de^ rfc-

4i:i,^^^ I et que » pjBpdiWrtcqj*'«We y wwHt U r^cf y»^

-mi wdre du Roi ppiir ll^çr^MW) S §^M(i^!f^m^pw\^fr

rae^i qu'il fewjt. pçui^ Al^ Jf. prw^j? plWiqiW Ww le*

.ittjlU^pir, -ç» wénageapft s^ MteN; par dpuq^W %mm ;flfle.p<Mïr y;p^rveji?ir; jil IjiMoitqu^ M pfiqcesi^.^ç^

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«iHid^aiid^'pafdQu a» Roi S pjt qu^ WPîfP^ivwrt çp^

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(jftie* uftiYi^«5l ç^j^a»^;etdt>^^ieIte:^<P«pi7W? ftp . coiûPj, JtuJL r4pp»di!t . f^t^p^r^iu^ WiU^»1 sw ; jtQUi ^ç|^ S

ff aJijwQUifWiïirt^i^^. ii-6^ >d«<f^ » l^v^

d« Jî|ipriBQ?Sft?î:il n'^t/W< ppH i'iWtt^ilWWWf i^)e pi PWr ^M PWWW Mîfe^.^érw* ;Jft;(Uf îi^,)W^Uie q^^^ ^iipçu^ p^u|?pîpflw^»i^ à l4 Reint^i Wi ^^Vie r»^

^^rjfewur^i^'e^p^i»t;d§!p#i»jç i^i|)ya»^ à k^^-

. .|Ç^4vv?f e«|YAiK^;il9^e4Ai^ ^«$^««^U p^s^^^

374 [l65o] MÉMOIRES

Elle fat deuic jour» sans vouloir le Tok : elle le vit i la fin, mais elle le traita arec beancoûp de froideur. Sur le soir, la princesse sut par le sieur des Chapizeaux, et ensuite par le retour des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, et de toute Farmëe, qu'aprài avoir marché toute la nuit j qui ëtoit fort obscure, 3s rencontrèrent les ennemis logés à Glermbnt et à Modelar, villages situés dans des lieux fort montueuil, couvertsi de bois, et de difficile abord , séparés d*eot par un ruisseau fort bomlbeut et profond, dans un nisrais qui empééha les troupe^ de passer à eux pour lès enlever la nuit, comme il avoit été plrôjetd ; o^tré qiiiB linfanterie, qui avôit fait une longue marche, n'aysnt pu suivre , s'étoit postée fine tièue en arrière. Les ducs crurent qu'ils ne pottvoient pas sans péril attan quer les enùemis dans leur quartier; leur infaiïterie étoit avantageusement postée : de: sorte qu'ilij attea^ dirent le point du jour, à cauise des grands dé^ qu'il fàllbit passer pour allef à eux. Mais les épeiWnistes (c'eist ainsi qu*dn léà appela toujoufrs deptiir) ayant aperçu à la âiveur^ du jotir la inoitié de la cavs^ lerie du duc d'Enghien'(Ta(utre moitié^ qui âvoiteo ordre de se reiidi^ là, iaVdit été fou^djhé^ la nuit pÉ lès guidés, et s'éDoit pbstëé'k idéuk^àndésl li^éUë^sorl droite) , ddminencèreht à pl'èndre leur màrchedu côté de Bergerac par une forêt qui ^iJbbutH'^sëz pfroéteàj la ville , quittant pour leur prtD^pré «iâlût le'^es^iii d#^ quel ils s'étoîent si foti: tantes; Meissiéuts ies gédé-j raux résolurent de les combêttVre] et pi6w Céli passèrent à Là Moulslsié lé rjiisseau quil€^ sépabif^ pour les attaquer dabs leur marche: tnais ayant r< contré leur bagage escorté de trois cfents mctas^e^^

D8 LENET. [l66b] II^S

tâires iet de^cent chievaux , M, le duc de Bouillon commanda an sieut des Roches, qui ëtoit à la tête dun escadron composé des gardes de M, le prince de Coodé et de ceux du duc de La Rochefoucauld , de les aller attaquer, étant soutenu deMarquessac et de La Bastide- Conr os; et ceux-ci par les escadrons ders Yolontaires, qui étoient commandés par le comt^ de Coligny, qu'ils avoient choisi pour leur chef. Des Roches et de Marquessac les attaquèrent arec tant de vigueur, qu'ils les défirent entièrement; et cettie ayant-garde, qui ëtoit commandée par le marquis de Sauvebôeuf , ayant tué plus de cent soixante soldats Z»iir la [dace , deux capkaines et quelques autres offi- .ciers, le reste fut fait prisonnier*, tout le bagage y muiets, chariots et équipage de toute l'armée pris; tout leur argent monnoyé avec la vaisselle du chevalier dé JLa Valette : le butin fut estimé trois Cent mille livres, 3 ayant tel cavalier qui eut douze cents louis d'or four sa part; et rien de tout l'attirail de l'armée n'é- <^appa qu'un carrosse, qui prit la fuite pendant le ^«Bxbat avec la cavalerie qui l'escortoit.

Cependant les épernonistes craignant après cette déroute que les. troupc3 du prince, qu'ils voyoient ^nnér avec tqint de chaleur et de courage, ne leur ^^bassent sur les bras, prirent la fuite en > grand "^rdre, et se sauvèrent à toute bride jusque dans *ârgerac, et au delà. Tout le pays sonna le tocsin '•r^eux, et faisant des prières pour la prospérité de» 4^es qui les poussèrent] usqqes aux portes de cette ^e-là, d'où ils retournèrent à Limeuil, où madame |>rincesse,.quiavoitsule bon succès, les attendoit pc impatience; et là l^s sieurs de La Chàpelle-Bi-

276 [l65o] MÉMOIRBS

ron , La Chapelle de *** et quelques autres les joignirent avec chacun cinquante maîtres, la plupart gentilshommes. On trouva dans la cassette du chevalier de La Valette toutes les lettres qu'il avoit reçues du duc d'Epernon et de ses confidens, les minutes des réponses qui leur avoient été faites , quelques copies des lettres^du Roi et du cardinal Mazarin, par lesquelles on dëcouvroit les fourbes et les intrigues des uns et des autres contre le parlement, contre la ville de Bordeaux, madame la princesse, monsieur soo fils, et la plupart des seigneurs et geutilshonunes de Guieone*

Je fis écrire sous M. de fiouUlon cette relation ainsi qu'il la dicta, et je Fai fait ici écrire mot pour mot, parce qu'elle est fort véritable ; et je la fis imprioer avec des additions et publier à Bordeaux, pour solenniaer le commencement de notre guerre, que nous prenions grand soin d'amplifier en le publiant : nous les augmentions même dans notre imagination; car les malheureux font parade de peu de choses, et se flattent que le moindre avantage est un ai:^repelr| le retour de la bonne fortune.

Le 25, on envoya des copies partout; et il n'atfj pas croyable combien ce petit avantage parut graiMlj dans la créance des peuples de toute la GoieoMi et combien de joie ils en eurent. Je ne sais à c'éà\ raffectioii pour nous, ou Taversion qu'dn afoitct tre le duc d'Epernon: car ces detix passions si traires et si opposées produisent d'ordinaire je n^ efiet; et souvent on nous aime ^ns nous connokret parce qu'on hait nos ennemis, ou l'on nous hait qu'on aime ceux qui nous sont opposés. Et parce qtvV

DE LUI£T. [l65o] 377

ans la cassette du cheyalier de La Valette on troava Ittsieturs lettres contre les intérêts da parlement et } la TÎUe de Bordeaux en général , et en particulier ntre Thonneur du marquis de La Force, et de pluriirs personnes de qualité de la province , avec les dres pour arrêter la princesse et le jeune duc , on \ envoya en original à Bordeaux , et des copies à us les intéresséSé

On séjourna à Limenil le ^6, pour donner un peu I repos aux troupes.

La princesse renvoya le gentilhomme du marquis { La Force avec les lettres que Ton avoit trouvées intre lui. Elle Finvita de se tronvet à Bordeaux )Qr conférer avec elle, et ajouta que, par un courer qu'elle avoit reçu ce jour-là, on lui mandoit que cardinal écrivoit à ce marquis avec promesse de le ire maréchal de France : sur quoi elle me commanda t faire un billet au porteur, qui disoit qu'elle croyoit marquis trop habile pour se contenter d'une chose ^i peu solide que cette promesse, qu'on ne lui isoit que pour l'amuser, et lui faire perdre le temps se rendre considérable en relevant son parti, en saisissant des places que sa maison avoit possédées trefois , et dans lesquelles il avoit intelligence , et Qt le crédit*, cfii'il seroit bien plus tôt et pluàsûre- 3nt maréchal de France en se rangeant de son côté l'en se fiant au cardinal , parce qu'elle s'engageoit , t le traité qu'elle feroit avec lui, de ne faire jamais iccommodement qu'il ne le fût; qu'elle lui donneit de l'argent pour lever des troupes-, qu'il devoit se avenir de quelle manière le cardinal lavoit méprisé le maréchal son père , ne leur ayant jamais donné

!^8 [l65o] MÉMOimES

d'emploi pour faire ëclater leur vertu, ni procuf ë ancuns bienfaits à la cour depuis qu'il ëtoit au ministère; qu au contraire il les avoit recules , pour avancer des gens de néant à leur préjudice; et quand bien il seroit devenu bien intentionné pour lui , il seroit impos^ sible qu'il lui donnât le bâton de maréchal de France, l'ayant promis préférablement à tous autres aux marquis d'Hocquincourt, de ***, La Ferté-Senneterre^ La Ferté-Imbault , Palluau, Manicamp, DuDognon, Grancey , et à d'autres qu'il n'osoit mécontenter, les uns par la considération de leurs places, d'autres par celle de leur cabale, et les autres parce qu'ils étoient ses créatures 5 et qu'il rebuteroit tout le monde s'il en faisoit si grande quantité à la fois.

Dorénavant, quand je dirai que la princesse fit oa ordonna quelque chose ^ il faut supposer que les ducs dé Bouillon et de La Rochefoucauld le proposoient ou le jugeoient à propos ; parce que depuis qu'elle les eut joints, elle ne voulut jamais décider d'aucune chose sans leur avis. J'employois toute la créance dont elle m'honoroit à faire tourner les'choses comme les ducs le souhaitoient; et je les priai d'abord tous les deux en particulier, et tous deux ensemble, de me commander avec un pouvoir absolu. Je savois^ bien que la bonne intelligence est l'ame des partis- La princesse n'avoit rien à craindre que de voir former de petits partis dans le grand par la désunion de» chefs : aussi appliquai-je tous mes soins à les éviter comme un écueil; et à la véritéje n'eus aucune peio^ à les tenir unis, car je n'ai jamais vu deux homm&^ d'une tçUe qualité et d'une aussi grande ambitio/i qu étoient la leur avoir des intentions plus nette^et Jf

]» LEilfiT. [1650] 329

]pliis.ënjcèi!69.Jb me tmUèr^trun etFautite av^c.tfint d^honnéteté^ et prirejat une telle créance ea moi, qa'ils ne firent jamais la plys petite affaire sans me^lj6 communiquer et me la faire approuver. :

La prinqes3e vint, et renvoya le genjLilhomme que le duc de Saint-Simon lui ayoit dépêché.. Elle, répéta à peu près tout ce que Filsgean ayoit dit à son maître, et y ajouta que rien n'é toit plus chrétien que ce qu'il faisoit enfayeur da cardinal Mazarin , qui Tavoit toujours persécuté -, et qu'elle espëroit qu'il feroit ré^flexion sur ce qu'il lui ayoit promis, et sur ce qu'elle n'étoit sortie de Moatrond qu'à sa persuasion et sur sa parole^ et que quand il awoit, connu la force du parti, il jugeroit qu'il poijiyoit y entrer sûrement; qu'elle lui laisseroit la liberté de faire la guerre à l'œil pendant quelque temps; et que, quoi qu'il eût écrit et fait dite, elle nepouvoit s'imagineiT qu'il lui man*^ quit en une pccasioii d'une telle importance. ïjlle chargea cet envoyé de lui dire de sa partet de l'ia^ surer qu'il ^e tie^droit qu'à lui qu'elle ne Faimât d^ tout son cœur.

