‹ Mémoires de Préville et de DazincourtChapitre 6 sur 22 · NICOMÈDE · texte numérisé non relu

NICOMÈDE

J’irai, seigneur, j’irai, vous le voulez ainsi ^

Mais jj serai plus roi que vous ri êtes ici.

L’acteur intelligent qui, d’après les Mémoires concernant le grand Coude' , se pénétreraitvéritablement du caractère de ce héros, serait certain d’avoir le plus grand succès dans le rôle de Nicomède.

Quelques acteurs, dans ce vers de Pyrrhus à Andromaque,

Madame, en l’embrassant songez à le sauver,

emploient la menace, quand au contraire le pathétique, l’intérêt, la pitié, en marquent l’esprit. C’est une véritable faute de sens qu’on ne ferait pas, si l’on s’était pénétré du véritable caractère de Pyrrhus.

Un ton simple et naïf, et ceci semblera peut-être contradictoire, peut dans certaines circonstances s’allier au tragique le plus élevé. Mais pour s’y livrer sans tomber dans le genre trivial, il faut avoir la juste conscience de son talent. Dufresne, qu’on ne saurait trop citer parce qu’il fut l’émule de Baron et qu’il perfectionna la route qui lui avait été tracée parce génie créateur, Dufresne représentant Pyrrhus, et rapportant les paroles qu’Andromaque avait adressées à son fils Astyanax, imi-

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tait la voix douce d’une femme en prononçant ces mots :

C’est Hector (disait-elle en l’embrassant toujours);

Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace!

C’est lui-même, c’est toi, cher époux, que j’embrasse.

Et bientôt reprenant la voix mâle de son rôle il continuait avec fierté :

Et quelle est sa pensée? attend-elle en ce jour

Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour?

Non, non, je l’ai juré, ma vengeance est certaine, etc.

Remarquons en passant , que YAndromaque de Racine est la première tragédie qu'on a parodiée. Subligny, auteur de cette parodie, lui avait donné le nom de la Folle Querelle . Racine l’avait attribuée à Molière, et d’après cette idée s’était brouillé sérieusement avec lui.

Je crois avoir déjà dit , mais je ne saurais trop le répéter, qu’il ne faut mettre ni emphase ni cadence dans la manière de réciter les vers. Le spectateur veut en sentir l’illusion enchanteresse, mais il ne veut pas qu’on détruise, ou, au moins, qu’on affaiblisse l’intérêt du sujet par un charme qui lui est étranger, pour mieux dérober à l’oreille l’uniforme répétition de la

rime : il faut même , en certains cas , ne porter l’inflexion que sur le dernier mot de la phrase, et couler sur la pénultième rime , afin qu’elle soit comme absorbée dans le vers subséquent.

Exemple pour la tragédie, tiré de Mérope :

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