La princesse se surmonta elle-même en dissimula,Ptt la plas grande partie de ce qu'elle ayoit sur le cœur^ omis il n^étoit pas à propos dé rompre brusqiiepient avec lui : et dans les négociations d'une aussi grande conséquence que eelle-là, c'est mne maxime certaine qu'il fauttouJAprs laisser lieu aux intéressés de pçp^ei^ icequ'o^, souhaite d'eux, parce que le temps produit fflille choses qui Ij^iir font changer de résolution ^ çt 1^ por^te souy^n^t à dé^ir^er ardemment le lendeiçain ^ qu'ils refu^oient la veille avec obstipation, surtout U^a«d on ïxqsi, pa^ en pouvoir de donperJa loi.

uSà [i(>5oJ «Gtaiomti»

En renvoyant ce gtetitilhommè , la priitoeÎM iuî^ donher tiné copie d^tine cèrtame lettre du èàchét éû KiA, qu'on &Up(iôsôit atûir été écrite aa chevaliefr 4# La Valette, et âteir été prise dâûâ son éqmpàge^piÊ laquelle oti lui doutioit oitire de mettre tout en usage pour surprendre Blaye, n'y ayant point d'appai^Ëc^tf de laisser une place de cette importance entre le§ mains du duc de Saint-Simon , auquel im ne pouvoit prendre confiance , sachant bien qu'il ëtoit eagagé dans le parti des princes.

Depuis on en monti^a le prétendu original à piû" sieurs de ses amis à Bordeaux ; mais la vérité est que quelqu'un que je ne veux pas nnmmer avoit, avéé une certaine drôgUe, levé tout l'écrit d'une vrài^ lettre de cachet, et avoit ensuite fait remplir le blatte de ce que je viens de dire : tant la nécessité et la foi*' blesse inspirent de choses contre la bonne foi.

Le a6, le duc de Bouillon renvéya Langlade à Bon deaux pour avertir ceui de sa confidence que la ptmdesse marchoit pour s'y rendre , afin de disposer les choses pour sa réception. La princesse te chargea de vèîr en passant le marquis de Botn'deilles, et de lai téhdl'e une lettre de sa part-, de porter ordre auché^ taKe^ de Todias de faire faire du pain de munitiôiir à Contras ; de voir quand et comment l'affaire de li* bourne s'exécuteroit , et en tout cas de faire préparer des bateaux au Bec^l'Ambez et à Lormont.

Le ^7 , on sortit de Limeuil, et l'armée marcha es bataille droit à Verg , où le marquis de La Douze, qui en est le seigneur , avoit défendu d'éuvrir la porte do château à la princesse ; et comme la petite vérole étoif en la plupart des maisons d<i bourg , et que la prio^

jm UKST. [16S0J s8t

€«$»e aVok râjiel de la craindre pour elle et pour le diM5 Mh 61b ^ eUe ctimpa la Huit avec Tarïnëe.

Le 389 6a oontiaita la nlso^che par le Pariage, petite ^rfc^ du Përi^drd ^ dont les habitans, naturelleDient aéditietti:! el ^ sont accoiituniés à né payer lii dettes à laik*s terëanctera ni tailles au Roi , vinrent au nom*^ btede six eents hoiûBies armes ^ sous la conduite du knm d'Abrocbe « offrir lefn^s services à la princesse. On ût balte près Le Grigault *, et , en passant à Sainte Pont, la dame du lieu lui donna une fort bannéte et fort galante collationsons des arbres auprès d'une fon^ (aine. On passa ia rivière deTUe à Mauriac, où trois cents bomtnes des terres de Laognais^de^Clërau , qui a)ypartieiinent au vicomte de Turennè , vinrent nous j(»tidre« On (»mpa à Saint-Louis , où la princesse cou-* eka^ et où elle reçut une lettre du marquis de Lusi*^ gnan y qui ëtoit à Bordeaux , par laquelle il lui donnoil SLTisqve tout le peuple Ty attendôit avec iuipatience: cequi lui fut et à nous d une très^grande consolation. Le 29, Ton marcha à Sadut-Ântoine , où Ton fit re-^ paître la cavalerie. La princesse y dîna, et tout campa et coucba à Centras , où le chevalier de Todias joignit à Tarmëe deui cents^cbevaux et cinq cents fan*tassins. Ce lieu , fameux par la bataille que Henri iv, étant encore roi de Navarre , y donna au duc de loyeuse i et qu il gagna avec tant d'avantage pour son parti, l'est encore par la beauté de sa situation entre les rivières de TUe et de la Drônie , et par la beauté ^lamaison et des grands jardins qui raccompagnent: c'est ce qui le fit juger propre à y faire quelque séjour, ^n attendant que les choses fussent en fétat que nous W souhaitions à Bordeaux. Et déjà les dame» et quel*

ques-uns de ceux qae j'ai nommés sûr leurtujet corn" mençoient à faire des chiffres sur les écorcès des laa« rîers les plus hauts et les plus beaux que j'aie vus de ma vie, et qui forment une belle allée sur le bord d'un très-grand canal, quand un avis que Ton reçol de MazeroUes, gentilhomme de bon sens, et de longtemps attaché au prince de Condé, qui s'étoit rendu à Bordeaux sur le bruit du voyage de la princesse,' el le retour de Langlade , firent changer d'avis, être' soudre d'y marcher avec toute < la diligence possible pour s'y rendre le 3i, sur ce que le premier atoit écrit qu'elle y seroit bien reçue, pourvu qu'elle y arrivât inconnue, et sans être accompagnée des dues de Bouillon et de La Rochefoucauld ; et qu'y étant, elle négocieroit pour les y faire recevoir: mais qu'il fat loit user de diligence , parce que Lavie , avocat général, étoit arrivé de la cour en poste, avec des ordres pour empêcher sa réception , et qu'il ne falloit pas Ini donner le temps de faire sa cabale pour les faire exécuter (1). Elle lui dépécha à l'instant même , pour loi

(i) « Le 3o mai , il fut porte chez le sienr d^Affis , président au park* ment de Bordeaux , sur les six heures de relevée , par nn homme io* connu, apostépar le nenr de Larie, avocat général audit parlement, (t un des députés dudit parlement en cour, envoyé à Bordeaux par le cardinal Mazarin pour j porter ses ordres, deux lettres de cachet datées du 18 mai : Tune adressante au parlement, et Pautre aux jaratsdt Bordeaux, toutes deux de pareille teneur; par lesqudles le cardisii, sous le nom du Roi , leur donnoit avis que madame la princesse et k duc d^Enghien son fils dévoient se rendre à Bordeaux; qu^il leur coO' mandoit, en cas quMIs ne fussent pas encore arrivés , de leur fermeriez portes ; et en cas qu'ils le fussent , de se saisir et assurer de leort pe^' sonnes.

<c Le sieur d' A (lis ayant reçu ces lettres, fit avertir quelques-uns deJ Conseillers du parlement de se rendre chez lui, qui jugèrent qu'il éioii trop tard pour assembler les chambres; de sorte qu'ils remirent tu lai"

lire qu'elle niatoheroit le lendemain dès la f^oîàte do our ^ mais qu'elle ne vouloit, pour quelque considëration que ce fût , se séparer des ducs , et qu'elle ainoit mieux qu on lui fermftt les portes que de lui im^^ poser cette nécessite.

Langlade dit beaucoup de raisons pour obliger la princesse à gagner promptement Bordeaux^ en telle sorte que le 3o , Farmée passa la rivière de Tlle , et la princesse ensuite , qui coucha dans un petit lieu nommé Quesvac. Elle y reçut diverses dépêches, qui ht pressoient de marcher.

Le 3 1 , elle en partit , et passa la Dordogne à Leusac. Elle y reçut une très-agréable nouvelle par le

demain, et tous les officiers da parlement furent avertis de se rendre k six heures du matin au Palais. Cependant les jurais ayant été mandes & FhAtel du président d^Affis, et ayant ouvert la lettre qui leur ëtoit adressée, eurent ordre de faire fermer les portes de la ville : cecpii mît o^ite nuit toute la ville en alarme.

«t Le lendemain , les jurais retinrent les clefs des portes de la ville ss&s les £iire ouvrir , et se rendirefit au Palais pour savoir ce que 1^ parlement leur vouloit ordonner : ce qui causa une grande émotion , et toat à Pinstant la place et la grand^salle du Palais se trouvèrent remplies tin peuple, qui crioit qu^il ne vouloit point être renfermé dans la ville; et que si on n*ouvroit promptement les portes, quHl les iroit rompre. Ce grand bruit et cette sédition qui se formoit pbligèrent le parlement dWdonner aux jurais d'aller en diligence apaiser ce désordre et faire ouvrir les portes. Dès aussitôt que les jurais parurent oans les rues , le peuple les obligea par diverses fois de crier viVe le Roi et messieurs Us princes! et quelques-uns des plus écbaufies furent rompre les serrures de» portes appelées du Caillau et du Cbap eau-Bouge, au mépris de Pautoritë <Ie« magistrats.

« Le parlement, pour calmer ce tumulte et témoigner aux babttan» ^'il n*y avoit tien d'extraordinaire, estima très-prudemment qn^aa lieor ^^as&embler les cbambres il falloit ouvrir raudience : ce qui fut fait f ^^ en outre informé contre ceux qui avoient rompu les serrures des portes de la ville. » (Histoire véritable de tout ce gui s-estjait et- Plissé en Guienne pendant la guerre de Bordeaux.)

l84 [ l65o] MÉliOIRBS

sièur de Vigë^ cpi y «rriva en postô, ethiiditque toute la ville moaroit d'impatience de la Toif ^ c}ue Latie ayoit fii bien cabale les jurat5 qu il le» àvoit obliges k fermer les portes le ûg , trois heures plus tdt qn'à Fordinaire, et avoit empêché ce jour-là qa''<m ne les ou- Yfît, de peur que la princesse y entrflt ; mais! que sur les neuf heures de ce matin^à le peuple s'en ëtoit tellement offense» qu'il s'étpH assemblé, et àtoit à coups de hache brise ks portes^ jurant qu'ils égùrgeroient tous ceux qui s*opposercient à son entrée, et avoient contraint les jurats et tous les assîstans àt crier vice le Roi et les princes ! et point de Mazarinl

La princesse , qui avoit résolu de coucher à Lormont pour le lendemain se rendre à Bordeaux à huit heures du matin et aller droit au parlement , changea d'avis ; et s'étant embarquée en ce lieu-là , passa et arriva sur les trois heures après midi à Bordeaux. Les ducs voulurent demeurer à Lormont, sur une troisième dépêche de Ma2erolles , et sur plus de trente lettres qu'ils reçurent là, qui tentes leur conseilloient de ne pas entrer à Bordeaux, et qui toutes leur faisoient espérer, et en donnoient presque une assurance certaine, que le lendemain la princesse obtiendroit facilement pour eux tout ce qu elle voudroit demaii" der aux Bordelais.

Toutes les bénédictions qu'on avoît données à la princesse , et les fleurs qu'on lui avoit jetées partout où elle avoit passé, et au duc son fils , étoient autant de favorables augures de la réception glorieuse et pleine d'affection qu'on lui devoit faire à Bordeaux. Quatre cents vaisseaux qui étoient dans le port lui

DE tBIlBT. [l65o] ^85

firent trois déchargea de tous leurs canons-, plus de trente mille personnes de tout âge et de tout sexe la reçureni avec de$ acclamations redoublées de me le JRoiet Af- le prince l On se choquoit avec i^Qipressem^t pour h Toir. Saoyebœuf et Lusignan ]ui seryoient d'écuyers, et eurent des peines incrojra- Ues de la m^ner jusque^ an carrosse qu'on lui avoit prépa<*é. Léjeune duo , qu'un gentilhomme pprtoit sur m bras , ëtoit vêtu d nni; robe de tabis blanc , cha* narréd'iftrgent et de passement noir, avec un Ghajpeau ^ouv^tda plumes blaqebe&ef noires, pour le deuU qu'il porloit du «aréebal d« Brèzë éon grand^père. 11 allôît ftVeo «ne contenance douce et agréable , tend^9t ses fBMims à ganebe et à droite k tous ceux qui p^QY^icsnt Taborder ponr les lui baiser, et leur disoit qu'il connoissoit bien que messieurs ses père et gratklpère avoient eu raison d'aimer des gens autant affectionnés pour leurs maisons qu'ils l'ëtoîent. Tout 1« mon4e fondoit eu larmes, en voyant un enlant de sa qualité et de son âge venir chercher reftige contre les violences d'un ministre étranger. Il gagna ^^ carrosse où l'on le mit à la portière , et d'où il saluoit ioûesr^ sammeat tout le monde qui le snivoit en foule. Toute la noblesse qui étoit arrivée en dix ou douze bateaux remplit vingt-deui^ carrossesi qui se trouvèrent sur le port, €t qui escortèrent la princesse et le duc jus^ qu'au logis^du président de Là Lasne,qu*on leur avoit préparé. Le peuple s'y jeta avec tant d -empre»^ MBient et de confusion, que les chambres en furent toutes remplies. La princesse fut contrainte de passer avec le jeune duc sur une terrasse qui est sur ia porta; de cette maison pour se faire voir h cette poptilaèe ,

a86 [i656] MɻroiRF.$

qui jusques à minuit lear donnoit des bënëdictions, et Yomissoit des exécrations continuelles contre le cardinal Mazarin et contre le duc d'Epernon.

Pendant ce temps»là d'Âlvimar arriva , chargé de lettres de créance du Roi pour le parlement et pour les jurats de Bordeaux; et comme il étôit attaché au maréchal DaPlessis-^Praslin, et qu'il Tavoit suivi lorsqu'il traita Faccotaimodement de cette ville-là avec Sa Majesté, il y étoit fort .coanu. D'ailleurs, comme onétoit scandalisé des ordres qu'avoit apportés queque^ jours auparavant Lavie, il s'éleva tout^-à-coop Un murmure contre Altioiar tel ^ que le peuple ïek déchiré, si quelques jgentilshommes qfui Favoient connu dans les armées , pour empêcher Tefiet de ce premier emportement , n'eussent proposé de le mener à la princesse (0.

(i) (c Le premier juin, sur les huit heures du soir , le sieur d'Alylnuir, officier de la maison du maréchal î)u Plessîs , envoyé' à Bordeaux parle cardinal Mazarin, arriva venant de Blaye'. Comme il sorcoit du bateaa, un habitant de la ville , 4}ni le reoennut , le fat saôctr au cbUet , et loi dit : a Espion, que venez-vous faire ici? Je vous fa|s priso^çinler de la (c part de madamt la princesse; » et à Pinstant fut mené' à Son Altesse. Cette princesse, la larme à Tœil, voyant d^Alvimar en sa présence, lui rçpçocha q^*ayant reçu beaucoup de bien 4a pfince tle< Cottdé loft mari, il étoit étrange de voir qu^il fût k ce point ingrat, que pour pUilt a'u Mazarin, ennemi et persécuteur de sa maison, il fût. venu à Bordeaux ponr Pempéchcr d'y trouver retraite. D'Alvimar lût ayant répondu qu'il avoit été obligé d'obéir au commandement 'dnl Roi!, p>' l'ordre duquel il avoit fait ce voyage, supplia Son Altesse de le voùioif excuser, et de le garantir de l'indignation et de la colère dès habitani, qui l'avoient thenacé par les rues de l'assommeri Cette princesse eut lï bonté de lui dire que comme elle révéroâtr tout ce qui Tendît àe Iipirt dn Roi , elle prendroit soin de sa conservation j qu'il étoit dans vût ville de laquelle les habitans avoient toujours témoigné une extrême passion et fidélité au service du Roi ; mais qu'ils aVoient grand sujet de se plaind|re du Mazarin, lequel, par le snppoft excraordinatre ^'îi

DB iAUBT. [x65o] Sl&7

D*abord qit'il y fut arrivé^ elle le fit |>â9ser dans M cabinet, afin de prendre conseil de ce quelle ayoit à faire avant que de lui parler. Sauvebœuf et Lnsignan furent d'avis de le sacrifier à la fureur dit peuple, et par cet exemple empêcher que d'autre^ ne se chargeassent à Favenir de semblables ordres delà cour. Il est toujours fâcheux de fajire des vio^r lences; mais quand on est nécessité à le faire pour le salut de tous, une que Ton fait à propos empêche souvent qu'on ne soit obligé d'en faire plusieurs dans la suite ; et il n'est pas toujours aisé de les exécuter comine 41 l'ëtoit dans cette conjoncture. Les dticfs <le Bouillon et de La Rpchefoucauld étoient de ce sentiment; ils écrivirent un billet à la princesse pour la prier de l'exécuter. Je crlis au contraire qu'il étoit dangereux, entrant dans une ville où l'on cherclioit uaasjle, de faire une actioj]L violente, qui sied toujours mal à Une feinme, dont les priaiei{)ales armes doivent être la douceur. La princesse devoit exciter de la pitié, eir éviter de, s'attirer de la haine;: elle avoit afiairë du parlement, et ià prudence consistoît i lui £airé conhoitré de la modération et dô là défé-

aroi^ donné au duc d^pemon pour aMOuyir ses vengeances, sVtoU acçniis avec ralsoln la haine de toute la province. Et ensuite elle pria le liùiKjais 'dé Làsîgnan Ravoir soin de la > personne d^Alviknar : de <3[à^i

«^e màrqairs''esi a^qpj^ airec tant de gé^érosUé pe^dan^ qup d^ Alt^il^r 9 ^té k Bordeaux , que quoiqu^il< eût porté des ordres de la cour pofir loi faire son procès sous prétexte de quelque prétendue intelligence aVec le roi d'EsiJtagne, il Ta logé dans sa maison, et gisraoti pa^ plii-

Mietrs fois, de là faif^r de ce peuple ^ qui avoit réfl>ola de le mettre ep.

Jlièces po.nr se venger de diverses fourberies dont ledit d'Alvunar les avoit abusés ci-devant, pendant les conférences faites au lieu de Lormont entre

letdépni^de Bordeaux et le maréchal Du Plessis. » {ïUst, vériu de tout

^ qui $*t$t<fm% fit jfoftém Guienf^ pendimt Ifi guerre de fiqrdeaiu^. )

^86 [i65o] i^MOfRSs

renée; et U ne pouvoit approuver Iq massacre (Tan gentilhomme qui lui portoit le^ ordres du Roi, dans un tempa auquel il n'avoit fait aucun pas contre ses întentioiis. Je crus qu'il suffîsoit de lui faire peur peur l'obliger à ^ retirer de Bordeauit sans y rien négocier , de porter les nouvelles b la cour du péril qu'il a voit couru, et qu'il y feroit c6nlioître ïzffecim qu'on y sToit pour la princesse. Je jugeai, en un mot, que nocrs aurions le mâmè effl^t de la modération qoe nous aurions en de la violence. Nous di^imriuiKes aihpienient sur la diversité de nôë avis^ et enfin h princesse se porta à suivre le mien, non pas qu'il fât indlleùr que l'autre , mais parce qii^ilf était plus cod- Ibnpe à son humeurJ

Elle ordonna donc à Lusignan et i Sauvebaraf^ se charger de la personne d'Alviinar, de le.condmre an logis de l'avocat général Dnssant, igdd^e qaatievingtsans, hemme qui s'iétioit érigeai tribun du peaplf, et qui àvoît acquis du crédit en 60«iteéant et proposant tout ce qui alloit contre les iiiténtiancàdisjacoar; mai» y an reste , fidèle , d'Une verU^ stoïqùè ^ et ([iii ci^oyoîi faire en cela le service du Rot et le bien publie. Ce fut à lui que la princesse voulôit qu'Âlvimar portât les lettres du Roi, afin que les préséntanl en

parlement , il haranguât pour en empêcher J'eflfet Kl« ordonna ensuite de le conduire ^ez le président d'Affî^, qui, par l'absence des plus anciens, setrou-

veit à la tête du parlement ^ a6a de lui Tfi^iidre k dépêche qui s'adressoit au premier préstdent. 11 ^oit homme de l?èl esprit, et beau parleur. Wons ne popvions rien, souhaiter 4oî pi w^uiçuiwi, ;câr. (PWWi^yJaûs en mainte quoi disposer de kii par la vé€ompe»se ou

DE LËKBT. [l65o] 1^

pat la peur : aus^i ne tarda-t-il guère d'oflVir ses services à là princ;esse, qui ne manqua pas de lui faire présent de quelques diaiHalls , de lui promettre une pension qui lui triploit le reVetiù de sa charge., et défaire semblant de se gouverner par ses atis. C'est un grand coup que de connoitre la passioti dominante d'un homme nécessaire , et d'avoir le moyen de laS'souvir. La princesse laissa agit le peuple en tout ce qui n'atloit qu'à faire peur à Alvimar ! de sorte qu'on le suivoit en foule par les rues : on faisoit mille me*^ Uâces et mille imprécations contre le cardinal Matarin et contre lui ; on juroit qu'on mourroit pour le service des princes , et que l6 prettaier qui vietidf oit à ptôposer quelque chose contre leur intérêt seroit jette dans k rivière.

D'Affis et Du^saut refusèrent de se charger des lettres dont Alvimar étoit porteur , et même ils ne voulurent pas l'ouïr. On le mena à la princesse, qui chargea Lusignan de le mener en son logis , et de voir ses lettres et son instruction, et dit à Alvimar, devant ^ue de le faire sortir de sa maison , qu'encore qu'elle sût qu'il fui ehvoyé par le cardinal Mazarin contre elle ^t contre monsieur son fils, et que tout le monde lilî conseillât de le laisser déchirer par le peuple , elle respect oit si fort le tiom du Roi, qu'elle, ne souffriroit pas pour ce coup qu'on lui fit aucune violence ç mais qu'elle ne lui conseillèroit pas de prendre une autre fois une semblable commission.

Deux heures après, la princesse sut que son instruction portoit, en termes exprès, d'empêcher par ^outeà voies sa réception dans Bordeaux , avec ordre 3u parlement de faire le procès à Lusignan pour un T. 53. 19

SQO [l65o] MEMOIRES

prétendu traité fait avec les Espagnols , duquel il disoit beaucoup de particularités. On loua fort ce marquis, et avec raison, d'avoir employé tout le crédit qu il s'étoit acquis sur le peuple pour sauver la vie au porteur de ces ordres , qui alloient à lui faire perdre la sienne , et de Tavoir gardé soigneusement dans sa maison.

Le premier jour de juin , la princesse sortit de son logis sur les dix heures du matin, suivie de la même foule de peuple et de noblesse ,/et mena le jeune duc son fils au parlement, dont la grand'salle retentissoit des mêmes acclamations qu'on y avoit faites la veille. J'avois rhonneur d'être près de leurs personnes : la princesse sollicitoit les juges à mesure qu'ils entroient dans la grande chambre ; elle fondoit en larmes en leur représentant le malheureux état de toute sa maison opprimée, et leur demandoit un refuge contre la violence du cardinal Mazarin. Le jeune duc, que Yialas portoit sur ses bras , se jetoit au cou des conseillers quand ils passoient , et, les embrassant, leur demandoit, les larmes aux yeux, la liberté de monsieur son père; mais d'une manière si tendre, que la plupart de ces messieurs pleuroient aussi amèrement que loi et que madame sa mère, et leur donnoient tous bonne espérance du succès de leur requête. Ce spectacle augmentoit dans le cœur de tout le monde Faffection qu'il témoignoit pour la maison de Condë, et l'aversion pour tous ceux qui la vouloient détruire.

Le parlement tarda beaucoup à s'assembler, mais enfin il le fit; et ceux qui étoient malintentionnés contre nous firent <20urir le bruit que la princesse avoit fait arrêter d'Alvimar , et lui avoit ôté les lettres

DE LBNkr; [i65o] agi

du Roi, dont il ëtoit charge pour la compagnie. Aussitôt qu elle en fut avertie , elle leur fit savoir ce qui s'étoit passé la veille, et les fit prier de mander Alvimar pour en apprendre la vérité de sa bouché : ils le firent sur-le-champ, et la chose avérée les satisfit, et jeta la confusion sur les auteurs de celte imposture. Cependant, comme il se formoit d'autres difficultés , les enquêtes pressèrent l'assemblée des chambres, et l'obtinrent incontinent. La princesse , outrée de douleur et d'impatience , prit monsieur son fils par là main, et entra de son mouvement avec lui dans la grand'chambre. Elle étoit tout en pleurs; et voulant se jeter à genoux, elle en fut empêchée par ceux qui coururent à elle, et leur dit : «Je viens, mesm sieurs , demander justice au Roi , en vos personnes , « contre la violence du cardinal Mazarin, et remettre « ma personne et celle de mon fils entre vos mains: « j'espère que vous lui servirez de père ; ce qu'il a « l'honneur d'être à Sa Majesté, et les caractères que « vous portez, vous y obligent. Il est le seul de la « maison' royale qui soit en liberté : il n'est âgé que K de sept ans ; monsieur son père est dans les fers. « Vous savez tous, messieurs, les grands services qu'il « a rendus à l'Etat, l'amitié qu'il vous a témoignée « aux occasions , celle qu'avoit pour vous feu mon- « sieur mon beau-père : laissez-vous toucher à la « compassion pour la plus malheureuse maison qui a soit au monde , et la plus injustement persécutée. » Ses soupirs et ses larmes interrompirent son discours; le jeune duc mit un genou à .terre , et leur dit : « Servez-moi dq père, messieurs; le cardinal Maie zarin m'a ôté le mien. » Ils se jetèrent tous à lui

%ffl [l65o] IféMOlRES

pour le relever , et la plupart furent attendris à cett/^ vue jusqu'à en pleurer. Le président d'Affis lei ptia de se retirer 5 et leur dit que la cour reconnoissoit leur juste douleur , et qu'elle alloit délibérer sur leur requête.

Quelque temps après, la compagnie sachant que la princesse s'obstinoit à ne point sortir dti Palais qu'elle n'eût obtenu l'arrêt qu'elle demandoit, lui envoyèrent les gens du Roi pour la supplier de ne se pas donner la peine d'attendre. Elle répondit que ce ne lui ëtoit point peine, et qu'elle n'avoit traversé le royaume avec tant de périls que pour leur demander justice. Le concierge eut ordre de lui présenter du fruit de sa maison : ce qu'il fit. Cependant le peuple, qm s'impatientoit , faisoit dans la salle un grand brait et de grandes menaces , si le parlement ne donnoit l'arrêt que la princesse espéroit.'

L'on envoya demander les conclusions des gens du Roi. Lavie, qui étoit engagé de parole au cardinal, qui lui avoit promis la charge de premier président, vacante par la mort du président Bernay , fit son possible pour tirer l'affaire en longueur*, mais Dussant, qui entra dans la chambre, porta la paille avec tant de vigueur, qu'après beaucoup de contestations, l'arrêt fut donné aux termes que je mettrai ci-après. Mais, avant que de le prononcer, la cour envoya ih princesse Pomiers-Françon, doyen du parlement, et Tarangue, qui avoit été le rapporteur de sa requête, pour lui demander, afin de garder quelque bienséance , si , en cas que la compagnie lui donnât la protection du Roi et sûreté dans Bordeaux , elle n entendoit pas y vivre en bonne sujette dé Sa Majesté;

DE LENET. [l65o] 2193

et si elle n'emploi^roit pas son autorité pour empêcher qu'il ne s'y passai; rien contre son service : à quoi elle répliqua qu'elle l'avoit ainsi déclaré par sa requête. Ils se retirèrent, et l'arrêt fut résolu et donné. Voici les termes auxquels il est conçu , et ceux de la requête telle que je l'avois dressée par ordre de la princesse, et que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld approuvèrent^

Requête de madame la princesse.

« Supplie humblement Claire-Clémence de Maillé « de Brezé, épouse de messire Louis de Bourbon, « prince de Condé, premier prince du sang, premier « pair et grand-maître de France , duc d'Enghien , « Châteauroux, Montmorency, Albret et Fronsac, « gouverneur et lieutenant général pour le Roi en ses « provinces de Bourgogne, Bresse et Berri, disant « qu'elle a vu opprimer l'honneur , la liberté et l'in- « nocence de monseigneur son mari par la plus ex- K traordinaire violence dont l'histoire ait jamais parlé ; « que son respect a été tel , qu'elle a vu pendant plus « de trois mois dans les fers de la plus étroite cap- « tivité dont jamais criminel ait ressenti la rigueur, « par l'ordre du cardinal Mazarin , un prince qui a « si courageusement, tant de fois, et dans des con- « jonctures si importantes , exposé sa vie pour le ser- « vice du Roi, le bien de l'Etat ||^e soulagement des « peuples, sans oser s'en plaindre qu'à Dieu seul. « Elle a néanmoins vu redoubler la persécution jus- ^ qu'à lui refuser la pei-mission d'aller rendre les der- • niers devoirs à son père mourant, à qui leur mal-

294 [l65o] MÉMOIRES

a heur conunun faisoit perdre la vie ^ jusques kR£n

« investir la maison de Chantilly, que la Reine lai

« avoit donnée pour retraite, par plusieurs corn-

« pagnies des Suisses et de cavalerie étrangère, où

« il envoya le sieur Du Vouldy, avec ordre de me-

<( ner madame la princesse douairière sa belle-mère

« M. le duc d'Enghien son fils, et messieurs les co

a tes de Dunois et de Saint-Paul , fils de M. de L

ti gueville, en Berri, pour se saisir en même te

a de leurs personnes et du reste de leurs biens :

« qu'elle n'auroit évité que par une fuite précipi

a qui Fempécha de tomber entre les mains du

a de Saint-Aignan , qui avoit ordre de l'enlever

« toute sa suite, et avoit fait pour ce sujet un^

a semblée de gens inconnus, qui, par une vid^le

a protection de Dieu, n'arrivèrent au village de***

u que quelques heures après qu'elle en fut partie

« pour se rendre à Montrond , où elle sauva , en la

« personne de M. le duc d'Enghien , le reste de celte

« maison opprimée. Tous ces traitemens ne firent pas I

« perdre à la suppliante le souvenir qu'elle étoit née |"

« sujette de celui sous le nom duquel le cardinal

« Mazarin la persécutoit , et crut qu'elle devoit écrire

tt à la Reine pour la supplier, comme elle fit avec

<c toute la soumission possible, de la laisser vivre en

« repos , afin d'élever monsieur son fils en la crainte

« de Dieu , au service du Roi et au sien dans cette

« maison particulière : ce que Sa Majesté eut la bont^

« de lui accorder par sa lettre du '2 1 avril derpier.

tt Mais elle ne fut pas long-temps dans la tranquillité

« qu'on lui faisoit espérer : elle vit bientôt renaître

tt en elle les premières inquiétudes d'une femme ef

DB LEKET. [l65o] 2g5

^V^UYie mère, à qui rappréhensioii de perdre un

inari et un fils qui ont Thonneur d'être du sang

royal ne donne que des pensées funestes. Elle

^ eut avis de toutes parts que les troupes du cardinal

« Mazarin prenoient leur route vers Montrond , et

X Jeur rendez-vous dans toutes les villes voisines de

(^ ce château , qui est au cœur du royaume , dans un

temps qu'elles doivent être sur les frontières. Elle

vit de ses fenêtres le comte de Saint-Âignan , qui ,

vec cent chevaux , fut reconnoitre la place : elle

ut une copie de la lettre que M. le comte de

îenne, secrétaire d'Etat, écrivoit de Dijon aux

ciers du présMial de Moulins, pour leur dé-

dre d'aller dresser procès-verbal de l'état dudit

trond et de ses forces, comme la suppliante

oit invités de faire pour justifier à la Reine là

ité de l'intention qu'elle avoit de vivre dans

X qu'elle s'étoit proposée , n'usant d'aucune

tion pour sa défense. Elle apprit que, dans

in de l'assiéger , les prévôts des maréchaux

ou quatre provinces voisines avoient ordre

nal Mazarin de courre sur tous ceux qui

la visiter dans sa retraite. Elle eut nou-

Hssance, à madame

le^

av<

de

du

ven

vell

la pr

afflig

laquell

pendant

plus ancie

qui est cell

de messieurs se

it présentée au par demandoit sû^ e feroit un'^

en

la

.naj

que cette mère nt de Paris , par ^ur sa personne, ^uite , fondée en la œ de toutes les lois , jn demandant la liberté , autorisée par les lois du

royaume 5 en requérant que, suivant les ordres

296 [<&5o] MÉMOIRESi

« qu'elles presqnveot, leur procès leur fût fait par « leurs juges naturels \ et qu'enfin ce juste procëd^ a 4'une princesse du sang contre la violence d'un a ministre étranger avoit été puni comme un crime, <c et qu'eJle avoit été reléguée à Val) ers, avec défense « d'en sortir pour quelque prétexte que ce pût être: 41 sur quoi ayant jugé que cette viplence ne procédoit « que ^n de36ein , de long-temps prémédité par le <( cardinal I^prin, de perdra toute la maisoa de ^ Condéi pîtrce que celui qui Cjp est le chef s'étoit, « pour le bien de l'Ëtat» opposé k des alliances qu'il « projetoit de fau*e \ qu'il avoit été la cause que les ic trsiités de paix avoient été conclus contre les intéu rats de ceux avec lesquels il avoit prétendu s'al- « li^r , et qu'il avoit supplié la Reine , avec toute sorte « d^ respect, d'accepter les <xfires que les Espagnols « faisoient pour la conclusion de la paix générale *, la % suppliante crut que puisque le cardinal Mazarin « avoit j^t^ dans les esprits dçs gens de bien ce qui K emp^choit madame sa belle-mère d'avoir justice « au.parlep^ent de ^^.aris, ellp devoit la chercher dans n cette cpmpagnie, outre qu'elle voulut éviter le « siège duquel elle étpit menacée ^ et hasarder sa vie 4 dtA^Jes fatigues d'un long et pénible voyage, pour « consarvei* celle diç monsieur son fils , qui est le seul n prince du sang qui soit hors du pouvoir de c^t en- « nemi commun de tous ceux qui ont bien mérité de ft l'EtatfEl^e monta f|[gnc k cbevaj avec peu de suite, (^ fit porter monsieur son fils, âgé de sept ans, dett vaut un de ses domestiques ; elle traversa plusieurs u provinces par des chemins diflficiles et fâcheux, « contraint^ de camper toutes les nuits au vent et à

DE LEI«ET. [l65o] 297

tt la pluie pour éviter, en s'abstenant d'entrer dans m les villes, d'être arrêtée, suivant les ordres que le « cardinal avoit donnés par tout le royaume, à Tipsu h de la Reine , dans le temps que Sa Majesté assuroit ft la suppliante d^ sa protection et de son amitié par « les lettres qu'elle lui faisoit l'honneur de lui écrire, « Et toutp la précaution dont elle avoit usé pour ca- « cher sa marçb^ ne i auii'oit pas garantie de la prison , « sans la faveur qu'elle reçut de quatre 01; cinq cents « gentilshommes, qui, touchés des outrages quelle « rçcçvoit d,^ cçUii que mpnsieur son mari avoit sauvé «c de la fureur d'ua peuple justement irrité „ par Fo- « béissapc^ aveugle qu'il voulpit rendre à la Reine «t contre se^ sentirons et se3 intérêt^ particuliers, tt qui toqs liji vinrent au devant avec messieurs de K Bouillon et de J^a Rochefoucauld, ses parens et i amis particuliers , qu'elle avoit priés de s'avancer ir avec eux jusque d^ns les montagnes d'Auvergne, » parce qu'elle savoit que l'archevêque de Bourges ^ et le comte de Noailles, gens dévoués au cardinal, X assembloient du monde dans leur gouvernement, à ( dessein de l'arrêter. Elle se rendit dans le Limosin , ^ d'oii elle croyoit sortir le lendemain pour implorer ( plus diligemment votre justice, et chercher auprès i de vous le remède au:^ maux qu'elle souffre depuis i un si long temps, et que les violentes factions du t dit cardinal l'ont empêchée de trouver à Paris, quel- ^ que disposition que messieurs „de ce parlement-là ^ ^ient à lui faire justice , comme ils feront sans doute ^ quand son éloignement du royaume laissera agir ' Içur probité avec une liberté tout entière. Elle fut investie à Turenne, aussitôt qu'elle y fut arrivée.

IÇfi [l65ol MÉMOIRES

<( par la compagnie de M. le prince Thomas, qui se <( rendit à Brives, le régiment de Cugnac à Tulle, et « toutes les troupes de M; d'Epernon au pont de « Tërasson, sur la rivière de Vezère, où vraisémii blajblement elle devoit passer pour se rendre par <c sa maison de Coutras à Bordeaux. Le bruit courut a partout qu'on vouloit l'arrêter avec monsieur son <( fils : les communes s'assemblèrent de leur mouve- « ment , et la compassion leur fit naître le dessein et « prendre la résolution de les suivre , jusques à ce « que Tun et l'autre fussent en lieu de sûreté ^ mais la « 3uppliante ne jugeant pas à propos de faire une asa semblée si nombreuse ne retint, de ceux qui sW- « frirent à elle , qu'autant qu'il en falloit pour avoir (( des forces suffisantes pour s'opposer à celles que « commandoit le chevalier bâtard de La Valette, el « renvoya le reste pour ôter tout soupçon quelle c( voulût faire la guerre au Roi dans une province « où elle venoit chercher la paix vers les dépositaires « de sa justice souveraine. Elle continua son voyage: « les troupes qui étoient à Térasson en furent averse ties^ elles quittèrent ce poste, la suivirent, traver- « sèrent son passage, et tâchèrent de lui couper « chemin pour exécuter l'ordre que M. le duc d'Eper- « non avoit reçu du cardinal Mazarin de les arrto u séparément ou conjointement, et de les mettre sofls « bonne et sûre garde , comme la suppliante le justice fiera par écrit : mais, à la faveur de cette escorte, « elle aborda à ce port après tant d'orages qu'il avoit « excités pour précipiter cette maison dans un entier « naufrage. Ce considéré, nosseigneurs, etquenb « détention de M. le prince et en celle de messieurs j^

DE LENET. [l65ô] ^gC)

« les princes de Gonti et de Longueville , ses frère

« et beau-frère, qu'on ne colore que de crimes ima-

I « gipaires, vous connoissez la violence et Tôppressioù

« de ce ministre, qui, soumettantTavantage et la gloire

« de l'Etat qu'il gouverne à ses intérêts et à sa vèn-

« geance, veut établir sa tyrannie sur la ruine d'une

(( maison qui a tant de fois empêché celle du royaume,

« et par la perte du premier prince du sang, qui à

« par tant de grands exploits soutenu et augmenté

« la gloire de la couronne , dont vous avez si souvent

« rendu grâces à Dieu par des prières pubjiques et

« solennelles*, et attendu que le même arrêt qui a

« rendu le testament de Louis xiii , de glorieuse mé-

« moire, inutile, pour donner la régence à la Reine,

« a fait M. le prince, pour son mérite et pour sa nais-

<( sance , conseiller nécessaire de la régence , comme

« vos registres en font foi ; qu'il n'est pas raisonnable

« que le conseil du Roi demeure plus long-temps sans

« ce chef, lequel a si dignement présidé en l'absence

« de M. le duc d'Orléans; et qu'il est trop préjudi-

« ciable au service de Sa Majesté , et à la grandeur de

« l'Etat, que les armées demeurent privées de celui

« qui les a fait triompher autant de fois qu'il les a fait

* combattre; et tout cela par le seul intérêt du car-

« dinal Mazarin, né sujet du roi d'Espagne, enhemi

« de l'Etat, perturbateur dii repos public , déclaré tel

« par arrêt du parlement de Paris du 9 janvier 1649,

« autorisé par le consentement Universel déS peuples ;

* et que la déclaration du mois d'octobre 1648, qui '< a tant coûté de peines et de soins à toutes les com-

* pagnies souveraines, est violée en la personne de ^ M. le prince et de messieurs les princes de Conti

3oo [i65q] MÂlioiRE^

« et duc de Longueville, il vous plaise autoriser la * suppliante, attendu qu elle ne peut l'être par M. le « prince son mari , pour se pourvoir et prendre sur « le contenu en sa présente requête, et autres affaires « d^ justice, telle conclusion qu il appartiendra; et «c cependant que sa, personne et celle du duc d'Eaa gbien squ fils, et tous se^ biens, seront mis en la « sauvegarde du Roi et protection de la cour, avec IL défenses d'attenter à leur$ personne^ dûrectement « ou indirectement ^ et ferez biea. »

^rrêt en faiseur de la princesse.

« La cour, suivant les registres de ce jour , ouï sur « ce le procureur général du Roi , a ordonné et or- « donne que la requête de la dame princesse de « Coudé , et le registre , seront envoyés à Sa Majesté, « et qu'elle sera très-humblement suppliée, attendu « les protestations et les déclarations faites par lace dite dame princesse de son inviolable fidélité à son « service , d'agréer qu'elle et le seigneur duc d'En- « ghien son fils demeurent avec ceux de leur mai- « son dans la présente ville en toute sûreté , sous sa « sauvegarde et de sa justice ^ comme aussi Sadite « Majesté sera très-humblement suppliée d'agréer a les remontrances contenues aux registres. Fait i « Bordeaux en parlement , les chambres assemblées, <( le premier juin i65o.

« Signé DE PONTAC. »

Il étoit six heures du ^ir quand cet arrêt fut rendu. La pvincesse, en ayant su le contenu , se retira en sa

DE LENET. [l65o] 36 ï

maison avec le même accompagnement qu'elle en étoit sortie. Toutes les gens de qualité de l'un et l'atitré sexe vinrent se conjouir de ce bon succès, à la réserve de l'archevêque. Le parlement ne la visita point efl corps, ni le duc d'Enghien, comme ils étoieht obligés de le faire , et comme ils auroient fait dans un autre temps ; mais ih me prièrent de faire leurs excuses, fondés sur ce qu'ils dévoient ce respect ail Roi, après les défenses qu'il leur avoit faites de les recevoir, et qu'ils croy oient que l'àtrêt qu'ils venoiertt de donner leur étoit plus utile etleur témôignoitniieut leurs bonne^voloûtés que ne feroit un compliment, leleur applaudissois toujours en pareilles rencontres, ît encore en ce qui touchoit leur rang et leurs formes, dont pour l'ordinaire les'parlemens sont plus aloux que des choses eflfbctives et solide^ , afin qu'en leur accordant des choses de vanité je pusse acquérir lîféance parmi eu* , et obtenir les choses qui poûrroient être utiles à nos affaires.

Les juratà , qui étoieht la plupart créatures du duc d'Epérnon , n'eurent pas grande peine à s'abstenir de rendre leurs devoh's k la princesse , ensuite de la àéh Pense que La vie leur eh avoit faite de la part du Roi.

Le a , les ducs de Bouillon et de La Rochefou-^ cauld, qui de Lormont étoient passés au faubourg 3es Chartreux , reçurent quantité dé visites. Le peuple y accourut , et crioit à haute voix qu'ils n'avoient ^o'à venir dans la ville. Ils crurent, et avec raison, qu'ils devofient profiter de cette première chafeur. U priàcesse alla remercier tous les juges du favora^ ^ie arrêt qu'ils lui avaient donné , et en même temps^ ^tticitoît de ne point enregistrer une déclaration que

302 [l65o] MÉMOIRES

le Roi avoit envoyée au parlement contre les ducs. L plupart lui en donnèrent parole. Elle leur insinua ensuite (£u'il ëtoit honteux que des gens de cette qualité , et dont tout le crime ëtoit de Tavoir accompagnée , n osassent entrer où elle étoit ; qu elle croyoit qu'ils ne trouveroient pas mauvais qu'ils quittassent le faubourg pour se loger dans la ville. Quelques-uns contredisaient^ quelques autres lapprouv oient. Elle fut ensuite visiter les ducs pour leur dire l'air du bureau. Le peuple, qui suivoit son carrosse en grand nombre , disoit tout haut qu'il égorgeroit tous ceux qui s'opposerôient à leur entrée dans Cordeaux: ce qui les invita de s'y rendre un moment après que la prmçessefut sortie de leur logis. Nous prîmes d autant plus tôt cette résolution , que dix ou douze conseillers qui y étoient l'approuvèrent.

La princesse, retournant- des Chartreux, continua §es sollicitations en faveur des ducs. J'avois toujours l'honneur de la suivre partout. Elle disoit à ces messieurs que la fin de la requête qu'ils a voient à leur présenter étoit tout-à-rfiait de justice , puisqu'ils ne demandoient que la sûreté de leurs personne^ , et à se justifier contre les calomnies que le cardinal a voitiàit insérer dans la déclaration envoyée contre eux.

Le parlemerjLt, qui appréheçdoit la chaleur du peuple ,et de toutç la noblesse qui ayoit suivi les ducs dans la ville, vouloit tirer la chose, en longueur, croyant que les uns se refroidiroient ^\eç le temps» et que les aijlres. retpurneroiçnt la plupart^ en leurs n^aisons: de sorte qu'ib disoie^t, pifesque tous ii la f; princesse qu'ils n'étoieut pas leurs juges,, mais Wea Iç parlement des pairs , qui étoit celui de Paris. On

DE LENET. [l65o] 3o3

leur rëpliquoit que le parlement de Dijon avoit jugé le duc de Bellegarde et d'Elbœuf, et celui de Toulouse le duc de Montmorency ; que le duc de Bouillon n étoit pas pair , qu'il étoit habitué dans leur ressort , et par conséquent leur justiciable ; et que quand il seroit pair comme Fétoit le duc de La Rochefoucauld, il ne tiendroit qu'à eux de renoncer , comme ils faisoient , à leurs privilèges ^ que d'ailleurs il n'y avoit point d'apparence qu'ils pussent aller se justifier à Paris, où le cardinal Mazarin, leur ennemi capital, étoit le maître , et où il tenoit madame et mademoiselle de Bouillon prisonnières dans la Bastille ^ et enfin qu'elle leur demandoit justice pour eux.

Les ducs avoient résolu de porter leur requête au Palais -, mais comme messieurs du parlement appréhepdèrent de les y voir avec la même suite de peuple qu'ils y avoient vue la veille, ils me firent prier de concerter la requête avec eux , et de la faire porter par madame la princesse : et sur la parole que la plus grande partie donna qu'ils rendroient l'arrêt qu'elle soahaitoit, il fut ainsi résolu, La princesse monta en psurrosse à sept heures du matin, et pria le peuple ctla noblesse de ne la suivre pas, pour ôter tout sujet de plainte à messieurs du parlement -, mais comme elle étoit en che^nin, ils envoyèrent deux conseillers de leur corps pour la prier de s'épargner cette peine, €t l'assurer qu'en son absence l'atFaire passeroit sans difficulté. Elle s'arrêta au milieu de la rue : j'allai voir Jes ducs pour leur donner part de cette proposition, qu'ils agréèrent; et la princesse, par leurs avis, re- ^oijirna en sa maison.

Ceux qui étoient dans l'intention de servir la priii-

3o4 [l65oJ MÉMOIRES

cesse firent ce qu'ils purent pour faire p^^er la pa* rôle qu'ils avoient donnée 5 maislavocat général La« vie et sa faction firent jouer tous les ressorts imagina^ blés pour faire différer la résolution de la compagnie jusqu'après les fêtes de la Pentecôte, croyant que quelque changemeilt modéteroit la grande chaleur qu'avoit tout Bordeaux pour ce parti. Ils prirent prétexte sur d'Alvimar , et dirent que c'étoit une chose honteuse qu'un gentilhomme envoyé du Roi tt'edl pu trouver de sûreté dahS Bordeaux ; qu'il fàlloit lé mander, pour savoir de lui derechef comnient la chdSè s'étoit passée deut jours àtipai'avànt, e||bi demander les plaintes qu'il pouvoit former. On le manda, il fat ouï, et dit qu'il aVoit trouvé asse^ de géâérôsitéau marquis de Lusignan pour lui doUner retraite et assurance che2 lui, encore que le principal de son voyage fût de lui faire faire son procès sur le ptétendu traité d'Espagne \ qu'il se tenoitfort assuré cheî lui contre la violence du peuple-, que néàntHoins il f croyoit qu'il y alloit de l'autorité de toute là cotapagnie de n'avoir d'autre protection que d'elle dôfls une ville où elle devoit avoii* tout pouvoir. Ce dbcours eut reflet dans l'esprit du parlement qù'AW^ raar s'étoit proposé ; et ils se pîquèhént de loi tooû* trer qu'ils étoient les maîtres dans la ville. Us mandèrent les jurats pour leur enjoindre de tenii* b main à cet envoyé du Roi et à sa sutetiéi, de lui donner lin logis , et d'értipécher qu'otï he lui fît airtttn outrage. J'étoïS all^ visilet* le màrtyuis^éiiUsfigttaâi, à dessein d'entretenir d'Alvirtiar, qui m'aVdîf fait dite qu'il avoit quelques propositions à me feirê fort stnâr tàgeuses à M. le prince. Ne lé trouvant pa^ au logis, Ê^

el sadumt <pi'il ëtoil mande m Palais , je m'iihâgmài k peu près^ le sn\et de soa voyage ^ et qu'il étoit abso^ Imn^^t nécessaire dé Tëloigner promfiténiënt de Bon à^s^lL ^ poiir ôtér les oooilnaiiieatioiis éntte lui et La^ TÎet et les ;sii|eks de ïactîoas qui rés^oiétift par sotii «iQyen dans cette ville-là : de softcf qu^ayant proposé à quèlqué^^ns de ceux qui ëtoient en crëdil parmi le peuple léa inoyeos qu'il y avoit à tenir pour cela, je disposai les duoses pour le temps qu'Âlvimar retour-^ aeroit du Palais. Et en effets au mmnetft qu^ fut de retour, et qu'il. fut entre dansr la chambre où il s'en-^ U!et«iioîi 1^^ le sieur de Lusignan et moi , un valet de oluitibce vint dire à Lmignan qu'il passât dans la slitte; que le peuple étoit grandement ëmu , et se je* teÂI. en tatAé en son logit pour ëgorger Âlvimàr/ Lu^ ^^aaB^qmi'saVoit la chose, courut au peuffle : Alvimarcut peixr^ et me pria d'y accourir aussi pour arlétieff ce torrent. J'y courus, et trouvai trois oti q^tre cènis kdmmes mutines, jurant contre le car- 4înal Mazarin et ses émissaires , et disant qti'il fàlloil iflobaciler. celui-là à la vengeance publique. Us accompl^aQi^nt ce discénrs de tant de fureur et de tant de btnil i ^ULà}int:ïSLT , qui n'ëtoit sépare de cette salle q^ par ilne simple clôture d'ais, et n'ayant point d'i$s»6 pour »e sauver , Ae sachant même où il pourrait ti^enVer a^le quand il pourroit prendre la fuite , eiJiB remettant dans l'esprit ce qui s'ëtoit passé les jour^ précédéns , mouroitde peur et de désir de sorûr de la villë« Lé brait ^ qui étoit aisé à finir par lé mâme. ordre qu'il avoit été commencé , fut apaisé par le» paroles qu'oii doniia qu'Alvimàr s'ëtoit retiré , et qu'on ne le souffriroit plus ; et par la prière que T. 53. ao

l^ siepjif 4^ L^Qsigaan fiÀsoit bantémàit an) peaple ife

u^ piSis lui fajire cette injure, que de ^mas^âcref un

homme à qui il avoitdodEiné retraite en sa maison. Pai»

il rfepassa avec )moi i en la chambre où étoit Alvimar.^

ÇIpus le ti^ouy|^mesip)usjsK»*tquéyif deTappréheil-'

sion qu il avpitjcuev mais ayant irepris ses^ esprits^ il

m|e dit à p^u près tout ce que le duc de SaintjSimpD

a^Toit dit ^ Filsg^iau : d'où jje jugeai qu'ils s^ëtoient çonH

certes pai: ordre de la cour ^ et je commençai à pef*

df e toute f^pérance de Blaye. . Il me reprëseiità ((lie

la force a ëtpit pas la voie par laquelle la priû<^5s&

]^uyoit qbteiiir la liberté de m6nsietffi|son mari^

qu'elle feroH beaucoup mieux de se retirer iCootras

ou à Montrond) où le Roi la.laissèroit;en toute sa-

reté,. et d'où elle pourroitnëgocier ses intëréts et ceux

à^ princes 9 que de se retirer parmi des* peuples ma*

ti^és, iaconstans , et un parlement glorieux qai voa-^

drpit être son maître ] qu'enfin la princesse, parles

conseils des ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld,

sVmbarqueroit dans une guerre; et que n'ayant m

les uns ni le^ autres les moyens de la soutenir ^^Ile de-

ipanderoit du secours aux Espagnols , et s-engagerciit

ayec eux paf un traite , comme avoit fait madame de

LpAguevUle, après quoi il n'y auroit plu9 de retoaff

etqup le cardinal remettroit M. le prince ^tre les

malins de M., le duc d'Orléans et des frondeurs, ises

çnpemis<3apitaux, irréconciliables e^violetis \ auKea

quetlui, ëtafit doux, dëboinnaire , et obligé au prince

ppur les>0ÇQiurs qa'il avôit reçus ^ il oublieroit aisé^

ment les derniersrsujeis de plaîote qu'il avoit contpe

lui , et de faire oiibbilier à la Aeinè les djéplaisirs qu'elle

ciipyoit en avoir reçus:; qu'ainsi là princesse ne seroit

DB LBVET. [l65o] So^

paAfbien coifôeiU^ë siélle ne prenoit les Toies de (kmceu^ et dej négociation <avec le cardinal /"de qaiid^pendoit a(bsoliiment la liberté dé monsieur son mari; qu'il m'en ps^rloit comme à un homme bienintentionnë au service du Roi et de TEtat, ainsi qu'iiraYoit connu lefjour précédent, et à un homme à qui il ;çoiifessoit qttii devoit la vie. - .'.;,.;

Il ne m'étoit pas difficile de lui répondre^ et parce qiie je pavois par coeur ce qu'il y lavoit àt^dire là^desH* sus , tant je le disois souvent aux uns !et «ntrea^ à qui la crainte <»i Tintérét me faisoit f^ire tous^les jèurs de s^mblahle^apopositions , et parlée que je navois pas entrepris de mon chef de conférer avec Âlv(«mâr. Je sayoistrop cooibien il est dangereux : de donner de la j ^lousîe et de la défiance dans un parti : aussi avois* jie dit à là princesse , aux ducs , et ài tous les plusrconr sidérab)es de nos amis, qu il m'avoit fait dire iqu'il âvoit des propositions à me faire; et jeiprisileur ordre* et leurs avis sur ce que j'avois à lui. dire etk M proposer : non pas quenousi ne jugeassions tous qu'il u'^tpit. ni: de poste ; ni . de créauce à rien persuader au: cardioal, liiaisiinous. crûme&iqu'une négociatioÀ qii^oti commenceroit ; par lui pourroit se \ continuer par d'autres ;) qu'elle empécheroit peutr^étrela cour

de HAUs pousser si. brusi[}uement. qu'elle auroit fait; qu'elle nou^ donileroit leltemps de méliorer nos affaSr es , 6t d'agran^r notre parti par le traité qu)é nous potltriQns fairei p^r quelques villes et quelqia^s < sei^ gnéurs de Guieni:ié, iQt même.ayee les Espagnolsi;<6t en ious cas que cela ue nous: pourroit faire àucua in^9 et que d'sôlieurs nous ferions c^ûnqître par là €\iùB nul n'auroit d'autre ■. intérêt que la> libertéi des

3o8 £l65o] MÉMOIRBS

piincefl v^^ 4^^ 1^ parlement de Borderax, àqiriU fâchoit de s'embarquer daos une nouTelie guerre ( ear ils ne faispient que de termineir eelie qu'As âvoient faite au duc d'Epernon ) , connoitroit par là notre modération. II y a peu de gens qui entreprennent dV bord de grandes choses , il faut les y engager petit i petit , et après les premiers pas ils en font pour Tordinaire autant et plus que Ton ne peot souhaiter : cest une vëritë que nous connûmes bientôt en iiiesaieùts de ce pariera^Qit.

Je dis à Âlyimar que la princesse àtoit tenta quati^ mois entiers la conduite qu'il me eotitf|moit \ qu'3 n'étoit proposition qu'elle et mcldanie IT doiMiiiîèlre n'eussent fait faire à la Reine et au dardinal ; tpi^ellies R avoient abouti qu'à les Touloir arrêter à Chantilfy €t assiéger à Montrdnd ; qu'elle n'étoit Mrtie de Ton et de l'autre que par une nécessite précise ] que je demearois fl'aceord avec lui que le cat^inal n'étoit ni cruel ni violent de son paturel; que fious sàviiotis «ocES que la prison; des prmces lui avoit été conseillée pair les duchesses d'Aiguillon eide ClHivréuse, et par le sieur Servien ; que nous voyions bien encore qoe c'étoit malgré lui » contré ^es intérêts et contre son iQ* tention, qtTils'étoilmisëiitircf les maiBfsdesfrofideuM, qui né songeaient à autve chose , eomme i)s avaient &it dès le eommenéement des troubles , qoê de donner atteinte à sa fortune; que lés hegireux^ succès que ce ministre avôit eus depnis cette {H^iMUi en réduisant les places de Normandie , de Bourgogne et d'Âtt* jou^ leur donnoient de k jalouse, et nous fsisoi^t déjà £iire quelques propositions, et du moins des coffi* plimens^ pour nous ippersuader qu'il ne seroit pas dtf* * J

DS LEI^BT. [i65o] 3o9

fidle de le& désunir d*âyec le cardinal; qu'il ne devoit pas douter que nous ne prissions tous les partis qui pourroieni tirer les princes de prison-, que je sQuhûterois en mon particulier en venir à bout par la douceur, et en procurant du bien et de Favantage au cardinal 9 duquel f avois beaucoup de sujet de me loif er, aussi bien que de la Reine ; que, de rhumeur et de là profe^ion dont j'ëtok, je ne pouvoîs jamais dé* sirer de yoir la princesse engagée dans une guerre Contre Sa Majesté , et encore moins avec les hugue^ nots et avec les Espagnols; que tous mes vœux n^alloitot qu'à iP^oncilier le prince avec le cardinal ; que je savois bien qu'il ëtbit malaisé de se fier les uns auiE autres après de telles entreprises ^ mais qu'on pouvoit Étire des alliances de l'un avec les parens de l'autre ; que l'on pouvoit encore allier mesdemoiselles de Longueville, de Bouillon et de La Trëmouille avec djes Neveux, parens ou amis de M. le cardinal; que le prince étoit trop glorieux pour manquer aux parqles qu'il donneroit solennellement ; que de plus M* le cardinal pouvoit faire la paix générale , qui le mettroit en état de ne rien craindre dans le royaume, et de mettre les frondeurs à la raison; que je m'offrois d'aller en Espagne sous prétexte de faire un traité pour la princesse, pour sonder les Espagnols et nouer la partie pour une conférence en la forme que M. le cardinal le pourroit souhaiter ; que j'osois lui répondre que les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld & uniroient avec lui en les satisfaisant sur les justes pré- ^ntions qu'ils avoient; que rien ne seroit plus glorieux ^ii cardinal ni plus utile que de perdre les frondeurs ^n les abandonnant à la vengeance de M. le prince ,

3ip {l65oj MÉMOIRES

comme il pourroit faire en ref étant toute la hâineicle sa prison sur eux; qu'on pourroit i faire cdusentik' le duc d'Orléans à tout, en faisant une alliance du duc d'Enghién arec Tune: dé mesdemoiselles ses filles; que tout cela remettroit le calme dans TEtat , étoafferoit un parti qui pouvôit avoir ' de grandes suites , et ëtabliroit Fautorité du cardinal pour toujours; qne je demeurois d'accord qu'il y ayôit eu quelque clrâse à dire à la conduite du prince, mais que les services qu'il avoit rendus au Roi, à la Reine et au cardinal nléme , en exposant tant de fois sa vie , dévoient faire oubUér de petits manquemens. Je coAlus ce discours en lui disant que si le cardinalentroit de bonne foi dans toutes ces propositions ^ je mettrois toat eii usage pour les faire réussir , et que , connoissant la princesse et les ducs comme je fâisois, je pouvois l'assqrér que je n'y aurois pas grande peine 5 mais que je lui disois francbement,.et que je le priois de le dire au cardinal, que nous avions trop d*expérience de sa manière de négocier pour nous arrêter à d'autres choses qu'à des effets^ et qu'il ne devoit pas se persuader qu'il ruineroit nos affaires par les longueurs de ses négociations, car nous irions toujours à nos fins , et ne perdrions pas un moment de temps à avancer nos affaires; que la princesse ne se dësuniroiten rien ni pour rien des ducs ni de Bordeaux*, quelle n'en sortiroit point, et ne prendroit point le change en cherchant sa sûreté ailleurs ; qu elle avoit un exemple devant les yeux de ce qui étoit arrivé peu auparavant à la princesse douairière, qu'on avoit tirée de Paris par de belles paroles qui n'avoient abouti qu'à y ruiner ses affaires , et à la reléguer à Valéry. J'a-:

DE ( LETfET. [l6£o] 3 1 r

joutai qu'il h'y aVoit ^bint de temps à perdre^ et qulamsi il déroit s'en rélouraer en toute dHîgeneé 4 l4)C0Ui^, et jQon paésëjMrner à Blaye comme il ihV voit I dît qu'il vouloit faire , parce que h princesse ; qqi {étoit aacore sa isûitresse ^ ne le seroit plus affres les traités et les alliances qu'elle projetoit de faire; que je le priois de rendre un compte exact de tout ceci à la Reine et au cardinal , en les assurant? de la sihcërité de mes intentions e^ de mob très-hùmblê sertvice v^t de leur remontrer que la paix générale et là fia^d'uâei guerxe civile' étoSent le moyen de terminer glorieuseiQfnt une régence, et de rendre d'un même coup le Roi absolu dès le commencement de ssi înïi^ jorité. •'

D'Alvimar me promit de ne rien oublier de notre conférence, et de me faire savoir deses- nonvelleis trois:jpur3 après qu'il seroit arrivé à la cour.' Je le conduisis aabateau , je le vis çmbarquer, et vins Mté un récit exact de tout ce qbi s'étoit passé entre lui et moi à la princesse et aux di:^cs, qui l'approuvèrent^ et trouvèrent que j'avois suivi très-ponctuellement leûrfc intentions* . j

P^lÈir revenir au parlement, les cabales qu'y ayoâ: faites l'avocat du Roi Lavie empêchèrent qu'on ne dontnât arrêt ce jour-là sur les requêtes des ducs de Bouilion et de La Rochefoucauld. La princesse ne put souf^ frir qu'on eût manqué à la parole qu'on lui avoit donnée*, et ne put s'empêcher de faire éclater sa colère, et de dire publiquement qu'elle sortirpitde Bordeaux si on ne leur donnoit satisfaction. Tout lé monde ac^ courut lui offrir des services sans réserve, avec des iBeoaces qui étonnèrent la plupart de la compagniel

3i^ [i$&o] MiMQlMta

Plusi^nrs coasieiyQer^ s'âss^inhlètèiitoen deàx^aà^t Yune, çh^K U princesse , de douée eu ftreke ^ tons affliâ et fort zélés frondeurs; l'autre ^ de seize:, au logis d€ Pomiers-Françon, leur doyen. Je fus appelé en Tune et en Tautre , et m'y rendis à leur prière pour voir et ré* soudre avec eux ce qu'il y avoit k faire pour conser^ ver leur autorité ^ et donner k la princesse ce qu'dk souhaitoit. Ceux-ci craîgnoient Teniportement du peuple , parce qu'ils étoîent opposés à la Fronde. Je leur remontrai la nécessité de s'unir et d'agir de concert av«c la princesse , qui offroit de ne rien faire sans leur participation, pourvu qu'ib en usasseï^ de méme^ et que s'ils vouloient accorder aux ducs ce qu'ils de^ mandoient par leur requête , et donner ensuite arrÀ d'union , toutes choses se passeroient à l'avenir avec une très-bonne intelligence ; que par là le cardinal perdroit toute e^érance de les désunir, el s^mt contraint de venir à quelque traité honorable pour eux et favorable pour nous.

Us me répondirent fort pertinemment, et iqc r emofitrèrent qu'il ne seroit pas prudent à eux de se déclarer quant à présent , disant qu'ils ne yoyoient pas à iâr princesse des forces et de l'argent suffisaoÉient pour soutenir les arrêts qu'ils pourroient donner; mais ils convinrent qu'ils dissimuleroi^dt tout ce qoe Ja princesse pourroit faiire et entreprendre , pourvu 4}u'eUe le concertât avec eux ^ qu'ils donneroient des arrêts aux occasions pour lui faciliter l'exécution de ses desseins ; qu'ils la prioient de ne pas recevoir publiquement ni dans Bordeaux l'argent qui lui pourroit v^nir d'Espagne ; qu'ils jugeoieid à propos que tom les Qrdres de guerre fussent conçus sou» le nom^ du

DB UIIIBT. [f5So] 3l3.

itmAlSinfiJbiéhy afip l[iiè eetix deàducs ne parussent pas ,1 et qite cieux d un prince du $ang imprimassent plm dp respect^ que si on ponvoit àToir du canon aillears cfH'à Bordéauk, on leur feroit plaisir de le prendre , en attendant qu'oià eût su c0 qui se passoit à la œaTy au parlemeirt de Paris^ et sur la frontière. J'entrai lasses dans leurs sehtimetis , parce que je les trouwois anHant avanlageul que nous pouvions Fespërer È31 Tëtat des chpses, et qu'ils off Voient assez pour juger qu'ils s'embarqueroientji la fin à tout vouloir et à tout souffrir. Je les fis colivenir ensuite de Far^ fiât qu'on donneroit l^ lendeoDiin en faveur des ducs. En eertaiit de cette assemblée , je fus à Tautre , laquelle ëtant toute composée de nos amis, la princesse et les ducs voulurent que je leur fisse rapport devant eiii <le C|^ qui s'ëtoit passé chez te doyen du parlement : ce que je fis. Us Tapprouvèrent tous, et restaurent la même chose qui avoit été arrêtée au lieu d'oà je venois. Lavie mit tout en usage pour Tempecher^ le peuple s'attroupa, et alla le menacer de le jeter dans la Garonne si l'arrêt résolu ne passoit.

Le 4) Tarrét fut doniié tout d^une voix , par lequel les reqtHêtes forent renvoyées au Roi , et la délibéra- Uon remise à six s^Bsines.

Le 5 , Lairie voya&t que rien ne réussissoit, voulut Bxeker une sédition contre la princesse ^ et , pour en ^enir i bout, il fit distribuer par le trompette de la HUe, à tous les baiOes des confréries (qui sont les Sandres des métiers), des copies des lettres du Roi fne Im et d'AlvimaiLavoiènt apportées. Il manda les lanciers pour leur défendre, de la part de Sa Ma* Bsté^ de pf^r de l'argent sur les pierreries de la

3 1 4 [ l^&o] MÉMOiRBS

princesse ; et ensiiite assembla: jUglàs , (Fnriic et i P^ tacrBeautiran, jujrats de là ville^ simt qniélaTOÛd^ ppuvoir, et qui étoient établis dans ces 4^argès par le duc d'EpernOn, pour conderter les moyens de lairé réussir la sédition qu'il prôjetoit. i

Le peuple, qui le sut yTeût égorgé. si la prûxcesse ne Feut retenu. Chacun se vint offrir à eUé pourifaiie la garde en son logis , et des conseillers même. EUé les remercia civilement» et leur. dit qu'elle Ine voiiloit point de sauve-garde que celle de éon arrêt : ce qui contenta fort ie parlement.^ . ^ -

Le 6, on eut avis ique quelque cavalerie ennemie paroissoit du côté de FrOnsac. Les dues* partirent avec la noblessepour joindre Farinée qu'ils avoient laissée vers Savignac, sur la rivière: de File, à dessein d'aller attaquer, disoiëntrils, celle du général de LaVa^ lette , mais en effet par la seule raison de montrera Bordeaux qu on étoit en état de le faire, quoiqu'il ne fût pas véritable *, car ils avoient pris le poste dé Cas-. ^ tilIon-sur-Dordpgne, où ils éloient très-bien r^ra»chés, . , 1

Les ducs.savoient bien de quelle importance il est de paroUre forts et hardis, quand on veiit emBarqner dans un parti des gens irrésolus et qui se croient loi" blés: aussi ne firent-ils, à proprement parler, qu'une cavalcade, au retour de laquelle ils mirent du monde dans Vaire avec des vivres et des munitions. Le lieutenant des gardes du duc de Bouillon y fut tué en duel.

Le 7, on trouva bon que j'eusse une conférence avec Lavie, qui m'en avoit fait prier plusieurs £» ffi après que la princesse eut absolument refusé de le voir. Cette conférence n'aboutitàrienqu'à o^ï^ "'ipâ

DB LENET. [l65o] 3l5

iiscours ëtodié, qiii sentoit'plus le dôdteui: que le ne- ^odîateur', et qui conténoit en substance les ïnémes loctrmes t|uele'duc de Saint-Simon et Alvimar nous ivoîent préchées :' en quoi: leur concert me parut' davantage. H :me devint qdieukqiiand il me fit la propo^ ition d'obliger madame la princesse à se séparer des lues : il m'en disoit des raisons qui me firent beaucoup rabatir'é de l'opillikion que l'on m'âvoit voulu donner le ^a suffîsakîce ; ILiiie fit un: grand prône tendant i nous Remettre àla bonii^fdi du cardinale Je lui re- )artis en deul mdts que rien de tout cela h'ëtoitfailable, et me retirai pour en rendre compte à ceux qui n'y aVoient envoyé. C'étoit un homme qui tnouroit le peur d'êtrie assommé , qui se voyoit hors d'état de rien faire à Bordeaux, et qui vbuloit effacer la honte de n'avoir pu venir à bout de ce qu'il a voit promis à la cour, en commençant une négociation pour s'y &ire defôté. Kien ne déconcerte tant un négociateur qui est habile que de lui laisser établir tout le raisonnement qu'il auroit ruminé dans son cabinet, et de lui répondre par oui ou par non , suivant l'exigence des cas. Comme je voyois que tout cela ne valoitrien pour nous, je coupai court pour lui en ôter toute espérance.

La princesse envoya à Paris ordre aux comtes 'de Bossy, de Tavannes et âe Châtelux , et à plusieurs autres ses serviteurs, de se rendre à Montrond, où elle avoit envoyé tous les ordres et toutes les commissions que les uns et les autres lui avoient démandés. Elle écrivit en particulier à Bussy de faire son pos- «ibie pour se rendre maître de La Charité-sur-Loire. Ilétoit pour lors lieutenant de roi de Nivernais; e^

3l6 [l65oJ MÉMOIRBS

encore qu'il eût traité malgré lui de la compagnie de chevan-légers du prince qn'il commandoit ayant si prison , et quoique le traité ne se trouvât pas exécuté, il ne laissa pas de le sepâr tant que la prison dura avec autant d'affection qu'aucun autre , encore qu'il eût intention de quitter son service d'abord qa^il seroit en liberté,

La princesse dépêcha encore ce même jour Beirnard mon secrétaire , à qui pour sa fidélité elle âvoit codfié la garde du peu de finance qu^elle avoit à Paris^ avec la lettre de créance pour rarchevdq[ue de Sens, l'évéque de Rennes , pour le duc de Nemours , et pour les sieurs de Mirommeuil, conseiller d'Ëtat^ le pré^ sident Viole, le comte de Maure, l'abbé Roquette, Dalliez , et autres amis et serviteurs do prince , afin de leur faire savoir le succès de son voyage , de son entrée à Bordêau'x 9 et de ce que le parlement et le peuple avoient fait jusque là , et senibloient vcoMt faire à l'avenir; et pour prendre leurs avis n(m-*seih lement sur la conduite que nous avions à tenir, mais encore pour connoitre par eux quelles seroient les négociations qu'on pourroit faire à Pari&, par tous les avantages que nous avions eus depuis que nous en étions sortis, et ceux que l'on pourroit prendre dans le parlement , et par l'entremise de celui de Bordeaux. 'Bernard eut entre autres ordres celui de dire à ^a^ chevêque de Sens tout ce qui pourroit donner de b peur au cardinal, afin que cela allant par le moyen de l'un à la connoissance de l'autre, l'arcbevêque de Sens pût reiâettre sur pied et continuer les né^ ciations commencées entre eux pour la liberté des princes^

DX LEK£T. [l6Sd] 3f7

I^ priocaise chargea etioore qet envoyé de passer de Paris k Augérville, où la princesse douairière ëtoil retirée par ordre de la cour^ et de lui rendre, et à la duchesse de Chitillon, ^e ses lettres et des miennes , contenant une ample relation de tout ce qui s'étoît fA$séy pour £iire connoître à Tune et à Fautre le bon ^t du parti , et les avantages qu'on pouvoit en espérei* à Pairis y surtout s'il plaisoit.à madame la douairière dy retonrner pour présenter de nouveau sa requête au parlemctnt 9 pendant que la nécessité des affaires ocbuperoit lé Roi siar la frontière/

De là il eut ordre de revenir à Bordeaux par MontrwKl y pour 7 f airo oonnçitre, et à tout ce pays-^-là, l'état auquel nous étionf en Guicûiié, la facilité de l<is Recourir en xais de besoin, et rappcMrter à la prin*^ ceisse rétat dé cetle importante pkde et des environs^

Lé 8^., elfe: dépécha le siètir de Béralde, hugueciat ^ avec ilettrés au i^ çiaréchal et sîi marquis^ de Laf E^([K'ce, desc|iieli il étoit envoyé. Elle lui donna une oommissioEi signée du duc d'Enghien, qu'il lui aroit âémandée deJceun party pour làilter ed pièces Jes treMpes- du duc d'il^pernon qui étoient pour lors aux eAi^irons de leurs terres , voulant^ disoient^ils^ entrer dunslepartif et commencer par cet exploit» Béralde |iart ; iJl trouve en chemin le maiiquîss de Castelcnoron , B1& du matréchal^ qui veooit à Bordeaux jiar Tordre de 9^B père ^ pour ménager ses intérêts et ceux dé sa Ooaîson avec la [mncesse. 11 étoit chargé de lettres ^^pie le maréchal et le marquis ine faisoieînt Thonneuiv le m'écrare j parce que la compétence les emfiécfaoit 4e v^Ottloirtcailerpar réûtrémise des ducs de Boiiillon ^ de Là Rochefoucauld; €e marquis étoit accompa*^

3|8 [l*65ô] MÉMOIRES

gné dp Saint^Martin , intendant , et qui arok toot^rédit sur les esprits du marquis» et de la. marquise de La Force. Eëraldè, qui étoit avec eux, gagnai le devant, pour mè venir avertir quon ne pouvait aissez se défier de Saint-Martin, qui depuis peu aVoit reça quatre mille écus du cardinal par la médiation^ da président de Mqsmes. Je reçus cet lavis sans y faire |^ gràùd fondement ; car j-e n'ai jamais vu de né^cia- F teui^ à la cour pour leu^s maîtres qui ne sdkeat ^ soupçonnes d'en être càrrompu^, surtout pa? Jés^dd^ mestiques, qui ne pouvant piour Fordinaire préteiKlre de^grâces que par leurs entremises, qutod ilsueles obtiennent pas attaquent par ressentiment pu par elivielèur réputation. Quoi qu'il en soit, ils surrivètént à Bordeaux; et après avoir rendu leurs devoirs i h princesse et aux ducs,, ils voulinrènt avoir ùnéconféreitce avec moi, qui n'aboutit qu'à voir lè président Gharôn<, de la mêmei religion, qui présidoit pour lor» à kl chambre de J'édit , en qui* toute la mais^in deb Forcée avoit beaucoupd^ confiance. J'eçs un long en-* tretien avec ce président^ qui étoit h^Nonae d'tin tné** diocre génie, mais attaché à sa religion et à i^es zWr desquels ; il soutenoit vigouneusenlent les 'kitérto* Ceux de quiinouâ avionsjt discourir étoiétn^o notiK |ij bre : aussi me pdrta-t-il leurs prétentions si hi^, <!^ je. jugeai d'abord qu'il me ivouloit réduire dans fiaipossibilité de les pouvoir contester, >afiw qu'ils tàssesl un i honnête préieilte de Irompre areee la> princesse» Je. crus qu'il fallmt do mpn :côté lui faire voir (pf nous éo9iittoissîonsi)ieniqu'enèorqque M^ lepqrînceSt trës-^obligéà messieûrsdeiLatFoice^^^'CMUoir entrer Jii: dau|s ses intérêts, ils prenaient l'occadioii^ du ptirli

DBf IiEKET. ;[l65o|] 3l9

ui sfe formoit en sa favenr pour faire valoir leilëur^^, t remetlre en cobsidiérationletir maison , qui depuis >Qg-temps ^toit hors d'action, qui aToii peu de bien^^ t poii^du tout de faveur,' et par cpnséquent poiht le iboyiejns.d^en acquérir. Je lui rebattis tout ce quie atprÎBCi^seiayoit fait savoir au marquis, comme je Tài appôitë.:; j-s^ôntai que nous savions ce qu^ Yilliefre^ loisliiûëtoijl^ venu proposer pour lui faire espérer le lâttjtn^de olaréchal de France , qui ëtoit le moyen de le li^cdce; dans lespirit de tous ceux de sa religioa, danls lateoîp? qu'il pouvmt faire beaucoup en leurfaveur^ îijX)qui;avoient autrefois; cru et publie que le mare-»- ^hal Sionipène avoit eu cette dignité, celle de duc et )air, et de grandes sommes d'argent, à leurs dépens; 3t que ;^'il étoit vrai , comme je n'en doutols pas (ce ({u'ils nous avoient dit et; fait dire plusieurs fois), qu'ils, s'étoient assurés d'eux, ils auroient bien plus de9|^iétdans l'occftsion présente de se plaindre; qu'ils ne leur: avoient proposé d'entrer dans les ÛQitéréts des fiFiaces; que pour faire leurs affaires particulières , au liieude se prévaloir d'une conj;oncture aussi favorable îpie celle-là; pour travailler à celles qui leS'Jcondermï^if^t en général* ;:

f,' Qu'au surplus je convenqj^ de la grande réptitation c(iie 4onu<^rpit au parti le nom de la maison de 'Li ^orçe ; çfiaip , qu'au fond elle nous feroii:)fJus dé^mal ^^^ de ;biça, p9):c0,que si elleétoit à souhait ek» , leir ï^igionrétQit^fQ^^tià craindrei; que moi-^ipéikie qui lui iP||*iIoi^, î'ayjoi^ oo(n;battu et combattrois toujotrrs'1\)piniond^ Ceux qt^i vouloî^t persubdqr à la princesse Waux ducft qu'il' falloit tâcher à faire aboutir notre ^arti.ÀunjÇlguerre'de religion, en remettant sur pied

320 [l65o] IféMOlilSB

c^iui'dei hogo/enols'.qai donnerek^cicdisioB à bewf^

i^oup dé catholiques de se séparer de nous; que fioni

avios^ quantité de gens de bien et de prélats. d»i

nos» intërétÂ, qui avec raison les al>aiidoiiiiereielit

^oand ils nous Terroiént en état de nous joindre ii

edx^ que les. parlement, les Etats^géoëfaux , si Ton

venoit à les assembler, appréfaendalit de revcnr |es

confusions de Tautre siècle*, que les Espagnols ménie^

<{ui avoient un roi et des ministres d'une hunlieiifiit

d une politique biendifférente^de celles de Philippest

de ses conseils et de ses généraux d'ar^nées, comme

ceux-ci Favoieilt montré par le derdier sîége de La

Jioch^lel^ difficilement^ poorroieiit consentir à uàe

liais)0*n tdle que celle-^là» '

; , Que si messieurs de La Force n^avoiènt pas asses de

prédit s w i^xin da la religion {ioiir iear faire p^

4)^ le»; Immeis en noitre faveur, il#^iië nén^ serbiaQt

()$s d'une griande btîlitéy par%e qu'ils n'a^oSefi^ vi

gOuvieri^emendy.m plaeiss^ kî argienti, ni troupes, et

que nous serîops obUgësde iionis épuistCf |K>âr k(t

doinoter et pixxmrer Inn et faûtreau jiréjiidicéiê

ioii^ ceux qûj :ëtoiiEint déjà dans hos intérêts , et (fdi

auroient grande peine à voir passer les grâces à j^

tresiAilôtir f^réjudicè; qn^u contraire nbufiautiôlUbi

pjupiart rdés leu^s Évec notre argent : pour lors âs#

t><^ndr^ieDl;directement de la princesse, pai^ée qw

^toient tôufejopposësauii wtërét$ de laf cotii^ et it dÉitt

dd duo;d'£pernon^:Mais ijuand bien ce^ mëàsiite

âundientt assez^^'detcrëdit potti* sbnletrer le parti |p

bugueiiots, ceipJcvti^eFpitfeirt oufôi^le; si {àdfM 1,

notus oppriuleroiéiit, silleûr plaisbit^ ep nous ^b»$>

l^iirs victimes, pour faire lenrs.affairesà k coat>el

DK t.BKBT» [i65oJ 3a I

lis i^isreroient b malëdictîen des peuples; si foir, il mens sermt i&atile; que les personnes mêmes

maecédiû et du marquis , tout utiles et tout con- [ërables qu'elles ëtoieut^ nous embarrasseroient r la raison du commandement : et finis en lui dîsaiU l'il' {fiàoit que lui président Charim eonvint avee Mt|n'ii seroit d'une plus grande urïKtë au maréelial

à sa maison d'entrer dans le parti des princes ^ l'à la princesse; que cependant elle ferpit tous ses iiMfts pour les j engager ; mais qa'iLfalloit aussi qnHis 3 n<^ ttussièiit pas le pied sur la gorge en nous faisant tspt opositions aa-dess9s deno&f oroès, paria connois^ moe qu'ils avaient de leur mërile et de leur crédit , iont nous sariobs {ake tou|: le cas que nousd)evi6ns.

Le président rentra fort bien dans une partie àe' ce fK^)e lui dis , et me promit de s'en sesrvir pour dis^ ptiser Gastekooron à condure avec nous ; et nous Dods lépaïimesv

! Comme note fuxiies long-teinps eBsemilé , jet que «rais dîmes quàétitë dechoses , je connus qa^l y aioft avtaht de chimères i tout ce qu'on nous offroit pav tihisKes huguenots, que j« me l'éidEstoujoiirsimagiè né. Eï en liréritéj'^n eus ime secrète joie, quoiqu'aux ^tecas^ods pressantes, auta& que l'ëtoit notre entrer frise, qm entrakioit anrec elle le salut on la perte de Il maison de Condé, on se serve pour l'ondinaîre des 4erAÎers remèdes, des plus ez:trêaies et des plus/vio*» leasy parceqiM'Geqid toiàche l'amè aussi seùsîÙemënt ^ la religion fait une telle oppositioai aux lais de bifH^tîque, qne je ne sentqis pas mon ame de l» Enemf>e de celles (pii sont capables de se inettre au4 lessos dé tofK.

3sia [l65o] MtMOIHES

Après qae Charon eut entretenu Castelmoron, ii me donna rendez-vous au lendemain pour conférer ensemble ; ce que nous fîmes : mais notre entretien n'aboutit qu'à me charger dé ses propositions pour en rendre compte à la princesse, et les faire voir aux ducs de Bouillon et de La ^Rochefoucauld. Il demandoit pour la maison de La Force des sommes (l'argent infiniment au-dessus de notre pouvoir, pour faire des rëgimens de cavalerie et d'infanterie pour le père et les enfans , pour se saisir et pour fortifier Bergerac, Sainte-Foy, Clërac, Tonneins et Aiguillon; et cpie le marquis de La Force partâgeroit le commun- 46ment avec le duc de Bouillon.. Qnaiid nous étions eu de quoi satisfaire aux prémices demandes ,noQS n-eusisionsjfimais pu ajuster' celle-ci : aussi fu;-je le premier à contredire quand je i^endis compte de cette affaire aux ducs, de crainte que , comme on est ordinairement jaloux de faire réussir ce qu'on négocie, ils crussent ^Se je serois bien aise d'acqu^ërir la maison dbLa Forcp pour balancer leurautoi^të y et pour donner de la réputation au parti, pour contenter' :6o^ deaux,^ qui sOubaitoit rpas^ionpëméntliÇ succès de crctte affai^ , et pour a^oir en mon particulier l'iioihneur de 1* avoir i conclue. Biais ils m'entendirent parler et agir en ceci de telle sorte, qu'ils ne : conçtt|pept ji* mais aucun séupçon contre moi , 'quoiqifonessayit souvent de leur en donner. Tallai représenter à€utelmoron les intentions dé la princesse, qui ëtoieot de doiiner à la maison de La Force autant de Targest qiii nous viendroit d'Espagne ^ quaux ducs de Bouillon et der La 'HdchefOttçanld ; que/ comme ni Tanoi Tautre de ces ducs na voient reçu jusMSfuè fô^aucone

DE LEJNËT. [lt)5oJ 3îè3

somme d'ell? , qUjC jmê^^e Us ne Ijui ea avoient jqtmais demande, coi^noissant rimj>uissance.en laque^^^ ejle avoit été jijsques alors, ^ elle croyoit qae mëssi^qurs de La Foroe attendroient qu'elle, fût en pouvxwr dp leur en . donner ; , et que cejpendapt eljLe . QflVqit de leur mettre en main des pierreries , de Ip, yalfîur de. œnt mille écu3, qu'elle retïreroit des.lieuK où eux les pourroient mettre en gage incontinent qu elle, auroit touchédeTargent. .^ . ^^ , ^, ^. I ^/ j

J e^crois, à.la vérité, que j'éfeois le plu^ rifc}}^ çn àifg^t

de tous ceux du parti : toutes mes fin^nçeç çjeç <^on^|^-

toientnéanmpinsquàvingtjaaillelivr^qil^j'ayoisfajijtes

de latente de ma vaisselle d'argéjitayaçitjqpede par^tir

de Paris. Je prêtai cçttje. somme à la princçsse en ar-

rivant à Bordeaux , pour faire deux réRi«ien;5,d'infan-

tçriç de dix compagnies chacun , qi^^ellexlQi^na à S^ja-

jebôetif et à Lusicnan. A Tégard. dii commaademejii

quç le marquis de JLa force souhaitoit parlajjer ayeç

Içduxîde Bouipon, la princesse- me chaïg^a de dire

àÇ^s^^^^oron qu'elle croy oit just^q^ie le^ ducs com-

inand>^s^t 4^ P^î**. avec le maréchal, auquel néa^-

mojinîS.ilfj id^fcreroient le premier joi?r, 4'!!^^ P^^P 1^

inu^fqifis. oulpi laissejçoit les troupes, qu'ijl ngijejLtrpit s;çur

|>ied àjÇi^çif^a^ei: dans uJç^.çorps séparé j et q^e qi;aod

<)n\feiidfpitjfi sejoin^r^? fi^^^^W^P'^^^Ti^^ ?)9^iP^^!^^.^ kii p^éissaqt; il n'aur.ojit ii^jen à dféfpé^er ay^.Jps d^i^ç^Sj

^mm^m. ^^if^m ^^ y #»t^Vi^ je jo^c qjie ï^n

C|q r^i^ç^pppï^gpAerpit 5 qwi^tçit tput ce qu'on poujoit faire, enfaveur de ce marqnis , qui n'avoit; nui ca-

iaclèS?»;?*^ÀF ^'^^/^^^^^ j?"?^*? eu dans le^ armées ^ à çeupc q^avpit.eiçs, le djjç^^e iÇopiilon, qui eu àypii çpmiçianidé en chef. Le dyc <^e J.fij,^och,çfou-

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